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COLLECTION
DE
CHROMQUES BELGES INEDITES,
PUBLliSE
PAR ORDRE DU GOUVERNEMENT
ET PAR LIS 80IN8
DE LA COMMISSION ROYALE d'hISTOIRE.
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JVVWWWVWWVWVWVWWWVV^^
ttottt*
DES
MEMBRES DE LA COMMISSION.
MM. De Gerlache, President.
De Reiffenberg, Secretaire.
Gachard, Tr^sorier.
De Ram.
De Smet.
WlLLEMS.
digitized by VjOOQ IC
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CHROMQUE
RIMfc
DE PHILIPPE MOUSKES,
EVEQUE DE TOCRNAY AU TREIZIEITIE SIECLE,
PUBLIEB POUR LA PRBBIERE FOIS
AVEC DES PRELIMIN AIRES, UN COMMENT AIRE ET DES APPENDICES.
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loDgle
'} "' ~H £ F« !? V -"• « ^ ""^ - •* * ' :T ' v ! "V- "i-r
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CHRONIQUE
rim£e
DE PHILIPPE MOUSKES,
PUBLIEE PAR
DE l'aCADBMIB SOT ALB OB BEUXELLE8 , OB l'iKSTITUT DE FBA3CB, ETC. , ETC.
TOME II.
BRUXELLES,
M. HAYEZ, IMPRIMEUR DE LA COMMISSION ROYALE D'HISTOIRE.
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INTRODUCTION
ANALYSE ET EXAMEN DU SECOND VOLUME.
Cette partie, qui comporte une analyse moins restreinte que laa*g n edeLoui.-ie-D<s-
partie pr6c6dente, puisqu'elle est plus historique, commence au
r6gne de Louis-le-D6bonnaire , r6gne si agit6 et oil la royaut^ re$ut
tant d'affronts ; mais Philippfe Mouskes se garde bien d'en parler.
Si Ton ne consultait que lui, jamais monarque n'alirait gouvern^
d'une mani&re plus paisible et plus absolue. Le chroniqueur nous le
montre la couronne dor en t£te, et, avec sa predilection ordinaire
pour les traditions romanesques, il lui fait £pouser Blanchefleur,
fille d'Aimeri de Narbonne , ainsi que le rapportent les l£gendes Wgend e« d'Aimen de
po£tiques d'Aimeri et de Guillaume d'Orange \ dont M. Mone a ]a«mcd ; o« n gc Gui1 "
1 Foy. l'lntroduction du tome I CT , pp. ciix et clxv. Le Roux de Lincy, le Litre des Ugendes,
t. I , pp. 246-259 : Ex trait de Guillaume-au-CourPNez.
TOM. II. a
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n INTRODUCTION.
signals, par fragmens, une version contenue dans un manuscrit
de la biblioth&jue de Boulogne-sur-Mer.
Les personnages romanesques se pressent sous sa plume , Thtebaut
ou Thibaut, roi d'Arabie, Orable, sa femme, appel£e Guibors ou
Guibourc, depuis son bapt£me et son union avec Guillaume
Rainaud au T.nci. d'Orange * , etc., k c6t6 d'eux s'616ve le grand Rainouard au Tinel \
Notre manuscrit dit , en parlant de lui et du roi Louis 3 :
Qui Vot nori en sa quissine.
Mais il vaut mieux lire :
Quit ot nori en sa quissine;
car c'est Louis qui avait nourri Rainouard dans son palais ou
dans sa cuisine , expression dont se sert £galement l'anglo-normand
Turold 4 :
.... Si met G curnpaignons
De la quitme , des mieh et des pejurs.
Quant au mot tinel , il d6signe une esp&ce de b&ton ou de massue,
dont Rainouard &ait arm6 et avec laquelle il fut trouv6 en Aliscans
par les pay ens cruels \ Le sens de cette expression est expliqu£ par
ce passage du joli roman du oomte de Poitiers , public par M. Fran-
1 f#y. les note* relative* mix vers 13166, 12168, 12177, 12182 et 12190.
2 M. Fraacisque Michel a recueilli differens passages qui le coocernent tires du Roman
de la Rose , de la Prise d'Alixandre, par G. De Machaut , et de la Branche aus roiaus lignages ,
de G. Guiart. Chanson de Roland , p. 21 1 .
3 V. 12190.
4 fid. de M. Francisque Michel , p. 71.
5 V. 12199.
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INTRODUCTION. in
cisque Michel, comme celui de la Violette } ou la m£me intrigue est
mise en oeuvre l :
Vos av6s roaiutes fois 01
Chanter du lignage Airoeri ,
De Karloman , le poissant ,
Et d'Olivier et de Rollant
Et de Guillaume Fiere-brache 2
Et de Rainouart a le Mache 3 .
Cest-&-dire Rainouard a la Massue, le p6re de Maillefer et l'aieul
de Renier.
Apr&s avoir puis£ dans les fictions des trouv&res, Ph. Mouskes Branches .joints .»
reproduit Tune des branches ajoutces au roman de Turpin dans le
supplement de Lambecius, que nous avons r&mprim£ 4 . On y ra-
conte la vengeance 6clatante que tir&rent d'un roi sarrasin , saint
Romain et saint Jacques.
Le prince, dont Phistoire a 6t£ retracde (Tune mantere int&-
ressante par Th6gan et Ermoldus Nigellius, et auquel le savant
b^nedictin Dom Rivet a consacr^ un article £tendu dans YHis-
toire litteraire de la France 5 , tient peu de place dans notre
chronique. Charles-le-Chauve fait, k son tour, son apparition cLarie.k-a.uve
sur la sc6ne, lui qui vainquit ses fibres k la bataille de Fontenay,
ou p6rit presque toute Pancienne noblesse fransaise. Charles-le-
Ghauve • on s'en souvient , prononca ce fameux serment qui a sormen* <i« ce prince
7 . .1 i i • / i el de Louis-le-Ger-
du fixer notre attention, en tragant rapideraent les destinees de »«iq««.
1 Raynouard, Journal des Savons, } uillet 1831 etavril 1835.
2 Dans le roman de Guillaume-au-Court-Nez , ce personnage est aussi surnomme la fiere brace.
3 Roman du cotnte de Poitiers, Paris, Silvestre, 1831 , in-8°, p. 1. Dans la Bibl. protyp.
de M. Barrois , n° 1348 , ainsi qu'a la table , on a imprime Renouartau Tyner, et on explique
tyner par tynerarius, tyne ou tine, cuvier.
* T.I, p. 630-682.
* IV, 583-606.
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iv INTRODUCTION.
la langue francaise en Belgique, et qui fixera celle de tous les phi-
lologues occup^s de ce sujet int£ressant *.
B.udouio Bms-de-rer. Baudouin-Bras-de-Fer , comte de Flandre, obtient une courte
mention en passant.
B.Tissement de charic Le conte relatif au ravissement de Charles-le-Chauve au ciel,
le-Chaure au ciel. m . . .
figure tres-bien a la suite des emprunts faits a Turpm et aux chan-
sons de geste.
Louis le Baube 2 ou le Begue, dont Pauteur ne dit que quelques
mots , 6tait neveu , selon lui , d'Aijous, sa soeur ayant £pous?5 Elie.
Ce n'est 14 qu'un personnage de roman, dont Giraud de Cabreira
fait mention 3 . Le Catalogue de la Vallidre marque , sous le
n° 2732 , le roman de Julien de S'.-Gdlle , lequel fut pdre Elie ,
duquel Aiols issi , et celui d'Aiol et de Mirabel, sa feme. Ce der-
nier contient environ 1 1050 vers A .
LesNonn.nd.ouD.uois Sous le roi Eudes, les Danois p6n6trent en Flandre. On n'ignore
pas que Du Chesne 5 et apr&s lui Dom Bouquet % ont ins*5r£ dans
1 T. I , Introduction , p. civ. Aux auteurs que nous avons cit& et qui ont parlc de ce
sennent, on peut ajouter Kulpis, dans son Becueil des historiens dfMlemagne, p. US;
Lunig , Spirit, eccles. cont. 2 , p. 17; Schilter, Jus publ., II , 88 ; Schoepflin , Alsatia ill. y I ,
811; Heumann, Comment, de re dipL, II, 321 ; J. G. Meusel, Geschichte von Frankreich ,
1 , 298 et suiv.; Grandidier, Hist, de I'tglise de Strasbourg, 1778, in-4°, II, 156, et pieces
justiGcatives , p. ccxvi et suiv. Cet ^crivain , en remarquant comme nous que la Ravalliere a
confondu la langue francique avec la langue francaise , donne les sermens de 842 , en patois
alsacien , lorrain et languedocien , avec des traductions francaise et allemande et des notes ;
Cf. Marchal, Mcmoire sur la langue celtique , dans le IX* vol. du Mercure Beige.
2 u II me souvient aussi d'avoir leu en une chronique Charle li Baube , au lieu que nous
» disons Charles-le-Bbgue. Et se fait ce baube de balbus, tout aussi que aube, estant diet de
» l'aube du jour , vient de alba. » H. Estienne , De la pricellence du lang. francois, Paris ,
1579,in-12,p. 151.
3 Fog. la note sur le v. 12755*
4 Cf. Hist, litt.de la France, XVIII, 751 , et la preface de M. P. Paris, en tele de son
edition de Garin.
5 11,524-529.
6 VIII, 94-98.
en Flandre.
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INTRODUCTION v
leurs recueils une chronique sur les gestes des Normands en France, Ameurs a^mes sur
de 833 k 896. Cette pi6ce a 6t6 tir6e d'un ancien manuscrit de la Normands
Chartreuse de Montdieu, au dioc6se de Reims, et a 6t6 collationn6e
sur une copie du monast&re de Rouge- Val , laquelle a servi k la
corriger en plusieurs endroits. L'auteur de cette chronique, suivant
Du Chesne, 6tait un beige qui vivait en 896. II a racont6bri6vement,
mais sans rien omettre de ce que les autres 6crivains rapportent
longuement, tout ce que firent les Normands en Frise, en Hollande,
en France, en Flandre et en Allemagne.
L'histoire des Normands et de la Normandie a paru fort int£-
ressante k Philippe Mouskes, qui s'^tend sur ce sujet avec com-
plaisance et complete Robert ou plutot Richard Wace ', ainsi R W ace
que les chroniques anglo-normandes, pubises par Finfatigable
M. F. Michel. Nous penchons a croire que notre auteur a connu
les ouvrages de Wace, mais son guide manifeste est Guillaume de Guaiaume<iejumie ge »
Jumi£ges, moine de l'ordre de S t .-Benoit, d£c6d£ vers Pan 1090, et
que Ton peut comparer avec Th. Walsingham, public dans le
m£me volume, par G. Camden.
II commence par lui emprunter une description de la terre,* avec
laquelle nous comparons, dans nos notes 2 , celle de Gervais de Gervais dc Tiibury.
Tilbury, tr&s-curieuse k consulter pour la g^ographie du moyen
Age 3 .
Get 6crivain, s6n6chal du royaume d J Aries, et qui florissait vers
Tan 121 1 , se trouve amen£ dans le dixi6me chapitre de la premiere
1 De La Rue, Essais hist or., II, 147; M. Amaury -Duval , dans Mist. litt. de la France,
XVII, 616, 632. — M. J. Barrois a soupconne* a tort que Wytasse le moine, pirate fameux,
heros d'un roman dont il est question dans ce second volume , ctait peut-etre Robert Wace.
Bibliotheque protypogr., index, p. A A.
2 V. 12898.
3 Hut. litt. de la France, XVII, 82-109, article de M. Petit-Radel. M. Letronne a lu a
Tlnstitut un mdmoire sur les opinions geographiques et cosmographiques repandues parmi
les Chretiens des premiers siecles.
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vi INTRODUCTION.
lc milieu du monde partie des Loisirs (Tun empereur l ,k determiner le centre de la
terre, que Ph. Mouskes place k une petite distance du Calvaire :
Del mont de Cauvaire si a
XIII pi6s , sans plus , jusques la
U la raoiltes de tot le mont
Est en largaice et en riont 2 .
Gervais rapporte deux opinions sur ce point. Le centre de la terre
£tait, suivajit les uns, l'ancienne Jerusalem, et, suivant les autres,
le lieu oil le Seigneur parla k la Samaritaine, pr&s d'un puits,
parce que, dans le solstice d'6t6, k midi, le soleil plonge directe-
ment dans ce puits, sans y laisser aucune ombre. La premiere de
ces opinions, qui se rapproche beaucoup de la seconde, 6tait g6n£-
ralement adoptee. Le pape Urbain II , dans sa bulle pour la premiere
croisade, invite les fiddles k marcher k la delivrance de la cite royale
situee au milieu du monde 3 .
Nous avons d£j& dit 4 que Gervais de Tilbury avait un des pre-
Mag.e de virgiie. miers c616br6 la magie du chantre d'En6e, croyance si fortement
6tablie, que Ton parvint k pr^venir contre P^trarque le pape
Innocent VI, en lui faisant entendre que ce po6te 6tait adonn£ aux
sciences occultes, puisqu'il £tait si infatu6 de la lecture de Virgile.
La coutume des Sortes virgiliance ne contribuait pas k affaiblir
1 Gervasti Tilberiensis Otia imperialia, dans G. G. Leibnitz, Scriptores rerum Brunsvicen-
sium, Hanov., 1707, in-fol., p. 892. Cet ouvrage, traduit en francais, sous le titre des
Oiswetez des empereurs, par maitre Herent d'Antioche, se trouvait dans la bibl. du Louvre ,
en 1*78. Foy. YInventaire public par M. Van Praet, Paris, 18S6, gr. in-8°, p. 186> n° 1117.
La biblioth&que royale de Paris poss£de un exemplaire de cette traduction. Foy. de plus la
BibL protyp. de M. Barrois, n° 501. Ce dernier ecrivain s'est probablement trompe sur le
nom du traducteur, en l'appelant Jean de Vignay.
2 T.l,p. 419, v. 10828.
3 Micbaud, Bibliotheque des Croisades, 1,4.
4 T. I, Introduction, p. clxxxii. Cf. Francisque Michel, Notes et eclaireissemens sur le
Bow an d'Eustache le Moine, pp. 85 , 86.
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Cambrai.
INTRODUCTION. vu
cette superstition. Le roman des Sept sages, qu'un litterateur alle-
mand vient de livrer au public , reprdsente aussi Virgile comme un
magicien.
Gervais, par son vingtteme chapitre De regibus Anglorum a
tempore Normannorum \ se rattache k Phistoire de la Normandie,
terrain oil Ton est heureux de rencontrer des litterateurs aussi
instruits que MM. Depping, Licquet, De Caumont, Le Prevost , mm. g.-b. Dep P in gl
Pluquet. La Fontenelle de Vaudor£ et un 6crivain qui r&mit, A.decaumint'XV
* 7 m . lc pr * vost » F. PIu-
comme M. Thierry, k un vaste savoir, un style plein de v£rit£ et 2rvL^r?, l Tug!
de coloris, une pens£e forte et profonde. Th,erry
La Normandie retient long-temps notre auteur. II l'abandonne
un moment au v. 14058, pour faire un emprunt au roman de Raoul Roman de Kaoui d«
de Cambrai, que M. Edw. Le Glay ya incessamment mettre au
jour 2 . Les aventures d'Isembart et de Girardin, de physionomie
^yidemment picarde % forment, avec le roi Gormont, un Episode
du r^cit de notre auteur. Le troubadour Pierre Cardinal fait allusion
k Gormont et k Isembart 4 :
Anc Carles Marlel, ni Girarlz,
Ni Marsilis, ni Aigolans,
Ni i rey Gvrmons ni Yzembartz ,
Non auckeron homes tans.
Perfrls. «.
Giraud de Cabreira nomme 6galement Isembert (sic) et Bertrand
de Paris Isambart et Gormon 5 .
Enfin la Chanson des Saisnes , non encore publi6e, contient ce
i P. 945.
2 Pot/, t. I, In trod., p. lxxxiii, t. II , p. 75.
» V. U226 , etc.
4 Raynouard , Choix depoMes originates des troubadours , II , 297 .
5 Lem6me,II,295.
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viii INTRODUCTION,
passage :
Ou plain Vinmeu sur Some oft Gormonz Hot estai
Ancontre Loiys qi fu proz et lolax.
II ne faut pas croire cependant qu'Isembart et son p6re Garin (le
fragment suivant Pappelle Bernart), soient des 6tres complement
imaginaires. En effet, dans la chronique de Fontenelle et dans les
Annates de Prudentius, on lit, sous Pan 890 : « Isembardus, filius
Warini , et Aledrannus, per dolum pacts fictce capti sunt a JVil-
helmoy invasore urbis Barcinonce \ » Le moine de S t .-Gall, de
son cot6, raconte une anecdote sur Isembart, fils de Garin, qui
sauva la vie k Charlemagne k la chasse , et re$ut des pr&ens ma-
gnifiques de Pimp^ratrice 2 . Une vie de Louis- le-D6bonnaire in-
dique cet Isembart comme ayant commands dans une expedition
en Espagne 3 .
Une g£n6alogie fabuleuse des comtes de Boulogne, que nous don-
nerons plus has tout enti&re 4 , place Parriv6e de Gormond et d'lsem-
bart en Picardie et en Artois, au temps du comte Baudouin I er et
d'Ernekin, son neveu, comte de Boulogne : In illo tempore venit
Wermundus {Gormond) et Ysembardus in istam terram, et comes
Hernekinus de Bolonia XXX a militum homines cum armis ad
custodiendum portus Bolonice 5 . Sed Sarraceni de Anglia venientes
(cela ne peut convenir qu'aux Normands), vi et violentia sua extra
Boloniam apud JVernerove applicaverunt et ceperunt Boloniam vi,
et necaverunt decern millia hominum de XXX a millia hominibus,
1 Pertz, Monumenta Germanice historica, 1 , 464 ; II , SOS.
2 lb., p. 752.
3 /&., p. 618-15.
4 Article de Garin le Loherenc.
5 II manque quelque chose h la dartl de cette phrase , lisez XXX* millia hominum y comme
plus bas.
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INTRODUCTION. ix
quos comes Hernekinus habuit. Et quando Sarraceni ceperunt
Boloniam , pueros occiderunt et illos occisos igni comburebant in
hastis suis > in despectu Christianorum. Comes autem Hernekinus
infugam convertit cum viginti M hominibus armatis super cos tarn
maris \ Les trouv&res ont encore une fois confondu tous les temps
et tous les faits.
Un fragment d^couvert par M. De Ram dans une vieille reliure,
raconte la mort du roi Gormont et les 6v6nemens qui la suivirent.
Ce sont deux feuilles de parchemin , dont Tune a 6t6 mutilde par
le haut. L'^criture, k deux colonnes, est du XIII e stecle ou de la
finduXIK
Le style , Porthographe, tout nous porte k croire que le po6me
dont il faisait partie, a 6t6 compost alors. Les formes rhythmi-
ques sont des plus remarquables. Le po^me est compost de stances
ou vers d'in^gale longueur et dont quelques-uns sont terminus par
un refrain, singularity qu'on ne rencontre point ailleurs, si nous
avons bonne m&noire, et qui prouve encore une fois que ces
grandes compositions se chant&rent , au moins par extraits ou par
couplets. Le morceau que nous allons transcrire est d'une intelli-
gence assez difficile; il semble r^unir des difficulty qu'on ne trouve
pas dans des compositions plus Vendues. Ici les lexiques connus
sont d'un faible secours , et Ton est souvent r&iuit k de simples con-
jectures. Au reste pour la rime et la versification en g6n6ral, il
existe entre ce qu'on va lire et la Chanson de Roland, plus d'une
esp^ce d'analogie. A Pexemple des anciennes chansons, ce morceau
est en tirades monorimes (omoioteleutes) ou d'une seule lisiere y
comme dit Fauchet.
Voici tout entier ce pr^cieux fragment , dont M. De Ram a eu
Pobligeance de m'abandonner Poriginal.
1 Mone, Anzeiger, 1825, $47.
Tom. II. h
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INTRODUCTION.
£<* iHart tot ttoi flftomumt
Mem.
Gautier, Erntu.
L« roi Gorrooot.
En haute yoiz s'est escrte :
« Yos estes en dol tat fin6 ;
N'auerez garrant par yostrc D6. »
Quant il ot mart U hon vassal,
6 Ariirs enchaga le eheval,
Puis mist avant sun estandart :
Nem la li bailie, un tuenard.
Li estur fut fier et pesant
E la bataille fut mut grant.
10 Es-lor puinnant Gautier de Maus,
Fiz Ern6is, un due franceis,
Et ?it Gormund el pui estant.
S'il lores ne joste a lui aen camp
Dune 8e tenra pour recreant.
15 Des espurons point l'auferant
Que il en fist raer le sane.
Al rei Gormond en vint brochant ,
S'il fiert sur sun escu deyant
Qu'il li p6c6ie maintenant :
20 Le hauberc desmaele et dement.
2 Votre perte est certaine.
4 Cos quatre vers en itaiiqne »ont un refrain i6-
ritable.
7 Tuinard, plus bas toinart; nousn'a?ons point
rencontre* ailleurt ce mot qui te rlpete ici plusieurs
fois et nous n'en devinons pas le sens. Signifierait-il
un habitant de Thunes on Tunes? Un tonnerre , un
foudre de guerre ?
10 Es-lor, Toila ; puinnant , piquant . — Gautier de
Maus, peut-etre Gautier de Mans, cependant il est
e*crit bien visiblement Maus.
11 Franceis , ce mot ne rime a*ec rien, mais ni
la rime ni la mesure ne doivent eire jugtfes ayeo
seXrite' dans un systeme de versification different
du notre. L'orthographe franceis fait torabcr, ainai
que Pobserre H. P. Paris , toutes les belles phrases
de H. Estienne , sur la beaute* de franceis et la mol-
lesse italienne defrancais.
12 El pui, sur la hauteur , in podio; estant, latin
stans.
13 Lores, alors \ joste, joute , combat j aen eamp,
en plaine.
15 Point, pique, p*n{aty ; I'amferant, le conr-
sier.
10 Piciie, met en pieces.
20 Desmaele, demaille; dement, gate, dtftrnit.
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INTRODUCTION.
XI
Passl li ad joste le flanc ;
Men n'en abat nient de sane,
Ne de sun con ne li fist dam.
Gormond li lance nn dart trenchant ,
25 Parmi le cow li rait bririant
Triis li consent nn aleman
Qu'ambes dous les abat raort el canp.
Li meudre rei et le plus Crane
Qu'onques fust el munde yiyant,
30 Se il crlust Deu le poant,
S'est escri6 haut en oant :
« Ges crestiens sunt nun savant
Qui de juster me yont hastant.
lie yoil que jk un sul s'en vant ,
35 Tuz serrunt mort et recreant »
Quant il ot mort les bons vassaus ,
Arrtere enchaga les chevaus ,
Puis mist avant sun estandart .*
Nem la li bailie, un tudnard.
40 Desus quaiou , k la Chapele,
Fut la bataille fort et pesme.
Occist et fiert et esboele.
Qu'il consuit n'el laist en sele ,
Yestue 90 a de mort nuvele.
45 Eis-lur puinnant Ti6ry de Termes,
Sur un cheval bai.de Chastele,
Gesques al rei Gormond n'areste.
S'il fiert sur la targe novele
Qu'il la li freint et eschantele ,
Thi^ry de Termes.
22 Men, mis, mait.
20 Trie's, pret; consent, attaint. Le trait perce
en meme tempt nn allemand, etc 87 Vers trop long.
80 Poant, putttant.
36 Refrain.
40 Quaiou , ee mot , repe'te' an t. 08 , est-il un nom
de lieu on tignifie-t-il cailloux , prononctf a la pi-
carde ? Chapele , pint bas champaino.
42 Etboele , 61 entre.
4S Celui qu'il ponrtnit| il ne le laitte point en telle.
45 Ti^ry de Termes, Ph. Hontket mentionne nn
Gautier de Termes , t. 6222,
46 Chastele, Castillo. Toy. v. 200.
Kant vit ion freire desus l'erbe novele ,
Ke suit a pie* son destrier de Cos tele.
J. Bekker, Gerard de Fienne, t. 2412-18.
47 Geeques ,}vt*qpm.
40 Freint, freit, rompt; eschantele, aplatit,ar-
rache dn cote* ? flam, kant, oote\
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XII
INTRODUCTION.
Le corate de Flandre.
50 Sa hanste brise par esteles.
E Gormond ad l'esple trait e ,
S'il ad f6ru sur le h£aume ,
La teste en fist yoler a destre
Tris devant li sur la bel herbe ;
55 Puis li ad dit une nuvele
Qui as Franceis ne fut pas bele :
« Le vostre Deu n'est tant honeste
Que il yos pusse garant estre. »
Quant il ot mort le bon vassal,
60 Ariere chrfpa le cheval,
Puis mist avant sun estandart :
Nem la li bailie , un tuinart.
Desus quaiou , en la champaine ,
Fut la bataille fort et grant.
65 Eis-vos puinant li quens de Flandres
Tut eslec£ parmi la lande
O Tit Gormond , celui (cist) d'Oriente.
Sur son escu li dona grande ,
D'un or autre li fist fend re
70 La blanche broine d'esconcendre,
Mis ne pot roie en la car prendre.
Gormond li lanja une cambre.
Parmi le cors li yait bruiante ,
Del autre part fiert en la lande ,
75 Li cors chet jus, si s'en yait l'alme,
E dist Gormond , cist d'Oriante :
« I coste , fole gent de France ,
Mut parunt-il fole esp&rance.
Quant il vers mei descent lance
80 Ne Yoil que un sul s'en vante. »
60 Hanste , hampe, boisde lance j esteles,a*Ules,
eclats. Voy y. 826-30.
50 Refrain.
66 Eslece" , amine* j lande ,bruy ere.
60 D'un or autre, il manque quelqne chose a ce Yen.
70 Broine, cuirasse j d'esconcendre, qui sert a
couTiir?
72 Cambre , quelle est cette espece de projectile ? •
H'est-ce pas combre , piece de bois , d'ou encombre ,
pour amas de pieces de bois destinies a rendre un
chemin irapraticable ?
76 Oriante, Orient? Voy. ▼. 76.
77 Coste , coute.
78 Parunt-il, certes ont-ils.
70 Descent, qnand on dirige une lance contre
quelqu'un, on P incline, on la descend.
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INTRODUCTION.
XIII
Quant Hot mort le bon vassal,
Ariere enchapa sun cheval,
Puis mist avant son estandart :
Nem la li bailie , un tuinart.
85 Eis-lur Eodon de Campaneis,
Gelui qui tint Gbartres et Bleis,
Chastel-Andon en Gatineis,
E sist sur tin destrier moreis
E vait ferir Gormond le reis.
90 De son escu trencba le neir,
De sun blanc haubere les pleis,
Mais n'en pot mie en char aveir.
U trest le brant de Goleneis ,
Sur sun helme Fen dona treis,
95 Tut l'enclinat encontre sei ,
Ja l'iust mort icest pour veir;
Quant k lui lan^a un ireis ,
Suz li ocist sun bon moreis.
A dist Gormund or en surdeis :
100 « Vos fussiez miez en estampeiz,
Perdu avez vostre moreis,
Vos n'el recourez des meis.
Gi remeindrez ensemble od mei,
Ostel prendrez al briyerei.))
105 II li lan$a un dart tut dreit,
Deu Tad gari a cele feiz ,
Ri n'i pot mie sun char aveir;
Eodon ou Eudes dc
Champagne.
81 Refrain.
85 Eodon de Campaneis. I'an 834 , Eudes , comte
de Blois , succe*da a Guillaume son pere. II mourut
en 866. Eudes, premier comte de Champagne et
second de Blois , succe*da a Thibaud, son pere, Tan
978. C'est de celui-ci qu'il doit etre question.
86 Bleis, Blois.
87 Chastel-Andon , Cbateau-Landon , dans l'an-
cien G&tinoisfrancois; Gatineis , Gatino is.
88 Moreis, noir, brun ;un pareil che?al s'appelait
aussi morel.
00 Weir, noir, la surface noire , ou nerf, courroie.
01 Les pleis, )atT*me (plexus).
93 Coleneis , je pense qu'il s'agit d'one dpee de
Cologne , pays ou alors comme aujourd'bui, on fabri-
quait de bonnes lames.
97 /ratJ,Irlandais. Voy. ▼. 278.
98 Suz , sous.
99 En surdeis } a demi-Toix?
100 MieMy mieux; en estampeiM , sur vos jambes ;
stamps' , en wall on , signifie debout.
102 Recourez, recouYrerez ; des meis , des miens.
104 Al briverei, sanstarder. M. P. Paris, Garin,
I, 6, a rendu abrivts, par couTerts (abrite*s); je
crois qu'il s'est trompe* j mais qui ne tombe en de
pareilleserreors?
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XIY
INTRODUCTION.
Le eomte de Poitiers.
E cil s'en tome de mantis.
Li estur fat mat fier mortel
1 1 £ la bataille coramunel.
Ets-lur le conte de Peitiert
Sur un destrier sor-bautan,
E tit Gormond el pui ester.
Si lors ne tait k lui juster,
115 Dane se tendra pour afol&
Point le cheval par les costez
Que il en fist (fesist) le sane toler.
A Gormond est ate juster.
S'il fiert sur sun escu bend6
120 K'il la li od freit et quassl ,
Le hauberc rompu et d6safr6;
Mis ne n'a pas son cors danpnl.
E Gormund tret le brant letrg.
Gesqu'al brael Tot tut eop£.
125 Le meudre rei et le plus ber
Qui unques fust de patens n6,
A haute voiz s'est escrii :
Vos est** en del tut fine*;
Waurez garantpar vostre D4.
130 Quant il ot mart le ban vassal ,
Ariere enchapa le cheval ,
Puis mist avant son estandart :
108 De maneU , demanoie, a l'instant.
109 Ce vers ressemble aux8*, 134% 160« et 675«.
110 Communel , gdne*rale.
112 Sor-bauzan. Bausan, baupain, baucent,bau-
ceant ou bauchant , selon H. De Hartonne , est un
cheval pie. Parise la Duchesse,?. 49. II dit adopter
en cela l'opinion de H. P. Paris, qui effectivement
propose cette explication au t. I er , p. 66, de ton
Edition de Garin, mais qui , au tome suivant, p. 146,
revient sur ce qu'il a dit et semble prefdrer traduire
beaucent par roux , attendu que le premier de ces
mots est le nom du sanglier dans le Renart le Novel*
Sor-bausan serait, dans ce cas, un cheval brun-
roussdtre ou estrSmetnent roux, sot, ayant le sens de
jaun&tre ou celui du latin ruper.
114 Juster, jouter, combattre. Voy.v. 404.
121 Disafri, gate*, le comtnire fafrmmt.
De sun osbcrc les dons pans li disaffret.
La Chanson da Roland, p. 132.
H. F. Michel soupconne que disaffret ponmit signi-
fier enleve let broderiee de...
122 A e n'a, ces deux negations sont a noter.
123 Letri , constelll , convert d'on talisman, d'une
inscription : dans Gutilaume-eu-Ceurt-AeM , on lit :
II tint JoieuM qui desus fat letri*.
124 Brael, braie,culottc, la bifurcation du tronc.
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INTRODUCTION.
xv
Nem la li bailie, un tudnart.
La bataille fust esbaldie
135 Et del ftrir en manevie.
Eis li quens lur de Normandie,
Celui qui de Ruem fat sire ,
Qui de Fescampfist l'abb6ie,
A a rei Gormond nuist espie\
140 Yoster i Tail son cors m&smes,
Pleine sa lance le soyie ,
Geo , dit la geste k Seint Denise ,
We fast la hanste que li brise,
Celui 1'ust geti de vie.
145 Gormund li lance une guivre,
Parmi le cors li ol jaillie ,
De l'autre part s'en est eissie ,
Fiert un danzel de Lombardie
K'andous les a get6 de Tie.
150 Li reis Gormund en haut s'escrie :
« Iceste gent fole esbale
Malt par i firent grant folie,
Quant il vers raei bataille pristrent.
Ne toI que ja an sul s'en rie,
155 Tut serrunt mort de mat martire. »
Quant il ot mort le* bone vaeeaue,
Arikre enehapa le* chevaue,
Puie mitt avant sun eetandart:
Nem la li bailie, un tuinart.
160 Fier fust l'estur et esbaudi.
Eis-vos Ernaut qui tint Pontif
E les aloez Saint- Valerin ,
Le comte da Norman-
die.
Let chroniques de S«-
DenU.
Ernaut de PonUtieu.
134 Esbaldie, esbaudie , anim^e.
135 En manevie , en train ?
130 Eis lur, ces deux mots sont separes comme
si on diaait : Voi le comte Id de Normandie. L'abbaye
de Fescamp, de Pordre de S l -Beno!t, remontejus-
qu'au VII* ueole.
144 L'ust, le copiste a e*crit ainsi ponr I'iust.
145 Guivre , Roquefort explique cette expression
p*r serpent , couleuvre ; ce doit etre ici une espece
particuliere de traits , fleches on javelots, que Turold
appelle wigres. La chanson de Roland, p. 80.
147 Eissie, sortie.
155 Refrain.
163 Les aloes SainU Valerin , il est encore parte
an t. 431 de Saint- Valeri en Vimeu, et Ph. Mouskes,
any. 14063, dit :
Herlui* ot I non l'eininee; (Saur de Louis d'Outremer.)
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XVI
INTRODUCTION.
Lonis d'Outreraer.
E Tait le rei Gormond ftrir.
L'escu li ad freit et malmis ,
165 Le helme desmaele et rumpi,
Parmi le flanc l'espi£ li mist,
La bone enseine que il tint *»
Del autre part en fist eissir,
Le sane vermeil en fist saillir,
170 E dist Ernout : « Estes mei ci ,
Meie ert la terre et le pals ,
Que n'en suleie home servie ;
Ne mis sul Deu qui ne menti *
E Temperrire Lowis,
175 Cest chalenge tos i ai mis. »
A dist Gormund : « Bien l'ai genti,
Vos me r'auris pris a veisin. »
II traist d'or euheudi,
S'il fiert a munt al helme enclin ,
180 Gesqu'al brahel le purfendi,
Que de eel cop mort l'abati.
A dist Gormund , li arabi :
« Vos estes del tut fini ,
N'avez garant pur iceli
185 Qui fut par force en cruiz mis,
E ja Funt fous Jueus occis.
Quidez-vos dune k'il surresist
Ne qu'il tos puisse guarantir ?
Si fu al due Garin dounee
Ki tenoit Vimeu et Pouti
Et Us alu&s Si-Waleri.
170 Mei , miens.
172 Suleie , aie coutume; de sorte qu'il n'est pas
d'usage que je doive de ce chef aucun service.
Au lieu de servie on pour rait lire servir.
173 IVe mos, seulement , e'est pourquoi.
175 Chalenge, opposition. Voy. le Glossaire roman
de M. Raynouard, au mot calonjab, t. II, p. 285 de
son tfouv, Reoueil,
177 A veisin, pour voisin.
178 A ce vers manque un mot : on peut le rltablir
ainsi :
II traist s'espie d'or euheudi.
C'est-a-dire son £pe*e emmanchee d'or, a la garde
d'or:
Vee« m'espee ki d'or est enheldi.
Chanson de Roland, p. 38.
Voy. une note de H. F. Michel , sur le Rowutn de la
Violette, pp. 01-02.
183 Pour restituer ce vers, il faut recourir au
deuxieme et lire :
Vos estes E5 del {dot) tot 6ni (fini).
185 Cruis, croix.
186 Jueus, Juifs.
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INTRODUCTION.
XVII
Mai guarra , par Apollin,
190 Qui sul sun cors ne pot guarir,
Que li n'estust de mort murir. »
Duoc Ten csgarda Hugelin ,
Celui qui le message fist.
Quant Damne-Deu out si laidir
195 Forment en fut al cor mari.
Le cheval brocha A il sist ,
Poinant en vint al rei Lowis,
II Ten apele : « Fil , li dist ,
De gentil rei , de riche lin ,
200 Av6ez yen de Antdcrist
Qui tuz nos homes nos ocist
E Damne-Deu tant fort laidist?
De ceo sui mut el quor marri.
Si m'ait Deu , qui ne menti ,
205 Jeo n'el lerroie pur murir
Que jeo n'el auge ja ferir ,
Que ke mei deie avenir. »
E l'emperr&re respondi :
« Avoi! beau frere Hugelin,
210 Veus me tu dune issi guerpir?
Se tu esteis ore occis ,
Dune n'ai-jeo mais suz ciel ami. »
Dist Hullin : « Ne pot pas estre ,
Pruz mun p£re et mun ancestre ,
215 E jeo sui mut de bone geste,
E par m&mes dei pruz estre.
Si m'ai Deus, la grant paterae,
Huguetin , Uugues ou
Hugon.
189 Guarra, pour guarir a.
194 Out, onit.
208 Quor, camr,
206 Auge, aille, dans la Chanson de Roland, il y
a alge, pour aille,
207 Quoi qu'il me doive arriver.
209 Avoi, exclamation : eh ! quoi !
Avoi! dist S*-Pieres, avoi!
Be saint Pierre et du Jongleor,
v. 312. Fabliaux et Contes ,
*d. de 1808 ,111, 292.
Tom. II.
Avoi , sire , che dist Gerars.
Roman de la Violette , p. 18.
Sur quoi M. Fr. Michel remarque que cette exclama-
tion s'est conserve dans lea mots italien via et
anglais away.
214 Lisei Pruz fu mun perc...
216 Geste, race. Voy, plus loin Pextrait de la
chanson de Jourdain de Blaye.
210 Dei, dois.
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XVIII
INTRODUCTION.
Jeo n'el lerrai pur home terrestre
Que n'el auge ja requerre. »
220 Le rei le vot seisir as resnes ,
Quant ie pent sur desire,
Al bon cheval lascha lea resnes
£ od l'esple depart la presse ,
II ne vait gens cumme terrestre.
225 Prof yait bruiant comme tempeste ,
Gesqaes al rei Gormund n'areste.
Si '1 fert sur la targe novele
Qu'il la li freint et eschantele,
Sa hanste brise par asteles;
230 E Huon ad l'esple treite,
S'il ad feru a munt el belme ,
Tot 1'enclinot encontre terre.
La l^ust mort icist acertes ,
Quant il tolerent gent averse.
235 Hutlin dist une novele
Qui a Gormund ne f ut pas bele :
« C'est Hu£lin qui vos meisele ,
Qui 1'autrir fut a vos herberges
Le message Lovris faire ,
240 Si vos servi come pulcele ,
Le pounrais en la squiele.
UnLes n'en must6s la maisele. »
A dist Gormund : «c Si vait de guerre,
Le goerredon vos en dei faire.
245 Ainces k'augiez guerres de terre,
221 Pent , penche.
224 Gens cumme terrestre, comme gent terrestre.
225 Prof, an v. 314 , on lit en prot, est-ce la meme
chose queprou?
226-80 Repetition desT. 47-61.
282 Enclinot, inclinait.
237 Meisele, maltraite.
238 Vautrir, V&utre jouT^herberges^tente*, camp.
240 Come pulcele, comme pucelle, ayec candeur.
241 Pounrais, ainsi porte le mannscrit. Poun,
plus bas , signifie poing ; squiele est ou nne echelle,
un gibet on on corps d'arme*e ; mais cela ne rend pas
la phrase plus claire , a moins qu'on ne Use : Je le
suspendrais (pounrais, en latin, ponerem) au gibet
(squiele),
242 Mustis , montrei ; maisele , visage :
Aude s'esluet 4 une fenestrelc,
Ploore et tospire , sa main 4 sa maisele.
J. Beekeb , Gerard deFienne, v. 2410-11.
Hugues Teut dire que les palens devraient se cacher
de honte.
244 Le guerredon, le prix.
245 Avant que tous allies un pen plus loin ?
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INTRODUCTION. xrx
Men enscient , l'aurez rout pesme. »
Del fort espi6 grant cop li serre,
Mut Tad nafrd al flanc senestre
Que tute est muillle la suzcele :
250 Jus le tr6bucha a la terre.
Puis s'escria li reis Gormund :
« Trop estes vantez, bricun ,
Jeo te eonois assez, Hugon,
Qui l'autrir fus asparillans ;
255 Si me servis de mun poun
Que n'en mui unkes le gernun ,
Si par folie dir6 nun.
E le cheyal a mun barun
En amenas par traisun.
260 Or en aueras le guerredun ,
Mort t'en girras sur le sablun.
Ne dirras misne o ne nun ,
Ne pur nul mire de cest mund
Ne n'auras m£s guar ran tisun ,
265 Ne par tun Deu espaciun. »
— « Vos mcntcz, ceo dist Hugon,
Jeo n'ai trench^ ke Talqeton
E un petit del peli^on ;
Ja me rauerez. a compainon ,
270 E me verrez par iscaropon ,
Criant l'enseine al rei baron ,
La Lowis , le fiz Gharlun ;
Li6 serrunt cil kaweron ,
Dolent serrunt paien fdlun. »
275 II resaut sus encontre munt,
840 Men ensoieni, a mon avis. 265 Espaciun , repit.
248 Nafrk, navre* , blessl. 267 L'alqeton, le hoqueton :
248 Suzcele, sous-selle. , , ,
m.m* w» . i Et desrompu li uuuberc freroilon,
262 Brtcun . unpadent. a . , r ..
* r Si que aesouz pnrcnt li aquelon.
255 Poun, pomg. , Bekker, Girard de Vienne , v.2493.
256 Que jene me rate jamais si...., serment fami-
liar aax guerriers da moyen age. 270 Iscampon, le champ de bataille ?
262 0, oui. 272 La , l'enseigue , le cri de Louis.
263 Mire , mtdec'm. 273 Kaweron, il s*agit de Parmee chr^tienne. Di-
264 Guarrantisun , guenson. minutif de cavier, vassal , ou k'aiweron, qu'aiderons.
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XX
INTRODUCTION.
Isembart.
A dous poins prist le gunfanun.
I an eust mort le rei Gormund,
Quant un ireis saut entre dous,
Hue le fiert tut abandon ,
280 Que mort l'abat as piez Gormund ,
Puis rest munti sur le gascun.
Par la bataille Tail Huon ,
Tut dipltie sun gunfanun ,
Griant l'enseine al rei baron ,
285 La Lowis, le fiz Charlun.
Liez sunt en cil qui de suens sunt ,
Dolenz en sunt paien felons.
II fist sun tur par le charapon.
Si repaira al rei Gormund ,
290 S'il ttr'i sur sun escu rund
K'el pr£ l'abat a genoillons.
El tort qu'il prist le fer Gormund ,
L'espte enz al cors li repont ,
K'il le rabat sur le sablon.
295 Or fu Hugon al pr£ a pit
Navrl dous feiz del grant espil ;
Dune li eschapa sun destrier.
Quant Isembart , le ren&6 ,
Vit le cheyal cure estraer ,
300 D'une chose s'est afichi6
S'il poeit as puins baillier
278 lreis , voy. t. 07 et 608.
281 Gascun, les chetaux gascons sont vantls par
les trou vires.
Ocii li ont son auferrant gascun.
J. BUKEI, Agolant* ▼. 268.
Mont fu dolens de son destrier gasgon.
Ibid., v. 250.
Et panni coupe le bon destrier gascon.
Lb heme , Girard de Vienne , ▼. 2374.
Voy. plus bat ▼. 645. Le pendant de Vauferant gas-
con se retrouTe dans un antenr latin ; car la lUte"-
rature classique fournirait plus d'un Iclaircisse-
ment aux romantiques , si Ton voulait ritudier plus
se>ieusement. En effet , on lit dans Silius Italicus ,
lib. XVI, v. 381 :
Sed proximus ibat
Astur Panchates
Suit la description de ce conrsier asturien.
288 Champon , plus bas chambon , champ de be-
taille. Koy.v.540.
203 Repont, latin repon[i)t ou plutdt rejmno{%)t.
298 Retteie , reni6.
209 Cure estraer, courir au loin ?
Dans Angeliers , li gascons de Bordele ,
A laissie corre le destrier de Ca stele.
Fa. Michel, Introd. a la Chanson de Roland ,
p. LVII.
301 Baillier, saisir.
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INTRODUCTION.
XXI
Qu'einz se Ierreit d6trenchier
Que mis pur home le perdist.
Cele part Tent tut esless6
305 Od le restiu de sun espi6
Vot acoler le bon destrier ;
Le cheval porta haut le chef
Que il n'el pot mie baillier.
Hue s'est tant avancte
310 Qu'il vait avant contre pleiu pi*.
Delez li passe le destrier,
Seissist le as resnes d'ormer.
Entre les dous ar$uns se set.
En prof traient arbalestriers
315 E lur serganz, et lur archers ,
E Hue point et broche et fiert ,
Qu'il lur est auques esloinn£.
Ses plaies prennent a sainnier,
Li cor li raent et Hue chiet.
320 Geo fut damages et p6chi6,
Gar mut par ert bon chevalier
E en bataille fesant bien.
De l'autre part fut dan Gontier
Gelui qui fut ja sun esquier,
325 Fiz de sa sor, si ert ses niez
(Geo dist la geste a Seint-Richier),
Uncore n'ot oit jorz entierz
Qu'il Tot arra6 a chevalier.
Quant sun seineur vit trlbuchl,
330 Mut fut dolent et esmail;
Cele part vint tut esless6,
Par les resnes prist le destrier,
Entre les dous arf ons s'asiet ,
En sun poin tint le brant d'acier;
335 Tut fut sanglant et enoch£ ,
Gonlier.
Chronique de saiut Ri-
quier.
304 Vent, pour vint.
306 Rsstiu, reliant.
313 Seissist , aaisit ; d'ormer, d'or pur.
314 En prof, Toy. *. 286,
318 Sainnier f saigner.
310 Li cor li ment , le cceur lui manque.
326 Seint-Richier, Saint-Riquier en Ponthieu.
336 Enochs 1 , entaille* , coupe' de osca.
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XXII
INTRODUCTION.
De Sarrazins etnermeilli6.
Al rei Gormund brochant en yient ,
S'il fieri sur sun csco yergie
Qui les qnartris en abatie,
340 El pre* le fist esgenoitlier,
Puis li ad dit en reprover :
« Sire Gormund , rei dreiturer,
Conoisterez 1'esquier
Qui a TOtre tnef fud 1'aatrer ?
345 Ove* Hue le messagier,
' Jou aporlai le nef d'ormier.
Gele mis-jo k Seint-Riohier,
Que tos arsistes sun mustier ,
Mes a venir tos en deit bien. »
350 Li rei Gormund li respundie :
« Gum orguillot et cumme fier
Fui de sur mei , garz pantener ,
Jeo sui de link chevalier
De riches et de preistls,
355 N'i tocherai oi esquier. »
Quant Lowis, le rei preisil,
Vit si murir sea chevaliers
E ses compainnes d6trenchier,
Mut fut doleni et esmai6:
360 « Ale , Deu , pere del ciel ,
Dist Lowis , li rei preisi6 ,
Tant par me tenc enginne'
358 Escu, au-dessus de ce mot, nn corrcctcnr a
e*crit helme ; vergie (virgatus), damasquine* , orne* do
bandes d'un autre meHal.
Se$ iiiaumes fu deplonc forgies,
Mais a estoit par litis vergie".
Les bendes d'or moult ricbement.
Le roman de la fiolette , p. 00.
330 Quarlres, voy. ▼. 300, 408, la meme chose
que qu artier, (signes blraldiques ?) dans ce yers:
Fust Lamaroine en Yescu de quartier.
Fr. Michel , Introd. a la Chanson de
Roland , p. lvi.
343 Ce tots est inoomplet :
Coooisteres i*ous l'esqnier.
346 Ovi , a*ec.
340 Apr is ce vers, le copiste a re'pe'te' les Yers
313-323, mais on les a ensuite biffls.
360 Respundie, poor respundi, comme toot a
l'heure abatie , pour abati.
362 Gars, gars , jeune ; pantener, plut6t pautensr,
drole , lache , insolent.
356 Oi, Toy. v. 363 , aujourd'hui , jamais.
362 Tenc , tiens ; enginne' , d6cu.
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INTRODUCTION.
XXIII
Ke n'i jostai oi premier
Tot cors a cors al aversier,
365 Ja est-il rei et rei sai-jeo.
La noire avenist bien
Lequel de nous idune venquist ;
N'en fussent mort tant chevaliers
Ne tanz francs homes d£trenchiez.
370 Ber Saint Denise, or m'an aidiez,
Jeo tenc de vos quite mun fiey ,
De nul autre n'en conois ren ,
Fors sul Deu le yeir del ciel.
Ber Seint Richier , or m'en adiez ,
375 Ja yos arst-il vostre mustier,
En l'onur Deu le puis eshaucier ,
Jeo toi crestrai trenle set piez.
Pernez les resnes del destrier ,
Gesques k lui me conduiez. »
380 A icest mot s'est esless6.
Gormond li ad treis dars lanciez ,
Deu le guarri par sa piti6
K'il n'el ad mie en char tochie\
Reis Lowis fud mut irrii,
385 A joste mie n'el requiert.
En contre munt drescha l'espi6,
S'il ad ttra parmi le chief,
Que les heauines ad trenchig
E del hauberc le chapelier.
390 Gesqu'al brahel le purfendie
Qtfen pr6 en chlent les mercez.
En terre cola li espie.
Tant bonement le pursiwie,
366-67 Ces deux vers sont mal copils et ce n'est 374 Adiez , au v. 370 aidiez.
pet la premiere fois que le copiste est en faute.
On en a une preuve manifeste dans la note sur le
v. 346.
371 Je tiens mon fief, mon royanme de voua.
Cette id£e que le royaume de France ne relevait que
de Dieu et de saint Denis , reparaft souvent dans les
Merits des trouTeres.
377 Crestrai, accroitrai.
378 Pernez, prenez.
386 Vespii, V6p6e .
380 Le chapelier, la partie da haubert qui en?e-
loppait la tele sous le casque.
391 Merces,motce&ux.
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XXIV
INTRODUCTION.
A ben petit que il ne chief 9
395 Quant sur le col del bon destrier
S est retenu le rei preisil.
Mut li costa le bauberc dubler
Et le yert helrae que ot al chief,
Al col sun escu de quartris ,
400 Le fer del bon trenchant espi6
Ke de 16 ot un dimi pi6.
Mut li costa a jus sachier
E pur Franceis s'est yergoinil.
Si s'aficha sur ses estrius ,
405 Le fer en plie suz ses piez,
Trei deie esloigna le q...rrie.
De tel air s'est redrescie
Ke les corueilles sunt rumpie ,
Ke trente jorz pleis ne yesquie ,
410 Geo fut damages et'pichiez,
Car mut ert bon chevalier,
En balaille fesant ben ,
A crestiens yeir conseillier ,
Ceo dit la geste , et il est yeir,
415 Plus not en France nul dreit eir.
Quant paiens yirent Gormund mort,
Ayant s'en turnent yers le port ;
Le Margari les cris en ot.
A 1'estandart poinant tost,
420 Le rei Gormond ad troy£ mort,
397 Le hauberc dubler.
N'i a cclui n'ait espee d'acier
Escu et lance et bon hauberc doblier.
Edw. Le GlAY, Frag, du roman de
Raoul de Cambrai , dnns les Mint,
de la societi d' emulation de cette
ville, 1835, p. 148.
308 Le verthelme,
An son chief li lacerent
Pert hiaume genie.
P arise la Duchesse, p. 47.
M. De Martonne dit que le mot vert indique la
nuance de racier. En effet, dans le Roman de Garin,
il est perle* d'une e*pee ,
Dont li fers fa d'un vert acier brum.
399 Quartres, d"armoiries?voy. *. 339et497.
402 Sue sachier, tirer.
406 De trois doigts allongea la courroie (quorrie) ?
408 Corueilles j corailles , eourailles , intestins,
entrailles.
412 Ce ▼era est repe'te' plus haut , sanf qu'on a mis
plus exactement en la bataille , ce qui complete la
mesure.
415 Eir, oir.
419 Poinant, piquant.
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INTRODUCTION.
XXV
Treis feiz se pasma stir le cors.
« Alias! dist-il, veir dist le sort,
Si jeo yeneie en icest ost
Que jeo i serreie u pris u mort.
425 Or sai-jeo ben que veir dist trop.
La bataille durra treis dis
Entre Gormond et reis Lowis.
Al quart comencent a fuir
Turz et Persanz et Arabis,
430 Parmi Vimeu et par Pontif
Vers les alois Saint-Yaleri.
Le Margari en ot les cris;
II poinst vers eus , si lur ad dit :
« U fuez-vos, paiens chaitifz?
435 N'avez ricet en cest pais ,
Parent ne uncle ne cusin ,
U vos puissiez revertir,
Tornez ari£re les chimins {fie) ;
Se yengerom le Arabi,
440 Notre emper6re de Leutiz,
Qui nos dona les grans pais,
Le ver, le gris et le ermin,
423-24 Voy. ▼. 629-80.
431 Voy. v. 162.
435 Ricet, retraite.
440 UuUm,
Ci vol lairons de Gharloa au fier vis ,
Si voua dironj de Tars et d'Arrabis
Et de Pertans, d' A chop an , de Lutis.
Roman d'Ogier, par Adenes.
Le roi Charboncle da regne de Liu lis.
Roman des Lor rains,
E d*Apamort un altre rei Leu t is.
Fa. Michel, La chanson de Roland,
p. 124.
M. F. Michel croit que ce mot de*aigne la Lithuanic et
lea Lithuaniena , que lea romanciera , dana leur igno-
rance, placaient en Aaie. Leutis aerait done le Lectoe
dea paaaagea autaana :
In Prusen, Lampaerden, Lectoe.
Poemejlam. sur la bataille de Cricy,
Toh. II.
que nous arons publie* dans notre
edit, de VHist. des dues de Bour-
gogne , de M. De Barante , II, 420 ,
IV, 495.
Prend garde au bon roi de Behefngne ,
Qu'en Franc et en AUemaigne,
En Savoie et en Lombardie,
En Danemarcke et Honguerie ,
En Pouleine , en Russe , en Cracoe ,
En Massove , Prusse , Lectoe
Ala pris et bonneur conquerre.
G. De Macbaut , Le confort d'amis.
L'abbe* Le Be of propose ponr Lectoe, la LUhaunie et
la Livonie. Mem. de V acad. des mscaif ., XX« vol. Voy.
F. Michel, La chanson de Roland ,pp. 104 et 122.
M. Mone , que aa grande conuaisaance dea antiquitla
do Word , rend un juge preaque aana appel , penae
que Liutis dlaigne la Luaace, Lausitz (Lutiot). Unter-
suchungen zur gesch. der teutschen heldensuge ,
p. 260.
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XXVI
INTRODUCTION.
Seguin.
E les chastiaus et les forciz. »
Mais n'el entendent Sarrazins ,
445 Fuiant sen turnent les chemins.
Isembart ?eit n'i mettre fin.
Tel dol en ot le Margari
Que il se coide esragt*
A une part del camp se mist,
450 Si fiert nn cheralier Seguin ,
Gosin germein rei Lowia.
L'escu li a freit et malmis ,
Le hauberc desmaela et malmist,
Parmi le cors l'espte li mist,
455 Tant cum la lance li tendi,
Del bon cheval mort l'abati,
£ dous franceis dee plus gentilz
Nos i a mort le Margari ,
£ pub se rest al chemin.
460 Or yeit Gormond mort en la prie
En ?ia sanglent, gule bafe,
£is Isembart, par une estr£e.
Vers li a sa resne vir6e»
La fist grant del et grant pasmee,
465 Oi mis orresz grant regret£e.
« Ahi, dist-il, rei emper&re,
Tant le tos dis plusures fiez
A Girencestre , a tos contr£es ,
Que Franceis sunt gent adurle :
447 Margari , saure* a tort , mal sauvd.
450 Seguin, en allemand Sigwin. Seguin est le
neveu de Gerard de RoaasilloD , dans le roman de ce
nom.
461 Gule bate, bouche ouverte. M. De Hartonne ,
p. 125 du Roman de P arise la Duchesse , e'er it :
Tant felon traitor jesrr gole bacee.
gole bade, dit-il, la bouche en bas, mordant la pons-
siere. Nous nous permettons de penser qu'il faut lire
gole ou gule bate, comme dans notre fragment.
462 Rstr&e, sentier, chemin (stratum).
Alquanto malagevole ed aspretta ,
Par bmsso na boaeo precero la via ,
Cha oltra die sejaoaa fosse e ttretta ,
Quasi su driUa alia colliaa gia.
▲aioa TO, Orlando furiosv , Til , 8.
463 Virie , toorne'e.
465 Oi mis erress , des ee moment ; regretie ,
expression du regret.
468 Cirencestre, rille des dtats de Gormond, et
dont le nom a une physionomie anglaise.
469 AdurSe, endurcie , forte , courageute.
Italian parlait au coraige adure.
J.Bskkes , Gcr*rdde Fiennc y
▼. 2W4.
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INTRODUCTION. xxvh
470 Mut le vos dis en la gal6e.
> De 9a troverez tel raeisnle,
Mis Teirement lavez lrov£e ,
La gentil gent el l'onurie.
Tele ne fut de mire nie.
475 Sur eus n'ert terre conquestge.
Ahi ! Gormund , rei emperire ,
Gam aviez la face ctere ,
La chire bele et culunie,
Gum Fayez ja teinte et mu£e.
480 A Lowis, bon emperire,
Cum as oi France bien aquitle,
E Gormond Tad chier compare.
Ja ne faudrai & sa meisnie
Pur tant cum pusse ceindre esp6e. »
485 Isambart dist a sa Toiz clire :
« U fuiez-TOs, gent esguarle,
Senz seineur en autre contrie?
Turnez ariire les estries ,
Si vengerom notre emperire.
»
400 L'or et l'argent et les soudles
Et les pelices engulies.
Et ens si funt sans redutfe ,
Ariire tornent les estries ,
Lowis ad sa gent jost6e,
495 Emmi chevacha l'emperere.
Quant Sarrasin li tresturnirent ,
La T^issiez tant cop d'espie
Et tante lance en quarterie ,
Tanz Sarrazins par ces estries ,
500 Morir senglent sor 1'erbe lie.
491 Engulees, en forme de goule : p. 140 :
Pub que U sunt A batailley ustez .
Vo$ donrai de mon dons I hermin agole.
Parise la Duchesse, p. 112. V *1 T * 114,
408 En quarter&e ou enquarttri* t en qua r tier a ,
Fay. snr ce Yen la note de M. De Martonne. en morceaux ? Voy. les vert MO et 309.
494 JotUe, aftemblee. La Chanson de Roland, 600 Lie,6tendue.
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wviu INTRODUCTION.
En sun lo munt, a l'estandart,
La ik jut mort le Satenas,
Yindrent paiens de tutes para.
« Pour le tucn Deu , sire Isembart ,
505 Gentil , ne nous faillir tu ji ? »
— « Nu ferai-jeo , dist Isembart ,
Tant cum li miens cors durra ,
Paiens ne vos esmaiez pas. »
Quatre jorz a l'estur dur6,
510 Puis que Gormond fud affote,
Gar Isembart i ert remls
Od quarrante mil d'armez.
Parmi Franceis sen sunt passez.
Mut en unt mors et affolez.
515 Lowis ses genz a jostez,
Tant que dis millers sunt d'armez;
Parmi paiens s'en sunt passez ;
Plus en unt mort et affolez
Que tous sai dire ne conler.
520 £ Lowis est el pui munti ,
E ad le roi Gormond trovl
A l'estandart la A il iert,
U il ainceis Tot mort ru6.
Mut franchement Tad regret*.
525 « Ahi ! dist-il , rei am£re ,
Tant mar fustes gentil ber ;
Si cr&ssiez en Bamne-Deu ,
Meudre horn ne pust horn trover. »
De 90 fist Lowis que ber
530 Qu'al paveillun le fist porter.
Lowis ad trov£ Gormunt
A l'estandart, en sun le mont:
Regreta le com gentil horn.
« Tant mar fustes, rei, baron;
502 Satenas, S*t*n*: 587 Damne-Diu, Ph. Mousket ecrit Dam-$l-
505 Faillir, il faut faillis Dieu.
585 Amere, chef, seigneur, amiral, 4mir, etc. 589 Louis tgit en noble cheTelier....
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INTRODUCTION.
XXIX
535 Se cr&ssiez al creator ,
Meudre vassal ne fust de vous. »
De ceo fist Lowis que pruz.
Porter Ten fist as paveilluns,
Covert sur un escu runt.
540 Puis repaira enz el chambon,
Si a trov6e nafr6 Hugon ,
De juste li Guntier Guedon,
Qui esquier fud al barun ,
Faissier le fist d'un pelifun,
545 Puis Tot mont6 sur un gascou.
L'estriu li tint li reis le jor,
Puis l'unt porl6 al paveillun,
La ii jut mort rei Gormond ;
D'autre part cochent dan Hugon.
550 Enz en l'estur a une part
Se combat Miles le gailart,
Tut cors a cors a Isembart.
Ja l'6ust mort le bon vassal,
Quant survint le viel Bernard :
555 Le p£re fut meistre Isembart,
Qui sun escu li estrua.
Mieuz feri le meistre Isembart,
Miles.
Le vieux Bernard.
535 Vassal, guerrier, chevalier.
639 Covert sur un escu runt , ce vers rappelle une
contame des Spartiates.
540 Chambon, plus haut champon, v. 288.
544 Faissier, envelopper, fasciare.
545 Gascon, voj. v. 881.
540 Cochent, couchent ; dan , seigneur.
551 Gailart, gaillard.
Con ad gaillard , perdue ad sa cular.
La Chanson de Roland, p. 112.
Cors ad gaillard, el vis geote color.
Ibid., p. 145.
554 Le viel Bernard, Philippe Moutkes, v. 14060
etsuiv., donne pour pere a Isembart, le due Gar in
de Ponthieu , qui a? ait Ipousl Herluit , scour de Louis
d'Outremer :
Et de madame Herluit ,
Dont je vous ai ci-devant dit ,
Qu'cipousee ot li dus Ganns ,
Fu Iserobars et Girardins.
556 Cette situation d'un pere combattant son fib,
a son insu , se retro uve , on le sait , dans la Henriade,
et , d'une man i ere plus intlressante peut-etre , dans
le fragment d'un vieux poerae tudesque , public par
H. Grimm, en 1812, poeme que M. De Chateaubriand,
dans ses Etudes historiques, a fait connaitre d'apres
S. Ampere. Ce fragment contient le re*cit d'une ren-
contre entre deux guerriers du cycle des Nibelun-
yen, le vieil Hildebrand et son fils Hedebrand. Voy.
J. und Wilh. Grimm , Das Lied von Hildebrand en
Hedebrand, Cassel, 1812, in-4°. W. Grimm, De
Hildebrando antiquissimi carminis teutonici frag-
mentum, Gotting., 1830 , fol. maj. — Estrua , perca ,
troua.
L'escut Rollaat unt freit e estroet.
La Chanson de Roland , p. 84.
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XXX
INTRODUCTION.
Gar sun eacu li estrua
£ sun hauberc li d&afra.
560 Par le milieu l'espi6 passa,
Mis n'en ateinst mie en char.
De sun cheval le dlrocha,
Par les dous resnes le cobra,
V6ant ses euz, puis i monta;
565 Unques congi6 ne demanda,
De ceo fist-il p<cbi£ et mal
Qui sun pire descbevacha,
Mais qu'il n'el reconoist pas,
S'il le conust, ja n'el tochast,
570 Car d'autre chose l'areisnast.
De nos Francois i fist asart,
Ri il consult ne s'en ala,
Ki il ftri puis ne parla,
Se Damne-Deu n'el suscita.
575 Fier fut l'estur et esbaudi.
Paiens s'escrient a haut criz
A Isembart : « Fel Margari ,
Fel p£n6iz pur repentir;
£a sunt les cheraliers hardiz;
580 Mar arivimes en Ponlif
Pur lur honors sur eus seisir,
Mut nous avez del tut trais. »
E Isembart leur crie et dit :
« Faluns paiens et Sarrazins ,
585 Halveisse gent et conquestisz.
A un des lor que jeo vei ci
I a ben trente Sarrazins.
D6fendez vos dolenz issi,
56fc Dirocka , le fit tomber, ronler comme nn roc.
663 Cobra, saisit.
567 Deschevacha, ctemonta.
670 L'areisnast, lui eut parle*.
571 Asart, hasard, danger?
577 Margari , mal sauve* : un pertonnage de la
Chanson de Roland, a'appelle le guens Margariz,
Margari* de Sibilie, pp. 88 , 61.
670 pa sunt, il est incertain que ce toit la mie
lecon du manuscrit.
686 Conguestisjf, a pen pre* le meme teas qua
culvert.
586-87 Contre nn des lenrt (dee chrtftiena), Tout
etes bien trente Sarrasina.
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INTRODUCTION.
XXXI
Com plus tos ti6s garantir. »
590 E eiis si funt se ke Vol dit.
Li estur fut fier et mortel
E la bataille communel.
Paiens n'el poreot endurer
Qui travails sunt et p6nez
595 De la feim et esjunez.
A tant s'en sunt fuianl turnez,
Le rei Ten enchau£a essez.
Se ne fussent barges et nis
K'il laissi£rent a la river,
600 Ja n'en piust un escbaper.
Si cum li cerf se fuit la lande,
Si s'enfuirent ces d'Irlande;
Si s'enchac&rent ces de France ,
Reis Lowis et ses compainnes.
605 Paien se fuient tut a un,
E Issembart est remasu,
Dous mil paiens ensemble od li;
Qu'il consuit tut ot vencu,
Wei pot garir sun helme agu,
610 Ne blanc hauberc qu'il ad vestu,
Que tut n'el tenche desques al bu.
Les treis contes et le quart dues,
Li uns li fiert en sun escu,
Les tris al blanc hauberc menu.
615 El core li firent treis pertuz,
De sun cheval le mist rent jus,
Mes ne Funt pas reconu;
Si unt l'enchauz avant tenu
689 r#*,Teux.
605 Esjunez, tourmentls par la disette.
607 Enchauca , poursuWit j esses, asset.
600 River, riviere.
603 Mande, voy. ▼. 07 etd78.
606 Remasu, resti.
600 Helme agu, e'est cette espeee de heaume en
pointe , qui a fait oroire aux Ben&lictins , que les
anciens dues de Bourgogne sunt repre'sente's sur leurs
•ceaux avec un bonnet pointu.
611 Tenche, atteigne; desques al bu, jusqu'au
buste.
616 Pertuz, pertuis , blessures.
617 Reconu, Uses recone'u, pour la mesure, qui,
au surplus , est souvent ne*glige*e.
618 Enchauz, pourtuite, delkenchauoer.
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xxxii INTRODUCTION.
A u chai li Margariz,
620 Au quarefoi de treis chemins,
Lez un bruillez espis foilli;
De Damne-Deu li membra si
Que ja dirra le franc gentil
Pour quei il dueret bien garir.
625 « Seinte Marie glnitrix,
itere Deu dame, Isembart dist,
Et ja '1 me dist un sarrazin
Ultre la mer, qui en sorti,
Si jeo veneie en cest pais
630 Que jeo serreie u mort u pris.
Or sai-jeo bien que il veir dist.
Aie , fire Deu , dist-il ,
Qui enz en la seinte cruiz fus mis ,
A vendredi mort i soffri;
635 Dont tut tun pople rtinsis,
En seinte sepulchre fustes mis
E au tierz jor surrexis,
Si yeireiment cum ceo feis,
Si a'iez-TOs de mei merci.
640 La mei mort pardoins icil
Par Yostre amor qui m'unt occis.
Sainte Marie glnitrix,
Mire Deu dame, Isembart dist,
D£pr£ez en vostre beau fiz
645 Qu'il ait merci de cest chaitif. »
Garda aval en un larriz
E Tit un ollirer fuilli;
Tant se travaille qu'il i Tint,
Sor la f reschc herbe s'est asis ,
650 Contre orient turna son Tis,
A terre Tait, culpe bati,
Puis se dr£$a un sul petit.
620 Quarefoz, carrefour. «35 RHnsis, rachetai.
821 Bruillez, petit boi« ; espis foilli, touf- 640 Icil, a ccux.
f u 646 Garda, regards ; larriz , terrain incalte.
629-30 Repetition det ▼. 423-24. 651 Culpe bati , battit sa coulpe.
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INTRODUCTION. xxxm
Arnoul-le-Vieux , comte de Flandre, se m61e naturellement aux Am<mi - ie - v.«ux,
annates normandes , ayant 6t6 l'auteur de la mort de Guillaume-
Longue-Ep£e.
En racontant les amours de Richard-sans-Peur, due de Nor- Amour* diehard*
mandie, et de Gonnor, Ph. Mouskes ne marehe pas, fiddle k sa
coutume, sur les pas de G. De Jumteges. II n'^crit pas non plus
d'apr6s lui, lorsqu'il touche quelques mots d'une insurrection des
vilains, k propos de laquelle R. Wace emploie le mot commune , commune.
expliqu£ par notre chroniqueur dans un sens different de celui que
nous y attachons ordinairement l .
Arriv6 k Hugues-Capet, il n'avance rien de d^favorable k son Hugu«-cpet.
origine. Pas un mot de ce boucher , pr&endu p6re de Hugues ,
comme Faffirme Dante , kla. grande indignation d'Etienne Pasquier,
qui traite cette opinion de sotte ; mais rien non plus qui rappelle
que le chef de la troisteme race des rois de France descende du
saxon Wittekind , ainsi que Font voulu quelques-uns , de saint
Arnoul, comme plusieurs le pr&endent, ou encore de Hildebrand,
ce fr&re de Charles-Martel, mis en avant par Duchesne, soutenu
par Charles Le Cointe et combattu par J.-J. Chifflet.
Gerbert, depuis pape, sous le nom de Sylvestre II, eut d'abord L e P a pe s y ivesire u.
Hugues pour protecteur. Sa reputation de magicien a 6t6 aussi
r£pandue, au moyen Age, que celle de Virgile. Ph. Mouskes n'oii-
blie pas de Fenvisager sous ce rapport , ni de parler de son com-
merce avec le diable.
Apr&s quelques mots sur la Flandre, il retourne en Norman-
die, et k Foccasion d'un diff&rend 61ev6 entre le due Richard et
F6v£que d'Auxerre, qui avait fait prisonnier Renaud de Bour-
gogne, il mentionne un usage que M. G. Peignot, ce bibliophile si l. se ue cheviiere,
aimable et si instruit, appelle la selle chevali&re > et sur lequel il a •*«*»«-
> V. 15174.
Tom. II.
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Cleves.
xxxiv INTRODUCTION.
fait, en 1836, une de ces curieuses dissertations, qu'il tire k petit
nombre, pour des amateurs choisis \ Get usage se d^couvre £gale-
ment dans notre histoire , car le chronographe li^geois Hocsem ,
racontant les guerres d'Awans et de Waroux, en garde le sou-
venir , ainsi que Jacques De Hemricourt , sur le m£me sujet.
Du Gauge , consults par M. Peignot, a soin de citer ces passages
aux mots sellam gestare, et en rapporte d'autres , tir& des romans
de Garin, de Rou et de Gerard de Vienne.
LecheT«iier«ucygne. G'est le commencement du XI 6 si&cle, que Ph. Mouskes assigne
pour date k la venue du Chevalier au Cygne k Nim&gue. Vingt-deux
vers sont consacr£s k ce sujet 2 .
ordre du Cygne de Cette l^gende a fait croire k Fexistence recuse d'un ordre du
Cygne, dans le duch£ de Cloves. Favin 3 , prenant les choses de plus
haut que Ph. Mouskes, dit qu'en 711 , Th^odoric ou Thierri, due
de Clfrves, n'ayant qu'une fille unique nomm6e Beatrix, lui laissa
ses &ats, et que les grands seigneurs du pays cherchant a s'en
emparer, cette princesse se retira au ch&teau de Neubourg, pr6s
de Nim£gue, ou, suivant une narration diff&rente, dans celui de
Meghem. II ajoute qu'un jour k la fen&re, triste et m£lancolique,
k cause des persecutions qu'on lui suscitait, elle vit sur le Rhin
un navire qui s'approchait k voiles d6ploy£es, et dans lequel se
trouvait un chevalier arm6 de toutes p&ces, ayant pour cimier un
cygne blanc, la t£te couronn^e. D'autres, pour rendre la rencontre
plus extraordinaire, assurent que le navire £tait remorqu^ par un
cygne. L'inconnu, appel£ Elie, H£lie ou Herlin, aborde au ch&teau,
offre k la princesse ses services, lui promet de la d6fendre contre ses
ennemis et obtient sa main. Ge fut k cause de son surnom de Che-
1 Voy. v. 15771 , 16211 , et dans cette Introduction meme ce qui est dit de l'empereur
Otton ou Othon I 01 ".
2 V. 16024-16045.
3 Thedtre d'honneur et de chevalerie , t. II , ch. 7.
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INTRODUCTION.
XXXV
valierau Cygne, qu'il institua l'ordre dont cet oiseau est l'embl&me
et qui figure plus (Tune fois dans la mythologie des peuples du
Nord \ En effet, les Valkyris, fees des nations scandinayes , appa-
raissaient le jour sous la forme de cygnes. L'une d'elles, m^me,
s'appelait Svanhvita, blanche comme un cygne.
Onnor var Svanhrit :
Svanfia frar dr6.
Uune itait Svanhvita
Portant des plumes de cygne 2 .
De plus , chez ces peuples , le cygne &ait consacr£ au soleil et
k la lumi&re, comme Foie k Phiver et aux t6n6bres 3 .
W. Teschenmacher rapporte le sentiment de Jean Lower man,
qui fait descendre les dues de C16ves d'un certain Thierri ou Th&>-
doric, et de son p&re Dalthon de Turgovie, qui, pour des services
rendus aux rois Dagobert et Sigisbert, obtinrent, celui-ci le comt£
de Turgovie et l'avouerie de P^glise de Constance, celui-lA le gou-
vernement de Cloves et de Nim6gue.
Suivant la tradition, ce Thierri, dit-il, laissa une fille unique,
Beatrix, qui , apres la mort de son p£re, demeura dans le ch&teau
de Nim^gue : 14 vint k elle le chevalier Hdie de Grail, originaire
du Paradis terrestre, dans une barque tir6e par un cygne orn6
d'un collier d'or. Elle £pousa ce personnage, mais l'ayant press6
trop vivement de s'expliquer sur son origine, il disparut avec
l'oiseau mysterieux. Cette l^gende, dit Jean Turck, a tellement
1 J. Grimm, Deutsche Mythologie, Goettiogen, 1835, in»8° 9 pp. 240, 241 , 623.
3 Edda Scemundar hins Froda. Hauniae, 1818, in-4°, t. II, Volundar-quida , p. 6. II est
assez singulier qu'un savant tel que M. Walckenaer, ait avanc^ que YEdda de Scemund
Sigfusson n'existe plus ou n'apas encore 6t£ retrouve\ Lettres surles contes de ftes, 1826, p. 89.
* 76., HI, 1121.
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xxxvi INTRODUCTION.
plu k nos anc&res, qu'ils ont repr6sent6 ce cygne sur leurs monu-
mens, sur les tours, les palais, les tapis, les statues, les sceaux.
Martin Del Rio ne craint pas d'ayancer que Beatrix fut le jouet
d'une illusion magique, et qu'elle dey int m&re par le commerce d'un
incube, explication semblable k celle de la naissance de Penchan-
teur Merlin. Pighius a cru que cet H£lie ou H£lyas sortait de la fa-
mille romaine des TElius , attendu qu'^Elius Gracilis, envoys, selon
Tacite ', dans les Gaules , se rendit dans ses possessions h£r£ditaires,
situ£es au pays de Cloves, non pas conduit par un cygne , mais sur
un navire qui portait l'image de Poiseau de V6nus. Teschenmacher
rejette ces explications et admettrait plus yolontiers celle de Turck,
qui dit qu'H&ie yenait de la Suisse, soit de la ville de Cl&ve ou
Clavenne, soit d'un ch&teau sur Pemplacement duquel fut b&ti
depuis le monast^re du Paradis, sur la fronti&re de Turgovie. Quant
au cygne , il Pexplique 6galement par la figure representee sur la
poupe du nay ire. II ajoute, qu'H£lie ay ant perdu la Tie dans la
guerre de Charles-Martel contre les Sarrasins, on fit courir le bruit
qu'il avait disparu. Pierre de Streithagen adopte cette opinion.
Teschenmacher regarde comme le chef de Pancienne maison de
Clfrves, Elias Grains, Gralius ou Gracilis, grec d'origine, qui
£pousa Beatrix, fille unique de ce Thierri, dont parle Lowerman.
C'est pour eux , suivant lui, qu'on imagina la fable du Chevalier au
Cygne 2 .
Les amateurs de fables ont trouv6 une origine plus recuse
encore. lis racontent que Silvius Brabo, qui, donna son nom
au Brabant, et qui vivait du temps de Jules-C6sar, yoyant
r^gner une grande division entre les habitans de cette contr6e
et leurs yoisins , et craignant qu'un jour ces dispositions f&cheuses
1 Annal., lib. XIII.
2 Wernheri TeschenmacheH ab Elverfeldt Annale* Clivia, Julia, etc., Francof. , 1781 ,
in-fol., pp. 124, 125, 189, 190, 191.
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INTRODUCTION.
XXXVII
ne vinssent k 6clater, choisit quelques-uns des plus braves seigneurs
de sa cour, auxquels il fit faire serment d'employer tous leurs soins
pour pacifier ces discordes , et qu'en cette consideration il les arma
chevaliers, leur donnant pour marque distinctive un cygne attache
k une chalne d'or \
Dans un manuscrit d* Arras , du XHI e stecle , on lit qu'Eustache
as Gernons, fils d'Eustache a TOEl , et descendant de ce Fromont
si souvent nomm£ dans F6pop6e des Lorrains, vint, k son retour
de Rome, k Bouillon, chez P^pouse du Chevalier au Cygne , et
s'unit k sa fille. Comes Eustachius ad Gernons Romam peregre
perrexit. Redeundo de S. Petro Romce venit ad Buillon ad domum
ducissce, quce uxor eratmilitis, qui vocabatur miles cigni. Ubi, se
quinto milite, tota node moram fecit, requisitus a sua hospite unde
esset, respondit dicens se esse comitem Bolonim supra mare. Tan-
dem plurimis inter se locutis, prcedictus comes Eustachius rogavit
filiam ducis et earn duxit in uxorem, quce vocabatur Ida. Et de
illo Eustachio venit Godefridus de Buillon et Eustachius, frater
ejus, et Balduinus, quipostea fuit rex de Jherusalem 2 .
Quoi qu'il en soit , cette tradition flattait Porgueil de la maison
de Clfrves, dont les membres semblaient avoir adopts le cygne pour
devise. En 1453 (v. s.), Adolphe de Cloves, neveu de Philippe-le-
Bon, due de Bourgogne, £tant k Lille avec toute la cour, fit crier,
au nom du Chevalier au Cygne, serviteur des dames, que le jour
marqu6 pour le banquet du due de Bourgogne , on le trouverait ,
1 J. Goerres Lohengrin , ein altteutsches Gedicht nach der Ahschrifi des vaticaniscken
Manuscriptes, Heidelb., 1818, p. lxviii, lxx, etc. Cf. Helinandi, Frigidi Montis tnonachi,
ord. Cisterc^ chron., libri 45-49 , apud Teissier , Bibl. Cistercians., VH, 78 ; Vincent. Bello-
vacens. Speculum histor., Duaci , 1642 ; Beschreibung der Graf en und Herren eu Cleve, durck
E. Hopp, Cleves, 1685, 148-150; S. W. Pighius, Hercules Prodicius , Colon., 1609, p. 52
(imprime precedemment a Anvers, chez Plantin, 1587, in-8°).
2 Mone, Anzeiger fur Kunde der deutschen Vorxeit, Karlsruhe, 1885; col. 847-48.
Fog. dans cette Introduction , le chapitre sur Garin le Loherenc.
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xxxtiii INTRODUCTION.
lui due de Cloves, armd de harnois dejouste, en selle de guerre,
pour jouter k armes courtoises k Pencontre de tous ceux qui y vou-
draient venir ; et que cc celuy qui, pour le jour, feroit le mieux au
» jugement des dames, auroit et gagneroit un cygne d'or enchaisn£
» d'une chaisne d'or, et au bout (Ficelle chaisne, un riche rubis
» que les dames pr^senteroient k celuy qui Pauroit desservy. »
Telles sont les paroles de Mathieu De Coussy \ Un des entremets
du festin donn£ quelques jours auparavant par Adolphe de Cloves,
repr&entait toute Fhistoire d'Elie et de Beatrix % a et demonstroit
» comment jadis miraculeusement, un cygne mena et conduisit
» dans une nef, sur la riviere du Rhin, un chevalier, jusques dans
» le chasteau de Cloves, lequel estoit fort vertueux et vaillant; et
» l'espousa la princesse du pays, qui pour lors estoit veuve; et en
» eut lign£e, dont les dues de Cloves sont venus depuis ce temps-lA;
)> et tient-on que ceux du present en sont issus et descendus, qui
» est si noble lign£e &s Allemagnes , comme Fon s^ait 3 . »
En 1615, Charles de Gonzague de Cloves, due de Nemours,
voulut r&ablir cette pr&endue chevalerie du cygne, qui n'avait
vraisemblablement jamais exists ; ce projet n'eut pas de suite; mais
a r Le Paige. en 1780, il fut renonvel£ d'une mani&re grotesque par un pr&re
flamand qui, au pr£alable, comme de raison, se decora lui-m6me
de Fordre. II a £crit un livre assez curieux, malgr£ son £norme
ridicule , intitule : Histoire de Fordre hdr&Litaire du eigne (sic), dit
Vordre souverain de Cloves ou du cordon dor, par M. le comte
1 Ed. de M. Bucbon, k la suite de Monstrelet, t. XI, p. 86. Tous ces details sont
reproduits dans les memes termes, par Olivier De La Marche. Coll. univ. dee m4m. pari,
relatift a l'hi$t. de France , 1785, t. IX, pp. 2 et suiv., et Appendice de la Chron. de
Jacques de Lalain, e"d. de M. Buchon, 1825, p. 395.
2 M. Guenot Lecointe, qui a publie en 1837, La Belgique au XV'Mcle, a decrit la fete du
faisan , dans son premier volume.
3 Mathieu de Coussy, ib*, p. 87.
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INTRODUCTION.
XXXIX
De Bar (k B41e, et se trouve k Cloves, chez Hoffmann, 1 vol. in-8°,
1780, pp. 1-93, 2* vol., 1782, pp. 95-305). II faut ajouter une
apologie de cet ouvrage, publi6e £galement en 1780 (11 pages in-8°).
Le comte De Bar n'£tait rien autre que l'honn6te eccl£siastique, qui,
aux pages 139-226, ne manque pas de dresser sa g&i&dogie, et
prend sans fa$on les titres suivans : Antoine-Franpois le Paige de
Bar y comte titulaire de Bar-sur-Seine et du Saint-Empire, pair de
Champagne , vicomte de Brogne y avowb de saint Gdrard, etc., etc.,
n£ k Herenthals, le 9 novembre 1751. Ge grand prince £tait, en
r£alit£, cur6 de Laerne, en Flandre ! !
Est-ce k cause du Chevalier au Cygne > que les seigneurs de
Steinfurty en Westphalie, portent un cygne dans leur £cu? M. Mone,
fort dispose k le croire, remarque, en outre, que Jung, dans son
Histoire des comtes de Benthem, pi. 11, donne deux sceaux avec
un cygne , l'un de l'ann6e 1246, l'autre de 1267. II fait observer de
plus, qu'en Westphalie les 6 tangs de cygnes, Schwanenweiheren ,
Schwanenfluten, £taient communs ; mais ces rapprochemens prou-
vent, selon nous, peu de chose 2 . Au surplus, il existe plus d'une
ancienne familie dont les armoiries sont charges d'un cygne, tels
que les Ehinger de Balzneim , les Furtenbach, les De Closen y en
Allemagne. Les Cr&juy ont pour cimier deux t6tes de cygne, qui
tiennent un anneau ; un cygne 6tait ^galement le cimier de Pinfor-
tun6 Guy de Brimeu, seigneur de Humbercourt, ainsi que des
1 Voy. dans le Dictionnaire de la conversation etdela lecture, notre article Cygne (ordre du),
t. XVIII , pp. 395-96 , et notre Edition de V Histoire des dues de Bowrgogne , de M. De Barante ,
t. VI, pp. 9-11. Cf. Griphius, Von geist- und weltlichen Orden, Leipz., 1709, p. 188;
Schreiber, Traditions populaires du Bhin, Heidelberg; J. Engelmann, sans date, in-12,
pp. 42-48; Helyot, Hist, desordres religieux etmilitaires , 1792, in-4°, t. VIII, pp. 454-55;
Th. De Rouck, Den Nederlandtschen Herauld, Amst., 1645, in-fol, pp. 156-57 (sur cet
anteur, voir nos MSmoires hSraldiques, Introduction); Buines et Souvenirs, par De R., Brux.,
1882,in-8°,p.22.
2 An*eiger 9 etc., 1884, col. 157.
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xl INTRODUCTION.
seigneurs de la Baume dlrlain, etc.; vouloir tirer de ces faits si
simples des inductions pour Pobjet qui nous occupe, n'est-ce pas
aller au deli des limites de la critique?
En £tudiant la literature du moyen Age, on serait port£ k croire
qu'il y ayait un fonds de croyances po&iques commun k tous les
peuples,et que brodait k Penvi l'imagination de leurs pontes. Outre
le Lohengrin, qui paralt appartenir k la fin du XIII e si&cle, les
Allemands ont un ouvrage en vers de Conrad de Wurtzbourg, 6cri-
vain du m£me Age, sur le Chevalier au Cygne \ De leur c6t£ les
Islandais, plus s£par6s du reste du monde que.les Bretons de Virgile,
poss&dent une Godfrey ssaga. Halfr. Einarus, dans son Historia
liter aria Islandice % intitule ainsi la l£gende ou saga d'H£lie :
Historia Elidis (filii Julii duds) quern inter principes Gallice
(Belgicce) quondam floruisse vulgatum est. Mais M. Hoffmann est
dispose k croire , et nous partageons cette id£e, que la fable du Che-
valier au Cygne , oh des traditions et des details g£ographiques re-
latifs k laBelgique reviennent sans cesse, est primitivement beige \
Jacques Maerlant, dans son Miroir historial (IV, I, XXIX, et Bil-
derdyk, Verscheidenh., I D, bl. 162), s'exprime ainsi A propos de
Godefroid de Bouillon :
(Daer) logbenaers mesdaet an doen ,
Datsi hem willen tien ane ,
Dattie ridder metier stcane
Scire moeder vader was cet
No wyf no man , alsict vernam ,
Ne was noint stcane daer hi af quam ,
Al eist dat hem Brabanters beroemen,
Datsi van der stcane syn coemen.
1 Gedicht vom Schwan*Ritter, dans les A ltd. fTaeldem. des fibres Grimm. Bd. Ill, s. 40-96.
2 P. 102.
3 fforce Belgicce, I, 58.
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INTRODUCTION. xli
La version la plus ancienne de la l^gende du Chevalier au Cygne,
est celle que Pierre Desrey 1 a expos^e en prose, k la fin du XV e p-De.™, j.r c «,«.
si^cle ; elle avait 6t£ trait^e en vers au XIII e , peut-^tre m6me plus
t6t, par Jean Renax, Renard ou Renault , que Ph. Mouskes a pu
fort bien ne pas connaitre.
Le respectable abb£ De La Rue, qui reprochait k M. Raynouard
de tout rapporter k la Provence , tandis que lui-m£me montrait une
pareille partiality pour la Normandie, fait naitre Jean Renax dans
le Bessin, mais de preuves sol ides, il n'en fournit aucune. Malheu-
reusement ici le patriotisme ne suffit pas 2 .
M. Francisque Michel, en publiant le Lai dtlgnaur&s , par Re- M.p.Mkhei.
nault % expose les raisons qui lui font croire que ce trouv^re vivait
au XII e si^cle , sans aborder cependant la question de son origine.
Ind£pendamment d'lgnaures , on connatt encore de Renault le
Lai de V ombre et de Vanneau , analyst par M. Amaury-Duval.
Quant au roman du Chevalier au Cygne, il a 6t6 continue par
Graindor ou Gandor de Douai , auteur d'Ansdis de Carthage 4 , de o«dor.
La cour de Charlemagne 5 , et de qui est probablement presque
1 II y en a un extrait dans les Nouvelles archives historiques des Pays-Bos , V, 62-68 , et
dans les Melanges tire's (Tune grande bibliotheque , VI, 4-62. L'ouvrage de Desrey a 6te im-
prime plusieurs fois : Paris, Michel Lenoir, 1511, in-4°; ibid., Philippe Lenoir, 1523, in-4°;
• Lyon, Francois Arnoullet, 1580, petit in-8°; Paris, Nicolas Chrestien, s. d. in-4° ; Paris,
Jehan Bonfons, s. d* in-4°. La traduction flamande a et^ imprim^e a Harlem, vers 1486,
in-fol., elle est fort rare. Une traduction anglaise a etc publiee par Caxton, Westminster,
1481, in-fol. Cf. Paquot, Memoir es litt., in-fol., Ill, 7.
2 Essais hist., Ill, 213-21 5. Cf. Le Grand D'Aussy , Fabliaux, I, 265 ; Anzeiger fur Kundedes
deuischen Mittelalters, 1834, 875 ; Hist. litt. de la Fr., XVIII , 777-779, article deM. Amaury-Du-
val,et t. XVI, Disc, prel., parM.Daunou, pp. 210 et 232 ; J. Grimm , Deut. HeUknsagen p. 43.
8 Paris, 1832, in-8°. Notice preliminaire.
4 Nous en avons dit quelques mots, t. I er , p. 89.
5 Archives du Nord de la France , t. II, 6* livr., Les homtnes et les choses, p. 205. Roquefort,
de Yitat de la poisie francaise dans les XII 9 et XIII* siecles , p. 162 ; Glossaire , II, 769 ; en
ce dernier endroit , ce philologue distingue Jean Renart, auteur du Lai de V ombre etdeVanel,
de Jean Renax , auteur du Chevalier au Cygne.
Tom. II. f
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xli! INTRODUCTION.
toute la partie relative k Godefroid de Bouillon et aux croisades ,
c'est-i-dire plus des quatre cinqui&mesdu roman. Borel cite Gandor
de Douai , dans le catalogue des anciens pontes francais , qui pr6-
c6de son tr^sor.
De ce roman, compost d'environ 30,000 vers, Roquefort et
M. Amaury Duval disent qu'on ne connait que deux manuscrits
qui different beaucoup entre eux , Fun conserve k la biblioth&que
royale, n° 7192 (7190?), in-fol., l'autre, k celle de l'arsenai,
belles-lettres, in-fol., n° 165. M. Fr. Michel en cite un de la biblio-
th6que royale, suppl. frangais, n° 5408. II en existe un autre k la
biblioth6que de Bourgogne , k Bruxelles ! , qui , a en juger par les
extraits de M. Fr. Michel % est compl&ement distinct du sien. II
y aurait done plus d'une redaction en vers de la l£gende du Che-
valier au Gygne. Laquelle est celle de Gandor? La n6tre, sans
doute, si Ton s'en rapporte au langage. Celle-ci , oil le merveilleux
est plus sobrement employ 6 , nous parait par cela m£me la plus
ancienne.
La premiere partie, qui n'a pas plus de 6000 vers, se trouve , k ce
que nous apprend l'abb£ De La Rue, parmi les manuscrits du roi
d'Angleterre (15, E.VI).
M.nu.cnt de BruxeUe*. M. Mone a fait connaltre, d&s l'ann^e 1834, le manuscrit de
Bruxelles, qu'il regarde comme une copie du XTV e si^cle, tandis
que nous le datons, nous, du XV e . A cette occasion il a recherche en
Lege.nt Anugonc Espagne et en Allemagne, les traces de la tradition fondamentale,
ce qui le conduit k parler du g£ant Drion ou Antigone , dont la
fable est £troitement unie aux origines d'Anvers ; il traite en outre
1 N° 526 d., in-fol., pap. Voy. Anzeiger fur Kunde , etc., 1814, 140 et suiv. Sanderus,
Bibl. MS. P. II , p. 5, n M 172, 178, 174, et p. 6, n" 219, 222, et p. IS, n* 765. Barroia,
Bibl. protyp., n" 18 , 47, 1886, 1797.
2 Vdand leforgeron, pp. 87, 88, 89. Voy. plus loin ce que nous disons des Artne* euchan-
ttes, § III.
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INTRODUCTION. xliii
du Lohengrin, mis au jour par Goerres, po6me que M. Mone re-
garde comme bas6 sur Phistoire de Pempereur Lothaire I er et de
son fils Lothaire II ^ et dans la preface duquel Goerres avait d£j&
£tabli le rapprochement de Lohengrin et de notre g£ant 2 .
M. Francisque Michel nous ayant fait Phonneur de nous informer
qu'il a r&solu de donner une Edition du Chevalier au Cygne %
nous pourrions nous dispenser d'ins&rer ici des extraits de cet ou-
vrage , si le petit nombre des manuscrits subsistans ne rendait
pr^cieux celui de Bruxelles, qui semble d'ailleurs n'avoir rien
de commun avec la copie du supplement fran§ais de la biblioth^que
royale de Paris , et si les travaux de ce jeune savant n^taient pas
assez nombreux pour le d^tourner peut-£tre de son dessein. On
trouvera dans les Appendices et les Bulletins de VAcad&mie , des
fragmens relatifs aux croisades; ici nous nous contenterons de tran-
scrire quelques morceaux de la premiere partie , tir6s du manuscrit
de la bibliothtkjue de Bourgogne.
Ce manuscrit a appartenu k Charles De Croy, comte de Chimay,
dont la signature se voit sur le revers du Dxxvm 6 et dernier feuillet \
Ce seigneur, qui aimait les livres et les lettres, fut fait prince de
Chimay par Pempereur Maximilien I er , en 1486, et obtint le col-
lier de la Toison d'or. II mourut en 1521 \ Le volume dont nous
nous servons n'est aucun des exemplaires qu'6num6re la Biblio-
theque protypographique de M. Barrois 6 .
1 Anzeiger, etc., 1834, col. 158.
2 LXX. Sur le poeme de Lohengrin , on peut consulter Farticle critique de J. Grimm , dans
le Heidelb. Jahrb., 1813, Hft. 9 8. 849 et Von der Hagen, Grundr., s. 98-158. — Touchant le
geant Antigone on Drion , voir ci-apres la dissertation sur les chansons de geste.
8 II le cite pp. 199, 212 , etc., de son Edition de la Chanson de Roland , il le cite egalement
dans la dissertation sur le forgeron Veland , pp. 80 , 81 , 88, 90.
4 En reliant ce manuscrit , on a maladroitement interverti la pagination.
5 Chronolog. hist, des dues de Croy, Grenoble, 1790, in-4°, p. 158.
• N- U51 , 1452, 1453, 1454, 1455, 1772, 1773, 1774.
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XLIV
INTRODUCTION.
En voici le d£but :
$$t commence nnt grange xstntt U Co^efroit U &mC(o«, rf i a moff U qtatba
mttvliUs t\ commt H <fj«k*CCt<r i $ljin<.
Seigneurs, or escout6s en nora de la vierge royne,
Que Dieux ly tous poissans qui tous ly biens afine,
Voufl Teille herbegier en la glore angeline,
Et je tous canteray de miracle dirine,
5 De grandes traisons et de mortele hayne ,
Et d'armes et d'amours, de gent de haute orine,
Et la destrusion de la gent sarrasine ,
Et de Jerusalem la prise et la rachine ,
De Nicque et d'Andioche , d'autrez tierres bermine.
10 Ly commenchemens est du chevalier au Cbine,
Fil au roy Oriant et la franche roine
Qui VII enfans porta tout a une gisine ,
Dont Matabrune en fist ung fait de grant famine ,
Qui arsse en fu depuis dedens ung fu d'espine,
15 Enssi que tous oris conter a brief tiermine ;
Et puis apris oris de la voie tris-digne ,
Du boin due Godefroy qui passa la marine ,
Comment il conquesta celle tierre Appoline ,
Et prist Jerusalem qui a lui fu encline ,
20 U courone porta qui ne fu pas fine ;
Pour tant que Jh£su-Cris qui tous nous enlumine,
Fu couronnls en crois de couronne d'espine ,
Ne ?ot couronne avoir que de povre rachine.
Seignour, or entend£s, francque gent honnourie ,
I Ce vers est trop long et l'orthographe trahit le
XV« siecle bien plut6t qu'elle n'annonce le XIV«
ainsi que le pense le savant Hone , dont nous ne re-
jetons jamais Pavis qu'avec defiance.
9 ff ermine, arme'niennes , ouplut6t, engine*!*],
de POrient.
II Roine, tout a l'heure royne, suivant nne or-
thographe plus moderne.
18 Tierre Appoline , celle ou I'on adorait ApolUn ,
dieu preHendu des Mahometans.
M ahnmmet tert e Apollia recleimet.
Fa. Michel, la Chanson de Rolmnd, p. I .
Cf. notre premier volume , vers 5324-26 et p. 620.
20 Vers trop conrt d'une syllabe.
23 Voy. le teite de ce seeond volume.
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INTRODUCTION. xlv
25 Chy commenche canson qui doit estre contle ,
Faitte de miracle, par v6rit6 ordonnle;
En la cronicque en est la yiriii trouyle.
II ot jadis ung roy de haulte renomm6e,
Roys fut de Lille-fort , une riche contrle.
30 Ghieux royalmes-chy est Tiers Sausonne l'al6e ,
Gils royalmes marcist a le gent deflate.
26 Lises vartf , pour la mesure.
31 Marcist, e*tait limitrophe; deflate, infidele , tans foi.
Lille- fort zsl aussi nommedans leroman du S^-Gr&d, et Ypocras
(Hippocrate) y b&tit un chateau \ M. Mone y voit Insula fortis,
Lille en Flandre, car toutes les locality indiqu^es par le po6me
retracent la Belgique ou les contr^es voisines. Desrey se contente
d'6crire : <( Nous lisons 6s anciennes et autentiques cronicques que
» jadis fut ung noble roy de l'lsle-fort, une riche contr6e, etc. »
Le po&te poursuit :
Par une pays qui fu de ij rois acordde
Ly roys Pietre n'avoit nulle dame espousle.
Une dame i avoit qui tenoit Orbend6e ,
35 Et celle dame fu Matabrune appiell6e , Maubrune.
Et pour le grant avoir dont elle fu doule
L'espoussa icheux roys dont j'ay fait devis6e
Manages qu'est fais par telle d6sir6e
As paines yient a bien , c'est bien cose prouvde ;
40 Quant c'est par avarisce il ne Talent riens n6e,
Quant par amours est fais de cuer et de pens6e,
Sy Toit-on bien souvent que c'est oeuvre encombr6e.
32 AconUt, dans le MS. il y a aconU.
34 Orbeudde , ce nom ne se trouve pat dans le texte en prose.
Matabrune, k ce que conjecturent MM. Eloi Johanneau et Esman-
1 Un chapitre du S'.-Gr&l est intitule : Comment Fpocras espousa la fille du roy de Syrie et
comment il e'en alia enLysle-Fort, ou il fist kdiffier ung beau chaeteau et riche , si comme nous
avons diet devant , ou les messaigers trouverent sa tombe. id. de Paris , Philippe Lenoir, 1 52$ ,
in-fol. goth., feuillet lxxviii.
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xlvi INTRODUCTION.
gart, nest autre que la reine Brunehaut , k laquelle m£me on attribue
toutes les voies romaines dans nos contr^es \ Ces messieurs vont
plus loin, et de Matabrune ils font encore la d^esse Magada, qui a
donn6 son nom k Magdebourg 2 ! Quoi qu'il en soit, le roi Pierre
meurt, apr6s avoir eu d'elle un fils appel£ Oriant, qui lui succ&de et
qui Spouse la belle Beatrix. II s'6tait 6gar6 k la chasse k la poursuite
d'un cerf :
Fol. 2 recto du MS. Evous une pucielle de moult bielle fachon ,
Gonduire se faisoit par ung chevalier de non
45 Et de deux escuiiers de fenestracion.
44 Afo, toot a llienre nom, orthographe plot re*- Carle* ot U regne de France
cente. Levers eat trop long. Effaces ting.
46 Fenestracion, ce mot, a moint qu'il ne faille Set per* lot conrone.
lire de fin* estracion, s'explique pax cea veri de Derant fu femest ret et haas.
Ph. Houtket , t. II , p. 15 : V. 12471-77.
Le roi, charm6 k sa vue, lui adresse la parole :
Fol. 2 recto du MS. t Je suy roys Orians , pour voir le vous affy ,
Et ceste foriest est du royal me genty ,
Moy samble que mespris n'ay point d'ung geul espy ,
Et se meffet avoie d'un petit paresy
50 Amender le volroie du tout k vostre fy »
49 Paresy, paritit, monnaie.
Le mariage a lieu. Bientot les deux £poux sont troubles dans leur
bonheur par la guerre qui les force k se Sparer. Oriant va combat-
tre ses ennemis et laisse Beatrix enceinte, sous la garde de sa m6re
Matabrune. Beatrix accouche d'une fille et de six gar$ons, ay ant
chacun naturellement une chatne d'argent au cou. Mais la fausse
et d61oyale Matabrune fait accroire k sa bru qu'elle a donn£ le jour
k sept chiens {sept kienpons) et charge un de ses gens , Marque de
1 (Euvree de Rabelais , Paris, Dalibon, 1823, in-8°, IV, 106 , note 78.
2 Ibid., Ill, 10, note 27.
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INTRODUCTION. xlvii
Sainteron {Marc de Saint-Trond), de faire p&rir les enfans. Ici se
reproduit une situation qu'on trouve 6galement dans la 16gende de
Genevi&ve de Brabant \ et jusqu'A un certain point, dans le joli
roman de Berte.
Fol. 7 recto du MS. Dedens I mantiel a les vij enfans boutls,
A tout les vij enfans est a cheval months;
De la ville est issus , si est acheminls ,
Bien V lieues et plus en est Marques passes,
55 En une grande foriest est vistement entrgs.
En une plache Tint, descent enmy les pris ,
La assist les enfans, puis les a regards,
Quant il les vit sy biaus, si Ten prist grant pit£s,
Et Dieux qui les avoit en ce sitale ordon&s
60 Pour vivre a haulte bonneur et faire biens assls,
Fist que li enfanf on , de bon sane engenrls ,
Commenci£rent a riere , che fu grandes bont6s.
Quant Marques sy les vit sy noblement criis:
« Et povre enfant , dist-il, par moy garde n'ar^s;
65 Je prie k cellui Dieu qui en crois fu p£n6s,
Que la vielle mauvaise qu'ensy vous a embl£s,
Puist iestre arse en ung feu et ses corps enbrassls.
Si Traiement, enfant, que ce n'est pas mes gr6s
Qu'ensement tous lairay povres et esgarls.
70 Et je prie k chely qui bien vous a fourmls
Qu'il vous soil bons garans et vo boins avo^s ;
Et a Dieu vous commant, jamais ne me verr6s. »
Au d6partier les a baisils et acol£s.
55 Grand*, l'orthographe du tempt et la me tare est flamande, comme pint bat diere pour dire,
exigent grant, quoiqu'il y ait grandes au v. 62. ▼. 8d.
68 Riere, rire, tourire. Cette maniere d'lorire 71 Avois , drffeoseur.
Les pauvres petits sont recueillis par un ermite appel£ H£lias et unu
nourris par une chfrvre suscit^e miraculeusement.
1 Voy. noire article GiHMitvi , dans le Dictionnaire de la conversation etdela lecture.
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xlviii INTRODUCTION.
Oriant revient enfin vainqueur de son expedition. II ne voit sur
son passage que des visages contrist£s.
Fol. 8 recto du MS. Hatabrune s'en vint au boin roy Oriant :
75 « Ahy , biaus filz , dist-elle, com j'ay le cuer joiant ,
De tant que je vous voy sain et sauf et vi?ant
Et d'autre part oussy ay le cuer moult dolant
De le vostre moullier el de son couvenant. »
— « Comment, dame , dist-i) , ne m'al6s pas c£)ant ,
80 Est morle ma moulliers que mes corps amoit tant? *
— «Elle est morte pour toy, dist-elle, mon enfant,
Car vous Yoris bien diere ch£ens de maint siergant.*
— « Dame, ce dist li roys n'al6s rien espargant,
Mieux vault que vous m'al£s le cose detisant , etc.
80 Corps , lUex cor*, cobut. 8» DUrt, Toy. tor le ▼. 09.
Bref, Oriant, tromp6 par les calomnies de Matabrune, assembla
son conseil et condamna la reine k tenir prison perp&uelle. Cette
peine, toute grave qu'elle 6tait, ne satisfit point sa cruelle mar&tre.
Un jour un des braconniers de Matabrune, appel6 Savari, d&xra-
vrit par hasard, dans la for£t, les enfans de Beatrix, qui £taient
vetus de feuillage et portaient au cou leurs chalnes d'argent. Ayant
appris leur histoire de Termite, il vint la r6p6ter k sa maltresse : les
vers que le trouv6re met dans sa bouche, font allusion k plusieurs
Romans du cycle dc u romans du cycle de la Table ronde :
Table ronde.
Fol. 12 recto duMS. 85 « Dame , dist li varies, qui le corps ot ligier ,
Ayenture ay trouvle qui moult fait a prisier ;
Ains telle ne trouva Anselot le guerier ,
Gauwain ne Pierceval, ne tout li chevalier
De la court roy Arlus, le noble princier.... »
Matabrune reconnalt ses victimes et ordonne k Savari de retourner
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INTRODUCTION.
XLIX
dans la for6t pour y tuer les petits sauvages, sans en excepter un
seul.
Suivi de quelques-uns de ses compagnons, il prenait le chemin
des bois, afin d'ex&mter cet ordre, quand il vit une femme escort^e
d'une grande foule de peuple et que Ton conduisait au bucher. II
s'informa de son crime; on lui r6pondit qu'elle avait fait p&rir son
enfant. Ges mots furent un avertissement pour lui ; ils excit£rent
ses remords. N'ayant trouv6 que six des jeunes solitaires, parce que
Pautre, auquel Termite avait donn£ son nom, avait accompagn£ son
parrain qui faisait une qu£te au voisinage, il r6solut de se contenter
de leur enlever leurs colliers et de les porter k Matabrune, en disant
que le septi&me collier s'6tait 6gar6 dans la for At, mais que les sept
enfans 6taient morts, comme elle le voulait. A peine ces ornemens
furent-ils enlev^s, que ceux qui les portaient un moment avant
furent changes en cygnes.
Savari reconnut le doigt de Dieu dans cette aventure, maudit la
cruaut6 de sa maltresse et lui rapporta les six colliers, en lui racon-
tant la fable qu'il avait concerts. Matabrune, d'abord courrouc^e
de n'avoir pas 6t6 ob6ie en tous points, finit par s'apaiser et envoya
les colliers d'argent k un orffevre, pour qu'il lui en fit une coupe.
L'orffevre en mit un dans le creuset; mais, 6 miracle ! le m&al se
multiplia tellement qu'il suffit pour en fabriquer deux coupes plus
grandes et plus lourdes que celle qui avait 6t6 commands. A cette
vue, Porffevre soup$onna quelque myst&re, dit k sa femme de garder
soigneusement les cinq colliers qui restaient, re tint une des deux
coupes, et porta Pautre k Matabrune.
Sur ces entrefaites, un ange du Seigneur r6v6la au d6vot ermite
de quel sang sortaient ses 616ves, et lui enjoignit d'envoyer son
filleul H&yas pour servir de champion k la reine Beatrix, que le roi
Oriant, obs£d6 par sa m&re, avait r£solu de faire mourir, si elle ne
trouvait personne pour la d^fendre.
Tom. II. g
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l INTRODUCTION.
Le jeune H6Iyas, vainqueur, raconta ses a ventures, et Termite,
Torfevre, ainsi que d'autres t&noins, en certifterent et en d£montr6-
rent la Y&rit6. La reine fut rendue k son heureux £poux , Matabrune
bruise pour expier ses crimes, et les colliers restitu& k leurs anciens
proprtetaires , qui aussitot reprirent la forme humaine, excepts
celui du collier fondu, lequel resta cygne.
Le bon roi Oriant, un peu £tourdi de cette succession de mer-
veilles, n'ayant plus la t£te aux affaires, abdiqua en faveur de son
fils H61yas.
Celui-ci commengait k r£gner k la satisfaction de ses peuples,
quand un jour du haut de son palais, que baignait une riviere, il
vit un cygne s'avancer majestueusement en tirant apr&s lui un
bateau. « (Test mon fr6re, » s'6cria-t-il, et il comprit tout d'abord
que Dieu les destinait Fun et Pautre k de grandes choses.
cor m<m euieux. Sans d61ib6rer davantage , il dit adieu k sa famille, k ses servi-
teurs, etapr&s avoir re^u de son p&re un cor merveilleux dont les
sons conjuraient les dangers les plus imminens, il monte dans le
bateau et s'abandonne k la Providence.
Toujours naviguant, il arriva k Nim^gue, oil Pempereur Otton ,
premier du nom ! , tenait cour pl^ni^re, afin de juger le diff&rend
elev£ nagu&re entre la noble duchesse de Bouillon et le comte de
Blancquebourc , qui Pavait d£pouill6e de son duch£.
F° 36 recto duMS 90 Venus est au baliel, douchement se saigna.
Le roy et la royne et les amis qu'il a
Retourn£rent plorant; cascuns le regrela.
Et sy toes qu'felias en son batiel entra
1 Annees 936-973. En 937, Eberhard, due de Franconie, ayant ravage la Saxe, fut con-
darane a une amende et ses complices a diverges peines suivant leur etat ; les bourgeois a porter
une charrue l'espace d'une ou de deux lieues, le clerge, un gros missel , la haute noblesse ,
un chien sur les epaules , la noblesse inferieure une telle. Nous remarquons ce fait paree qu'il
se rapporte a un usage mentionne par Ph. Mouskes et dont nous parlons plus haut.
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INTRODUCTION.
LI
Ly chisnes fu devant qui le batiel guia.
95 Sy bieo le va tirant que bien tos eslonga.
Le viue en pierdirent chil qui furent de cha.
Or vous volray conter dou chine qui s'en va ;
De riviere en riviire le conduist et mena
Ou Dieux ot ordeni que li vassiaus ira.
100 Conquire va moullier de qui il istera
Une fille plaisans qui trois fieux portera ,
Dont la loy Jhesu-Cris exauchii sera :
Ly uns fu Godefroy qui couronne porta ,
Ly autres fu Baud u ins qui apriis lui rigna;
105 Wistasse fu li tiers qui Boulonge garda,
Gar ne fu mie roy, ne vous mentirai ja ,
Pour tant c'une noriche de son lait 1'alaita
Autre que de sa mire, car li enfis plora.
Si Tint une nouriche, garde ne s'en douna,
110 Du lait de sa mamielle Wistasse rapaisa,
Dont la mire ot grant duel, quant on li recorda.
Seignour, or escoutis pour Dieu qui tout fourma,
Huy mais oris canchon qui tris-bien tous plaira,
Dou chevalier au chine qui par l'iaue s'en va.
115 Vous laray ung petit tant que poins en sera,
Gar ly chisnes le maine oft Dieux le commanda ,
A Nimaie tout droit ariver le vaurra,
Et pour une aventure qu'iluecques trouvera ,
Gar li roys d'Alemainge, ou noble pais a,
120 Se tenoit a Nimaie, seignour, en ce temps la.
Emperires estoit, cascuns le redoubta;
Et tout cil d'Alemaigne et d'Ardene de ch&,
De Liige et de Namur, oft ryche pays a,
Venoient quire droit, quant on les guereya,
125 Ou pour leur hyretage quant on leur fourniga;
Devant l'emperiour cascuns sen droit cacha ,
Et il fu sy loyaus que vraiement juga.
Seignour, droit a Nimaie , si com j'oich conter,
L'empereur Otton I«r
tient tacour& Nimegue.
135 PtnrnigQ, (Fornioatu* est).
126 Cacha, chercha.
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L1I
INTRODUCTION.
Le comic de Blanque-
bourc oa Branqu*-
bourc.
La ducheue d« BouiK-
lon.
Formes juridiques-
Deyant l'emperfour qui Unt fist k loer,
130 S'aparu uns grans contes qui moult fist a douter,
Gontes de Blauoquebourc se faisoit appieller,
Et chus contes voloit une ducoise oster
Tout sen droit hyretage, pour lui deshireter.
S'avoit fait a Nimaie la ducoisse ajourner
135 Deyant l'emper6our, pour son plait ordener.
La furent advocas pour parties sauner.
Ly advocas du conle qui devoit demander,
Dist a l'emperlour : « Voelltes nous escouter,
Vechy ce noble conte qui (que) bien devis amer,
140 Et de sen droit oussy tous le devSs porter.
Si vous arils mestier d'une guerre mener,
Gontre vos anemis que voelsisstes grlver
A XXX m ou plus vous venroit conforter.
II a fait chy endroit ceste dame mander,
145 Qui de Buillon se fait la ducoise loumer,
Mais c'est a maise cause, si c'on Ten doit roster.
Nous disons qu'elle fist son seignour enhierber,
Le frire k cesti conte que chy v&s ester,
Et la tierre venoit , c'est llgier a prouver,
150 Dou p&re cestui conte qui tant fait k louer ,
Et dou due qui moru qu'elle a fait trespasser ,
Dont la dame ne doit en Buillon demorer,
Ne sa fille ensement n'y doit riens demander,
Gar li dus de Buillon fu trois ans oultre mer
155 C'oncques par decha il ne pot retourner;
Et en ce tierme-chy dont vous m'o6s parler,
Fu nie ceste fille; or puet-on vier au cler
C'une femme ne puet mie iij ans porter.
Par ce point le poons bien bastarde prouver,
160 Par quoy nous nos volons a ces fais amposer,
131 Blancquebourc plot bat Branquebourc , dan* le
texte de P. Detrey, Francqbourc, M. Mone, Blan-
kenburg.
1S2 Chus, poor ceu,chy,cesi.
134 Ducoisse, tout a l'heure ducoise.
146 Loumer, nommer.
Et let deux autrei testes droicj lommsr m'oreV
Roman de Jourdain de Blaye , MS de Tonrnsj.
166 C'oncques , litei que oncquss, pour la me-
•nre.
167 Vier, vir, wallon , poor voir.
160 Amposer, impoter, in titter tor cet fait*.
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INTRODUCTION. on
Tendaot que ceste dame si vous puist demorer
A faire la justiche con yolra ordener,
Et que sa fille oussy ne puist riens demander
En la tierre qui doit au conte demorer. »
165 — « Dont, dist li emperires, faites-TOus avouer. »
Adont uns pr6sidens dist haultement et cler :
« Contes, esse pour vous qu'il a dit ce parler? »
— « O'il , ce dist li contes , je n'i say qu'amender. »
Et dist li prlsidens : « Vos fais vous faut prouver. »
170 Et li advocas dist : « Je suy pris dou mouslrer. »
Ly advocas de la dame ne savoit mot sooner,
Gar avierse partie faisoit a redouter.
Et se li avoit-on la main volu fourer.
165 Jvouer, atouer par votre client. 171 Ly advocas, prononcex V advocas.
Ces formes juridiques, pour Fobserver en passant , m£ritent d'&re
not^es.
H£lyas d6fie le comte de Blancquebourc k an combat k outrance,
le tue dextrement, Spouse la fille de la duchesse et lui impose la
condition de ne jamais Pinterroger sur son origine, la mena^ant de
l'abandonner, si elle commet k cet 6gard la moindre indiscretion.
Julian del Castillo , historien des rois Goths , raconte autrement
la chose. Selon lui, la duchesse de Lorraine, calomni6e par une
esp&ce de g6ant appel6 Lembrot, alia en Espagne, k la cour du roi
Rodrigue, ou il y avait trois fameux chevaliers, le comte Aimer ic,
Agreses et Sacarus. Elle leur exposa sa situation, et ils promirent
de la d6fendre. lis provoqu^rent done les accusateurs de la duchesse
etle combat judiciaire ayant eu lieu en presence du roi Rodrigue
et de sa cour, Sacarus, apr&s une lutte qui dura presque un jour
entier, vainquit Lembrot, tandis que Almeric et Agreses triom-
phaient de ses tenans. Justifi£e par cette victoire m£me, la duchesse
revint dans son duch£ de Lorraine \
1 Historia de los reges Godos, par Julian del Castillo, Burgos, 1582, fol. 55, B; le texte
espagnol est transcrit par M. Mone , Anseiger, 1834 , 154-155.
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liv INTRODUCTION.
Relativement k la defense faite par H&yas k sa femme, il faut re-
marquer que cette id6e est d'une haute antiquity. Elle est le fonde-
ment de la jolie fable grecque de Psych6 et de V Amour; on la
retrouve dans le roman de Partonopeus de Blots, dans les lais de
Lanval et de Graelant, par Marie de France.
La nouvelle duchesse (nous reprenons le roman) ne put r£sister k
la curiosity.
Fol. 42 du MS. Vij aos lous acomplis de ce fait ne parla,
175 Mais au cief de yij ans una diables l'enconta;
Penss6 avoit looc temps et moult le d&ira,
Et yous sav£s comment le cuer de femme va ,
Gar de 9011 c'on li prie le contraire fera.
Malheureusement le cygne et le bateau n'^taient pas loin. H61yas
s'embarqua une seconde fois et retourna dans le royaume de Lille-
fort, oil son singulier pilote reeouvra ses premiers traits. Quant k
lui, il entra en religion au lieu m£nie oil il avait 6\6 nourri,' et
mourut en odeur de saintet£. Le souvenir de sa femme lui 6tait ce-
pendant toujours cher, et, pour le consacrer, il fit construire un
chateau semblable k celui de Bouillon, situ£, dit le trouv&re,&
environ 200 lieues de distance , lui donna le nom de son module et
appela Ardennes la for£t voisine. Ge passage n'est pas une imitation
de Virgile, mais il a 6t6 inspire par le m^me sentiment qui a dict£
k ce grand po6te ces vers oil les Troyens exiles sont repr6sent£s
cherchant k tromper les regrets de la patrie absente :
Procedo et parvam Trojam , simulataque magni*
Pergama , et arentem Xanthi cognomine rivum
Agnotco , Scceceque ampleetor limina porta.
C'est ainsi que les colons europ£ens du nouveau monde ont donn£
k ces contr^es des noms emprunt6s aux lieux oil ils avaient vu le
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INTRODUCTION. lv
jour. A ce passage de Virgile, k ces vers d'une perfection inimitable,
opposons la pens^e grossi&rement esquiss£e du trouv&re :
Fol. 46 recto du MS. Et ly bers Btelyas, qui tant ot de renon
180 Fist droit la ordener ung castiel biel et bon ,
Au samblant proprement du castiel de Bullion.
Quant ly castiaus fu fais Buillon li mist a non
Et les for^s Ardane qui furent environ ;
Fieste y fist ordener au jour d'Assencion,
185 De tous les marchdans sans paiier raen£on ,
Sauf alant et Tenant, sans nule mesprison.
184 Voy. plus loin une note tor let extraitt du roman de Jourdain de Blaye.
Mais avant le depart d'H61yas, sa femme avait congu; elle mit au
monde une fille nomm^e Idain, qui £pousa le comte de Boulogne et
en eut trois fils, Godefroid, Eustache et Baudouin. Le premier est
notre fameux Godefroid de Bouillon.
C'est pendant sa grossesse qu'Idain re$ut la visite de plusieurs
princes beiges :
Fol. 47 recto du MS. Quatre contes y ot que Witasses y men a,
Et ly yesques du LiAge qui poissamment rlgna,
Sans les autres barons que je ne diray ja.
190 Le cambre fu ouverte ; Witasses y entra,
Et ly dus de Brabant la dame salua ,
Ly contes de Namur enviers li s'adr£$a ,
Sy fu Robiers de Frise qui la dame honnoura,
Et ly contes de Flandres que Robiert on nomma.
Or Robert-le-Frison mourut en 1093.
Ici finit, k proprement parler, Fhistoire du Chevalier au Cygne
et commence ce qui a rapport aux croisades. Cette premiere partie
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lvi INTRODUCTION.
contient un peu plus de 3000 vers. Nous reviendrons k la seeonde
dans les Appendices \
En voilA assez sur le Chevalier au Cygne. Reprenons le fil de la
narration de Ph. Mouskes.
II continue de marcher sur les traces de Guillaume de Jumteges,
en ajoutant k la chronique de ce moine, relativement k la Normandie,
quelques particularity qu'il n'offre pas , ainsi que des faits relatifs
k d'autres contr£es, telles, par exemple, que la Flandre.
Amour, de Robbie- Les amours de Robert-le-Diable et de la gentille Harlette, ont
Diable et d'Harlelle. . ■ 1 j •■ a li /
tout rint&ret du roman : elles appartiennent de droit a 1 opera.
Ph. Mouskes dit que cette bachelette £tait originaire du Hainaut.
Fille estoit d'un escohier,
Par non l'apieloient Sohier.
De Florines , deviers Hainnau ,
Estoit venus.
V. 16848-61.
Florennes est dans la province de Namur, mais d&s les temps les
plus recul6s, cette petite ville d£pendait des comtes de Hainaut.
Vers la fin du XI e si&cle elle fut vendue k Olbert, 6v6que de Li6ge.
Le due de Beaufort- M. le due De Iteaufort-Spontin , proprtetaire du chateau de Flo-
rennes, n'aurait-il rien dans les riches archives de ce manoir 2 , qui
put nous 6clairer sur Porigine d'Harlette ?
Manage de Guiiiaume- Le mariage du ills d'Harlette 3 et de Mathilde de Flandres, est
le-Conquerant et de
Mathilde de Flandre.
1 Voy. le Triumphe des neufpreus (Josue* , David , Judas Machabee , Alexandre , Hector,
J. Cesar, Artus, Charlemagne, Godefroyde Bouillon), Abbeville, 1479, fol., ibid., H87, fol.
Les romans de Baudoin de Sebourg et du Bastard de Bullion, peuvent, & la rigueur, £tre
considered comme des suites de celui de Gandor.
2 Foy. nos Memoir es htraldiques.
3 La soeur uterine de Guillaume-le-Conquerant, qui fut marine & Waldef, comte de Hun-
tington , puis & Eudes , comte d'Aumale, n'est pas nomm& par Guillaume de Jumi£ges. Les
auteurs de XArt de verifier les dates l'appellent Adelaide , on ne sait sur quel fondement.
Son vrai nom , suivant M. Daunou , etait Muriel; temoin les vers de Serlon ad Muriel sancti-
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INTRODUCTION. lvii
racont6 par Ph. Mouskes avec des circonstances tr6s-singuli&res,
retraces toutefois en abr6g6, dans la Chronique de Tours, qui
met le lieu de la sc&ne k Bruges *, et dans une vieille chronique
frangaise cit£e par les auteurs de YArt de v&rifier les dates % qui le
place k Lille. Cette princesse, suiyant une tradition, tissa elle- T. P usene d« Bayeu
ra^me avec ses femmes, pendant Pabsence de son mari, la fameuse
tapisserie de Bayeux, oil est representee la conqu&e de PAngleterre
par les Normands. Antoine Lancelot, dont M. A. Thierry a r&m-
prim6 la dissertation, Montfaucon, Pabb£ De La Rue, M. A. Le
Prevost, J. Strutt, Stothard fils, Stukely, Gurney, Thomas Amyott,
H. Ellis, T.-F. Dibdin, etc., ont fait connattre ce pr^cieux monu-
ment et 6nonc£ diverses opinions sur son auteur. M. Bolton Corney
vient r£cemment de publier de nouvelles recherches k ce sujet 3 . II
pense que la tapisserie de Bayeux a 6t6 faite aux d6pens du chapitre
de P6glise de cette ville, apr^s la reunion de la Normandie. II prouve
au moins qu'elle n'est pas de Mathilde, femme de Guillaume-le-
Conqu&rant. Le Journal des savans, du mois de novembre 1826 4 ,
examine , de son c6t£, cette question et conclut que Popinion qu'on
a congue k Bayeux de Porigine de cette tapisserie, est, comme la
plupart des traditions locales de cette esp&ce, d£nu£e de tout fon-
dement, incapable de supporter un examen s6rieux. M. Bolton
Corney en jugede m&me. Enfin M. Ach. Jubinal, dans son recueil
sur les tapisseries c616bres, apr6s avoir d^crit celle de Nancy, a
fait un travail analogue sur la tapisserie de Bayeux.
monialem. Hist. litt. di la ph., XV, add. p. iij. Mais M. Le Prevost paralt peu dispose* a
adopter le sentiment du docte acad&nicien. Le roman de Rou, U, 234, note 9. — Au surplus,
les poesies latines de Serlon doivent etre lues par ceux qui veulent s'instruire a fond de
rhistoire de Normandie.
» Hist.fr., XI,348,B,C.
1 Voy. la note sur le v. 16932.
8 Researches and conjectures on the Bayeux tapestry, Greenwich , 1836 , 16 pages in-8°.
4 Pages 690-699.
Tom. II. h
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Lvm INTRODUCTION.
Aii surplus, le roi des Francis, par une mesure digne de son
gout 6clair6 pour les arts, vient d'arracher ce monument pr&ieux
k la destruction, en ordonnant qu'on en fit aux Gobelins une copie
exacte et identique.
Robert Guiietn. Robert Guiscard , cet heureux aventurier ', devait plaire k Phi-
lippe Mouskes, car avec la simplicity enfantine de La Fontaine, il
prenait un plaisir extreme aux r^cits extraordinaires, aux anec-
socieic de rhistoi« de dotes surprenantes. La soci6t6 de l'histoire de France , qui n'exclut
pas de ses recherches, la Belgique, cette sceur fiddle de la France,
M.champoiiionFige»c.a charg6 un homme de lettres distingu6, M. Chanipollion-Figeac ,
de mettre au jour une chronique importante et qui fournit un point
de comparaison avec Philippe Mouskes % ainsi qu'avec le po&me
latin de Guillaume l'Apulien et la chronique en prose de Godefroid
Malaterra.
conquete de r Angle- Guillaume - le - B&tard fait la conqu^te de la Normandie. M.
terre par les Nor- . . . iii i • i •
M^A^Thie *" Thierry a ecnt sur ce sujet un des plus beaux hvres histori-
ques dont puisse se vanter la France ; il n'aurait certainement pas
d6daign£ Philippe Mouskes, s'il l'ayait eu entre les mains, lui qui ,
tout grand Remain qu'il est, n'a omis aucune des recherches qu'on
exigerait d'un £rudit de profession.
Comment parler de PAngleterre du moyen Age, sans nommer le
Le mi Arttu roi Artus, ce h£ros des Bretons, autour duquel la po£sie de oes s&cles
grossiers a accumul6 tant de fictions?
D autre part Hailstone, en I plain,
Avoit I liu moult biel et sain :
XVII que capieles que glises
' Ph. Mouskes fait epouser & Guiscard , en secondes noces , la fille de Landoul ou Lan-
dolphe , due de Pouille , personnage appele par les auteurs de YAH de verifier l*$ dates,
Gaimar IV, prince de Salerne. Voy. la note sur le v. 17632.
2 Foy. la note sur le v. 17086. La chronique publiee par M. Champollion est mentionnee
dans la Bibl. hist, de la France , HI , S4995.
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INTRODUCTION. ux
I avoit-on pour Diea assises
Tres le taos Artu , le bon roi.
V. 17714-18.
Au premier volume on lit encore :
et au second
Artus , li bons rois de Bretagae ,
Si com Testore nos ensagne ,
Sans faire plainte et lone s6jor,
Moru d'armes a poi de jour,
Aprils Gawain, son cier neveu,
Le sage, le courtois, le preu ;
S'ils ne fusent mort ambedui ,
De tant slurs et ciertains sui ,
Artus plainsist ' tos jors Gawain ,
Gawain s Artu , non pas en vain :
Ne ja la plainte ne fausist.
Et Diex partant grant bien lor fist
Qu'il morurent si prils apries,
Que Tun ne fu de 1'autre engries.
v. 88ea— 75.
Et dissoit que Breton estoient
Ki Artu encore atendoient.
V. £4687-26
attente deyenue proverbiale, ainsi qu'on le peut voir dans les tables.
En g6n6ral le cycle d' Artus 2 a eu beaucoup moins d'6cho en
Belgique que celui des Karolingiens , et la raison en est facile
k comprendre. Cependant le roman du Chevalier au Cygne y
1 EM plaint.
2 Sanderus , Bibl. Belg., MSS, II , p. 5 , marque dans la Biblioth&jue de Bourgogne, n° 182,
le Litre de Merlin, n° 191 et 192, La wort du roy Artus. Voy. aussi la Bibl* protyp. de
M. Barrois.
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LX
INTRODUCTION.
fait allusion, et nous poss&lons en flaraand des poAmes in&iits de
Lancelot, de Fergut et Galiene l et de Walewein 2 > toujours d'apr&s
des redactions frangaises. Le roraan de Walewein, par Pennine et
Pierre Vostaert , est d6j& cit£ par Van Heelu, comrae Fa observe son
habile £diteur; Huydecoper en a intercal6 des fragmens dans ses
notes sur Melis Stoke, et M. Hoffmann en a donn£ quelques vers.
Voici le passage de Phistorien de la bataille de Woeringen, passage
qui autorise k penser que les redactions frangaises dont nous venons
de faire mention, sont ant£rieures k l'ann& 1291 , temps vers lequel
paratt avoir 4fo6 compost le po&me de Frdre Jean :
Want daer en was ridder gheen ,
Die soe luttel doende sceen ,
Hine deedt nochtan soe wale ,
Al hadt Waleweyn oft PerUevale
Selve gedaen , metier hant,
Ocht die beste die men rant
Wilen, in sconincs Artuers hof , etc. ».
V. 8667-68
1 Galienne , dame du Lothian , ^tait nidce du sire du chateau de Didel , amie , puis Spouse
de Fergut, qui devint par ce mariage roi de Roxburgh. Voy. le MS de la bibl. royale de
Paris , n° 7595, et Pedition du Roman de la Violette , de M. Fr. Michel , p. 49 , note 1 . Quelques
auteurs ont nomm£ Galienne la premiere epouse de Charlemagne. M. J. G. S. Schwabe a
insere dans le Geechichtfortscher de Meusel, II ,2164, V, 248-252 , une dissertation intitule
Ueber die Galliena , Karls des Grossen Gemahline. Elle a 6te 6crite a {'occasion d'une mcdaille
qu on attribuait & cette Galienne. M. Schwabe, en demontrant le peu de fondement de cette
hypoth&se , a prouvc que la medaille est d'une fyoque postcrieure a Charlemagne *, et que ,
d'ailleurs, ce prince n'eut jamais de femme appelee Galienne.
2 Hoffmann, Horm Belgicm, 1 , 54-57 ; Van Kampen , Beknopie geechiedenie der leiteren en
wetenechappen in Nederland, 1 , 9. Preface du Teuthonista, nouv. dd., p. Lxxni ; J. F. Willems,
Verhandeling over de Ned. taelenletterk., 1819 ,1,171; Siegenbeek , Precis de Vhiet. litt. dee
Pays-Bas , trad, par J. H. Lebrocquy, p. 29.
3 La Bihlioth. Uffenbachiana MSS, Halae Hermund., 1720, in-fol., cite, II , 179 : Dae
buck Tandaryos und seyt von konig Ariue Hoffe, en vers allemands de 1460. A la biblioth&que
de Bourgogne, a Bruxelles , il y a sous le n° 7762, un MS petit in-fol. parchemin, intitule :
Le livre dee moralitSs, e'est le Saint Graal. Commencement : La veille de la Penteoomte quant H
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INTRODUCTION. txi
Notre vieux Maerlant ne dit-il pas aussi dans sa Rymbybel (Mone,
Anxeiger, 1835, 68-69 :
Also wy lesen horen
Aldus wert Merlyn geboren ;
In Arturs boeke leest men dus.
Et dans son Spiegel historiael, £d. de Steenwinckel, III, 30, n'y
a-t-il pas un chapitre Van der Ingelscher coroniken; n'y a-t-il pas
quantity d'autres allusions dans le m6me ouvrage, dans son Alexan-
dr&ide et ailleurs ?
' Sur la grande place de Louvain, un batiment neuf, d'assez mau-
vais gout, et destin£ k servir de salle de concert, remplace un vaste
Edifice gothique de Pann6e 1439, qui, tombant de v6tust£, fut
d£moli en 1818. A cette £poque, on y remarquait encore un bas-
relief repr&entant le roi Artus, assis k table avec ses paladins. Ce
batiment 6tait connu sous le nom de ffet tafel rond; or, depuis trois
compaignon de la table roonde.... Fin : Qui plus ne dist des aventures del GraaL — N° 7768 ,
m&ne volume, m£me dcriture : C 'est la mart du roi Artus. Commencement : Apresce que
mestre Gautier.... Fin : Aprhs ce n'en porroit nus raconter chose qui n'en mentist.... (Cf. Bar-
rels, Bibl. protyp., n" 117, 185, 504, 1294-95, 1656, 1671, 1287, 1268, 1264, 1795).
— M6me biblioth&que de Bourgogne , n° 7418, grand in-fol. velin (de Tan 1480), mignatures :
Vest la traduction du S % .-Graal faite par GuUlaume de la Pierre pour Jehan toys de Savoy e.
Commencement : Cy commence Joseph d'Arismathie qui est le commencement de toute la table
ronde et puis vient toute la table ronde. Fin : Et commence messire Robert de Boron celle branche
en telle manibre (il s'agit de lliistoire de l'enchanteur Merlin , e'est la que le volume fin it).
— N° 7268 , grand in-fol. pap. Le &.-Graal et Tristan le Lfonnois. Le premier volume , com-
mencement : Or dit le compte et la vraie histoire du saint Grial... Fin : Qui y sont dedens
emprins. — N° 7264 , le second volume , commencement : Aprks la passion nostre seigneur
Jhtsu-Crist... Fin : Qui desconfilz estoientpar laprouesse d 9 un seul chevalier (ce livre a appar-
tenu au gentil conte de Nassou, nomine" Englebert-le-Vert). {Voy. Barrois , n°" 117, 118, 1287,
1289, 1248, 1244, 1245.)— N° 9157, petit in-fol. parchemin, 2 colonnes, le P.-Graal.
Commencement : Ci ez Vestoire du seintime veissel que Ven apele GraaL.. Fin : Explicit le
romans de.... pal Esnaus, le fiuz au roi pescheeur. — N° 7265, grand in-fol., papier :
Roman du petit Artus. Commencement : Aprez la mort du bon roy Artus... Fin : Tant qu 9 il
vinta Saumur etjut a S'.-Florent (Barrois , n° 504).
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lxii INTRODUCTION.
stecles, la langue flamande n'admet plus le placement de l'adjectif
apres le substantif ' .
Une chronique ou g£n£alogie des comtes de Boulogne , d£j& cit£e ,
trouv6e par M. Mone dans un manuscrit du XIII e si&cle conserve k
Arras, admet qu'Artus poss£dait une partie de la Belgique, puisqu'il
disposa de Tournai et de T^rouane , en faveur du comte Liger.
ArtusmaiiredeTotu- Artus , rex de Britannia dedit et concessit quiete et libere viro
erouune. nQ j^ Ligero , in comitatu Boloniensi Ambianis, Terruaniam et
Tomacum, qui Ligerus fuit primus comes Bolonice quce tunc tem-
poris dicta erat Haute- Mure* . Nous n'avons rien trouv£ ailleurs qui
r£pondlt k cette l^gende singuli&re.
MLeRouxdeLincj. M. Le Roux De Lincy, en publiant le roman du Brut, attendu
avec tant d'impatience par les gens de lettres et promis, il y a quel-
m. Abrahams. ques ann£es, par M. Abrahams, qui en avait fait l'objet d'une th&se
soutenue k l'universit£ de Copenhague % nous a mis k m£me de
mieux appr^cier les fables bretonnes et d'y d£m61er les v£rit£s
qu'elles peuvent d^guiser. Nous ne nous £tendrons pas sur ce sujet,
traits avec sa cr£dulit£ ordinaire par Gervais De Tilbury , cit£ tout
k Pheure A , nous contentant de remarquer que la puissance d' Artus
6tait encore invoqu£e comme une preuve de droit dans un document
politique de Pan 1400. Une r£ponse k des reclamations des com-
munes d'Irlande au roi d'Angleterre, Henri IV, pour se plaindre de
divers abus commis dans leur pays, offre ces lignes oil Ton raconte
l'origine des Irlandais.
1 C. P. Serrure et A. Voisin , preface de leur Edition du Livre de Baudown, p. xxrv.
2 Anzeiqerfur Kunde der teutschen Vorteit. Karlsruhe , 1835 , col. JUS.
3 De RobertifVacii carmine, quodinscribitur Bruiui, comtnentatio, etc., quam offertLevmhus
Abrahams, etc., in auditorio coliegii Eleniani, il octobre 1828... Hafnia?, in-12. Journal
des Savans, septembre 1880.
4 Otia imperialia, ch. XVI , de regno Brtionum , dans les Script, rerum Brunmoicens. , de
Leibnitz, pp. 931-938.
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INTRODUCTION. lxiii
a Item d'anxien temps lez Irrois primerment veignauntz ovesque re* irianda,, aongm
» lour navey hors de Blasco al isle de Orcades, oncountreront le roy
» Gurgent, filz au roy Belyngent, donques roy de Britaigne q'or est
» appell£ Engletere, lequel roy Gurgent dona conduycte as ditz
» Irrois et les envoia prymerment en Irland.
» Item le roy Gillomarus, jadys roy d'Irland, estoit tributarie al
» noble roy Arthure, et diverses autres roys dez isles.
» Item la cit6e de Bionne q'est en Gascoigne est chief de Blasco
» suisdit dont les ditz Irrois come desuys est dit vindrent premer-
» ment \ »
Un £crivain des Pays-Bas, Amand de Zierickz^e, a adopts les Amand a* zierick«e.
contes r£p6t£s par Gervais De Tilbury et a traits Fhistoire de nos
provinces k peu pr&s comme Brusthem. Selon lui, J6sus- Christ
naquit sous Kymbelinus, le soixante-quatorzteme roi depuis le
premier Brutus 2 . Or ce Brutus , d'apr&s le m£me auteur, vivait du
temps d'H^lie et de Samuel.
Voici ce qu'il £crit, avec une certaine circonspection toutefois,
sur Penchanteur Merlin 3 et le roi Artus. Nous transcrivons ce pas-
sage , d'abord k cause de la patrie de Fauteur, secondement parce
qu'il resume en peu de mots les lrigendes bretonnes \
In Brytannia, volente Vortigirno construere turrim pro sua
defensione, semper mergebatur fundamentum, donee Mirlinus vates
qucesitus ei succurreret suo auarilio. Qui etiam vaticinatus est de
combustions Vortigimi et Heregisti et de Saxonum destructions.
1 Commission on the public records of England. — Proceedings and ordinances of the privy
council.... Edited by sir Harris Nicolas, 1834, II , 61 , 52. Silv. Giraldus , lib. II , deExpugn.
Hibern. c. 7 , dit : Urhs Baonensis , quam hodie nostra continet Gasconia , Basctonia caput
est , unde Hibernenses provenerunt.
1 Chronica compendiosissima ab esordio mundi usque ad annum Domini MDXXXIV. Antv. ,
apud Simonem Cocum, 1584, in-8°. Ce livre, devenu rare, merite d'etre recherche.
3 Merddin bardd Entry s fPledig.
4 Fol 65 verso. Le Fasciculus temporum met la naissance de Merlin sous Fan 4S2 de J.-C.
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lxiv INTRODUCTION.
Mira enimprcedixitdefuturis regibus in Brytannia et maxime de
Aurelio Amhrosio et fratre sua Uther Pendragon,filiis Constantini,
de quo prius dictum est : qui propter turbationes prius positas fug*
rant in minori Brytannia , uhi et enutriti sunt. Prcedixit autem
quomodo isti duo fratres metis Saxonibus regnarent, et post eos
filius Uther Pendragon, scilicet Arturus, de quo mira et vix ere-
dibilia leguntur. Regnat ergo Aurelius Ambrosius aliquot annis.
Gean*. Sub quo legitur quod idem Mirlctus adduxit choream gigantum ex
Hybernia y ad decorem sepulturce nobilium Bry tannics , ab Here-
gisto et Saxonibus proditorie occisorum. Post Aurelium Ambrosium
regnat f rater ejus Uther, dictus Pendragon, id est caput Draconis.
Regnat autem extincto fratre veneno per quemdam Saxonem. Hie
uxor em Gorlois , ducis Comubice , amat et,juvante Mirlino prce-
dicto y occiso viro, accipit earn et gignit ex ea filium et filiam.
Nomen filice Anna, qucepostea accepit Loth virum. Et nomen filii
ipsius Uther, fuit Artur vel Arturus. Hie, mortuo patre, anno XIII
Leonis imperatoris, incipit regnare et regnat usque ad annum
Domini 542, secundum historiam Britonum. Quce si vera sunt,
regnasse videtur annis LXXX et ultra; sed tarn mira de isto
leguntur, quod vix sunt credibilia. Maxime dubium est de Mo
Lucio Tiberio, Rhomanorum imperatore , quern legitur occidisse,
occisumque senatui misisse pro tributo, nisi hose intelligantur de
Tiberio secundo : sed anni non concordant, nee Leo aliquis Rho-
manis imperat cum eo nee post eum. Ideo prcedicta historia multis
videtur non satis vera. Post hunc Arturum regnat Modredus, hoc
est , voluit regnare : sed occisus est a Constantino tertio et filii ejus
trucidatiin ecclesia. Post ilium nepos Arturi, Conanus secundus,
qui secundo anno regni moriens reliquit Malgoni regnum, qui post
annos IV successorem hahuit Cathericum, quipellitur in Galliam,
et regnum in partes dividitur, etc.
Auin de Line, com- L'eiichanteur Merlin n'a point de rapport direct avec nos tradi-
mentateur des pro-
pheties de Merlin.
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INTRODUCTION.
LXV
tions nationales. N£anmoins un beige , Alain de Lille , surnomm£
le docteur universel, a pris la peine de commenter ses predictions,
auXIII e si6cle\
II expose d'abord le motif qu'il a eu d'entreprendre ce travail.
C'est, dit-il, qu'i la vue des £v£nemens extraordinaires qui se pas-
saient alors en Angleterre, c'est-i-dire sous le r6gne de Henri II,
tout le monde parlait des proph&ies de Merlin, qui paraissaient
recevoir leur accomplissement.
II examine ensuite plusieurs questions relatives k la personne de
Merlin : 1° s'il 6tait chr6tien ; 2° s'il 6tait vraiment proph&e ; 3° s'il
6tait n£, comme on le d^bitait, du commerce d'une mortelle et d'un
incube. Sur la premiere question, il se decide affirmativement, mais
sur les deux autres, il est loin de montrer autant de confiance,et Ton
voit qu'il cherche un biais pour accorder sa raison avec la croyance
g£n£rale.
Ph. Mouskes rappelle plusieurs proph&ies de Merlin 2 , que Ton
citait alors , comme plus tard on a invoqu£ les centuries de Nostra-
damus, en les appliquant indistinctement aux £v£nemens les plus
disparates. C'est ainsi, qu'en 1174, Guillaume, roi d'Ecosse, ayant
6t6 pris par les vassaux de Henri II, dans une invasion au nord de
l'Angleterre, et enferm6 dans le cMteau de Richmond, cette cir-
constance fut regards comme la verification d'une proph^tie de
Merlin, con$ue en ces termes : On luimettra aux dents un mors
forgd sur les rives du golfe armoricain. Mais, peu de mois aupara-
vant, la m£me prediction avait £t£ appliqu6e k Henri II, serr6 de
pr6s par les Bretons auxiliaires de ses fils 3 .
1 Alani magni de Insults , doctoris universalis , explanationum in prophetiam Meriini Am-
hrosiiy britanni, libri sept em. Franco f., 1608, in-8°. — Cf. notre article Merlin, dans le
Dictionnaire de la conversation etdela lecture , et Hist. litt. de la France , XVI ,417.
2 V. 19125, 19454 , 20544; sur la sepulture de Merlin , v. 22579.
* Math. Paris cite* par M. Aug. Thierry, Conclusion , III.
Tom. II. i
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lxti INTRODUCTION.
Eustache Deschamps, po&te du XI V e sitole, a compost une Bal-
lade de la prophdtie de Merlin sur la destruction prochaine de
VAngleterre. Get oracle ne paratt pas devoir se r£aliser de si tot \
cb.ries.ie.Bon. comte Uii membre de la famille qui gouvernait alors ce royaume, devait
6tre souverain de la Flandre, apr&s avoir 616 d£pouill£ de Ph£ritage
de ses p&res. Guillaume Cliton, succ&la k Charles de Danemarck,
dont l'assassinat a 616 racont£ avec tons ses details par Gualbert,
notaire & Bruges et son contemporain. Get £crivain a trouv£ des
traducteurs dans MM. Delepierre et Perneel 2 ; M. Polain en a tir6
les principaux 61£mens du r£cit qu'il a ins£r6 dans la Revue Beige \
Ainsi un comte de Flandre avait aid6 Guillaume de Normandie k
conqudrir FAngleterre, et un descendant de Guillaume , k qui la
Normandie avait 616 enlev^e, fut indemnis£ de cette spoliation en
devenant comte de Flandre lui-m£me.
La succession d'un des normands apanages en Angleterre, Guil-
laume Osberne, comte d'Hereford, fut cause de grands d£bats.
M.E.GniicdeBeutebn.M. Grille de Beuzelin, en insurant dans la Revue anglo-normande
ou plut6t anglo-franpaise , de M. De La Fontenelle de Vaudor6,
une lettre sur 1'histoire de Meulan, a \xx6 du manuscrit de Philippe
Mouskes, dont nous nous sommes servis, les vers 18020-18065 et
18146-18149, lesquels, on nous permettra de le dire, sont impri-
mis plus exactement dans notre Edition \
1 Poesies morales et historiques d'Bustache Deschamps , pubises.... par G. A. Crapelet,
Paris, 1832, in-8° maximo, pp. 29-31. Cf. Fr. Schlegel, Geschichte des Zauberers Merlin,
dans Sammlung romantischer Dichtungen des Mittelalters , t. I", Leipz., 1804, in-8°,et t. VII
des Sammtliche fVerhen , Wien , 1822-25, 10 vol. in-8°.
2 Histoire du regne de Charles-le-Bon , precidee d'un rbsumb de Vhistoire des Flandres ,
depute les temps les plus recuUs , et suivie d'un appendice de ce qui s'est passe depute la mort de
ce prince jusqu'd la pais de Melun. Bruxelles, 1831 , in-d\ Vou. pp. 10, 28, 130, 131. Cf.
notre premier volume, p. lxxi.
3 Assassinat de Charles-le-Bon, Rsvoi Bilge, Liege, 1837, Janvier, pp. 65-82.
* Revue anglo- francaise , 15° liv., 3° du 4 vol., 1836 , pp. 240-248.
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INTRODUCTION. lxtii
Ces d&n£16s appartiennent an r6gne d'Henri I er , roi d'Angleterre, Ademde de B^m.
qui £pousa en secondes noces une princesse beige :
II reprist , k grant proi&re ,
Fille le conte Godefroit
De Louvaing , ki moult bele estoit.
Cette princesse , morte en 1151, prot£gea beaucoup la po6siemiefaitfleuririapo*ie
frangaise et contribua puissamment k la faire fleurir en Angleterre;
mais auparavant elle en avait sans doute puis£ la connaissance et le
gout k la cour de son p6re. Vers le temps de son mariage , elle en-
gagea un trouv&re, dont on ignore le nom, k mettre en vers le
voyage de saint Brandan au Paradis terrestre. Ainsi c'est k Pann6e voyage <u **«* i*™-
1121 ou 1122, quil taut placer la composition de louvrage que «»*«•
Pauteur commence ainsi :
Donna Aaliz la ro'ine
Par qui valdrat lei l divine
Par qui creistrat lei de terre,
E remandrat tante guerre
Par les armes Henri le rei , etc. 2 .
Cest encore k elle que Phil. De Thaon, Thaun ou Than, d&lia Bwtiaire de Ph. de
son Bestiaire :
Philippe de Taun en franceise raisun
Ad estrait le Bestiaire , un livre de grammaires ,
Pur l'onur d'une gemrae ki mult est bele femme ,
A61iz est num£e, roine corunle,
Rome d* Angleterre, sa ame n'ait ji guerre ;
En 6breu , en verti , est Aliz lau* de D£ s .
Geoffroi Gaimar parle d' Adelaide comme encore existante; enfin
1 Lai.
2 De La Rue , Essais historiques , etc., II , 69-70.
* Ibid., 45.
Than.
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lxtiii INTRODUCTION.
cette princesse fit noter par chant, des vers qu'elle avait fait com-
poser en l'honneur de son mari , par le trouv&re David. Gaimar,
reprochant k ce po&te d'avoir oubli£ beaucoup de choses dont le
souvenir devait honorer infiniment la m£moire du roi, ajoute :
Or dit Gaimar, s'il ad garant ,
Del rei Henri dirrat avant :
Que s'il en volt un poi parler
E de sa vie translator,
Teh mil choses en porrad dire
Ke unkes Davit ne fist escrire ,
Ke la rolne de Louvain
N'en tint le livre dans sa main ;
Ele en fist fire on livre grant
Le primer vers noter par chant >, etc.
Ges particularity sont un supplement k notre Esquisse des pro-
gres de la langue franpaise en Belgique.
Eieonore d'Aqniuine Louis- le-Jeune, roi de France, £pousa El£onore d'Aquitaine.
itsQe d'tin de m on -
Ph. Mouskes donne une origine diabolique k cette princesse, et Jean
jean Bromptoo. Brompton a recueilli le m^rae conte populaire 2 , qui ressemble beau-
coup k celui qu'on a fait de la comtesse Jeanne de F land re, sup-
pose aussi fille du malin esprit dans le Livre de Baudouin % et
m£tamorphos£e par Guillaume Le Breton en une esp£ce de sorci&re,
soit en vertu d'une licence po£tique , soit pour rendre plus odieux
les ennemis de la France :
SortUego, nobis ignota contulit art*,
Nee tatnen ipsa, reor, erat inscia prmsagiorum
Qua solet Hispano* prcesaga Tholeta doeere.
Apr6s son divorce, Eieonore s'unit au roi d'Angleterre Henri II.
i DeLaRue,120,121.
2 V. 18720. — Joh. Brompton , Hi*, fran?., XIII , 215.
3 P. \l.
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INTRODUCTION. lxix
Notre auteur, k Pexemple de tous les contemporains , fait le plus
magnifique £loge du fils de ce monarque \ On dirait, qu'i la
po&ie pr&s, il se rend P£cho du guerrier troubadour, Bertrand De
Born, que Dante n'aurait pas du placer dans son enfer, par respect
pour le nom de po6te.
Rien de plus touchant que les plaintes du chantre languedocien
sur la mort du jeune Henri-au-Court-Mantel, qu'il avait arm£ con- uenri.u.court.Mantei,
tre son pere. II faut dire cependant que, chose Ugere y comme la
plupart des pontes, il avait d£chir6 ce prince dans une satire avant
qu'il fut entr6 dans ses desseins 2 .
M. Aug. Thierry, avec son style ferme et noble, a racont£, d'apr6s Em^ue de Bertrand
une biographie proven9ale , transcrite par M. Raynouard , Pentrevue vk*&ton**«J\\ m
de Bertrand De Born et du roi Henri, apr&s la prise du chateau de
Hautefort. a Bertrand, lui dit le roi, vous qui pr^tendiez n'avoir en
aucun temps besoin de la moitie de votre sens, sachez que voici
une occasion oil le tout ne vous ferait pas faute. — Seigneur,
r£pondit Phomme du midi, il est vrai que j'ai dit cela et j'ai dit
la v£rit£. — Et moi je crois , dit le roi , que votre sens vous a
failli. — Oui, seigneur, r^pliqua Bertrand d'un ton grave, il m'a
failli le jour oil le vaillant jeune roi, votre fils, est mort. Ce jour-
\k j'ai perdu le sens et la raison. » Au nom de son fils, qu'il ne
s'attendait nullement a entendre prononcer, le roi d'Angleterre
fondit en larmes et s'6vanouit. Quand il revint k lui, il 6tait
tout chang£; ses projets de vengeance avaient disparu, et il ne
voyait plus dans son prisonnier que Pancien ami du fils qu'il
1 V. 18855. Gervais de Tilbury porte le jeune Henri aux nues ; il rapporte six vers latins
qu'il fit en son honneur et dit : Cum obiit Henricus, cesium esuriit et mundus abiitmendicus.
Otia imper., p. 947.
2 La Curne de S to -Palaye, Histoire littSraire des troubadours, 1 , 223 ; Raynouard, Choix de
potsies originates des troubadours , IV, 48 , etc. ; Villemain , Tableau de la literature au moyen
&ge, Paris, 1830, pp. 159, 160 , 167, 168, 169, etc.; Aug. Thierry, Hist, de la conquSte de
VAnoUterre par les Normands, Bruxelles , Lacrosse , 1835 , HI , 293.
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LXX
INTRODUCTION.
regrettait. Au lieu de reproches amers et de Farr£t de mort ou de
d£possession auquel Bertrand eut pu s'attendre : a Sire Bertrand,
sire Bertrand, lui dit-il, c'est k bon droit que vous avez perdu le
sens pour mon fib; car il vous voulait du bien plus qu'A homme qui
fut au monde : et moi, pour l'amour de lui, je vous donne la vie,
votre avoir et votre cMteau. Je vous rends mon amiti£ et mes bonnes
graces, et vous octroie cinq cents marcs d'argent pour les domraages
que vous avez re$us. »
Hennuyers et Br.ban- Les habitans de la Belgique ne restaient pas indiflforens k ces
90ns h la cour de m
Henri 11. sanglantes querelles, et ceux du Hamaut et du Brabant, a cause
sans doute des alliances des rois d'Angleterre , sent express&nent
d£sign£s par Mouskes, comme favorisant le roi d'Angleterre '.
Phuppe-Auguste , roi Le r6gne de Philippe- Auguste commence, ce r£gne si savam-
ment expos£ par M. Gapefigue, dans tin ouvrage qui est un develop-
* pement d'un m&noire couronn£ par l'institut de France 2 .
Jacques d-Avesnes. Querelle du comte de Hainaut avec Jacques d'Avesnes, le hardi
chevalier, qui alia outre-mer et y acquit los et honneur, mais y
isabeiie de Hain.ut. trouva la fin de sa noble carri&re \ La fille du comte de Hainaut,
Isabelle, k l'&ge de treize ans accomplis, £pousa Philippe- Auguste 4 .
Isabelle est nomm£e dans le Roman d Alexandre*, rappeM plus
d'une fois par Mouskes 8 .
croi«ades Les deux premieres croisades n'obtiennent pas de notre auteur
de grands details, mais il s'£tend avec complaisance sur la troisi&me.
On le lira avec d'autant plus d'int&r^t qu'il met plusieurs Beiges en
sc6ne et qu'il n'a pas 616 consults, excepts pour ce qui concerne
1 V. 18975.
2 V. 19154. — Capefigue , Histoire de Philippe- Auguste , 2 e Edition , Paris , Dufey, 1819 ,
4 vol. in-8°. Jugement severe sur ce livre , Hist. lift, de la France, XVII , 585.
3 V. 19290.
4 Capefigue, I, 128-128.
6 Voy. entre autre* le v. 19408, ou il ecrit Alexandre d' Alter. Voy. les tables.
6 V. 19882.
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INTRODUCTION.
LXXI
Pempire de Constantinople , par MM. Michaud et Wilken, k qui mm. Micbaud, Fred.
1 iii . ,, i . Wilken, N. G. Van
Ion est redevable, sur ce point, de deux ouvrages du premier Kampen.
ordre, imit£s depuis en hollandais, par le laborieux Van Kampen.
Dans les Appendices, nous avons'ins£r£ un extrait d'A Thy mo,
ou se trouve un r6cit relatif k Godefroid - le - Barbu , due de codefroid-ie-Barbu.
Brabant, r£cit curieux, malgr6 les fables £videntes qu'on y a me-
lees.
La manure dont le roi d'Angleterre Richard-Coeur -de-Lion, ctptMt* dc nkiurd-
tomba au pouvoir de Leopold d'Autriche, au retour de la croisade,
est cont^e d'une manure que nous appellerions dramatique , si Ton
n'avait £trangement abus£ de cette expression 1 . Ph. Mouskes a
plutot le ton de l'auteur du roman de Blondeau, que celui de Gautier Roman de Blonder
Vinisauf, qui a redig6 Vltin&raire de Richard 2 . Vihisauf m6rite g. vhmauf
principalement d'etre consults par nous, puisqu'il rend pleine
justice aux crois^s beiges. Lorsque Jacques d'Avesnes d^barque k la J^e* d'Ave*ne $ .
t£te de ses guerriers, il le compare k Nestor pour la sagesse, a
Achille pour la bravoure, k R^gulus pour sa fid61it£ religieuse k la
foijur^e.
La raison pour laquelle Pempire cessa d'etre h6r6ditaire , est tir6e i/em^re ce«e d etre
d'une anecdote attendrissante , mais romanesque. Cest encore le
style d'un trouv&re plut6t que d'un chronographe.
Le r6erne de Ferrand, Fernand ou Ferdinand de Portugal, comte Fcmand on Fenw
° ... . . de Portugal.
de Flandre, offre beaucoup de particularity int^ressantes. Philippe
Mouskes, apr&s avoir dit qu'il 6tait fils du roi de Portugal, observe
que plusieurs le regardaient comme un enfant naturel de Mathilde
de Portugal, veuve de Philippe d' Alsace. L'auteur du Roman de
Baudouin, £videmment £crit dans un esprit hostile k la duchesse
i V. 19839.
2 Itinerarium regis Anglorum Richardi et aliorum in terram Hiero$olymorum , ann. 1 180.
Capefigue, Hist, de Philippe- Auguste y 1829, II, 16.
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LIXII
INTRODUCTION.
Jeanne et k son mari, ne manque pas d'accueillir ce bruit et de faire
entendre que Fernand, fruit de Padult&re, devait le jour au roi de
France *, dont il passait pour le serf, au grand m&ontentement de
ses sujets 2 . Au reste , Ph. Mouskes n'est point contraire k Ferrand,
et, par manure d'£loge, il va jusqu'A. dire qu'il ot grant nds !
BUvotins et iei On s'£tonne que le Livre de Baudouin, qui m£ritait d'etre public
i«engrin» ou mgr^ ayec j es notes e i d es corrections au texte, ne mentionne ni les Blavo-
tins, ni les Isengrins, dont lesnoms retentissent alorsdans l'histoire.
Adont a Lille soujournoit
La yielle rolne et manoit ,
Ki fu feme al conte Felippre.
Et grant dowaire tint Tiers Ipre,
En cele tiire des Ingrins
Qui haoient les Blavotin*.
Armies d'abord par des dissentimens nationaux, selon Meyer, ces
deux factions semblent avoir exists d6s Tan 1 144, et peut-^tre mtee
plus tot. Ellesensanglant6rent, au milieu du XII e stecle, les envi-
rons de Furnes, de Bergues-S^Winox, d'Ypres et de Bruges; elles
se renouvel6rent avec beaucoup plus de gravity au commencement
du XHIe si^cle 3 .
Guillaume Le Breton ram6ne plus d'une fois ces factions dans ses
vers :
Quod Bloetinorum candentia littora lambit ,
1 Pp.94, 129.
2 Pp. 40, 63, 65, 90, etc. « Ce qui a autorise' le romancier a faire dire que Philippe-
« Auguste soutenait que les rois de Portugal etaient sujets des rois de France, c'est qu'ils
» descendaient d'un prince, ou meme, selon quelques-uns, d'un simple chevalier francais.
» L'opinion la plus g£ne>alement recue est que leur premier auteur, qui s'appelait Henri ,
» <£tait fils de Robert , premier due de Bourgogne de la maison de France , troisieme fils du
» roi Robert , fils de Hugues Capet. Sanche , p£re de Ferrand , 6tait petit-fils de ce Henri. »
Melanges tire's d'une grande bibliotheque , V, 130.
3 Warnkcenig , Histoire de la Flandre , 1 , 193-94.
4h
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INTRODUCTION. lxxiii
Quaque marescosos extendit Flandria eampos,
Et qua bellipotens media inter prcelia terram
Sulcat Isengrinus, gladio munitus et hasta 1 .
D'apr&s ce passage , les Blavotins habitaient sur la cote et les
Isengrins plus avant dans l'int&ieur des terres , du c6t£ de Fumes,
qui n'est pourtant qu'i une lieue de la mer. On peut Pinferer de
cette autre citation :
Jam sua per specula* Bloetinus signa levavit ;
Omnis Isangrinus, Furnites , Belga, sub uno
Ccetu Ferrando comitise consociarunt 2 .
L'duteur avait d6j& dit pr6c6demment :
Sed nee Ysangrinos cum Belgis et Bloetinis
Rixa vetusta tenet , intestinique furores ,
Se quibus infestant alternatimque lacessunt,
Quinjurata ruant in prcelia , Francigenisque
Dumpugnant 9 veteresjuvat intermittere pugnas*.
Belga quot et rabies bloetina , quot insula turmas
Mittat, isengrinusque furor 4 .
Les Chroniques de S^.-Denis appellent ces factions les Ysangrins
et les Blootins.
Le Chronicon Andrense, contient ces lignes :
Anno MCC1 ~, post mortem comitis Flandrice Philippi, in terri-
torio Furnensi, inter Blavotinos et Ingrikinos 5 guerraper aliquot
annos durat: homicidia, incendia , rapince fiunt, nee est qui jus-
tifies manum apponat. Sexto kal. Decembris y quidam miles Her-
1 jy«*./r.,XVII,S58.
^ Ibid.yUl.
» Ibid., 125.
* Ibid., 409.
9 D'Oudegherst dit pareillement Ingrekins.
Tom. n. it
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lxxit INTRODUCTION.
hertus nomine de Wilfringhem l qui prmcipuus inter Blavotinos
habebatur, castrum comitis in ipsa villa de Fumis, collecta parva
manu suorum, incendit : ob cujus facti audaciam tarn ipse quam
suce factionis coadjutores, per bannum comitis Balduini et regince
Portugalensis ,per aliquod tempus, ejecti sunt de terra, et bona
eorum confiscate 2 .
L.mbert d'Ardres. L'histoire des comtes de Guines de Lambert d'Ardres , nous fait
connaitre un autre chef des Blavotins (Blavotinorum) que Herbert,
c'est Walter de Hondschot, qui, avec les siens, alia assteger dans
Bergues les gens de la comtesse-reine Mathilde , la m6me ann6e 1 201 s .
Mais Chretien De Praet, pr£v6t de Bergues, en tua plus de trois
cents. Meyer dit que de son temps on appelait encore le lundi rouge,
Panniversaire de ce combat meurtrier \ Ainsi les Blavotins 6taient
contraires k la comtesse , et les Isengrins, ses partisans, avaient leur
stege principal k Fumes. Aussi Vredius prend-il Isangrini pour
synonyme de Fumenses 5 .
Iperius raconte que leurs d6m61£s avaient d£sol£ pendant plusieurs
ann£es le territoire de Bergues-St-Winox et de Furnes. lnsurrexe-
rat etiam guerra Blavotinorum et Ingrekiorum, quce pluribus an-
nis terras Furnensem et Bergensem , in quibus bona hujus ecclesice
(S. Bertini), pro magna parte consistent, quam plurimum afflixit 6 .
GiiiesdeLew,ie Bitnc Un de ceux qui s'employ^rent avec le plus de succ^s pour r6con-
m S r«e. c [\[ er ces pini&tres adversaires , fut Gilles de L6au ou Leeuw ,
originaire de Zierickz6e, qui pr&cha la croisade k Leeuw et k
1 Wulferinghem.
2 #w*./r.,XVIII,575, A.
* Ibid., 587, A?
4 Cf. Meyer, Ann., fol. 64; D'Oudegherst , e\lit. de J.-B. Lesbroutsart , II, 69; Corpus
chron. Flandrim, p. 294.
5 Hist, comit. Fl. f I, index IV. Voce Isangrini.
6 Hist, franc, XVIII. 600, D.
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INTRODUCTION. lxxv
Bruxelles, et qui dut k ses exploits guerriers le sobriquet de Blanc-
Gendarme \
D'ou provenaient ces noms de Blavotins et d'Ysangrins. Meyer
dit que les premiers devaient le leur k une famille appel£e Blaeu-
voety et les seconds, k une allusion tir£e du loup; en effet, dans le
roman populaire du Renard, cet animal est appel£ Isangrin ou
Isengrim.
Nous sommes enclins, nous l'avouons, k admettre que la popu-
larity du Renard a pu influer sur des appellations choisies par le
peuple.
dependant le nom d'lsengrin 2 , de m6me que celui de Blaeu-voet,
ne pourraient-ils pas 6tre de simples sobriquets, qui s'expliqueraient
par le sens m&me des mots qui les composent et qui auraient eu trait,
soit au caract&re des personnes, soit k un signe ext£rieur de rallie-
ment ou k toute autre circonstance mat^rielle.
Si Ton adoptait la forme Bloetini, employee par Guillaume Le
Breton, il semblerait que ce terme a sa racine dans celui de bloet,
sang. Mais si on pr^ffere Blavotini, plus g6n&ralement en usage, ce
sera Blaeu-voet ou Blauen-voeten, pieds bleus, comme il y a eu
plus tard en Flandre des chaperons hlancs, des compagnons de la
Verte-tente , etc. M. Warnkoenig 3 , qui repousse toute allusion au
roman dil Renard, ne voit dans Blaeuvoet, avec Meyer, qu'un nom
de famille ; celui d'un seigneur dont le chateau 6tait situ6 k Pervyse,
pr6s de Nieuport.
Quant klsengrin, c'est un nom de personne tr6s-ancien, puisqu'en
Fannie 933, nous voyons un 6v6que de Ratisbonne qui le porte 4 .
1 Chronicon Viconiense, dans le t. XII, £d. in-4° du Spicileg. de D'Achery, p. 214.
2 Isengrins, factieux, dit Roquefort, qui s'elevfcrent en France sous le regne de Philippe-
Auguste et qui pillaient les bergeries. On voit que cet ecrivain etait preoccupe du rapport des
mots loup et Isangrin.
3 ffist.de Flandre, I, 215.
4 Pertz , Monument a GermanicB, 1 , 94.
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LXXVI
INTRODUCTION.
M. Warnkoenig se prononce pour la forme Ingrekins , qui se rap-
proche assez des Ingrins de Ph. Mouskes. D'apr&s une chronique
manuscrite de Furnes, il fait d^river Ingrekins de Sigebert Ingeryk,
chef des partisans de Marguerite \ Cette explication, semble na-
turelle et simple, et si on rappelait que M. Warnkoenig paratt
avoir reconnu, d£s 1 144 , les deux factions dont la designation nous
arr&e , on r£pondrait que leur haine avait saisi avec empressement,
en 1201 , une nouvelle occasion d'^clater et avait arbor6 seulement
alors des denominations qui classaient plus nettement les deux par-
tis ennemis. Toutefois, si, refusant de se rendre, on s'en tenait k
la forme Isengrin, ne serait-il pas perm is de soup^onner que ce mot
a design^ le loup, m6me avant la redaction du Renard? Sans beau-
coup de frais d'£rudition, on le trouve tout entier dans les langues
teutoniques, quoique M . Ginguen^ le cherche dans eel les de POrient 2 .
Isen ou Ysen, comme Fa tr6s-bien remarqu£ M. Willems *, n'est
autre que yzer, fer, forme que Ton retrouve dans isenkrind, la
verveine, Isenhart, nom d'homme et d'oiseau, Isenberg , Isenloo,
locality voisines de Furnes, Isenghien, Isendoom, families des
Pays-Bas, Isenhruin, couleur d'6toffe, etc. Ce mot serait pris ici
figur£ment pour ce qui a la duret£ du fer, comme on dit dans les
vieilles chroniques Balduinus Ferrous.
Grim j n'est pas le grima des Scandinaves, qui signifie ce qui
couvre et sp^cialement un casque (Isengrim voudrait alors dire
casque de fer), mais e'est le danois grum et grimm (scevitia) , en
islandais grimmr, en anglais grimm, en anglo-saxon grimma, en
allemand grimm, en bas-allemand grim, crim y mot qui a sans
doute de Paffinit6 avec le latin crim-en, et d'ou ont du d&river les
i Hist.deFl., 1,215-16.
2 Le hup est appele Isangrin par les auteurs orientaux. Ginguene* , Nisi. litt. de la Fr., XV,
$22 , note.
3 Reinaertde Vos , Gent , 1836, in-8°; Inleiding, p. lix sq.
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INTRODUCTION.
LXXVII
expressions fran$aises grime, grimace, grincer, etc. Done Isengrim
signifie ferreus et scevus.
La derni&re partie de ce mot compost commence beaucoup de
noms tr&s-anciens et en termine quelques-uns, tels que Grim-aldus,
maire du palais de Sigebert, en Austrasie (les Grim^aldi ,en Italie),
Grim-aldus, abb£ de S f -Gall, Grim-o> abb6 de Corbie, Grim-
oaldus, fils de Pepin II, maire du palais de Neustrie, Grim-oaldus
ou Grim-oldus, due de B£n6vent, Pile-grimus , archev^que de Co-
logne, Pili-grimus y archev&que de Salzbourg, etc. En d£eomposant
ces mots, on ne ferait que confirmer P&ymologie pr6c6dente.
Une querelle plus s&ieuse que celle des Isengrins et des Blavotins
£tait au moment d'^clater. Le roi de France, Philippe-Auguste,
voyant se former contre lui une ligue formidable , se dispose k la
conqu&te de la Flandre. Renaud de Dammartin, comte de Bou- Hugues dc iw
logne , et Hugues de Boves , de la maison de Coucy * (le Livre de
Baudouin l'appelle Hue de Bonnes) 2 , etaient Ykme du parti
oppose k Philippe-Auguste.
L'empereur Otton IV, FAngleterre , la Flajidre, le Brabant, la
Hollande, le Limbourg et le Namurois, avaient form6 une coalition
dont le but 6tait le partage de la France. Fernand, assure-t-on,
avait stipule express£ment pour sa part PArtois proprement dit, la
Picardie et File de France, y compris Paris , ou il s'6tait tant amus£
avec les folles filles et les jongleurs % envers lesquels Philippe-
Auguste se montra moins facile \
Ceux qui ont quelque connaissance des temps feodaux, ne s'6ton-
> V. 20847 et 21097.
2 P. 97 et passim. Le trouvere Jean de Boves avait-il avec Hugues quelque rapport de
famille? De La Rue , Essais hist or., Ill, 45-47.
* Capeflgue , Hist, de Philippe-Auguste, 1829 , III , 210 ; Warnkcenig , Hist, de la Flandre,
I, 225, note.
4 Introduction de notre premier volume, p. ccxlii.
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lxxviii INTRODUCTION.
neront pas de voir dans les rangs des ennemis de Fernand , deux
vassaux du comte de Flandre, Siger II, chatelain de Gand, et Jean
de Nesles, chatelain de Bruges. Fernand, par le traits de Pont-A-
Wendin ', avait c6d£ d£finitivement k Louis, fils du roi de France,
les villes dont il s'6tait empar6 et avait donn£ ces deux seigneurs
pour garans de cette cession.
En 1212, Fernand s'£tant allte avec PAngleterre et se disposant k
reprendre ces places par la force, les chatelains de Gand et de
Bruges, cautions du traits de l'ann£e pr£c£dente, quitt&rent la
Flandre. Leurs ennemis personnels, Rasse de Gavre et Arnould
d'Audenarde, qui avaient nagu&res montr6 de la resistance au
comte, parce <ju'ils £taient ennemis de la France, rentr&rent au
contraire en gr&ce , lorsque Fernand se d£clara contre les Fran^ais,
et acquirent bientot une grande influence 2 .
Les chances de la guerre rendirent Fernand maitre de Tournai ,
en 1214,
Bien le savommes qui la fumes,
Nouveaux d^uiis bio- dit Philippe Mouskes 3 . Or, en 1272, Philippe Mouskes 6tait chan-
graphiques sur Phi-
uppe Mouskes. celier de Tournai et il mourut environ soixante-huit ans apr6s la
prise de Tournai par les Flamands; il habita done cette ville fort
jeune.
M. Serrure nous a communique verbalement une id6e qui lui
6tait venue. Philippe, en prenant lui-m&me le surnom de Mouskes,
se d^signe £galement par les mots Philippus de Gandavo; il
pourrait done bien avoir appartenu k l'illustre maison de Gand,
et 6tre le Philippe qui, en 1244, prom it d'observer le traits fait
1 C'est sans doute au lieu de Pont-a-JVendin qu'on a mis ffaudripont (Wandinpont?) au
v. 20888.
2 Warnkcenig, Hist, de la Flandre , 1 , 222.
3 V. 21229.
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INTRODUCTION. lxxix
entre le roi saint Louis et Thomas de Savoie \ II aurait 6t6 alors,
selon Du Chesne, Fun des fils de Hugues I er du nom, chatelain
de Gand, etd'Ode de Champagne, dite de Champ lite. Cette con-
jecture, tout ing^nieuse qu'elle est, ne nous paratt pas assez soli-
dement 6tay6e pour que nous Padoptions.
M. Fr6d6ric Hennebert, a bien voulu faire quelques recherches
sur Ph. Mouskes, dans les Archives du chapitrede Tournai, recher-
ches malheureusement infructueuses, car il n'a trouv6 dans le depot
qui lui est confix , qu'un seul acte relatif au s£jour de notre auteur
k Tournai. Voici Panalyse de cette ptece, dat£e du mois d'octobre
1281 , telle qu'il a eu Pobligeance de me Padresser :
a Accord pass£ devant M e Aubert De Marie, chanoine de Laon et
» Gautier Bardin, bailli de Vermandois, entre le chapitre de
» Tournay et les pr6v6ts et jur6s. Le chapitre se plaignait de ce que
» le pr&vot de SMJuentin, sans Pautorisation de la cour du roi,
» avait au prejudice de F£glise, oU les degrds qui dtoient dehors le
» muret de Vattre devers la vieille hotellerte, avoit fait le muret a
» crdte et avoit abbatu un petit murtiel traversant qui dtoit vers la
» maison du penitencier y enfin quil avoit post des homes autour
» de Vattre de I'Sglise autrement que V&v4que et le bailli de Ver-
» mandois ne Vavoient ordonnd; ils ajoutaient que lesprevots et
» jur£s, avoient au prejudice de Vdglise et sans droit ni raison,
» fait des appentis autour du Beffroi et dlevd la chaussee > ce qui
» nuisoit a leurs hostels qui sont devant le beffroi... Les pr^vots et
» jur£s, de leur c6t£, soutenaient le contraire, pr£tendant, quant
» au beffroi , avoir \k toute justice et seigneurie. Les arbitres r6ta-
» blissent la paix au moyen d'une nouvelle delimitation des pro-
» priet&s, moyennant laquelle le chapitre laisse entier ce qui a £t6
» fait au beffroi. »
1 A. Du Chesne, Hist. gen. des mats, de Guines, d'4rdres, etc. Preuves, p. 337, p. 519.
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lxxx INTRODUCTION.
M. £. Gachet a fait une moisson plus abondante. On verra ci-
apr£s, grace k lui, plusieurs autres documens originaux relatifs k
notre auteur (A).
Battue de Bouvmcs. Eiifin se livre cette grande bataille de Bouvines, qui affermit la
puissance royale et ou se d6ploy6rent tant de ressources et d'intr^pi-
dit6 : elle fut une des plus importantes actions militaires du moyen
g. Le Breton. kge. La plus ancienne relation est celle de Guillaume Le Breton, qui
g. Guian. y assista. La relation en vers de Guillaume Guiart devient pour nous
un point de comparaison particuli&rement remarquable ! . De nos
mm. d« aaumer. c- jours, MM. De Rauiiier 2 et Capefigue 3 ont d£crit le m£me 6v6ne-
P e gut e meu i 9 ma i s n'ont point consults Philippe Mouskes, cit£ par ML Ca-
pefigue 4 dans une autre occasion. M. Warnkoenig trouve que tous
ces Merits ont £t£ £clips6s par le m£moire de feu M. Lebon \ Nous
croyons ce jugement trop favorable k ce dernier £crivain.
LeromandeBoudouin. Le r6cit de Ph. Mouskes est circonstancte et contient des details
qu'on ne trouve pas ailleurs. La bataille de Bouvines est aussi ra-
cont6e dans le Livre de Baudouin, longuement analyst par Pau-
teur des Melanges HrSs dune grande biblioth&que 6 ; mais il faut lire
cette relation avec defiance, puisqu'on y reconnait quantity de faits
6videmment faux. Par exemple Hugues de Boves, un des adversaires
1 Un ecrivain moderne, versiflcateur d'une grande habilete% M. Parseval-Grandmaison ,
a traite" ce sujet dans son poeme de Philippe-Auguste , Paris, 1826, in-8°; M. Viennet l*a
pareillement mis en vers.
2 Gesch. der Hohenstaufen, III, 182-188.
3 Hist, de Philippe- A uguste , 1829, III,2*S-278.
4 u Philippe Mouskes sert comme de transition pour arriver aux ecrits en vers latins , et
» qui ne s'elevent pas bien au-dessus de la chronique en prose ; Mouskes a entrepris une
» histoire de France en rimes dilectables. II commence a l'origine des Francs , a cette fabuleuse
» illustration troyenne , que Ton raconte dans toutes les vieilles tegendes. » IV, 321. II est a
observer que les mots soulignes ne sont point de notre auteur, quoiqu'on soit port£ a le
soupconner.
5 Voy. nos notes v. 21047 , 21098, 2U13 , 2U68 , etc.
6 V. 102-181.
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INTRODUCTION.
LXXXI
de Philippe- Auguste, est suppose venir k son secours. Ce n'est pas
tout, on en fait un vieillard aveugle, ag6 de 140 ans, qui avait
servi sous Godefroid de Bouillon et gardait encore la bonne 6p6e que
Godefroid avait enlev£e k un soudan sarrasin.
« Et ainssi come les barons devisoient (Ficelle besoingne, leroy H Ug ucs d« boycs.
» regarda entour luy et vit venir une liti&re que Fen menoit k IIII
» gros chevaulx, ou il y avoit grant nombre de gens d'armes qui la
» conduisoient. « Or va de mal en pis, se dist le roy Phelippe, car
» je croy k mon escient, que c'est ung de mes filz que Ton m'ap-
» porte : k present j'ay grant paour que Ferrant n'ait France. »
« Le roy alia hastivement k Fencontre de la liti6re et demanda qui
» c'estoit que Ton menoit dedens celle liti&re. <c Sire, c'est ung
» chevalier, c'est Hue de Bonnes (Boves), qui est moult hardi che-
» valier et qui a bien d'aige sept vingt ans, et tant que par vieil-
» lesse il a perdu la veue ; mais pour Pamour de vous, il est icy
» voulu venir : car il a tousjours bien loyallement servi vous et vos
» pr6d£cesseurs. Mais non pour tant qu'il soit aveugle, il vous pr&-
» sente V cens chevaliers arm£s, pour vous aider contre voz
» ennemis 1 . »
Hugues de Boves, dont on allonge ici Fexistence d'une mani&re si
exag&r£e, devient, sous la plume du romancier, une esp^ce de Jean j e « dei Tempi, Dio-
des Temps. Dinterus, dans sa Chronique de Brabant, £crite au XV e
si&cle , dit que ce dernier avait 6t6 6cuyer de Charlemagne , qu'il v£cut
341 ans et mourut en 1139 2 . Mais avant lui Guillaume de Nangis
avait donn^cette long£vit£ pour certaine 3 . De Longeville-Harcourt,
1 Pp. 96-97.
2 MS de la bibl. de Bourgogne, en 8 vol. in-fol. mod., I, 664 ; Nouv. archiv. hist or. des
Pay8-Ba$, Yl,\M-
* Vita PhUippi , Du Chesne , V, 5 1 6 ; Hist. litt. de la France, XVI ,133. « Les journaux de
S'.-Pdtersbourg, en 1834 , rapportaient un exemple de longevity prodigieux. A la fin d'oc-
tobre, racontaient-ils , il dtait mort a Polosk, sur les frontieres de la Lithuanie, un homme
qui avait atteint sa 188 e annee. II avait vu sept monarques sur le trone de Russie, et se
Tom. II. /
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LXXXII
INTRODUCTION.
Captirite deFeraand.
M. Dauoou.
auteur de VHistoire des personnes qui out vicu plusieurs si&cles et
qui out rajeuni l , recule la mort de Jean des Temps jusqu'A Fan-
nie 1 146 et lui donne pour contemporain un certain Richard , qui
avait 6t6 soldat sous Charlemagne et que Guy Donatus pr&endait
avoir connu en 1223. Yoilk comme Fhistoire et le roman se touchent
par des points infinis.
Les romanciers, au reste, ne renfermaient pas la vie de leurs
h£ros dans le cercle ordinaire oil se circonscrit l'existence des autres
hommes, et c'est en leur faisant k cet £gard une large concession,
qu'on ne sera plus surpris de voir ceux qu'ils c£l&brent, exister k
des 6poques s£par£es les unes des autres par un si&cle et m^me plus.
On n'ignore pas que le comte Fernand fut pris k Bouvines, et Ton
sait de quels sarcasmes le peuple de Paris salua ce grand captif.
M. Daunou, qui a bien voulu rendre compte de notre premier
volume dans le Journal des Savans 2 , a cru que nous avions tir£ le
fameux dicton Quatre f errant , etc., d'un po&me de Butor, et comme
nous avons dit 3 que ce dicton semblait avoir 6t£ traduit en latin
par Nicolas de Braie, il fait remarquer que nous avons commis un
anachronisme, puisque Butor est post&rieur k Nicolas. Mais nous
n'avons pas attribu6 k Butor les vers si connus ; il est clair que
Nicolas de Braie a pu traduire et a traduit effectivement en latin
un propos populaire 4 . Ce n'est \k qu'une bagatelle, sans doute ,
et nous sommes un peu honteux d'avoir eu, cette fois, raison contre
rappelait fort bien encore la mort de Gustave-Adolphe, qu'il avait servi comme soldat,
durant la guerre de trente ans. A 1'age de 9$ ans , il avait epouse sa troisierae femme, avec
laquelle il fut uni pendant un demi-siecle, et qui le rendit pere de plusieurs enfans. *
V Emancipation , du 3 dccembre 18S4. — Voila ce qu'ont dit les journaux , mais les journaux
ont des privileges.
1 Paris, 1716, p. 98.
* Novembrel837.
3 T. I, p. cxcix.
* Voy. ausst v. 22206.
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INTRODUCTION. lxxxiu
M. Daunou. Gependant le soin que nous prenons de relever ses moin-
dres paroles , est une preuve de la haute importance que nous atta-
chons k l'opinion d'un homme si distingu£.
L'auteur du roman de Baudouin raconte que les Flamands pri-
sonniers furent li6s des cordes que Fernand avait apport6es avec lui
pour lier les Fran$ais l . Cette circonstance a &6 aussi rapport^e
dans le Renart contre fait, commence en 1320 2 .
Des beiges prennent part k la croisade contre les Albigeois 3 , lutte crois.de centre i« ai-
sanglante du midi et du nord, qui datait de si loin et se ranima
un moment sous Louis XIV, dans les C&vennes. M. Villemain a
montr6 Pinfluence exerc^e par les troubadours sur cette guerre
impitoyable. La po£sie occitanienne s'arma de toute son £nergie et
langa les imprecations les plus yirulentes contre les crois£s, comme
si les poetes guerriers de ce temps pr&voyaient que ces combats
allaient condamner a l'oubli et leur langue et leur gloire.
Le comity historique cr6£ par M. Guizot, au minist&re de Fin-
struction publique en France, a admis dans sa collection un docu-
ment important sur les Albigeois. G'est un po&me proven9al de
9577 vers, compost par un contemporain et public par le docte
M. Fauriel, avec une introduction, une traduction franchise et un M.c.r«uriei.
glossaire 4 .
Ce qui concerne Bouchard d'Avesnes 5 , mari de Marguerite de Bouchard dArcsncs.
Flandre, est pr6sent6 par Ph. Mouskes autrement que par le plus
grand nombre des 6crivains. On peut lire sur cette question histo-
i P. 105.
2 Preface de Meon, sur le Raman du Renard , p. xu.
3 V. *SSSl,lM71,etc.
4 Histoire de la croisade contre les hMtiques albigeois, tcrite en vers provencaux , par un
poite contemporain, Paris , de l'imprimerie royale , 1837, in-4° de cxxxiv et 758 pp., avec une
carte et un fac-simile. — Foy» aussi Recherches historiques sur la veritable origine des Vaudois
et sur le caractere de leurs doctrines primitives. Paris , 1837, in-8°.
a V. 2S275.
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lmxiv INTRODUCTION.
rique, dont plusieurs details sont encore probl&natiques, les details
M.Lemarquiid«Foru. f rassembl6s par M. De Fortia, et le r6sum6 de M. Warnkoenig *.
Le 1 r.«Hndoiiiii V Ph. Mouskes est prfoieux pour Phistoire tin Faux-Baudouin 2 ,
qu'il representee sans aucune hesitation , comme un aventurier :
M. De Fortia remarque avec raison que ce t£moignage est d^cisif.
L'auteur du roman de Baudouin affirme, au contraire, que Termite
de Glan$on etait bien r^ellement Fempereur de Constantinople.
Nous avons transcrit, k cette occasion , un passage du texte en
vers cite par D'Outreman. Ge passage substitue un fait certain k
la conjecture de MM. Yoisin et Serrure, qui soup$onnaient que le
roman de Baudouin avait d'abord &6 £crit en vers *.
Cet ouvrage, ou la v&rite c6de le pas k la fiction, est con-
forme, en ce point, avec plusieurs chroniques ou Jeanne et son
mari sont directement inculp£s. Ainsi une chronique flamande
in£dite, conserv^e k la biblioth&que de Bruges, sous le n° 238 4 ,
rapporte au folio 79 verso, que le comte Baudouin, empereur de
Constantinople, qu'on avait cru mort k la suite de la bataille d'An-
drinople, contre les Bulgares, avait 6t£ fait prisonnier et envoys
comme esclave en Syrie , ou on lui faisait labourer la terre; IA, des
marchands d'AUemagne £tant venus k passer aupr&s de lui, il com-
1 Jacques DeGuyse, t. XIV; Hist, de la Flandre, I, 241-44.
2 V. 24463. Cf. Jacques De Guyse et le marquis de Fortia, XIV, 331-343, 409-421 , XV,
857-358, 379-439; Meyer, a Fan 1225; Chron. sancti Bertini, p. 705; Vinchant, p. 279;
Auctarium aquicinctinum , a la suite de la Chronique de Sigebert de Gembloux , eel. d'Aub.
Le Mire , p. 262 ; Recueil des hist, franc, 9 t. XIX , preface , p. 80 ; Warnkoenig , Hist, de la
Ftandre, 1 , 236-240. Corpus Chronicorum Flandria, p. 144, 294.
3 M. Van Hasselt a rendu coropte de la nouvelle edition du livre de Baudouin , dans Ylndt-
pendant du 28 novembre 1836 , et dans la Revue de Bruxelles , du mois d'aont 1837. A la page
61 de ce livre, on invoque le Besiiaire , sous le nom de Bestial, et on parte de Vautour blanc
envoye au roi de France par le comte Ferrant. Le roman de la ConquSte de Grece par Philippe
de Madien ou le chevalier a /'teBtviit blanc , fut compose* en 1448. Mais le livre de Baudouin ,
dans son texte primitif , est anterieur.
4 Compte-rendu des seances de la Commission royale d'histoire, 1. 1, pp. 122-123.
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INTRODUCTION- lxxxv
prit leur langage, et ceux-ci Femmen&rent jusqu'i Cologne; d'ou il
envoy a un message k la comtesse Jeanne , sa fille, pour lui annoncer
qu'il 6tait de retour, et que, dans quatorze jours, il serait k Lille.
Mais Fernand, £poux de Jeanne , le fit arr&er et pendre k un arbre,
k un demi-mille de Lille , daer nu f clooster van Markette staet ,
k Fendroit ou 6tait Fabbaye de Marquette.
Sous Fannie 1234, il est dit que Jeanne, etant d6c£d6e, futen-
terr^e k ce couvent de Marquette qu'elle avait fond£ et fait con-
struire. Le texte ajoute : Men wille zeggen dat in dat clooster daer
den hooghen outaer staet, dat daer een boom stont van te vooren, daer
de goede grave Boudin, keyzer van Constantinople, angehanghen
was; c'est-A-dire que la tradition rapportait qu'A Fendroit ou 6tait
le grand autel, s'elevait jadis Farbre auquel avait 6t6 pendu le bon
comte Baudouin, empereur de Constantinople.
M. De Rosny a mis derni&rement au jour, on se le rappelle, une
notice sur Bertrand de Rains.
Un peu plus loin Ph. Mouskes nous offre la vieiile l£gende popu- LcjIllfe
laire du Juif errant.
Ce moyen Age, peu initio k la po^sie de detail, aux d£licatesses
et aux petites perfections du style , 6tait n£anmoins en possession
de la plupart des grandes id£es po£tiques qui seront 6ternellement
la base de toutes nos inventions, et avait su leur donner un carac-
t&re moral et pratique, une forme sensible et palpable. Le m£me
g&iie qui personnifia dans Roland et Gan61on le courage trahi
par la ruse , dans le Renard, le triomphe de Fhabilet£, dans Parto-
nopeus et Lanval, Fimpatiente curiosity de Famour, dans Berthe,
Bi6triset Genevieve de Brabant, Finnocence calomni6e,dansTh^o-
phile enfin ou dans Faust ! , la r&volte de Fintelligence contre Dieu,
1 Voy. notre premier volume, In trod., p. lxxxii. Dans le M S de la bibliotheque royalede
Paris , n° 7218 , on trouve le Miracle de TJtiophile, par Rutebeuf , dont M. Ach. Jubinal a
promis de pubiier les ceuvres. Roquefort en cite douze vers dans son Glossaire, I, 332.
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LXXXVI
INTRODUCTION.
Goethe.
C. F. D. Schubart.
Beranger.
M. Quinct
donnait aux petits comme aux grands , une path&ique le$on d'hu-
manit£, en montrant k tons les yeux, le ch&timent du Juif qui
insulta aux souffrances inouies du sauveur du monde.
Cette tradition est une des plus singuli&res et des plus universelles
des nations modernes. Elle n'a pas cess6 d'avoir cours en dififorentes
contr^es, et l'imagination des pontes Fa rev&ue plusieurs fois de
vives couleurs.
Goethe , dans sa jeunesse, avait projet£ sur ce sujet une epopee
dont il dit n'avoir £crit que quelques fragmens. Une courte pi&ce du
po^te allemand Schubart est intitul£e : Ahasverus on le Juif errant.
Une trag£die allemande de Gustave-Adolphe , lui assigne un role,
et Beranger a chants ce myst^rieux voyageur, dont M. Quinet a mis
le nom en t£te d'un drame mythico-philosophique. Oserons-nous
rappeler que nous avons hasard£ une nouvelle dont ce personnage
est le h6ros * ?
Les paysans de la Furca racontent que cette montagne est le pas-
Lejuif erram «n luiie. sage habituel du Juif errant, lorsqu'il se rend de l'ltalie en France;
seulement, la premiere fois qu'il la franchit, vous diront-ils, il la
trouva couverte de moissons, la seconde fob de sapins et la troisi&me
de neige.
M. Gaignez qui, en 1812, a fait comparaitre le Juif errant sur le
Theatre de la Gaiet£, a jug£ k propos de l'appeler Samuel Iglouf.
En 1834, le juif se montra k la porte S l . -Martin, et apr&s diverses
aventures, prit son vol vers le ciei, en compagnie de Franklin et de
Napoleon !
M. Henri Leo a fait un article sur la publication flamande de M. Bloemaert , dans le Jahrbucher
fur wissenschafUiche Kritik , Berlin, 1837, april, 5S9-&13. — fotr notre article faust, dans
le Dictionn. de la conversation; la vie de Faust, qui fait partie de la Biblioikek der Jiotnane, en
21 vol., Riga, 1782-94, t. I* r ; YHistoire de Christophe Bagenaert, disciple du docteur Faust,
en flamand , Anvers , 1608, in-4% fig. sur bois , etc. — M. John Anster a traduit recemment
en anglais le Faust de Goethe.
1 Le Dimanche , 1 , 1 15-206 , 251-52.
Pieces de theitrc.
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INTRODUCTION. lxxxvii
Cousin , historien de Tournai , k la page 367 du quatri&me volume, l« j^ err.nt en b«i-
rasere ces hgnes :
« Audict an 1 6 1 6 , se vendoit publiquement k Tournay et ailleurs,
» par des porte-panniers, parmy d'autres cartes et images de papier,
» le pourtraict d'un Juif (k mon advis fabuleux), nomm£ Ahasverus,
» avec un £crit imprim£ oil il 6tait discouru que cestuy Ahasverus
» aurait vescu du temps que Nostre-Seigneur fut crucifix en J£ru-
» salem, et estoit encore vivant Pan 1613, et errant je ne s§ay oil
» par le monde. »
M. G.-J. Gerard, ancien secretaire de Facad&nie de Bruxelles, g.-j G tfr.rd
a laiss£ en manuscrit des recherches sur nos superstitions vulgaires.
Elles sont k la biblioth6que de La Haye, et nous regrettons de
n'avoir pas 6\£ k port£e de verifier si elles ne contiennent aucun
detail relatif au Juif errant.
La minority de Louis IX am&ne notre auteur k parler de la reine Amour, de Bi.nche et
Blanche et de Thibaud de Champagne. Cette grande reine et ce roi
po£te furent-ils £pris Pun de Pautre? M. De La Ravallifere a cru
qu'il 6tait de Phonneur d'une princesse qui a donn£ le jour k un
saint, de soutenir le contraire. Voyez la cruaut£ de nous voler un
tel amour, un amour si harmonieusement chants, si passionn£, si
po£tique! Heureusement M. P. Paris a eu la charity de nous le
rendre. Ph. Mouskes k la main ! , il redresse les faits et nous montre
que cet amour a exists , mais qu'il s'agit seulement d'en changer la
date. Le ciel en soit lou6 !
La fin de Fouvrage de Ph. Mouskes traite principalement de Empire uun de c<m-
Pempire latin de Constantinople. L'auteur termine vers 1246 ;
alors il n'^tait point encore 6veque. Mais Pann6e qui clot son r£cit
est-elle r^ellement celle oil il a pos£ la plume? N'a-t-il pas pu 6crire
long-temps apr&s? Questions oiseuses et que d'ailleurs il est impos-
1 Romancero, pp. 167-181.
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lxxxviii INTRODUCTION.
sible de r&soudre. Nous avons dit que peut-£tre Ph. Mouskes, £vdque,
avait revu ce qu'il avait r£dig6 chanoine. C'est \k une simple con-
jecture, que ne confirment pourtant ni la correction de son texte,
ni les habitudes de composition d'alors. En effet copier un gros livre
sur parchemin, c'&ait faire une d£pense considerable qu'on ne r6-
p£tait pas volontiers, et s'interdire en quelque sorte tout retour sur
son oeuvre : la raret£ de la mattere subjective de l'£criture rendait
les corrections difficiles pour ne pas dire impossibles, d'ailleurs on
laissait aux pontes une licence extreme dans les details, de sorte
qu'une fois leurs ^lucubrations transcrites sur le pr£cieux parche-
min, ils pouvaient dire : Nescit vox missa reverti.
Ce second volume, ainsi que le premier, contient des appendices
k la Ghronique de Mouskes. S'il arrivait qu'on ne d£couvrlt pas un
rapport direct et intime entre ces pieces et le texte, nous n'en serions
pas surpris. Dans une histoire generate, il est plus difficile de faire
sentir l'unit£ que dans la narration d'un seul fait ou d'une s&rie de
faits homogfenes. LA tout vient converger vers un centre que les moins
clairvoyans aper$oivent. Mais k un tableau oil les £v£nemens les plus
divers sont accumul^s, ou comparaissent tous les peuples et tous les
temps, il n'est pas si aise de rattacher des annexes dont la liaison
avec l'objet principal paraisse 6vidente. Qu'importe? Ne suffit-il pas
que les morceaux ajout£s concernent l'histoire de notre pays, qu'ils
soient curieux en eux-m&mes, qu'ils d£veloppent ce qui n'est qu'in-
diqu£ en passant dans l'auteur, ou qu'ils suppl6ent k son silence?
Voici les additions que nous avons jug6es utiles :
»Extr.iu du^romtn de 1° Extraits du roman de Godefroid de Bouillon, relatifs aux
Godefroid de Bouil* # ' '
ion. croisades.
Extr«iu d a Thymo. 2° Extraits d A Thymo, concernantces expeditions. Ces fragmens
ne sont pas de l'histoire pure ; mais la critique qui d£daignait
toutes les fables, est tomb£e dans le faux, par son amour m£me de
la v6rit£. Nous l'avons remarqu£ , il y a des £poques oil les fictions
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INTRODUCTION.
LXXXIX
traduisent mieux les hommes et les choses que les faits les plus
incontestables. Si nous avons emprunt£ quelque chose d'A Thy mo,
qui a 6t6, dans le principe , d£sign£ pour faire partie de notre col-
lection, c'est que sa publication a 6t£ ajourn^e , et que nous avons
adopts k son 6gard un syst&me particulier qui ne permettra pas de
Pimprimer tout entier.
3° Un fragment de Brusthem servira de complement k ce que Bmahem.
nous avons public de cet auteur au premier volume.
On s'en aper$oit, la seconde partie de Ph. Mouskes est historique,
la premiere, h£roique et fabuleuse. C'est pour £claircir celle-ci et
en rendre l'intelligence moins laborieuse, que nous avons r6dig6 le
m&noire qu'on va lire et que nous avions annonc£ comme une dis-
sertation sur Roland, parce que Roland y occupait, en effet, le
premier plan , avant que la publication de la Chanson de Roncevaux,
par M. Francisque Michel , vint rendre superflue une partie de
nos recherches et nous imposer Pobligation de les sacrifier, sous
peine de passer pour un £cho maladroit.
DES CHANSONS DE GESTE ET DES HEROS DU CYCLE KAROLINGIEN, MENTIONNES
PAR PH. MOUSKES, CONSIDERES PRINGIPALEMENT DANS LEUR RAPPORT
AVEC LA BELGIQUE,
1. MOYENS ^PIQUES.
A. Armes enchantde$ ou impdnetrables. — Chevauw merveillenx.
Cette fiction, dont les trouv^res ont fait un si grand usage, peut,
Tom. II. m
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xc INTRODUCTION.
comme presque toutes les autres, avoir 6t6 puisne k sept sources
sources a e ficiious poe- diflF6rentes ? savoir : 1° les id£es g£n6rales de l'humanite; 2° les
traditions ou gagas celtiques et septentrionales, qu'il ne faut pas
confondre , comme on Ta fait souvent , et que le christianisme a
modifies; 3° les invasions des peuples scandinaves du VII e au
X e stecle ; 4° l'ascendant des moeurs et de la civilisation grecque et
romaine l ; 5° les relations de l'Europe moderne avec les Arabes et
FOrient , avant et apr&s les croisades ; 6° la chevalerie ; 7° enfin, la
puissance d'un g£aie heureux, capable d'imposer ses fantaisies k
son £poque et k Tavenir.
D'abord on ne peut nier qu'il n'y ait un foods commun k imagina-
tion de tons les hommes, et que vouloir £tablir la g£n£alogie exacte
de chaque pens^e , de chaque conception , ce ne soit agir comme
1 M. Grimm a insere dans le A 9 vol. des Studien von Daub und CreuMer.p. 75 et suiv., une
Dissertation sur I'origine de Vancienne poesie allemande et sur ses rapports avec celle du nord.
L'auteur y montre la singuliere conformite qui existe entre le deVeloppement de la mythologie
du nord et celui de la mythologie grecque ; les traits encore plus dtonnans des traditions de
l'Asie et de la Grece , qui se retrouvent dans les fables septentrionales et dans les recils heroi-
ques du moyen age. On consultera avec fruit les travaux de MM. Ruhs , Vonder Hagen, des
freres Grimm, de Fr. Mayer, sur les Edda, le Dictionnaire de la mythologie scandinave, de
M. Nyerup, trad, du danois en allemand, par Sander, Copenh., 1816 , la Saga-bibliotheh , de
• P.-E. Muller, les recueils des traditions danoises, suedoises, finnoises, laponnaises, russes,
boh&niennes, anglaises, ecossaises, irlandaises, suisses, franchises, etc., de Nyerup et
Rehbek , Thiele , Geyer et Afzelius , Schreter, Grimm , Anton , Uanka , les recherches de
MM. Munter, Rask, J.-G. Busching, Docen, Lachmann, Graeler, Von Reden, Schreiber,
J.-R. Wyss, Brand, Bourne, Allan Cunningham, Crofton-Crooker, S. Lover, Roby, Ellis,
James Dennison , H. Berthoud , Champollion-Figeac , F. Pluquet , H. Leo , etc., la Symbolique,
de Tillustre Creuzer, traduile et refondue par M. J.-D. Guigniaut, le Geschichte des Heiden-
thumsin nordlichen Europa , du savant Mone et l'ouvrage hollandais de M. N. Westendorp ,
sur la mythologie du Nord et son influence sur la poesie hollandaise : Vhhakdilihg ovit
de traag : Eene beknopte voordragt van de noordsche mythologie, ontleend uit de oorspron-
kelijke gedenkstukken , en met aanwijsing van het gebruik , dat hiervan in de Nederlandsche
dichtkunde zou kunnen getnaakt worden? Dissertation couronnce et publiee par la societe
litteraire dc Leyde, Nieuwe uterken, 11 deel, Dordrecht, Blusse, 1829, I, pp. 1-590,
sans la table et V errata. — M.J. VanLennep est auteur d'un ouvrage intitule : Nederlandsche
legsnden.
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INTRODUCTION. xci
eelui qui pr&endrait d^couvrir de quel individu ou de quelle nation
nous tenons la faculty de marcher et la circulation du sang.
L'homme est tellement n£ pour la spirituality que m£me lorsqu'il
est incapable de la comprendre et qu'il se trouve le plus maitris£
par la vie animale , il accorde une sorte d'animation aux objets qu'il
redoute ou qui le protegent; tout vit autour de lui , tout est sensible
dans la solitude du sauvage : si sa cr&lulite est d'abord panth&ste,
elle est du moins une protestation tacite contre le mat&rialisme.
Mais lorsque Pid6e d'une force sup^rieure se d^gage du chaos des
impressions physiques, il Passocie incontinent k toute ehose dont
les effets se manifestent k lui d'une mani&re frappante.
En second lieu, raviv6es par les nouvelles irruptions du nord, il
est incontestable que grand nombre de nos coutumes et de nos
croyances, remontent k celles de nos anc&res les Gaulois et les Ger-
mains, et que, d'autre part, les Romains ont marqu£ trop profon-
d£ment leur domination sur le monde, pour que le moyen Age ait
pu faire complet divorce avec eux. II est d'ailleurs d6montr£ que
m£me k P6poque de la plus 6paisse ignorance, la connaissance des
6crivains latins 1 n'avait pas £t6 enticement etoufl&e , ni la chatne
des traditions litteraires totalement rompue.
L'&ablissement des Arabes en Espagne, leur invasion dans le
midi de la France, plus tard, les relations, n6es des croisades, ap-
port&rent en Europe une multitude de fictions, dont un certain
nombre y subsistait d6j& et dont plusieurs m£me avaient peut-£tre,
dans des temps tr6s-61oign6s, et6 emprunt^es encore une fois k
POrient , cette patrie d'Odin, cette infatigable fabrique de Vespece
humaine.
1 II nous serait aise' d'en apporter des preuves multipliees : en voici une seule , tiree de
Moris ende Blancefloer, v. 333 :
Ende mense ooc te lesene setle
In Juveoale ende in Pamflette (Pamphilus)
Ende in Ovidio de arte amandi.
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xch INTRODUCTION.
Quant k la chevalerie, qui elle-m£me tirait son principe de quei-
ques-unes des causes £nonc£es plus haut, et qui, sans avoir jamais
£t£ k l'£tat destitution r6guli6re et uniforme, n'a pas moins com-
munique k la civilisation moderne un caract&re particulier; en
exaltant la profession des armes, elle a du donner k tout ce qui
appartenait au guerrier, une consecration solennelle. Et nous si
philosophes, nous si positifs, si impitoyables pour toute esp£ce d'il-
lusion, ne nous promenons-nous pas avec respect au milieu des
trophees du mus£e d'artillerie, k Paris, ne consid&rons-nous pas les
£p£es du grand Frederic et de Napoleon , avec un tout autre senti-
ment que I'arme la plus magnifique sortie des ateliers de Li£ge, et
ne sommes-nous pas tenths de leur supposer une vertu particuli£re,
je dirai presque une ame , confidente des grandes pens£es de leurs
anciens possesseurs?
Pour en finir, n'est-il pas vrai qu'un homme dou6 d'une haute
capacity ay ant le don de l'invention, ou seulement l'instinct du
caract6re et des besoins de son stecle, puisse faire adopter k toute
une soci&£ les reveries de son imagination? Ne voyons-nous pas dans
le moyen Age, une fable qui avait pluet dont il serait impossible de
designer le premier auteur, se transformer sans cesse et reparaitre
dans une foule de compositions analogues?
Des sources que nous venons d'6num6rer, Alaquelle, demandera-
t-on , attribuez-vous Pemploi qu'ont fait les trouv&res des armes et
des animaux merveilleux ?
Nous n'en excluons aucune, mais nous pensons que les lois uni-
verse! les de Pentendement, la mythologie des Celtes et des peuples
du Nord , de m6me que les croyances orientates modifies par le
christianisme , surtout depuis les croisades, sont les causes les plus
directes et les plus certaines qui aient fait adopter cette machine
po&ique.
Les armes merveilleusesn'appartiennent pas seulement k la po&ie
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gne.
INTRODUCTION. xcm
et aux symboles religieux , elles occupent encore une place dans
Phistoire.
Jornand£s raconte que V6p6e de Mars , ou plut6t du dieu auquel e P c C d« M, r ,
les Scythes donnaient des attributs pareils k ceux de cette divinity
guerri&re, 6p£e conserv^e religieusement par les chefs de cette nation
et confine k la terre dans un temps de p£ril, fut retrouv^e par un
patre, au temps d'Attila. L'historien des Goths dit que cette d6cou-
verte fut regard^e par le F16au de Dieu , comme un signe de la pro-
tection du ciel et un presage de la conqu&e du monde 1 .
D'apr6s Ammien Marcel 1 in , les Alains r£v6raient une 6p£e nue
fich^e en terre. Gladius barbarico ritu hurni figitur nudus 2 .
Voici ce que raconte de Charlemagne le moinedeS t -Gall ? qui
semble 6crire sous la dict6e d'un trouv^re :
Les rois Normands lui avaient envoys de Tor et de Pargent , en si- ^6**** <** a.riem.
gne de respect , et leurs epties, en signe d'ob&ssance. Charles ordonna
qu'on fit jeter Fargent sur le pav6 du palais et qu'on ne le regardat
qu'avec m£pris. Mais les 6p6es, il voulut les recevoir lui-m£me du
haut de son trone. Les ambassadeurs, par convenance et pour 6viter
tout soup^on de perfidie, presentment ces glaives k Pempereur en
les tenant par la pointe. Charles en saisit un et voulant en courber
la lame de la garde k Fautre extr&nite, le fer £clata dans ses mains
puissantes. Alors un des ambassadeurs tira du fourreau sa propre
6p£e, et la presentant k Charles avec respect, lui dit : « Seigneur,
voici, je crois, une lame plus solide et plus flexible k la fois, et qui
sera digne peut-^tre de votre droite invincible. » Charles prit cette
arme, la ploya comme un jonc, de mani&re k r^unir la pointe k la
poign^e, puis la laissa reprendre sa forme naturelle. A cette vue, les
envoyes frapp£s d'admiration, se regardferent les uns les autres et se
1 De rebus gothicis , cap. XXXV. M. De Chateaubriand a recueilli ce trait dans ses £tude*
historiques , seconde partie , itude eixibme.
* Lib. XXXI , c. 9.
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xcit INTRODUCTION.
dirent tout bas : « Plut au Ciel que nos princes m£prisassent ainsi
Tor et attachassent tant de prix k une 6p£e ' ! »
loi dcs Lombtrds. La loi des Lombards d£fendait express&nent dans les combats
judici aires, l'usage des herbes propres aux enchantemens. <c Gomme
» dans les combats particuliers, remarque k ce sujet Montesquieu 2 ,
)) les champions etaient arm£s de toutes pieces, et qu'avec des
)> armes pesantes, offensives et defensives, celles d'une certaine
» trempe et d'une certaine force, donnaient des avantages infinis,
)> l'opinion des armes enchant£es de quelques combattans dut
» tourner la t£te k bien des gens. De \k naquit le syst£me merveil-
» leux de la chevalerie, etc. »
couittmeobMrried.as Cette disposition de la loi des Lombards, £tait observ^e chez
nous dans les tournois, au XIV e si&cle et post£rieurement. Le r£gle-
ment d'une joute donn£e k Mons, en 1339, porte : « Premiers, quant
» il seront dessendus ou camp, li appellant premiers quant il sera
» venu devant le livre pour serment faire, doit oyr lire les ordon-
» nances telles que il doit pour lui et son cheval, ainsi qu'il est
» escript par deyers le court, et chou fait , se doit engenouiller de-
» vant le livre et puis lui doit estre dit : « Ainsi , sire chevalier ,
» jurez par les saintes-£vangilles qui sont en ce livre escriptes et
)) contenues et par li corps Nostre-Seigneur Jh&us-Crist dont vous
» votes chi endroit le ymaige repr£sent&, que vous n'avez sur vous
m ne sur vo cheval couttiel ne autre baston quelconque qui vous a
» est6 lieutte (permis) et que vous montrez apparemment , et aussi
» que sur vous ne avez ne arez haulx > noms propres, noms sorche-
» ries ne autres quelconques choses qui puissent ne doivent k d£che-
» vanche appartenir pour vo proffit et au domaige de vo adversaire;
» et ainsi vous le jurez. » Et il doit dire que oy et baisier les sains 3 . »
1 Monachi San-Gall. Gesta Karoli, lib. II, apud Pertz, Monum. Germ, hist., II, 763.
2 Esprit des bis, 1. XXVIII , c. XXII.
3 Le Polygraphe beige , octobre 1835, pp. 88, 89.
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INTRODUCTION. xcv
Au rapport de Vincent de Beauvais, Bohemond, prince d'An- couteauaeBoWmond.
tioche, avait un couteau dont le manche Favertissait si les mets
qu'on lui servait etaient empoisonn^s.
Vers Tan 1480, Bajazet fit present au pape Clement VIII, de la L«ce ,* pare. uc6n
lance qui ouvrit le cAU de J.-C, et qui, par consequent, devait
etre la m£me que celle de Charlemagne , qu'on trouvera tout k
Pheure k son rang.
Wallenstein , dans la guerre de trente ans, Claverhouse , Sharpe
et Dalyell , durant celle des t4tes-rondes et des cavaliers, passaient
pour avoir une armure impenetrable \ Nous-m^mes, n'avons-nous
pas entendu dire aux soldats de la grande arm^e , que leur chef
etait invulnerable, non k cause de son haubert ou de sa cuirasse,
mais par sa valeur et sa fortune. II etait invulnerable en effet,
excepte pour le malheur !
Des armes prodigieuses ne pouvaient avoir ete faites que par un cro y .nces a Q Nord.
prodige. Suivant l'Edda, la reine de toutes les fees, Frigga, la
compagne d'Odin, avait le pouvoir d'enchanter les epees, les lances
et les autres armes. Gette doctrine devait etre tres-ancienne chez
ces nations , puisque nous la retrouvons , du temps de Tacite , chez
les jEstii, peuples germaniques qui habitaient les bords de la mer
Baltique, et qui, par consequent, etaient les ancAtres des Scandi-
naves. « Les &stii, dit Phistorien romain, adorent la mere des
dieux, qui a le pouvoir de proteger ses adorateurs au milieu des
traits lances par leurs ennemis. » Cette observation est de M. Wale-
kenaer 2 .
Un guerrier russe appele Wisinn par Saxo le grammairien, avait
le pouvoir d'emousser d'un regard les glaives , les lances et les traits.
Le heros mythologique des Danois , Starcather ou Starkadr, pour
1 Walter Scott, Chants populaires de I'&cosse, trad, par Artaud , III , 68.
2 Lettres sur les amies de ftes attribues a Perrault et sur I'origine de la feerie , lettre XVII.
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xc?i INTRODUCTION.
rendre inutile cette faculty, couvrit son £p£e (Tune peau tr&s-mince
et vainquit Wisinn l .
Armuncrs f.meuK On doit k MM. Depping et Francisque Michel , un m£moire tres-
vei-nd savant et plein de critique sur la fable du forgeron V£land, c£l6br6
dans YEdda sous le nom de Voelvndr ou Vavlvndr. M, Depping
compare cette 16gende avec celle de D&lale , qu'il regarde comme
d&rivant de la m&me source. II aurait pu la comparer aussi avec
celle du forgeron Chrysaor, sorti de la t&te de M&luse, 16gende
expliqu^e par Fourmont, k Paide des langues orientales 2 .
Les ing^nieux auteurs semblent n'avoir fait usage que des deux
premieres parties de YEdda Scemundar. Mais la troisi&me , publico
m. g-j. Thorkeiin avec un soin au-dessus de tout £loge, par M. G.-J. Thorkelin, con-
tient plus encore de renseignemens sur V61and , il etablit £galement
un parall^le entre cet artiste et D£dale, et r6unit une grande partie
des details exposes dans la dissertation fran$aise 3 .
V61and et Sigurd 6taient 61&ves de Mimer ou Mime \ Nagel £tait
egalement un armurier renomm£ 5 .
Toutes les nations du nord croyaient k Pexistence d'une esp&ce
de nains, habitant les rochers et les montagnes, et ressemblant assez
1 Saxonis Grammatici Histor. Danica libro VI, Sorae, 1644, in-fol. , p. 105. Edda
Swmundar, III , 566, 572 , 587.
2 Mint, de I'acad. des inscriptions, VII, 221-224. — Cf. G.-B. Depping ct Fr. Michel,
Vdand le Forgeron , Dissertation sur une tradition du moyen Age , Paris , Didot , 1882 , in-8°;
W. Grimm, Die deutsche Heldensage , Goett., 1829, 29, 147, 178, 288, 322, 823, 341 ; The
Smith Velant (par M. Depping), dans le New monthly Magazine, Londres, 1822, in-8°, vol. IV,
p. 527 ; De la tradition populaire sur r armurier ou forgeron Vtlant (par le m£me), t. V des
Mem. de la SocidtS royale des antiquaires de France, Paris, 1823, p. 217. — Walter Scott
s'est servi de la tradition de Veland dans le ChAteau de Kenilworth.
3 Edda Swmundar hins Froda, Hauniae, t. HI, in-4°, 1828, pp. 850-860. Cf. J. Grimm,
Deutsche Mythologie, Goettingen, 1835, in-8°, p. 221 ; F. -J. Mone, Untersuchungen %ur
Geschichte der teutschen Heldensage, Quedlinburg, 1836 , in-8°, pp. 98-99.
4 Mone, ibid., pp. 90-92.
5 Mone , ibid., pp. 92-98.
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INTRODUCTION. xcvn
aux hommes : on les consid£rait comma habiles dans tous les arts, N.im Aif.r, D*ergar.
surtout dans la fabrication des armes et on leur donnait le nom de
Doeckalfar, Svartalfar ou de Dvergar. — Duergi plerumque in
saxis (quce sponte aperiri et miraculose recludi solebanf) habi-
tasse dicti sunt, ac arma praestantia , annulos aureos et alia
cimelia fecisse et heroibus nolentes volentes tradidisse referuntur.
ffinc permulke vulgares de Dvergis et Alfis narrationes et super-
stitiosce opiniones, quce adhuc per totum septentrionem disperses
reperiuntur l .
La chanson de Gruillaume d 'Orange, signale Isaac de Barcelonne
comme un armurier c£16bre; ce nom indique un juif, dont la race
£tait volontiers accus£e de magie :
Vint k la chambre, s'en a tr6s une broigne.
Gele forja Ysac de Barceloigne ;
Oocques espie n'en pot maille desrompre.
Cette superstition, hostile aux descendans d'Israel, est, on le
devine , moins ancienne que celle des Alfar.
Avec des croyances si rdpandues, si populaires et qui se sont
m£16es k des pr£jug6s, k des convictions propres k les corroborer,
est-il difficile de s'expliquer pourquoi les chantres du moyen Age ont
donn£ k leurs h£ros des armes extraordinaires, des armes fees, des
armes talismanniques? lis n'ont rien invents, ils n'ont fait que
traduire d'une fa$on plus ou moins po^tique , un article de la foi
grossi&re de leurs contemporains. Ce moyen litt&raire une fois adopts
il a eu force de loi et Ton n'a plus fait qu'ench&rir sur les inventions
anciennes.
Nous allons offrir l'indication des armes les plus fameuses dans
les compositions ^piques du moyen Age.
1 Edda ScBtnundar, t. Ill , Lexicon mythologicum , p. 322.
Tom. II.
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*cvui INTRODUCTION.
i P *$ c^iebre*. Nous conimeiicerons par les 6p6es l .
Almace, £p£e de Turpin. Chanson de Roland, stance cun, v. 7.
Balisarde, £p& de Rogier, l'amant de Bradamante, dansl'Arioste.
Balmuiig , 6p6e de Siegfried (Sigfried), de Hagen et enfin
d'Ehriemhild , dans les Nibelungen. Edition du baron Yon der
Hagen, Breslau, 1820, in-8°, vers 381 , 389, 843, 3833, 7153,
7216,9334,9513,9606.
Bapthma, £p£e de Fier-A-Bras, forg^e par Aniseax :
III espazas li baylan li felo aversier,
Baptuma e Gramanh, Florensa d 'An tidier,
Ferabras ccnh Florensa a son latz senestrier.
Fiirabra* , 6d. de H K Bhulii, ▼. 146.
C'est cette 6p6e qu'on a appel£e autrement Bauptime ou Beautisme.
Bitterfer, la reine des £p&s , remise k Horn , par Rimnild , dans
un roman anglais du XIV e stecle. Elle £tait sortie des mains de
Veland.
Blodgang , ep£e cit6e par W. Grimm, Deutsche Heldensage, p . 243 .
Brdhr (racine brimi, feu), 6p6e d'Odin. Edda Scemundar, III,
309.
Brdtnig, W. Grimm, Deutsche Heldens., 239.
Geselring, Mone, Heldens., 90, 92 ; peut-^tre une cotte de mail les
ou cuirasse. Voy. Nagelring.
Golada, £p£e qui valait plus de mille marcs d'argent et que le
Cid enleva & Raymond III, comte de Barcelonne, l'alli£ des Maures.
Courtain, 6p£e d'Oger-le-Danois; Cortan, Cortana,dan$ le Mor-
gante maggiore, 1,17; appel£e aussi la Cortadora. Elle fut forg£e
par Munificans, Murificas ou Manificax. Son histoire est dans la
1 Sur les noms donnes aux ejrees chez les Scandinaves, les Bretons et les ancient Francais ,
voir Warton, History of english poetry , ed. de R. Price, London, 1824, in-8°, t. I, p. lvii,
note d, et notre article Durandal , dans le Dictionnaire de la conversation et de la lecture.
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INTRODUCTION. xcix
Chanson dOgier, par Raimbert de Paris. M. Fr. Michel la rapporte.
Chanson de Roland, p. 222.
Daiusleif y glaive fabriqu£ par les nains ou Dvergar, et poss£d£
par le h&ros Hogni. Edda Scemundar, III, 430.
Dhuey, voy. Hamt.
Durandax , Durendart, £p6e de Charlemagne , puis de Roland ,
fabriquee par Munificans , fr&re de Galans et de Hanisars , Dionises
ou Aniseax.
II faut remarquer que Durandal, dans le roman des Quatre fils
Aymon, est le nom d'un £mir, fils de Robatre, qui semble 6tre
d£sign£ comme roi de Jerusalem.
J'iray au saint-s6pulcre et si le conquerr£,
A Robatre conbattre, qui tient la royault6,
Et a son fils ossy , Durendal l'amir£.
J. Bhxeb.v.849.
D'apr&s un passage du po6me ft Agolant, Durandal avait 6t6
d'abord en la possession de Charlemagne, et c'est k Hiaumont, fils
d' Agolant, dans lesplainesd'Aspremont, que Roland Pavait enlev^e:
Ge est Hiamont qui fu fiz Agolant ,
II emporte Durendart la trenchant,
Que ge oonquis soz Florivile en champ.
Le fiz Marsille , Balafre et Baligant
La me tollirent soz Tolose la grant,
Puis la donn£rent au fort roi Agolant ,
Qu'en adouba ce gloton sodoiant.
Au lieu de soz Florivile, on lit dans le Roman de Garin de Mont-
glave, que Charlemagne conquit Durandal k Brubant.
La Chanson des Saisnes dit de m£me que Durandal fut con-
quise en Aspremont.
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c INTRODUCTION.
Dans la Spagna istoriata, Roland brise Durandal avant de rendre
le dernier soupir. Mais le Pulci assigne une autre destin£e k cette
6p6e, qu'il appelle encore Durindana, Durlindana. Selon ce po&te
(ch. XXVII), au moment supreme, Roland enfon^a en terre la pointe
de son glaive redoutable , puis , comme le fit Bayard , il en embrassa
la poign^e, dont la garde formait une croix, la pressa contre sa poi-
trine et expira. Le Pulci ajoute que Charlemagne etant venu sur le
champ de bataille de Roncevaux, les restes de Roland se ranim£rent
k sa yue et lui remirent Durandal. Cette arme &ait suspendue k la
porte du chateau de Bource , en Turquie , du temps de Pierre B£lon
(1555), si Ton ne r^voque pas en doute le t&noignage de cet Remain.
Dans le roman de G&ril&ra d' Angleterre , la fee Oziris donne k ce
paladin l'£p£e Duransarde (Fr. Michel, la Chanson de Roland,
p. 181). — Cf. La conquests que fist le grand roy Charlemaigne
du pays des Espaignes, avec les fails et gestes des douze pers de
France et du grand Fier-d-Bras; et le combat fait par lui contre
le petit Olivier y tequel le vainquit; et des trois frdres qui firent les
neup epees dont Fier-d-Bras en avoit trois pour combattre ses en-
nemis. Paris, s. a. Lyon, 1536, in-4°.
Dans la garde d'or de Durandal £taient ench&ss6es des reliques :
En I'oriet punt asex i ad reliques :
La dent seint Peire et del sane saint Basilie ,
£ des chevels munseignor seint Denise,
Del vestement i ad sainte Marie.
La Chanson de Roland, p. 91.
Durissdke, £p£e de Guillaume-Taillefer, comte d'Angoul&ne,
forg^e par V61and.
Ekkesahs, 6p6e £blouissante , fabriqu6e sous terre par le nain
Alfrik , selon la Yilkinor-Scbga.
Escaxibor, Escalidars, 6p£e d'Artus; e'est aussi celle de Richard
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INTRODUCTION.
ci
de Normandie, dans les Enfances Ogier-le-Danois> par Adenez.
Fineguerre (finisseuse de guerre), 6p£e de Gerard de Nevers , dans
le roman de la Violette , oil on lit la longue histoire de cette arme ,
qui avait appartenu k un sultan de Bagdad (pp. 89-93).
Floberge, Froberge, Flamberge> en italien , Frusberta , Fus-
berta, Framberga , ouvrage de V6land. Cette 6p6e appartint au due
B£gon, du roman de Garin le Loherenc, puis au roi pai'en An-
th£nor , ensuite k Maugis d'Aigremont , qui la donna k son cousin
Renaud de Montauban.
Florence, 6p£e de Fier-A-Bras. On a quelquefois £crit Plorance.
G.-B. Depping et Fr. Michel, Vdlandle.Forgeron,j>j>. 39, 184.
Cette arme fut forg^e, ainsi que Gramanh, par Aniseax.
Freise, 6p£e d'Hildebrand. W. Grimm, Deutsche Heldens., 267,
274.
Gleste, 6p£e d'Eckehard zu Breisach. W. Grimm, Deutsche
Heldens., 244.
Grajhanh, £p£e de Fier-a-Bras, dite aussi Gar bain et Graban,
c^tait Poeuvre d' Aniseax.
Grahr, 6p£e de Sigurd, meurtrier de Fafner. Edda Seem., Ill, 419.
Hamt, £p£e du h£ros arabe Antar, dont le grammairien Asmai
£crivit ou recueillit les aventures pour le calife Haroun-al-Raschid.
Hauteclaire, Hauteclbre , AltecUre (garde brillante), en proven-
9al Autaclara; dans un vieux po6me allemand Haltechlein; £p6e de
Pepin, de Bu&ves , de Charlemagne et d'Olivier, beau-fr&re de Ro-
land. En voici Thistoire, tir^e du roman de Gtirard de Vienne,
fragment public par M. Bekker, v. 2671 et suivans :
Quant li juls entandi la criie ,
Et la novele ke cil ont aport6e,
Que Olivier ot brisi6e s'esp6e,
A son ostel s'en yait san demorle.
Une en aporte ke molt fut oner6e.
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cii INTRODUCTION.
Plus de G am Tot li juls gardle.
Glosamont fat , k'iert de grant renommle ,
Li emper£re de Rome la loie.
II la perdit el bruel soz la ramie
En la bataille ke molt fat redo u tie,
Lai oft l'ocist Maucon de Yalfondle.
U chait jus , kant la teste ot cople.
Fors de son fuere colait 1 la bone esp6e.
L'erbe fut drue , ke desus fut yersle.
Apris Ions tans Forent facheor* tro?6e :
Une des faoz lor ot parmi copte.
Kant il la went, si Font sos rele?*e.
Si l'ont a Fapostole de Rome pr£sant6e.
II la Tit bele et de lautres (htrts ?) dorle
Et le poig 8 d'or dont el fu enhoudto.
' En l'escriture ke il ait esgardle,
Trovait escrit , c'est v€ri\b prou?6e ,
Ke Haute cleire avoit a non Fesp6e,
Et dedans Rome fut faite el conpassle.
Munificans Favoit fait adurto :
Ge fut un maistres de moult grant renommle.
Li apostoiles fist bien forbir Fesp6e :
Enz ou tr6sor S.-Pi6re Fait gardle ,
Pepins Fan traist de France la lole ;
Kant corone ot premieramant portle ,
Au dac Buevon la donait en sodte
Et li dus Tot k eel jui don£e ,
Gar il en ot d'ayoir une mule trousle.
Ainz pues n'oit nuns parler de Fespee
Jus c'ai cele oare ke il Fait pr£sant£e
A Oliyier, oft bien fut alole,
Le fil Renier de G6nes.
Havfut, Hoefud, 6p6e du dieu ou hdros Heimdallr. Edda Stem.,
111,419.
1 Coulait.
2 Faucheurs.
3 PotgnSe.
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INTRODUCTION. cm
Hekesas, Mone, Heldensage , 90; la mfone que Ekkesahs ou
Ekkesasz.
Hrotte , 6p£e cit^e par W. Grimm , Deutsche Heldens., 386.
Joyeuse, Joiouse, Jouise , latin : Gaudio&a, proven$al : Joyosa.
Ep£e de Charlemagne et de Guillaume-au-Court-Nez , auquel Tern-
pereur Favait donn6e en Farmant chevalier. Sa lame estoit dessus
letrde.
Li pont est d'or, si out ou s6el£
De S'-Denis et de S^Honori.
(Agolant.)
C^tait Fouvrage de V61and.
Lagulf, W.Grimm, Deutsche Heldens., 239.
Merveilleuse, ep^e de Doolin de Mayence. Elle avait 6t£ faite
dans la forge de V£land , par un de ses apprentis. Une f&e se chargea
de l'affiler.
Miming, Mimung, Mimmung, Mimring,6j>6e fabriqu£e par V^land
pour son usage , et qui passa k son fils Wittich ou Yidrik. Voy . la
VUkina-Saga.
Miniienc, Mynneminge, probablement la m6me que la pr£c6dente.
M. Stone Pattribue au forgeron Mime.
Murglies, ep£e de Gan£lon, nomm6e aussi Murgalaie dans une
des versions du Chevalier au Cygne.
Guines li quens
Geint Murglies s'esple k sua eosted.
Musagine, 6pee forg^e par Munificans, selon le roman de Fier-A-
Bras y en prose. Voyez Sauvagine.
Nagelring , Mone, Heldensage > p. 90; c'est peut-6tre une cotte de
mailles plutot qu'une 6p6e. Voy. Geselring.
Recutte, 6p£e d'Alexandre-le-Grand , de Ptol£m£e, de Judas
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civ INTRODUCTION.
Machabee, de Vespasien, de Cornumorant et de son fils Cordabas.
Elle fut forg£e par Irashels, et V61and passa ensuite une ann£e k la
tremper. Cette double operation lui valut le nom de recuite.
R6se, 6p6edonn6e k Otnit par le roi Elberich. Mone, Otnit,
Berlin, 1821, in-8°.
Rosebrant, 6p£e de Seghelyn de Jerusalem.
Sarrasine, 6p£e de Brunamont, dans la Chanson d'Oger-le-
Danois.
Sauvaigine , la m£me qu'on a appel^e Musagine. W. Grimm , dans
ses Deutsche Heldensage, p. 43 , et ML Bekker, k la fin de son Edi-
tion de Fier-&-Bras, p. 178, citentce passage, traduit des textes
publics par M. Bekker lui-m&ne etM. Fr. Michel *.
« Une foys furent troys fibres d'un p6re engendrez, desquelz Fun
» avoit non Galan. Munificans fut le second et le tiers se disoit
» Anisiax. Ces trois fr&res firent IX espies , chascun trois. Anisiax ,
» tiers nomm£, fit l'esp£e nomm£ Baptisma, qui avoit le pommeau
» d'or bien paint , et aussy fit Plorance et Graban, lesquelles avoit
» Fier-i-Bras, comme j'ay dit. Munificans, Pautre fr&re, fit une
» autre esp£e , qui se disoit Durandal, laquelle Roland eut. L'autre
» se disoit Sauvaigine et la tierce Cortan , que Ogier-le-Danois
)) eut. Et Gallas (Vdand)^ Pautre frfere, fit celle qui se nommoit
» Flanberge, Pautre Haulteclbre et Pautre Joyeuse, que Charle-
» maigne avoit pour grand esp£cialit£. Et ces troys fibres nommez
» furent les favres et ouvriers des dittes espies, »
Screp, 6p£e du roi danois Wermund, laquelle coupait to uj ours
par le milieu les objets qu'on lui opposait, quels qu'ils fussent.
Saxo Grammaticu8 , Sorse, 1644, in-fol., p. 64.
Schrttt , 6p£e de Biterolf , forg^e par Mime-le-Vieux ou Mimer,
le mattrede V^land. W. Grimm, Deutsche Heldens., 146.
' Der Roman von Fierabras, p. 34 ; Vkland le Forgeron, pp. 80-40, 84-85.
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INTRODUCTION. cv
Skoffnung, 6p£e merveilleuse qu'un pirate enleva du tombeau
(Tun roi norw^gien.
Tizon , £pee conquise par le Cid sur les Maures et donn6e par
lui avec Colada , aux infans de Carion , ses gendres.
Tyrfing, 6p6e enchantee, fabriquee par les nains, pour le roi
Suafurlami , dans YHervarar Saga.
Wasken, W. Grimm, Deutsche Heldens., 85.
Welsung,^., 148, 280.
A ces 6p£es , on peut en aj outer d'autres qui, pour n'avoir pas de
noms particuliers, n'en 6taient pas moins fameuses; telle que celle
de Tristan, avec laquelle il tua le Morhout d'Irlande et qui passa en
Italie, si on en croit la chronique de Galvano Fiamma. Cette 6p£e,
si c'est bien la m6me, fut port£e ensuite en Allemagne, d'ou elle
tomba entre les mains du roi Jean-sans-Terre, comme nous Tap-
prend un curieux document rapports par M. Francisque Michel,
que j'ai k chaque instant l'occasion de citer, document dont Fori-
ginal est conserve k la tour de Londres ! .
L'6p6e d'Amadis avait le privilege de d6truire les enchantemens.
Le roman du SMJr^al est tout plein d'6p6es magiques. Li c'est
celle de David, dont Salomon, d'apr&s Favis de la reine sa femme,
fit le fourreau et la garde, et qui 6tait destin6e k Perce val-le-Gallois;
plus loin c'est le glaive avec lequel on d£colla saint Jean-Baptiste
et dont la lame, qui se rapetissait dans le fourreau , devenait sai-
gnante, tous les jours k midi. Le roi Gorgoraus la donna k Gauvain,
pour Favoir d61ivr6 d'un g£ant.
M. Francisque Michel n'a pas n6glig6 les passages du roman du
Chevalier au Cygne et de Godefroid de Bouillon, relatifs au sujet »om.n da chevtiien
qui nous arr^te en ce moment. Godefroid ceint F6p6e qui donne la
mort k Agolant ; elle etait soeur de Durandal. Mais les vers qu'il cite
i Tristan, Londres, 1835, in-12, 1, 50; II, 165, 167.
Tok. II. o
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cti INTRODUCTION.
ne sont pas dans le manuscrit dont nous nous somraes servi , et qui
pr&sente une le$on moins empreinte de merveilleui ; ainsi an lieu
de ces vers :
L'emperdre ert as astres devers soleil let ant ,
Environ lui estoient maint chevalier vaillant.
Virent amont le Rin ud blanc oisel noant.
El col une calne et ud batel traiant;
Et virent en la nef j che?alier gisant,
Dates lui son escu et s'esple trencant ,
Et un molt biel espiel qui molt par ert vaillant.
Jo ne sai se il fu de la forge Galant ;
Mais ains nus horn de car ne vit si rice brant.
II y a dans notre manuscrit :
Si com li emper£res estoit en jugement
Oy le son d'un cor sooner sy hautement
Que tout cil du palais s'esbahirent fourment
Gar la sale en tombi avironn&ment.
As fenestres s'en vont li plusour lament,
Voient 8us la riviere qui au castiel s'estent
Le chine et le batiel et le chevalier gent.
A l'emperlour sont venut isni£lement:
<( Sire , yechy miervelles, par le Dieu qui ne raent ,
Tl i a sus la riviere ung chine proprement
Qui amaine ung batiel bien et souffissamment ,
Et ung chevalier ens de biel contenemen t.»
L'emper£res y vint as feniestres se prent.
Le Chevalier a Chine a v6ut proprement.
Ge n'est pas une variante, mais une redaction totalement diffe-
rente* Quant aux vers oil il est question d'Espaulars, nous n'avons
rien trouv6 qui en approchat.
L'6p6e de Frey, divinity des Scandinayes, faisait d'elle-mAme
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INTRODUCTION. cvii
un grand carnage, aussitfo que son possesseur le lui ordonnait.
Frey la donna k son confident Skirner, et se trouvant sans armes,
lorsqu'il combattit contre B61a, il le tua avec une corne de
cerf \
Pour rendre moins incomplet cette esp^ce d'arsenal po£tique,
qu'on ne jugera peut-6tre pas indigne d'attention, nous mettrons aum .rmei renom-
sur notre inventaire :
Le haubert d'Alexandre-le-Grand. Alexandre de Bernay en parle
ainsi :
Ses haubers fu forgiez en 1'isle de Durier
Li pan sont a argent, la ventaille d'ormier,
Li maille ne orient lance ne cop d'arbalestrier.
Onques de sa valeur ne Tit horn si 16gier.
Gerard de Neyers Peut en sa possession :
Puis vesti I hauberc treslis
Qui fu l'emperour {Vemperdour) Alis.
Le roman de la Violette, pp. 88 , 80.
Le haubert d'Oliyier.
El dos li yestent un hauberc jaserant 2
Fort et ldgier , ainz ne vi moinz peaant :
Autre tela III en portaist un serjant.
N'aist souz ciel arme , dart n'esple traochant
Re l'anpiraist un denier valisant.
Fors fut l'aubers , un mil lor ne demant.
Rois Enlas le toli Elinant
Par devant Troies , en la bataille grant.
L'emper£re, le fil au roi Briant ,
Ne tuit si freire n'orent de mort garant ,
1 Mallet, YEdda, GenSve, 1787, in-12, p. 171.
2 De mailles ou chalnettes.
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cvm INTRODUCTION.
Tuit furent mort, raincut et recrfant,
Et trlbuchiet tuit li haut mandement ,
N'i remest tors ne haus murs en estant,
Ke contre terre ne fuisent tuit gisant.
N'en escbapait nuns deraoir6 vivant ,
Fors En6as ke Deus par amait tant,
Ki s'an tornait o son peire fuiant ,
Si encontrait en mer en un cbalant :
Lai se guari k loi d'ome sacbant.
Gil Enlas ot le boin jazerant ,
Puis le perdi el bois soz Horodant ,
En la bataile k'il fist a Raboant.
llluec l'ocist un chevalier poisant :
Sodoiers fu de France la Yaillant ,
Et il conquist eel bauberc jaserant.
Droit a Yiane an vint a tot errant.
Gil Joachis Ten donait avoir grant.
En son tr6sor ot estl longemant.
Or l'ait don6 Olivier le yaillant
Au gentil conte, le hardi conbattant,
Le fil Rainier de Gdnes.
J Bun , Girard de Vie***, ?. 8086 et sniv.
Le haubert de Charlemagne :
II vist l'auberc qui f u roi Macabre ,
Que il conquist desoz Tolose el pr&
Tot iert la maille de fin acier trempl ,
Qu'ele ne client dart ne branc acerl.
Trestuit li pan en sunt sorargent6.
(Agolant.)
Ces vers ont 6t6 cites d6j& dans les notes du premier volume.
La cotte b'armes donn6e par la reine Gen&vre, Spouse d'Artus, k
Alexandre, fils de Pempereur de Constantinople, cotte d'armes qui
Es costures n'avoit un fil
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INTRODUCTION. cix
Ne fust d'or ou d'argent al mains '.
As codre avoit mises ses mains.
Somr d? amour, c'est le nom de la maitresse du jeune grec, avait
mis de ses cheveux dans la broderie, raffinement plein de gr&ce et
de passion (Roman de Cligds, par Chrestien de Troyes).
Le cor du Chevalier au Cygne.
Fol. 35. Son p6re va baissier tenrement en plorant
Et sa mire ensement qui le cuer ot dolant.
Ses fibres et sa seur va H£lyas baisant,
Porter fist au batiel son haubiert jaserant ,
Toutes ses armlures et son escut luisant
D'argent k le erois d'or , ehe dient li romant l ;
Et quant li roys vit $ou son fil va appiellant,
« Biaus fieux, che dist li roys c'on nommoit Oriant,
Je vous donne ce cor oA de bontS a tant.
Horns qui le sonnera hautement en oiant
Ne puet avoir anoy, ne damage pesant,
Je prie k Jh6su-Gris, le p6re roy amant,
Que revenir vos laist sain et sauf et vivant
Et donner boin encontre et cuer liet et joiant. »
Le cor de Roland, assez semblable k celui qu'Astolphe ayait re$u
de Logistille et que le fils de Milon ayait eu en don de son oncle
Charlemagne , qui Pavait conquis en Saxe, suivant un ancien roman 3 .
Le cor que Pintr^pide chevalier Yvains trouva dans le chateau de
Brand iganz, instrument qui donnait k celui qui pouvait le faire
sonner, honneur et richesse.
Le cor donn£ par Gerard de Vienne k son neveu Olivier (Extrait
de M. J. Bekker, v. 2148-49).
1 Au moins.
2 Si on prend ce vers k la lettre , l'auteur s'autorise de chroniques ou de chansons de geste
en langue vulgaire.
3 De Renaut et de sesfreres, cite dans le Glossaire de la Chanson de Roland , p. 212.
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ex INTRODUCTION.
Celui d'Haveloc-le-Danois, dont nul ne pouvait tirer de son, s'il
ne descendait du roi Gunter (Le lai cFHaveloc, public par M. Fran-
cisque Michel).
La lance de Charlemagne, qui avait servi k percer le c6t£ du
Christ, et que Hugues, roi de France, envoy a k Aihelstan, roi
d'Angleterre (Willelmus Malmesburiensis, Be gestis regum an-
glorum, lib. II, apud Savile, Rerum anglicarum scriptores, p. 51 ;
Fr. Michel, la Chanson de Roland, p. 193).
La lance de Roland, que les habitans de Pavie pr6tendent recon-
naltre dans une esp6ce d'aviron garni de fer, suspendu aux voutes
de leur cath^drale (Valery, Voyage histor. et UtUraire en Italie,
Bruxelles, Haumann, 1835, p. 70).
La lance sanglante et le divin taillant du Roi F6cheur, dans le
roman de Perceval le Gallois, par Chrestien de Troyes (Hist. litt.
de la France, XV, 249).
La lance de silex, du g£ant Rugner, laquelle, bris£e par le dieu
Thor, vola en 6clats et donna naissance k toutes les pierres k aiguiser
qu'on trouve dans le monde (Mallet, p. 257).
Gungnir, lance d'Odin (Edda Scemundar, 111,407.)
La lance d'Argail, fr6re d'Ang^lique, dansle Boiardo, laquelle
ren verse tout cequ'elle touche.
Le casque agishialhr ou le heaume (helm) terrible , en anglo-
saxon Egisgrima, poss6d£ par Fafner, qui fut transform^ en dracon.
Edda Scemundar, III , 99 1 .
Le casque de Siegfried, qui rendait invisible et ajoutait k la force
de celui qui le portait celle de douze homines.
Blank , casque de Vidrik , fils de V^land , et Skrepping, son bou-
clier.
Hildegreh ou Hiltegrim , casque de Dieterich von Berne dans
les Nihelungen; e'etait 6galement le casque d'Otnit, dont M. Mone
a public Phistoire po6tique.
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INTRODUCTION. cxi
StJLLTUR ou Sulltr, couteau de Hel, d^esse de la mort. Ibid., 423.
Le sens de ce mot est faim,jeiine mortel.
Svalin, le bouclier du soleil , ibid., 740.
Pr£cietjse , Penseigne de Baligant, port^e par Amboires d'Oluferne.
Chanson de Roland, pp. 128, 134, etc.
Enfin la massue si fatale aux g£ans , le baudrier et les gants de
feu du dieu Thor, fils d'Odin (Mallet, YEdda, pp. 125-126) ; sans
parler de 1'armet de Mambrin, k qui Don Quichotte a valu tant de
c616brit6.
Si une bonne armure r6veillait, dans ces ages guerriers, des id£es couriers mcrvemeux.
de magie, si P6p6e du preux chevalier semblait prendre rang parmi
les £tres animus, son destrier 6tait pour lui un ami fid&le, avec
lequel il s'identifiait et qui partageait sa gloire et sa renomm^e. La
mythologie des anciens, comme celle des modernes, attribuait aux
coursiers des h&ros et des dieux, une origine divine et inscrivait
leurs noms k c6t6 de ceux de leurs maitres. Hom&re, faisant P£nu-
m6ration de l'armto des Grecs, ne demande-t-il pas k sa muse de
lui dire qui fut le plus vaillant, soit des hommes, soit des coursiers,
et parmi ces derniers, ne met-il pas au premier rang les cavales
d'Eumile, fils de Ph£r&s, elles qu'Apollon avait fait pattre sur les
montagnes de Pi6rie?Les coursiers d'Achille 6taient immortels, et
Neptune en avait fait don k P616e. Dou6s d'une intelligence mer-
veilleuse, on les voit se livrer k la douleur k la mort de Patrocle;
Jupiter m£me a pitte de leurs larmes. Le coursier de Laom&lon,
ceux de Castor, de Pluton, de Mars et de Rhesus, Avion, cheval
d'Adraste, n6 de Neptune et d'une des furies, les cavales que
Diom&de nourrissait de chair humaine , qui vomissaient des
flammes par les naseaux, et dont Penlfrvement fut un des douze
travaux d'Hercule ; Podarge, coursier de M6n61as ; Oete, jument
d' Agamemnon; les quatre chevaux du soleil, Eoiis, Pyrots, Atiton
et Phligon; Pdgase, monture classique de quiconque croit sentir
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cxn INTRODUCTION.
F influence secrete, et qui fut celle de Bell6rophon et de Persfe; le
cheval de bois, cause de la guerre de Troie; </Ethon, cheval de
Pallas , et non moins sensible que ceux d'Achille : voili oertes des
noms po&iques qui proyoquent d'int&ressans souvenirs , de nobles
et grandes images.
Le cheval figure aussi dans les traditions du christianisme : voyez
dans P Apocalypse, le p&le coursier de Fange de la mort ! La l£gende
n'a-t-elle pas saint Georges , dont la bonne grace comme cavalier est
devenue proverbiale? N'a-t-elle pas saint Martin , qui est toujours
represents k cheval ?
L'histoire elle-m£me ne s'est-elle pas inqui6t£e du Bucdphale
d' Alexandre, de YIncitatus de Caligula , et du cheval de C&ar, avec
les pieds fendus en doigts l ?
Et les romans de Charlemagne, de la Table ronde, etc.; quelle
piquante association d'intr£pides paladins, de palefrois c61&bres?
Comme dans Hom&re, les preux du moyen Age, apostrophaient leurs
chevaux : B&gues de B&in , se trouvant dans une complete solitude,
s'adresse ainsi au sien :
« Bauceiil , dit-il , je tos doi moat amer;
De maint besoing av6s mon cors gard6;
Se je 6usse ne ayainne ne bl6
Le tou8 donaisse volontiers et de gr6.
Se je repaire, bien iert (iere) gueredonl. w
Dans la Bataille cFAleschans , branche du roman de Guillaume-
au-Court-Nez, Guillaume, poursuivi long-temps par le§ Sarrasins,
et voyant son cheval harass^ , s'exprime en ces termes :
«Chevax, dist-il, mout es ores lasses.
1 Le Dimanche, I, 26-28, notre article cheval, dans le Diet, de la conversation et de la
lecture, XIV, 11-18.
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INTRODUCTION. cxm
Se vos fussi6s quatre jors s&jornls,
Me refuisse a Sarrasins melius.
Mas je voi bien, aidier ne me povez;
Si m'ait Dex, ja tenci£s n'en serez,
Gar tote jor mout bien servi m'avez.
De yos servise vos rent mercis et gr6.
Se me poviez en Orenge mener,
PTaveriez selle devant trois mois passes ;
Ne mangeriez d'orge ne fust cotes ,
Ne blussiez s'a vaissel non dor6,
Le jor fussiez quatre fois conrei£s. »
Baucent l'o'it , s'a henni tant assez ;
La teste crosle , si a des pi6s gratis ,
Reprent sa ?oie , si est ravigor6s '.
C'est ainsi que, dans VEdda, Skirner apostrophe le coursier que
lui a donn£ Freyr :
Myrct er Tti elc. 2 .
Qui n'aime k se rappeler le Passebreul de Tristan le L&mnois ,
le noir Rabican, aussi redoutable par ses morsures que par ses
ruades, et qui portait tantot Roger, tantot Astolfe; cet hippogriffe
que FArioste fait p£n6trer dans la lune ; E s tonne } cette jument qui
attira de si singuli&res aventures k Percefor&t? Le cheval de fust de
Croppart , roi de Hongrie , dans le roman de C16omades , merveil-
leuse machine, pareille en tout au Chevillard, du haut duquel le
bon Sancho apercevait la terre comme un grain de moutarde , et
les honflmes comme des noisettes? Le cheval de bois sur lequel Pierre
de Provence enleva la belle Maguelonne? Pacolet, qui 6tait aussi de
bois , et sur lequel Valentin , neveu du roi Pepin , voyageait par les
airs , Pacolet, dont le nom parait k MM. Eloi Johanneau et Esman-
1 P. Paris, Garin le Loherain , II, 230-31.
1 Edda Swmundar, I, 73.
Tom. H.
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cxiy INTRODUCTION.
gart , un diminutif de Pdgase , ce que nous n'avons pas le bonheur
de saisir ? Le cheval Mallet, cher aux antiquaires celtes, la mule sans
frein de la pucelle d^connue, pour qui combattit Gauvain, la jument
de Gargantua , grande comme six oriflans , et la plupart des cour-
siers dont nous allons dresser une lisle pareille k celle des £p£es
fameuses? A Parsenal romanesque, succ£dera une sorte de haras
po&ique :
Abjer, cheval d'Antar, dans le roman arabe d6j& cite.
Alsvidr, Alsvi&urr (qui brule tout), un des chevaux du soleil.
Edda Scemundar, III , 282.
Aryakr (matinal), un des chevaux du Soleil. /&., 284.
Babieca, coursier du Cid, dont le nom n'est gu&re moins c616bre
en Espagne que celui du Cid lui-m^me.
Bayard; nous avons d6j& parl6 avec assez d'etendue de ce destrier,
celui de tous les chevaux de cette esp6ce dont Phistoire est la mieux
connue, et pour la conqu&e duquel, selon le Boiardo, Pempereur
Gradasse leva une arm£e de 150,000 hommes. Le roman des Quatre
fils Aymon , ins£r£ dans la Biblioth6que bleue , raconte que Char-
lemagne 6tant un jour k Ltege, sur le Pont-de-Meuse , il se fit
amener Bayard , le bon cheval de Renaud, et lui dit : « Ah ! Bayard ,
tu m'as bien des fois courrouc£ , mais je suis venu k bout de me
venger. » Alors il lui fit lier une pierre au cou, et commanda de le
jeter par-dessus le pont dans la Meuse. Bayard alia au fond. Quand
Charlemagne vit cela , il en eut grande joie et dit : a J'ai tout ce
que j'ai demands ; enfin le voili mort ! )) Mais Bayard travailla si
bien des quatre pieds, qu'il r6ussit k rompre ses liens; il revint
done au-dessus de Peau et passa k la nage de Pautre cot6 de la ri-
viere. Des qu'il fut k bord , il se mit k hennir avec force, puis il prit
sa course avec tant de rapidity qu'il semblait que la foudre le pous-
sat. Si Charlemagne s'irrita de le savoir 6chapp£, tous ses barons,
au contraire , en furent satisfaits. Le peuple a cru long-temps que
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INTRODUCTION.
CXT
Bayard 6tait toujours vivant dans la for6t des Ardennes, mais qu'A la
vued'un homme ou d'une femme, il fuyait sans se laisser approcher.
Le comte Henri de Nassau 6tait venu assteger M6zi6res, ou le che-
valier Bayard se jeta. Le comte croyant emporter par ses menaces
cette place qui ne valait rien alors, envoya un trompette k ceux de
la ville, pour qu'ils eussent k se rendre. Mais Bayard lui fit rgpondre
qu'il n'en sortirait que sur le ventre de ses ennemis, et que d'ailleurs
un Bayard de France ne craignait point un Roussin d'AUemagne.
Brant6me, OEuvres completes , Paris, 1824, 1, 158.
Le troubadour Bertrand de Born a dit :
Si que y poirai lansar al malh,
Venrai armat sobre Bayart.
Raykotjaud , Choix des poisies orig. des troubadours ,
IV, 142-43
Beiffror, d'Oger le Danois, dans FExtrait de Tressan, VIII, 93.
Belche, W. Grimm, Deutsche Held., 127 , cheval de Dietleib.
Benig, ibid., 256, cheval d'llsan.
Blanks , W. Grimm , Deutsche Heldensage, 209.
Blodughofi (qui a le sabot sanglant), cheval de Freyr. Edda
Scemundar, 111,363, 1 053.
Bride-d'or, cheval de Roland , dans FArioste.
Broiefort, cheval de Brunamont d^gypte , conquis par Oger-le-
Danois. Voy. notre premier volume, p. 477.
Corvigarus, nom du cheval dans le Reinardus vulpes.
Entencenmjr, cheval de Charlemagne. Chanson de Roland, p. 1 16.
EsTONNE,jumentdePercefor6t. Ph. Mouskes, v. 21962.
Fal-hofner , un des chevaux des Aesir ou dieux. Edda Scemundar,
1,54.
Falke (faucon), cheval de Dieterich von Berne , dans les Nibe-
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mvi INTRODUCTION.
Flow, <TOger-le-Danois , dans le roman de Gerard de Vienne.
Extrait de M. Bekker, v. 831 :
Si ait Ogier choisi,
Re lineman t venoit de sor Flori.
Gardrfa, Gardrofa, jument,m&redu cheval Hofvarpnir.
G£defer, c'est ainsi que Le Grand D'Aussy nomme le cheval de
Graelant (FabL> in-8°, 1, 127), mais au lieu de lire ses destriers , il
a lu Gedefer, faute qui se trouve dans la copie de S te -Palaye. M. De
Roquefort Pa relev^e , Not. et extr. des MSS., IX, 2 e p., p. 6, n. 1 .
Gisl (rayon), un des chevaux de main des Aesir. Edda Scemundar,
ffl, 396.
Glabr (clair, serein , joyeux) , un des chevaux du Jour. Ibid. y
ffl, 704.
Gloer , Gloerr , Gler (clair, transparent), le troisi&me des che-
vaux de main des Aesir. Edda Scemundar, III, 398.
Glorifier, cheval de Seghelyn van Jerusalem, dans le po&me
flamand de ce nom.
Grahdiund , cheval du sarrasin Yaldabrun , dans la Chanson de
Roland , p. 61.
D'altre part est un palen Valdabrun ,
Siet el cheval qu'il cleiraet Gramimund.
Grane, Gram, coursier de Sigurd, meurtrier de Fafner. Edda
Scemundar, II , 644. W. Grimm , Deutsche Heldens., 84.
Gringolette, cheval de JValewein, dans le roman beige qui porte
ce nom. Huydecoper, sur Melis Stoke , III, 221 , 232.
Grivet , cheval de Froissart.
Gullfaxi (crini&re doree), cheval du g£ant Hrungnir ou Hrugnir.
Edda Scemundar, III , 445.
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INTRODUCTION. cxvh
Gulltoppr (crini&re dor6e), le neuvteme des chevaux des Aesir,
£num6r6s dans le Grimnis-Mdl, strophe 30.
Gyllir , un des chevaux des Aesir. Ibid., I, 54.
Hajkskerpir, p6re du cheval Hofvarpnir. Ibid., Ill, 810.
Hofvarpnir (ungulasjactans), cheval de Gna, messag&re de Freya.
Edda Scemundar, III, 810.
Hrimfaxi (qui porte une crintere couverte de frimas ou de ros£e),
cheval de la Nuit. Edda Scemundar, III, 441, Mallet, Edda,
p. 90; Schayes, Les Pays-Bas avant et durant la domination
romaine, 1,289.
Lettfeti, un des chevaux des Aesir, Edda Scemundar, 1 , 54.
Loewe ou Lewe (Hon), cheval d'Hildebrand , Dieterichs Bracken-
kaempfe.
Miserion, le bon destrier de Gilles de Chin. Voy. sa Chronique
publtee par M. R. Ch&lon, p. 101. Ce m&me destrier est appel6
Miserin, k la page 96.
Moriel, nom g6n&rique des chevaux de couleur fonc^e, de couleur
de more. Voici, k ce sujet, une historiette assez jolie. Elle est tir6e
d'une chronique vulgaire des croisades. — Saladin avait entendu
vanter la charity des Hospitaliers d'Acre : on lui avait dit qu'ils ne
refusaient aux malades rien de ce qu'ils pouvaient leur donner.
Voulant s'en assurer, il se d£guisa et vint se presenter k eux comme
un pauvre souffreteux. On Paccueillit avec bont6 et on lui offrit k
manger. « Ainsi geuna Saleh II jors et II nuis sans boire et sans man-
» gier. Et li maistres revint &li et li dist : « Amis, il vousconvient
» prendre aucune cose pour vostre soustenance , car nous serious
v trop blasm£s, se vous chaiens mortes par d6faute. » — cc Sire, dit
» Saleh , je croi que je ne mangerai jamais en ma vie se je n'ai d'une
» cose que je desire k mort, et bien sai que je n'el averoie mie, car ce
» seroit foursenerie k demander et k vouloir. » — a Ha ! biaus fr6re,
» ne dout£s mie k requere, car li hospitaus de chaiens est de si tr&s
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cxvm INTRODUCTION.
» grant carit£, k'onques nus malades n'i fall k son desir, si on le
» pot avoir por or ou por argent. Et demands hardiment, car n'i
» saur£s mie. » — Quant Saleh oi li maistre si aflremer, si dist qu'il
» demanderoit. — a Je demande, dist-il, le piet diestre de devant
» de Moriel, le boin cheval le grant maistre de chaiens, et voel que
» je le voie coper devant moi presentement, u se $ou non, jamais
)> je ne mangerai; or av£s 01, dist Saleh, mon d&irier; mais, por
)> Dieu, vous proi que vos n'i fasci£s force , et mius vaut que je
)> muire , ki suis uns povres horns , que cele bieste muire ki tant
» vaut; car on dist pour voir que li grant maistres n'en prendroit
» mie mil besans d'or. » — Le grand-maitre instruit de ce d£sir,
r£fl£chit un peu et r£pondit : « Prend£s mon cheval et li assouagtes
» son d&sir ; car mius vaut que mes chevaux muire que uns horns ,
» et d'autre part il nous seroit reprouv6 k toujours. » Mais au mo-
ment oil l'on allait trancher le pied de Moriel, Saladin se declare
satisfait; il se retire sans se faire connaitre, retourne dans sa capi-
tale et fait k Ph6pital d'Acre un don de mille besans d'or. Michaud ,
Bibliotheque des Croisades, III, 341-43.
Passelande (autrement Passebkeul), cheval de Tristan, dans le
roman de ce nom, public par M. Francisque Michel , I, 168 :
Li rois moDta sot Pa***lande.
Phl£gon, cheval parlant de Statins , dans le troisi&me dialogue du
Cymhalum mundi : c'est un emprunt k la litterature classique.
R abic an, cheval de Roger et de Richardet.
Rispa, W. Grimm , Deutsche Held., 243, cheval de Dieterich ou
Thidrek von Berne , dans la Vilkina Saga.
Roitoel, coursier de Bueves d'Antone.
Rusche , W. Grimm, Deutsche Heldens., 144 ; cheval d'Eckehart,
fils de Hache.
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INTRODUCTION. cxix
Salt-perdut, cheval de Malquiant. Chanson de Roland , p. 62 :
D'Affrike i aun affrican ?enut
£o est Malquiant, le filz al rei Malcad ;
Siet el ceval qu'il cleimet Salt-perdut.
Scheming ou Skimming, cheval de Vidrik, fils de V61and.
Silfrin-toppr , un des chevaux des Aesir, Edda Scemundar,
1,54.
Skeidbrdur , ScEEDBRram (skeid , course, brimi, brimir, feu). Uji
des coursiers des dieux scandinaves. Edda Scemundar, III, 702.
Skinfaxi {skin, splendeur; fax, crini&re), cheval du Jour. Edda
Scemundar >, III, 704; Mallet, Edda, p. 90/
Sleipner, Sleipnir, le meilleur et le plus grand des chevaux, celui
d'Odin, n6 du d£mon Locke et de Svadilfari. Ibid., Ill, 645, 708,
711; Mallet, Edda, 111, 182.
Svadilfari , cheval d'un ouvrier c£16bre, qui construisit pour les
dieux un rempart contre les g^ans. Ibid., Ill, 708.
Tachebrun, cheval du trattre Gan&on. Chanson de Roland, p. 14.
Valglauma (cheval belliqueux, de voir, carnage , ou plutot cheval
celeste, de valr, sphere, et glaumr, qui r^sonne, sonipes). C'est
probablement le m&me que Sleipner.
VlELLANTIN, VlELANTI, VlELLANTU , VlOSANTI , VlOUSANTI, LE VIEL
Anti , c'est ainsi que Ph. Mouskes appelle le cheval de Roland ,
v. 4493, 5829, 7885, 7953 et 8042. Or, dans ce nom, il est Evident
que Ph. Mouskes a voulu faire entrer un adjectif qui indique un
Age avanc6, viel, vios, vious. Quant k la seconde partie du mot,
nous avons pens£, t. I cr , p. 621 , qu'elle pouvait £tre destin£e k
exprimer la haute taille du quadrup&de. Dans la Chanson de Roland,
p. 45, 79, 82, 84, son destrier est appele Viellantif, dont on a
fait Vaillantin, forme qui se rapproche du VieUantin de Philippe
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cxx INTRODUCTION.
Mouskes et du Roman de Roncevaux :
Sor FUllantin k la crope triul£e
Sailli li cuens sans nolle demoree.
Fi. Hicmit, Introd. k la Chanson d§ Roland, p. xx.
En expliquant anti par ancien, nous avions craint un pl&masme
qui se retrouverait dans plus d'un passage : le roman de Rou , oifre ,
entre autres, celui-ci, I, 136 :
Rioof ki fu visit et anti.
Et celui de Jourdain de Blaye {Chanson de Roland, p. xxxi) :
Oiez, seignor, qae Dex vos Wn4ie,
Bonne chanson qui est veille et antie
Dans Aucassin et Nicolette:
Qui vauroit beaus vers oir
Del deport v%4* et antif.
M. P. Paris , sur ce vers du Gavin, 1 , 99 :
S'ourent chevaus , grans et fort et anti*.
traduit antis par de bonne grdce , mais au t. II, p. 161 , par 4lev4,
droit, et rejette Popinion de M. Raynouard, qui tire le mot (Tanti-
quus ; Journal des savans, f&vrier 1834. Or voici un autre vers de
Garin, I, 195 :
El pinel entrent dedans un val antif.
Certes ici, puisqu'il s'agit d'un vallon , antif ne peut signifier droit,
6lev6, k moins que ce mot ne s'applique 6galement a la profondeur,
comme altus, En derni&re analyse , le sens d'anti parait pouvoir £tre
grand, £lev6, profond, considerable, et par extension, int&ressant.
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INTRODUCTION. cxxi
Ce sont bien Ik les &£mens du nom, tel que l'&rit Ph. Mouskes;
mais , dira-t-on , singuli&re quality pour un cheval , que la v ieillesse ,
k moins qu'elle ne soit une marque d'immortalit£! La derni&re forme
(le viel Anti) semble bien s'expliquer par V antique giant.
Vingskornir (qui fend Fair avec ses ailes), cheval de la Valkyrie
Brynhild. Edda Scemundar, III, 830.
II est beaucoup d'autres animaux c£l&bres dans la fable et dans Am™ «nim.ut ca*-
brcs.
Phistoire , tels que les loups Fenri , Hati et Hrodvitnir, le lion du
chevalier Yvain, dans un roman de Ghrestien de Troyes, etc. Mais il
n'y a gu6re que le chien qui , par sa fid£lit£ et ses rapports constans
avec Fhomme, ait le droit de le disputer au cheval. Aussi Ton a
gard£ m&noire du chien Louvet de Robert-le-Diable, de Brochart,
limier de B6gues de B&in , du chien Geri de VEdda et de Vlieger,
16vrier favori de Jean I er , due de Brabant, qui le prit pour compa-
gnon, lorsqu'il alia d^fendre k Paris Phonneur de sa soeur Marie,
calomni6e par Pierre De la Brosse.
B. Geans.
Presque toutes les mythologies ont leurs g£ans l ; presque toutes Aff»ihii. W mcnt P r^n-
admettent Pexistence d'une race rebelle, compos£e d'^tres dou£s mainc -
d'une organisation surnaturelle. C'est ensuite une opinion vulgaire
que le genre humain s'est d£grad£ avec le temps, au physique et au
moral , et Horace lui-m&ne, le philosophe Horace, a rev&u ce pr6-
jug£ de toute sa po^sie 2 .
1 Le Roux de Lincy, le Litre dee legendes, I, 151 et suiv.; W. Grimm, Deutsche Helden-
soge, 138 , 250, 288, 303 , 389-91.
2 JEtas pare n turn , pejor avis , tulit
Nos nequiores , mox daturos
Progentem vifiosiorem.
Lib. Ill, od. 6.
pensee dejk employee par Aratus :
Tom. II. q
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cxxn INTRODUCTION.
Un ancien auteur norw£gien , le moine Theodore , s'appuie d'un
passage de Pline l'ancien, pour avancer que la tattle des hommes
diminue par la suite des si&cles l . Cette croyance lui con venait mieux
qu'au courtisan d'Auguste, dont l'av£nement ne devait pas £tre au
moins consid£r£ par son po&te comme une decadence, en compa-
raison du pass£.
Les fables scandinaves ne sont pleines que de g6ans, Jotnar ou
Jettes , descendus d'Ymir, Ymer ou Imir % ie chaos des Septen-
O/ijv xpfoeot TctTtpq yeveijv iXimvro ,
Xetporipw , u/£t7« <ft Kax&repct Tefciete.
et qui est famili&re a Homere. Voy. A. Du Verdier , Le* diverse* lemons, Tournon , 1616 , in-8 # ,
pp. 514-821 ; Mem. sur les geants, par Fabbe* Tilladet , dans le Recueil de Facad. des inscrip.,
1, 125-129. L'auteur se tait sur les fables du moyen age.
J Commentarii historici duo , editi ab.... B. C. Kirchmanno. Amstelod., 1684, I, $5.
Le chapitre traite en grande partie de corporum humanorum diminutione. Voici le passage de
Pline ; il est tire du ch. 16 du VII 4 livre : In plenum cuncto mortaltum generi minorem (sta-
turam) in dies fieri propetnodum observaiur; rarosque patribu* proceriores , coneumente uber-
tatem setninutn exustione , in cujus vires nunc vergat awum. — On a fait grand bruit , au
commencement du XVI 1° siecle , de la decouverte d'ossemens gigantesques trouves , disait-on,
dans un tombeau, et que Ton attribua au geant Teutobochus, roi des Cimbres. L'imposture
alia jusqu'a donner Finscription de ce tombeau , portant le nom de Teutobochus rex; ce men-
songe fut exploite par un certain Mazurier , ainsi que par le chirurgien Nicolas Habicot ,
et souleva dc grandes discussions entre les anatomistes et les medecins de cette e'poque.
Louis XIII voulut voir les ossemens et les pierres du tombeau ; raais celles-ci ne parent
pas etre produites non plus que Finscription originate. M. Blainville avait deja eu Foccasion
d'entretenir Facademie de ce pretendu squelette humain , a propos d'ossemens fossiles trouves
dans un grenier, a Bordeaux , par M. Jouannet. Ce savant a mis, en mai 1837, sous les yeux
de ses collegues , les veritable* pieces du proces; elles appartiennent a M. le comte de Saint-
Fereol , heritier de la famille de Langon. C est en effet du chateau de Langon que Mazurier avait
extrait les ossemens fossiles a Faide desquels il abusa de la credulite publique. lis consistent
maintenant en deux portions d'os assez gros , provenant Fune d*un humerus , Fautre d'un
bassin de mastodonte , plus , une dent , ayant appartenu a une grande espece de rhinoceros.
2 Edda Scemundar, HI, 870 et suiv. Cf. Westendorp, Over het Gebruik der Noordsche
Mythologie, p. 184 et suiv.; Saint-Marc Girardin, Notices politique* et litt. *ur I 'Allemagne ,
Bruxelles, Hauman, 1836; De* ancien* po&me* tpique* de* Germain*, I, 105-144; J .-J. Am-
pere, Literature et voyage*, Brux., Hauman, 1834; Specimen de VEdda et de* Saga*, II,
141-214.
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INTRODUCTION.
CXXIII
trionaux , tels que
Allvaldi,
Gymir,
Hrossfcjofr,
G^aocdel'Edda.
Bergbui,
Hafli,
Hrymr,
Bergdanir,
Hallfilvingr,
Hvedrungr,
Bergelmir,
Hati,
Hymir,
Farbauti ,
Heidr,
Idi,
Fjalar,
Htebardr,
Svarangr,
Fjofrar,
Hraunhvalir,
Suttungr,
Fornjotr,
Hriragrimnir,
Sockmimir,
Gangr,
Hrimnir,
Vafprudnir, etc.
Gellingr,
Hrimf>ursar,
Les Anglo-Saxons, nous Favons yu ', appelaient entas, enten ,
les g£ans que les Allemands appellent riesen, les Flamands reusen
et reuzen. Goropius Becanus , qui fait deriver toutes les langues du
flamand, est intimement convaincu que le mot rees ou vies a donn£
naissance k celui de cupressus y qui n'est k ses yeux qu'une transfor-
mation de coperys ou coprees, c'est-A-dire un arbre qui dresse sa
t^te vers le ciel, un arbre 61ev£. Quant k Rh£sus, il regarde comme
6gar6s par un ent&ement barbare , ceux qui ne veulent pas convenir
que ce roi de Thrace tirait son nom de rets ou ries. Rhcesi nomen
nullam amplius relinquit dubitationem > nisi quis velit obstinata et
barbarica pervicacia etiam Us adversari quce luce ipsa sunt cla-
riora 2 . Rhesus n'6tait qu'un sobriquet du k une taille colossale.
Mais laissons Goropius Becanus et ses Etymologies.
M. Schayes^tablit que la religion des Germano-Belges % quant au M .
dogme, £tait la m6me que celle des Scandinaves, ce qu'il prouve
A. G. B. Schayes.
1 T. I", p. 621. Cf. Mone , Anzeiger, 18S6, 1-5.
1 Gor6pii Becani Hieroglyphic** , p. 104; Fnmcica, p. 11.
8 Expression plus exacte pour la forme et pour le sens que celle de Btlgo-Germains , em-
ployee dans Tlntroduction du 1" volume.
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cxxiv INTRODUCTION.
par la comparaison de FEdda avec les codes des peuples germains,
les capitulaires des rois francs , les canons des conciles tenus dans
les contr^es occupies par des Germains, et avec quelques chroni-
queurs du moyen Age ! .
Les Beiges d'origine celtique admettaient vraisemblablement
aussi des g£ans, eux qui aimaient les monumens gigantesques. II
n'est done pas £tonnant de les retrouver dans les anciennes fables
franciques et bretonnes. Mais, cette fois encore, POrientest venu
m61er ses fictions k celles du Nord. Les g6ans Gog et Magog % puis£s
peut-6tre dans la Bible , et si souvent mentionn£s chez les Orientaux,
ces g&ms^qui sont dans les romans d'Artus % d£c&lent en m£me
temps l'imagination des Arabes ; e'est 6galement par les Arabes que
les aventures prodigieuses oil les g6ans interviennent , se sont prin-
cipalement multiplies dans les compositions litt£raires.
Le Thrace Maximin, qui devint empereur k Rome, est, dans
YHistoria Augusta, un g£ant de huit pieds et demi de haut et qui
mangeait quarante livres de viande dans un jour. Codrus, qui cite
cette histoire , 6crivait , on le voit , dans le gout de Turpin \
ch.ricm.gne t Eishere, L'histoire de uos £poques h^roiques nous repr^sente Charlemagne
saint Chrutophe. ... *n • i • i i
lui-m&ne comme un g£ant. Soixante-dix ans apres la mort de ce
prince, le moine de S^Gall d^crit un des guerriers de ce conqu6-
rant, le terrible Eishere, qui valait k lui seul une arm£e; on Peut
pu croire de la race Enachim tant il 6tait grand ; il montait un
6norme cheval, et quand le cheval refusait de passer la Doire,
enfl^e par les torrens des Alpes, il le trainait apr&s lui dans les
1 Le$ Pays-Bas avantet durant ladominationromaine ,Tlrux. 9 t.l 9T 9 1887, pp. 273,289-291.
2 Le Roux de Lincy, le Livre des Ugendes^ I, 158-155.
3 Un des geans les plus singuliers qui jouent un role dans les fables de Geoffroy de Mon-
mouth , e'est Rython , qui s'ltait fait un vetement des barbes de tous les rois qu'il avait tues
de sa main. 11 fut mis a mort par Artus.
4 Histor.aug.,?. 368.
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INTRODUCTION.
cxxv
flots, en lui disant : « Par monseigneur Gall , de gr6 ou de force tu
me suivras. » Eishere fauchait les Boh^miens comme Fherbe d'une
prairie : « Que m'importent, s'£criait-il, les Wen&les, ces grenouil-
lettes? J'en porte sept, huit et m£me neuf , enfil£s au bout de ma
lance, et murmurant je ne sais quoi \ )>
Saint Christophe % dont la statue colossale se voit dans l'inttoieur
ou k Pentr£e de plusieurs 6glises, est un g6ant, sous les livr£es du
christianisme , qui admet les g£ans de la Gen&se.
Nos traditions nationales nous offrent le g&int Antigone, Drion Antigon.
ouDruon Antigon, dont le nom offre peut-£tre le mot anglo-saxon
enta, expliqu£ plus haut. On sait qu' Antigon £tait suppose ha-
biter sur les bords de FEscaut, et couper les mains de ceux qui
refusaient d'acquitter certain p£age 3 . De \k les deux mains qui Armors <rA n
figurent dans les armoiries d'Anvers. Or, un sceau de cetle ville ,
public dans le Messager des sciences et des arts de la Belgique 4 ,
et appos£ k un acte de Fan 1231 , porte des £toiles au lieu de mains.
Ce n'est dene qu'apr^s cette ann£e que ce symbole nouveau se sera
introduit; par consequent e'est dans le courant du XIII e si&cle que
Fhistoire se sera confondue avec une fable en rapport avec Fhistoire
du Chevalier au Cygne et le po6me allemand du Lohengrin , dont il
doit avoir exists un texte flamand de la m&me 6poque , qui aura
accr6dit6 ce mythe ou cette fiction.
1 Pertz, Monumenta Germanics, II, 786; Chateaubriand, Etudes histor., Bruxelle»,
Meline, 1881,111,871.
2 Molanus, De historia SS. imaginutn et picturarum , Lovanii, 1594, in 8°, fol. 187 verso
et sq.; Revue anglo-frangaise , publiee par M. De La FonteneDe de Vaudord, p. 856.
3 Cette legende est rapportle dans les Anteiger de M. Mone, 1884, 155-57; c*est un
ex trait d'un MS du XVI siecle , de la Bibl. de Lilge : Frater Trudo Gemblaceneis in sacrario
trudonopoiitano*
4 Annie 1885 , pp. 887-841. Dans cet article curieux, on a confondu la legende de Garin
le Loherenc, avec celle de Lohengrin. Ellesn'ontpourtantaucun rapport entreelles. J. Goerres,
Lohengrin , p. lxx.
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CXXVl
INTRODUCTION.
Depuis long-temps le g£ant Antigon est un ornement oblige des
f&tes municipales d'Anvers \
Fetes de l- cuur de A la f&te du faisan k Lille , en 1453, un g£ant, habill£ k la mo-
resque , servait de conducteur k dame S te -Eglise , qui chantait ce
triolet :
G6ant , je veux cy arrester ;
Car je voy noble compagnie
A laquelle me faut parler ;
G£ant , je veux cy arrester.
Dire leur veux et remonstrer
Cbose qui doit bien estre ouye.
G6ant , je veux cy arrester,
Car je voy noble compagnie 2 .
II n'est pas impossible que l'exemple de la cour ait influ£ sur les
divertissemens populaires.
ceans dans les retes Nous avons d6\k dit qu'en 1490, la procession de Louvain 6tait
municipales en Bel- " m m
giq«e. embellie de la representation du g£ant Hercules, et de son aimable
moiti£ Meg era. II n'y a que quelques ann^es que Ton a d£moli le
Mtiment oil se conservait le g£ant de Louvain. La porte en 6tait
d'une hauteur extraordinaire : elle avait au moins cinquante pieds
d'ei&vation 3 .
A Bruxelles , YOmmegang 6tale une famille enttere de g£ans.
La ville d'Ath, en Hainaut, est toute glorieuse de son g£ant
Goliath, qui a paru aussi k Louvain, lors de la paix de Minister,
en 1648.
Le jubile qui a lieu tous les sept ans k Hasselt , en 1'honneur de
1 Voy. entre autres J. Bochius, Historiea narratio profectionis et inauguration* Alberti et
Isabella j Antv. Moretus, 1602, in-fol., p. 278.
2 Mathieu de Coussy, edition de M. A. Buchon , 1 , 109.
3 A. G. B. Schayes , Essai historique sur les usages, les croyances des Beiges, Louvain,
1834, p. U9.
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INTRODUCTION.
CXXVII
laure.
la Vierge, sous la denomination de Virga Jesse, fut, en 1835,
c616br6 d'une manure extraordinaire. La f£te commen^a le 15 aout
et dura huit jours. La society de rh£torique exposa, le g6ant dit
Lange-man, qui fut conduit dans un char attel£ de quatre chevaux,
pour pr&sider, le 16 aout, k une distribution g6n6rale de soupe,
en m&noire de la disette dont la ville fut frapp^e vers 1638 \
L'esprit d'imitation n'a pu s'endormir ; Malines, Gand, Dunker-
que, Douai prominent dans Poccasion d'^normes mannequins. Une
glorieuse rivalite semblait jadis animer ces villes ; chacune ambi-
tionnait de montrer le plus grand.
D'autres pays observent la m6me coutume.
M. Dulaure 6tait de P^cole de Dupuis, qui yoyait partout des all£- Expiation de m. d u -
gories astronomiques, et cherchait ses plus forts argumens dans le
ciel , en voulant le rendre desert et veuf de la divinity ; aussi expli-
que-t-il ces representations par le triomphe du soleil sur les t£n£bres,
et en fait-il un embl&me solsticial 2 de la plus haute antiquity. C'est
par la m6me raison, dit-il , qu'4 Rome , le 15 mai de chaque ann6e,
on conduisait processionnellement trente figures colossales en osier,
qu'on appelait les Arg^ens, et que les V estates jetaient dans le
Tibre; c'&ait ehcore dans le m6me esprit, ajoute-t-il, que les
pr&xes d'Osiris accablaient de coups d'^normes figures qui repr&-
sentaient les ennemis des dieux.
Nous sommes, nous, plus disposes k regarder ces images comme un Autre engine P r«u-
reste incompris des anciennes croyances septentrionales , ou plutot
comme provenant de la popularity des romans de chevalerie, ou ces
croyances ont 6t6 se perdre et se d6figurer. Plusieurs causes analo-
gues peuvent toutefois se r&inir pour produire un m£me r&ultat.
Et les contes de nourrice, ces £pop6es de Penfance ? C'est \k que
1 Voir les journaux du temps, notamment V Emancipation du 28 juillet 18S5.
2 Histoire de Paris, quatrieme ddition , Bruxelles, 1826 , IV, 68.
mee.
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cxxthi INTRODUCTION.
des g£ans formidables resserrent autour du foyer le cercle trem-
blant des jeunes auditeurs. Ges contes sans doute ont emprunt£ aux
romans, mais ils peuvent leur avoir pr6t6 aussi. Que d'6crivains,
en effet, ob&ssent plus tard, & leur insu, aux impressions qu'ils
ont revues en entrant dans la vie !
II faut dire cependant que nous n'avons pas de preuves positives
que ces representations aient 6t£ d'usage avant le XV e si&cle. II
nous parait toutefois vraisemblable qu'elles sont plus anciennes.
LegeantPhinacrt. Les chroniques fabuleuses de Flandre font un g£ant du tyran
Phinaert \
Pignart alors ung iris feloncq ghaient 2 .
In Mo castro insulensi, dit une ancienne chronique, erat
quidam tyrannus , prcedo , magnus gigas , Finardus nomine 8 .
Une des conceptions romanci&res les plus originates , est celle du
g£ant Barbatre ou Barbastre, qui finit par se faire ermite et qui
assomme un pai'en qu'il venait de confesser et d'absoudre, afin
d'assurer son salut en Pempechant de retomber dans le p£ch£ \
C. Nains.
La g£n£alogie des nains est la m6me que celle des g£ans. Comme
eux, vermisseaux n6s d'Ymer 5 ; ils doivent peut-£tre leur origine,
M. De Walckenaer le conjecture ainsi, au contraste que pr&entait
1 D'Oudegherst raconte longuement son histoire , e\l. de J.-B. Lesbroussart, 1 , 17-87.
2 Voy. t. I er , p. 44 , notes.
8 Corpus Chronicorutn FlandricB , p. 20; Warnkcenig, Histoire de la Flandre , etc., I,
138et8uiv.
4 Roman de Garin de Montglave.
5 l6toar allir
Fra Ymi komnir.
Totts les giant
Proviennent eTYmerj
Edda Stemundar, 1 , 336.
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INTRODUCTION. cxxix
la haute stature des Norw^giens et des autres peupladesdu Nord,
avec la petite taille et la nature d6g£n6r6e des Lapons 1 . Quoique
Pexistence des nains ait &6 admise Ik ou un pareil contrastenepou-
vait pas m£me 6tre soup$onn£, cette supposition ne manque pas de
probability puisque les croyances, en s'£loignant de leurs sources,
n'en subsistent pas moins en l'absence des causes qui les out pro-
duces et leur survivent souvent sans se douter de leur principe.
Nainn, nain est, dans VEdda % le nom d'un alfe ou g£nie £16-
mentaire (grec v*vos, latin nanus).
Puki en Islande, puke en Su6de, 6tait un d£mon de petite taille %
et Panalogie de ce nom avec celui du Petit Poucet, n'£chappera k Le p*m poucet.
personne. De Ik le puck ou Robin-bon-compagnon des Anglais,
g£nie immortalise par Shakspeare % et leur mot pug, pour designer
un enfant g&t6. De \k , peut^tre , notre mot flamand poeske , em-
ploy6 dans lem&ne sens ou comme expression caressante. N'oublions
pas n£anmoins le pusio des Latins.
Une taille exigue, des traits difformes, telle 6tait Pimage sous
laquelle on se repr&sentait yolontiers la malice et la m£chancet6.
Pippin , batard de Charlemagne, et qui trahit son p&re, est, sous la
plume du moine de SMJall , un petit nain bossu , nanus et gippe-
rosus Pippinus \
Nous avons eu occasion, il n'y a qu'un instant, de nous occuper
de cette esp&ce de nains , auxquels on attribuait le talent de fabri-
quer d'excellentes armures. Des nains habitent encore, pour le
peuple, les mines de l'AUemagne, et ont exerc£ la sagacity de plu-
1 Lettres sur lee contes defies, Paris , 1836 , in-14 , p. 102. Of. Le Roux de Lincy, le Livre
dee Ugendee , 1 , 155 et auiv.
2 III, 520.
* Ibid., 279,845.
4 Puck or Robin-goodfeUow , dans A midsummer-night's dream (Le songe chine nuit d'ete).
5 Pertz , Monumenta Germania hisiorica , II , 756.
To*. II. r
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cxxx INTRODUCTION.
sieurs savans \ Les nains sont les gardiens des triors caches. Or,
1'ancienne £pop£e germanique est fondle sur la possession d'un
tr&sor myst&rieux : c'est PH£16ne de ces nations.
La croyance en des 6tres surnaturels, qui se manifestent sous la
jc.ins en Beigique. forme de nains , lorsqu'ils se rendent visibles, subsiste toujours,
quoique affaiblie , dans quelques cantons de la Belgique. On croit
qu'ils habitent les souterrains , les cavernes et les montagnes, et on
les appelle en flamand halvermannekens (demi-hommes), et kabou-
termannekens (petits droles) 2 . Les paysans du village de Herselt,
dans la Campine, ancienneToxandrie, racontent qu'une multitude
de ces nains £tant arriv^e dans ce lieu k l'occasion d'une grande
guerre , ils demeuraient pr&s du village , dans des trous creus& au
milieu d'un bois , et qu'ils n'en sortaient que pour venir quelquefois
demander aux villageois une chose ou Fautre , sans jamais faire de
mal k personne. Quand les femmes de ces nains devenaient vieilles,
ils les descendaient, un pain mollet k la main , dans une fosse qu'ils
recouvraient soigneusement* Les bons campagnards ajoutent que
ces pauvres vieilles £taient tr6s-contentes d'en finir ainsi.
Au village de Gelrode , les paysans montrent une colline appelle
Kahouterherg et perc^e de plusieurs souterrains , qu'ils soutiennent
avoir 6t6 la demeure de nains assez semblables aux f<6es et lutins
d'Ecosse, notamment au gentil Trilby de Nodier. En effet, ils pr£-
tendent que lorsque le meunier avait besoin d'aiguiser sa meule , il
1 Casp. Posnerus, De virunculis metaUicis , Jena? , 1662 , in-4°. C'est une these acad^mique.
Jo. Henr. Rumpelius, De spiritibus in fodinis apparentibus seu de virunculis metallicis , Lipsiae,
1672 et 1677, in-4°. Autre these. P. Reidanus, Pigmwi seu dcemones subterranei carmine
descripti. Colonise, 1576, in-4°; Feller, Jtineraire, I, 48.
2 On les appelle encore dwergen , aardmannetjes , drollen ou trollen , et werkoeesten. En
Hollande le peuple croit a un nain qu'il appelle ongeborene Jan , Jean qui n'est pas nc* , per-
sonnage de la mythologie pop ul aire , qui peut aller de pair avec 1'Oncle Henri {pom Hendrik) y
le Noir Pierre (moaarte Piet), et Georges aux echasses (Joris op de steUm), qui reriendront au
chapitre des fees.
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INTRODUCTION. cnxi
n'avait qu'4 la placer k la porte de son moulin , avec une beurr^e et
un verre de bi&re ; qu'alors arrivait de nuit un de ces nains , qui ,
moyennant ce salaire , se chargeait d'aiguiser la pierre , et qu'au
lever du soleil le meunier trouvait sa besogne faite. II en 6tait de
m£me quand il voulait avoir son linge blanch i.
A un endroit pr&s de Malines , on ddbite qu'un meunier £tant
occup£ k sasser de la farine et n'ayant pu achever son ouvrage , le
remit jusqu'au jour suivant et oublia en partant une tartine qui
faisait le reste de son souper. Le lendemain il fut bien £tonn£ de
trouver sa farine sassee et sa tartine disparue. II r6p6ta cette expe-
rience, qui r&issit deux jours de suite. Le troisteme, curieux de
d£couvrir quel £tait Pouvrier qui travaillait la nuit pour un si mo-
dique salaire, il se cacha derri&re des sacs de farine, et vit arriver
vers minuit, heure solennelle et convenue, un petit nain entice-
ment nu, qui se mit incontinent k Pouvrage. Notre meunier, homme
aussi pudique que compatissant , ajouta le lendemain un £quipe-
ment complet k sa farine et k sa beurr£e, et depuis lors le petit
homme ne se montra plus qu'habill£ des pieds k la t£te \
La grotte de Remouchamps , hameau dependant de la commune
d'Aywaille, dans la province de Ltege, est d£sign£e quelquefois par
les habitans du pays sous le nom de trd des sotai, trou des nains. &**.
Une croyance autrefois tr6s-r£pandue attribuait au travail ing£-
nieux de ces nains les beaut£s de la grotte. On pensait pareillement
que si Ton avait un ouvrage tr&s-difficile k faire , on n'avait qu'A le
porter dans cette grotte , et que les sotai se chargeaient de Pachever
pour le lendemain 2 .
Dans le pays de Namur cesg£niescomplaisans s'appellent nutton, *«/*>«.
1 Schayes , Essai histor. sur les usages, les croyances... des Beiges , p. 230 ; Notice sur Jean
de Hhse, dans le Recueil encyclopidique beige , 1884, III, p. 235 et suiv., et dans notre edi-
tion de YHist. des dues de Bourgogne, par M. De Barante , V, 434-36.
2 Colson, Souvenirs de Facances, dans la Revue beige, 1837, p. 373.
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cmxii INTRODUCTION.
peut-etre par corruption de lutons ou lutins. Ph. Mouskes, v. 25127,
dit:
Quar nient plus, com s'il fast nuituns,
Ne sorent qu'il devint cascuns.
Le moine de SMJall raconte une anecdote d'un de ces lutins,
daemon vel larva, qui s'amusait k jouer toutes les nuits avec les
marteaux et Fenclume d'un forgeron, et remplissait chaque jour
de vin la cruche de son compare aux d^pens d'un 6v£que, qui finit,
en invoquant le nom de Dieu, par le forcer k prendre la forme hu-
maine et le fit fouetter au pilori comme un voleur \ Cette histo-
riette peut se rattacher encore aux l£gendes relatives aux dames
blanches , notamment k celle de dame Abunde.
Si Ton prenait la peine de parcourir nos campagnes , on rassem-
blerait ais£ment une foule de traditions semblables , qui sont de
la m6me esp6ce que celles que Walter Scott a recueillies en Ecosse,
et qui confirment Panalogie qu'il a voulu 6tablir entre notre patrie
et la sienne , lui qui prenait un plaisir si vif k s'occuper de la magie
et des superstitions populaires , et qui aurait pu lutter avec les plus
habiles d&nonographes 2 .
D. F<f*s.
Le savant 6diteur de YEdda de Saemund affirme qu'en Belgique
on rendait le m£me honneur que dans le Danemarck , aux fees et
aux prophetesses {Alfar, TValkyries, Volur, Nornir, Truden, Hal-
runer*).
1 Pertz , Monumenta Germaniw, II , 74 1 .
2 Sur les nains de cour, voir nos ParticulariMs inidites concernani Ckarles-Quint ,
pp. 21-28, 81-2.
3 Valis vel Nornis similem honorem in Dania et in Belgio.... adhibitum esse legimus.
Edda , III , 6. Cf . un article intitule' : Po&sie populaire des races teuioniques , tiree du North
american Rewiew , et in sere dans la Revue britannique , juin 1886 , pp. 198-243 •
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INTRODUCTION. cxxxiu
Les Irlandais et les Gallois nommaient les f6es cheffrd et d&ne-
chi (le bon peuple , les Atres bienfaisans).
Les peuples du Nord reconnaissaient , comme nos anc£tres, des
f&es propices et des f<6es malfaisantes. G'est dans cette derntere
classe qu'on peut ranger les sorcteres , appel£es par les Goths alio-
rumna l 9 au rapport de Jornand6s, sorcteres qui, bannies par le
roi F61imer, s'£taient accoupl£es dans les deserts avec les demons
et avaient de cet affreux cdmmerce engendr6 la farouche nation des
Huns.
Les prophetesses r£v6r£es par les Germains 6taient des esp£ces
de f&es mortelles. On a remarqu^ l'analogie du nom de Veleda avec
celui de Voluspa 2 de YEdda, et Ton a suppose qu'il signifiait Pesp^ce veied..
de d£lire ou de folie momentan^e que cause l'enthousiasme religieux,
ce qui donnerait au mot fol une £tymologie aussi respectable qu'an-
cienne.
Une de ces vola du pays des Tungri, avait promis Pempire k
Diocl&ien, quand il aurait tu6 un sanglier; pour aider au sens de
Poracle, il perga de son 6p£e, Aper, pr^fet du pr&oire, qui visait
k Pempire.
Basine, femme d'un roi de Thuringe, qu'elle abandonna, dit-on, B»,i D r.
pour Hilderik , procurait et expliquait des visions , et de cette ma-
nure pr&lit k ce dernier la naissance de Hlodowig ou Glovis.
Vrais ou non, les faits d^montrent Fesprit et les croyances ger-
maniques. Nous n'en demandons pas davantage.
Les f&es bretonnes sont appel^es par Pomponius Mela , g^ographe
du V* si&cle de P6re chr^tienne, gallicenes ou barrigenes : les ma-
nuscrits different sur le mot.
1 Alioruna, aljaruna , aluruna. J. Grimm, Deutsche Mythologies p. 227; Fr. Pluquet,
Contes populaires, prejugis, etc., de I'arrondissetnent de Bayeuz, 2° e\iit., 1884, in-8°, pp. 1,
4, 12, 13, etc.
1 Titre d'un poeme , lequel signifie oracle de Vola ou d'un* vola.
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cxmiv INTRODUCTION.
Ei y moiog» c dumot/cv. Quant au mot fee, MM. Walckenaer, J. Grimm et Marmier ', le
d^riyent apr6s Manage, Naud£ et De Caseneuve, du latin fata, et
M. Ghasles du celtique fay % £tymologie qui nous parait mieux fon-
dle que 1' autre. Nous dirons , de notre c6t£ , que ce mot n'est pas sans
analogie avec le mot scandinave alfe % qu'on prononce alfe, et que
le mot fee ou fe peut s'6tre form£ par aph&r&se, comme beaucoup
d'autres de la langue romane ou frangaise. C'est de la m6me mantere
que Du Cange fait d^river fates ou fees, de nymphce. Nous qui
croyons peu aux Etymologies , nous livrons celle-ci pour ce qu'elle
nous coute. En basse latinit£ on disait fatuce, fadce et fadi; les
Italiens disent fate , les Provencaux fades, les Espagnols fadas et
kadas.
Lantin De Damerey, apr&s avoir inexactement avanc£ que les f<6es
doivent leur origine k nos dernier s romanciers, cite un passage de
Guillaume d'Auvergne, 6v6que de Paris, mort en 1248, passage
contraire k cette assertion. Le voici : Fatas antiqui in supremo or-
dine collocabant, pro eo quod fatare prcecipuum sit atque divinwn
inter omnia quce diis attribuuntur : fatare natnque non solummodo
est prcedicere , vel caver e, sed etiam prceordinare , et ut veniant
quce prcedicuntur efficere \ Cette explication se rapproche de celle
de Manage.
GinguenE remarque que le xaoifee est employ^ dans une chanson
1 Deutsche Mythologie, 282 ; Diet, dela conversation et de la lecture , XXVI , 884. M. Marmier
decouvre l'origine de notre feerie , non dans le Word , mais dans l'Orient.
2 Encyclopidie de Courtin , Paris, 1828, XII, p. 561.
3 Ancien scandinave, alfe, pluriel alfar.
Vieux allemand , elbe.
All. moderne, elfe.
Suedois , elf, pluriel elfvar , elf tor.
Danois , elv , pluriel elve.
Anglais , elf
< Ed. du romandela Rose, IV, 805; V, 206.
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INTRODUCTION. cxxxv
de Guillaume IX, comte de Poitiers et due d'Aquitaine, et il re-
garde cet exemple eomme le plus aneien qu'on en puisse citer en
fait de poesie moderne \ Or Guillaume , n6 en 1071, mourut
en 1122.
Nous nous sommes ailleurs 6tendu sur ces esp&ces de fees que
Ton appelle dames blanches (witte juffers , witte wyven) 2 .
Pour nous renfermer ici dans ce qui concerne les Pays-Bas, nous d.™* Bland*..
nous contenterons de quelques mots sur les witte wyven de la Frise ,
dont parlent Corneille Van Kempen, Schott, Balthasar Bekker,
1'auteur du Monde enchants, Picardt , T. Van Brussel et Des Roches.
Du temps de Pempereur Lothaire, en 830, dit le premier de ces
£crivains, beaucoup de spectres infestaient la Frise, particuli&re-
ment les dames blanches ou nymphes des anciens. Elles habitaient
des cavernes souterraines, creus£es sans le secours de l'homme, sur
le sommet d'une haute montagne. Leur habitude £tait de surprendre
les voyageurs £gar£s la nuit , les bergers gardant leurs troupeaux ,
et les femmes nouvellement accouch£es, ainsi que leurs enfans.
Elles les emportaient dans leurs repaires, d'oii Ton entendait sortir
quantity de bruits Granges, des vagissemens, des g£missemens,
quelques mots imparfaits et toute esp&ce de sons musicaux \
Les enl&vemens et les substitutions d'enfans, par des moyens sur-
naturels, font partie du symbole grossier des paysans de PEcosse.
Les enfans substitu&t sont nomm£s par les Saxons killer ops. a,-//*™,.,.
Si Ton admet le r6cit du po6te Segrais, transcrit par Lenglet du Da mebianchc a« m-
Fresnoy, le chateau d'Egmont, en Hollande, aurait eu sa dame l " u EgmoBa
blanche, comme ceux de Neuhaus, de Rosenberg, de Staufenberg
et de Guttenberg, en Allemagne, de Colalto en Italie; mais elle
1 Hist. lift, de la France , XIII , 46.
1 Diet, de la conversation et de la lecture , 18S5, XIX ,61-64. Hist, des duct de Bourgogne,
par M. De Barante , VI , 12-15 7 notes*
* NouveUes archives hist, des Pays-Bos, V, 160 , 344.
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CXXXVI
INTRODUCTION.
(Hait invisible et se contentait de faire du bruit et de parler '. Un
chateau qui se respectait , ne pouyait gu&re se passer de son lutin
ou de son spectre.
l» fee dAogewciUer. Tallemant des R£aux fait le conte d'une dame blanche, dont la
tradition int&ressait les maisons d'Angeweiller, de Croy, de Bassom-
Le gobeict de croy. pierre et de Salm. Cette f<6e avait donn6 k un comte d'Angeweiiler,
pour marque de son amour, un gobelet , une cuill&re et une bague ,
qu'il devait laisser k ses trois filles et qui porteraient bonhenr aux
families dans lesquelles elles entreraient. Le gobelet passa, par
alliance , aux Croy, La marquise d'Havr£, de cette maison, l'ayant
voulu montrer un jour, le laissa tomber; il se cassa en plusieurs
pieces ; elle les ramassa et les remit dans l'£tui , en disant : a Si je
» ne puis Pavoir entier, je Faurai du moins par morceaux. » Le
lendemain, en ouvrant P6tui, elle trouva le gobelet aussi entier que
devant 2 .
M£lusine , k laquelle ont cru Mandeville et Paracelse , qui
croyaient bien k autre chose, est une f&e d'origine toute fran-
9aise , mais non sans rapport avec la Belgique. Elle avait fait M-
lc chateau de Li» - tir le ch&teau de Lusignan, oil elle se montrait sous difE&rentes
formes, entre autres sous celle d'un £tre moiti£ femme moitte
serpent.
Cette fable parut si glorieuse pour les Lusignan , que plusieurs
grandes maisons ambitionn&rent d'y avoir part; les Sassenage, les
Rohan et les Luxembourg prirent mchne dans ce but la peine d'al-
Mriusioe .u ehiic.u t6rer leurs genealogies , et e'est parce que le ch&teau d'Enghien
n»ut. appartint k ces derniers, qu'on debitait encore du temps de
Henri IV, que M£lusine s'y faisait voir. Le due d'Arschot l'avait
1 (Euvres diverse* de M. De Segrais, Amst., 1722, I, 169, 243-46; Lenglet du Fresnpy,
Recueil de diss* sur les apparitions, I, 2 e partie, 178-180; Bullet, Walckenaer, Lettre* sur
les contes defies , 125 ; Mone , Anzeiger, 1834 , 88 , 257.
2 Historiettes, Bruxelles , M&ine, 1835, IV, 80-82,
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INTRODUCTION. cxxxvu
assure si positivement k la soeur de ce roi, que cette princesse voulut
lui faire partager sa croyance \
Les Beiges patens admettaient des esp&ces de nayades ou nikkers, ww
qui se pr£sentaient sous la forme de feux follets pendant les grandes
chaleurs de P6t6. Nos paysans croient encore aujourd'hui que ces
feux phosphoriques sont les Ames des enfans morts sans bapt£me.
En Hollande, ces m6t6ores ont le nom de lichtjes et de valsche Ian-
taamen, etc.
Voili les f<6es que nous ont 16gu6es les Scandinaves , les Germains
et les Celtes , fictions s6v&res et sauvages comme le ciel sous lequel
elles prirent naissance ; les pdris de la Perse et les gnin de PArabie
les ont embellies de leurs formes gracieuses et riantes. Le soleil de
l'Orient est venu les dorer de ses rayons £tincelans, et les id6es du
christianisme leur ont donn£ une intention plus morale.
Froissart, notre bon Froissart, croyait fermement aux f<6es et fa* de c^haio™.
pretend que les dames de Tile de Chifolignie (C^phalonie) entrete-
naient un commerce visible avec elles.
Dans le proems de la Pucelle, les Anglais ne Faccus6rent-ils pas LaPacaUed-oriean.
d'avoir eu des intelligences avec des esprits, aupr&s d'une fontaine
de son pays, appelee la Fontaine des fees ou des dames? C'6tait
parmi ces d£it£s champ£tres qu'il fallait placer ces trompeuses
napees qui, bondissant sur Fherbe, entrainaient le voyageur cr&-
i Bullet , Diss. sur la mythologie francaise, 1 , 82 ; Annie UtUraire , 1770 , HI , 146; Bibl.
univ. des tomans, second vol. de juillet 1775 ; Melanges tiris d'une grande bibl., V, 52-53 ;
Walckenaer, Lettres sur les contes de fifes, 140-146 ; La Foatenelle de Vaudore , Revue angle-
francaise, 1 , 225-26, 281 ; Nouv. archiv. histor. des Pays-Bat, V, 108-111 ; P. Colins , Hist,
des choses les plus memorable* advenues en P Europe, etc., Tournay, 1648 , in-4°, pp. 726-728 ;
Paquot, Mim. litt., in-fol., II, 422; Barrois, Bibl. protyp., n os 590, 1269, 1627, etc.; Le
Roux de Lincy, le Litre des Ifyendes, I , p. 165. — M. Babinet a deja public sur Melusine un
memoire qu'il se propose d'etendre par suite de uouvelles recherches ; M. De La Fontenelle
de Vaudore , persuade que l'existence de cette femme est positive , quoiqu'elle ait cte embellie
par des recits fabuleux , a promis un travail sur le meme sujet,
Tom. II. *
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cxxxvin INTRODUCTION.
dule dans une ronde sans fin , jusqu'A. ce que ext£nu£, hors d'haleine,
il tomb At sur la prairie, et rendtt le dernier sonpir : image impr^vue
mais frappante de cette agitation sterile et convulsive que Ton
prend trop souvent pour le progr&s, comme si la vie n'&ait qu'une
crise , la sant6 une fi&vre continue !
Les plus c£l&bres des fSes £taient, avec M£lusine, Mourgues,
Alcine, Habunde, Urgande, Gloriande, Pharamonde, Palestrine,
Mtelior, etc.
Morgan. Mourgues, Morgen ou Morgain, 6tait l'ain£e des neuf vierges de
l'ile de Sein. Sur la cote de la petite Bretagne est une fee de l'Ar-
morique, d'oii M. De La Rue croit que les traditions feeriques se
r^pandirent en France ' . C'est elle qui termine le Raman dOgier-
o g er-ie-D.noi,. le-Danois , en Penlevant dans un char *. Cest encore dans ce roman
qu'on rencontre le gentil Ob£ron, roi des fees, qui a si heureuse-
ment inspire Wieland.
L'auteur du Roman de Brun de la Montagne , qu'on appelle
autrement le Roman du petit Tristan le restord, fait porter son
h&os enfant aux fees de la for£t de Brecheliant, en Bretagne,
pour P&ever 3 .
Les dames dont je di si estoient fades ,
Qui si Iris nobleraenl estoient acesmles ;
Leur cors furent plus blaoc que n'est ooif sor getee,
Et si tris chieremeut estoient atourn£es ,
Gar de couronnes d'or furent toutes dories
Et de blans dras de soie estoient aournles;
Enmi de la poitrine estoient escoll6es.
1 E stats historiques, 1,61 et suiv.
2 Morgan pose sur la t£te d'Oger une couronne d'or a laquelle &ait attache* le don d'im-
mortelle jeunesse , et lui donne un anneau qui le fait revenir de l'Age de cent ana a celui de
trente. M. De Sismondi a raconte cet episode d'aprds le texte en prose. De la list, dm midi
de I 'Europe , Bruxelles , 1887, 1 , 185-87.
3 M. Le Roux de Lincy a donne* des extraits de ce roman & la fin du premier volume de
son Litre des Ugendes , pp. 260-284.
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au-court-Nes.
INTRODUCTION. cxxxix
S'un8 horns en east err6 ij c mille journ6cs ,
Ne fussent point par lui trois plus belles trouv£es,
Et s'6ust converse en cent mille contr£es.
Dans le roman de Guillaume-au-court-Nez > oil Adenez mele les Aom» & g«iii«um-
fables armoricaines aux fictions germaniques et le cycle d'Artus &ce-
lui de Charlemagne, les fees douent, k sonberceau, le fils de Maille-
fer, comme dans les contes de Perrault ou dans les Mille etunenuits.
Des fees animent le roman de CUomades, du m6me Adenez, qui cuomtd**.
n'a fait qu'imiter un conte arabe.
L'int&ressante histoire de Partonopeus de Blots, simple transfer- pirtono P eusdeBi<m.
mation de la fable antique de P Amour et de Psyche , sous un cos-
tume oriental, raconte les amours d'un jeune chevalier et d'une fee.
Nous avons rang6 avec Caseneuve, Lantin De Damerey et Roque-
fort, Habunde parmi les fees; mais loin d'etre une de ces essences
po&iques que d^crivent les romanciers , c'6tait une creature toute
pfeb&enne, toute yulgaire, une esp^ce de d^esse subalterne, qui
avait quelque rapport avec Diane, dans son r61e de Phoebus, du
reste la m£me qii'Hdrodias, avec Holda, Beratha ou Bertha, qu'un
christianisme grossier avait substitutes k Diane. Le roman latin du
Renard y qui semble avoir 6t6 6crit par un beige, raconte ce qui suit :
« Pharailde, fille d'Iferode (sa veritable fille £tait Salom4), aimait u g #nde de ph» r «na.
» £perdument saint Jean-Baptiste, qui ne la payait pas de retour. Le
» roi, indign6 de cette passion, en fit d^capiter Pinnocent objet. Alors
» la malheureuse princesse ordonne qu'on lui apporte la tete de celui
» qu'elle ch^rissait; elle la baigne de larmes, elle veut y appliquer
» ses fevres, mais la t£te se d&robe k ses caresses, et souffle avec tant
» de force , que Pharailde en est emporfee dans les airs. Depuis ce
» temps , saint Jean , trop fiddle k son antipathie , la force de parcou-
» rir 6ternellement les deserts du ciel. Cependant Phonneur adoucit
» ses regrets, et les respects qu'on lui rend, diminuent sa peine. Le
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cxl INTRODUCTION.
» tiers du genre humain ob&t k cette maitresse afflig^e. Depuis le
» milieu de la nuit, elle s'arr6te sur les chines et les coudriers,
» jusqu'aux premiers chants du coq. Elle s'appelle maintenant Pha-
» railde, apr&s avoir port£ le nom d'H£rodias \ » M. J. Grimm ne
itjmoiogie. comprend pas cette transmutation, que M. Bormans explique ing6-
nieusement par F6tymologie. II tire en effet le nom d'H&rodias du
grec E^w, j'aime; et Pharailde {Ware-hild) signifie en tudesque,
de Paveu de la plupart des £tymologistes, veritable amour. Ce nom
n'est done que la traduction du premier , et la superstition qu'il
repr&ente n'a peut-^tre change de denomination en Flandre que
lorsqu'il est devenu le titre d'une sainte. Les reliques de sainte
Pharailde furent transports k Gand en 1073.
Ratherius, beige, mort en 974, apr&s avoir occup£ le stege Epi-
scopal de VErone, et, par consequent, ant£rieur k la redaction
latine du Renard, se plaint que le peuple regardait comme une
reine ou plut6t comme une d^esse, HErodias, cette meurtri&re de
l'homme qui avait baptist le Christ , disant que la troisi&me partie
du monde lui appartenait , comme une recompense de l'assassinat
d'un prophete. Les mots asserentes tertiam totius mundi partem illi
traditam r£pondent k ce vers du Renard :
Pars hominum mmstm tertia strvit h*rm,
et k ces passages du Roman de la Rose *, 6d. de M. M£on, v. 18618:
i Reinardus vulpes, {&L de M. Mone, V, 1 119-1164; J. H. Bormans , Nairn in Beinardum
vulpem, fasciculus alter, p. 96.
2 A. la vente des livres de sir Thomas W...., le S7 avril 18S7, & Paris (Catal. Merlin ,
89 pp. in-8°), on a vendu sous le n* 7, un MS intitule :
G comence une vrtie histoire
Qu'en none remans de U Rose,
Qui est de moult haute memoire ,
Ou I'art d* amours est tout enclose.
C'est un petit in-4° sur velin, de 188 feuillets de deux oolonnes, a S-4 vers par chaque
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INTRODUCTION.
CXL1
Si recuident-il l por voir lores
Que ces choses soient de fores ,
Et font de tot ou duel ou feste
Et tot portent dedenz lor teste ,
Qui les cine sens ainsinc defoit
Par les fantosmes qu'il refoit ,
Dont maintes gens par lor folie
Guident estre par nuit estrie,
Erran* avecques dame Habonde ,
Et dient que par tout le monde
colonne pleine. L'&riture , de la fin du XIV* stecle , est orn& de 70 petites mignatures.
Le texte offre de grandes differences avec celui de M. M&>n. Exemples, V. 84 de M. Meon :
Et se nus ou nule demande
Comment ge voil que cil« rommans
Soit apelex, que je commans :
Ce est It rommans dela Rose.
Dame Habunde ou
Abunde.
Manuscrit :
V. 88 , imprint :
Manuscrit :
V. 100, imprime
Manuscrit :
Soit appelex , je vous comans
Ce soit le romans de la Rose.
En icelui tens dlliteus
Que tote rien d'amer s'effroie ,
Sonjai une nuit que j'estoie;
Ce m'iert avis en mon dormant
Qu'il estoit matin durement;
De mon lit tantost me levai,
Chaucu rooi et mes mains lavai.
Que toute riens (Tamer s'esjoie ,
Songoie une nuit qui i estoie,
Ce me semblott en mon dormant
En un lieu ou diduitot tant.
Com pot estre en autre ansemenf,
Et qu estoit matin : douce me nt
De mon lit tantost me levai ,
Vesti moi
Et les oiseles escoutant
Que de chanter moult %'angoissoient
Les doubt oiseillons escoutant
Qui de leur chant va'esjoissaient.
Ces lemons manuscrites sont evidemment les meilleures.
Le volume se termine par le testament de Jean de Meung.
1 Ceux qui invent en dormant.
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cxui INTRODUCTION.
Et v. 18685
Li tiers enfant de nacion
Sunt de teste condition.
Qu'il Tont trois fois en la semaine ,
Si cum destinee les maine,
Et par tous ces ostex se boutcnt
Ne cl& ne barres ne redoatent,
Ains s'en entrent par les fendaces ,
Par cbatiires et par crevaces,
Et se partent des cors les ames
Et Tont ayec les bones dames
Par leus forains et par maisons ,
Et le pruevent par tiex raisons :
Que les diversity ?6ues
Ne sunt pas en lor liz venues,
Ains sunt lor ames qui laborent
Et par le monde ainsinc s'en corent, etc.
D'autre part que li tiers du monde
Aille ainsinc avec dame Habonde ,
Si cum foles vielles le pruevent
Par les visions que truevent
Dont convient-il sans nule faille
Que trestous li mondes i aille.
II est Evident , par ces citations et par d'autres qu'on pourrait
extraire de Burchard \ mort en 1024 , et de Reginon , en 908, que
Pon confondait H&rodias avec Habunde , et que celle-ci £tait une d6g&
n&ration superstitieuse de quelque divinity celtique on germanique.
Ce devait £tre une esp^ce de dame blanche ou Fun de ces g&iies que
1 Qucsdam sceleratw muliere* retro poet Satanam conversw, dcemonum iliusionibus et
phantasmattbus seductce, credunt se et profitentur nocturnis horis cum Dikhk , paganorum dea ,
vel cum Herodiade et innumera multitudine muiierum , equitare super quaedam bestiae et multa
terrarum spatia intempestce nociie eilentio pertransire , ejusquejuseionibus velut Don** obedire
et certi$ noctibus ad ejus servitium evocari.
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INTRODUCTION. cxliii
les Celtes nommaient dusi (dusii). Guillaume d'Auvergne, passant
en revue les superstitions anciennes et celles de son temps (vers 1 200),
les lares, les p£nates, les faunes, les satyres, les speculatores , les
incubes et succubes, les nymphes , striges et lamies, « tel est, 6crit-il ,
» ce d£mon, qui, sous les traits d'une femme, parcourt, dit-on,
» avec d'autres, pendant la nuit, les maisons et les celliers, et
» qu'on appelle Satia, k cause de la sati£t6, et dame Abunde, k
» raison de l'abondance qu'ils procurent, k ce qu'on pretend, k
» ceux dont ils fr^quentent les demeures; tels sont les demons
» appel£s dames (fees, bonnes dames, bonse sociae, dames blanches),
» par les vieilles femmes , chez qui cette erreur est rest6e et qui seules
» y ajoutent foi. Elles d^bitent que ces dames boivent et mangent
)) de ce qu'elles trouvent dans les maisons , sans rien diminuer de
» la boisson ni de la nourriture, surtout si on leur abandonne la
» nuit les vases qui les contiennent, en n£gligeant de les couvrir
» ou de les enfermer. Si au contraire on les couvre ou qu'on les en-
» ferme , elles n'y touchent pas, et quittant un logis de malheur,
» elles n'y am^nent jamais ni l'abondance ni la sati&6 ! . »
Guillaume d'Auvergne dit encore plus loin : a II y a d'autres
» illusions des malins esprits qu'ils causent sou vent dans lesbois,
)> dans des lieux agr£ables et touffus, oil ils apparaissent sous la
» forme de jeunes filles ou de femmes avec les v&emens de leur
» sexe et une robe blanche. Quelquefois ils apparaissent aussi dans
» les Stables avec des flambeaux de cire, dont les gouttes se voient
» sur la crini&re et le cou des chevaux. Quant k ces femmes, leurs
» cheveux sont soigneusement tresses. On entend dire k ceux qui
» conviennent de les avoir vues, que c'est de la veritable cire que
» distillent leurs flambeaux. De ces essences qui apparaissent dans
1 De universo spirit uali, p. II , § II , c. 12, ed. de 1674 , p. 1036 ; Lantin De Damerey , le
Raman de la Rose, V, 221 , 222; J. Grimm, Deutsche Mythologie, pp. 173 et suiv., et p. 322.
Voy. plus haut la section consacree aux nains et une anecdote tiree du moine de S'-Gal).
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cxliv INTRODUCTION.
» les maisons et qu'ils appellent dames nocturnes, ils nomment la
» principale dame Abunde , k cause de l'abondance qu'elles procu-
» rent aux maisons qu'elles visitent G'est pourquoi des hommes
» sont assez sots et de vieilles femmes assez cr&lules, pour laisser k
» leur discretion leurs tonneaux et leurs garde-mangers ' . »
Dame Abunde ou Abundda, dont le nom n'est pas fort different
de celui (TAbnoba , la Diane de la For£t Noire , se confond done
avec YHtirodias, que M. Bormans croit retrouver encore dans le mot
flamand Haghe dissert. Le passage suivant est d'autant meilleur k
citer, qu'il resume les superstitions flamandes :
superstition* daman- Duvele die syn in die lucbt
des. J
En doen die menscben dicke micht....
Daer seg bet men af Tele dingbe.
Nachtridders 1 , beten si,
En syn dutele, seg bic di,
Haghedissen, Varende Vrouwen*,
Goede Kinder 4 , in goeder trouwen ,
Coubouten 5 , Alven e , Nickers 1 , Mar en «,
Minne ! bet syn duvele alle,
Die ons gberae brochten ten talle 9 , etc.
i Ubisupra, p. 1066 ; J. Grimm, Deutsche Mythologie , p. 177.
2 Nocturni, sive nocturnes equites. Voy. Burchard , Magnum voiumen canonum , Coloniae ,
1548, int. 44. Perquirendutn si aliqua femina sit.... qua se dicat cum damonum turba in
simUitudinem mulierum transformata certis noctibus equitare super quasdam bestias, etc.
3 Errantes domina.
4 Boni infantes seu pueri.
5 Nani.
6 Fata.
7 Naiades.
8 Ou nachtmerrien, nachtmaeren (incubi). Le mot maren se retrouve dans le francais
cauchemar.
9 Ces vers sont tir& d'un po£me flamand sur la connaissance de la nature. Vou. Van Wyn,
Avondst. , I , S02-306 ; H. Hoffmann , Horce Belgica , 1 19 ; J. H. Bormans , Nota in Benardum
vulpem , fasciculus alter, Gandavi , 1836, in-8°, pp. 98-99.
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INTRODUCTION. cxlv
On remarquera que le goede kinder £quivaut au cheffrd et au
ddne-chi des Irlandais et Gallois, ainsi qu'au good fellow des
Anglais.
Les vers pr6c£dens se competent par ceux-ci , qu'on lit dans Autres« P riu,iauni,
* * * f£e« , sorciires, etc.
l'&lition de Kilianus , par Van Hasselt :
Onder den naam van diergelyke grollen
Van Molik , Bullebak, van Bolder geest, Tan Kollen
En Toverteeven , van Kabouterman, van Schaeuw,
Schim, Demons , Tuymelaars, Dwaalliohtjes, Bytebaauw ,
Spehtakel , Nikker, Hex , Nachtmerrie of tint Felten,
Oom Hendrik, Zwaarte Piet , olJoris op de stellen ,
Al wat van Eunjer, Droes ! , van Drommel en Harpy,
De honderd zottigheen, warvan de ouden scbrvven,
Weerwolven , Bolder mans of Duikers , Witte fFyven.
Cette Enumeration, si longue qu'elle soit, n'est pas encore en-
tifere, puisqu'on n'y trouve point les mots meermannen , meermin-
nen > spoken, gloiiende, landmeters, het woedende heir, voorloopen
ou voorspoken y asschenpoester, etc.; ce dernier terme se traduit
quelquefois par Cendrillon. En Allemagne et aux Pays-Bas, c'est cendriiion.
pour le peuple une personne protegee par les g^nies, dont la grand-
m6re est une fee puissante et que sa m6re defend du fond de son
tombeau contre les persecutions d'une mar&tre 2 . Perrault n'a done
pas inyente le fond de Fhistoire de Cendrillon, et Popinion de
M. Walckenaer se confirme encore ici sur Forigine des contes qui
portent le nom de cet auteur.
II est digne d'attention que Vlndiculu* superstitionum du con- /*«* superstMo-
cile de Lessines, en 743, ne parle pas formellement des fees, qui
1 Hya des personnes qui croient que ce mot n'est que le nom de Drums, dont les victoires
avait rendu la renomm£e formidable.
2 Westendorp, Over het gebruik der noordsche mythologies 183, 184.
. Tom. II- *
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cxlvi INTRODUCTION.
sont probablement comprises sous les mots de divinis vel sortilegis ,
de sacris silvarum , etc. \
E. Dragons et autre* etres surnaturels.
Les dragons ail^s abondent dans les romans des trouv^res et for-
ment le fond d'un grand nombre de traditions populaires. Ces 6tres
LEdda. fantastiques ne manquent pas non plus dans YEdda, n'y eut-il que
le dragon noir qui d^vorera les corps des malheureux condamn£s au
dernier jour. Quant aux heroines mises sous la garde de pareils
Explication dcMaUet. Hionstres , Mallet en propose une explication. II remarque que Fart
de fortifier les places £tait fort imparfait chez les Scandinaves. Leurs
forteresses n'&aient que des chateaux grossterement Mtis sur des
rocs escarp£s et rendus inaccessibles par des murs £pais et informes.
Corarae ces murs serpentaient autour des chateaux, on les d£signait
sous un nom qui signifiait 6galement dragons et serpens. C^tait \k
que Ton gardait les femmes et les jeunes filles de distinction , qui
6taient rarement en surety dans ces temps ou tant de braves erraient
de tous c6t£s, cherchant des aventures : cette coutume aura donn£
lieu aux romanciers d'imaginer des princesses gard^es par des dra-
gons , et d6livr6es par d'invincibles chevaliers.
Dragous, cmbicme des Nul doute que la mythologie du nord et celle des Arabes n'aient
ravages des eaux. 1 • i • f» i 1 • 1 •
contribu^ k multiplier ces tables qui, dans certains cas, peuvent
6tre Fembl6me ail^gorique des ravages produits par le d£bordement
des eaux. Saint Romain, dit la l^gende , d&ivra, en 620 ou 628 , la
viile de Rouen d'un dragon monstrueux. Ce miracle, observe Servin,
1 M. A. G. B. Schayes considere avec raison cette piece comme tres-imporlante, et il la fait
bien connaltre dans son Essai hist or. sur les usages, Us croyances , les traditions , les ceremonies
et pratiques religieuses et civiles des Beiges anciens et modemes % Lou vain , 1834, pp. 21, 22 ,
26, 27-29. Ce n'est que par distraction qu'il declare n 'avoir pas compris depagano cursu
scissispanis (pannis) et calceis, ce qu'il traduit par la danse des pains et des pierres , au lieu de
dire tout naturellement que dans cette danse on dechirait ses vetemens et sa chaussure.
Ibid., p. 21.
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INTRODUCTION. cxlvii
cite par M. Eus&be Salverte, n'est que Pembl6me d'un autre miracle
de saint Romain, qui fit rentrer dans son lit la Seine d6bord6e et
pr6te k inonder la ville.
Le dragon a aussi repr6sent6 le g£nie du mal, le d&non. Saint
Vigor, disciple de saint Wast, puis £veque de Bayeux, 6tait figure
foulant un dragon, pour exprimer ses victoires sur Pidolatrie, k peu
pr£s comme on dessinait un dragon sous Pimage de Pempereur
Constant in, dans la m6me intention 1 . Saint Michel est toujourssuntitichei
peint terrassant un dragon vomi par Pabime infernal , 16gende k
laquelle nous sommes peu dispose k donner un sens astronomique,
quoique plusieurs traditions analogues , emprunt^es aux Egyptiens,
aux Hindoux et aux Grecs, se rapportent visiblement k la victoire
du soleil du printemps sur Phiver, et de la lumtere sur les t6n6bres,
ou k la position relative qu'occupent dans les cieux les constella-
tions de Pers^e, de la Baleine et du Serpent, etc,
Le dragon de Metz est appel6 le Graouilly, celui de Tarascon , la D r. g ons deMeu, ,
Tarasque , celui de Poitiers, la bonne sainte vermine ou la Grand
Gueule. A Rouen, il se nomme la Gargouille, k Provins il avait
nom la Ltizarde.
Beaucoup d'autres villes m^lent de semblables images k leurs
f&tes, et, k Mons, en Hainaut, chaque ann£e la place publique
offire le combat d'un dragon contre saint Georges.
On ne sait pourquoi ce saint a 6t6 substitu6 au chevalier Gilles ciue.de chin.
de Chin, de la maison de Berlaimont, k qui une tradition attribue
la destruction d'un dragon retire dans une tantere aux environs
de Mons ; ce Gilles de Chin, dont la soci6t£ des bibliophiles de Mons
vient de mettre au jour le roman 2 .
II est possible que ce chevalier, qui avait 6t6 k la croisade, s'6tant
1 Acta SS. Belgti , II , 95 , n. 10.
2 Barrois , Bibl. protyp., n°* 1293, 2298. Au lieu de Chin , on a imprime Thin.
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cxlviii INTRODUCTION.
battu corps k corps avec un £norme lion, en Palestine ' et ay ant
rapports d'outre mer une t6te de crocodile que Ton conserve en-
core, on aura tout confondu, et rattach£ cet £v£nement k une cou-
tume peut-^tre ant&ieure.
Autcurs qui om ecnt On consultera avec fruit, sur cet objet, les ingenieuses recher-
sur les traditions lo-
r«ic rei-tivc. .„* c hes d e M. Eus6be Salverte, et les dissertations de MM. Bottin, La
dragons . ' '
Doucette, Girault, Delmotte 2 , Dulaure, A.Lenoir, le baron Dupin,
De Gayla, Chandruc-de-Crazannes , Jouyneau-des-Loges , Du Che-
min-Lachenaye, tloi Johanneau , etc. 3
Ph. Mouskes raconte que le tombeau de Charles-Martel ay ant
6t£ ouvert , il en sortit un dragon :
Noirs et bideus et grans et lonx. (V. 1955.)
Formation dcsdrapon.. a On diet , c'est Brant6me qui parle, que le dragon se faict et se
» forme d'un gros serpent , d&vorable qu'il est, en d&vorant et man-
» geant plusieurs autres serpens et serpenteaux; et, pour ce, on
» donna k ce dit Caesar (Borgia) pour devise , un dragon d^vorant
1 Hie equidem Egidius de Cin, dum vixit, omnium militum in hoc sweulo viventium pro-
bissimus in armis dictus est; qui in transmarinis partibus cum leone ferocissimo solus dimicans
ilium vicit et inter fecit, non sagitta pel arcu, sed scuto et lancea. Chbo*. Gislbbeiti, 6d. Du
Chasteler, p. 44.
2 Recherche* historiques sur Gilles , seigneur de Chin et le dragon, Mons (s. d.), in-8° de
59 pp., avec 3 planches. — Le docteur Le Plat , dans la preface de sa lettre aux Alacoquistes,
decrit en tr&s-mauvais style (par parenth&se), la procession de Mons et son dragon, pp. x-xn.
3 Cf. notre article Dragons , dans le Diet, de la conversation, XXII , 57 ; Alexandre Le Noir,
Du dragon de Metz, appeti Graouilly , Mem. db l'acad. cbltiqub, II, 1-20 ; Eus£be Salverte,
Des dragons et des serpens monstrueux quifigurent dans un grand nombre de r&cits fabuleux ou
historiques, Revue encyclopBdique , mai , 1826, $01-826 ; juin , m6me annee, 628-6$8;
S. Bottin, Tradition des dragons volans, etc., Abchivbs du fiord db la prance, I, 97-110; La
Doucette , Du Graouilli de Metz , dans un article sur le departement de la Moselle , France
litteraire , liv. XI , 1882 , p. -408 ; Girault , Sur la fSte a> la Tarasque , a Tarascon , Mem. be la
societe des autiq. de PR., 1817, 1. 1 , 2 e part., pp. 421-24; Jouyneau-des-Loges, Lettre sur le
dragon de Poitiers , appele la Grand' Gueule, et sur le dragon de Niort, Mem. de l'acad. celtiq.,
V, 51-64. Ces memoires renferment aussi des dissertations de M. A. Lenoir, sur le dragon
Saint-Marcel de Paris , de M. Le Rouge , sur le dragon de Lyon, de M. Eloi Johanneau , sur
le dragon de Niort, etc.
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INTRODUCTION. cxlix
» plusieurs serpens , avec ces mots : Unius compendium alterius
» stipendium l . »
Fr£d6gaire raconte que la femme de Klodion, se baignant un Me>owi g De <r U n
jour dans la mer, fut surprise par un monstre dont elle eut
M&rowig. Fertur super littore maris > cestatis tempore, Chlodeone
cum uxore resedente meridie, uxor ad mare lavatum vadens,
terretur a hestia Neptuni, qui Minotaur o similis earn adpetisset.
Cumque in continuo aut a hestia aut a viro (facta) fuisset, concepit
ac peperit filium , Meroveum nomine 2 . VoilA une fable tout-i-fait
dans le gout des romans. Le Cointe s'empresse de dire , pour Phon-
neur de Fr6d6gaire, que c'est une interpolation. Mais Fr6d£gaire
n'&ait-il pas sous Finfluence des id£es et des pr£jug6s de son temps ,
et devait-il, comme quelques savans modernes, montrer un superbe
m£pris pour la cr6dulit6 du pass£ ?
Les chansons de gestes sont toutes pleinesde prodiges, pourtant, entire des «den.
suivant nous, celles qui se fondent sur d'anciennes sagas austra-
siennes font de ces prodiges un usage plus s6v6re. Le merveilleux
n'y estemploy^ qu'en passant et comme accessoire; Phomme indi- Genie d u word et de
viduel, sa force, son courage, voila ce qui joue le plus grand role
dans les vieilles conceptions po&iques des Francs ; mais en Orient,
Phomme moins libre , tire d'ailleurs ses moyens d'action : la po^sie
place en quelque sorte hors de lui ses vertus, ses vices, la cause de
ses succ^s ou de ses malheurs, et donne une forme fantastique a ces
id£es abstraites. Alors le merveilleux devient le principal. Cette in-
fluence s'est fait sentir dans les po&mes composes apr&s les croisades.
L'Orient se reconnalt surtout dans les metamorphoses produites A c IUO i ion reconn.it
11 .ill • .11 ii 1« fictions orienUle*.
par des breuvages et des herbes magiques, telles que celles em-
ployees par Elegast; dans les combats si souvent r6p&6s entre un Eicgtst .
1 Guv., Paris, 1824, in-8°, I, 40t.
* ffitt.fr., li,*9S-96,E, A.
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cl INTRODUCTION.
dragon blanc et un dragon rouge, dans un langage proph&ique
attribu£ aux oiseaux ', et enfin dans les notions astronomiques et les
proc6d6s industriels , qui 6taient Strangers aux nations chr£tiennes
de l'Europe , alors moins aranc£es et moins civil is^es que les Arabes 2 .
Decadence a*, rom.n*. En s'£loignant de son berceau, la po^sie h£roique se denature de
plus en plus. Elle cessa d'etre d£positaire des souvenirs des races
antiques et des moeurs des peuples; elle ne sut plus interesser par les
peintures generates et vraies de l'humanit£. Des fictions pu^riles
Fabsorb&rent, et sans suivre le mouyement des esprits qui d£si-
raient, peut-^tre k leur insu, que la draper ie de ces fictions accus&t
quelque pens^e, sans devenir plus s£v£re sur la forme, quand l'an-
tiquit£ retrouv^e offrait des formes si pures et si admirables, elle
tomba dans une bizarrerie d£nu£e d' imagination, dans une pu£rilit6
priv£e de gr&ce et de naivete. Voili ce qui explique les jugemens
s£v£res de quelques esprits distingu£s, sur les romans. Don Qui-
chotte, le dernier des chevaliers errans, donna le coup de grAce k
ces productions, dont on s'exag&re maintenant le m&rite, en vertu
de cette loi de reaction qui fait succ^der une extreme faveur k une
indifference extreme.
Mais jusqu'ici nous n'avons parte que des machines ^piques.
Occupons-nous des h6ros eux-m^mes, du moins des plus c61£bres
parmi ceux que mentionne Ph. Mouskes.
2. h£ros des chansons de geste.
A. Charlemagne.
Cette grande figure domine le moyen Age. De son vivant Charles
1 Walckenaer, Lettres sur les contes de fifes , 1826 , p. 105. v
2 La l£gende de Gudrun ou Gudruna , rapporte qu'elle avait mange* une partie du aeur de
Fafner et qu*elle avait acquis par Ik Intelligence du langage des oiseaux. Gudrunar quida ,
Edda s^mehd., 11 , 270 , cf. K4tr4n , herausg. yon A. Ziemann, Quedlinb., 1835, in-8*.
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INTRODUCTION. cli
apparut aux yeux des peuples sous des formes colossales, et en effet,
la nature Pavait rev£tu de force et de genie. Un tel prince apparte-
nait de droit k la po£sie qui a eu la pretention d'en savoir sur son
compte beaucoup plus que Phistoire.
Dans Turpin, Charlemagne est un g£ant; il estdoue d'une vigueur Merveuieuxaiucwaia
surhumaine. Godefroid de Bouillon , autre heros populaire d'une mt « nc
epoque plus recente, a ete represents sous les m&mes traits. Corame
lui, dit-on, il coupait d'un seul coup un infid&le par le milieu du
corps, et sa main terrible broyait les corps les plus durs \
Gependant ce monarque vainqueur dans tout l'univers et dans son r6u d.„« i es ro -
mille autres lieux , s'il est permis d'appliquer k un homme si pro-
digieux, une facetie de theatre, qui rend pourtant assez bien Pexa-
g&ration naive des trouv^res, ce roi des rois que le ciel protege,
voit se soulever contre lui, dans les romans, de simples vassaux,
d'indigens chevaliers. C'est que le moyen age avait efface Punite
monarchique pour eparpiller partout la puissance, c'est qu'il avait,
en dSveloppant la f6odalite, mis sans cesse en action le principe de
la resistance individuelle. Done, malgre sa gloire, les trouvSres ne
voyaient dans Charlemagne que le suzerain feodal , c'est-A-dire le
prince sans autorite centrale , dependant de ses barons, et que sou-
vent ses barons bravaient impunement.
Que si Charlemagne, dans les monies ouvrages, verse sou vent des
larmes, il partage cette faiblesse avec les guerriers les plus intre-
pides. Ces hommes de fer qui affrontaientgatment lamort, n'etaient
point defendus par la reflexion contre les peines de PAme 2 .
Aux XII e et XIII e siedes, on chantait dans les rues, au son du
violon % les gestes de Charlemagne et sans doute aussi de ses com-
pagnons. Gilles de Paris, dans son po^me, en partie inedit, intitule :
1 Paquot, Mhn. litt., HI, 3.
2 V. 21294.
* FieUa, viiula , vidula, violon ; rocta ou rota , vielle.
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clii INTRODUCTION.
Carolinus , compost pour Louis VIII , fils et futur successeur de
Philippe- Auguste, et dont le cinquteme livTe a seul 6\A public par
Du Chesne, ensuite plus exactement par Dom Brial, dit, en com-
mencant le premier livre :
De Karolo clari prmclara prole Pepini ,
Cujus apud populos venerabiU nomen in omni
Ore satis claret, et decantata per orbetn
Gesta solent tnultis aures sopire vielis.
Pendant les premiers stecles qui suivirent sa mort, Charlemagne
et ceux qui formaient sa suite ordinaire, durent remplir la Belgique
de leurs noms, de leurs paroles, de leurs gestes. En effet, malgr£
ses expeditions fr&juentes et ses voyages r£it£r£s, Charlemagne de-
meura souvent dans la partie de l'Austrasie qui est maintenant la
Belgique, oil il est m&me possible qu'il ait re$u le jour. Les monu-
mens existans, nous apprennent qu'il c£l£bra les f£tes de Noel ou
celles de P&ques :
En 768, k Aix-la~Chapelle,
En 769, k Duren,
En 770, k Li6ge,
En 771, A Herstal,
En 772, k Herstal,
En 773, iThionville,
En 776, k Herstal,
En 777,&Nim6gue,
En 778, k Herstal,
En 783, la Paque k Thionville; Noel, k Herstal.
En 784, k Herstal,
En 788 et les onze ann£es suiyantes, k Aix-la-Cha-
pelle,
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INTRODUCTION, cliii
En 806, AThionville et k Nim^gue,
En 807 et jusqu'i la fin de sa vie, k Aix-la-Cha-
pelle.
II conyoqua £galement les assemblies publiques dans ces lieux ,
et en 771 , il en tint une k Valenciennes.
L^pisode de Charlemagne et d' Amalberge se passe en Belgique ! . Amuberge.
Cest dans la langue de la moitte des Beiges qu'a 6t6 racont^e la
16gende de Charles et $ftUgast> mentionn^e, en passant, par Albe- u g cnde a. cwi« et
ric de Trois Fontaines, qui cite son autorit£ : utin cantilena dici-
tur 2 , et k laquelle le fabuliste allemand Vrouwenlop 3 et l'auteur
du Titurel 4 font allusion. II est vrai que les profonds philologues
Van Wyn et J. Grimm 5 sont d'avis qu'elle n'a pas6te 6crite originai- mm. v.* wyn *
rement en flamand; ils estiment qu'elle a 6i£ emprunt^e k une saga
danoise, oil Eggerik d'Eggermonde (Aigremont) est remplac£ par
Ramfroid, comte deTungerborg, qui ambitionne de devenir roi de
Tongrie, et oil la sc6ne est dans les Ardennes, ce qui semble annon-
cer que le trouv&re danois a consults quelque legende austrasienne ,
et que la saga danoise est plus beige au fond que le po6me flamand.
Cette nouvelle, £tincelante d'originalit6, dans laquelle Charles-
le-Grand, par ordre du Ciel, s'associe k une troupe de voleurs, a
6t6 imprim£e trois fois , mais il reste k peine un exemplaire de cha-
cune de ces Editions. De celles-ci, M. Hoffmann de Fallersleben m. Hoffman deF.iie«.
qui a r&mprim6 le po£me 6 , n'en connaissait que deux. M. Serrure M.sermre.
1 Tome I OT , p. 167 , et plus bag article de Turpin.
2 Ad ann. 788 ,Leibnitzii Access., t. II, p. 1 , p. 120.
3 Mort a Mayence , en 1317. Voy. Bragur, II, 381 , 382.
* td. de U77, str. 4153 , fol. 202.
5 Avondstonden , I, 308-312; Museum fur altdeutsche LUeratur und Kunst, II (1811),
226-236.
6 HorcB Belgicw^lY'j Caerl ende Elegart, Lipsiae, 1836, in-8°. Ce poeme contient 1380
vers; Hotcb Belgicm, I, 62; Siegenbeck, Precis de Vhist. litt. des Pays-Bas, trad, par
J. H. Lebrocquy , Gand, 1827, in-18, p. 29.
Tom. II.
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cuv INTRODUCTION.
m. Mone. a d&xmvert la troisteme. De son cote, M. Mone a publie dans ses
Anzeiger \ un fragment de 237 vers, d'aprfes une feuille de par-
chemin qui avait servi k la reliure d'un manuscrit de la biblioth6-
que d' Arras, et son texte est preferable k celui des imprimes, sous
le rapport de la puret£ de la langue et de l'anciennet£ des formes.
L^criture de ce fragment n'est pourtant que du XIV e si6cle.
m.j DcSaiot-Genois M. le baron Jules De Saint-Genois, qui, dans V Observateur
du 28 mai 1836, avait ins£r£ un article piquant sur Caerl ende
Elegast, a enrichi le Messager des sciences et des arts de la Bel-
gique 2 d'une traduction fiddle et libre k la fois , dont il a fait tirer
k part un petit nombre d'exemplaires. Pour nous, nous en avons
essay 6 une imitation en vers fran$ais, qui trouvera sa place ail-
leu rs.
Enfin M. Champollion - Figeac vient de publier un fragment
in&lit de la fin du VIII e si&cle , relatif k Fhistoire de Charlemagne 3 .
Apres le h£ros, le chantre.
B. Turpin, Tulpin, Tilpin.
p.r
Histoire du vr.i Tar. Get eccl£siastique , auquel on donne quelquefois le prtinom de
Jean, et qui, d'apr^s Gilles de Paris, auteur du Carolinus, portait
aussi le nom d'Eutopius, fut d'abord moine k S^Denis. II devint en-
suite archev&jue de Reims, et son nom est plac£ le vingt-neuvi&me
ou le trenti&me dans le tableau chronologique des pr£lats de cette
^glise, entre Abel et Wlfar. Toutefois les savans different entre eux
sur Fannie de son Election. De Gastillion 4 la place en 756 et Dom
1 1835 , 832, 337. Beaucoup de vers du fragment sont incomplete.
2 1836, 199-229.
3 Paris , F. Didot , 1837, in-8° d*une feuille et demie , avec un fac simile. Cf. une disserta-
tion de M. Eloi Johanneau , intitulce : Variant es sur V histoire fabuleuse de Charlemagne.
4 Sacra Belgiichronologia, Brux., 1719, p. 262.
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INTRODUCTION. clv
Rivet ', en 753. Cette derniere opinion parait la plus probable k
M. Daunou 2 .
En 769 , Turpin assista , avec onze preiats fran^ais , au concile de
Rome, oil Etienne III fit condamner Panti-pape Constantin. Le
Recueil des historiens de France 3 contient une lettre que lui
adressait Adrien , vers 775.
Entre autres bonnes ceuvres, il enrichissait la biblioth6que de
son egfise, et faisait copier des livres. II obtint de Charlemagne
quelques privileges. Tritheim et d'autres ecrivains ajoutent qu'il
etait le secretaire de ce prince, son ami, son compagnon d'armes;
mais \k , dit M. Daunou , commencent des details fabuleux, indignes
de Phistoire.
On raconte, par exemple, que l'archeveque voyant Charles res-
ter eperdument amoureux d'une femme morte , saisit un moment
favorable pour visiter le cadavre de la defunte, y trouva un an-
neau sous la langue, s'en empara et devint ainsi lui-m£me l'objet
de la passion du monarque, jusqu'i ce que l'anneau ayant ete jete
dans un lac, Charlemagne , epris des charmes de ce lieu , y fit bAtir
un palais , un monast&re et un tombeau oil il voulait £tre enterre.
II ne serait pas etonnant que Turpin eut ete un pr£tre guerrier,
puisqu'en 743, au concile de Lessines, Carloman avait ete oblige
de defendre aux pr£tres de prendre les armes et de faire la guerre.
Cependant il avait regie qu'un ou deux preiats seraient choisis par
le prince pour ceiebrer Poffice divin k l'armfe, et porter avec leurs
chapelains les reliques des saints qui lui servaient de sauvegarde.
Cette defense ne fut gu^re respectee , et Charlemagne se vit oblige
de la renouveler par la suite. Turpin a done pu etre un de ces digni-
1 Hist. Hit. de la Fr., IV, 205.
2 Biograph. univ., XL VII, 94.
» V, 598-95.
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clti INTRODUCTION.
taires, d£sign£s par le prince pour Faccompagner dans ses expedi-
tions , et que la n6cessit£ forsait quelquefois k payer de leur personne.
II n'est pas facile de determiner l'ann£e oil il mourut. Aubert Le
Mire * adopte Pan 811; Gastillion fixe ce d6c6s au l er novembre 795.
m d.dooo. D'autres conjectures varient entre 788 et 830; M. Daunou penche
avec les auteurs de la nouvelle Gallia Christiana 2 , pour 794, ou
plutot avec Dom Rivet, pour 800; il pr6f6rerait m^me cette derni&re
date, maisen ne la donnant que comme approximative.
Turpin fut inhum£ dans son £glise ; Hincmar lui fit une £pitaphe
en dix vers latins. Suivant des bruits populaires, Turpin, mort A
Roncevaux , ou Ton conservait d'^normes pantoufles, qui pr6ten-
dument lui avaient appartenu % fut enseveli dans Pabbaye de Sor-
dres, pr&s d'Ax, au pied des Pyr6n£es, en presence de Ranulphe
et d'Albon, fibres de Samson , due de Bourgogne, comme portait la
pancarte de la fondation de Charlemagne , que J. De la Haye 4
assure avoir vue entre les mains du sieur D'Achiles, abb£ dudit lieu;
chose tr^s - possible , les chartes fausses, les dipl6mes fabriqu&
6tant malheureusement trop communs.
I/archev£ch6 de Reims resta vacant pendant les premieres an-
n6es du IX e si&cle; Charlemagne le retenait sous sa puissance, ce
qui suffiraitpourr&iiter Fopinion de ceux qui prolongent la carri&re
de Turpin j usque sous Louis-le-D6bonnaire 5 .
Turpin, suivant Tritheim, £tait aussi fort en prose qu'en vers,
carmine etprosa exercitatum hahens ingenium.
II 6crivit, dit-il {scripsit eleganter), Gesta Caroli Magni libris II,
Epistolarum ad diversos librum I.
1 Bibl. ecclee., Antv., 1639, in-fol., p. 228. (Cette pagination se reproduit deux fois par
erreur typographique.)
2 IX, 28-30.
3 GaUlard, Hist.de Charlemagne, II, 201.
4 Les me" moires et recherche* de France, p. 40; F. Michel, la Chanson de Roland, p. 219.
5 Daunou , Biogr. univ. y 1. c.
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INTRODUCTION. clvii
On attribuait de plus k Turpin un ltpitome des rots, qui fut
traduit en frangais au XIII e si&cle \
II est aujourd'hui de la plus complete inutility de prouver que le
roman qui porte mal k propos le titre de Chronique ou d'histoire
de Charlemagne, ne peut £tre de Turpin. Mais il serait curieux de
fixer l'^poque de la redaction et le nom de Pauteur de cet ouvrage,
en indiquant les mat£riaux qui ont servi k le composer.
Papire Masson le croyait £crit un peu apr&s le r6gne de Charles- opinion, d™™* ,«,
le-Chauve, c'est-A-dire vers 877 de^ e i™/ t r*n a t n
DeMarcaetDom Rivet au X e stecle 900-999
L'abb6 de Longuerue, deux si&cles apr&s la mort de
Charlemagne 1014
Huet , au XI e stecle.
Gui Allard et M. Daunou 1092
Voltaire, k peu pr&s vers le m6me temps.
J. H. Schminck, 6diteur d'Eginhard (Utrecht, 1711,
in-4°) 1100
LaCurnedeS te -Palaye 1100
CasimirOudin 1109-1124
Ginguen^, j 1100-1124
L'abb£DeLaRue,j
M. Sismondi, au commencement du XII e sifecle ou
en 1085
M. Marchal 1154
De Foncemagne et Dom Brial, un peu avant. . . 1 170
M. Mone, dans la seconde moitte du XII e stecle.
M. P. Paris , du X e au XIII e stecle.
Entre ces diflforentes opinions, s'il en est plusieurs qui donnent au
roman attribu6 k Turpin une anciennet6 trop grande, il en est
1 L'abte Lebeuf , Mem. de Vacad. des inscriptions et belles-lettres , XVII , 7S8.
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clviii INTRODUCTION.
d'autres, au contraire, qui le rajeunissent de plusieurs ann£es. Cest
le terme moyen qui fournira encore cetle fois la v£rit6.
Cherchons d'abord dans Pouvrage m^me ses caract£res d'anti-
quit£ ou de jeunesse.
Le, doute pairs Les douze pairs de Charlemagne paraissent dans une foule de
romans et d'autres poesies , m£me dans ceux qui sont consid6r6s
comme les plus anciennement composes. Turold, auteur de la
Chanson de Roland, ne manque pas d'entourer Charlemagne de ce
noble cortege.
Le roman du Brut, de R. Wace, contient peut-6tre la plus an-
cienne mention po£tique des douze pairs. Gofier, roi des Poitevins ,
va demander du secours en France :
Li rois en ot dol et pesance ,
Por querre aie ala en France ,
As dose pers qui la estoient,
Qui la tcrre en douse partoient,
Cascuns des douse un fi£ tenoit
Et roi apeler se faisoit.
Gil douse ont a Gofar promis
A vengier de ses anemia '.
Or on sait que le Brut fut compost en 1 155, et \oilk qu'i cette
6poque, les pontes eux-m6mes parlent des douze pairs comme d'une
institution bien connue, et qui, par consequent, n'^tait pas de la
veille. D'oii il suit que Le Grand D'Aussy 2 et tous ceux qui ont sou-
tenu la m£me opinion que lui, se sont tromp^s en ne pla$ant l'6ta-
blissement des douze pairs qu'au commencement du XIII e sitale.
Autre preuve dans le roman d' Alexandre, dont les premieres
1 Philippe Mouskes, v. 28849; Hist. lift, de la France , XV, 162 ; XVII , 621.
2 Notices et extraits des manuscrits , etc., V, 112.
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INTRODUCTION. cilx
branches sont du XJI e si6cle. Aristote conseille k ce prince de cr^er
douze pairs , qui auront la conduite de ses troupes :
Elisez douze pairs qui soient compaignon ,
Qui menent vos bataille par grant d^vocion.
Mais ce n'est pas seulement le monarque qu'on repr^sente entre
ses douze pairs. Les vassaux, m6me inferieurs, affectaient ce nom-
bre, soit k Pexemple du maitre , soit conform^ment k des coutumes
dont Forigine est ignor^e.
II Tot en Vauvenice {Fauv enter) XI 1 per* molt felons.
P arise la Duchesse , p. 4.
Dedens le chastel Wriol
Avoit XII per* k estage.
Le Lai fflgnaurfo , p. 6 , 7.
L^glise de Cambrai avait ses douze pairs , qui y furent cr6£s , a en
croire Carpentier, par Pempereur Othon *, en faveur de P6v£que
Rothard , d6c<kI6 vers Tan 995 2 .
II existait^galement en Hainaut douze pairs , que Vinchant, avec
assez de vraisemblance , pretend avoir £t6 institu^s par la comtesse
Richilde et son fils Baudouin, apr&s Tan 1076 3 .
Leur existence, avant Tannic 1 165 , est certaine, puisque Nicolas,
6v6que de Cambrai, en parle dans une charte qui porte cette date et
ou ce pr^lat se reporte k une 6poque beaucoup plus recuse : . . . Arm-
quitatis argumento, comitem et servientes suos, ministeriales quo-
que, dapiferum scilicet, pincemam, pistorem, camerarios et
portarium, cocum et culcitrarum portitores , duodecim etiam pares
1 Nous avons eerit indistinctement Othon ou Otton , suivant les textes places sous nos yeux.
2 Hist, de Cambrai, 1 , 94.
3 Annales , etc., p. 10.
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clx INTRODUCTION.
cum domestivis et servientihus , et canonicos cum familia sua,
parochianos et Johannis fuisse collegimus \
Nous avons trouve, dit l'6v£que, par des documens anciens, que
les douze pairs de Hainaut etaient paroissiens de saint Jean. Ge pas-
sage decisif a 6chapp£ a Dom Brial et aux autres Remains qui ont
recherche Porigine des douze pairs en France.
Les chroniqueurs veulent qu'en Flandre ce soit Baudouin-Bras-
de-Fer qui ait £t£ le fondateur des douze pairs. Rien ne prouve cette
assertion, mais il est certain que ['institution remontait tr£s-haut,
puisque, suivant Meyer, Robert-le-Frison £leva, en 1069, le sei-
gneur d'Ardres au rang des douze pairs, et que celui-ci cr6a lui-
m6me, dans sa petite seigneurie, douze semblables pairs, vers le
m6me temps 2 .
Si Ton doutait du fait avanc6 par Meyer, il faudrait se rendre k un
document authentique, d^couvert par M. Moke : e'est un fragment
de la paix jur£e par Robert de Jerusalem , comte de Flandre, qui
r6gnade 1093 k 1111. On y lit :
Nohilis et miles cum XII de paribus suis sacramento sepurget*.
Ge passage n'est pourtant pas relatif aux douze pairs du comte,
mais etablit que dans l'esprit des institutions du pays, le nombre de
douze pairs * £tait depuis long-temps reconnu comme n6cessaire
dans certaines procedures et affaires litigieuses.
C'est dans les lois et usages des Francs qu'il faut chercher la
raison de restitution des douze pairs, plutot que dans des hypo-
theses plus ou moins ing£nieuses, mais tiroes de loin.
Un acte de Childebert et de Chlotaire, qui appartient k peu pr6s
1 Miraeus, Notitiaeccles. Belg.^c. 84; Oper. dipL, I, 697.
2 Warnkcenig, Hist, de Fl., II, 101.
3 Le merae, ibid., I, 168, note.
4 Les pairs de Valenciennes n'&aient que six en nombre , comme les anciens pairs laiques
de France.
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INTRODUCTION. clxi
k l'ann£e 593, porte :
Si quis ingenuam personam pro furto ligaverit, et negator
extiterit, duodecim juratores medio* electos dare debet quod furtum
quod objicit, verum sit l .
Des capitulaires ajout£s k la loi des Allemands, vers 630, con-
tiennent ces dispositions :
Si quis in revo plagatus fuerit in pectus aut in latus, solvat
solidos duodecim , aut cwm duodecim medios electos (sic) jure t 2 .
Si quis alterius ingenuam de crimina seu stria aut herbaria
sistit ipsam cum duodecim medios electos.... componat 3 .
L'auteur des Gesta Dagoberti, qui vivait au commencement du
IX e si&cle , parlant d'une dissension 6\e\6e entre Clotaire et son fils
Dagobert, dit qu'ils choisirent douze arbitres pour terminer leur
difl&rend : Electis igitur ab his duobus regibus duodecim francis ,
ut eorum disceptatione hcec finiretur intentio \
II serait facile de multiplier les citations et de montrer partout la
n6cessit6 des duodecim juratores , duodecim medii et electi, duo-
decim testes y duodecim sacramentales * , etc.
Que conclure de tout ceci ? Que non-seulement les douze pairs de
France existaient avant le XIII e stecle; mais qu'ils 6taient ant^rieurs
k Fannie 1 179, oil Ton veut que Louis-le-Jeune les ait cr66s % sans
cependant admettre avec Favin , qu'ils aient 616 institu6s par le roi r„m.
Robert.
Qu'en outre , quand m&me on les aurait £tablis k cette £poque , il
n'6tait pas n^cessaire d'aller en chercher Yid6e dans un roman ,
* Baluze et Chiniac , Capital., 1,15.
* Ibid., 85.
3 Ibid., 87.
4 Becueil des hist, franc., II , 582 , E.
* Capitul., 1,65,115, 117,121, 126, S20, 1265.
6 Van Praet, Catalog.de La Falliere, II, 159.
Tom. II. v
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clxh INTRODUCTION.
ainsi que Pa pens£ Dom Brial , qui s'imagine que la reputation du
faux Turpin a pu inspirer l'id£e de borner le nombre des pairs k
douze.
D'abord parce que ce nombre se trouve dans les premiers monu-
ment l£gislatifs des anc&res des Frangais ; en second lieu, parce que
des princes et vassaux auraient offert aux rois de France un exemple
plus puissant et plus significatif qu'un simple livre ; enfin , parce
que les douze pairs ne sont pas m£me dans ce livre, d'oii on les fait
deliver.
Dom Br«.i. II est d'autant plus surprenant de voir le docte Dom Brial affirmer
que les douze pairs sont mentionn£s dans Turpin, que cette assertion
pr6c£de le texte m£me de sa pr&endue chronique : Ut emm daminus
noster Jesus-Ckristus una cum duodecim jlpostous suis et discipulis
mundum acquisivit, sic Carolus, rex Gallorum et imperator Ro-
manorum, cum his pugnatoribus Hispaniam acquisivit ad decus
nominis Dei \ His pugnatoribus , voilA les mots oil Dom Brial trouye
les douze pairs de France, tandis qu'il n'est question ni de pairs,
ni de douze, et que his se rapporte k des paladins d6j& nomm& et
dont le nombre est beaucoup au-dessus de douze.
Eichoro. Cette erreur a 6\6 commise aussi par Eichorn , qui , pour fortifier
son opinion (d'ailleurs probable), que Turpin a puis£ dans les r£cits
orientaux beaucoup de choses qu'il a racont£es de Charlemagne ,
dit , entre autres, que ce monarque , entour6 des douze pairs, rap-
pelle Kaihon entour6 de douze seigneurs.
Le faux Turpin ne parle done pas des douze pairs, et cela est un
signe d'antiquit6 qui lui assigne une place ay ant tous les romans oil
il en est question, et dont on ne saurait citer jusqu'ici aucun qui
soit d£monstrativement du XI e si6cle.
1 Ch. XI du faux Turpin , p. 496 de notre premier volume. Recueil dee hist, frame ., XVII ,
p. xxii de Disquieitio de origine pareriarum Francim et de instUutione duodecim parium.
Hist. litt. de la France, XVII, 256. Journal dee eavane, hot. 18*2, p. 670.
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INTRODUCTION. clxiii
U ne resterait qu'une objection k faire : ce serait de soutenir que
l'auteur du faux Turpin, pour mieux deguiser son artifice , a eu
soin de passer sous silence une particularity qui aurait pu le trahir.
Mais cette raison serait bonne , s'il avait pris constamment cette
precaution et si sa chronique n'etait pas un perpetuel anachronisme.
Continuous notre examen.
Le faux Turpin dit que Charlemagne soumit k son pouvoir une Examen d« u chroni-
multitude de contr£es , parmi lesquelles la Lorraine ou Lotharingie l . Jie-meme.
Or ce dernier nom ? on le sait, ne commen9a k etre en usage que,
lorsqu'en 855, Lothaire II, second fils de Pempereur Lothaire,
obtint la partie de PAustrasie k laquelle s'attacha son nom; m£me
M. Daunou ne veut point reconnaitre Pusage de cette denomination
g^ographique avant Pannee 901 2 .
Des noms de fiefs et seigneuries qui n'existaient pas non plus du
temps de Charlemagne, se rencontrent en outre dans Turpin, qui
a du etre fabrique par consequent apr£s le IX e si&cle.
Dans un autre endroit, Turpin dit que Charlemagne donna le
Portugal aux Danois et aux Flamands. Terram Portugallorum
Dads et Flandris dedit \ Mais le nom de Portugal, observe M. Sis- m. asmon*.
mondi 4 , ne doit avoir commence qu'avec cette monarchie, dans
le XII e siede ; toutefois il paralt dans la seconde moitie du XI e ,
mais pas avant. Le plus ancien titre oil ce nom ait et6 employe est
de Fan 1069. On le conserve soigneusement dans le monast&re
d'Aroun 5 .
Done remontant de plus en plus vers le present , nous sommes
1 C. II , t. 1 , p. 490.
2 Biograph. univ., XLVII , 94.
» C. XVIII, 1. 1, p. 505.
4 De la lift, du midi de F Europe, 6d. de Brux., 1837, 1, 180, note.
5 Gaetano de Lima, Geogr. hist., 1 , 86; Maltebrun, Precis de la gtogr. unit., ecUtion de
Bruxelles, Berthot, 1829, IV, 822.
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cmv INTRODUCTION.
autoris£s k conjecturer que la Chronique de Turpin n'a point pr£-
c£d£ la derntere moiti£ du XI e stecle.
Le terme Daci lui-m£me, pour Dani, est, jusqu'A un certain
point , Pindice d'une 6poque r6cente. II ne se lit point dans Saxo
Grammaticus, qui mourut vers 1204. Gependant cette expression a
6t£ employee au XII e si&cle. M. J. Grimm en cite des exemples f ; il
y a plus , deux ^crivains du X c sifecle , publics Tun par Du Ghesne a ,
Pautre par M. Pertz, emploient ^galement cette forme , si du moins
leur texte n'a pas 6t6 alt6r6.
Ainsi cette observation ne renforce point la pr^cedente.
Turpin, au chapitre XVIII, fait cette description : Et erant
omnes Saraceni simul coadunati, et in medio illorum erat plans-
trum y quod octo 3 boves trahehant, super quod vexillum rubeum
eorum elevabatur : mosque erat quod nemo fugeret, quamdiu
vexillum eorum ereclum videret 4 .
Dans la note sur limitation de ce passage, par Ph. Mouskes,
nous avons cit£ le caroccio de Milan, d£crit par Girolamo della
Corte 5 .
Les auteurs de P Art de verifier les dates avancent que le caroccio
fut invents par H^ribert, archev&jue de Milan, pendant la guerre
qu'il faisait k Pempereur Henri-le-Noir, vers Pan 1039 6 .
Le caroccio (en allemand Fahnentvagen) paratt dans les croisades
et Godefroid Vinisauf le repr&ente en detail 7 , sous Pannee 1191.
1 Beinhart Fucks, p. Lxxxvm.
2 Dudo de Moribus Nortnann., lib. 1 ; Du Chesne, pp. 68-64 , Chronicon degestxs Norman-
norum in Francia, dans Pertz , Mon. Germ., I , 532.
3 La trad, de 1527, met septbcsufs.
4 T.I, p. 505.
5 V. 6866.
6 Ed.in-8°, VII, 813.
* IV, 10, p. 349; Wilken, Gesoh. der Kreuttuege, IV, 899, VI, 148, 249; Mtchaud,
Hist, des Croisades , 4 e ed., II , 410 , HI , 468.
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INTRODUCTION. clxv
Get £tendart ne pouvait pas avoir 6t6 emprunt£ aux Sarrasins ,
puisqu'd. la vue de celui des chr&iens ils s'effray&rent.
Done encore une fois e'est apr&s le milieu du XI e si&cle qu'il faut
chercher l'originedu romande Turpin.
On a remarqu£ qu'il y est fait mention du chant musical £crit chMuurquttreiigor
sur quatre lignes, pratique qui ne remonte qu'au XII e si&cle ! .
Mais le passage relatif k cette innovation musicale ne se trouve
que dqns une des additions qui paraissent post£rieures au texte
de Turpin, et ne font point partie des chapitres publics par
Schardius et Reuberus. Voici , du reste , ce passage : Et sciendum
quia non est cantus secundum musicam, nisi per quatuor tineas
scrihatur 2 .
L 9 abb£ De la Rue , philologue instruit et judicieux , mais par-
fois dur et tranchant, prononce que notre roman ne fut fabriqu£
que dans les premieres ann£es du XII e si&cle, puisqu'il y est ques-
tion de la premiere croisade 3 . Nous avouons qu'il nous a et£
impossible d'y d^couvrir cette mention, ni m£me rien qui s'y rap-
porte.
Comment le Turpin aurait-il fait son apparition dans la premiere
moiti£ du XII e si&cle, et k plus forte raison dans la seconde, si d&s
Fannie 1 122 (1 123) , le pape Calixte II Finvoquait comme authen- Le P . P ec«i»*te ».
tique, ce qui suppose une vogue fort ant£rieure? On a 6t6 chercher
ce fait dans le Fasciculus temporum et dans le Magnum Chronicon
Belgicum. Sans prendre la peine de verifier la citation , on pouvait
recourir aux lettres du pape Calixte, dont M. P. Paris a donn£ en
partie Poriginal 4 , et qui ont £t£ traduites k la fin du roman de
Turpin, de P&lition fran^aise de 1527, sous ce titre : E&pistredu
1 Daunou , Biogr. univ., XLVII , M. I/abte Le Beuf a fait la m6me remarque.
1 Voy. notre tome I 61 ", p. 627.
1 Essais hist., I, 1S6, note.
4 Le$ manuscriis francais, Paris , 1886 , 1 , 215-16.
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clxvi INTRODUCTION.
pape Calixte touchant les pardons et indulgences de ceux qui meu-
rentpour la foy de nostre seigneur contre les infiddles. Apr&s une
exhortation k imiter ceux qui combattirent les infid£les, on lit :
Vous savez comment Charlemaigne , roy des Gaules, tr&s-bien
famd et renommd, a surmonte tons auUres roys chrestiens en allant
es Espaignes et plus faisant de chemin que nul aultres, par peine*
et laheursy en mettant les infid&les a mort y et les combattant ; et
comment le benoist Turpi* , arcevesque de Reims , son associti et
compaignon a relachd lespesches et offences de tous ceulx qui furent
et iront aux Espaignes pour combattre la gent infidele comma
nous lisons dedans ses gestes , etc.
A la fin il est dit : Bounce en Vesglise de Sainct Jehan de Latran
au jour du dimenche de Letare Jerusalem, prtsens et assistans
cent evesques au concille depuis Pasques jusques a la feste sainct
Jehan-Baptiste, etc.
G'est le neuvi&me concile g£n£ral ou concile de Latran, assemble
depuis le 18 mars jusqu'au 5 avril, selon Mansi, ce qui ne r6pond
pas exactement k Paques, arriv£ , en 1 122, au 26 mars, et, en 1 123,
au 15 ayril, ni k la f&te de saint Jean-Bap tiste , dont la nativity se
c£l&bre le 24 juin et la decollation le 29 aout. En outre, il se trouva
k ce concile , non pas seulement cent ev&jues, mais plus de 300, et
plus de 600 abb& , en tout pr&s de mille pr&ats.
II y aurait, on s'en aper$oit, quelques motifs de suspecter cette
pi&ce, que le P. Labbe n'a point admise dans le vingt-septi£me
volume de ses Concilia. Toutefois l'anciennet£ des manuscrits atteste
que le roman de Turpin existait avant le XII e si^cle. Vers 1160,
Julien, archev&jue de Tol6de, en trouva un dans Fabbaye de
Geoffroi, P rieurdu vi- St-Denis; peu d'ann£es apr&s, Geoffroi, prieur du Vigeois, en rece-
vait un autre, d£j& fort vieux, envoys d'Espagne, et en offrait au
clerg£ de Limoges et aux religieux de S t -Martial le texte rectifte et
amplify, avec une preface, seul reste de ce travail , laquelle nous 4
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INTRODUCTION. clxvii
6b6 conservde par Oienhart \ a J'ai re?u derni&rement de l'Hes-
p£rie, avec une grande satisfaction , dit-il , l'histoire des triomphes
6clatans de Charlemagne , et des hauts faits d'armes par lesquels
l'illustre comte Roland s'est distingue dans ces expeditions. Je Pai
fait copier avec grand soin, attendu que nous ne savions de ce
qu'elle renferme que ce que les jongleurs en racontaient dans leurs
chansons. Comme le texte, par la negligence des copistes, en 6tait
corrompu et le caract&re presque efface en plusieurs endroits , je
me suis appliqu£ k le corriger, non en retranchant les choses qui
m'ont paru superflues, mais en ajoutant des choses essentielles qu'on
y avait omises 2 . Toutefois de peur que quelqu'un ne s'imagine que
je veux par Ik d&roger aux louanges si bien m£rit£es du c£l&bre
Turpin, je declare que j'implore le suffrage de ce grand pr£lat, pour
obtenir gr&ce au tribunal du souverain juge. »
Oienhart conclut de 14 que ce roman ne devait pas 6tre fort oienwt.
ancien vers 1178, puisqu'on n'en avait point de connaissance en
France avant ce temps. Mais pour 6tre inconnu dans le Limousin ,
il ne l'&ait point n£cessairement partout , et le d£faut de relations
litt&raires qui se faisait sentir alors, rend cette observation plausible.
Dom Brial, pour r^futer Oienhart, presume qu'on n'envoya d'Es-
pagne, k Geoffiroi, qu'une traduction fran^aise, celle que quelques-
uns attribuent k Michel de Harnes, d'autres k maitre Jehan. Gela mumi * Hm»*.
nous paraft pen probable , pour ne pas dire impossible, la traduc-
tion faite par Michel de Harnes £tant de l'annte 1207.
A l'occasion de la canonisation de Charlemagne, laquelle eut
lieu k Aix-la-Chapelle, en 1 165 , on composa une vie de cet empe-
1 Notitia Vascon^ p. 191, Hist. litt. de la France, XIV, S45; Dom Brial, Dissert, sur la
pairie 9 au commencement du t. XVII du Reeueildes hist, franeais, p. xxii-ui.
2 Cette premiere traduction de Dom Brial (1817) n'est pas conforme au texte, ou on lit au
contraire : Non superflua addens, sed qua minus erant necessaria subtrahens. Dom Brial a
traduit ensuite plus exactement dans sa Dissert, sur la pairie (1818)*
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cLxviii INTRODUCTION.
reur, ou l'auteur ins&ra textuellement des chapitres entiers de Tur-
pin, ce qui proirve que celui-ci 6tait, quoique rare, plus r6pandu
dans le nord que sur les bords de la Loire ' . En outre , l'office de
saint Charlemagne , c£16br£ d£s-lors a Aix-la-Chapelle , fut tir£ de
Turpin : a L'on fait tous les raois k Aix-la-Chapelle , disent Mart&ne
» et Durand, Toffice de saint Charlemagne , mais on y est si peu
)> £clair£ , qu'au lieu de prendre les lemons dans les meilleurs au-
)) teurs qui ont £crit de ce grand prince, on les tire des actes fabu-
» leux du faux Turpin 2 . » f
m. p.pans. M. P. Paris, dans la preface des Chroniques de St-Denis, parle
d'une traduction de Turpin faite ou copi6e par Nicolas de Sen lis, et
Hague, de ch^mpd'A- d£di6e su comte de Saint-Pol et k sa femme la comtesse Yolande,
p e o n i!Yoi.ndedeH«i. soeur de Baudouin V, dit le Courageux, comte de Hainaut. Or
Hugues de Champ-d'av6nes, comte de Saint-Pol et mari d 1 Yolande ,
ay ait quitt£ la France pour la croisade, en 1201 , et 6tait mort k
Constantinople , en 1205. II suit de \k qu'il est vraisemblable que
cette traduction lui a £t£ offerte k la fin du XII e si&cle.
En outre, ce qui suit prouve que le texte latin existait vers 1171,
en Bourgogne, mais 6tait presque ignor£ dans la plupart des abbayes
de France. Le traducteur dit que beaucoup de gens ont oui conter et
chanter de Charlemagne, mais rien de plus faux que ce que contaient
et chantaient jongleurs et chanteurs :
Bedouin v, comte de a Nus contes rim£s n'est verais ; tot est mengongie 90 qu'il en
Hainaut, son admi- # # »• t • i
tion^ pour ch.rie- >} dient ; car ll ii en sievent riens tors quant por oir dire. Li bons
» Baudoins, li cuens de Chainau si ama most Karlemaines, ni ne
» vout onques croire chose que Torn en chantast. Ainz fit cercher
» totes les bones abeies de France e garder par tot les aumaires por
)> saver si Tom i troveroit la veraie ystoire. Ne onques trover ne li
» porent li cler.
1 Voy. notre tome I e % p. 625.
2 Voyage litUraire, 1724, p. 202.
magne
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INTRODUCTION. clxix
» Tant avint que uns sis clers si ala en Borgognie por Pestoire
» querre eissi cum k Deu plut; si la trova k Sans en Borgognie. Icele
» istoire meismement que Turpin li bons arceyesques de Reins
» escrit en Espagne ,
» Li clers au bon comte Baudoin contrescrit (copia) Pestoire et k
» son signor Paporta qui most la tint en grant cherts tant que il
» vesqui. E quant il sot qu'il dut iriorir, si envoia son livre k sa
» seror la bonne Yolent, la comtesse de Saint-Pou, et si li manda
» que par amor de lui gardast le liyre cum ele vrvroit.
» La bone comtesse ha gard£ le livre jusqu'A ore. Or si me proie
» que je le mete de latin en romans sans rime ! »
Pour aider k determiner P^poque ou vivait Pauteur pseudonyme
de Turpin, voyons quels £crivains Pont le plus anciennement cit£.
Aucun des auteurs qui ont £crit de Pan 800 k 1000, n'a eu connais-
sance de sa chronique. Le m^nestrel d'Alphonse, comte de Poitiers,
Pun des fr&res de saint Louis, la signale comme Pune des autorit6s
sur lesquelles il s'est appuy£ pour 6crire sa compilation. II a puis£,
dit-il, el livre Guetin qui dit que il norri Carllemaigne , et en une
estoire que Ven appelle Thupin \
U est cit6 en outre par Rodolphe de Tortaire , moine de Fleuri ,
qui £crivait de 1096 k 1145, et il a 6t£ connu de Godefroid de
Viterbe, au XII e si£cle.
En r£sum£ la chronique de Turpin semble appartenir A la seconde Resume.
moiti£ du XI e si&cle.
Maintenant quel en a £t£ Pauteur? Cette seconde question est Quel e *t iweur de i*
chronique de Turpin?
moms susceptible encore de solution que la premiere.
L'hypoth&se d'Oudin, qui trouve cet auteur dans le pape Galixte II
1 N° 6795 , ancien 65 , BihL royale de Paris; P. Paris , Le* tnanuscrit* francais de la bibl.
duroi, 1,311-14.
2 P. Paris, Lesgrandes chronique* de France, Paris, 1836, I , xxi.
Tom. II. w
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CLXX
INTRODUCTION.
Iui-m4me, n'est ni vraisemblable ni baste sur aucune raison
spteieuse.
LeBeuf et Dom Hi**. Le Beuf et Dom Rivet proposeiit un chanoine de Baroelonne et se
fondent sur ce que ce livre recommande la devotion k saint Jacques
de Gompostelle ; ils observent d'ailleurs, ainsi qu'Oienhart, que
I'Espagne est le berceau de plusieurs ouvrages supposes , particu-
li&rement des fausses d£ci&ales. Mais M. Daunou ne juge pas ces
motifs p£remptoires; car les d£cr&ales d'Isidore ont pr£c£d£ de
plusieurs si&cles la chrouique de Turpin; et il s'en faut que celle-ci
ait pour unique but de soutenir les int£r£ts de saint Jacques.
m Marcbai. M. Marchal croit qu'elle fut composte par un fran<?ais,pour relever
lagloire et les prerogatives de la couronne de France, pendant le
voyage de Louis-le-Jeune k Tol6de , afin que le monarque fran$ais
y fut reconnu pour le moins l'£gal du glorieux empereur ca*tH~
lan (9) Gette opinion, toute subtile qu'elle est, r£pugne k la chro-
nologie , et partant ne saurait 6tre admise.
M. Marchal remarque subsidiairement que « pour ce qui con-
» cerne la personne de Turpin, on le dit par erreur archev£que de
» Vienne : Pauteur raconte une vision qu*il eut k Viana, ville de
» Navarre, au moment de la mort de Charlemagne; le nom de
» Viana est r£p&6 plusieurs fois et tr&s-lisiblement dans la chro-
» nique , ainsi on prit probablement Viana pour Vienne \ »
Le savant acad&nicien a-t-il jamais vu qu'on ait m&amorphos6
en archev£que de Vienne, Turpin d£sign£ constamment comme
archev&jue de Reims ? Mais il veut dire plut6t qu'on a mis sa chro-
nique sur le compte d'un archev&jue de Vienne ; sans doute le pape
Calixte II , qui avait occupy oe siege avant de ceindre la tiare.
II est vrai qu'on raconte dans les traductions fran$aises, une
1 Notice sur la Chronique de Turpi* , dans les Bulletms de I'acadSmie royale <le BrusiUe* ,
seance du 9 Janvier 18S6 , pp. 2S-S2.
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INTRODUCTION. clxxi
vision que Turpin eut k Viane, mais le texte latin porte Vienna ,
traduit dans la langue romane, par Viane, t£moin le roman de
Gerard de Viane. D'ailleurs la suite des £v£nemens prouve qu'il est
plut6t question d'une ville du Dauphin^ que de la Navarre.
Gui Alard \ MM. Ciampi et Daunou, croient ce roman fabri-G«iAu«rd,MM.a«m.
7 * 9 pi, Daunou et Sis-
qu6 vers 1092, par GeofFroi, moine de SVAndr^, k Vienne, en roondl -
Dauphin^. M. Sismondi en fixerait volontiers la composition k P6po-
que oil Alphonse VI, roi de Castille, suivi d'un grand nombre de
Frangais, fit, en 1085, la conqu&e de Tol^de et de la Nouvelle-
Castille. Cette opinion nous sourit; mais on manque de renseigne-
mens positifs pour la d&nontrer.
Ce qu'il y a de certain, c'est que ce livre est l'ouvrage d'un moine.
U respire d'un bout k l'autre , en effet, quelque chose de claustral;
la conclusion du livre : Bdtissez des tiglises 2 , annonce l'^crivain vou£
aux autels. On y trouve m£me des traces de la scolastique et de
l'ignorante th6ologie du temps dans les applications morales qui
terminent certains chapitres, dans les disputes en forme de Charle-
magne et d'Agoland, de Roland et de Ferragus, digressions th£olo~
giques qu'on retrouve plus tard dans le Dante et le Pulci.
Ce moine fait quelque part l'&oge des Frangais : Mirabcbtur gens
saracenica cum videbat gentem gallicam, optimam scilicet ac bene
indutam et facie elegantem. On croirait presque lire le commence-
ment de la loi salique.
Si sa compilation arriva d'Espagne dans le Limousin , elle £tait
venue, k la m6me £poque , de Bourgogne dans le Hainaut et le Bou-
lonnais. Pr6c£demment on la poss&Lait en Allemagne. Ainsi cette
circonstance n'est pas concluante. Rien n'empAche que l'auteur du
Turpin n'ait &\& frangais.
i BihL du Dauphini, p. 224.
2 In hoc exemplo datur intelligi (Evident gallicisme), quod qui ecclesiam adi/wat, regiam
Deiribipratparat, etc.
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clxxii INTRODUCTION.
A-t-il youlu concourir au grand mouvement des croisades? Quoi-
qu'il se taise sur les expeditions d'outre-mer , quoique Implication
de M. Sismondi ait de quoi satisfaire, il est possible que ce dernier
n'ait pas &6 Stranger k cette pieuse ruse , et en admettant que la ,
lettre du pape Calixte II soit authentique, elle montre le parti qu'on
en tirait pour exciter l'enthousiasme des crois£s.
Lcf«uxTurpinn.Bt S Troisi&rne question. Le faux Turpin a-t-il invents les l£gendes
qJii r.pporte. qu'il rapporte ? II a pu les modifier , y ajouter, mais les inventer,
non. L'auteur cite quelque part des chansons relatives k Oel de
Nantes, suivant un texte; k Oger-le-Danois, suivant un autre; il
dit ailleurs qu'il lui serait difficile de raconter toute l'histoire de
Charlemagne, et qu'il laisse de c6t£ son exil k Tol&de, ou dans sa
jeunesse il apprit le sarrasinois et fut arm£ parGalafre, amiral de
ToUde, en reconnaissance de quoi il tua plus tard de sa main le
g£ant Braimant, ennemi de ce prince. U annonce de plus qu'il
passera sous silence grand nombre de ses fondations pieuses, son
couronnement comme empereur k Rome et son p&lerinage k la
Terre-Sainte \ Or, tous ces faits, vrais ou faux, 6taient autant de
sujets trails par les trouv&res, dont les chants finissaient par se
formuler en chronique dans les cloftres, ou les pontes retournaient
s'inspirer ensuite.
Turpin n'est pas l'inventeur des traditions romanesques du cycle
karolingien; mais il a pris la place des pontes qu'il avait compiles
et dont les compositions n'£tant pas toutes fix£es par l'£criture, se
sont perdues. D'ailleurs il £tait commode de poss&ier un abr£g£ des
traditions po^tiques dans un livre dont l'authenticite passait pour
incontestable, et qui avait de plus l'autorit6 d'un ouvrage religieux.
De sorte que Turpin rendit k la po£sie ce qu'il lui avait pris et c'est
1 Sur ce voyage, consulter Michaud, Hist, des Croisades, 4 e ed., I, 29, note; II, 482;
Wilken , Gesch. der Kreuszuge; Ueber den Fabelhaften zug Karls des Grossen nock Palestina,
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INTRODUCTION. clxxiii
dans ce sens qu'il faut entendre qu'il a £t£ la source des romans
karolingiens \
Dire que le nom de roman vient de Remensis y et de ce que Turpin
£tait archev&jue de Reims, c'est abuser £trangement de la similitude
des mots et des licences de l'6tymologie.
Avancer que le Turpin est le premier module des romans de che-
valerie , ne nous parait pas plus juste 2 . D'abord parce que la cheva-
lerie dans ses rapports avec la femme , n'y est pas ra^me indiquee ,
ensuite parce que les termes qui servaient k designer les chevaliers
et leurs usages, ne s'y rencontrent pas % enfin, parce que les vertus
guerri&res du paladin n'y sont pas representees autrement que dans
des ouvrages ant&rieurs , tels que celui du moine de &-Gall, ainsi
qu'on le dira k propos d'Oger-le-Danois , dans les Gesta regum
Francorum, et dans les Gesta Daqoherti, qui , suivant la piquante
observation de M. P. Paris 4 , semble £tre, en plusieurs endroits, la M.p.p.n
traduction latine d'une chanson vulgaire , et a pu , k bien des £gards,
servir de module au Turpin , puisqu'on y trouverait m£me, au besoin,
la d£faite de Roncevaux et le combat de Ferragus et de Roland.
I , $-5. M. Wilken cite ce passage de P. Tudebodus (Du Chesne , IV, 771 : Una pars Fran-
coram in Hungaria intravit regionem , scilicet Petrus heremita et dux Godefridus et Balduinus
f rater ejus. Isti potentissimi milites et aliiplures , quo$ ignoro , venerunt per viam quamjam-
dudutn Carolus Magnus, mirificus res Francim, aptari fecit usque Constantinopolim. M. Fran-
cisque Michel a pub lie a Loodres le roman du voyage de Charlemagne a Constantinople et a
Jerusalem. Charlemagne's travels , etc., Lond., Pickering, in-12. M. Amaury Duval a analyse
le poeme avant sa publication , Hist. lift, de la France, XVIII , 704-714.
1 Sismondi , De la literature du midi de l f Europe, 1 , 182 ; Paulin Paris , Roman de Berte
aus grans pie's, lettre a M. De Monmerquc, p. xxn ; lememe, Les manuscrits francais de la
bibliotheque du roi , 1 , 217.
2 Caylus, Mem. de I'acad. des inscript,, XXIII, 2$6; Naudet, Apolog. pour les grands
hommes accusis de magie , p. 12.
* Ces mots , les seuls qu'on pourrait objecter, n'expriment pas une coutume specialement
equestre : Galafrus admiraldus Toleti, ilium in provincia exulatum obhavit habitc militaiu,
1. 1, p. 507.
4 Preface des Chroniques de S x Denis, pp. xxxiv-v.
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cixxiv INTRODUCTION.
u. De ch.te.ubri.od. M. De Chateaubriand , avec son art de peindre inimitable, a tir6
de YHistoria Francorum epitomata, plusieurs r£cits ^piques, dans
le gout des Nibelungen l .
L*>(jesm Francorum. Un passage des Gesta Francorum * roule aussi sur un tresor,
comme toute cette grande £popte oil se sont peutr-6tre fondues oes
chroniques en vers des Goths , cities par Ablavius et dont parle Jor-
nand£s. Nous traduisons mot k mot.
a Clovis une seconde fois envoie Aurelien en Bourgogne, vers
» Gondebaud, poar le tr&or de Ghrothilde (Clotilde), sa reine; Gon-
» debaud en colore lui dit : « Estce que mon royaume ou mes triors
» seront livr& aux mains de Clovis ? Ne vous ai-je pas pri£, Aur£lien,
» de ne plus venir d&ormais dans mon royaume, espionner mes res-
» sources, etc. »
lc ccsta v*gob*rti. Dans les Gesta Dagoberti , nous reoommandons principalement
k Tattention du lecteur l'aneodote du perfide Sadrogisile; k qui
Dagobert fait couper la barbe 3 , le combat de ce dernier contre les
Saxons , le moyen qu'il emploie pour appeler le roi Glotaire k son
secours , et son combat singulier contre Bertoald \ Quant k la d6-
route de Roncevaux, ne la voilA-t-il pas bien fid&lement reproduite :
Cumque tota JVasconue patria ah exercitu Burgundice fuisset
repleta> Wascones de inter montium rupibus egressi, ad helium
properant. Et cum prceliari ccepissent, ut eorum mos est, terga
vertentes , dum cemerent se esse superandos y in fauces pallium
montiumque pinnas latebram dantes y se locis tutissimis per rupes
ejusdem montis collocantes latitarent; exercitus post tergum eorum
cum ducibus insequens , plurimum numerum captivorum vinci
feUciler out em regis exercitus absque ulla las stone adpatriam esset
1 itudet historiques , Brux., MHine , 1881 , III , 328 tt sutv.
2 #*tf./r., 11,549450.
3 At7t.,*81,B,C,D.
* /fod.,583,A,E.
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INTRODUCTION. clxxv
reversus, si Harimbertus dux maxime cum senioribus et nobilio-
ribus exercitus sui per negligentiam a TVasconibus in valle Robola
(aliter Subola) nonfuisset interfectus. Exercitus vero Francorum,
qui de Burgundia in Wasconiam accessor at y patrata victoria ,
rediit adproprias cedes \
Encore une fois, c'est \k le ton des chansons de gestes, c'est aussi
celui des l£gendes des saints , c'^tait le caract&re g£n£ral de l'ima-
gination franque , qui pla$ait plutot le merveilleux dans la nature
humaine, et les Orientaux dans les moyens dont elle dispose. En
effet, la vie rude et ind6pendante des for£ts donne k 1'homme la
conscience de sa force indiyiduelle, et l'oblige k compter avant tout
sur lui-m&ne.
L'auteur du Turpin n'a done pas &£ cr^ateur, mais seulement
compilateur. Aux sources que nousavons indiqu£es, Huet etM. Dau-
nou 2 croient qu'il aura joint peut-^tre plusieurs histoires fabu-
leuses de Charlemagne , attributes k Hancon et k Solcon Fortema, k A„a Cn . **»«;» ik.
Sivard le Sage , k Adel Adeling et k Jean, fils d'un roi frison , tous
cinq frisons, et qu'on dit aussi avoir v£cu du temps de Charlemagne.
Telle &ait encore l'histoire attribute k Occon, qui, selon l'opinion
commune , fut contemporain de l'empereur Othon-le-Grand , et
petit neyeu du Solcon que Ton vient de nommer \
Toutfabuleux qu'il 6tait ou peut«4tre parce qu'il 6tait fabuleux, Auteursquiont.dopu
il a &6 au XIII e si&cle et dans les Ages suiyans , consid6r£ comme i?n. reTems
une autorit6 historique sans r£plique. Les Chroniques de St-Denis,
Siffridus Misnensis, Gobelinus Persona, Vincent de Beauyais, Pierre
A Thy mo , Bouchet, Erpoldus Lindenbruch, et une foule d'autres
1 Eiti.fr., 589, D,E.
2 Huet, de V Origin* des romans, en tete de Zayde, Paris, veuve Le Petit, 1810, 1, 95;
M. Daunou , Biogr. univ., XLVII , 96 ; Hist. lift, de la France , XIII , 17K.
8 Ces auleurs, dont Fexifteoce n'eat pat abaoluroent demontree, scut mentionnes par
Hamconius , Frieia , pp. 7, -48, 77, 99, 101.
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crils.
clxxvi INTRODUCTION.
Font adopts. D'Argentr£ Pa traits d'imposteur, et J. Gryphiander 1
ainsi que Pierre Mantuanus 2 ont pris candidement la peine de
prouver ses mensonges.
Les arts, qui sont une des manifestations de l'esprit po£tique , se
sont aussi exerc£s sur les sujets que Turpin a r&mis. II a fourni , par
exemple , ceux des ciselures de deux flacons d'or donnas k l'empe-
reur Charles IV, par le roi de France Charles V, et d£crits par
Christine de Pisan 8 .
Difference de* mum*- La difference des manuscrits de Turpin est tr&s-remarquable.
Caylus en cite un ou il n'est fait mention ni de la bataille de Ron-
cevaux ni de la mort de Roland. Tritheim divise ceroman en deux
livres , et les textes que nous poss£dons ne sont divis6s qu'en chapi-
tres. Schardius et Reuberus, ses premiers £diteurs, l'ont donn£ en
trente-deux chapitres. La reputation de ce livre a &6 cause qu'on a
essay£ d'y ajouter, comme on a fait des suites aux romans rim£s ; ainsi
on trouve dans les traductions une Enumeration des villes d'Espagne
subjugu£es par Charlemagne, et dans les suppl£mens de Lambecius
et de Kollarius , la description des sept arts , la d£livrance de Char-
lemagne par Roland , occupE depuis sept ans au si£ge de Grenoble ;
la mort de Turpin, l'explication de son nom, de ceux de Roland,
d'Olivier et de Charlemagne, et la punition du roi sarrasin de
Cordoue \ Ph. Mouskes a connu toutes ces additions, ins£r£es en
partie dans les Chroniques de St- Denis, et il y a ajout£ celles qu'a
fournies k S te -Palaye le manuscrit de l'abbaye de Solved de Braine ,
ordre de Pr6montr£ , dioc&se de Soissons 5 .
Ces additions sont la d£faite d'un ours, qui fit donner a Charle-
1 De tVeichbildis Saxonicis , c. xin-xv.
2 Animadversion. , lib. IV, c. 2.
3 Daunou , Biogr. univ., XLVII , 95.
* Foy. notretome I er , pp. 627-682, et v. 9702, 1 1812, 11977, 12220.
5 Hist, de Vacad. des in script, et belles-lettres , VII , 280-286.
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INTRODUCTION.
CLXXV1I
magne le surnom de Grand l , et la violence qu'il voulut faire k une
jeune fille nomm£e Amalberge, qui en dvitant ses poursuites se
cassa un bras, apr&s quoi elle se retira k Tamise sur FEscaut \ Or
cette Amalberge a 6t6 mise au nombre des saintes vierges , et les
divers monumens de son histoire se trouvent dans Timmense recueil
des Bollandistes, oil le mfone fait est rapports de plusieurs fa$ons,
sans aucune citation de ce fragment , qui a sans doute £chapp£ k
leurs recherches.
Enfin Ph. Mouskes raconte encore Faventure de Charlemagne et
d'un ermite , que nous n'avons rencontr^e que dans son ouvrage 3 .
Peut-^tre quelques-uns de ces passages sont-ils de ceux que
Geoffroi du Vigeois avait jug^s moins importans, et qu'il avait
retranch^s, quce minus erant necessaria subtrahens.
Mais ce n'est pas seulement la mature qui varie dans les ma-
nuscrits, la forme n'y est pas moins diverse, ce qui a fait croire
qu'ils £taient des traductions difF&rentes d'un m£me texte vulgaire 4 .
II n'est cependant pas extraordinaire qu'un livre tr&s-court , que
Ton apprenait par coeur et qui s^tait insensiblement r6pandu par-
tout, ait essuy£ de pareilles alterations.
EDITIONS ET TRADUCTIONS DE TURPIN.
Edition*.
Premiere Edition, dans Simon Schardius : Germanicarum rerum tatiomet traduction..
quatuor vetustiores chronographi , Francof., 1566, in-fol. (k Par-
i V. 4082.
* V. -4122.
3 V. 898-4.
* P. Paris, Les manuscrits francais de la bibl. du roi, p. 219; Falconet, au contraire , etait
persuade que les premiers romans avaient d'abord 4fo& rddiges en latin , Acad, des inscr. et
belles-lettres, VII, 298.
Tom. II. *
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clmviii INTRODUCTION.
tide Schard de la Biogr. univ., XLI, 84 , on a imprim£ par erreur
1556).
Deuxbeme edition , dans J. Reuberi veterum scriptorum qui ccesa-
rum et imperatorum germanicorutn res per aliquot scecula ge$tas
Uteris mandarunt, tomus unus , Francof., 1584 , in-fol.
Troisieme edition , ibid., Hanau, 1619, avec les suppl£mens de
Lambecius, que nous avons reproduits, et des notes de G. C. Joannis,
p. 97 sqq.
m. cumpj. Quatriene edition, Florence, 1822, in-8° avec une pi. L'&liteur,
ML S£bastien Giampi , a fait pr6c&ler son Edition d'une dissertation
qui tend k presenter ce livre non comme authentique , ni comme
tr&s-ancien , mais comme un tableau fiddle des moeurs du IX e si&cle.
Nous n'y reconnaissons , quant k nous , que celles du XI e .
Ginquieike Edition. Dans notre premier volume.
m. Monmerqtie. Nous avons annonc£ que M. Monmerqu6 s'occupe depuis pin-
sieurs ann£es d'une Edition du Turpin , revue sur les manuscrits.
Nous ne l'aurions point devanc&, si ce roman ne se rattachait d'une
mani&re si intime k l'ouvrage que nous avons 4t£ charge de mettre
au jour et de commenter.
Traductions.
En fran^ais, Paris, Maistre Pierre Vidoue, pour Regnault
Chauldure , ce huitiesme jour de juin 1527, in-4°goth.
Robert Gaguin. L'auteur de cette traduction ne peut pas 6tre Robert Gaguin ,
comme le dit le CataL de la Valliere, en trois volumes , n° 4026 ,
t. II, p. 617. Voy. le Manuel du lihr., t. Ill, 486.
Elle a 6t6 reproduite, en 1835, aux frais du prince d'Essling,
Paris, Silvestre, 1835, in-4°, mais sans la d&licace k Francis I er .
En fran^us, par Rob. Gaguin, Paris, in-4°, sans date. M. Brunet
nementionne pas cette Edition, qu'il regarde comme douteuse, et
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INTRODUCTION. clxxix
qu'il n'a jamais vue , lui qui a tout vn en fait de bibliographic.
La traduction de maistre Jean a Hb6 faite par ordre de Michel de Michdde h.™*.
Harnes, noble gentilhomme beige , sou vent mentionn£ par Philippe
Mouskes \ Le Catalogue de la Vallidre, n° 4027, Meusel, et ceux
qui l'ont suivi , ont mal k propos pris pour cette traduction , l'ou-
vrage suivant :
La Chronique de Turpin, archevesque de Reims, faisant men-
tion de la conqueste du trds-puissant empire de Trdbizonde, faite
par le trbs-preux Regnault de Montauban, fits du due Aymond Een.uddeMonuuw.
dArdenne.... plus la g&ndalogie et trahison de Ganelon, comte de g.^iod.
Mayence , Lyon , Fran$ois Arnoullet, 1583 , in-8° de 264 pp. sans
la table.
Cet ouvrage n'a de common avec la chronique de Turpin que les
deux premiers mots du titre sous lequel il a plu k l'auteur de le
mettre au jour. On en trouve la preuve dans une Dissertation cri-
tique sur deux ouvrages intitules : Chronique de Turpin, par
M. Huet de Froberville , Orleans, 1785, in-12, dissertation ins£r&M.HueideFrobemiie
dans le IV e toI. des Mdanges de lift, Strang., de Mill in.
Une traduction frangaise presque complete de Turpin se lit dans
les Chroniques de S*-Denis.
En vers latins. Karolellus , Historia Turpini Remensis arciepis-
copi, Mus£e brit., MS in-fol. vel., du XIII e si&cle, 136-149; se
compose d'environ 2100 vers.
Cet ouvrage , qui paraf t n^tre qu'une traduction du Turpin , a
6t6 £crit par un clerc anglais , k Avignon; M. Fr. Michel en donne m. f Mkhei
le commencement et la fin. La Chanson de Roland, pp. 244-45.
En anglais, History of Charles the Great and Orlando, ascribed
to archbishop Turpin; translated from the latin, in Spanheim's
1 Du Cange en parle sur Villehardouin , dans le Glossaire, aux mots bouhk, «ubiicbii,
sAHTUAiai , etc., la Bibl. hist or. de la France est tres-fautive sur ce point.
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CLXXX
INTRODUCTION.
lives of ecclesiastical writers : together with the most celebrated
ancient Spanish ballads relating to the twelf peers of France men-
tioned in Don Quixote , with english metrical versions, by Thomas
m. tl. Rodd. Rodd; english and Spanish, London ,1812,2 vol. in-8°.
En danois, Keyser Karls Magnus kroenicke (s. 1. ni d.), in-4°,
impr. k CopenKague, et r£imprim£ k Malmoe, en 1583, in-4°.
Aurivillius, Catal. bibl. Upsal.^p. 680.
Lexceiieme chrooique En flamand, trad, en partie dans Die alder excellenste crony ke
van Brabant, Hollant, Seelant, Vlaenderen, etc. THantwerpen,
1512, in octobri, petit in-fol. goth. k deux col., figg. sur bois.
p. Durante. La chronique de Turpin a fourni k Pierre Durante da Gualdo le
sujet d'un po&me italien , intitule : Libro darme e damore, chia-
mato Leandra , Venezia , 1534 , petit in-4°.
La spapna Htstoriata. Mais la Spagna historiata l en est tir£e plus directement encore.
Ge po£me , en quarante chants, est du XIII e si&cle. dependant Pau-
teur ne cite jamais Turpin et le fait m£me mourir k Roncevaux , les
armes k la main , comme dans la Chanson de Roland.
Cest sur Turpin que Paveugle de Ferrare , en plaisantant , a £crit
ces vers :
Che simil titol da Turpin gli & dato
Scrittor famoso, il qual non scriyeria
Per tutto Tor del mondo una menzogna ;
E chi il contrario tien , vaneggia e sogna 2 .
1 Ginguene\ Hist. litt. dTItalie, IV, 187-200.
2 Aux auteurs cites dans cet article, relativement & Turpin , ajoutez : Le P. Labbe, Nov.
Bibl. MSS; Fabricii Bibliotheca tned. etinf. latinitatis, IV, 471 et suiv., Parisiis, 1653, in-4°,
3 1 , 316 ; Hamberger , Nachrichten , III , 540 ; Bibl. hist or. de la Fr., II , 100 ; J. G. Meusel ,
Bibl. historica, Lipsiae, 1794, vol. VII, p. 1, 349-361 ; De Catel, Mhn. sur les catntes de
Toulouse, p. 544 ; Lenglet Du Fresnoy, MHh. hist., in-4°, IV, 325; Bibl. des romans, l 6 * vol.
de juillet 1777; Journal des savans, annee 1719, p. 373; annee 1733, p. 566; Melanges
tiris d'une grande bibl., V, 78 ; CapeOgue, Hist, de Philippe-Auguste , Paris , IV, 337. Le
docteur Ferrario, dans sa dissertation sur l'origine des romans du moyen Age (Storia ed
Google,
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INTRODUCTION. clxxxi
Ce ton de plaisanterie est, on le sait, familier au Pulci et auLc puici,i C Boj«rdo,
. • \ 7 a . 7 l'Arioste.
Bojardo. L'Arioste, dont le gout 6tait plus pur, en a fait un usage
plus fin et plus d61icat.
C. Roland.
Roland est PAchille, le Sigfried, du cycle karolingien. Si comme
eux il n'est pas invulnerable, si cet avantage est reserve k un de ses
adversaires, cela m6me donne une id6e plus 61ev6e de sa force et de
son intr^pidite; mais Roland n'est pas seulement un module de cou-
rage et de loyaut6 , c'est encore un chevalier chrdtien , dont la foi
est aussi ferme qu'ignorante.
analisi degli antichi romanzi di cavalleria), consacre un grand nombre de pages a la chronique
de Turpin. II a rassemble les differentes conjectures qui ont &e &nises sur l'auteur et sur
l'epoque de cet ouvrage pseudonyme. Dans le cours de l'analyse qu'il presente , il a soin de
designer les pensees, les images et les details qu'y ont puises les auteurs de Richardet, du
Roland atnoureux et du Roland furieux. La livraison de septembre 18S2, de la France
litUraire , de M. Cb. Malo , renferme un article de M. Villenave pere, sur Turpin. II a ete
l'objet de quelques remarques de la part de M. De Martonne, dans le tome XI des Mem. de la
society royale des antiquairee de France* La France littbraire y a repondu dans son cahier de
juin 1835, pp. 440-41. M. Villenave est d'avis que Turpin a 6te la cause des chants ^piques
du cycle karolingien. « Mais , dit M. De Martonne, la chronique est en prose, les chants sont
» en vers ; or, dans toutes les litteratures , Tesprit humain fait un progres (?), que le systeme
» adopte par M. Villenave nous semble avoir m&onnu. L'homme enfante la po&ie , ensuite
» la prose. » A cela on r^pond : « Appreciee sous le point de vue litteraire, une assertion
» ainsi formulee pourrait donner mature a une puissante controverse; contentons-nous
» d'observer que M. De Martonne a confondu , au cas particulier, deux choses bien diffc-
» rentes, savoir, la langue latine et la langue nationale. Redigee par un clerc , la chronique
» est en langue latine, rediges par des laiques, les romans karlovingiens sont en langue
>» nationale. Or les clercs qui Icrivaient en latin , n'^taient qu'un echo affaibli de la vieille
» litterature romaine, laquelle savait depuis bien des siecles raconter des exploits en prose;
» tandis que les laiques qui ccrivaient en langue populaire , avaient un idiome a creer, ou du
» moins a perfectionner. lis ctaient les inventeurs , les trouveurs d une litterature jeune et
)» par consequent enthousiaste. Us devaient done tracer leurs narrations en vers ; mais on voil
» que la prose latine et les vers nationaux ont pu tres-raisonnablement etre contemporains ,
» et que meme les sujets de ceux-ci purent tres-logiquement dcriver des recits de celle-la. »
Tres-bien raisonnd.
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clxxxii INTRODUCTION.
Bound d.ns i'hi,ioi«.. Chose inexplicable ! ce brave des braves, ce guerrier dont la re-
nomm£e a parcouru le monde et a &6 recommandfe par la po&ie k
la posterity, n'est nomm6 qu'une seule fois dans l'histoire; il y est
d£sign6 comme ayant succomb£, en 778, dans les gorges des Pyre*
n6es, et comme ayant gouvern^ cette Bretagne, dont les chantres
Toubli^rent, pour e616brer les Lancelot et les Perceval , que les histo-
Eginhard. riens, au contraire, passent sous silence : In quoprcelio Eggihardus ,
regice mensce propositus, Anselmus, comes palatii, et Hruodlandus
Britannicilimitis prcefectus , cum aliis pluribus interficiuntur l .
Le comte Roland figure encore parmi les fid&les de Charlemagne,
dans un prceceptum evindicatorium de ce monarque , de Pan 776 2 .
Deo* Roland. En nous exprimant ainsi, nous admettons, on le voit, l'identit£
du Roland d'Eginhard et du Roland des romanciers. Le faux Turpin
dit lui-m£me qu'il y en eut un autre que celui qui mourut k Ron-
cevaux : Alius tamen Rolandus fuit, de quo nobis nunc silendum
est 3 . Mais la similitude parfaite du nom re$u en naissant et de
Tenement qui termine la vie , suffit pour qu'on ne reconnaisse
qu'un seul personnage dans le h£ros des trouv&res et le pr£fet nomm6
par Eginhard ; eu 6gard , du moins , k la manure habituelle dont
les pontes du moyen age pr6sentent les faits historiques.
1 £ginhard, Vita Karoli Magni; Dom Bouquet, V, 93; Peru, Monummia Germanics
historica , II , 1 1 , 448. M. Pertz donne , en note , d'apres les manuscrits, les variantes de ce
nom. Les voici : Hruollandus , Hruoldlandus , Hroadlandus, Hrodlandus, Hrollandus, Hu~
noldus, Ruodlandus, Ruodlannus, Ruothlandus, Ruotlandus, Ruhohndus, Rotlandus, Rut-
land™. II y a des manuscrits ou les mots et Hrvodlandus , Britianici Hmitis prmfectus , sont
omis. Cf. Rolandum magnum variu fabularum involucris e&plicatum , veritatique restitutum,
consensu inclitoe fac. ph. prces. M. G. Schcmann ce , B. M. et respondens Dam. Blumshioimi ,
N.-M. placidw eruditorum disquisitioni listens, Lipsiae (1694), in-4°, et Gaillard, Hist, de
Charlemagne, Paris, 1782, II, 195.
2 Tunc no* una cum fiddibus nostris, id est, Hagino, Rothlando, fVichingo, Frodegario
comitibus, etc. Chron. Laurishamense , anno 766. (Germ. rer. Script., 6d. M. Frehero, I,
Francof., 1624, in-fol., p. 59; Fr. Michel , la Chanson de Roland, p. 206.)
3 1,496.
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Ion.
INTRODUCTION. clxxxiii
M. Sismondi veut bien que Roland ait exists , k condition toute- mm. sismondi et Fcr-
fois qu'il ait combattu les Sarrasins, sous Charles-Martel. Cette
opinion, d£nu£e de fondement, selon nous, a &6 examinee par
M. Ferrario qui, en vertu du passage de Turpin cite ci-dessus,
propose d'admettre deux Roland, Pun sous Charles-Martel, Pautre
sous Charlemagne.
M. Raynouard rejette Fexistence de Roland et montre, pour la M . luynoutrd.
combattre, combien peu est admissible la g£n£alogie que lui font
les romanciers.
En effet, aucun document historique ne permet de croire k Pexis-
tence (Tune Berte, fille de Pepin , et m6re de Roland, ni k Pexis-
tence de Milon d'Anglante ou d' Angers, son £poux \ dont le bisaieul
6tait Beuves d'Antone ou d'Anstone (Southampton?) 2 . Les enfans B euve $ d'lntone, m»-
de Pepin et de Berte sont d£sign£s dans Fhistoire; aucune des filles
nese maria 3 .
Tels sont les argumens de M. Raynouard. II aurait pu m£me dire
qu'^ginhard ne donne k Charlemagne qu'une soeur, Gisla, laquelle,
apr&s avoir 6\& demands en mariage par Pempereur Constantin , et
par Didier, roi de Lombardie, pour leurs fils, embrassa la vie reli-
gieuse 4 , et que Ada, Officia et Gertrude, que quelques-uns suppo-
sent avoir 616 ses soeurs , commentum sunt et inane nomen*.
1 L'auteur espagnol Antonio de Esclava , a ecrit un roman intitule : Los amores de Milon de
Analante , etc.
2 Le roman des Realidi Francia, place Anstone ou Antone , en Angleterre , pres de Londres,
et dit qu*elle fut fondee par Bovet, aieul de Beuves, et qu*a environ trois milles de cette ville,
au deca dune riviere , etait une colline assez elevee , sur laquelle Bovet avait fait batir un
fort, qu'il nomma lefort S'-Simon. Realty etc., 1. Ill, c. 17, on verra dans le texte de Philippe
Mouskes , qu'Hanstone &ait Southampton.
* Journal des Savans, juillet, 1882, p. 387.
4 C'est de cette Gisla qu'Adenez fait naitre Roland et non de Berte :
Une fille engendra, de ce n'ettuet cuidier,
Gille ot non et fa mere Boitant le bon guerrier.
Bene, p. 174 (cf. p. 189).
5 Aug. quinque Carolorutn historia , Vienna Austr., 1735, in-fol., p. 30.
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clxxxiv INTRODUCTION.
Mais, malgre notre respect pour M. Raynouard, il nous semble
qu'il s'est 6cart6 ici des regies de s6v6re critique qu'il aimait k in-
culquer aux jeunes 6crivains , et qu'il leur rappelait sans cesse dans
Kxempies de i.usses le Journal des Savans. Car si une g£n£alogie evidemment fausse
genealogies. . _ __ _ _
suttit pour supprimer un personnage, le Charlemagne des romans
ne sera plus lui-m6me le Charlemagne de l'histoire, il deviendra
un <Hre purement id£al , sans liaison avec le premier.
Le, Renii d, Fmncia. Lisons le roman en prose italienne, intitule : Reali di Francia,
r6dig£ au XIII e sifecle, mais sur des traditions plus anciennes \
Charlemagne y descend, au huiti&me degr6, en ligne directe de
Pempereur Constantin. Un fils de ce prince , nomm6 Fiovo, passa
dans les Gaules et y r£gna. De ce Fiovo naquit Florel ou FioreUo;
de Florel , Fioravante; et de celui-ci deux fils , Octavien-au-Zion
et Gisbert-ati-Fier-Visage 2 . De Gisbert naquit Michel; de Michel
Constantin, surnomm£ YAnge, et de ce Constantin , Pepin, p&re
de Charlemagne 3 .
N'a-t-on pas imagine de fausses genealogies en faveur du chef de
la troisi&me race? N'en fait-on pas encore tous les jours pour de
vaniteux parvenus?
Pepin lui-m£me a-t-il jamais 6pous6 une femme appel£e Blan-
che fleur, ainsi que le raconte le roman de Garin?
N'est-ce pas de Pempereur Vespasien qu'a pr£tendu parler Fau-
1 Ce roman fut mis en vers par un auteur qui , le publiant vers Pan 1534 , sous le nom de
Cristofano Mtissimo , avanca, sans en fournir aucune preuve, que le- savant AJcuin l'avait
primitivement compose en latin.
2 Un autre Ferabras?
3 Ginguene* , Hist. litt. d' Italic , IV, 164. On fait probablement allusion a cette descendance
dans ce passage de la Somtne dee Pechex, MS Harlein , n° 4657, fol. 101 , redo.
• Le rci Charles fet purtrayer
Od li Holland e Oliver,
Ttu les das piere* i sant
Od les quatre fix Earaund ;
Li Constantin , li ray, i est
Et sa ralne od li contret.
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INTRODUCTION.
CLXXXV
teur du Roman des sept sages, quoiqu'il donne k son Vaspasianus nom. D a« vh
un p&re nomm6 MatusaUs, le Mathusalem dont la vie fut si longue :
Jadis a Rorame fa uns rois,
Ki molt fu sages et cortois,
II ot nom Vaspasianus ,
Des autres rois fu au dessus,
Toute Romme en sa main tenoit ,
Et quanque de cba mer avoit ;
De loial linage fu n6s,
Ses p£re ot nom Matusal£s ,
Ki IX cens ans et X veski ,
Ne onques n'ot le poil flori ,
Bien sot le terme de sa Tie
Par les arts de la propb&ie >.
C'est"ainsi que les trouv^res travestissaient Phistoire : leurs fables
les plus absurdes ne suffisent done pas toujours pour infirmer un
fait historique.
M. Raynouard a plus de raisons de s^lonner du silenee observe
k F^gard de Roland , sur son origine et ses exploits , par les chroni-
queurs contemporains et ceux qui 6crivirent plus (Tun si&cle apr&s.
Mais, en g£n6ral, ces chroniques sont fort s&ches et nous laisseraient
6 H. A. Keller, Liromans des sept sages, nach der pariser Handscbrift. Tubingen, 1836,
in-8°, p. 3. Le MS de la Bibl. de Bourgogne, n° 7417, est un gros in-folio en parchemin,
contenant : Blasons de Flandre et de Hainaut, mignatures, 3 colonnes; Lis vn sagis di
iomhe. Commencement : Ci commence li livres des VII sages de Romme et de Marques le senes-
chal , et aprhs de Laurin et de Cassydorus et de Pe'lyarmenus et apris li fait des empereurs de
Romme et de Constantinople. Fin :
CI fine histore de cest litre,
Qui le fine n'estoit mie yvre.
Cf. Sanderus, BibU MSS, II, 7, n° 241 ; J. Barrois, BibU protyp., 23, 147, 191 , 714, 985,
1238, 1288, 1679, 2192; Van Praet, Bibl. du Louvre, n°362, 459, 516; Roquefort, ttat
de lapoSsiefrancaise, etc., pp. 171 et suiv.; Robert, Fables, I, cv, cixin, etc.
Tom. II. y
sages.
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clxxxvi INTRODUCTION.
dans l'ignorance sur une foule de sujets important , si d'autres mo-
numens ne nous les avaient r£v£l£s.
Au surplus , une grand e c616brit£ pouvait s'attacher k des noms
cr£6s par la po6sie, surtout par cette po^sie pour ainsi dire ano-
nyme qui ressort du g£nie d'un peuple et du caractere de son 6po-
que.
Round ceiibre .rant le M. Raynouard avoue qu'avant le romftn de Turpin, Roland jouis-
roman de Turpin. . m _
sait d une grande e£l«mt6, et que les chants consacres a ce heros
6taient r6p&6s par les guerriers fransais pour s'animer au combat.
La lettre de Geoffroi , prieur de Vigeois , au clerg6 de Limoges , en
lui envoyant la chronique de Turpin (vers Fan 1100), annonce, en
termes expr&s, que, jusqu'alors les faits de Roland £taient connus
par les chants des jongleurs : Apud nos ista latuerant hactenus ,
nisi quae joculatores in suis prceferebant cantilenis.
Le texte si connu de Guillaume de Malmesbury ! , celui du Roman
de Rou % enfin celui de Mathieu Paris *, suffisent pour prouver in-
contestablement qu'avant la bataille d'Hastings, en 1066, les soldats
de Guillaume-le-Conqu6rant 6taient animus k la vaillance par des
chants qui celSbraient Charlemagne, Roland et Olivier, et tous les
braves qui p^rirent k Roncevaux. Le continuateur de B&de ajoute
que c'6tait Fusage d'aller au combat en c£l6brant Roland 4 , qu'une
chronique normande place parmi les contemporains de Rollon,
avec lequel elle le met aux prises 5 .
1 De Ce$tis regum angl., lib. Ill, p. 101.
2 V. ISU9-S4.
3 p. s.
4 Gasp. Barthii Animad. in Philipp., p. 178.
5 Voy. dans les Notices et extraits de la bibl* rmfak de Paris , 1'analyse du Draco Norman-
nicus, VIII , 297-308. Une des rubriques de cette histoire de Fimperatrice Mathilde, laquelle
appartient aa Xll e siecle, porte dans l'intitule du chap. XIX : Hollo cum suis castellum
Archas, id est Pontetn Archw veniens, se a Francis nihil tenere dixit. Post colloquium ab ipsis
lacessitus, RoLAUbt i ilium , Carolimagniducetn , cumaliqua exercitus parte peremii....
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INTRODUCTION. flixuvu
D'accord en ce point avec MM. Monin f et Fr. Michel , nous ne
voyons done pas la n£eessit6 que Turold ait consults le faux Turpin ,
dont il s'6carte sur une foule de circonstances. M. Michel remarque
que ce n'est pas le t£moignage de Parchev^que que Turold invpque,
mais celui d'un certain Gilie , qui fut k Roncevaux et $e retire en- ghw.
suite au monast£re de Laon , ou il £crivit une chronique :
£o dist la geste & cil ki el kamp fut ,
Li ber Gilie , por qui Deus fait vertuz,
E fist la chartre el muster de Loflm.
Qui tant ne sot ne Tad prod entendut.
Or ce recours k Pautorit6 du ber Gilie a lieu & propos des exploits
de Turpin m£me , tu6 sur le champ de bataille % tandis qu'une des
branches ajout^es k la chronique latine , suppose que Turpin mou-
rut apr&s Charlemagne , des suites de ses blessures et de la douleur
d'avoir perdu son mattre 3 . Cependant comme il est question des
douze pairs dans le po6me dont M. Francisque Michel est Pediteur, M# F> Mic(lcl
et qu'on n'en parle point dans le roman de Turpin , il semble que
Pant6riorit£ appartienne k ce premier.
En mettant sous presse le premier volume de Ph. Mouskes, nous
nous proposions de r^unir tous les passages relatifs k Roland et de
prouver ainsi combien sa renomm£e avait eu de vogue et d'6clat.
Mais depuis, M. Fr. Michel, dans sa belle Edition de la Chanson
de Roland, a fait ce travail, qu'il y aurait de la pr&somption et de
la folie k vouloir recommencer. Nous nous contenterons de quelques
details qui ont £chapp£ au diligent £diteur.
' ! Dissertation sur le roman de Roneevaux, Paris , impr. roy., 1882 , in-8°. Bxamen critique
de cette diss., par M. Fr. Michel, Paris, Silvestre, 1832, io-8°; Ferd. Wolf, Ueber die
neuesten Leistungen der Franzosen fur die Herausgabe ihrer National-Heldengedichte insbeson-
dereaus detn fraenkisch-karolingischen Sachenkreise.Vf ien , 1838 , in-8°, pp. 160-181.
2 La Chanson de Roland , p. 87.
3 Tom. I", p. 630.
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cLxxxvm INTRODUCTION.
Roi.nd a M.r.cue, i Hoveden parle du Mont- Roland, prfes de l'abbaye S^Victor, k
BJaieeteoBoaergiie. .
Marseille 1 .
La croyance vulgaire £tait que Roland avait 6t£ enseveli & Blaie,
dans un tombeau de marbre de la longueur de ses jainbes , attendu
que son corps n'etait plus entier, et que d'apr&s cela on pouvait
juger que ses jambes seules avaient plus de trois pieds de longueur.
Hubert Thomas , de Li6ge, raconte, dans sa vie du palatin Fr6d6ric,
que curieux de verifier ce bruit , il fit soulever le couvercle du tom-
beau et n'aper$ut qu'un amas de petits os, gros k peine deux fois
comrae le poing 2 .
Nous'avons d6jA dit qu'on prdtendait conserver la lance de
Roland dans la cath&lrale de Pavie. Spello , petite ville k une lieue
de Foligno, se vante de poss6der son phallus. II est en pierre, avec
ce distique :
Orlandi hie Caroli magni tnetire nepotis
Ingentes artus : ccetera facta do cent.
La citadelle de Gaete offre de loin , au sommet de sa hauteur, la
tour pittoresque appel£e la Tour Roland, d'apr^s l'habitude ita-
lienne de donner le nom du paladin de Charlemagne k certains
vieux et grands Edifices. Ce monument est antique , et l'inscription
a prouv6 qu'il 6tait le tombeau de Munatius Plancus.
Roland et Olivier semblent comme en faction k la porte de la
cath&lrale de V6rone; ils sont sculpt£s debout sur les pilastres
gothiques de la fagade ; le premier tient k la main Durandal , car
son nom s'y lit encore Durindarda et non Durindana, comme dans
YArioste (XI, 50; XXIII, 78).
* Hist.fr., XVII, 503, note
2 P. 54.
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INTRODUCTION. clxxxix
Dans l'ancienne principautd de Marsillac, en Rouergue, on
trouve pr&s de la ville de ce nom une caverne appel£e Boucke-
Roland, qui m6ne plus de trois lieues sous terre.
Les traditions populaires , observe M. Valery, et l'imagination des aoi«d en iuiie.
Italiens , font v^ritablement de Roland PHercule du moyen Age ;
elles ont multiplie ses traces, ses souvenirs, ses travaux, assez ana-
logues k ceux du heros antique , et PArioste ne fut que le brillant
interpr&e de ces diverses traditions, chanties, r6p6t£es depuis plus
de dix si&cles l .
Cela est si vrai, que l'italien Marzio Galeotti, qui 6crivait avant
le Bojardo et TArioste , dit qu'on faisait de tels r£cits de Roland ,
que , dans presque toute PEurope, les pl6b6iens ne parlaient que de
ce h6ros ; de mani&re qu'en Italie Roland n'6tait plus un nom pro-
pre, mais 6tait cens£ celui de la valeur m£me : De quo tot et tanta
fabularum cantantur, ut in tota fere Europa plebeiorum ora nihil
aliud resonent,.... ita ut in tota Italia Rolandus non proprium
amplius viri, sed fortitudinis nomen esse censeatur 2 .
L'auteur de la chronique manuscrite de Milan, cit6e par Muratori 3 ,
Grosley et Roquefort, parle des jongleurs qui c616braient Roland et
Olivier : Cantabant hislrionesde Rolando et Oliviero. Finito cantu
bufoni et mimi in cytharis pulsabant , et decenti corporis motu se
circumvolvebant.
Sur les bords du Rhin, ce fleuve si poetique , dans les eaux duquel &oja D d $ ur u Rh, n
le moyen age semble se mirer avec complaisance, on voit se dresser
le Rolandseck ou rocher de Roland, sur lequel il a Mti une tour
solitaire \De \k il pouvait d£couvrir le monast&re habits par une
1 Voyage hist, et litt. en Italie , Bruxelles , Hauman, 1835, gr. in-8°, pp. 92, 877, 474.
1 Script, rer. Hungaricar., p. 371.
* Diss. XXIX ; Observat. sur V Italie , I V, 1 1 8 ; de Xttat de la poesie franchise , 60^
4 Schreiber, Traditions popul. du Rhin , pp. 24-27 ; Mistriss Trollope , La Belgique et Vouest
de I'JUemagne, en 1833 , Paris , 1834 , in-8°, 1 , 200-3.
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cxc INTRODUCTION.
jeune femme qu'il aimait, et qui, le croyant mort, s'&ait vou^e k
Dieu. C'est au pied de ce rocher que se groupent les raaisons de
Frauenwerth.
Kn Turq«,- MM. Raynouard et F. Michel out cit£ des passages qui attestant
la popularity du nom de Roland jusqu'en Turquie. En voilA un autre
dans le ra^me sens. II est tir£ de F&lition que G.-N. Heerkens a
public de la vie de Charlemagne par Eginhard l : Uuncfuisse de-
cantatum ilium Turpini fabulis Rolandum plerique scriptores
putant, de quo nulla alias mentio (mirum profecto) apud cocevos
scriptores reperitur. Sed si sceculo suo neglectus fuit, posteritati
usque adeo inclamit, ut Turcce Saracenum et Turcam fuisse for-
tissimum bellatorem , christiani plurimi (inter eos Soussaius in
kalend. m arty rum, ad diem 3 maii) martyrem et Sanctis annume~
ratum esse aflirmarint. In Asia ad arcis Prusiacce (Pruse) portatn
pendet et ostenditur a Turds illius gladius.
Baudri , arche?£que de DAle , au XI e sitale, et historien des croi~
sades, explique cette disposition des Turcs k regarder Roland
comme un compatriote, en disant : Jactitant tamen se de Fran-
corum stirpe duxisse genealogiam 2 .
son epee a Liege et a Heerkens ajoute imm&liatement que les Turcs n'6taient pas les
seuls qui eussent la pretention d'etre possesseurs du cimeterre de
Roland , puisqu'on le gardait, disait-on, dans le tr£sor de S**-Denis,
et qu'on montrait cette merveille dans un certain monast&re de
Li6ge : Eundem in goenobio quodaji leobie* si , eundem in thesauro
regio S. Dionysii prope Lutetiam ostendunt. Et il remarque fort na-
turellement que pluribus sine dubio gladiis usus fuerit Rolandus.
Apostrophe de cebe.o* L'apostrophe de Roland k son ep6e, au moment de rendre le der-
mouranL ;\ son epee. . . i • i 1 l l / •
nier soupir, est un morceau plein de grandeur et de pathetique,
1 Groniogx, 1775, in-18, p. 23.
2 Michaud , BibL des Croisadet , I , S3.
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Roland cl tie Fcrra-
'hUtoire Jes rroi-
INTRODUCTION. cxci
plutot par la situation, il est vrai, que par la mise en oeuvre. Le
discours de Roland et les paroles de mort de Du Guesclin , ont une du Gneicim
analogie frappante. Les m^mes croyances, le m6me esprit chevale-
resque et Papproche imposante de la mort, ont des deux c6tes inspire
un pareil langage.
On peut aussi indiquer un rapprochement k faire avec la discus- Dispute theoiog*,^ de
sion th£ologique 6\ev6e entre Ferragus et Roland l , discussion qui, « u *
malgrg la simplicity des argumens employes par les interlocuteurs,
n'en trahit pas moins, dans le faux Turpin, une plume monacale.
Le point de comparaison, on le trouve dans Pentretien de Boh£mond
et du sarrasin Phiroiis, tel que le rapporte Robert-le-Moine.
Bohemond , dit Robert, avait de fr&juens entretiens avec Phiroiis, Rapprochement tire a«
qui lui demanda un jour ou £tait plac£ le camp de cette arm£e in- "d*™
nombrable de guerriers tout b lanes , qui venaient au secours des
chr&iens dans toutes les batailles. Bohemond , inspire du S*-Esprit,
et persuade que la vision du sarrasin venait de Dieu lui-m6me , lui
r£pondit : « Quoique tu sois Stranger k notre religion , n£anmoins
» puisque tu es anim£ d'un si bon esprit, je vais te d^couvrir un
» myst&re de notre foi. Cette arm6e que tu as aper$ue , ne demeure
» point sur la terre, mais dans les regions celestes. Tous ceux qui
» souffrent le martyre pour J6sus-Christ , combattent partout les
» incr^dules. Leurs porte-enseignes sont Georges, D£m6trius et
» Maurice , qui combattirent et furent d£capit£s pour J6sus-Christ.
» Toutes les fois que nous en avons besoin , ils fondent sur les en-
y> nemis. Pour te persuader de la v6rit£, cherche leur camp dans
» les plaines, aujourd'hui, demain, quand tu voudras. Si tu le
» trouves, fais-moi rougir de mon mensonge, Demain, s'il est n&-
» cessaire , tu les verras encore paraltre dans le combat : d'oii peu-
» vent-ils venir si promptement,si ce n'est des celestes demeures?
1 Ph. Mouskes, t. I w , p. 2S7.
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cxcii INTRODUCTION.
Le sarrasin dit alors k Boh&nond : « S'ils viennent du ciel, ou
» prennent-ils tous ces chevaux blancs, ces boucliers et ces £ten-
» dards? — Tu me demandes de trop grandes choses et qui surpas-
» sent mon entendement , r£pondit le prince de Tarente ; si tu veux ,
» voici mon chapelain qui va te r^pondre. » Ici le chroniqueur fait
prendre la parole au chapelain , qui , savant comme le moine auteur
du faux Turpin , entame un petit traits sur la mani&re dont Dieu
envoie les anges et les ames b£atifi£es sur la terre \ II nous semble
que le pseudo-Turpin et Robert-le-Moine ont le m£me style , la
m^rae couleur.
Roland a laiss£ peu de traces en Belgique. De beaux vers nous
L.grottedeH«n. peignent ce paladin for$ant un des passages de la grotte de Han,
dans la province de Namur, mais cette fiction n'est fondle sur au-
m. a. Queteict. cune tradition, elle est sortie tout entire de l'imagination d'un
homme distingu£, qui a courageusement sacrifte depuis la riante
po£sie aux sciences les plus graves \
Round d.n.i« utter.- Cependant les trouv&res beiges ont, k leur tour, quoique avec
tort beige. gobrtete, c£16br£ Roland : Van Heelu rappelle ce nom si fameux :
Hoe Roelant ende sine ghesellen
Te Roncbevale yerslagen bleten ,
Dat vint men al bescreven.
V. S924.
Noch Olivier, noch Roelant
V. 6780.
M. Willems ne connait qu'un ouvrage expr&s, compost en fla-
mand, sur ce h6ros. Cest une courte relation, en partie rim6e, et
intitule : Hier beghint den droeflycken stryt opten berch van den
1 Bibl. desCroisades, I, 9, 10.
2 Roland dans les Ardennes , po&me par M. A. Quetelet ; Relation d'un voyage fait a la grotto
diHan , par MM. Kicks et Quetelet , Brux., 182$ , in-8° 9 pp. 92-96 ; AUemagne et Pays-Bos,
Paris, pp. 194-198.
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INTRODUCTION. cxcm
Ronchevale in Spaengien ghesciet , doer Roelant ende Olivier,
mettenfleur van kerstenryck verslagen waren. T' Hantwerpen , by
Jan Van Ghelen, 1576, in-4° \
Dans la chronique d'AThymo 2 et les annates de J. DeGuyse %
on s'est content^ d'extraire Turpin, relativement k Roland, soit
d'apr&s Turpin m£me, soit d'apr&s Vincent de Beauvais (XXV, 19);
on Pa traduit en prose flamande, dans Die Alder eoccellenste cro-
ny he, que Van Wyn attribue k Andr6 De Smet \
Le nom de Roland, donn6 k la cloche du beffroi de Gand (1314 La doehc Round a
ou 1 3 1 7), est plut6t une onomatop6e qu'un souvenir de ce guerrier 5 .
A ce propos, nous ferons observer que Ph. Mouskes explique ce nom
comme dans les branches suppl&nentaires du faux Turpin :
Cis nons Rollant dit autretant itymows du mot
Comme rolle* de viertu grant. " n '
V. 11868.
Rotolandus inlerpretatur rotulus scientije , quia omnes reges et
principes omnibus scientiis imbutus ewcellit*. Mais les Reali di
Francia n'adoptent pas cette ridicule dtymologie, qui metamor-
phose le naif et ignorant chevalier en une sorte de pedant , k la
mani&re de ce roi que le bon Henri IV appelait plaisamment maitre
Jacques. Voici, d'apr&s eux, Porigine de ce nom. Milon et Berte,
dont Charlemagne d£sapprouvait Tunion, sont obliges de se sauver
et veulent se rendre k Rome pour se faire relever de Fexcommuni-
1 Chronique en vers de Jean Fan Heelu , p. 147, note sur le v. 2924.
* fd.de 1880,1, 232.
3 IX , 22 et suiv.
4 T Hantwerpen, 1512, in-fol. Voy. notre BibL historique de la Belgique.
5 Diericx , MSmoires sur la ville de Gand, II , 65 ; Marchantii Flandria, 116 ; Voisin , Guide
des voyageurs dans la ville de Gand, seconde edition, p. 154; Le litre de Baudouin, public
(de nouveau) par MM. £. P. Serrure et A. Voisin , p. xxi , note; la Chanson de Roland, p. 816,
6 1,681.
Tom. II. *
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cxcit INTRODUCTION.
cation dont ils avaient 6t6 frapp&. Ayant tout rendu pour vivre ,
chevaux , armes et v&emens , ils ne peuvent aller que jusqu'aux
environs de Sutri , k huit lieues de Rome. LA ils entrent dans one
caverne , oil Berte accouche d'un fils. Get enfant 6tait si fort dte le
moment de sa naissance , qu'il se roula du fond de la grotte jusqu'A
Pentr^e. Son p&re, qui 6tait absent pendant que sa m&re aecouchait,
y trouva Penfant k son retour. Voulant ensuite lui donner un nom ,
il se rappela cette petite sc&ne , et le nomma Roland , c'est-A-dire
rouulnt. La prima volta , dit Milon k Berte ? eke io lo vidi, si lo
vidi io eke il rotolava , et in franzoso e a dire rotolare, roorlare...
lovoglio per rimemoranza die Vkabbia name Roomudroo l .
Le. statues de Roiaad. Le Roelands steen > cP Amsterdam, demt Franck Van Berckhey
donne la figure % est une de ces statues connues en Allemagne sous
le nom de Rolands Sceulen, dont Pusage remonte au X e stecle ou au
r6gne de Pempereur Charles IV, et qui n'&aient pas la marque exclu-
sive des villes libres , comme quelques-uns Font cru , puisqu'on les
retrouve dans les endroits de la moindre importance. Des antiquaires
ont pens£ que ce h'est que par la suite des temps qu'on a attache le
nom de Roland k ces representations , et que leur veritable desi-
gnation est Ruegland ou Rueglands Sceulen, comme qui dirait
d&nondaiion de crime, pour indiquer la justice et juridiction cri-
minelle, dont le glahre qui arme les statues est le symbole particu-
1 Reali di Francia , con la bellissima estoria di Buovo (Tdntona, Venezia, 1821 , gr. in-8°;
1. VI, c. 53; Ginguene, Hist. lit*, d' Italic, IV, 168-69; Giulio Ferrario, Storia ed analisi
degli antichi romanzi di cavalleria e dei poetni romaneschi d' Italia, con dissertazioni sulT
origine, sugl 9 instituti, sulle ceremonie de cavalieri, sulle corti d'amore, sui tornei, sulk
giostre ed armature de'paladini, suW invenzione e suW uso degli stemmi, etc., Milano , 1828-20,
in-8°, h vol.
2 Elle etait placee devant le perron (Tun ancien batiment du Nieuwezydz Woordburgwal ,
vis-a-vis le Kolk , Berckhey et Wagenaar se sont trompes sur Tage et la destination de cette
figure. Voy. YHist. d'Amst. de ce dernier, IV, 415, et la trad, de YHist. natur. de la
Hollands , par Jansen , III , 58.
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INTRODUCTION. cxcv
lier. IFou vient qu'en plusieurs endroits, au lieu de la statue m6me,
on se contentait d'un bras arm6 de l'ep£e appetee vulgairement die
Freynung. Ge qui confirme cette explication, c'est qu'assez g6n6-
ralement les executions criminelles se faisaient \k ou Ton voyait
de semblables images. D'un autre c6t6, des autorites respectables
assurent , sans beaucoup s^carter de cette maniere de Toir, que ces
statues de Roland doivent leur origine k la coutume tr&s-ancienne
des Germains, et sp6cialement des Saxons , d'6riger des images de
leurs rois ou h&ros sur les places publiques oh ils tenaient leurs
plaids (placito, malla, Mahlstaetten , Dingstaetten), parce que,
depuis les temps du paganisme , ils aimaient k les tenir dans des
lieux sacr&s, et dans des enceintes ou £tait interdite toute sorte de
rixe et de guerre. C^tait done un signe que les yilles oil se trouvaient
de pareilles statues de Roland , exergaient une juridiction ind£pen-
dante \
M. Fr. Michel a offert un tableau analytique des compositions
qui , dans toutes les langues , se rapportent k la bataille de Ronce-
yaux. Nous nous permettrons de lui rappeler celle-ci , pour la partie
espagnole :
BataUa de Roncevalles, par Francisco Garrido, en Toledo, 1583, ouvrage e^oi . ur
in-4° (cite par Fontette et Meusel); r\uT
1 Aux ouvrages concernant les Roland's Swulen , Inumeres par M. Fr. Michel , ajoutez :
Aug. quinque Carolorum historia, Vienn. Austr., 1785, in-fol., p. 77 : Quaesitum 19.
An statuw ilia armatce, vulgo Roland dictw , in plurimis Germaniw urbibus visenda a Caroli
MagnicBvo originem trahunt? P. A Thymo , Hist. Brab. diplom., Br., 1880 ,1, 819-21;Reiche,
De Colossi* et jure Colossorum, 1699; Hommel, Jurisprudents numismatibus illustrate ,
p. 280 ; Koehler's Muenz Belustigung, 1788, p. 145; Eccard, De voce Roland, dans Hist, de
studio etymologico ; De Hase, Bibliotheca Historico*4heologica , cl. 6 F. 1 . p. 28 ; Winckelmann ,
Exequiw Bulandi Bremensis, dans No tit. vet. Saxo-ffestphaL, liv. IV, c. 3 ; Haltaus , Gloss.
Germ. med. cevi, au mot Rolaud; Dreyer, Jurispr. Germ, picturata; Observ. VIII, dans
Breitraegen zurKunde der teutschen Rechtsalterthuemer von Spangenberg, 1824 ; Dr. Deneken,
Die Roland's Samle in Bremen, 2* ed., Bremen, J. G. Heyse, 1828, VIII, 85 pag. et une
planche, etc., etc.
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cxcti INTRODUCTION.
Et pour la partie flamande , Pouvrage que nous avons indiqu£
quelques lignes plus haut. Ajoutez-y :
Ruolattdes ldet , dont M. W. Grimm annonoe la publication , avec
les figures du MS palatin et un fac-simile , k Gottingue , chez Die-
terich , gr. in-8°.
chaiuonoupiut6tch« n . Un mot sur la Chanson de Roland, que Ton r6p£tait parmi les
sons deHoltnd. * * *
rangs des armies.
Sans nous engager dans l'examen de tout ce qui a £t6 d6bit6 & ce
sujet , nous nous contenterons de dire que , suivant nous , cette chan-
son, vraisemblablement tr&s-simple en sa forme \ 6tait un de ces
morceaux lyriques sur lesquels travaill&rent les premiers roman-
ciers, plutot qu'un passage de roman meme, passage qui n'aurait
eu ni la mesure, ni la coupe n6cessaires pour 6tre chants dans
Pacception rigoureuse du mot , et qui , pour £tre compris , eut exig6
une exposition pr6liminaire. Dans le repos d'un castel, dans le
silence d'un auditoire attentif , on pouvait reciter avec des intona-
tions musicales semblables k notre recitatif , des fragmens tir6s des
chansons de geste , mais sur le champ de bataille , quand la terre
mugit, £branl6e par les hommes et les chevaux, il faut quelques
expressions simples et sonores, des g£n£ralit£s, des figures v£h£-
mentes, plut6t qu'un r£cit r^gulier ; un cri mAle et 6nergique, plut6t
qu'une lente m61op£e , une phrase courte , susceptible d'etre r6p&£e
1 Telle etait la chanson des soldats d'Aurelien, au rapport de Vopiscus :
Mille Frsncof,
Mille SarmaUs,
Semel occidimiu :
Mille, mille, mille,
Mille, mille, niille,
Penes queuimus.
Le chant des soldats de 1'empereur Louis II (871), et celui des soldats modenois (924), sont
des especes de complaintes bonnes pour le bivouac , le corps-de-garde ou la garnison , mais
peu appropriees au moment de 1'attaque. Sismondi, De la litt. du midi de I' Europe, Brux.,
Dumont , 1887, gr. in-8°, I, 14-18; A. Baron, Poisies miltiairee de VantiquiU, p. 40.
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INTRODUCTION. cxcvn
en choeur, plut6t qu'une large p&riode. Faites d6clamer en t£te d'une
arm£e flamande , des fragmens de Van Heelu , ce sera assur&nent
une declamation perdue. Mais qu'un chef ou un soldat entonne
d'une voix forte et rude un de ces cantiques guerriers, dont le texte
simple et concis se grave facilement dans la m&noire d&s qu'on Fa
entendu, on lui r^pondra avec enthousiasme et Ton se pr^cipitera
avec ardeur sur Pennemi \
Taillefer, en chantant de Roland et de Roncevaux , faisait des
tours d'adresse avec son 6p6e. Ainsi, quand nos troupes vont au
combat , le g6ant galonn6 , plac£ en avant de la martiale musique
des tambours et des clairons, qui ch anient aussi des airs menacans,
fait avec sa canne mille Evolutions surprenantes.
Vous n'avez pas retrouv6 la Chanson de Roland, ou plutot les
chansons soldatesques dont il 6tait le sujet , mais savez-vous encore
celles qui faisaient courir k l'assaut les braves de Turenne et de
Cond6 ? Quel grognard a m6me retenu tous les couplets grivois et
terribles qui retentissaient autour des aigles de la grande armee ?
La gloire de Roland appartenait de droit aux romans karlovin- Mentionde&oi»ndda ns
_ los chansons de gesle.
giens et des douze pairs. Dans ceux de Renaud de Montauhan et **nw <u mom™-
du Sidge d'Aspremont, on voit Roland arriver k la cour et faire lesi ^ ed, ^ s P remoHt -
ses premiers actes de prouesse. U faut lire dans cette derni&re
chanson , comment enferm£ au chateau de Laon, ou le soin de
son Education est remis k un serviteur fiddle , il entend dire que le
roi Charlemagne se dispose k partir pour guerroyer les Sarrasins
d'ltalie. Alors il casse la t&te au portier qui essayait de le retenir, il
d6pouille dans la campagne deux guerriers qui voulaient s'opposer
1 Du Cange , Glossar. voce Cantilena. Rolardi ; le meme, Dissert. XI sur Joinville , p. 205 ;
Laborde , Essai sur la musique, II, 148 ; Roquefort , De I' Mat de la poe'sie fran$aise , 204,
$62, etc.; C. M. Wieland, Melanges lift., polity etc., tr. par A. Loeve-Veimars et Saint-Mau-
rice , Paris , 1824 , in-8°, p. 292-304 ; Annuaire historique pour I'anttie 1887, publie par la
Soctete de l'histoire de France , p. 215.
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CXCVIII
INTRODUCTION.
k son voyage , et il arrive au camp de Charlemagne , arm£ de toutes
pieces , dispose k combattre et sollicitant ardemment oette faveur.
Tout le reste du r£cit est plein de ses exploits.
Dans Renaud de Montauban (MS 7 183), il se montre d'abord hos-
tile aux quatre fils d'Aymon. II combat m&ne corps k corps contre
Renaud , et le plus beau fait d'armes de celui-ci tient k ce qu'il ne
fut pas vaincu dans cette lutte. Enfin il contribue a r&xmcilier
Charlemagne avec les quatre fr&res.
ogier-u-Danois. Roland parait rarement dans Ogier-le-Danois (MS Supply
n° 180), mais toujours sur un plan parall£le k celui du h£ros prin-
cipal. Une chose remarquable , en effet , dans le type de Roland ,
c'est ce caract£re (Tinvaincu, qu'on n'ose jamais lui enlever. Presque
toujours il est le plus vaillant. Jamais les trouv&res ne se sont avisos
de donner k quelque autre sur lui f avantage de la force et de la
victoire. Et quand il leur arrive de maintenir une sorte de balance
entre Roland et le heros qu'ils ont choisi, ils en demandent au lec-
teur une sorte de pardon, et entrent, pour se justifier, dans des
explications prolong£es.
jehandtumson. Dans Jehan de Lanson , Roland est A la tAte des douze pairs de
France qui font le stege du chateau de Lanson, sur les marches
d'ltalie. Jean parvient k les retenir prisonniers , mais 1'adresse de
Bazin de G6nes finit par d61ivrer les douze pairs et Charlemagne
(MS n<> 8203).
GuiteciindeSaissogne. Guiteclin de Saissogne ne fait qu'une 16g6re mention de Ro-
land. Les 6v6nemens principaux ont m6me lieu apr&s sa mort (MS
n<> 6985).
Girard d' Amiens a r6sum6 dans son grand po&me historique de
Charlemagne. Charlemagne > toutes les traditions relatives k Roland. Mais il les a
d£pouill£es de leur caract&re primitif , et, en voulant les polir, il en
a emporte tout le relief (MS n° 7188).
Roland figure encore dans un autre roman sans titre et sans corn-
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INTRODUCTION. cxcix
mencement ni fin , dans lequel est d&nrite la guerre de Charlemagne
oontre l'Amirans de Perse (MS n° 6985).
La Chanson de Gaydon est le r£cit de la punition des derniers Gajdon.
parens et allies de Gan£lon y long-temps apr&s la mort de Roland
(MS n<> 7551).
Enfin il est encore fait mention de Roland , mais en passant , dans
les chansons de Gerard de Vienne,de Fierabras, de Gerard de
Roussillon, de Garin de Montglave, d'Ans&s de Carthage , etc.
(MSS no 7498,2; Suppl.fr., 180; 7224, 3, 3; 7542 et 7191) \
D. Ganelon.
Si le nom de Roland est synonyme d'h£roisme, celui de Ganelon "
est le nom m£me de la trahison.
II appartenait k la maison de Mayence, qui semble repr&enter uaiioo<ieii«yence.
dans les anciennes poesies l'opposition form^e contre la famille de
Pepin. En effet, presque tous les membres de cette maison de
Mayence ont combattu Charlemagne , et on a confondu Ganelon
avec Loup , due de Gascogne, fils de Waifre et petit-fils de Hunald , lou P . due de g«co-
lequel fut la cause r6elle du d&sastre de Roncevaux 3 . Or, ainsi que
nous le remarquons k propos de Garin, ces princes d'Aquitaine
&aient du sang de la race d&shue. A ce grand int6r£t dynastique se
1 Ces details sont extraits d'une lettre que M. P. Paris nous a fait l'honneur de nous ecrire
le 12 Janvier 1835.
* 11 s'ecrit en francais Guens, Guenes, Guenles, Guenelon, Guenelum, en latin, Ganelo,
Gavaloj Ganalonus, Ganalo.
3 Charles-le-Chauve , dans une charte du 12 des calendes de fevrier 845 , dit : Magnus arms
nosier Carolus, fiddissimo Lupo duct totam Vasconim partem bene ficiario jure reliquit, quam
Hie omnibus pejoribus pessimus , acperfidissimus supra omnes mortales, operibus et nomine
Lupus, latro potiusquam dux dicendus , fVifarii patris scelestissimi , avitique apostate Hunaldi
improbis vestigiis inhcerens , etc.; Hist, generate du Languedoc, par DD. Devic et Vaissette,
I , p. 4S0 , n° LXXXI , et preuves , col. 88 ; Fr. Michel , Tristan , II, 177; le meroe , la Chanson
de Boland, p. iimv.
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cc INTRODUCTION.
joignait peut-6tre encore cette implacable rivalit£ des g6nies du
midi et du nord, rivalit6 qui se r^veilla avec taut d'^nergie au
XIII e si&cle, lors de la guerre des Albigeois.
Etjmoiogie briioow. M. Ft. Michel conjecture que le nom de Guenelon ou Gudnes est
alt6r6 du breton Guinoli ou Guenau, et qu'il adusa vogue k Pan-
cienne 16gende de Tristan; Pun des barons qui le trahirent £tant
d£j& ainsi nomm^ ne peut-on pas croire avec quelque fondement,
demande-t-il , que les premiers romanciers du cycle karlovingien
s'empar&rent de ce nom, rendu proverbial, pour designer un traitre,
k cause de la grande popularity des faits et gestes du chevalier
breton, et qu'ils l'appliqu&rent k Loup, dont on oublia bient6t le
nom veritable?
II nous semble plus simple d'appliquer ce raisonnement k un per-
Gucneion. .rchereque sonnage historique , k Wenilon ou Guenelon, archev£que de Sens,
qui, combl£de bienfaits par Charles-le-Chauve , le trahit en faveur
de Louis-le-Germanique \
paissance de u poetie. Et pourquoi , apr&s tout , les pontes n'auraient-ils pas la puissance
de cr6er un type de perfidie , comme ils en cr6ent de grandeur et de
g6n6rosit6. Serait-il n£cessaire d'all^guer de cette faculty des exem-
ples qui sont dans le souvenir de toutes les personnes familiarises
avec les lettres?
Qu'il eut exists ou non , Gan6lon n'en £tait pas moins un £tre r6el
pour le peuple, et sa conviction sur ce point a 6\A si forte, que cette
fois encore elle a impost k la science.
Traditions reuses a Alb&ric de Trois-Fontaines 2 fait naitre Gan£lon k Ramerup , au
Ganelon. . m # r 7
Aib^ne de Trois-Fon- dioc&se de Troie. Suivant une tradition fabuleuse, Louis-le-D6bon-
taines. *
naire aurait pass£ par Avenas, village du Beaujolais, le 12 juillet de
Tan 824 ou 830 , pour se rendre k Aix , en Provence, ou il devait se
1 Du Cange , Glou. au mot Gakeio , Hist. litt. de la Fr., XVIII , 728.
2 Ad annum 805.
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INTRODUCTION. cci
trouver k un concile (qui eut lieu effectivement, mais k Aix-la-
Chapelle). On raconte que ce monarque s'arr&a k Avenas, ou il fit
raser et d£truire de fond en comble le chateau de Gan£lon , que
Charlemagne poursuivit et atteignit sur la montagne de Torv&m, Tmdjuon. ioc«i«.
ou ce traltre fut vaincu.
Une g£n6alogie des comtes de Boulogne , rapport£e plus bas , dit
que ce fut Otton, fils d'Attes , qui s'empara de Gan£lon \
Severt, historien des £v£ques de Macon, affirme que l'6glise severt.
d'Avenas a 6t6 erig^e par les soins de Louis-le-D6bonnaire 2 .
Feu M. Gochard a adopts cette explication , dans une notice sur mm. cocwa et Per.-
Avenas 3 . M. P&ricaud s'est borne k la rapporter 4 .
Une tradition qui r£gne encore k Laon , assure que Gan6lon fut
execute dans cette ville, aupr&s du faubourg de Leu illy. Le lieu ou
Thierry et Pinabel out pr&endument combattu, continue de se
nommer le champ de bataille \
Outre les mines du chateau de Torv6on, dans le Beaujolais, il y
a dans le Beauvoisis , pr6s de Compi£gne , entre les rivieres d'Oise
et d'Aronde, et k leur jonction, une montagne appel£e le Mont-
Gan£lon. On y voit les ruines d'un ancien chateau, que les gens du
pays disent avoir subsists du temps de Charlemagne. lis ajoutent
qu'il a serri de retraite k Gan&on.
Enfin il existe k Chaton, aupr&s de Saint-Germain~en-Laie, dans
la foret du Vesinet, une mare k laquelle on attribue des propri£t£s
merveilleuses et qui porte le nom de Mare de Gandlon 6 .
1 Article de Garin le Loherenc.
2 Chron. hist, R. Episc. Diwces. Matisconensis , 1628 , in-fol., p. 32.
* Archives duRhdne, XVI, Ul.
4 Notice sur F ancien autel d'Avenas, t. 1", 4° liv. de la Revue du Lyonnais; Fr. Michel, la
Chanson de Roland , p. 189.
5 Devismes , Hist, de la ville de Laon, 1822 , 1 , 29 , 80 , 89 ; Fr. Michel , ibid.
6 Fr..Michel, Tristan, II , 178; Roman de la Violette, p. 16 , note 1.
Tom. II. aa
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C45H
INTRODUCTION.
M. Fr. Michel, qu'on ne doit pas s'&onner de retrouver si sou-
Tent dans oet ouyrage, a public un po&me en yers £16giaques
latins , Be traditions Ganelonis, tir6 de la biblioth&que Cotton-
nienne 1 .
AyedATignon. Les parens de Gan61on semblent, dans les romans, porter la
marque indllebile de sa perfidie. Les vassaux de la belle Aye d'Avi-
Gvnier de N.meuii. gnon , nitoe de Charlemagne , reprochaient k Gamier de Nanteuil ,
d'etre de la geste Aytnon, qui 6tait fils de Doon de Mayence, de
m&ne que Gan^lon.
Le roman italien de Buovo dAntona fait desoendre celui-ci de
Raymond de Mayence \ Le roman de P arise la Buchesse, public
par ML Be Martonne , enum^re la parents du felon chevalier et passe
en revue plusieurs personnages mentionn& par Ph. Mouskes : nous
soulignons lesnomsrecueillis par ce dernier 1 :
II ot en Vau venice XII pers moult f&lon,
Qui lor seignor murtrirent par moult grant trafron ,
Hardrez et Aloriz, et Ti6bauz d'Apremont,
Et Peneauz et Rogien et Herrties de Lion ,
Pinabiaus et Roers et Sans** d'Orion.
Gil furent del lignaige al cuvert Gan61on 4 .
Gontaud de Laus.oae. Plus loin est nomm£ Gontagles de Losanne {Gontaut de Lau-
sanne), cousin de Gan61on, et qui en conserve le caract&re caute-
leux, perfide et cruel 5 .
Dans le roman de La belle Aye, on lit :
Estes-vos au palais Auboine et Milon?
Gil sont fil Pinabel et neveu Gan61on.
1 La Chanson de Roland, pp. 228-242.
2 Buovo d'Antona, canti XXII, Venezia, 1480.
3 V. 8458 et suiv.
* P. 4,5.
5 P. 89.
H»rdre, A Ions, Thi-
band d'Apremont ,
Pinabel do Sorenie.
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«li,
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INTRODUCTION. can
Thibaut d'Apremont,' seigneur de Hautefeuille , 6tait fr&re de
Gan£lon.
Pinabiaus est le Pinabel-le-Blond , seigneur de Sorente, dont
parle Ph. Mouskes \ et qui est tu£ par Gaydon (dans la chanson de
oe nom), ainsi que Thibaut.
Samson ou Sanses £pousa, selon le roman d'Aye, une soeur de sanuon.
Gamier, dont il eut un fils appel£ Guichard.
Hardr£, Hartrat, Ardericus, &ait p&re d'Aumanguis-le-Brun,
dont le fils se nommait Aloris. Les fr&res d'Hardr£ £taient Samson
et B6renger 2 . w^er.
Parmi toutes les applications du nom de Gan61on, qui abondent
dans les 6crivains du moyen Age , nous ne recueillerons que celle-ci,
parce qu'elle se rapporte au texte de notre auteur. Le comte Renaud Remade Boulogne
de Boulogne a une querelle avec Hugues de Boves 3 . « Ciertes , dist
li quens, vous i avez menti comme mauvaisrous et trattres que
tous estes; et bien dev& tels paroles dire, quar vous estes dou
lignage Gruenndlon 4 . »
Malgr£ la diffamation constante deGan£lon et des siens, M. Lesson Tenure de rdubiii-
a entrepris de r^habiliter sa m^moire, en s'appuyant sur le droit
feodal 5 . On ne pouvait plus adroitement manier un paradoxe.
E. Les quatre fil$ Aymon.
Parmi les l£gendes qui ont cours en Belgique , celle de ces quatre
paladins est la plus populaire , m£me k une 6poque ou toutes les
traditions s'en vont une k une , et ou Ton ne croit plus gu6re qu'a
1 V. 9476etsuiv.
1 De Martonne , Parise la Duchene , pp. 21 , 22.
* Fay. v. 20848 , 20856 , 21680 , etc,
* Add. MSS du Mus. Britann., n° 7108 , fol. 57 verso ; Fr. Michel , Tristan , Il , 175.
5 Justification du comte Ganelon, LeUree Scmtonnes, II et III.
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ccnr
INTRODUCTION.
la vapeur et aux chemins de fer. Nos enseignes , nos rues, retracent
encore leur souvenir * . On montre les lieux qu'ils ont habitus ; on at-
tache leurs noms k d'antiques manoirs, comme en Italie les ciceroni
d£corent les vieux debris du souvenir du grand orateur, leur glorieux
patron, comme dans nos contr^es toutes les forteresses ont 6t£ con-
struites par C£sar, toutes les plaines ont servi de camp k ses legions.
chii«iux deRenastien- ^ e ch&teau de Renastienne {Reinouis steen ) , dans la province de
d r Amb d uve Po d U 'Ai^ Ltege , commune de Hody, passait pour avoir offert un asile aux fils
i™H n ocheB.y.rd,etc.' d' Aymon et surtout k Renaud , le plus illustre d'eux tous. Non loin
de \k , celui de Poulseur £tait renomm£ pour avoir appartenu k leur
cousin Maugis, cet enchanteur, qui fat pape de Rome (!)• Les
ruines que Ton va visiter k Ambl&ve ou Ambl6me, dans la commune
d'Aywaille, sur la cr6te d'un rocher taill£ k pic, sont encore appe-
16es le Chdteau des quatre fils Aymon 2 . Le chateau d'Aigremont,
debout sur les bords de la Meuse, entre Li£ge et Huy, et rebAti k
neuf dans le courant du XYIH e si&cle, fut, dit-on , jadis la demeure
des m^mes chevaliers ou de leur cousin, et devint plus tard le
repaire du Sanglier des Ardennes \
Lech«v.i B.yrd. « On voit k Dhuy, dans le comt£ de Namur, 6crivait Paquot, en
» 1770 4 , un vieux chateau, dit Bayard, dont un c6t£ aboutit k un
» pare baign6 par la M6hagne ; et Ton assure qu'il servit de retraite
» aux fils d' Aymon, obliges de s'enfuir de PArdenne; ce qui fait,
» dit Gramaye , que ce chateau est encore un fief relevant du due
» de Brabant 5 . »
1 Rue des Quatre fils Aymon, a Bruxelles et a Mons.
2 Souvenirs de vacance, par M. F. H. Colson, dans la Revue Beige, Liege, 1837, in-8°,
avril , pp. 383-384.
3 Promenades hisioriques sur les bords de la Meuse, par M. B. (le docteur Bouvier) , ibid.,
1835 , decembre , p. 367 ; Villenfagne , Recherches sur Vhist. de Liege, 1 , 429, 471 .
* Mem. litt., in-fol., Ill , 433.
5 AntiquitatescomitatusNamurcensis, in4°, p. ii.
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INTRODUCTION. ccv
La Roche Bayard, pr&s de Dinant , est rest^e c61&bre. Les pay sans
de ces cantons Pappellent, sans doute par corruption , Roche a
Bay an. D'apr&s une vieille tradition, le cheval Bayard se serait sauv6
d'une des gorges de ces rochers, dans les foists qui environnent
le ch&teau de Beaufort et il y demeurerait toujours. Le r&iacteur
du texte de la Collection historique de$ principales vues des Pays-
Box, Tournay, in-foL, s'est imaging que cette croyance concernait
le cheval de Bayard , le chevalier sans reproche et sanspeur 1 !
Gramaye , cit£ tout k Pheure , observe que la l^gende des quatre
fir&res , a 6t6 admise pendant plus de six stecles k Berthem , village
voisin de Louvain, appartenant jadis aux seigneurs de H6verl£,
comme avou& de Pabbaye de Corbie , auquel saint Adalhard ,
Adalard ou Alard, abb£ de ce monast&re et Pun des fils d'Aymon,
Paurait donn£. Gramaye dit que Berthem signifie la demeure du
cheval, et que ce nom vient du cheval Bayard. En effet, le village
a ce cheval pour armoiries, et Pon montrait autrefois sa creche,
ainsi qu'une pierre avec Pempreinte de ses pieds, dans la for£t de
Meerdael, c'est-A-dire , suivant le m6me 6crivain, la valine du
cheval. Or on sait qu'anciennement cette for£t faisait partie de celle
des Ardennes , oil Pon place les domaines d'Aymon. Alard, le cadet
de ses fils (Pain6 suivant d'autres) , avait fait present de la seigneurie
de Berthem, qui lui £tait £chue, k Pabbaye de Corbie, oil il
renon$a au monde , et ce monast&re ne se d£fit de ladite seigneurie
qu'en 1562 2 . Paquot assure avoir lu dans un registre manuscrit,
qu'avant les troubles du XVI e si6de, on voyait les quatre fils
Aymon, repr£sent6s k genoux devant un crucifix, sur le maitre-
autel de Berthem. Molanus en parle dans ses Natales Sanctorum
Belgii \ « Ceux de Berthem , dit-il, ont dans leur 6glise un tableau
1 H e livraison.
1 Gramaye, Lovanium, in-fol., 59, 60.
* Ed.de 1595, p. 2.
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ccvi INTRODUCTION.
on saint Adalard est d£peint, aussi bien que le cheval gigantesque
qu'ils pr£tendent avoir 6t6 nourri chez enx avec lui. lis font ce saint
abb£ fils cadet d' Aymon , mais ils se trompent , remarque Molanus,
car saint Adalard £tait fils de Bernard, neveu du roi Pepin et cousin
de Charlemagne, avec qui il fut £lev6, » opinion qui est celle du
p£re Anselme, de Bail let, de Godescard, et que M. le marquis De
Fortia a adoptee dans son Examen dun diplAme \ Jacques Meyer
met le berceau d' Adalard k Huyse ou Huysche % k une lieue d'Au-
denarde; ce village £tait, k ce qu'on raconte, du patrimoine de ce
saint, aussi bien que Berthem : son culte y a 6t6 en honneur et on
y voit encore une fontaine qui porte son nom.
Au-dessus du village de Couillet, pr&s de Charleroi, on montre
£galement le Pied ou le Pas Bayard 3 .
Ce palefroi et ses quatre cavaliers sont les acteurs obliges de
quelques-unes de nos solennit^s civiles et religieuses. En 1490, le
jour de la kermesse 4 , on fit k Louvain une procession fameuse,
qui fut institute , assure-t-on, en 891 , pour consacrer la d££aite des
Normands, et qu'on renouvela en 1656, 1660, 1663 et 1681. Der-
ri&re le corps de r university, s'avan^aient Bayard et les fils d'Ay-
mon. L'6norme quadruple 6tait orn£ des armes de ses maitres,
c'est-i-dire de gueules au chef de m£me et charge de trois pals d'azur
vair6s d'argent. Un manuscrit des archives de Louvain, r£dig6 par
le secretaire de la ville, Guillaume Boon, repr£sente toute cette
procession, au second volume, et oflre, touchant notre sujet, une
1 Biogr.univ. 9 LYl, 610.
2 AnnaL Flandr., 1561 , fol. 10 verso.
3 ItinSraire ou Fog. de Vabbe De Fe/fer, note de 1'eVliteur, I, 454.
4 Sur le mot kermesse, voir A. Le day, Programme de la ftte communal* de Cambrui
(15 aout 1828), ou Notice sur les principales fktes et ceremonies publiques , etc., in-4°; le meme,
Nouveau programme d y etudes historiques , p. 103 ; M"™ Ctement-Hemery, Hist, des fHes civiles
et religieuses , des usages anciens et modernes du dipartement du Nord, Cambrai , 18S4 , in-8°.
L'auteur promet une seconde edition de cet ouvrage.
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INTRODUCTION. ccvn
note ' oil il est dit qu'en l'annee 500, le due de Brabant , Charles
Nason (h&ritier d'Austrasius Brabon), avait une fille appel6e Veraia,
qui 6pousa Haymon, seigneur des Ardennes, dont elle eut quatre
fils, Renaud, Roger, Olivier et Adalard, autrement Alard, Renaud,
Guichard et Richardet. Le m&me manuscrit appelle leur destrier
Voelbayaert, et recueille cette chanson flamande :
Gompt al ter kermis wie ghy syt ,
Tis du als vreucht en al jolyt
Die men in langhen niet en sach
Syn hier vergaert op eenen dacb.
Syt willecom nu alle ghelyck ,
Heer, vrouw en knaep , aerm en de ryck ,
Wie dat sy syn 'tsy Tan wat staet
Wy en begeren niemant quaet.
Maer wacht u wel tot elcken heer
Van die schouvaegers sonder leer
En die daer lagen dach en nacht
Dat sy niet met en hebben bracht.
Hier mede slay ten wy on liet,
Maer en Tergeet d'accyse niet;
Weest dan vrolyck in 's Lovens pleyn,
Godt ter eeren en syn moeder reyn.
Bayard reparait au jubil6 de Malines, en 1825, fete calqu£e sur
1 Fol. 478 verso. Cf. Mmanak van Loven , voor 1754 , D. 6 , verto. Dans cet almanach , on
lit ce qui rait : Hier volyen de heeren vande fPytvermaerdo universiieyt van Lovm* Daer naer
volgt Rosbeyaert, behangen met de wapenen van HeUyman> daer op eiUen de 4 Hellymans
kmderen vervolqt met den koninak Karei diese beveekt te peerde , ende voor den Rosbeyaert
voorechreven danst eenen moeselaer.
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covin INTRODUCTION.
des rdjouissances plus auciennes ! . VOmmegang de Bruxelles serait
£galement incomplet sans Bayard.
Ges souyenirs si vifs, si g£n£ralement r6pandus, n'auraient-ils
que des fables pour origine? Nous n'admettrions Faffirmative
qu'avec peine. Sans doute la fiction obtient ici sa large part, mais
elle semble recouvrir un fond de v6rit6.
Foullon place vers le milieu du VI C si&cle les aventures d'Aymon
et de ses fils, auxquels il donne pour m&re une tongroise. Ce j^suite
s'en rapporte naivement aux m£mes autorit6s que le manuscrit de
Louvain , avec lesquels Brusthem est aussi d'accord, sauf cette seule
difference, que Veraia, la mfere des quatre fils Aymon, n'6tait pas
fille , mais soeur de Charles Nason 2 .
II n'est pas possible, au surplus, de concilier la date de Foullon
(Fan 538), avec les paroles de Thomas de Cantimpr6 sur le cheval
Bayard. Get ^crivain, qui florissait en 1258, invective contre les
tournois et demande aux jouteurs de son temps, s'ils peuvent se
promettre de leurs exercices plus de reputation que n'en acquit oe
fameux cheval, qui mourut, dit-il, il y a d£j& plus de 500 ans, et
dont la m^moire dure encore 3 ? Cantimpr6 pensait done qu'il fallait
redescendre jusqu'au VII e si^cle , au moins. Son annotateur, Col-
vener, remarque que la m&noire de Bayard s'est conservde jusqu'd.
nos jours, et que nous avons des romans fran^ais et flamands sur ses
exploits fabuleux (car un enfant les jugerait tels). Mais, ajoute ce
scoliaste , puisque Cantimpr£ en parle comme d'un cheval qui a
v^ritablement exists, il y a de l'apparence qu'un fait r^el a donn£
1 Fiertig-jaerig jubile van den H. Rumoldus (par Vervloet), Mechelen (1828), in-4°,
p. 55-56 ; Diet, de la conversation et de la lecture , VIII , 274.
2 Voy. la chronique de Brusthem, dans notre premier volume , p. 570. Cf. Petr. Louwius,
Ad Molani hist, sacra ducum Brabantia militia , au commencement.
3 Th. Cantimpratanus, Apum lib. II, c. XLIX, s. 8, e<L 1805, pp. 44* , 444; Paquot,
1. c.,p. 442,
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INTRODUCTION. cent
naissance aux contes que l'on en fait , ce qui est aussi arrive par
rapport k la plupart des fables adoptees par les pontes \
Arnold Wion, plus tranchant que Bollandus 2 , regarde saint
Renaud, Renard ou Remold, comme fils veritable d'Aymon, et
r£pond aux objections faites contre Pexistence de ce saint 3 . Sa vie
a 6\6 imprim£e en 1485. Wion Fa vue aussi en vers italiens et
fran$ais. Renaud vivait, k Pen croire, du temps de Charlemagne.
Bojardo, Arioste et les auteurs des romans de Maugis et de son
fr6re Vivien, font Aymon, seigneur de Montauban , ce qui est certai- vmeo.
nement faux, puisque ce chateau ne fut construit que long-temps
apr&s. Molanus convient avec Wion, que saint Renaud 6tait d'il-
lustre naissance. Ces deux £crivains racontent qu'apr6s s'£tre distin-
gue k la guerre , il alia prendre Phabit monastique k SMPantal&m
de Cologne , ou il ne se distingua pas moins par la saintet£ de sa vie
que par ses miracles. Son abb£ lui ayant donn£ Pinspection des ou-
vriers qui travaillaient aux batimens du monast&re , ces sc6l£rats le
tu&rent et le jet^rent dans un puits , d'oii on le tira pour Penterrer
d6cemment. Vers Pan 1060, saint Annon, archev^que de Cologne,
donna ses reliques k ceux de Dortmund , qui construisirent une £glise
en Phonneur du martyr \ II est k remarquer que Dortmund, ville
que les tribunaux vh£miques ont rendue fameuse, s'appelle en latin
Tremonia , et que la ville de Tremogne est souvent mentionn£e dans Tremor ou Don-
la I£gende des quatre fils Aymon, telle que Pont change les trou-
v&res 5 ; si done Pon voulait hasarder quelque conjecture, on pourrait
dire que Renaud, en se r^fugiant k Dortmund, pla$ait entre lui et
Pempereur, le pouvoir t£n£breux des francs-juges. Franc-juge..
1 Not. ad Cantimp., e\H. 1605 , p. 50.
2 Acta sanctorum januarit , I , 285 , 386.
* Am. Wion, Lignivitm, parte II, pp. 10, 11 , 12.
4 Trithemius, Deviris illustrib. ord. S. Benedicti, lib. Ill, c. W9.
5 Voy. notre premier volume, p. 607 , 608.
Tom. II. bb
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ccx INTRODUCTION.
Ph. Mouskes, passant en revue l'arm£e de Charlemagne , dit ' :
Coustantins, li pr6vos de Rome,
(En ot) XX mil qui furent tout preudome.
Renaus dfAubeejntn Tint aprifa
A M compaignons totu engrils.
Le roman de Turpin l'appelle Rainoldus de Alba-spina 2 , et
l'Excellente Ghronique de Brabant Raynout van Albespyne. Nous
avons pens£ et nous pensons encore, que ce Renaud £tait le m£me
que celui de Montauban (de Albomonte). Ph. Mouskes d£signe posi-
tivement ce dernier aux v. 8444, 9814 et suivans.
Anecdote Kodak. Avant de dire quelques mots sur les compositions romanesques
dont Renaud et ses fr&res ont £t£ le sujet, nous consignerons ici une
anecdote f&odalequi les concerne, quoiqued'une manure indirecte 5 .
Dans un registre intitule : Rapports et ddnombremens des fiefs
terms de la Salle de Lille, de 1615, lequel se conservait, avant
la revolution de 1789, aux archives de Pancienne chambre des
comptes de Flandre, k Lille, on lisait, fol. 130, ce rapport transcrit
mot pour mot : « Item ledict Nicolas Imbert tient encoires un fief se
» consistant, etc., lequel fief doibt k madicte seigneurie (de Tem-
» pleuve en Dossemetz, prfes de Tournai), le dixi&me denier k la
» vente, don ou transport, service en court quant l'h6ritier requis
» en est, et ung jambon de Mayence, cuit avec de la moutarde
» sucr^e, de relief, k la mort de l'h&itier, pr&sentant audict sei-
» gneur de Templeuve estant k table, et chantant gaillardement
» la chanson vulgairement appel£e :
Regnauld de Montauban
Trouve sa mere mort*
1 V. 5216.
2 Tome I OT , p. 496.
3 Gachard , Analectes belgiques , p. 165.
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INTRODUCTION. ccxi
Et lui souffle au c...
Et *e le reeonforte.
Cette chanson de Renaud remontait certainement au del& du
XVII C siicle. Peut-Atre £tait-elle de F^poque de Huon de Villeneuve, huod a« vaieneuve.
qui pourtant s'est bien gard6 (Ten faire une branche de son roman.
Ce trouv&re du XIII e si&cle est auteur des romans de Renaut de
Montauhan, de Gamier de Nanteuil, de Doolin de Mayence et de
Ciperis de Vineaus l ; on lui attribue en outre ceux des Quatre fits
Aymon , de Maugis d'Aigremont et de Bueves dAigremont 2 .
M. Amaury-Duval a donn£ une analyse et des extraits de ces difffc-
rentes compositions, et M. E. Bekker a public en t^te de son Edition
du Fier-d-Bras, en' provensal, un long fragment du roman des
Quatre fils Aymon, d'apr&s le manuscrit de la bibliothfeque royale
1 Le roman de Ciperis ou Siparis , en prose , est a la biblioth&que de Bourgogne, n° 2405,
papier, XI V e siecle? Les premiers feuillets manquent. Commencement : Droit lieu du conte
d'Eu.... Fin : Et puis fu Thieri roy apres. Explicit. — Siparis acheva l'abbaye de Corbie ,
ainsi que l'annoncent les demises Iignes du roman. Voy. Barrois, Bibl. protyp., n° 1802.
La seconde partie de ce volume , n° 2406 , contient le Roman de Blanchenden , traduit de
rime en prose. Commencement : Les nobles fais et haulles entreprinses.... Fin : Lequel nous
voeulle ottroyer le phre et le fis et le St. -Esprit. Cf. Barrois, n° 136; Van Praet, Bibl. du
Louvre , n° 385.
2 MSS de la bibl. royale de Paris , n M 7182, 7188 , 7635. Cf. Faucbet, Recueil de I'origine
de la langue francaise, Paris , 1581 , in-4°, p. 109 ; Du Verdier, II , 249; La Croix du Maine,
I , 384; And. Favyn , Hist, de Navarre, p. 265 ; Borel , table des auteurs ; Baillet , Jugemens
des savans, IV, 282 ; Du Cange, table des auteurs , t. X du Gloss, lat., 6d. des Benedictins ,
p. Lxxxrv ; Catal. du due de La Valliere , n° 2730 ; Hist. litt. de la France, XVI , 232 , XVIII ,
721-730, article de M. Amaury-Duval; Cbenier, Fragtnens d'un cours de litterature , Discours
sur les anciens romans francais, pp. 65, 69; (Euvres choisies du comte de Tressan , 1796;
Doolin de Mayence, VIII, pp. 6-47; Bibl. des romans, fevrier, 1778; Doolin von Mains,
poeme de J.-B. Von Alxinger, Vienne et Leipz., 1787, in-8°, il est en 30 chants; Geschichte
dervier Soehne Herzog Aymon' s 9 dans Bibliotkek der Romane, publiee par H. A. O. Reichard
et autres, t. VI, Berlin, 1780 ; Roquefort, Glossaire de la langue romane, II, 764; le m£me ,
De la poesie francaise dans les XII 9 et XI If sitcles, pp. 138 , 140 , 141 ; Biogr. unit., XLIX,
27-28, article de M. Weiss; Van Praet, Bibliotheque du Louvre, n° 1096; Barrois, Bibl,
protypogr., n" 119, 493, 526, 1306, 1917, 2293; Sanderus, Bibliotheca manuscripta f P.
II, p. 3, n" 45, 46, 47, 48,etp. 13, n° 828.
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ccxu INTRODUCTION.
de Paris, n° 7182, cit£ en note. Ce fragment contient 1044 vers.
Dans ce roman, le comte Doolin ou Boon de Mayence, eut douze
fils; l'un d'eux, Aymon, fut pire des quatre paladins. lis £taient
done neveux du traltre Gan£lon, autre fils de Doolin de Mayence.
De plus, touj ours d'apr6s la m£me autorit6, Renaud, k qui Char-
lemagne ne pouvait pardonner le meurtre de son neveu Bertoulet,
eut de Clarice, soeur du roi Yon de Gascogne , chez lequel il s'£tait
r£fugi£ , deux fils , Aymon et I von.
Cette l£gende et celles qui s'y rallient semblent 6tre un souvenir
affaibli et alt£r6 des guerres particuli&res des seigneurs qui se r6vol-
taient de temps k autre contre l'autorit£ de Charlemagne, petites
oppositions , dont Thistoire k genoux devant ce grand empereur, n'a
pas m£me os6 parler. Quelquefois, peut-£tre, retracent-elles les
derniers efforts des partisans d'une race vaincue, d'une dynastie
tomb£e, car le moyen age avait, comme le notre, ses 16gitimistes
enthousiastes et ses chauds d£fenseurs du fait accompli \
Dans le fabliau des deux troveors ribauz , le trouv&re ignorant
qui confond tout et se vante de connaitre Gruillaume-au-Tinel et
Renoart-au-Cort-Nds > Thibaut de Viane et Grirart dAspremont,
commet la m£me m£prise k propos du sujet qui nous occupe :
Si sai A'Ogier de Montaubant,
Si com il conquist Ardennois;
Si sai de Renaut le Danois 2 .
F«i>ie prorenf aie. Parixii les allusions des troubadours k nos anciennes chansons de
geste , allusions recueillies par M. Raynouard , il n'y en a qu'une
qui soit relative aux fils d' Aymon; elle est de Giraud de Cabreira.
Mais le judicieux philologue remarque que le Pulci, dans son Mar-
1 Foy. Particle sur Garin h Loherenc.
2 Fabliaux inidits, publ. par A. C. M. Robert, 1814, p. 10.
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INTRODUCTION- ccxm
gante maggiore , nomme le troubadour Arnauld Daniel , comme Am.uia D.nid.
auteur d'un roman de Renaud 1 .
Dopo costui venne il famoso Arnaldo
Che molto diligentemente ba scritto ,
£ investig6 le opre di Rinaldo,
De le gran cose cbe fece in Egitto, etc.
Morgante, o. iivii, ott. 80.
<( Aprfes celui-lA, vient le fameux Arnaud, qui Ocrivit avec beau-
» coup de soin et qui rechercha les exploits de Renaud , au sujet des
» grandes choses qu'il fit en Egypte. »
Le po6te Francesco Bello, connu sous le nom d'Aveugle de Fer- F«bieiuiicone.
rare, dans son Mambriano , attribue k Renaud une foule d'aven-
tures nouvelles, et fait souvent intervenir le magicien Maugis.
Guidon-le-Sauvage > h&ros du po&me italien la Regina Ancroya > Guidon-ie-s.uv.gc.
qui parait appartenir k la premiere moiti£ du XIV e si6cle , y passe
pour fils naturel de Renaud , dont Bradamante est la soeur, dans le Br«<wnte.
Mambriano , ainsi que dans les po&mes consacr^s k Roland par le
Bojardo et PArioste.
Nous avons vu que Colvener citait un roman des quatre fils F.bie a.m.nd* u hoi-
Aymon, en flamand; celui qui a &6 6crit en vers, n'a jamais 6t6
imprim£ en totality. On convient qu'il fut compost sur la fin du
XIII e sifecle , par Nic. Verbrechten ou Van Brechten. Bilderdyk en wk. verb««hteu, i»i-
a ins£r6 1 199 vers, d'apr^s un fragment manuscrit de M. Hoffmann Jkt
(de Fallersleben), dans ses Nieuwe taal en dichtk. verscheidenheden 2 .
M. Hoffmann y ce philologue si digne d'estime, a ins£r£ lui-m&me,
dans la cinqui&me partie de ses Horce Belgicce, d6di6e k notre col-
logue M. Willems, des fragmens de Renout van Montalbaen, con-
tenant ensemble 1807 vers.
1 Choix depotsies originates des troubadours , II , 195 , $19 ; Journal des Savans, septembre,
18*S,p.520.
2 I, 111-198.
landaise.
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ccxiv INTRODUCTION.
On a public k Amsterdam, en 1802, chez S. et Koene, in de
Boom-straat , un in-4° de 88 pages , intitule : Eene schoone historie
van de vier Heemskinderen , van nieutcs overzien ends verbeterd
met schoone figuren.
Au XV e sitele , la traduction flamande fut elle-m6me traduite en
allemand. On conserve deux manuscrits de cette esp£ce de parodie
k Heidelberg, Tun, n° 340, de Tan 1474, Pautre, n° 399, de 1480 \
M. Koberstein mentionne de plus deux traductions en prose, des XV e
et XVI e stecles." Au reste MM. Val. Schmidt et Goerres, ont fait une
notice sur Phistoire litt6raire de cette I^gende 2 , et tout r^cemment
MMone. M # Mone , le plus intr^pide des explorateurs du pass£, a public un
fragment du n° 399 , relatif k la mort de Renaud, ainsi que quelques
variantes sur le texte frangais de M. Bekker, et 124 vers que ce
dernier n'avait pas imprimis. M. Mone a trouv£ de plus k Metz, un
manuscrit en vers fran^ais, relatif aux quatre fils Aymon *.
Fabie angi.ise. Enfin Pauteur des Annates typographiques , Maittaire, rapporte
que le roman des quatre fils Aymon fut traduit en anglais, par ordre
du comte d'Oxford, et que cette version fut imprim£e k Londres, en
m. Bruoet. 1554, in-fol. M. Brunet en signale une Edition de Gaxton, sans date.
Bu*ve» et M.ugis a Ai- L'histoire de Beuve ou Bufeves d'Aigremont et de son fils Maugis,
irreraont.
tient k la Belgique comme celle des quatre fils Aymon.
Au commencement du roman de Maugis 4 , on lit ces vers, qui
expliquent la g6n6alogie de ce personnage :
1 Wilken, Gesch. der Heidelb. Buckets, pp. 417-466; Adelung, Altdtutsche Gedichte in
Bom , II , 64-68 ; Heidelberg. Jahrbucher, 1808 , XI , 4 1 6420.
2 Schmidt, Wiener Jahrbucher, XXXI, 110-113 ; Goerres, Deutsche Folksbucher, pp. 99-
131; Cf. le meme, dans le Museum de Fr. Schiegel, IV, 298-320; Adelung, Fortgesettte
Nachtrichten, II, 55; Docen, MiscelL, II, 131-132; Ueberd.Altd. Meisterge*., p. 130, n°118;
Hagen's Grundr., 174 ; Hoffmann, Fundgruben, I, 207; Horw Belgicm, I, 67, 58; A. Ko-
berstein, GrundrissMur Geschichte der deutsche National- Litteratur. Leipz., 1830, 104, 128.
3 Anseiger, 1837, 89-205.
4 Sanderus, Bibl. MS, II, 6, n° 199; E. Bekker, app. au roman de Fier-a-bra*, 151, 168.
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INTRODUCTION. ccxv
Ses pires fu dus Bu£s, li sire d'Aigremont,
La duchoise , sa mire , a la chere fa$on ,
Fille Hernand du Montel k le fleuri guernon.
Gil fa aieus Maugis qui ot cuer de lion ,
De police (sic) ert ses oncles li riches rois Oton ,
Et Doon de Nantuel, Girars de Rouasillon
Et Naimes de Dordone a le flori guernon;
Si farent ses cousins li quatre fils Aymon :
Mult furent n6 et estrait de bonne nation '.
Mais avant Huon de Villeneuve, Maugis avait trouy6 des chantres
qui Pavaient peint sous des couleurs d6favorables :
Gil juglfor tous chantent de Maugis le larron ,
Comment il guerroia l'emper£our Karlon
Pour aider ses cousins les quatre fils Aymon ,
Dont ils ne savent mie la monte d'un bouton 2.
Le catalogue de la bibliothique du Louvre , public par M. Van M . v . n r^.
Praet, porte en effet, sous le n° 1096 : le Rommant de Maugis le
Larron; c'est k ce roman que fait allusion celui d r Eustache le
Maine (p. 11) :
Li I content , che ra'est avis ,
*Et de Basyn et de Maugis:
Basins cunchia mainte vile
Et Maugis a fait mainte gile ;
Gar A maugis , par ingremanche ,
Embla la couronne de Franche,
Joiouse et Gorte et Hautecl£re
Et Durandal , qui molt fu clire ;
Basin si embla Amaugin
Et Amaugis embla Basin.
» Nisi. Utt. de la France, XVIII , 724.
1 Ibid. — La monte d'un bouton , la valeur d'un bouton.
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CCXVI
INTRODUCTION.
Villeneuve se propose de r£tablir sa reputation calomni6e.
Maugis en a.m.nd , M. Hoffmann trouva chez les fr&res Ensched6, k Harlem, un
M. Hoffmann, MM.
^"j^'BorainT" f ra g men t de la traduction en vers flamands du Maugis (Malaghys),
f. j. Mone. contenant 1 18 vers, et l'ins£ra dans le Konst en Letter bode 1 . Bil-
derdyk reproduisit ensuite le m6me morceau dans ses Melanges,
avec une preface et des notes \ M. Hoffmann est dispose k croire
que Verbrechten est encore Fauteur de cette traduction % dont
M. J. H. Bormans a transcrit un fragment de 88 vers, dans ses notes
sur le Reinardus Vulpes*, M. Mone^ un autre, de plus de 200, dans
ses Anzeiger*.
Maugis en .liemud. La biblioth&jue de Heidelberg poss&de deux manuscrits de la fin
du XV e sitele, et qui renferment une traduction allemande du
Maugis 6 .
Le roman des quatre fils Aymon, traduit de bonne heure en prose
frangaise, est entr6 dans la Bibliotheque bleue,e\ a du, k cette admis-
sion, une partie de sa popularity. Paquot, M. Amaury-Duval et
m. Brunet. surtout M. Brunet , en indiquent un grand nombre d'&litions. Entre
celles qu'a d^crites ce savant bibliographe, il y en a une qui nitrite
particulterement de fixer notre attention, puisqu'elle a £te imprimee
k Louvain, chez Jean Bogard , in-4°, k la fin du XVI e si&cle 7 .
Aucun de ces auteurs ne parle toutefois de cette traduction espa-
gnole, inconnue, croyons-nous, k tous les bibliographes :
Libro primer o del cavallero Don Renaldos de Montalvan, cla-
ae noniaaaan en.. 7 • « I I I jy w
espagnoi, traduit par maao , en lenqua toscana , el enamoramiento del emperador Carlos
L. Doroingez. . *
magno, tradusido por Luys Domingez , Alcala, 1563. — Libro
i 1821,11,312.
2 Nieuwe taal en dichtk. verscheidenkeden, IV, 153-176.
3 Horw Belgicw , I, 59.
4 Pp. 15 , 16-18. Voy. ce que dit M. Bormans , sur le nom de Maugis, pp. 19-21.
5 1837,62-67.
6 Wilken, Gesch. der Heidelb. Buchere , 407-417 ; Adelung, AUd. Gedichte in Rom, II, 85-63.
7 Nouvelles recherche* bibliographiques , III, 122. Foy. aus*i le Manuel du libraire.
Presses de Lour a in.
Le roman de Eenand
de Montaufcan en
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INTRODUCTION. ccxtii
segundo de don Renaldos. Altfala, 1564. — La Trapesonda, que
es tercero libro de Don Renaldos. Alcala, 1563, in-fol. \
Un auteur italien a donn£ un descendant de Renaud de Montauban
pour chef aux V6nitiens, apr6s la mort de Charlemagne, et lui a
fait conqu&ir Gandie. Asiolfo del Barbicone , disceso delta nobile AsioiibdeiBarbtconeet
stirpe di Rainaldo : el quale tracta delle battaglie dapoi la morte n.udd«M<muub« n .
di Carlo Magno : et come fu capitanio de Venetiani : et come con-
quisto Candia et molte altre cittade : et come Mirabello, suo figliolo,
fu facto imperatore di Constantinopoli. Venetia, 1516, Milano,
1518, 1519. II doit y avoir de ce po6me en douze chants une Edi-
tion ant^rieure & Tannic 1506. Mabrian £tait petit-fils de Renaud.
L'auteur ing£nieux du Morgante Maggiore a puis£ dans Phis- uorgantt M mio ,*.
toire des quatre fils Aymon, de m6me que le Bojardo et PArioste.
F. Oger-le-Danois.
L'histoire atteste Pexistence d'Oger % tandis qu'elle laisse dans Do«»^.y.toriqii W .ur
une certaine incertitude celle de Renaud et de ses fr&res. Ghesqui&re ° rr '
dit , k la Y(hrit6 , n'avoir pas m&me trouy^ le nom ft Oger-le-Danois
dans Dom Bouquet 3 , mais on y trouve des mentions dont quelques-
unes se rapportent 6videmment au personnage que les romanciers
ont appel6 ainsi. Voici ce que nous enseigne Phistoire.
An 752. Autgarius intervient avec d'autres proceres et
fideles, k une charte du roi Pepin. Dom Bou-
quet , V, 697, B.
1 Catalogue de Boetzel (Ternaux fils?). Paris , Sylvestre , 1836 , p. 81 , n. 340.
1 Le Duchat s'est demands serieusement si Oger est un nom de bapteme ou un nom de
famille; il se decide pour le nom de bapteme', Ducatiana, 1 , 132.
* Ada SS. Belgii eelecia , 1 , 309.
Tom. II. ce
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ccxvni
INTRODUCTION.
Siege de Parie.
M. De Chateaubriand.
Roman d'Antar.
An 753. Le due Autcharius et P6v6que Rodigargus sont
envoy 6s par Pepin au devant du pape Etienne II ,
pour le conduire en France. Anastas. Biblioth.,
apud Dom Bouquet , V, 435 , C.
An 760. Autcharius, dux gloriosissimus , ainsi l'appelle
le pape Paul I er , est envoy£ par Pepin en ambas-
sade aupr&s de Desiderius ou Didier, roi de
Lombardie, avec Remedius, 6v6que de Rouen,
fills de Charles-Martel et fr&re de Pepin. Epist.
Pauli, apud Dom Bouquet, V, 522, B.
An 772. Autcharius se retire aupr&s de Didier, avec la
femmeet les enfans de Garloman. Anast. Bibl.,
ib.,V,459,C.
Les Annales Lobienses, qui rapportent ce
fait , consign^ aussi dans le roman, ainsi que le
remarque M. Monin , appellent Oger, Otgarius
marchio. Pertz, Monum. Germ, hist., II, 195.
An 774. Tandis que Didier 6tait assi£g6 dans Pavie , le
franc Autharius (Autharius francus), qui s'&ait
retire k Verone avec la femme et les enfans de
Garloman, est oblig6 de se rendre. Anastas., ib.,
V, 461, A, B. Sigeb. Gembl., ib., V, 376, D.
Le stege de Pavie est racont6 par le moine de
S t -Gall d'une mani&re tout-A-fait po^tique, ce
qui fait dire k M. De Chateaubriand que Pou-
vrage de cet^crivain, sur Charlemagne , est un
roman k la manifere de ceiui tfAntar, compost
pour le calife Aroun-ai-Raschid , contemporain
de Charlemagne \ et a fait soupgonner ing£-
1 Etudes historiques, analyse raisonnee de Fhistoire de France; CBuv. completes, Brux.,
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INTRODUCTION. ccxix
nieusement k M. Le Roux de Lincy, que ce m. Le roux a* Liocy.
passage n'^tait que la traduction d'un chant de
guerre d'une terrible v£rit£ \ Nous demandons
la permission de r£p£ter, apr&sMM. De Chateau-
briand , Le Roux deLincys, Alexandre Dumas ,
le passage du moine de S t -Gall :
Charlemagne va attaquer Didier dans Pavie : awt *pique.
a II y avait plusieurs ann^es qu'un des grands
» appel£ Otker (Otkerus), ay ant encouru la
» disgrace du tr&s-terrible empereur, s'^tait
» r£fugi£ aupr&s du m&me Didier. Au bruit de
» l'approche du redoutable Charles, ils mon-
» t&rent sur une tour tr6s-6lev6e , d'oii Ton pou-
» vait de fort loin le voir venir. Apercevant
» un appareil de gtierre semblable k celui de
» Darius ou de Jules-C£sar, Didier dit k Oger :
» — PTest-ce pas Charles en cette grande ba-
» taille? — Mais celui-lA r^pondit : — Pas en-
» core. — Voyant une arm^edes peuples diff<6-
» rens qui composaient Pempire , le roi dit k
» Oger : Surement Charles est au milieu de ces
» troupes 2 ? — Mais Oger r£pondit : - — Pas
» encore, non pas encore. — Alors Didier com-
» menca k frissonner et s'6cria : — Que ferons-
Meline , 1831 , in- 18, HI , 370. Cf. Antarmpoema arabicum Maallakah , cum integris Zouzenii
scholiis, ecodicihus MSS edidit, in latinum sermonem transtulitet lectionia varietatem addidit
V. £. Menil; observations ad totutn poema subjunxit J. fVilmet. Lugd. Bat., 1816, in-4°.
Article de M. De L'JEcluse, sur Aotar, Revue frangaise, juillet, 1830. M. De Chateaubriand
annoncait une traduction francaise de ce poeme , par M. De Hammer.
1 Analyse critique et litteraire du roman de GarinJe-Loherain. Paris , 1835, p. 33.
2 Le texte latin porte : In his copiis Karolus exultat. Le root exultat est le s'eelaise , s'ee-
lece, etc., que nous rencontrons sou vent dans les trouveres.
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ccxx INTRODUCTION.
» nous, s'il en yient plusieurs avec lui? — Oger
» reprit : — Tu Terras bien quand il yien-
» dra, mais quant k ce qu'il fera de nous,
v » je Tignore. — Et tandis qu'ils devisaient
» ainsi , apparut une troupe de jeunes guer-
» riers \ Didier stup£fait dit : — Voici Char-
» les. — Et Oger : — Pas encore , non pas
» encore. — Et alors s'avanc&rent les £v&jues ,
» les abb£s, les clercs, les chapelains avec
» leurs compagnons ; ce qu'ayant vu Didier, il
» regretta de vivre > demanda la mort et san-
» glotta en criant : — Descendons! cachons-
» nous dans la terre pour ^viter la fureur d'un
» si formidable ennemi. — Oger, qui connais-
» sait la puissance de l'incomparable Charles ,
)> et avait 6\& un de ses plus priv^s, en des temps
» meilleurs, r£pondit avec crainte : — Quand
)> tu Terras les champs se h6risser d'une mois-
» son de fer 2 , le P6 et le T6sin inonder ces
» murailles de flots semblables k ceux de la
» mer et noircis par le fer, alors tu pourras
» dire : Voici Charlemagne ! —
a Ces mots £taient k peine prononces qu'on
» vit s'^lever au couchant un sombre nuage ,
» qui conyertit en £paisses t6n6bres la lumi&re
» du jour. Mais l'empereur approchant, de
» P£clat de ses armes jaillit pour les assi£g6s
1 Scola f vacationis semper ignara.
2 Et non pas les moissonss'agiter d'horreur dans les champs (Gh.) ni la moisson trembler dans
les eampagnes (L. de L.) : Segetem campis inhorrescere ferream. La phrase qui suit est egale-
ment traduite avec peu de fidelity.
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INTRODUCTION. ccxxi
» une clart£ plus formidable que la nuit la plus
» sombre \ Alors on vit Charles lui-m6me,
» cet homme de fer, la t&te couverte d'un
» casque de fer et les mains garnies de gan-
» telets de fer 2 ; sa poitrine de fer et ses larges
» £paules 6taient d^fendues par une armure de
» fer ; sa main gauche £levait en Fair une lance
» de fer , sa main droite £tait pos£e sur son in-
» vincible 6p6e. Des lames de fer recouvraient
» Pext6rieur de ses cuisses , qu'on laisse ordi-
» nairement libre, afin de mieux monter k che-
» val. Que dirai-je de ses bottines? ainsi que
» celles de toute Parnate , elles £taient de fer.
» Sur son bouclier on n'aperceyait que du fer ;
» son coursier, par sa couleur 3 et par sa force
» paraissait de fer. Tous ceux qui pr6c6daient
» Pempereur, tous ceux qui Pentouraient , tous
» ceux qui le suivaient, 6taient, autant que pos-
» sible, £quipes comme lui. Le fer couvrait les
)> champs et les chemins; le soleil n'£tait r£fl£-
» chi que par le fer 4 . Honneur 6tait rendu au
» fer insensible par un peuple plus insensible
» encore. L'6clat du fer porta la terreur jusque
» dans les cloaques de la ville et tous les citoyens
» de s'^crier confus£ment : — O fer ! ah ! que
» de fer ! — Pertz, Monum. Germ, hist., II, 759.
1 M. Le Roux de Lincy traduit : Une clarte plus terrible que la nuit sombre frappa les
assieges : Ex armorum splendore dies omni nocte ienebrosior oborta est inclusis.
2 Manicis , gantelets et non pas bracelets.
1 N est-ce pas la Yauferant de la langue romane ? Voy. les additions, a la fin du vol.
4 Non pas : Le soleil ne refletait que du fer (L. de L.).
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ccxxii INTRODUCTION.
Oger, qui, dans Ph. Mouskes, est tu£ k
Roncevaux (v. 7622 etsuiv.), met lui-m6me
un terme k sa carri&re militaire ; soit par
pi£t£ , soit pour £chapper au ressentiment de
Charlemagne , il se fait moine dans l'abbaye
oger a s'-F.ron d« de S*-Faron , k Meaux , avec son ami Benoit ,
et meurt ainsi que lui , dans la derni&re moitte
du IX e si6cle. Leur 16gende a 6\£ recueillie
par Mabillon, et Dom Bouquet en a donn£
un extrait. La biblioth&jue de Bruxelles en
poss£de un ancien manuscrit (n° 269 d) qu'il
ne serait pas indifferent de collationner avec
l'imprime.
Deux vers inscrits sur le tombeau d'Oger et
de Benoit , dit M. Foisset jeune , dans la Bio-
graphie universelle (XXXI , 526) , indiquaient
que Roland avait eu pour Spouse Auda, la
soeur d'Oger. Voici ces deux vers :
Aude-h-Beik. jiudcB conjugium tibi do, Rolande , tororit ,
Perpetuumque met socialu fcedus amoru.
Mais ils ne peuvent regarder qu'Olivier, dont
Aude £tait la soeur, et non pas celle d'Oger,
quoi qu'en ait cru Mabillon 1 . On voyait encore
k Meaux, avail t la fin du dernier stecle, un
espadon et une £p6e antique pesant cinq livres
et un quart, et qu'on disait avoir appartenus k
ce guerrier,
VoilA ce que nous fournit Thistoire sur la vie d'Oger. Son nom,
1 Acta SS. Ordinis Bened., IV si£cle, prima parte , MS 665-667.
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INTRODUCTION. ccxxm
comme on l'a vu, a pris diff&rentes formes. M. Mone, qui aime m. Mone, observations
ces recnercnes onomastiques , dit que ce nom en francique est
Otgar, en haut allemand Qtger, en danois Holger, dans les an-
ciennes langues du Nord Helgi, et il trouve que ces variantes sont
des transformations de Hug \
Quant an surnom de Danois > c'est sans doute une alteration. **™ ^ o ger .
Saxo ni les autres historiens du Danemarck ne disent rien de notre
h£ros, qui, selon toute apparence £tait de FAustrasie, quoique Bar- Bartholin.
tholin, dans sa dissertation de Holgero Dano> soutienne que ses
aventures reposent sur les annates des anciens roi du Nord. Nous
avons d&j& pu remarquer tout k Pheure qu'on lui donnait m£me
F^pithete deFrancus. M. Mone conjecture que Danemarck (chan-
son de Roland , Denemarche) a 6t6 mis pour Tegelinge, Tende-
lingen, ou duchd de Dentilo (Dentilonis ducatus , Dentilonis
marca) situ6 entre la Seine et FIs6re , et il remarque que , dans les
anciens romans allemands, on trouve Tennelant , Tennemarche ,
Tennerich 1 .Q& qui aura donn6 occasion aux trouv^res de confondre
les lieux, k cause de la ressemblance des mots , chose d'autant plus
facile, qu'alors la g^ographie 6tait presque compl&ement ignorcte.
D'autres ont pens£ qu'Oger 6tait n6 en Frise 3 pays qu'on aura pris
pour le Danemarck , de sorte que les romanciers, peu instruits de
la position des lieux , ont plac£ la patrie d'Oger au dela des mers :
C'est de Gaydon
Et dou Danois qui fu ni outre mer 4 .
1 Mone, Anzeiger, etc., 1886, col. 68 et suiv., Otger. — Ueber den Ur sprung der Sage.
2 Untersuchungen zur Geschichte der ieutschen Heidensagen, Quedlinb., 1836, I, p. 52, 58.
3 Nous parlons de la Frise hollandaise et non de cette Frislanda nommee par Nicolo Zeno
dans ses relations, et qui, suivant Buache, Eggers et Maltcbrun, est 1'archipel des ties
Feroe. Christophe Colomb aborda aussi en 1477 a une Frislanda. Cette identite de noms
rend la meprise naturelle.
4 Roman de Gaydon , Fr. Michel , introd. a la chanson de Roland , p. xxiv.
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Roman d' A denes et
Rembert de Paris,
ccxxiv INTRODUCTION.
Le faux Turpin Tappelle Ogerus, rex Dacice y et dit qu'on chan-
tait encore de son temps les exploits merveilleux de ce paladin :
De quo usque in hodiernum diem vulgo canitur quod innumera
fecerit mirabilia, ce qui, dans le texte de Reuberus, doit, k cause
de Pomission de quelques mots , s'entendre d'Oel, comte de Nantes ! ;
M. Raynouard a adopts la le^on de Reuberus \
Un auteur aussi ancien pour le moins que le pr&endu Turpin ,
Metellus, moine de Pabbaye de Tegerns^e, en Bavtere, et qui £crivait
vers Fan 1060, dit, dans ses Eglogues spirituelles, qu'Oger se
nommait primitivement Occarius , mais que les Bourguignons , en
c£l£brant ses exploits militaires dans leurs chants, lui donnaient le %
nom d'Osigier :
Quern, gene ilia, canene prieca , vocat nunc O tiger turn 3 .
Dans l'introduction du premier volume 4 nous avons transcrit le
de d£but in&lit du Roman dOgier, ou des enfances Ogier, par Adenez,
trouv&re du XIII e sifecle. Le po6te qui , du reste , n'a pas £pargn6
le merveilleux, se plaint que les jongleurs, qui ne savaient rimer,
avaient corrompu l'histoire d'Oger, il annonce, en consequence,
qu'il va la restituer d'apr&s les documens conserves k S t -Denis , et
cela pour satisfaire aux commandemens du comte Guy de Flandre,
Voici une situation remarquable du roman d' Adenez.
Le sarrasin Carahues ayant offert le d6fi aux Fran^ais, en pre-
sence de Charlemagne, c'est k Oger que l'honneur, de combattre
en leur nom est confix. Au moment oil la victoire se d£clarait pour
lui , des Sarrasins accourent , d&ivrent Carahues , et Oger reste leur
prisonnier : Carahues d^savoue hautement cet acte de trahison ;
1 Foyez le premier volume , p. 496, 515, 626.
2 Journal des savant , juillet , 1832, p. 390.
3 Hist. litt. de la France, VII, lxxiv-v ; Raynouard, Journal dee savane, juillet, 1832, p. 391*
4 Pages cLxxxviii-cxcin.
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INTRODUCTION. ccxxv
mais le roi Corsuble veut en profiter et mettre k mort le redoutable
Oger. Carahues n'ayant pu ffcchir Corsuble , se rend vers Char-
lemagne :
Dit Karahues : « Charles, eatend£s-moi ;
Ne dites mie k'aie menti ma foi ,
A vous me rent, si com faire le doi....
Faites me metre en to prison tout quoi ,
Et, se on fait Ogier mal ne desroi,
Faites m'autel, par amours vous en proi....
Me rent-je pris, bons rois, par devers toi. »
Ce passage oil delate si hautement le sentiment moral, surtout
celui de Fhonneur, le roman de Partonopeus de Blots en offre le
pendant. hk Partonopeus occupe la place d'Oger et Sornegur celle
de Carahues 1 .
Rembert de Paris est aussi Pauteur d'un Roman cFOgier.
M. De La Rue avertit qu'il faut prendre garde de confondre cet
ouvrage et celui d'Adenez avec le roman tr&s-ancien mentionn£ par
Turpin, lequel selon lui, n'a pu &tre compost que par un Normand
qui en avait appris le fonds des scaldes 2 . Ce ne sont Id que de
simples conjectures.
Du Verdier 8 signale comme ay ant &6 imprim6 k Paris, par
Ponce Roffet, en 1548 (lisez 1542), in-8°, un ouvrage en vers tout
different et intitule : Les visions d'Oger-le-Danois. M. Brunet , qui
parle aussi de cette ptece, a suffisamment indiqu6 les diverses im-
pressions du roman en prose d'Oger et de ses traductions.
Aucun de ces po£mes n'est au surplus, en vers Uonins, quoi
qu'en ait dit Le Duchat 4 .
1 Partonopeus de Blots, 6d. de M. Crapelet, v. 3542 et suiv. — Raynouard, Journal des
savans, d£cembre, 1834, p. 727-729.
2 Essais historiques, I, 137.
3 Ed. de Rigoley de Juvigny , V, 165.
4 Voici comme s'exprime Le Duchat sur Pantagruel, liv. II, ch. SO : « Ogier le Dannoys...
Tom. II. dd
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CGXXTI
INTRODUCTION.
Romans flamands.
Mentions diverses.
David Aubert a r^um^ tous ces romans dans les conqu£tos de
Charlemagne 1 .
M. Hoffmann de Fallersleben connatt deux romans d'Oger en vers
flamands, qui , traduits en allemand et Merits en 1479 , se trouvent
parmi les manuscrits de la bibliotheque Palatine. Ges redactions d&-
rivent du fran^ais 2 .
Au commencement du roman <F 'Alexandre , Fauteur cite honora-
blement le Roman dOgier dont Le Grand d'Aussy avait promis
Fanalyse 3 .
Oger est cit£ dans tous les romans du cycle de Charlemagne. LA ,
dit Ph. Mouskes ,
La f u Ogiers de Danemarce ,
De tos les aulres li estace.
V. 7116.
Et aux y. 4642-4655 , il raconte comment il passa au service de
Charlemagne.
Dans le roman de Milles et Amy 8 (Paris, Nic. Chretien, s. d.
vieux roman de chevalerie , mis en prose et imprint au commencement du XVI* siecle ; mais
qui, manuscrit en versltonins, faisait partie de la bibliotheque du president de Theu. » S«r
quoi MM. Eloi Johanneau et Esmangart font cette remarque, qui n'eclaircit rien, s'il est per-
mis de le dire : « On lit Uonnois dans l'edition in 4° de 1741 , lionins dans celle in-8° de 1711.
Le Duchat veut-il dire que le manuscrit de oe roman, qui appartenait au president de Thou ,
eiait en vers bretons du dialecte de Leon , td qae cekii de 7ristao-te-Leomno4s (?) , oa en
vers latins lionins ? »
1 Voy. notre 1 OT vol., p. 476 et suiv.
2 Wilken, Gesck. der Heidelb. Buecher*., p. 444, Adefung, Altd, gedichte in Rom, II, Th.,
92-97; Y. Sehmidt, fTiener Jahrb. , XXXI, Bd., 136-129; Hoffmann, Harm belg., I, 60;
Barrois, Bibl. protyp., n- 611, 1812, 1818, 1814-17-18; 1868-69; 2140-41; Sanderus,
Bibl. MSS., II, pag. 5 etsuiv., n°* 181, 206, 709; Van Praet, Bibliotheque du Louvre,
p. 490. — M. F. L. Branchi a compose en italien une trag&Jie d'Ogier4e-Danois. Trestan a
fait un extraitdu Roman d'Ogier, oeuvres choisies , Evreus, 1796, pp. 48-125, cf. Ogiervon
Daenmarck dans Bibliothek der Romaue de Reichard , t. VI, Berlin, 1780; Ogiero, Veniae,
151 1 , in-4°, poeme en 52 chants attribue* a Jerome Tromba de Nocercu
8 Notice* et extrait* dee manuscrits de la bibl. royale, V , 105.
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INTRODUCTION. ocxxvn
in-4°), on raconte qu'ilz s'en revenoient du voyage de Saint-
Jacques; Ogier le Dannoys les rencontra en son chemin ainsi qu'il
senfuyoit devant Charlemaigne, qui de pcumr quil ne fust accuse
deux, les occist.
Molinet, dans la Reconciliation de la ville de Gand l , dit en par-
lant de l'archiduc Philippe :
II n'a baron qui ne vaille ung Oger.
Le m£me auteur, en ses chroniques oil il £tale volontiers toute
son Erudition , repr6sente le seigneur de La Sarras , noble seigneur
de Savoie , qui faisoit merveilles darmes en soi defendant comme
un petit Ogier , dune grande espSe quil avoit ds mains 2 .
Gaspar Barreiros, auteur du XVI e stecle, rapporte qu'il est dit og«r « cuiogoe.
dans aucunes chroniques de la Catalogue , entre autres dans celle
de Mossem Tomich , qu'en Fann6e 733 un prince allemand appel£
Otger Golant , 6tait gouverneur du duch£ de Guyenne et habitait
par intervalles dans un de ses chateaux nomm6 Gathalo; jaloux de
servir Dieu contre les infid&les, il passa les Pyr£n6es avec une
grosse arm£e et Tint faire la guerre aux Maures qui occupaient
presque toute FEspagne. II se signala dans mainte occasion et mou-
rut en combattant. Ses compagnons se choisirent un autre chef et
se retir&rent dans les montagnes, oil ils se fortifi&rent jusqu'A
Farriv6e de Charlemagne , qui, en m&noire du sire de Cathalo,
voulut que le pays s'appel&t Catalogue. VoilA une l£gende nouvelle
relative a Oger, l£gende dont la date n'est pas connue, mais qui ,
remarque doctement Barreiros , est commun£ment r6prouv£e par
les hommes instruits : Mas esta opiniam 4 communmente reprovada
dos homens doctos 3 .
1 Les faictz et diet* , Paris , Jehan Longis, 1531 , in-fol., fol. lxxvi.
2 Ed. de M. Buchon , in-8« et gr. in-8°, ch. GLXL
1 Chrorographia de alguns lugares que siam etn hum catnino, que fe% Gaspar Barreiros
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ccxxthi INTRODUCTION.
ogcr i cologne. On regardait Oger comme le restaurateur de I'abbaye de SMMartin
de Cologne , apr&s qu'elle eut 6t£ d6truite par les Saxons en 778.
Charlemagne avait aid6 Oger dans cette bonne oeuvre : Denuo res-
tauratum per Otgerum (ou Olgerum), Daniw ducetn, adjuvants
Karolo magno imperatore. VoilA ce que portent de courtes chroni-
ques , Sorites par une main r6cente , mais que M. Pertz, excellent
juge en ces sortes de mati&res, suppose fondles sur d'anciens do-
cumens '.
ogcr d.os ie p.y. de Oger-le-Danois est un acteur considerable , principalement dans
les chroniques vulgaires ltegeoises, traductions , paraphrases ou
abr6g£s de Jean d'Outremeuse , et dont les manuscrits sont presque
tousmodernes, mais reproduisent vraisemblablement des traditions
anciennes , resultant toutefois k notre avis, plut6t des l£gendes mo-
nastiques que des chants ou croyances vraiment populaires. Malgr6
le silence des chroniqueurs r6unis par Chapeaville/et quoique,
par consequent, les autorit£s historiques d'un certain poids fassent
Mei«rt. ici d6faut , le bon et naif M61art raconte qu'Oger de FOst ou le
Danois , gouverneur de FAustrasie pour Charlemagne, k son retour
B.sm. de laTerre sainte, fut indign£ de la tyrannie de Basin, comte de Huy,
lequel 6tait de la race de Dodon ou Doon , frire d'Alpalde. II Pat-
taque, le bat, s'empare de sa personne, le fait Scorcher vif dans
Peau bouillante, puis jeter sur un bucher 2 . Oger-le-Danois maria en-
suite k Aiglentine, fille du comte de Moha, son propre cousin, Oger
d'Esprez, sorti des maisons d'Esprez et de Ruellant , families sans
tares et sans laches, et lui donna, de Paveu de Charlemagne, le
comte de Huy pour apanage.
II ne parle plus ensuite d'Oger jusqu'en 844, et, sans s'inqui&er
o' anno 1546 (pubL par son frere Lopez Barros ou Barreiros), Coimbre, 1561 , in-4°, fol. 98 ,
A. Mone, Anxeiger, 1886 , 71.
1 Monum. Germ., II , 214.
2 Delices des Pay$-Bas , Liege , 1769 , IV , 145.
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INTRODUCTION. ccxxix
de la vraisemblance, le fait vivre encore sous Charles-le-Chauve ,
£poque ou il envoya au secours de Raymond, comte de Paris , son
cousin, qui fut tu6 d'un coup de fl^che au si6ge de Toulouse l . L'au-
1 L'histoire de la ville et chasteau de Huy et de see antiquitez avec une chronologic de see comtes
et evSques par Laurent Melart, bourguemaistre du dit Huy, Liege, J. Tournay , 1641 , in-4°,
pp. 87, 39, 40, 41. L'auteur de ce livre, qui n'est pas commun, cite des fragmens de poesie
romane relatifs aux premiers comtes pretendus de Huy, et qui ne peuvent etre tir& que de
la chronique rimee connue sous le nom de Jean d'Outremeuse , page 6 :
^ En dit temps Tint 4 Liege , un chevalier gentils
Que Robert fat nomine 1 , son pere fut Thyris,
Le sire de Ruellant, qui fut preux et hardis;
II venoit d'Outremer, s'i avoil-il conquis
En an champ , cors a cors , le roj Amorandis ,
Qui fat roy de Tharson , etc.
Page 50 :
Ogier le maria et luy donna Beatrix (Bletris),
Fille Raimfroy d*Espres , nostra voe petis.
Robert de celle dame si eat ipres deux fils,
Le an eat nom Ogier et Hoiemont eut chyt,
Et fut comte de Huy apres, par siinct Denis ;
Li autre eat nom Radut.
. . . Et Gaiffroy fat cinqaieme
Qai XVI ans gouverna Hoyois fort profitable ,
Pais Tint Jehan d'Eipres , qui fat son fils feable ,
Chys fut sixieme comte.
Ogier d'Espres fut preux , fils aa comte Jehan ;
A Ganors est vena , qai estoit an geant ,
D'une espee (espie) le feYit sur son hlaulme atant ,
Trcfor (tres-fort) le parfendit , le haobert ra fanlcant j
Caer (car) et chevaux luy va a grand planter (planli) rasant ,
L 'oreille et la balevre a terre va jetant ,
Lepayen sen (sent) l'angoiche, se va Ogier ferant,
Ogier va son escut contre lecoup trancant ,
Qu'en dois tronchont il va parmy loute fendant.
Main (mais) li healme fut bon , ne li est empirant ;
Ly coulpt (coup) annichilat , et Ogier l'avenant
Referit le payen ; lei coulpt ly va donnant
Josqo'en deus ly allat, le sien brant abbatant,
Le payen chet 4 terre , qai morit la atant ,
Et Ogier 4 l'estour s*en va, errant, rentrant,
Diestre et seneslre abat, quant qu'il y vin (vint) devant ;
II a ocds Tigris, le Danois meacreant.
Polios et Grisol , et Baudris l'admirant, etc.
Voy. encore quelques vers p. 72 , 73.
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ccxxx
INTRODUCTION.
teur des Dtilices du pays de Zridge dit que ce fut Oger-le-Danois
lui-m£me qui p&rit ainsi l .
M£lart a bien pa se laisser aller k adopter de pareilles fables,
puisque le savant Wendelin lui-m£me ne balance pas k faire
d'Oger un comte de Diest ou de Hasbaye 2 .
De son c6t£ Mantelius est d'avis qu'Oger , ayant re$u le comt6 de
Looz en fief , vers Pan 801 , le transmit k trois de ses descendans ,
Odulphe, B^renger et Ingelramne. La branche masculine de cette
maison s'6tant 6teinte apr&s un si6cle, Rodolphe II , fils de Renier ,
comte de Hainaut, fonda une nouvelle maison des comtes de
Looz 3 .
Les Anzeiger de M. Mone contiennent des extraits d'un manu-
scrit fran^ais de la biblioth^que de l'universit£ de Li£ge, n° 119
(de Pan 1675), ainsi que des extraits en latin tires par M. Serrure
d'un manuscrit de Wachtendonck. On trouvera dans les notes qui
suivent cette Introduction , des fragmens d'un autre manuscrit (B).
Gin<aio£iet dogier ; H en r6sulte qu'Oger 6tait fils de Godefroid, lequel 6tait lui-m£me
fils atn6 de Doolin de Mayence et de la belle Flandrine, fille de
Turpin, due d'Ardenne; Oger 6tait neveu du pape L£on III et
de Gerard de Roussillon, nomm^ par Charlemagne comte d'Osterne
(Austrasie) et haut-vou£ de Li£ge; il remplit tout le pays des monu-
mens de sa pi6t£. Ce qui a fait dire k Fisen 4 k Fan 814 : Procerum
multos incessit cupido sequendi regent (Ludoyicum Pium in ex-
struendis ecclesiis), atque etiam, si Diis placet, Ogerum Danum, ilium
fabellis vernaculis decantatum heroem. Cujus quidem opes in
1 Nouvelles archive$ historiquee des Payt-Bas , VI, 26-30.
2 G. Wendelini epistola de Dispargo, non alibi quam Diestw requirendo, dans les Ada
SS. Belgii selecta, I, 306, cf. dans nos Memoire* Mr+ldiqms, l'histoire des sires de
Diest, I, 95.
8 Histories Lossensis UbriX, Leodii, 1717, in-4°.
4 Hist.eccles. Leod. 9 164, II, in-fol.p. 179.
«ei fondations.
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INTRODUCTION. ccxxxi
Leodico magna* operaque prceclara nostrcUium scriptorum non-
nulli declamitant et extollunt supra veri similitudinern.
A en croire oes chroniques , Oger, qui poss£dait le ch&teau Syl-
vestre dont il fit present k Radus son cousin l , fut comte de Looz,
fonda P^glise S*-Martin sur Avroy k Ltege , fit faire la Boverie et le
pont d'Amercceur, batit P^glise paroissialede Verviers 2 , et alia aux
Indes conqu£rir de grands empires. Cette demise fiction a 6\6
adoptee par Hamconius. Selon cet autenr cr&iule, Adgillus II, roi
de Frise , fut le premier des princes de ce pays qui embrassa la re-
ligion chr&ienne. Son fils, Jean, surnomm£ le pr6tre k cause de
la saintet£ de sa vie, m£prisant le tr6ne, passa dans PInde avec
Oger-le-Danois, Adele Adeling et quantity de Frisons et de Danois.
Lik il fonda le royaume appel6 du pr6tre Jean *.
Les chroniques li£geoises ne different pas moins des romans
d* Adenez et de Rembert que de Phistoire ; Oger y est n£anmoins
encore fils de Godefroid, et celui-ci Spouse d'abord la soeur de
Naymes , Namlon ou N6v61on de Bayi&re , dont il a Oger, et ensuite
une femme plains de mauvaistds , d'oii naissent Gorras, Hues et
Gibu£s 4 . Au surplus cette g£n£alogie n'est pas imperturbablement
suivie, car nous voyons encore dans le roman en prose un due
Guyon, fir^re d'Oger , issu de Punion de Godefroid et de Gloriande,
duchesse de Livonie, qu'il ayait 6pous6e en secondes noces.
Dans le roman de Renaud de Montauhan , Roland yeut insulter
Oger, qui n'avait pas livr£ Renaud k Charlemagne, et il le traite de
1 Villenfagne, Recherche* eur Vhistoire de I'oncienne principautt de Liige, I, 397, $98, etc. ,
467,468.
* DilkesdesPays-Bas, IV, 175.
s M. Hamconii Frisia , Franckarw, 1620, in-4°, p. 27. Get auteur cite a l'appui de ce
qu'il avance Libertus Berythensis , Joannes Nauclerus et le poeme de Bapt. Mantuanus aux
princes de la Germanie. Genebrardus, dans sa chronologie, place cette expedition vers
l'au 790.
4 Introd. du premier vol., p. cxcii.
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ccxxxii INTRODUCTION.
culvert ou d'homme de race servile. Oger repousse eet outrage , avec
indignation. Nous avons ddjA cit£ ce passage \
Oger 6tait cousin des quatre fits d' Aymon , puisque celui-ci avait
pour p&re Doolin ou Doon de Mayence, comme Godefroid. Les
noms de plusieurs de ses parens sont exprim£s dans ces vers du
roman des Quatre pis Aymon, extraits de M. J. Bekker , v. 235 :
(passage en contradiction avec un autre du roman de Maugis, cite k
Particle de G&rard de Roussillon) :
De ce furent dolent li parent Guenllon ,
Mais joyans en estoient cil de 1'estracion
OgierdeDaneraarche, Estoit,]e fils Odon,
L'arcevesque Turpin et le bon due Naymon ,
Regnierde Vautarniie et Gautier de Digon,
Thiery li Ardenois , Gh£rars de Rosillon ,
Salemonde Bretengnie et de Nanteuil Doon.
Brusthem donne pour p&re k P£v6que de Li£ge Gerebald, qui vi-
vait y dit-il, en 778, le due de Bavi&re , mari£ k une tante d'Ojrer-
le-Danois 2 .
Un fils d'Oger s'appelait Mervin ou Meurvin; k son tour il eut des
aventures extraordinaires qui ont fait le sujet d'un roman particu-
lier *. Les romanciers, en parlant du fils et du pfrre , qu'ils font vivre
et sous Charlemagne et sous Hugues-Capet , n'ont pas m£nag£ les
prodiges. L'esp^ce de merveilleux qu'ils ont prodigu^ est effective-
ment emprunt^ aux fictions mythologiques des Bretons et des Scan-
dinaves , mais elles auront pu 6tre employees k propos d'un h£ros
franc ou austrasien, comme elles le sont dans d'autres occasions,
1 Au premier vol. et M6m. htraldiques, Introd., p. xm.
2 Voy. notre 1 OT vol., p. 591.
3 Tressan , a la fin de 1'extrait du roman d'Oger, a plac£ celui du roman de Meurvin ,
pp. 125-187.
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INTRODUCTION. ccxxxm
sans que la fable doive £tre au fond d'origine danoise ou scandinave,
comme le pretend Bertholin \
On sait qu'au jeu de cartes le yalet, ou varlet de pique, porte le
nom d'Oger, Fun des douze pairs de France 2 ! Rabelais, de son
c6t6, dans son burlesque enfer , fait d'Oger-le-Danois un frobisseur
de harnoys; il est vrai qu'il semble s'en prendre k toute la cheva-
lerie, puisque, au m£me chapitre, Gauvain est un power e porchier ,
Geoffroid-&-la-Grand' dent, allumettier, Godefroid de Bouillon,
dominotier , Huon de Bordeaux, relieur de tonneaulx , Artus de
Bretagne , degresseur de bonnetz, Pereefor^t, porteurdes coustretz,
Galien restaur^, preneur de taulpes , les quatre fils Aymon,
arracheurs de dents, M61usine, souillarde de cuisine, Matabrune,
lavandidre de budes, Lancelot du Lac, escourcheur de chevaulx
mortz, et tous les chevaliers de la Table Ronde paovres guaigne-de-
niers, tirans la rame pour passer les rivieres de Oocyte, PhUgti-
ton, Styx, Acheron etLdthd, quand messieurs les diahles se veulent
eshattre sur Veaue, comme font les hateliers de Lyon et gondoliers
de Venise :
Mais pour chascune passade
Ilz n'en ont qu'une nazarde 3 .
G. Ferabras, Fterabras ou Fier-d-Bras.
Oger-le-Danois paratt dans le roman de Ferabras d6s les pre-
1 Cf. G. Eckhart , Commentarii de rebus FrancicB orientalis, I, 632-33 ; Francisque Michel,
Examen critique de la dissertation de M. Monin sur la bataille de Roncevaux.
2 Voy. Dissertation sur Vorigine dujeu de piquet, trouv&e dans Vhistoire de France , dans
V Esprit des journal istes de Trfooux, IV, 447473 , et un article plein de recherches par M. Pep-
ping, Revue encyclop., octobre 1819, p. 64-80.
3 Pantagruel, liv. II , ch. 30.
TOM. II. «
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CCXXXJV
miers vers :
INTRODUCTION.
L'emperayre de Fransa a sa ost somonia
De Flandres e d'Espanha, d'Alamanha e de Friz*,
Et Augier lo Daynee fo en l'autra paria '.
Le Don Quichotte de Cervantes a rendu imp&rissable le baume
de Fierabras, dont Ph. Mouskes lui-m6me a parle % et qui, suivant
les traditions romanci£res, avait servi k embaumer le Sauveur;
baume plus souverain , sans comparaison, que celui k Paide duquel
la f<6e Morgain, gu£rit en huit jours, Erec de ses incurables bles-
sures :
So respon Ferabras : « Tu n'auziras ?ertat.
Jeu soy lo pus ric home que sia de mayre nat.
Ferabras d'Alicbandre soy per nom apelat,
E soy eel que destruxi Roma la gran eiutat,
En portiey la corona don Grist fon corona t,
E los clayels e '1 signe e Venguen tant prezat
Que ee en eels larriU en la tela troeeat:
E non ee horn el man , per can que eta nafrat ,
Qu'en beguee un pauquet, c'adeeno foe eanat.
E tenc Jeruzalem la nobila eiutat
E '1 sepulcre ou fon vostre Dieu repauzat *.
Le veritable nom de ce personnage, qu'Olivier eut l'honneur de
vaincre, est Ferabras ou Fierabras, ou plutot en langue d'oil,
Fidre-brache et Fibre-brace. Fier-d-Bras, adopts par Fusage, ne
signifie rien. L'auteur du roman du Conte de Poitiers, dit :
1 Ed. proyencale de M. Bekker, publi& dans le X° volume des Afcmoires de I'acad. de
Berlin , et tWe a part , v. 46-74 (sur cette edition , voirM. Raynouard , Journal dee Savant,
18S1 , p. 129 et suiv.).
2 V. 4702-4709.
3 id. de M. Bekker, v. 845.
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INTRODUCTION. ccmxy
Vous av6s maintes fois oi
Chanter du lignage Aimeri
Et de Guillaume fiere-brache.
Passage oil Fidre-brache semble signifier fidre-mine, comme dans
le y. 24703 de Ph. Mouskes. MM. Eloi Johanneau et Esmangart
soutiennent que le mot Fierabras veut dire qui est fier du bras, qui
a un bras fier, et qu'il ne vient pas, du moins imm£diatement, de
ferreum brachium ou de ferre brachia, comme le pretend Manage x .
M. Brunet, avec son exactitude ordinaire, a d6crit les dififerentes
Editions du roman de Fierabras. II n'omet pas , dans ses Nouvelles
recherches bibliographiques (II , 23), la traduction en prose alle-
mande, imprim£e k Siemern, en 1533, dont il existe une Edition
plus ancienne sans indication de lieu ni de date % et sur laquelle
on peut consulter MM. Buesching et Von der Hagen 3 .
Une Edition fran^aise, en prose, petit in-folio gothique, sans lieu
ni date, n'a pas &6 signage par M. Brunet; elle a 110 feuillets en
14 quaternions de 8 feuillets chacun, et les pages & longues lignes
en ont 31 quand elles sont pleines.
Dans le prologue, le translateur dit avoir 6t6 souvent excite k
£crire, par messire Henri Bolonnier, chanoine de Lausanne 4 .
Le g£ant sarrasin, Fierabras d' Alexandrie , s'empara de la ville
de Rome et tua le pape. Charlemagne lui fit la guerre. Olivier com-
battit contre lui , devint son prisonnier et fut d61ivr£ par Floripe
ou Floripaix, soeur du g£ant. Voyez plutot les conqu^tes de Char-
1 (Euvres de Rabelais , Paris, Dalibon , 1828 , in-8°, II , 41. Manage, Diet, etymol.
2 A. Koberstein, Grundrin %ur Geschichte der deutschen national Litteratur; Leipz., 1830 ,
p. 105.
3 Buch der Liebe, l m vol., Berlin, 1809, pp. 146-268 (ce volume comprend Tristan et
Iseult, Fierabras, Pontus etSidonie).
* Caul. J. F. Vandevelde, Gand , 1832, 4. II , p. 233 , n° 3735.
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ccmxvi INTRODUCTION.
David Aubcrt. lemagne , par David Aubert 1 , c'est ce sujet que M. Jomard vit repr£-
l* sujet de Fie«br.» senter dans un village des Basses-Pyr&i£es et non celui de Ronce-
representtf dans un 2 t • •
v^&tJ? Ba8fCS " vaux • ^'original de ce drame informe, que fait chercher M. Jomard,
m. iomard. j j t x t rouver <j a ns le roman de Fierabras , et pas ailleurs.
Ficrab«s dans u P oe- Van Maerlant rappelle plus d'une fois la 16gende de Fierabras.
sie flamande. . p •
mais ce n'est pas pour faire l^loge des trouv&res fran$ais.
Dans le Sidrac :
Van Troijen ende van Fierabrate.
et dans le Spiegel historiael (TV, 1 , 29) :
Garel es menichwaerf beloghen
In groten boerden ende in hoghen ,
Alse boerders doen ende oec dwase
Diene beloeghen van Fierahrase ,
Dat nie gbesciede noch en was cet.
Die scone waUce valsce poeten
Die roeer rimen dan si weten ,
Belieghen groten Gaerle vele
In sconen worden ende bispele
Van Fierahrase van Alisandre,
Van PanUMautripU ende andre.
M. Sismondi regarde Ferragus et Fierabras comme un seul g£ant,
qu'il appelle le plus brave, le plus loyal, des chevaliers maures \
Fierabras figure dans la g6n&dogie de Pantagruel, telle que Pa
dressee Rabelais, et MM. Eloi Johanneau et Esmangart sont per-
suades que ce n'est qu'une altegorie pour designer Louis V ou le
Faineant, roi de France. Nous ne saisissons pas, quant k nous, ce
rapport.
1 Dans noire premier volume, p. 480 et suiv.
2 Hist. litt. de la Fr., XVHI , 720 , note.
3 De la litt. du midide I' Europe, 1 , 169.
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INTRODUCTION. ccxxxvn
Un comte de Poitiers s'appelle aussi Fierabras, dans le roman des
Douze pairs \
Enfin dans Froissart on trouye un Fier-a-Bras , bdtard de Ver-
taing (Werchin?) 2
H- GuiUaume-aii-Gourt-Nez. — Garin de Montglave.
Vers Fan 1141, Orderic Vital affirmait que les jongleurs c£16- AndenneK de i a ie-
* ** gende deGailJaume.
braient publiquement Guillaume de Gellonne ou d'Orange, dans 8U - C0Urt - Nei -
une cantilene , mais qu'on devait pref&rer k ce chant profane , une
relation authentique £crite par des religieux : Vulgo canitur ajocu-
latoribus de Mo cantilena, sedjure prceferenda est relatio auten-
tica, quce a religiosis doctoribus solerter est edita 3 .
Le mot cantilena semble avoir ici le sens de chanson de geste.
Nous avons ddjA dit quelque chose du roman de Guillaume-au-
Court-Nez , attribu^ par quelques-uns k Adenez et par d'autres k
Guillaume de Bapaume 4 , qui en a bien certainement r6dig£ une ou
plusieurs branches, puisqu'on lit dans celle de la Bataille dAliscans :
Qui d'Aliscans ot les viers controls ,
Ot tous ces mots perdus et descriez;
Ores les a Guillaume restores,
Cil de Bapaumes 5 .
La conclusion k tirer en outre de ces vers, c'est que Guillaume de
Bapaume n'a fait que mettre en ordre, lier et revoir d'anciens chants,
de ceux peut-^tre dont vient de parler Orderic Vital , et qu'on r£p6-
tait, dit-il encore, g6n6ralement dans les lieux publics : Qui chori
1 (Euvresde Rabelais, U c.
3 Notre edition de YHutoire des dues de Bourgogne, par M. De Barante , II , 74.
3 Ada SS. 28 man.
* T. I , p. cLYin et suiv., t. II, p. 1 et v. 12162 et suiv.
5 Sinner, Catal. des MSSde Berne, 111, 339.
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ccxxxviii INTRODUCTION.
juvenum, qui conventus populorum prcecipue militum ac nobilium
virorum... dulce non resonant et modulantibus vocibus decantant
qualis et quantus fuerit, quam gloriose sub Carolo glorioso mili-
tavit, quam fortiter quamque victoriose barbaros domuit et ewpu-
gnavit .
Geoe.iogierom.ne.que M. De La Rue a remarqu£ que les trouv&res ont donn6 k Guil-
u . a ume. i arane . au- c our i.pf ez d es ascendans et des descendans qui m£rit£-
rent comme lui d'etre c£16br£s dans un roman, et qui , en effet, ont
eu presque tous leur roman particulier, mais que cette filiation
varie suivant le caprice des romanciers. La plus ample et la mieux
coordonn^e tout ensemble, est celle qui fut composite par Bertrand,
Ger.rd devienne clerc de Bar-sur- Aube , auteur d'un roman de Gerard de Vienne,
oarin de Montgi.ve. dont M. Bekker a public des fragmens. Elle remonte A Garin de
Montglave % bisaieul du marquis , tandis que la filiation imaging
par Herbert Le Due , originaire de Dammartin , a pour chef Aimery
de Narbonne, p&re du marquis :
Oiex bons vers qui ne sont pas frarin,
Ne les trouverent Gascon ne Angevin,
Herbert Li Dus les fist a Dammartin ,
Et fist 6crire en un bref Baudouin 3 .
Yoici le commencement de la chanson de geste consacrta au
bisaieul de Guillaume \ On y £num6re d'abord les six fr&res de ce
dernier.
1 Acta SS. ; Raynouard , Journal dee Savane , juillet , 1 882 , pp. 291-92.
2 David Aubert l'appelle Guerin de Montglenne , voy. notre 1 OT vol., p. 479.
3 DeLa Rue , Essais histor., II, 101.
4 MS de la bibl. royale de Paris , XIU # siScle, n° 2729, fonds de La Vallitre. Foy. I'extrait
en prose, de Tressan , (Euvres choisies, 1796, VIII, 269-886; Barroia, Bibl. protyp., n" 5,
487,1306, 1907.
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INTRODUCTION.
GGXXXIX
in U ^^)0tijfat>e.
triti
Oi6s, segnor, por Dieu omnipotent
Que Dame-Diex vos doinst honor et joie grant.
O'i av£s canter de Bernart de Braibant
Et d'Ernaut de Beaulande , d'Aimeri son enfant ,
5 De G6rart de Yiane a l'orgoillox sarablant,
Et de Renier de Gennes que Dex par ama tant,
Ri fu pire Olivier, le compaignon Rolant,
De Guillame , de Fouke et du preu Viviant
Et de la fiire geste dont can tent li auquant
10 Ri tant soffri de paine sor sarrasine gent.
Mais tot en ont laisi6 le grant commencement
De Garin de Monglaye, le chevalier vaillant,
Dont i88i cele gent dont on parole tant.
Ja saris dont il fu et dont et de quel gent ,
15 Et comment il conquist Monglave et Montirant
Et la tire environ une jorn£e grant ,
Qu'en ice tans tenoient felon et souduiant ,
Et qui fu cele dame dont furent li enfant
Que on apele geste tr6s le commencement ,
20 El roiaume de France.
Segnor, vos sav6s bien quant Pepins fu fenis ,
Rarlemaines , sex fiex , fu cachiez de Paris.
Par force Ten cachierent et Hainfroiz et Heudris.
Ala s'ent a Galafre, au roi des Arrabis,
25 Aida lui de sa guerre contre ses anemis.
Heros divers du cycle
karoliogiea.
Hainfrois et Heudri*.
Galafre.
3 Bernart de Braibant, Aimeri de Narbonne, fiU
d'Arnaud de Beaulande , eat sept fils , Ernaut
d'Orldans, Aimeri, le moindre des sept, Bueyes de
Commarchis, Foulques de Candie , Bernart de Bra-
bant, Guillaume d'Orange on au-Court-Nes , et Gui-
bert, It" eineechaus de France, Voy. Particle de
Gerard de Vienne et la notice snr le roman de Jour-
dain de Blayee, qoe nous axons inse>e*e dans le
Bulletin de I'acad. royale de Bruxelle* . t. IV, 1837,
p£46.I>a Cange cite an roman de Fouques de Candie.
8 Viviant, plusiears branches de Guillaume-au-
Court-IVez lui sont consacrles- Le frere de Maugis
d'Aigremont s'appelait Vivien.
13 Cele gent, Garin eat pour fils Gdrard de Vienne,
Arnaud de Beaulande , Miles de Pnille et Renier de
Genes. Galien-le-Restore' (le restaurateur de la chre*-
tiente* et de la chevalerie), 4tait son arriere-petit-fils.
80 Ce vers et plusieurs autres sont ainsi inacheve's
dans le MS. Le* fragment publics par M. Bekker
fouroissent de pareils exemples.
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GCXL
INTRODUCTION.
Durendal.
Aimeri , due d'Aqw-
Uine.
Garin de MontgUre.
Guerin.
Ansel me de Blois
Quant il Tot trait a fin et ot Braibant conquis ,
Et il ot Durendal , le rice branc, conquis,
Lor s'en revint en France en son pais
Tant fist par son grant sens, par force et par amis
30 Que il fu coronas au mostier S'-Denis.
Les II sers fist destruire et lor mellors aidis ,
Puis conquist mainte tire et maint rice pais
Par son grant vasselagc.
Segnor, a icel tans que vos 01 avez,
35 I due ot Aquintaine , qui fu preus et scnez.
Aimeris ot a non , de baut parage nez.
Ill fiex ot Aimeris : Garins fu li aisnez
Li plus beax damoiseaus q
Larges fu et cortois et bien endoctrinez,
40 Plaisant a tote gent et de bien honorez ,
L6giers fu et isneax, cortois et bien senez,
Hardis comme lions , crlmus et redoutez.
Jamais de li tioir ne fust-on sollez.
Que tos diroi-je? Puis que Diex fu formez,
45 Ne fu plus beax de lui v6us ne esgardez,
Ne plus amis de dames, se il fust adobez.
Gerins fu li secons, ensi fu apelez,
Et Anciaumez de Blois ot a non li maisnez.
Gil fu grans par espaules et menbrus et quarrez,
50 Cert li plus outrageus et li plus desriez.
Lor pires si morut quant ot vescu assez ,
A Garin fu remise trestote Tiretez.
A I jor a Garins toz ses amiz mandls ,
Homage font Garin volentiers et de grez
28 Vert trop court , il est de dix ayllabes iu lien
de dome.
31 Les II sers , Ha in fro ix et Heudrix.
II sierf »TOit pie^a nouris.
PB.MorsKU, ▼. 936. *
Aidis , adherens.
30 Aimeris, il eat appele* Florimond dans Tex trait
da comte de Tresaan , qui a'eat terri da roman en
prose
88 Ce yeri a'achete aialment : Qui de mere fust
neM. C'e'taitune phrase conaacre*e, voy. v. 128.
41 Isneax , isnel.
43 Soile*, aaoale*.
44 Vera trop court.
Que vol diroi-je eoeor ?
45 De lui, que lui, lea I ta liens ont conaerttf cette
tonrnure.
00 Outrageus, immodlre' ; desrieM, de>£gll.
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INTRODUCTION. ccxu
55 Tot chil qui de li tienent fiez ne h&ritez,
Et si li ont jur6 par foi lor loiautez
Que il le serviront volentiers et de grez,
Et il les a rechus de bone volentez,
Mais il ne tenra gaires sez grandez hlritez,
60 Si com vos m'or£s dire, se je sui escoutez
Ain£ois la nuit s£rie.
Or fu grans sires et rioes dus proisils.
Ctl li ont fait homage qui tienent de son fief,
Mais il n'es tenra gaires si com j'ai enquidte ,
65 Ensi com vos orris sans grant terme alongig.
Garins tint cort pleni£re; moult furent aaiste
De char de venison, de maint autre daintii,
De nul home vivant ne li est calengi£.
Quant vint aprfcs souper que tot orent mangil,
70 A lor hostel s'en vont quant il furent h£ti£,
Serjant et vavasor et trestot li clergil ,
Et Garins est remez qui moult ert afaicil.
Quant il fu dlvestus et il fu descauci6 ,
Dedens I rice lit est maintenant couchte.
75 Quant ot assez dormi adont s'est esvelli6s,
Songte avoit I songe qui l'avoit esmai6.
Atant es-vos I ang£le que Diex ot envois ,
En la cambre en entra , ne s'i est atargil,
La ou Garins gisoil qui le songe ot songi6.
80 clarte de l'angele s'est Garins esvelli£,
Leva sa main , si a son vis segni6.
« Garin , ce dist li angles, ne soiez esmail,
Ne sui pas horn terrestre, ne l'aicz pas quidi6,
Ains sui angelez du ciel , Diex m'a ci envois.
85 Escoute, si entent ; n'aies point resoigni£
Savoir que volrai dire. »
« Garin, ce dist li angeles, escote ma pensle,
01 Ainfois, aTint le soir. 80 Clartt, supplies d /a.
70 BHiM , asses amusls , rejouu. 81 Encore tin yers de cinq pieds an lieu de six.
72 Afaicti, affaisse*, fatigue*. SegnU, signe*.
77 AngMe, angle est demande* par la mesure ici 86 BesoignU, apprehension
comme plus baa. II est mis an t. 136.
Tom. II. ff
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cciui WTRODUCTION.
Ce te mande li sires qui It tire a formie ,
Demain aa matinz, sans point dedemorie,
90 Faire yenir ces bojnet en la sale pa vie,
Ains que chaseuns s'en Toist ariire en sa contrie.
Puis fais Tenir Gerin a la ciire menbrie,
Ton tore, li cortoii , qui a bone pensie.
Si li done ta tire , ne Fen retien denrie ,
95 Et apris t'en iras en France la loie
T6t droit a Karlemaine , s'i remaing en saudie.
8e tu ice ne fais, de mort ensangletie
Morras prochainement, n'aras longe durie.
Crestientez sera par toi moult amontie;
100 Je oedi sans Aoutance.
« Garins , ce dit li angelet , Mt-ta que tu feras ?
A Gerin , le tien frire, te ducii donrat.
Sages est et cortois; et bien esploiteraz ,
Et puis en donee France a Karlemaine irai,
105 De cuer, sans trafson, le bon roi serviras,
Et tu le tien service moult bien enploieraz.
Bien ert venus k cort quan ques tu amern,
Et eil ert malbaillis que tu de mort b arras.
De perm et de rices honoris i seras;
110 Apria de Kartemaine moult fort hals seras ,
Com por tolir la vie*
«Garin, ce dist li aogiles, en vers moi entendei,
Ge que Jhisus vos mande garde ne refusez. •
Demain au matinet, quant solans ert lever,
115 A Gerin, vostre frire , vos hirilis donez,
Et puis en douce France a Karlemaine irez.
Moult vos amera Karles et seris ses privet,
Et puis seris k li moult laidement mellez,
Mais ne vos esmaiez, tost seres acordez.
120 Lors vos volra doner et castiax et citez,
Mais ne prendez du sien II deniers moniiz ;
89 Vert trap court , a morns 4e lire an matintt, 107 Ceox que tu ahneras seront bien venos en conr.
eomme ta t . 1 14. 106 Earras, pressera* , pourtuivras, d'eu harrassi ,
96 Saudie, a son s erv ice . on peet-etre pour haira*.
97 EnsangUlie , ensanglantle. 121 Moh44m , moimoye*.
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INTRODUCTION. ccxun
Mais au roi Karlemaine I castel demandez
Qui siet joste le mont, Mongl£ve est nomez,
Que tient li dus Gaufrois , qui moult est forsenez , Gaufrou
125 Et il le vos donra volen tiers et de grez,
Et vos volra baillier k moult grande plentez,
Serjans et chevaliers, et vos les refusez.
N'i menls ja uul home qui de mire soit nez ,
Car Diex vos aidera , ja mar en douterez.
ISO Ne puis plus demorer, li rois de majestez
Vous gart et cors et ame, quel part que vos alez. »
Et quaut Garins l'entent si fu toz effrlez,
Ne porquant respondi par grant humilitez :
« Puisque Diex le me mande, volentiers et de grez
135 Ferai a son plaisir, ja n'en ert trestornez. »
Atant s'en vait li angles et Garins est remez.
Se il fu esmaiez ja ne soit demandez.
Lendemain est Garins et cbauciez et levez,
Et fait venir sez homez que nus n'i est remez.
140 Ens un maistre palais es-les-vos asemblez,
Trestot furent ensamble.
« Segnor, ce dist Garins, n'i a mestier cil6e,
Nez p£res si est mors , sa tire m'est donie
Et vos le m'avls tot de bon cuer dilivrie , etc.
135 Trestornez , dltourne*. 142 N'i a mesiier citte , il eat inutile de le oiler.
Pour le style et le ton, ce roman est certainement du commence-
ment du XIII e si&cle, s'il n'appartient pas au XII e , et par consequent,
les l^gendes auxquelles il se r^fere sont bien ant&ieures encore.
Telle est Poeuvre ou sont racont£s les faits et gestes de Paieul de
Guillaume-au-Court-Nez, auquel Joseph De la Pize assigne pour
parens, Th&)doric, prince de Bourgogne, et Aldane. II ne faut pas,
dit-il, s'arr&er au roman qui le surnomme au Court~Nez , pour
avoir perdu le bout du nez. Cette etymologic paralt malhonn£te k
De la Pize, qui aime mieux donner k son prince le surnom de Guil-?
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CCXLIT
INTRODUCTION.
laume-au-Gornet *, mais cependant il ne rejette pas entterement
aomtn de phiiumeiu. Pautorit6 des trouv6res, puisqu'il cite le roman de Philumena 2 9
lequel appartient certainement au XH e siicle, et qu'il invoque
m£me Turpin , ainsi qu'une vie de Guillaume en vers et en vieux
gaulois.
Rom.n de Goiiuume Les romans de Garin de Montglave et de Guillaume d'Orange, ou
m.nds. w au Court-Nez, existent en vers flamands. Bilderdyk a public un
fragment de 192 vers du premier % et Nicolas De Klerck, dans sa
chronique m&rique du Brabant , dit :
Oec syn somme walsce boeke
Die werdich syn grote vlocke
Die van fFillem van Orenghen
Grote loghenen voert brenghen.
Ce fut d'apr^s un texte frangais que travailla vers le milieu
du XIII e stecle , Nicolas Van Brechten ou Verbrechten , auquel
M. Gerard attribue une traduction flamande et en vers du GuiU
laume-au-Courl-Nez 4 .
En ^ri .nem.nds. En Allemagne, Wolfram von Eschenbach , et ses deux continua-
teurs, Ulric Von Tuerlein etUlric Von Tuerheim, se sont exerc£s
sur le meme sujet 5 .
1 Tableau de I'hist. des princes et principautts d* Orange; La Haye, 1680 , p. 51.
2 Dissertation de Pabbe Lebeuf sur ce roman , Acad, dee inscr., XXI ; Gaillard , Hist, de
Charlemagne, 1782, III, 384; Raynouard, Choix de poesies orig. dee troub., II, 11 ,291.
Article de M. Raynouard sur le texte latin de Philumena, public par M. S^bastien Ciampi,
en 1823 , Journal dee Savans, novembre , 1824 , 668-675.
8 Taal en dichtk. verecheid., IV, 121-146; Cf. Hoffmann, Horm Belg., I, 60-61; Val.
Schmidt, frien. Jahrb., XXXI, 123-124.
4 Gerard , dans le Mem. de La Serna, sur la BibL de Bourgogne, p. 146.
5 B. J. Docen, Altd. Museum, pag. 155; F. Von der Hagen; J. G. G. Busching, Literar-
Grundriss sur Geschichte der deutschen Poesie; Berlin, 1812, pp. 158-181 ; Mone, An%eiger,
1836, 177-192,392, 503; lememe, Quelle*, etc., I, 170-76.
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INTRODUCTION. ccxlv
I. Gerard de Roussillon.
Suivant les trouv^res, Gerard de Roussillon 6tait fils de Droon et
petit-fils de Gondebaud , roi de Bourgogne. Ce Droon avait fait la
guerre k Thierri d' Ardennes, que, pendant sept ans, il avait d^-Tiuem a Ardennes.
pouill6 de ses etats. II eut trois fils : Pain6 , Samson , fut due de sa«mon de Bourgogne.
Bourgogne > comte d'Autun et de Roussillon, et alia chercher la
mort k Roncevaux.
L'ancienne 16gende pla?ait Gerard sous Charles-Martel; une Aram* legend*.
redaction plus r^cente le met sous Charles-le-Chauve 1 . Certain
passage d'une des le£ons des Lorraim , d£j& cit6 , est conforme k la
tradition po^tique primitive. Adenez dit semblablement , au com-
mencement de Berte aus grans pits :
Charles Marti a us ot non : mainte grante envaie
Fist Girart et Foucon et ceux de leur partie.
II en est de m&ne du roman d'Auberi le Bourguignon : Aubenk Bourgeon.
Yoirs fa que Charles
Que vers Girart ot grant chaple acoilli
De Roussillon au coraige hardi,
Qui tante painne et tan I grant mal souffri,
Bien en avcz par mainles fois 01.
Mais en la fin le desconfit-il si
Que de la terre d'Euffrate s'en fui,
Moult esgarez et forment esbahis ;
Povre d'avoir ne fu oncques raais si.
Charles Martiaus , etc. 2
Gependant la version moderne est mieux d'accord avec Phistoire.
1 Introduction du tomel", p. ccxlyii, et note sur le v. 18SS.
2 Prd. de la Chanson de Roland , p. xxxv.
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ccilvi INTRODUCTION.
Existence hi.toriqne de En effet, des autorit£s respectables attestant que Gerard 6tait fils du
comte Leuthard et de Grimilde ; qu'il pr£ta serment de fidelity k
Charles-le-Chauve , en 833, mais qu'apr&t la mort de Louis-le-
D£bonnaire, il suivit le parti de 1'empereur Lothaire, qui le laissa
pour tuteur k son fils Charles, roi de Provence. Gelui-ci 6tant mort,
en 863 , Gerard servit 1'empereur Louis II et Lothaire, roi de Lotha-
ringie. Apr6s le d£c£s de Lothaire, arriv^ le 8 aout 869, le roi
Charles-le-Chauve pr&endit lui succ&ler au prejudice de l'empe-
reur Louis II ; mais Gerard conserva la Provence et la Haute-Bour-
gogne k 1'empereur. Lorsque Charles vint mettre le si£ge devant
Vienne, en 870, Gerard laissa Berthe, sa femme, dans la ville, et
vola k la defense d'un chateau voisin, d'une grande importance.
Berthe soutint le si£ge de la place qui lui 4tait confine, avec le
courage d'une heroine; mais Charles ay ant pratiqu£ des intelli-
gences parmi les habitans , Gerard se rendit dans le camp de ce
prince, et obtint la permission de se retirer ou il voudrait avec sa
famille. II passa en Bourgogne , ou, ayant fond£ plusieurs £tablisse-
mens monastiques, il mourut, en 890, et fut enterr£, ainsi que sa
femme et son fils^Thierri, d6c6d£ avant lui, dans 1'abbaye de Pou-
tteres , qu'il avait fondle , pr&s de Ch&tillon-sur-Seine. II laissa une
fille , nomm£e Eve, dont on ignore le sort \
L'existence de Gerard de Roussillon est invoqu£e , sous le nom
de Gerard, due de Bourgogne, dans le testament de Guillaume X,
due d'Aquitaine : Peronellce vero filice tnece possessiones meas et
castella quce in Burqundia, ut proles Gerardi ducts Burgundice
possideo 2 .
L'abbaye de Vezelai, suivant la Gallia Christiana*, fut fondle
1 Art de verifier les dates, edition in-8o, X , 392-94.
2 Hist. fr. y XII , 410.
3 IV, 466.
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INTRODUCTION. ccxlvii
par G&rard, comte de Provence, et par Berthe, son Spouse, vers
Fan 867. Cette fondation fut confirmee par an dipl6me de Charles-
le-Chauve , dat£ du 7 Janvier 868 , et public par Dom Bouquet l .
Un 6cuyer panetier du comte de Gharolois s'appelait Gerard de
Roussillon, et voua au faisan k Lille, en 1453 (v. s.), comme nous
l'apprennent Olivier De la Marche et Mathieu De Coussy 2 .
Jacques De Guyse , qui a puis6 in quodam libello metrificato in j. De Gu y « e .
vulgaris repr6sente Gerard comme souverain d'une partie de la
Belgique. Extitit comes comitatus Nerviensis atque Brachatensis,
et usque (id mare fuit possessio sua \ Le roman dit en effet :
On toot (outre?) ce tenoit-il grant part de Lombardie
J tuques moot de Mont-Jeu et de Flandres partie.
Avec le secours de son cousin G6rard de Vienne , il fit la guerre Ge>ard de rou^ho
au comte de Hainaut, mais celui-ci , aid6 de Charles-Martel , finit
par triompher, apr&s avoir d6truit les chateaux de Gerardi-Mansus,
Mons-Gerardi (Grammont) et Ca^trumr-Viennce (Viane , au midi
de Grammont).
Ceux qui aiment les rapprochemens de noms, pourront remar-
quer que pr&s de Grammont se trouve une commune appel£e Grim-
mingen y et en conclure qu'elle a 6t6 appel6e ainsi k cause de
Grimilde, m&re de Gerard ! Car c'est ainsi qu'on a 6crit souvent
Phistoire.
J. De Guyse attribue k Gerard de Roussillon plusieurs fondations
pieuses dans notre pays, entre autres celles de Pabbaye de Leuze ,
qu'il met sous la direction de saint Badilon, des 6glises de S te -Marie
de Cond6, de S^Pierre de Renaix, de S te -Marie d'Antoing, de
» JKtf./h,Vm,NB.
2 Edit, de M. Buchon, t. XI du Monstrelet, in-8°, p. 166-67.
* tdit. de M. le marquis de Fortia, VIII, 188 et suiv.
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ccxlviii INTRODUCTION.
Royaucourt , ou il mit le corps de saint Adrien , de Houtaing, oil il
pla$a le corps de saint Cyrin, martyr.
Malheureusement la chronologie et la critique rendent toutes ces
oeuvres pies plus que probl&natiques.
U n'en r&ulte pas moins que la m£moire de Gerard de Roussillon
s'£tait naturalise en Belgique.
Les l^gendes ltegeoises rapportent que Tan 835, Agoland passa
la mer avec cent mille hommes sarrasins et se vint planter devant
Pavie, et Id furent luy et tons ses gens occis en Aspremontd service
de Gerard de Roussillon , le fits de Dolus (Doon) de Mayence , oncle
dOgier-le-Danois , pource quil ne voulut relouer (relever?) les
terres du roy Charles, dont aprds en mourut plus de 100,000
hommes. En ce temps Renard de Montauban avoit guerre contre le
roy Charles , mats Ogier Jit la paix l .
Gerard de Roussillon £tait de la maison de Mayence, si Droon de
Bourgogne est le m6me que Doon de Mayence, p6re de Gan£Ion;
suivant le roman de Maugis d'Aigremont, Bu6ves d'Aigremont, p&re
de Maugis, le riche roi Othon, Doon de Nanteuil, p6re de Gamier %
et le due Aymon de Dordonne £taient fr&res de Gerard, d'oii il
r^sulte que les quatre fils Aymon et Maugis 6taient ses neveux ,
et que Gan£lon 6tait aussi son fr6re.
Ce Bu6ves d'Aigremont est le h&ros d'un roman particulier at-
tribu6 k Huon de Villeneuve , comme ceux de Renaud, des Quatre
fils Aymon, de Maugis, de Doolin de Mayence et de Ciperis de
Vineaux*.
Et pourtant Pauteur du roman des Quatre fils Aymon, qu'on croit
£tre le m&me que celui de Maugis, dit que G6rard de Roussillon
1 MS de I'univ. de Liege, de l'an 1675, n° 119; Mone, Jnxeiger, 1826, 68.
2 Charlemagne lui donna pour femme sa niece , la belle Aye ou Ayen , fille d'Antoine de
Valence , due d' Avignon.
3 Hist. Hit. de la France , XVIH , 721-730. Foy. Particle de Ganelon.
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INTRODUCTION. ccxlix
6tait d'une autre famille cpie Gan61on et du m£me sang qn'Oger-Ie-
Danois et Parchev&jue Turpin \
ML Raynouard, qui ne parle que d'apr&s le roman proven^al , et Rom.n»enu n gueao C
n'en cite que le manuscrit de la biblioth£que royale de Paris, fonds
de Cang6, in-8°, n° 124, remarque qu'il est non-seulement illisible
en beaucoup d'endroits , mais encore incomplet. II contient n£an-
moins plus de huit mille vers de dix syllabes, a rimes cons&mtives 2 .
La biblioth&que de Bourgogne a poss£d£ autrefois ce roman, rim6
en gascon, comme dit Sanderus, ou en proven§al, et nous n'avons
pas pu nous assurer s'il y 6tait encore 3 ; mais on y trouve une
version en vers frangais, in-4°, pap., XV e s., n° 823, 113 feuill.
M. Mone en a donn£ un extrait 4 , sur lequel il a r£pandu Pint6r6t
destruction qui coule naturellement de sa plume. A la biblio-
th&que de Bourgogne , il y a encore un manuscrit richement execute
comme tous ceux qui le furent pour le due Philippe-le-Bon , quoique
la lettre adoptee alors nous paraisse manquer de grace et de 16g6-
ret£. Ce sont quatre 6normes volumes en parchemin , orn£s de mi-
niatures, lis sont intitules : Histoire de Charles-Martel , par David d«yui Auwt
Aubert (n° 6).
Premier volume. Commencement : Cy comence la table des ru-
briches de cest present volume > parlant des fats du due Gloriant
de Berry y de la naissance et regne de son filz Charles- Martel et
dautres besongnes > come des haultes vaillances de luy , du prince
Gerajid de Roucillon , et de leurs guerres et adventures.
DsuxiiME volume. Cy comence la table des rubriches de ce present
1 Voy. plus haut Particle d'Oger.
* Choix depotsies orig. des troub., II, 284.
» Sanderus, BibL MS, II, 5, n° 188.
* Anteiqer, 18S5 , 208-222 ; Sanderus , BibL MS , II , 6 , 7, n° 217, 275 ; le n° 659 , porte
Rouvillon en fran$ais, e'est probablement encore un MS de Gerard de Roussillon; Barrois,
BibLprotyp., n« 144647-48, 1450, 1597, 1741, 2167, 2168, etc.; Van Praet, BibL du
Louvre , no 424.
To*. II. 99
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ccl INTRODUCTION.
livre, parlant des fais de Pepin, roy de France, de GArard de
Roucillon, de Charles -le-Chaulve et du commencement de la
Garin-ie-Lorr.m , i« guerre du Loherain Guerin , et du comte Fromont de Lens.
co«te mmoiit e f ROISI j ME VOLUME0 Cy comence la table des rubriches de ce present
volume, parlant des merveilleuses guerres quy furent en moult de
paiis que Von dit aujourdhui les guerres du Loherau* Guerhi.
QuATRritaffi volume. Cy comence la table des rubriches de ce IIII e
et dernier volume, contenant des fats et guerres de Loheraine et
dautres contrdes, come de Flandre, dArtois, de France et dAn-
gleterre ou il eut de merveilleuses ba failles.
Fin : Ont estez par David Aubert escripts en la fourme et ma-
niere quit sensieut en la ville de Brouxelles, Van de V incarnation
Nostre saulveur Jhdsu-Crist mille CCCC soiwante cincq \
Dans le roman de Gerard de Roussiilon se trouve d£j& Fexpres-
Bourguignons s.ies. sion de Bourguignons Safes. M. Peignot , qui a fait une dissertation
sur cette locution % n'a pas connu ce passage :
Li wis des fill Thierry si choisit ung cheval.
Et va crier Fourquon : « Je vengerai la honte,
Or viz salez Bourgoin*.
K. Girard de Vienne (en Dauphin^).
parents de Gerwd de G&rard de Vienne, ills de Garin de Montglave et cousin de Gerard
de Roussiilon, avait pour fibres Milles {Miles) de Puille ou de
Pouille, Hainaud ou Arnaud de Beaulande-sur-Mer, nomm£ par
1 Barrois, Bihl. protypographique , no 1596, 1749-50-51-52.
2 Les Bourguignons Salts, diverse* conjecture* des savans sur r origins de ce dicton popu-
laire; Dijon , 1885 , in-8° de 4$ pp.
3 Voy. dans notre 1" vol., p. 497, les v. 5206 de Ph. Mouskes , sur Ernaus de Biaulande,
et la note sur le v. 2890.
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INTRODUCTION.
ecu
et Renier de G£nes. Par consequent Aimeri de Narbonne, fils
d'Arnaud , Oliyier et Aude-la-Belle , enfans de Renier, £taient ses
neveux, et il fut le bel-oncle de Roland , qui £pousa la belle Aude. Aude-i-Bdi..
Cette g6n£alogie est conforme k celle qu'on a lue au d£but de Garin
de Montglave* Tous ces h&ros de romans formaient une des quatre
races po&iques :
L'une fu de Garin de Mongl&ye fierce.
(Roman de Jourdain d$ Blayes.)
ML Sismondi rapporte le d£but du roman de Gerard \ L'extrait
de M. Bekker en donne ainsi la fin; elle semble une introduction au
roman d'Aimeri :
Oit aveiz de Gerard le bairon ,
Comment il est acordiez a Rarlon.
Au chief dou terme ke nomm6 vos ayons,
En aloit Karles an Espagne on r6on
Sos Sarazins, ke li cors Deu mal don *,
Ke sa terre orent mise a destruction.
Holt bien a^eiz oie la chanson ,
Comment il furent trahi par Guen&on.
Mors fu Rollans et li autre bairon ,
Et li XX mille, ke Deus face pardon,
K'en RonceTalz ocist Harsilion.
Mais d'auz ici atant 70s laiseron ,
Et de Girardy de coi chants avon ,
Et de Renier et d'Arnald le proudom ,
Et d'Olivier k'ert Rollant compaignon.
Dou fil Harnaut ci-apr&s voz dirons :
Cest A'Aymeri ke tant par f u proudom ,
Le seignor de Nerbone 8 .
Roncevaux.
Renier de Genes.
Renaud de Beaulande-
Aimeri de Narbonne.
C'est \k une simple preparation de jongleur ou un moyen employ^
1 De la literature du midi de V Europe, Brux., 18*7, 1, 184.
2 Donne.
* Pr&iminaires du roman de Fierabras , p. un.
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cclii INTRODUCTION.
par le po&e pour rattacher son oeuvre k un ouvrage en reputation.
Cette chanson 4tait une de oelles qui valaient aux jongleurs les
meilleures aubaines :
Mes qui set bien chanter du Borgoing Auberi ,
De Girart de Viane, de l'Ardennois Tierri,
De Guillaume au-Cort-Nei, de son pire Ay men,
Doivent par toot le monde bien estre seignori '.
On a d6j k dit que le roman de Gerard de Vienne avait pour auteur
le clerc Bertrans ou Bertrand , qui l'&nrivit k Bar-sur-Aube \
Philippe Mouskes et David Aubert parlent des d£m£l& de Gerard
avec Charlemagne 3 .
La biblioth&que de Bourgogne poss&de un roman Du chevalier
Paris y natif de Dauphind , et de la belle Vienne, translate du pro-
venial et du Catalan^ 71&], in-fol. min., pap., de l'ann£e 1432 4 .
Pour que Ton saisisse d'un coup d'ceil la relation des romans de
la Geste Garin de Mongleve, nous plains ici ce petit tableau
g£n£alogique. G'est la m^thode adoptee par Dutens, dans ses Tables
gendalogiques des hdros de romans, avec un catalogue des princi-
paux ouvrages de ce genre. Avant lui , Quadrio avait d£j& donn6
quelques genealogies de ce genre , et M. Jules Ferrario a fait de
m£me. Malheureusement ces £crivains out rarement consult^ les
romans originaux et les sources primitives.
1 Des taboureurs, p. 169 , des Jongleurs et trouveres, ou choia de saints 9 epttres, etc., par
A. Jubinal ; Paris , 1885 , in-8o.
2 Note sur le v. 4502 , Roquefort, Gloss., II, 757 ; Du Cange, table des auteurt , GUm. f
X, lxxiiv, Biogr. Univ., LVI1I, 179.
3 Voy. notre premier volume , p. 181 , 478 et 480.
4 Commencement : Balatn quifu sage a escript Fin : A laquelle puissions tons parvenir.
La seconde partie de ce volume contient le roman tfApoUonius, roy d'Antioche; Sanderas,
Bibl. MS, II , 12 , no 710 ; Barrois , Bibl.protyp., n° 156 , 2291 . Sur le roman de Paris ei de la
belle Fienne, imprinte* en 1487, voir Melanges tiris d'wnegrande bibl., V, 14S-156.
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INTRODUCTION-
CCLHI
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ccliv INTRODUCTION-
L. Sybille de Saxe y B&rard de Montdidier , Baudouin y frere
de Roland.
Ces personnages , dont s'occupe Ph. Mouskes ', appartiennent k
je.D Bodiaux, chamon la Chanson des Saisnes y de Jehan Bodiaux ou Bodiax, chanson
des Saisnes. #
que nous avons d£j& cit£e , et que M. La Cabane se proposait de
publier ; il a depuis abandonn6 ce travail a M. Francisque Michel ,
qui ajoutera ce nouveau titre k tous ceux qu'il a acquis k la recon-
naissance des gens de lettres. La Chanson des Saisnes a &6 ins£r£e
David Aubcrt. en abr6g£ dans la compilation de David Aubert 3 .
M. Jourdain de Blaye.
Occup£ depuis long-temps de recherches sur l'ancienne po£sie
fran^aise en Belgique , je sentis ma curiosity vivement excit6e en
parcourant le catalogue de la biblioth&que de Tournay , et en y
voyant, parmi les manuscrits , cette indication :
Roman de Druel Vignon, ecritenver* en 1281 4 .
M. le biblioth£caire Deflinne ayant eu Pobligeance de me oom-
muniquer ce volume , par Pentremise du d£partement de l'int^rieur,
j'ai pu Pexaminer k loisir. Cest un in-folio en papier, contenant
357 feuillets ou 714 pages , et qui a appartenu jadis au chanoine
Jerome de Winghe, puis k la biblioth&que de la cath&lrale. L'an-
cienne reliure, qui a 6\6 r£par6e en partie, porte huit fois Pem-
preinte # A # FIERLM, en caractires gothiques. Une Etiquette mise
1 T. I, p. 384-389.
2 Ibid., p. 608.
3 Ibid.,?. 485.
4 Prtcis historique et bibliographique sur la bibliothkque publique de la ville de Tournay,
par M. V. Deflinne-Mabille (2 e edit.); Tournay, 1885, p. 89.
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INTRODUCTION. cclv
au dos porte le titre qu'on vient de transcrire , et une note trac^e
au XVI e si&cle , sur le premier feuillet de garde , contient ce qui
suit :
Ce lihvre fut compose ou escript par un Druel Fignon en Van 1261
et y meit Vautheur a le composer , ou Vescripvain a escripre 2 mots
assavoir juillet et aoust du dit an.
Cette note n'est qu'une esp^ce de traduction des vers en acrosti-
che, qui se trouvent k la fin du volume :
Dame, signeur baron, qui tn'avls pourl£u,
Regards et lisiis ce vier qu'av6s y6u ,
Vraiement trouver6s , se bien avis coeru ,
Et le non et sornon par qui escris il fu.
5 Les ij mois y a mis qui sont jolis tenu ,
Voir ce fu en Juliet, aoust qui sy jes {gens?) fu;
Yl i avoit ou date que on ot ramenteu
Grasse mil ii c soissante et ung venu.
Nostre signeur ait Tame du clerc qui Fa conclu.
10 Or pri6 soy le troeve quelque part reponnu,
Nouvelle en ait Mailin Dubois qui a bien bu.
3 Coeru pour qutoru, de quSrir.
Le copiste s'appelait done effectivement Druel Vignon. Quant k
la date de 1261, l'inspection de P^criture suffirait pour en d£mon-
trer la faussete, quand m6me on ne remarquerait pas qu'on a gratt6
au canif deux jambages formant le nombre mi et que la mesure du
vers est incomplete en lisant deux au lieu de quatre. Cette copie est
de Fannie 1461. Sander us, qui a donne le catalogue des manu-
scrits de J6r6me de Wiftghe (Bibl. MS. 1, 209 *), d6signe ainsi celui
1 Les catalogues de Sanderus qu'il devait & des communications plus ou moins obligeantes,
sont malheureusement aussi inexacts qu'incomplets. Par exemple , dans la liste relative & la
biblioth&que de Bourgogne , on lit , sous le n° 766 : Un roman sane titre. Admirable rensei-
gnement !
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cclvi INTRODUCTION.
dont nous parlons : Le roman de Jourdain, compost ou escritpar
Druet Vignon en Van 1261 , en vers.
On voit que cette notice , pour £tre tr^s-courle, n'en est pas moins
fautive. Cependant on y signale le vrai titre du livre. Ce n'est en
effet ni le Roman de Druel Vignon, ni celui de Milles et Amis,
comme on l'avait 6crit autrefois sur le premier feuillet de garde ,
mais Fhistoire en vers de Jourdain de Blaye, petit-fils d'Amis , com-
pagnon d'Amiles ou Amelius. Le copiste lui-m^me en avait averti ,
k la fin de son travail :
Amen explicit
Du ber Jourdain
Qui par se main
Payen tua.
Et apres main
Le ber Jourdain
Karlon gr£va.
Ce roman , qui contient environ 22000 vers, et qui prend Jourdain
au berceau pour le conduire jusqu'au bout de sa carri&re, est une
composition du XIII e stecle. Entre autres l^gendes que Ton y rap-
pelle , on y distingue celle d'Aimeri de Narbonne.
Aimer. de Narbonne «t Fol. 344. Et (Karle*) manda Aimery de Nerbonne le fier.
sept ** Quant Aimeris oy du courtois mesagier,
Ses vij fieux a mandd sans point de d&ryer;
15 Ja estoient alet les payens gh£ryer,
Gar onques Aimeris , qui tant fist a prisier ,
Ne donna ses enfans le monte d'un denier,
S'il n'el porent conquerre au fer et a l'achier ;
Mais Karlez les aucuns vot leur pris essaucier;
20 L'aisnet donna Orliens desouz lui a baillier,
Et l'appellon Ernault d'Orliens, au vrai jugier.
Et l'autrez ce fu Boevez de Commarcbiz le fier ,
Li tiers ot non Foucquez, Gandie ot a baillier ,
ses set
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INTRODUCTION.
CCLV1I
Et Bernart ot Breubant sous lui a justicier,
25 Et sy donna Karlon a Guillaume le fier
Orengez qui estoit encore a gaagnier.
Et Aimeris n'ot oncques soux lui terre a baillier ,
Mais ce fu tous li mendrez des VII, au vrai jugier ;
Guibers fu slnescaux de France l'iretier, etc.
Voici quelques fragmens qui pourront 6tre utiles aux amateurs
de la literature des trouv^res :
D6but fol. 1. 30 Sygneur, or faites pais pour Dieu de magest^s
Le glorieux Jhlsus qui fu en crois p6n6s ,
Et yous oris canchon de haulte auctorit£s,
De Tune des ii j gestes ; saciez en vlritls ,
On n'en oomme que trois ou reguars loiautta
35 Gar la iiij geste ne Tali point ij d6s;
Encore n'est point morte, dont c'est deul et pit6s,
Gar les faus Guennelon se sont resussytls,
Puis ij° ans se sont en maint pais monstr6s :
Mais de che tous lairai et des iij geste oris.
40 En l'incarnassion de Dieu qui fu p6n£s,
De le date du tamps Tij c ans y contls
Et enTiron XL, Karfemaine li bers
Fut le cief des iij geste dont tous parler oris;
Gar il Tint de Pepin , le noble couronnls.
45 Karle rigna lone tamps , s'ot fieux et fille assis ,
Et s'y ot pluiseurs fames dont il fu espouses,
Voire Tune apr&s I'autre , quant leur cors ert finis.
Et les ij autres gestes droi-cy lommer m'oris :
L'une fu de Garin de Mongleve fiiTis ,
50 Et I'autre de Doon de Maiencbe doutis.
Ganelon.
Gario de MonlgUre.
Doon de Mayence.
37 Sous,- sic.
33 Gestes, ce mot signifie race dans ce passage, de
meme que dans celui-ci :
Vos estes de la geste as qnatre fis Aymen.
{Soman de Gamier.)
Voy. sur ces qnatre gestes , Particle de Garin le
Loherenc.
43 Fut, ainsi dans le MS contre la regie de Tor-
To«. H.
thographe du temps.
45 Karle. Lisez Karles ou Karlez.
48 Lommer, loumer , nommer.
Qui de Bouillon se fait la ducoise loumer.
[Roman manuscrit du Chevalier au Cjrgne.)
40 Voy. Particle de Garin de Mont glare. Amilles ,
fils du corate de Clermont, Amis, fils du 8e*ne*chal
Hervy , dans le roman.
hh
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CCLTIII
INTRODUCTION.
Gerard , fib d'Amis
Basin.
Ermengart.
Dood ot xij fieux de se feme engenr£s ,
Et s'ot autant de filles oik moult ot de biautis.
De Tune de ces filles yssy en v£rit6s
Cieux de qui che romant d'Amillez est fondis,
55 Et d'Amis, ses compains , de l'autre fille aprta.
Amillez et Amis, ce diet l'auctoritez,
Furenl bons compaignons, loiaux et esprouvez,
Et taut qu'il sont saintis et cors sains eslei^s ,
En Lombardie sont, a ce fait marques.
60 Amis, compains d'Amillez, qui de Dieu sont amis ,
Atoit I noble fieux qui Girart fu nommla ,
Qu'a son tamps seryy Karle; moult fu de lui priris.
A marier estoit Glrardin dont 06s.
Karlex fu aparus o son noble barn£s :
65 Li ot use pucielle , dont grans est li biaut£s,
Et fu soer a Basin, qui tant fu natures.
Ermengart ot a non celle dont tous o£s.
De ELarlon s'aparu , qui tant f u redout£s ,
Marit li demanda devant tous ses cas£s.
70 Karlez se regarda , se Tit k l'autre 16s
Le ber G6rart de Blavex dont moult fu hennerls.
« G6rarl , cha , dit li rob , ceste dame prendre. »
Et G6rart respondy : <c Si con tous commandos. »
La en droit l'espousa, ce diet l'auctoritez,
75 Et de celle Ermengart f u Jourdan li doutez ,
Qui conquist par se force xiiij roiautls ,
Qui fu li plus preudomme qui o monde fu n&.
Mais anchois fu G6rars bien X ans mari6s,
G'oncques 6uist enfant, dont moult estoit yrts.
80 Bellez furent les noecez quant G6rart espousa
56 Le z a ici, comme plus has , la valeur de Vs.
50 Marqu&s, remarque*8. Dans Tex trait d'un autre
roman de Jourdain , rapporte* par M. Francisque
Michel, on lit :
A Mortiers gisent, e* plains de Lombardie.
60 Basin, Auberi le Bourguignon dtait fils de
Basin de Genes, frere d'Eudes de Langres et fils
d Herchembaut ou Archambaud. MM. J. Bekker et
Fr. Michel , ont donne* des extraits de ce roman , Pun
dans les prelim in aires et les notes du roman de Fier-
abras ; Pant re dans Pintroduotion de la Chanson de
Roland. Van Praet, CataL de la Valliire, US, 2781.
67 Se li donna li rois Othes sa fille ,
Damme Hermenjart, qui fa preus et nobile.
(Extr. de M. Fr. Michel, p. xxxu .)
71 Hennerss , honnoris.
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INTRODUCTION. cclix
Ennengart, It pucielle, que loialment arna,
Et XV jors apris G4rart le remena
En la ville de Blayez; Karlez le convoia,
Et toils let xij pero qu'avoecq li mena.
85 Ens ou palais a Blayez rois Karles s'ostela,
Et pour l'amour des noecez yiij jors y s6jorna.
Tout rendi a G6rart le pais par deli ,
Et yl en fist hommage, oncques ne le faussa.
Trop fu G4rart preudon, et loialment r6gna.
90 Por chou qu'il fu loiaux et que Jh&us ama,
Le murdri li sien oncles, ensy que tous dira,
Fromons, li faux traitres, qu'oncques bien ne pensa.
Karlez a pris congiet et vers France s'en ya,
Et son rice barnage ayoecques lui mena;
95 Li bers G6rars de Blayez ass£s le conyoia ,
Quant du roy se party tenrement larmia.
Fol. 2. Signeur 9 ce fu en mai que florissent gardin ,
Oisillon s'esjofssent contre le douz tamps prin,
Chante li lossignos qui dist en son latin :
1 00 « Dieu , j'ai le cuer ochit par amoureux couvin.*
A icel tamps I jour de Pasques o matin
Fu li contez G6rars, au yrai cuer enterin,
En Blayez dont li mur sont massis et cauchin ;
Si ot ayoecque lui maint conte palazin,
105 Maint bourgeois de bault pris et maint rice mesquin ;
L6s-lui fu sa moullier, Ennengart au cuer fin,
Enchainte d'un enfant estrait de gentyeu lin.
« Dame , cba , dit G&rars oik onques n'ot venin ,
Moult deyons loer Dieu et le pooir divin
110 Quant sommez viellez d'ans et pris de traire affin ,
Et Dieux nous aime tant, qui fist pardon Longin ,
Que yous portez I hoir ou marie ou femenin ,
Et s'il plaist a celui qui de l'iaue fist vin ,
Mais qu'il yive, seront cil de Blayez enclin
98 Tamps prin, printemps. Ne 6nt d'esploitier tout le chemia cauchin.
103 Au fenillet XVIII du memt roman on lit : Ce mot vient da latin oals.
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cclx INTRODUCTION.
115 Cevalier et bourgeois, baceler et mesquin;
Car s'il plest Dieu ce vrai et le ber Saint-Martin
Que ce soil une fille par le Jh&us destin,
Tel sigoeur li donrai, se trop tos ne difin,
Que la Hire tenra paisible sans hustin ;
120 Et se c'est un hoir mile, je ne voy autre fin
Que de Blavez tenra le palais marberin
Et le pals et tout jusques en Limosin :
Si le redouteront Payen et Saraxin ,
Easement que l'ont'fayt et moy et le mien lin;
125 Et, s'il ne doit a?oir cuer vrai et enterin,
D6siran» de Payens mener k pute fin ,
Ja puis ne dilmez, ne vive tierch matin ,
Car je dis et c'est ?oirs, hautAche et cuer fraln
Est riquesse perdue, car elle^a pris sa fin.
1 30 Dame cha , dit GArart , a le chi&re menbr6e.
Moult nous aime Jhisus et le Virge honnerle,
Quant yous estez d'enfant enchainte demorAe,
Qui apres nous tenra Blatez et la contrle. »
— « Sire , dit Ermengart a le couleur ros^e ,
1 35 Ensy soit que plaist Dieu et la Virge honnour<e.»
Fol. 5. Signeur, or faitez pais pour Dieu le tout-poissant,
S'or6s bonne canchon d'estore soufissant ,
Dont li histore est vraie et li Tier sont plaisant ,
La viue de Vantanus. C'est ensy que Reniers de Vantanus le gent ,
140 Pardedens Vantanus garda Jourdain l'anfant.
Fin fol. 356-57. Jourdains, li ricez rois k le chiere menbrle
Fu k Gadrez le gent qui bien estoit peuplte;
Avoeque les barons de haute renomm6e,
A une Assension qui bien fu c£16br6e,
145 Tint li rois Jourdains court a Gadrez le lo£e.
XIX rois y ot en icelle jorn6e ,
128 Fraln, de peu de valeur. abreg6e gnt. Gadrts on Jadres dans Ph. Moutkes est
140 Au feu il let IV on lit . le nom de Zara.
Renters au poil flory 144 Lf dux tiatuoe cort k une 4acenuon.
Qui Vantantu sur mer lenoit pardesous lay. (G. F. de M^iTonm, Parite la Duchess* . p. 5.)
142 Ou le grant, ee mot eHant e*crit d'une maniere 146 XIX prononcei dim $t neuf.
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INTRODUCTION.
CCLXI
Qui tout croient en Dieu: ce fa bielle assemble ;
Karlez fu li XX e ; li cours fu bien peuplle,
Et le court fu pleniere, k cascun bien agrle,
150 Et aprds le digner, c'est v6rit£ prov6e,
A Karlez pris congiet, sou oire a aprest6e
Pour repairier en France, le nobille contrie,
Et Jourdains li dona a son voloir s'agrie,
Adont fu le besogne pour Karlon aprest6e,
155 Envers France en ala sans nulle demorle;
O lui en va G6rars de Blavez le lo6e.
Or nous dist li cronique et li cancbon dit6e
Que Karlez ne vesqui puis que ij° ann6e.
Jourdains est demorez en Gadrez la lo£e;
160 Gascuns des rois se est r'allez en se contr£e;
En Hermenie ala Kallefrins celle an£e,
Le roialme maintint tant com me yl ot durle.
Richiers, li fieus Sandame, d'Escoce le peupl6e,
Demora a Jourdain et se fame lo6e;
165 Gar aprils Jourdain tint le tiAre et le contrle.
Et vesqui puis Jourdain Vans, cose est prouy£e-
Droit au cief de V ans dont je fai divisge,
S'endorrooit li bons rois d'encoste s'espous£e;
Lk li manda Jh6sus qui fist ciel et rous£e ,
170 Et se moullier aussy qui tant par fu nostr£e,
Que leur char fustdeprestre justement confess6e,
Gar Dieuz les voet avoir en se glore adurle.
Quant Jourdains a le voixdu saint ang&le escout£e,
Le parolle de Dieu asis bien li agr£e,
175 Gar viellez estoit d'ans, c'est v6rit£ prouy£e;
Aussy fu se moullier qui tant fu bonnerle.
Li rois se fist confts a cette matinee ,
Aussy fist se moullier qui tant fu alos£e.
Kallefrin , Ricbier, San-
dame.
149 Etle court ;9ic.
167 Cot emploi da mot chroniques n'e«t pat fre-
quent dans le* ancient romana de geste. Dana le
roman manutcrit du Chevalier au Cygne, on lit
toutefoit (Bibl. de Bourg., n° 526 , in-fol.):
En la chronique en est la veVite* tronT^e.
168 Richiers. Appele* an feuill. CCCX : Richiers a
la barbe mSUe*
1 70 Par. . . nostrte , pateno* tr ee ?
173 Angele, angle , afin de rltablir la mature.
178 Ele fu raonseignor don Garner Yalosez.
(G. DE HVRToifNE, Paris* la Duchesse , p. 41.)
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cclxii INTRODUCTION-
Acumlniet sont.en icelle journle,
180 A uneheuremorurent;Dieu qui seut leurpens6e,
A rcchulcs leurs amex en sc glore secrie.
Et quant Richiersle ?oit, forment le disagree,
Aussy ont li baron leur joie en deul mute ,
Li mainent signeur deul, li gentde Dieu am6e,
185 Pour Jourdain et le dame qui tint ot renommle.
Mais pour doleur mener «t soir et matinee ,
Ne poroit-on r'avoir la pertonne finie.
Jourdains fu entierez a honneur compassle,
Et Richiers tint se Hire et se noble contrto
190 A pais tant qu'il vesqui , et soir et matinee,
Avoecques se moullier qui tant ot renommfe ;
Moult prient pour Jourdain et soir et matinee
Et pour Oriabiel , se courtoise espousle.
Gy fine li ystore c'on voua a records,
195 B£n£oit soient tout cil qui l'ont escoutfe,
Et li clers qui le fist et cieui qui la cantie ;
Au jour du jugement en le glore adur^e
Soient nos ames mises et cascune sauvle.
180 Dieu, il faut ^crire Dieusl 196 Bknhoit, Moil.
Un roman de Jourdain de Blaye est cit£ dans la Glossaire de Du
Cange. Quant k M. Roquefort, il passe sous silence cette fable h6-
roique.
Ce qu'il y a de remarquable dans celle-ci, c'est qu'elle semble
n'avoir riendecommun, du moins pour la forme, avec le roman
sous le m£me titre, dont Pinfatigable philologue M. Francisque
Michel a donn6 un extrait dans son Edition de la Chanson de Roland,
prdiminaires , p. xxxi — xxxv. Le roman de Jourdain cit6 par
M. Raynouard, Journal des Savans, juillet 1833, p. 389 (Bibl.
roy. SuppL fr. n° 632-15), n'est pas non plus le n6tre. Le manu-
scrit de la biblioth&que de Tournay n'en est que plus pr^cieux : et
qui sait si ce n'est pas originairement Poeuvre d'un beige?
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INTRODUCTION, cclxiu
Quant k la l£gende d 3 Antilles et dAmis dont celle de Jourdain
est une continuation, le savant Mone l'a exposde dans ses An-
zeiger (1836, col. 145, 161, 353, 420), en la comparant avec la
l£gende hagiologique; M. Francisque Michel en a offert £galement
un echantillon au public (Chanson de Roland, prdliminaires ,
xxsx — xxxi *), et M. H. Piers la raconte dans les M&moires des
antiq. de la Morinie, III, 144-46.
N. Garin le Loherenc*.
Philippe Mouskes suppose que le due Garin, Fun des capitaines
de Charlemagne, s'empara de Castel-Croissant :
V. 4669. Li dus Garins et sa mesnie Mention de G*rm «i«n$
Entrerent en Castiel-Croisant ,
Quar Sarrasin , Turc et Persant
Amenerent trop grant compagne
Et devers Surie et d'Espagne.
Or ces vers ne font allusion k aucun des faits rapport£s dans le
roman de Garin le Loherenc, et rappellent sans doute d'autres
16gendes , telles que celles de Jean de Lanson ou de Guion de Bour-
gogne. Peut-Atre m&me s'agit-il d'un autre Garin que le fils
d'Hervis, quoique nous ayons admis Pidentit6 des deux person-
nages. On est en droit peut-^tre d'en dire autant du Garin nomm£
par Giraud de Cabreira 3 .
Dans les passages qui suivent , il n'y a point de doute. II s'agit de
Farmde lev^e par Charlemagne contre les Sarrasins :
V. 5220. Garins, li dus de Loherainne ,
II mil tous preus en i amainne.
1 Bulletins de I'Acadbnie Royals de Bruxelles, t. IV, n° 5. Cette notice, a quelques chan-
gemens pr£s , a ete tir^e a part a 32 exemplaires in-8° de 10 pp.
2 Loherain , Loherans.
3 Raynouard , Choix des potties orig. des troub. , II , 295.
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cclxiv INTRODUCTION.
Et plus bas :
V. 7318. Garins, li dus, vint a poignant,
Tint une lance a fer trancbant t.
Garin est tu6 k Roncevaux et enterr6 k B61in , ch&teau d'Olivier :
V. 0041. Et Garins, dus de Loberagne.
Ph. Mouskes fait £galement mention de B&gues, fr&re de Garin :
V. 5228. B£ghe en ot mil de bonne gent,
S'orent ass£s or et argent.
V. 7358. B6gon ont mort et mis a fin.
Turpio. En cela il suit le faux Turpin, auquel ies Chroniques de St-Denis
sont 6galement conformes. Garinus, Lotharingice dux , cum qua-
tuor millibus virorum, Hego.... (ch. XI , t. I ? p. 496) 2 . Ce dernier
mot d&igne dvidemment B6gues, car an ch. XXIX, p. 515 , on lit
Bego y qui le remplace. D'ailleurs les traductions sont \k pour con-
firmer cette assertion.
1 P. 292 du I er volume , on a ponctue ainsi ces deux vers :
Garins , li das, Tint ; a poignant
Tint une lance a for trancbant.
et Ton a expliqud a poignant par au poing , il vaut mieux ponctuer comme on vient de le
faire , et lire vint a poignant, c'est-a-dire vint a force (Tiperon.
2 Garin n'est pas nomme' dans le texte de la Chanson de Roland, donn6 par M. Fr. Michel ;
mais je soupconne qu'un vers inacbevl le concerne dans un couplet ou assonance en ant ,
an , sins , etc.
Puis ad ocis Gebnin e Lorain R.
Est-il absurde de lire :
Puis ad ocis Gebuin e Garin Loheran?
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INTRODUCTION. cclxv
Toutefois Ph. Mouskes , en se rendant ici k Pautorit£ de Turpin ,
si grande , si solennelle pour lui , oublie qu'il avait pr6c6demment
adopts d'autres traditions , et qu'en faisant mourir les m£mes cheva-
liers du temps de Charlemagne, il avait d&j& racont£ la mort de
Pun d'eux sous Pepin. Je veux parler de B&gues de B£lin, dont il BeguwdeBam.
retrace la fin comme dans une des branches du roman public par
M. P. Paris.
V. 2080. Li quensB£ghes qui tint Bllin,
Li frire al Loherenc Garin ,
• Fors de sa tiere adont s'eslogne
Et vint cacier en la Vicougne, etc.
Cest le bel Episode que M. Edw. Le Glay a traduit en prose.
Apr6s la mort de B6gues, dit Ph. Mouskes , Fromond le Gascon
passe chez les Sarrasins , et renie Dieu x ; son fils Fromondin rallume
la guerre entre les Gascons et les Lorrains; enfin Gerbert, fils de
Garin, devient roi de Gascogne et Spouse la fille d'Aimeri de Nar-
bonne.
Selon toute apparence, ce Garin n'est pas un 6tre purement id£al,
quoique des preuves historiques positives manquent pour d^montrer
son existence, et que Dom Calmet, qui y croit, n'ait pu lui-m^me Domctmet.
les fournir. Fran$ois De Rosi&res , qui tire du plus loin qu'il pent f. d« Rosier.
la g6n6alogie des dues de Lorraine, et pour qui tout est bon , fables
et v6rit6s, ne parle pas cependant de Garin 2 .
Mais il ep. est question dans un auteur aujourdliui perdu, et dont /. DeGuy*.
Jacques De Guyse nous a conserve des fragmens.
Get auteur, all6guant les autorit&s qu'il a compiles, nomme
i Roman de Garin , I, 150 :
Huimes commence la chanson a venir
Comment Fromons renoia Jesu-Crist.
2 Stemmata Lotharingiw ac Barri ducutn, Parisiis, 1580, in-fol.
Ton. II.
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cclxvi INTRODUCTION.
HuguesdeTooi. Hugues de Toul ', qui a £crit les histoires des Lorrains, Historias
Lotharingorum \ Ii y a plus , il les avait 6crites avec beaucoup de
soin en langue vulgaire, apr£s avoir fait de profondes recherches
sur la g£n6alogie des princes lorrains : Alius autetn in vulgari
eandem (historiam) composuit curiose, ut Hugo Tullensis qui Lo-
tharingorum genealogiam profundius investigans, historiam Bel-
gorum solemniter pertractavit 3 .
J. De Guyse, en louant ainsi Hugues de Toul, le trouvait sans
doute d'accord avec les autres monumens qu'ii avait consults, tels
que Char tee Austrasiensium , verba Lothariensium \
Mais si Hugues de Toul s'6tait livr6 k de longues et s6rieuses in-
vestigations , il n'avait gu&re travaill6 que sur des traditions orales
ousur des chroniques apocryphes, que l'on multipliait ais&nent au
milieu de la disette des documens authentiques , d£truits par les
invasions de l'£tranger % ou enseveiis dans des depots inaccessibles.
sapposiuoD. et aiur^. De nouveiles fortunes s'6taient £lev£es, la vieille aristocratic franque
et gauloise avait £t£ d6cim£e, sinon d£truite, k Fontenay ; il fallait
flatter Pamour-propre des races r^centes , en leur errant de vieux
titres d'illustration ; d'ailleurs la critique £tant un art inconnu,
Hugues de Toul avait pu prendre pour de Fhistoire les caprices de la
po£sie, et ces inventions dans lesquelles se complait l'imagination
1 M. Paulin Paris, dans une note de son premier volume sur Val-parfunde , p. 96, dit :
u Hugues de Toul, comme on le verra a la fin de ce volume , dans les Te&timonia , en parle
» cgalement. » Ces Testimonies ne se trouvent ni dans le premier ni dans le second volume.
L'editeur les aura perdus de vue ou se sera ravish ; pour noire part , nous le regrettons*
2 Edit, du marquis De Fortia, I, 34.
»I,78.
M,B8.
5 Olbert, abbe de Gemblours, au commencement de sa legende de saint Veron, qu'il
adresse a Renier, comte de Hainaut , mort vers 1030 , dit : a Hoc afflictionis flagellum exercuit
(Deus) per Hunos et fTandalos.... pene Mam Galliam Belgxcam subverterunt, urbesque ejus a
scbcuIo famosissitnas sob straverunt, arualks tihpoiuh vttasqui coilistiui vdioich cohbcsseaunt
16NK , HOTITIA8QUK MCLTOIDM SUfiSTRAXERUHT OWMl. »
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INTRODUCTION. cclxvii
des peuples, m^me en presence des faits et de leur expression
officielle. Sans recourir k d'autres exemples, ni remonter k des temps
£loign£s, qui m'expliquera, demandespirituellementM.Raynouard *,
comment , de nos jours , une chanson populaire, consacrde k la mort
du due de Malborough, a propag£ des r^cits £videmment contraires
k toutes les notions historiques ? Cette chanson , en effet , suppose
que ce fameux guerrier est mort k Farm£e, qu'un page en arrive et
annonce ce malheur k i'£pouse du h6ros, qui, assise au haut d'une
tour, attendait impatiemment de ses nouvelles. Qui ignore pourtant
que le due de Malborough est mort dans sa patrie , combl6 d'hon-
neurs et au milieu de sa famille?
A quelle 6poque 6crivait Hugues de Toul? C'est ce que nous
ignorons; mais il appartenait au moins k la fin du XIII 6 si&cle
ou au commencement du XIV e , Jacques De Guyse £tant mort
en 1399.
Que dit-il relativement k la Saga de Garin? II raconte qu'apr^s ^«de.Lorrtm«.
la mort de Charles-Martel, Gautier-POrpheiin, fr&re de Hugues de
Cambr£sis 2 , et fils d'Aubri ou Alb&ric , r£gnait sur le Hainaut. Ces
deux fr&res avaient £pous£ les deux filles d'Herv£ ou Hervis, due de
Metz, soeurs de Garin et de B£gon. Les Sarrasins ayant attaqu£ la
Gaule et assi^ge Soissons, Gautier rassembla k ses frais les nobles,
tant du Hainaut que du Brabant, et apr&s s'£tre joint k son fr&re
Hugues, aux Lorrains et aux Francs, il attaqua les barbares, les
chassa de devant Soissons et les extermina presque jusqu'au dernier.
Vers le m£me temps etapr&s la mort d'A61is, duchesse de Metz, mere
du due Herv£ , les Vandales envahirent encore les Gaules , ravage-
rent la Lorraine sup6rieure et vinrent mettre le si£ge devant Metz.
1 Journal des Savons, aout , 1833 , p. 460.
2 Ancetre de Raoul de Cambrai , tue par Bernier, devant Origny , en Vermandois , sous le
regne de Louis d'Outremer. Nous sommes de ceux qui attendent avec le plus d'impatience le
roman de Raoul de Cambrai, que prepare M. Edw. Le Glay.
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cclxviii INTRODUCTION.
Secouru par Gaatier-POrphelin , Hugues de Cambrai, P6v6que
Gerard de Ltege et Ans£gise, roi de Cologne, Herv£ fut tu6 en pour-
suiyant de trop pr&s ses ennemis. Garin devint ainsi due de Lor-
raine , tandis que la Flandre ob&ssait aux forestiers du roi Pepin. II
s^leva des diff&rends entre lui et B6gon, son fr&re, d'une part, et
Fromond, prince de Bordeaux l et d'Artois, comte de Boulogne,
et ses amis de Pautre. Long-temps ils avaient su cacher la haine
qu'ils se portaient , et il n'en 6tait r£sult£ rien de f&cheux ; mais un
jour, dans le palais du roi Pepin , k Laon , les Bordelais 2 du parti de
Fromond , ay ant trouv£ Garin seul , se jet^rent sur lui. II se d6fendit
avec courage, renversa Harderic ou Hardr6, p£re de Fromond, et
lui brisa le crane sur le pav6. Cette seine occasionna une rixe ter-
rible. Les Lorrains accoururent au secours de leur gouverneur,
tuirent un grand nombre des partisans de Fromond et chass&rent
les autres du palais. VoiiA ce que rapporte Hugues de Toul , d'apr&s
des autoritis plus anciennes et probablement des chansons de geste
et d'autres renseignemens de cette esp&ce. Baudouin d'Avesnesparle
6galement de ce Garin 3 .
G^neaiogie f.buieuse Un manuscrit de la biblioth&rae d' Arras, parch, in-fol., n° 184,
des comte* de Bou- . L i t* i * / i • I» l
logne. contient une genealogie des comtes de Boulogne , genealogie iabu-
leuse ainsi que beaucoup d'autres. On y lit qu'Artus, roi de Bre-
tagne, donna et conc&La quittes et libres k un noble homme
appel^ Liger, dans le comt6 de Boulogne, Amiens, T6rouane et
Tournay. Ce Liger fut le premier comte de Boulogne, nommde aiors
Hautemure. J'abrige cette g£n£alogie dans le tableau suivant 4 :
1 Fromundum, principem Brudegalensem ; la traduction publiee par M. De Fortia , et que
nous avons employee, t. I CT , p. 87, note sur le v. 2122, rend Brudegalensem par de
Bruges ! Cette faute s'est glissee dans la table generate , I , SOI •
2 Brudegalensibus , encore meme erreur dans la traduction , comme s'il y avait Brugensi-
bus.
3 Jacques de Guyse, VIII, 268 , 271 , 274 ; IX , 87, 225 , 227, 229, 288.
4 Mone, Anzeiger, 1885, 846-48.
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INTRODUCTION. cclxix
LIGER.
qui acquit la Flandre et la Normandie.
DERROS.
FC7MER.
WULBERT
epousa Dud*.
WLMARUS, WULMARUS,
moine de Hautmont. comte de Boulogne, au temps da roi Oagobert.
OTUEL ou OTVEL.
FROMOND, LI POEST18, Fromond-le-Poeslis.
qui tint Boulogne et Lens et d' autre* lerres. C'est le hlros de roman.
FROMOND1N.
ATE8 ,
nn des dome pairs de France au temps de Charlemagne.
OTTON,
qui prit le traitre Ganelon. Ganelon.
HELGOS,
fondatcur de Montreuil et de l'abbayc de S*-Sauve; il epousa Seissa , fille du due de Frise
BERTHE FLORENTIN.
epousa Ebnbkin, neveu de Baudouio, comte de Flandre. C'est
en ce temps qu'lsembart et Gormont (vojrez p. vm) vin- Isembart et Gormont.
r«nt daos ce pays. Ernekin fut remplace par le comte
RENIER.
OUT A LE' BLANKS BABBB.
II laissa trois fils et deux lilies.
8AUDOUIN
Epousa Ala de Gand.
EUBTACHE a l'okl.
_ ii^^^i ^m
EUSTACHE as qbehors
epousa Ide, fille du Cbevalier au Cygne ( voyei p. xXXiv). l« cbevalier au Cygnc
OODEFROID DE BOUILLON, EUSTACHE, BAUDOUIN.
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des Lorrains.
ccixx INTRODUCTION.
oractere d. ivpop^e Nous l'avons deijk dit *, le Toman de Garin est one des plus an-
ciennes traditions h&roiques du moyen age. Si la redaction de Jean
de Flagy semble appartenir au commencement du XIII e si&cle, et
s'il n'a pu sesoustraire aux impressions qu'il recevait de son temps,
il est visible qu'il a repr&ente des moeurs et des passions d'une
6poque bien ant&ieure. Comme dans les plus anciennes composi-
tions £piques, il r&gne dans son oeuyre line simplicity imposante ,
unie k beaucoup de mouvement et d'int6r£t. Pas une seule fois il n'a
eu recours au merveilleux; Ik point de g£anSj de nains, de fees,
point d'armes enchant£es : c'est dans le jeu des caract&res qu'est
tout l'artifice du po&me, et ces caract&res sont aussi 6nergiques que
varies. Le g&rie s6v6re des Francs d'Austrasie delate d'un bout k
l'autre : on croirait qu'une grande pens£e politique a donn£, d&s
le principe, l'exclusion aux fictions ordinaires des po&tes.
Lorsque Pepin 6tait sur le trone , il y avait encore des hommes, et
surtout la race d6sh&rit6e, qui osaient dire :
Ma ce mandi Pepin ?
II n'est pas rois , bien le set-on de fi ,
Karles, ses pAres a grant tort l'a lolli.
Et les soutiens du nouvel ordre de choses > comme on dit aujour-
d'hui , r£pondaient bravement :
Vous i avei menti.
Apr6s cela le sang de couler 2 .
Sous des 6y6nemens auxquels on attribue d'autres causes , il est
done impossible de ne pas reconnaitre les derniers efforts d'une
dynastie vaincue , contre une dynastie triomphante , et ces haines
1 I , CCLVI.
2 Garin le Loherain, ed. de M, P. Paris , 1 , 213,
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INTRODUCTION. cclxxi
profondeset terribles qui survivent k la decision supreme du succ&s.
Le roman de Garin met aux prises la race de Pepin et celle de
M6rovee. Ges dues d'Aquitaine , que les historiens traitent assez mal ,
parce qu'ils avaient Pinsolence de s'insurger contre le pouvoir nou-
veau, Eudes, Hunold, Waiffre, 6taient les h&ritiers de la maison
des M&royingiens, et, en consequence, ils protestaient les armes k la
main contre Pepin et ses successeurs. Fromond et les Gascons sont
la personnification po£tique du parti de la 16gitimit6 dans ces
si£cles£loign£s, tandis que Garin et sa famille repr&sentent les ad-
herens de Pepin > Baudouin les Frisons, Bernard deNaisil le maire
du palais de Bourgogne.
Cette rivalit6, peinte avec des couleurs pleines de vivacity est Le roman de 0.™ eu
• _-,, . | — v . A une transformation
une transformation du sujet des Nibelungen . Des deux cot6s c est **wM«*g*»>
au merveilleux pr6s, du peut-^tre en partie aux demi&res redactions,
la m£me grandeur de caractire , la m£me apret6 de moeurs, la meme
1 Depuis que Bodmer, en 1757, a donne un fragment des Nibelungen, et que la premiere
edition complete a paru en 1782 , par les soins de C. H. Myller, ce poeme, objet de travaux
oonstans a exerce la critique et l'erudition des ecrivains les plus recommandables , tels
que MM. J. Peringskidld , le baron Fr. H. Yon der Hagen, Aug. Zeune, Jul. Leichtlen,
Ch. Lachmann, le baron J. Yon Lassberg, 0. F. H. Schoenhuth, J. Gust. Buesching,
C. F. L. Arndt, C. Besseld, P. Von Cornelius, E. P. G. Gtesecke, C. W. Goettling , Fr. baron
de Reden, Cb. Rosenkranz, A. W. Von Scblegel , J. A. Wendel, etc. — M. Mone n'a cesse
d'y revenir dans la plupart de ses publications ; MM. Ch. Simrok , Jos. Von Hinsberg et
H. Von Rebenstock, ont traduit ce poeme en allemand moderne, MM. F. R. Hermann,
J. W. Muller et Ernest Raupacb , en ont tire* des sujets de drame. La France ne connatt
pas encore bien cette ceuvre immense, du moins dans sa propre langue, cependant
M. J. H. Schnitzler a insere une analyse fidele des Nibelungen, dans la Nouvelle revue genna-
nique, Paris, 1880, t. Y, pp. 1-26, 101-135. Les admirables Etudes historiques de M. De
Chateaubriand contiennent une notice sur le meme sujet , par M. De Bunsen, ambassadeur
de Prusse a Rome, ed. de Bruxelles, 1831 , in-18, II, 419-424. Voy. en outre Saint-Marc
Girardin , Notices polit. et litt., fragment des Nibelungen , II , 217-248 ; cet ecrivain a promis
une traduction complete des Nibelungen. On annonce tout recemment : Les Niebelungen
(Nibelungen), ou les Bourguignons chez Attila, poeme traduit de l'ancien idiome teuton ,
par M M Charles Moreau de la Meltiere, institu trice en Russie , public par M. Francis Riaux ;
Paris , 1837, 2 vol. in-8°, ensemble de 884 pp.
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cclxxh INTRODUCTION.
alliance des emportemens les plus iteroces et de la g£n£rosit6 la plus
noble. Pepin et sa femme Blanchefleur ne sont pas sans analogie
avec Etzel ou Attila; et Ehriemhilt, Garin etB£gues, retracent
Siegfried ; le second , dont le nom Bikes ou Bicco, peut 6tre consi-
d6r6 comme une abr^yiation de Sibicho ou Sibich, et se rapproche
par consequent de celui de Sigfried, Siegfried, Sigfrid, meurt
comme ce dernier k la chasse. Si Metz a donn£ naissance k Garin ,
elle a vu naltre Ortwein, un des d£fenseurs de Gunther, roi de
Bourgogne. EnfinFromond, ceguerrier ambitieux et impi toy able,
mais toujours grand et loyal , Fromond, moins brillant et plus
reftechi que B&gues, ne peut-il pas 6tre compart k Hagen von
Troneg? Si Ton voulait pousser plus loin le parall&le , on trouverait
de m£me , sans trop de difficult^ et sans 6tre dupe de cette esp£ce
de mirage produit par la manie des similitudes , despendansau mar-
grave Rudiger , k Dankwart, fr6re de Hagen , k Dietrich von Berne
ou Theodoric, et aux autres h&ros de la grande 6pop£e allemande \
source, indies P ir L'auteur de la redaction qui nous reste pretend avoir puis6 dans
le tr&or de P^giise cath&lrale de Cologne. Les romans karolingiens
sont annonc£s ordinairement comme travaill£s d'apr£s les rensei-
gnemens conserves iS'-Denis 2 . Ici la fable se fait originaire des
contr£es voisines du Bas-Rhin , qui sont aussi le berceau de la
po£sie allemande. Les vers suivans manquent dans P&lition de
m. Mone. M. P. Pftris : nous les empruntons k M. Mone :
Si come j'ai apris;
Huimais commence no chansons a venir,
1 F. J. Mone, Untersuohungen *ur Ge$chichte der teutschen Heldensage, p. 198.
2 Dans Fedition de M. P. Paris , p. 51 , il y a une note sur ce vers :
Si com la bible le nous tesmoigoe et dit.
La voici : « La bible, c'est le grant livre as istoires, cit£ par Adenez an commencement de
Berte aus grans pie's, et que Ton conservait a St-Denis. » II faut lire a Cologne, d'aprds les
vers qu on va transcrire.
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INTRODUCTION. cclmiii
Grans et pleniere, qui bien fait a oir.
Ciljongliour, qui vont par lepais,
N y en sevent riens, certains e sui (en sui) et fins,
Lestoire en ont corroute des biaus dis ,
Et lor menpoigne et ajousti et mis :
Mais or porrls le droite estoire oir,
Si con ele est a Coloigne en escrit
Dedens le rolle Saint Biniit,
En un trisor de la grant glue est mis.
La le fist metre li bons vassaus Gerins ,
Li gentius dus anpois qu'il feus sist 1 $
Si con la guerre comme^a par estrif ,
Qui dure encore , n'onques puis ne prist fin ,
Et d'oir en oir le covient rafreschir,
Apr£s les pires le reprisent li fil 2 .
Ces vers, qui suivent la description de Penterrement de B£gues,
sont remarquables sous plus d'un rapport. D'abord ils attestent que
la 16gende des Lorrains 6tait change journellement par les jon-
gleurs, et que, suiyant leur habitude, ils y m£laient des details
strangers k la tradition ancienne. Ensuite ils indiquent la source LWettrprimaifduro.
consults pr6tendument par le po&te. Nous avons all£gu£ plus d'un ™tr«ien.
exemple ou ces indications paraissent tout-&-fait gratuites; mais en
supposant cependant que celle-ci f At encore aussi peu fondle , elle
tendrait k faire augurer que le po&te ou 16gendaire primitif appar-
tenait k PAustrasie. Cela se confirme par toute la lecture du po&me ;
un partisan de la famille de Pepin s'y r£y61e k chaque instant :
Devant Henri nous a Girart occis.
Dus c'a la gait ont les nos enbatus.
Qui de no gent nos fait mult gran train.
i Qu'il flHdtfunt.
2 None, Untersuchungen,etc.,t>. 193.
Tom. II. kk
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ccixxiv INTRODUCTION.
Lei gens Huon no* ont arriire mil.
Pon$on de VLts no* a par lere mil.
Si la Nouvelle bibliothdque historique de la France avait ren-
contre juste , Adenez serait Pauteur du roman de Garin , car, disent
les r&lacteurs de cet ouTrage , on trouve commun£ment dans ses
romans les m£mes termes et les m£mes expressions ! .
M. Mone a remarqu£ plus justement que presque tous les noms
dans ce po6me sont allemands : Garin, Werin, B&gues, Bicke,
Godaires, Gothart, Hardr6s, Hartrat, Foukart , JVolfhart, Renaut,
Reinholt, Amauri, Amalrich, Alori, Alarich, Bouchars, Burhhart,
Fouquerres, Volker, Savaris, Siegfried, Li&ris , Liederich, Beraus,
Beralty Gamier, Wernher, etc.
ADdenne vogue <u< II est maintenant prouv6 k P^vidence que P6pop£e des Nihe-
Nibelungen en Bel- r • .
m**' lungen a eu jadis une grande vogue en Belgique , puisque Pon en
avait fait m^me une traduction flamande, dont M. Serrure a com-
munique un fragment heureusement retrouv^, au savant £diteur
des Anzeigerfur Kunde der teutschen Vorzeit *. Un autre fragment
dont ML Hoffmann a r£p&£ une partie, parut en 1830, dans un
ouvrage different de M. Mone \ Et ne sont-ce pas les Nibelungen
que pretend designer Maerlant, dans ce passage de son Alexan-
dr&de, apr&s avoir parl£ de Walewin et d'Artus :
EtteU (Etsel, AftUa) orloghe Tan den Hunen
En mochte hier jeghen niet ghestunen, etc.
Le Wichmann, premier comte de Gand, qui re$ut en fief le
pays d'Alost, 6tait de la race saxonne des Billung , nom dont
1 N" 16170.
2 1885,191-193.
3 Quellen und Fonchungen zur Gesch. der teuUch. Literal., I, 148-154; Harm Beigicm,
1,96.
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INTRODUCTION.
CCLMT
I'analogie avec celui de Nihelung , n'a pas encore 6t6 femarqu^e.
Est— il done 6tonnant qu'un po&te austrasien ait imit6 des chants
populaires en Austrasie, et qui en retra$aient les locality et I'his-
toire, un po&me oil le mot Niderland, du moins dans la redaction
du XII e ou du XIII e si&cle, est si souvent trac6, oil Ton reeonnait
k chaque page, Siegbert {Sigisbert) , Guntran, Brunehaut, ces
h£ros de nos primitives annates? jamais, il me semble, limitation
n'a 6t6 mieux justiftee.
L'£pop£e des Lorrains jouit £galement d'une grande c6!6brit£; la
preuve , e'est que les manuscrits offrent la trace des divers dialectes
de la langue d'oil; Champagne , Lorraine , Picardie, Normandie,
He de France , Belgique. Or, comme le dit M. Paris , passer d'un
dialecte dans un autre , c'£tait autrefois un honneur comparable k
celui d'une traduction faite aujourd'hui en anglais , en allemand ou
en espagnol.
Autre argument non moins fort en faveur de la popularity du
sujet : nonnseulement les manuscrits different sous le rapport du
dialecte , mais encore sous celui du fond ; on ajoute, on retranche ,
on modifie; chaque rapsode veut s'approprier ces chants, qu'on
Icoutait avec tant de plaisir, ou les modifier suivant le goAt de son
public et sa mani&re individuelle de sentir. Les textes publics
par M. Paris l > compares avec les fragmens qu'ont fait imprimer
1 Voici un passage qui n'est pas inutile pour fixer la date du texte de M. P. Paris,
(Fromons) manda. . . .
Eobert de Boves , Anjoranl de Couci,
Thomas de Marie etle prou Sa?ari.
Thomas de Marie, de la maison de Coucy, mourut vers Fan 11S0. Enguerrand II de
Coucy , son successeur, vivait en 1147, et Robert de Bores, son second fils , termina sa vie
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cclxxvi INTRODUCTION.
MM. Amaury-Duval , Mone 1 et Fr. Michel , pr&entent les dissem-
blances les plus frappantes, les variantes les plus curieuses,dont
l'ing&iieux 6diteur, mieux qu'un autre, aurait pu faire son profit ,
s'il n'ayait craint peut-6tre de se salir , aux yeux de ses compa-
triotes, de toute cette poussi&re de manuscrits.
came, qui mirent fin Pourtant on eut beau multiplier les copies du Garin, on eut beau
a cette celebrite. . _« #
raccommoder aux temps , aux heux, aux personnes, d autres sujets
s'empar&rent de la sympathie g6n6rale; Charlemagne, Artus et
leurs paladins, £clips£rent bientot tous les autres h6ros : autour
d'eux naissaient les prodiges ; une ayenture 6tait li6e k une autre ;
c'^tait une chaine continue de hauts faits et de miracles, de m£me
qu'une famille de guerriers valeureux, de chatelaines au vis cler.
Les Lorrains ne relevaient pas de la donn6e fondamentale de ces
chants k la mode; d'une origine plus ancienne, ils subsistaient par
eux-m6mes , et cet isolement leur fit tort. En outre les po&mes qui
leur £taient consacr£s ne caressaient pas assez le penchant universel
pour les r^cits extraordinaires ; le ton en 6tait trop severe , la que-
relle oubli^e des M£rovingiens et des Karolingiens ne pouvait plus
les r^chauffer, et puis il y avait peut-6tre k la cour des Capets des
oreilles chatouilleuses qui redoutaient le souvenir d'une resistance
au siege d'Acre, en 1191 ; Du Chesne, Hist, de la maimm de Coucy, 197, 205, 244. H est
souvent question de Thomas de Marie dans le roman de Godefroid de Bouillon , MS de la bibl.
de Bourg., p. ccxu :
Ly vers Thumas de Marie qui par sod hardemeat
Le fist as fiers de lance eslever haullemeni.
et ailleurs. Philippe Mouskes , de son c6te' , en fait mention.
1 M. Mone s'est servi du MS de la bibl. de Bourgogne , n - 281 (7768), in-fol., parch.,
XIII siecle , et il lui consacre une longue analyse critique , pp. 192-281 • Dans ses Anseiger,
1835, 335 et suiv., il fait connattre une copie du manuscrit de S'-Germain, n° 1244,
conservee a Epinal, sous le n° 165, et une copie provenant de l'abbaye de S^Valery-sur-
Somme, possedee aujourd'hui par M. d'Herbigny; c'est celle dont M. Edw. Le Glay a fait
usage. Voy. Sanderus, Bibl. MSS Belg., II, pp. 6 et 13, n M 225 et 761* 9 Barrois, Bibl.
protyp., 172 , 1597-99 , 1661 , 1863 ; Van Praet, Bibl. du Louvre , n° 411.
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INTRODUCTION. cclxxvii
d&esp£r£e contre une autorite que plusieurs taxaient d'usurpation.
Au XII e et au XIII e sifecle , politiquement et po£tiquement par-
lant, les Lorrains 6taient des strangers. Les chantres de Guiteclin
de Sassoigne > de Girars de Vienne et de Jourdain de Blave y
Font d£clar6 : il n'y avait en France que trots gestes, c'est-i-dire
trois families h&roiques, celle de Charlemagne , de Garin de Mont-
glave et de Doon de Mayence l .
Gependant les metteurs en oeuyre du suiet des Lorrains ont tach£ *wofu de u &**
* O de Garin avec d au-
de le rattacher, par quelques en droits , aux chansons les plus de- *****&***••
mand£es. Letextede M. P. Paris, quoiqu'il soit celui qui pr&sente
le moins de ces reclames, si je puis m'exprimer ainsi, n'en est pas
cependant totalement d^pourvu .
Ainsi parmi ces personnages , il en est qui jouent un role ailleurs;
par exemple Aubri le Bourguignon, Thierri d'Ardenne, Richard
de Normandie, Salomon de Bretagne, Hunaut de Nantes, appel£
Hoiaus par Ph. Mouskes et dans le texte de M. Mone, etc. Dans un
passage , il y a une allusion classique k la mort d'Achille sous les
rnurs de Troie (!); mais des manuscrits portent Cltarles et Girars,
au lieu d'Achille % ce qui rappelle des chansons ant£rieures. VoilA
m£me P6p6e Floberge qui brille entre les mains du brave comte vt V ie noberge ou
B&gues de B61in :
Geinte a Floberge la clere au pong d'ormier 3 .
B4gues s'arma, un blanc haubert vesti ,
Et lasce un helme a un cercle bruni ;
S'esple tint la belle Biatris,
Ce fu Floberge , la belle au pont d'orfin 4 .
Valparfunde semble 6tre la m£me chose que Valfunde de la
1 F'oy. le chapitre de Jourdain de Blace ou de Blaie.
* Ed. deM. Para, I, 107.
* 1 , 26S.
* Ibid., 11,94.
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CCLXXYIU
INTRODUCTION.
Artuj.
Froberge.
Chanson de Roland. Mais le premier, que Ton place en Sayoie, ne
peut 6tre le chatel dont le sarrasin Blancardin 6tait sire.
Si les souvenirs, les rappels, les allusions de ce genre, ser6dui-
sent k peu de chose dans la le^on adoptee par M. Paris , les autres ,
peut-£tre plus modernes, n'ont pas ce caractdre de parcimonie. En
voici la preuve.
Le trouv&re glisse le grand nom d'Artus dans ses yen :
La soie grasse nos taura molt petit ,
Con as Bretons , qui disirent toe dis
Le roi Artu, qui du siicle est partis 1 .
Attente pass£e en proverbe, et qui a fait dire k Bertrand de Born ;
Car lor Artue demandon fre? ol men 2 .
Nouvelle mention de Froberge :
Froberge pent a la sele d'orfin ,
£alnte une autre qui de Coloigne Tint \
Gerard de Routsillon.
Allusion k Gerard de Roussillon :
D6s icele eure, que dans G6rars fali
De Rousillon, qui tant par fu hardis,
Qui vers Hartel tante mellie fist,
Ne fu mais si li si&cles apovris 4 .
Retour sur les Saga de Roncevaux et de la conqu&te de l'Espagne ;
1 Mone, Untereuchungen , p. 211.
2 Raynouard, Choix de poMes orig. dee troub., IV, 161.
3 Mone, Untereuchungen, p. 217.
4 Ibid., 241. Voy. pr&edemment 1'article de Gerard de Roussillon , ou Ton decrit un
manuscrit relatif & Garin , &rit au XV° siecle , par David Aubert.
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INTRODUCTION. ccmxix
Pteron d'Artois
De Rains cevau* escapa-il jadis
De le bataille A Rolans fu trais ;
Si fu od Karle quant Espagne conquut >.
Quoique ceux qui agissent dans le roman des Lorrains appar-
tiennent k un cycle A part, il en est quelques-uns, on vient dele
remarquer, qui obtiennent une mention dans d'autres syst^mes de
l£gendes. Le roman d y Antilles et dAmis 2 se r^ffere k celui de Garin, aomm fAmm* a
dans ce passage :
Et Fromont de Bordiaux, quy pas n'ot coer I6al,
Mais en bataille estoit un moult hardy vassal.
I/auteur de la chronique de la biblioth^que royale de Paris,
n° 10307-5, lequel 6tait probablement Viennois, dit, fol. 25 :
<c Et fit pais de Gerhert et de Gerin et de Froumont, puis s'en torna
3) Pepin en France. »
Enfin Adenez qui,s'il n'6tait pas n6 en Brabant, y passa une
parti e de sa vie , rappelle les guerres de Pepin et de Fromont :
A Fromont orenl guerre qu'avez 61 conler
Dont il convint de cors mainte ame dessivrer,
Maint chastel, mainte tour a terre craventer;
S'en convint a Pepin mainte paine endurer.
(Bert* aus grans pie's , p. 7.)
Nouvelle preuve qu'on chantait la 16gende des Lorrains avant
Adenez.
C'est surtout pour la Belgique que cette chanson de geste a de inter* de i.%« des
Fint6r6t. Gautier-POrphelin , comte de Hainaut , Hugues de Cam- z*™ P
1 Fr. Michel, Chanson de Roland, p. 205.
2 Notice par M. Mone, d'apris le MS d' Arras, n° 696 (U dec, 1465) ; Anvxiger, 1836 ,
353-458. Cette notice est suivie de recherches precieuses sur la legende d'Amilles et d'Amis.
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cclmx INTRODUCTION.
brai, Gerard de Li£ge l , Baudouin-le-Flamand , de Luceborc li fis
au due Gaudirty les Avalois (les habitans du Niderlant des Nibe-
lungen), les Braban$ons , les bords de la Lys, de la Meuse et du
Rhin, tels sont les hommes et les lieux qu'on y rencontre souvent.
Cest dans les bois de Vicogne, sous Valenciennes, que B£gues
trouve la mort 2 .
Ph. Mouskes, qui avait une grande literature romanci&re, fut
sans doute frapp£ de ces rapports , quoique sa chronique, con$ue
dans Pesprit synth&ique du moyen Age , embrasse toute la terre , au
lieu d'un seul pays.
Pour conclusion le roman de Garin est un remaniement des Ni-
belungen, par un po&te austrasien.
$ in.
DE LA GRAMMA1RE ET DE LA. VERSIFICATION DE PHILIPPE MOUSKES. ENCORE
DE LA LANGUE FRANCHISE EN BELGIQFE. TRAVAUX PHILOLOGIQTJES.
QUELQUES MOTS SUR CETTE EDITION.
Nous avons cherch6 a r&mir tous les £claircissemens que deman-
dait , quant au fonds , notre auteur , et peut-6tre , tout en laissant k
d&irer sur ce point , jugera-t>-on que nous avons parcouru un
champ trop vaste. Nous n'avons plus que peu de temps et d'espace
k accorder k Pexamen de la forme, dont nous nous sommes ddjA
1 Ce fils de la quatrieme fille d'Hervis , due de Metz , n'est point place* par Fhistoire parmi
les ev^ques de Liege.
2 M. Le Roux de Lincy a fait une ingfoieuse analyse du roman de Garin ; il est bon de la
comparer avec celle de M. Mone, ou eclate autant de penetration que de savoir.
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INTRODUCTION. cclxxxi
occup£ dans les notes sur le texte et m£me dans l'introduction du
premier volume.
Nousle r6p6tons, Ph. Mouskes n'a point de style *; comme pres- ph. Mouskes iugecom-
que tous ceux qui ont mis Phistoire en vers, il 6crit d'une maniere
lonrde, monotone; sa chronique, en bien des endroits, rappelle la
gazette rim6e de Loret , et si nous avons dit qu'on d6eouvrirait
facilement dans son ouvrage quelques lignes comparables aux
beaut£s des classiques surann&s 2 , ce n'a 6t6 qu'une ironie dont
nous regretterions qu'on n'eut pas saisi Pintention. Nous ne vou-
lions que d6sapprouver les critiques qui font semblant d'admirer ce
qu'ils ne sauraient lire, et de d£couvrir des perfections sublimes
dans les passages les plus vulgaires.
Mais , nul sous le rapport po^tique , le travail de Ph. Mouskes,
k chaque instant cit6 par Du Cange , est , nous le redirons, pr6cieux
comme repertoire de phrases et de mots. II montre P6tat gramma-
tical de la langue fran^aise , sinon Fart d'6crire en Belgique au
XIH e stecle 3 .
En quoi cette langue diflterait-elle de la langue parl^e dans les
autres provinces d'oil? en rien d'essentiel, malgr6 ses vari£t£s.
C'est le roman picard ou le contact de l'idiome tudesque n'intro-
duit pas de modifications fondamentales.
Ce roman, comme nous l'avons dit, n'est qu'un produit de la
langue latine abatardie, m&\6e aux idiomes nationaux et aux Ian-
gues germaniques.
1 On y rencontre cependant par-ci par-la quelques traits beureux. Celui-ci a de la grandeur :
La terre fa pis en cest an,
Qnar li vieus Quesnes estoit mora.
Ce passage , dit M. P. Paris , Taut la plus pompeuse oraison funebre. Romancer o, 78.
Et quand Ferrand de Portugal tombe entre les mains de ses ennemis, les Francais, dit l'auteur,
Ferrant ontpris et son orguel. (v. 21803.)
* T. I, p. ccxxxn.
3 Parmi les jugemens sur Pb. Mouskes que nous avons rapportes, nous avons omis eelui
deGoujet. Voy. de plus Rev, fran^aise, 1837, III, 275, la Quotidienne, oct. 1886, etc.
Tom. II. «
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cclxxxii INTRODUCTION.
AiMienoeUdeuuogtic M. Raynouard pense avec raison que la langue romane eiait
romane. *■%
parl6e ayant les sermens de 842, car elle n'a pu naitre inopin£ment
au moment oil ces sermens ont ete prononc6s. Tout le monde
conviendra de ce fait l ; Dom Liron , cherchant une date precise ,
pla^ait l'enfantement de la langue romane sous Charles-Martel \
QaMD>«p.iead.Di Mais on pourra contester ce qu'ajoute Tillustre acad&nicien. II
lc principe une Ian- ... ■> .
frunifomc 6 uoique aTance y en ®ftet, comme une proposition inattaquable , que le
roman primitif £tait parl£ uniform£ment dans le Nord , en France ,
ainsi que dans une grande partie de l'ltalie et de l'Espagne, et que
ce n'est que quand la division de l'empire isola tous ces peuples ,
que cette langue , d'abord une et g£n.6rale, se partagea en divers
dialectes.
Comment eomprendre que le latin se soit alt£r6 uniform&nent
dans des contr£es si Vendues et oil vivaient tant de populations
distinctes? Comment Funite, qui est le dernier degr6 du perfection-
nement , aurait-elle pu apparaftre d'abord au sein d'une corrup-
tion grossi&re? Comment des regies auraient-elles pr£sid£ k des
changemens $pontan£s ? PTest-il pas plus naturel de croire que le
roman aura pr£sent£ d6s le principe des caract&res en harmonie
avec les habitudes et l'organisation des races et des peuples , qu'en
un mot il n'aura pas &6 au Nord ce qu'il 6tait au Midi , en Espagne
et en Italie , ce qu'il se montrait en France ?
Le roman des trouv&res , sauf quelques nuances l£g&res et d£li-
cates, offrait en Belgique et en France une physionomie pa-
1 Depuis que l'impression de notre premier volume a 6te commencce , nous avon$ vu la
question de la delimitation du roman et du tudesque en Belgique , abordee dans YHistoire de
la Flandre par M. Warnkoenig, I, 120 ; II, 4, 38, etc.; et dans les Pays-Bos avant et durant la
domination romaine, par M. A.-G.-B. Schayes, Brux., 1887, 1, 33, 40, 372, etc.
2 De I'origine de la langue francaise : Dissertation ou Von recherche a quel temps elle a
commence' a devenir vulgaire; dans les Singularity historiques, I, 103-133, et t. 01, 100.
Cf. dans le Mercure de 1757, juin , 2° vol., et juillet , Discours histor. sur I'origine de la
langue francaise 9 par Enlart de Grandval , conseiller au conseil superieur d'Artois.
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INTRODUCTION.
CCLX»1II
reille. Quoique ni sa grammaire ni sa syntaxe ne fussent arr6t£es
d'une mani^re decisive, qull fut permis aux 6criyains d'exercer sur
les mots un pouvoir soovent discr&ionnaire , et qu'il n'y eut pas
plus dans la literature que dans la soci&6 de grand pouvoir central
imposant k tous l'ordre et Fharmonie , cependant on y d£m£le Pob-
servation d'un petit nombre de regies que M. Raynouard 1 a de- MM.Baymmwdetcon-
vin6es, etqu'apr&s lui a expliqu^es M. Von Orell 2 .
Nous nous bornerons k quelques remarques.
Prononcultion ras lettres. — Dans le passage du latin au roman Qudque. observation
nous observons deux choses que nous ne decouvrons pas dans les
idiomes germaniques , et qui nous semblent proyenir, par conse-
quent, de Pancienne prononciation celte.
La premiere c'est le son du c qui devient ch dans quantity de
mots , comme en italien :
ckballus . .
• cueval.
ckpella. . .
. cmapelle.
cklidus . .
. cnaud.
ckper . . .
. cuevreau.
Cktnelus . .
. cuatneau.
ckpillus . .
. cneveu.
ckminus. .
. cnemintie.
CApUt . . .
. cnapitre .
ckmisia . .
. cnemise.
ckrbo . . .
. CBarbon.
Chupus • •
. cnamp.
Ckrdo . . .
. cnardon.
ckmcellarius
. cnancelier.
ckro ....
. cnair, etc,
Ckncer. . •
. cnancre.
cktia . . .
. caarte.
CAftt* . . .
. cHten.
ckrus . . .
• CHGf*.
CAHtore . .
. cnanter.
cicer. . . .
. CRtche.
c&ef.
Par compensation nous voyons dans Ph. Mouskes, cevalier
1 Origine et formation de la langue romane, grammaire romane, etc., au premier vol. du
Choix despobsies originates dee Troubadours, etc. Examen par M. Daunou , Journal dee Savans,
nov. 1816, 142-152; juil. 1817. 400*405; oct. 1819, 591-599 ; fev. 1823, 77-92.
2 AUfranzbeische Grammatik, loorin die Conjugation vorzugsweise beruchsichtigt ist,
nebst einem Anhang von alten Fabliaux und Contest Zurich, 1880. in-8°. Examen par
M. Raynouard , Journal des Savans , oct. 1882, 577-585 ; 0. Le Roy, Etudes, etc., 1887, in-8°.
* Arthur Dinaux, Les trouveres Cambrtsiens, p. 10, 11 , note.
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ccwxxiv INTRODUCTION.
pour chevalier, rice pour riche, et oe mot rime ayec niche; fran-
rise pour franchise. Nous y trouvons £galement Idcier , que nous
6crivons Ucher, tr drier , qui est notre tricher, et chitet pour cite.
La seconde, Ys qui, devant une consonne, devient es ou 4:
scabellutn. . • iscabeau. scola . 9 . . . tco/e. spatha . . . • tf»&.
sca/a tchelle. scopulus . . . teueil. spes tspoir.
scapha. . • . v&quif. scrinium. . . tcrin. stabilire . . • ttablir, etc.
Cette maniere de prononcer le c et P* est commune encore au-
jourd'hui k plusieurs de nos patois \ tandis que dans d'autres
occasions le son du ch est remplac£ par celui du A ; klokbtes,
kesne , etc.
Une forme qui leur est £galement propre , c'est l'addition d'un i
devant e ? ou sa substitution k la lettre e:
Apielerent . . appeUrenU Bieste . . . . bite. Logiet .... logS.
Apiert. . . . appert. Entiere' . • . enterrt, etc. Pierdue . . . perdue.
BiautS. . . • beautt. Fieste . . . . /&e. Tiesmougne . tSmoigne.
On remarque encore dans Ph. Mouskes , mais non pas constant-
ment :
1° La diphthongue ou substitute k o :
Covmugne commune.
Courovnes couronnes.
Provmetre protnettre.
Riovtne roykume.
Roumains Romains.
1 Joindre a nos indications sur les patois, t. I, p. err, note 8 : SeT>. Bottin : Melange* sur
les languesy dialectes et patois, renfermant entre autre* une collection de versions de la parabole
de V enfant prodigue, en cent idiomes ou patois differens, presque tons de France; Paris, 1881,
in-8°. — M. Marchal, de l'acad. royale de Bruxelles , a cherche* a 4tablir dans un memoire
que la langue celtique subsiste encore dans nos patois, Mercure beige, VI, 468, 528; VII, 280.
Sur le caract&re du walloa on lira des observations pleines de sens et d'originalite* dans les
Voyages d 9 Alfred Nicolas de M. le conseiller Grandgagnage.
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INTRODUCTION. cclxmv
R&nproquement, substitution de Yo k la diphthongue ou :
Bors • bourgs.
Corir • cocrir.
Docetnent dwcement.
2° E pour at:
Fit fiat.
TrtX trAXt.
Pitt plAlt.
3° Ai pour e :
Lkitre httre.
M kit re mtttre.
Valsxt valtt.
Violsite . . 4 violate.
4° Le g avec le son du^, sans tidiller, comme dit ML Lemare ,
prononciation qui subsistait du temps de Rabelais :
Grigois gregeois.
Goxr r6jouir.
On pronon$ait sans doute dans quelques provinces ejo pour ego,
d'ou jo etje. Les Allemands prononcent encore aujourd'hui quel-
quefois vijuisset pour viguisset.
5° Les deux s ou Ys employes indiffforemment comme en latin
causa ou caussa, etc. :
Dissoit et disoii.
Frisson et frison.
Lissant et lisant.
Passer et pcuer.
Traisson et trauon.
6° Un pour I'm, con pour com.
7° Le k pour c ou q u :
Ki, he, donkes.
Le q pour qu ou c ;
Qant, qar;
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ccixxxvi INTRODUCTION.
preuve en faveur des partisans de kiskis et de hamkam. Ramus
avait tort, il ne fallait pourtant pas l'assassiner.
Pronohs reiatifs , le, la > pour celui, celle.
CoBiPARATiF. JUeilor de It, meilleur que lui, tournure conserv^e
dans la langue italienne.
Trop plus, plus, expression long-temps fran^aise; ondisait aussi
plus asses ou asses plus :
En un Yr6gi6 foot une tour
Assis plus blanche d'une flour.
(B. A. Kellbb , Li romans tUs sept sages, p. 15.)
Sujet et regime. La rfegle retrouv^e par M. Raynouard, par la-
quelle le sujet prend au singulier Ys qui se retranche au regime ,
tandis que le contraire a lieu au pluriel , est une des plus uniyer-
selles % et il est rare qu'on l'enfreigne, k moins que les besoins de la
rime ou de la mesure ne se fassent sentir. Lorsque le sujet est com-
plexe , il arrive que Ys n'est mis qu'A l'un des mots qui le composent ;
quelquefois, cependant, la rdgle est viol6e, mais peut-dtre par in-
curie ou negligence.
V. 18460. Godefrois, frire a! roi Estase,
En fu sire
Le sujet est ici complexe. Determine dans Godefroid , il prend Ys,
mais il ne Fa point dans frere > ni dans sire. Au premier cas la me-
sure le demandait; mais ce retranchement est inutile au second.
V. 12197. Frire Guibort pour voir estoit.
La rfegle demande frbres qui n'est pourtant point dans le ma-
nuscrit.
Ces exceptions, qu'on veuille bien le remarquer de nouyeau,
1 Foy. v. 620.
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INTRODUCTION. cclxxxyii
sont rares, et s'expliquent, suivant nous, par les motifs que nous
avons all£gu£s.
VERBES. — Present ds Vindicatif.
Singulier, 1 M pers. Ob ose.
Commant command*.
Cone compte.
Quic quide.
Tienc* tiens.
8 e pers. Dont donne.
Pluriel, lepers. Avomes * avons.
Criomes croyons.
Vivomes vivons.
Prtte'rit des verbes en in.
Pluriel , 8* pers. Aprisent apprirent.
Fisent firent.
Ocisent occirent.
Prisent prireot.
Requisent requirent.
Futur. M. Raynouard le fait d6mer de Pinfinitif roman, auquel
on aurait ajout6 les difF<6rentes personnes du present de Pindicatif
de Fauxiliaire avoir. Pie peut-on pas le tirer du futur du subjonctif
latin comme le conditionnel de Fimparfait : Hahuero {auero, aurai) •
tenuero (tenro, tenero, tiendrai) ; amavero (amero, aimerai)? Le son
de Yo en effet deyient souvent e ou ai : odiosus, odieux, onerosus
on&reux.
Participes.
AM (v. 978), all&.
Detrenciet (v. 5881), de tranche.
Enteciet (v. 8977), entache\
Bstet (v. 1010), <§te\
Fourjugiet (v. 5859), condamnes.
Hierbegiet (v. 1005), heT>erg&.
Livret (v. 10155), livre*.
Logiet (v. 67), loges.
Bahiretet (v. 1074), rctabli.
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ccixxxym INTRODUCTION.
Les vers 1406-7 offrent un exemple particulier de ces participes :
Parquoi aRoume iujugiet
Et esgardet et otriet.
M. l'abb£ De La Rue regarde cette orthographe et celle des mots
chitet (v. 69), citet (v. 1075), pdciet (v. 3070), comme appartenant
au fran^ais primitif *. Mais elle est loin d'etre toujours suivie par
Ph. Mouskes, et l'on sent qu'il vivait k une £poque de transition,
ou la langue prenait de nouvelles formes sans r£pudier ent&rement
celles dont elle s'6tait servie jusque-14.
Quant k la versification elle est assez r^gulifere. Si la mesure est
quelquefois n£glig6e , la faute semble imputable au copiste. Nous
avons signal^ aussi dans les notes un grand nombre de rimes in-
completes , du genre de celles qu'on appelle rurales ou en goret.
L'auteur fait quelquefois un usage heureux de l'enjambement,
quoique nous ne pr£tendions point le louer comme po6te , malgr6
les droits attaches k notre quality d'^diteur.
Ce que nous ajouterions ici ne serait qu'une repetition fasti-
dieuse d'observations parfaitement exposes par les 6crivains qui
ont traits de la formation de la langue romane.
Addition ice qui *m Nous avons essay£ de prouver que cette langue, depuis sa nais-
ditderbistoiredeU . / , i • , i ,. . ,
jangue fr.nc.ise en sance, a toujours ete cultivee dans notre patne, et qu a certames epo-
ques elle Pa 6\£ avec 6clat . Aux renseignemens que nous avons rassem-
bl6s , qu'on nous permette seulement d'en annexer quelques autres.
v,.. f Yin* et ix. sie- La transplantation de colonies saxonnes en Flandre et en Bra-
coionie«s«onnes. bant, r6voqu6e en doute par plusieurs savans, a 6\6 d£montr£e par
M. Warnkcenig; il examine les noms g£ographiques et y trouve
des preuves de cette assertion. M. Gheldolf , son traducteur, a com-
ply ce travail dans une note 2 .
1 Essais historiqueg , I, 267 et suiv.
2 Histoire de la Flandre, I, 120; II, 88; cf. J.-H. Hoeufft : Taalkundige bijdragen tot de
nqams-uitgangen van eenige tneest Nederlandsche plaatsen ; Breda , 1816 , in-8°.
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INTRODUCTION. cclkxi*
Pr£c£demment des Sufeves avaient 6\6 transports dans la m^me su^e..
province. Saint Ouen, auteur du VII e si&cle, r£citant la vie de saint
Eloi, fait mention des Su6ves parmi les Flamands, les Anversois et
les Frisons, que ce pr61at convertit k la foi : Flandrenses atque
Andoverpenses, Frisiones et Suevi et barbari , quique circa maris
littora degentes... primo eum hostili animo et aversa mente susce-
perunt; postmodum vero... pars maooima trucis ac barbari populi ,
relictis idolis , conversa est adverum Deum y Christoque subjecta \
Saint Eloi fut m£me oblige , pour se faire entendre , de s'associer
dans le saint minist&re un certain Tituenus, sufrve de naissance :
Habebat prastera secum plures vernaculos in suo contubernio
degentes... de quibus.... erat etiam Tituenus, genere suevus.., qui
postea ad mercedis cumulum pervenit interemptus 2 . II y a plus , les
annales des guerres des Normands racontent qu'en 880 , ceux-ci
sortant de la forteresse de Courtrai, qu'ils avaient construite, bat-
tirent complement les M6napiens et les Su^ves 3 . La consequence
k tirer de \k pour la delimitation des langues, est palpable.
Le 26 avril 1770, on lut k Tacad&nie de Bruxelles, un m£moire
de Paquot, Sur les diff&rentes langues qui ont eu ou quiontcours n.p« h «o%.
dans les contrdes qui forment aujourdhui les dix-sept provinces
des Pays-Bas , et la principautd de Li6ge, depuis les temps les
plus recuUs jusqu a present * . Cette dissertation aurait pu jeter du
jour sur le sujet qui nous occupe; elle ne s'est malheureusement
pas retrouv^e.
La demarcation des langues parlies en Belgique est marquee k
peu pr£s comme Fa fait M. Raoux, mais avec plus de precision
1 Recueil des Hist, ft., Ill , 657.
2 Ibid. p. 554, Warnkcenig, I, 118, note 2.
3 De gesiis Normannorum , dans Du Chesne, II, 524; Acta SS. Belg., Ill, 2$5, IV, 200;
De Bast, Recueil dfantiquitts romaines et Gauloises , 169, 170.
4 M6m. de VAcad^ ancienne serie, t. I, Journal des stances, p. lxi.
Tom. II. »"»
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ccxc INTRODUCTION.
m j. ju.seret. encore , sur la treizteme carte de Y Atlas historique de la Belgique
ancienne etmoderne (Brux., 1836, in-fol.). A partir de Menin, en
allant vers Test , la limite Thioise forme une ligne presque droite
qui est couple perpendiculairement d'Aubel, dans la province de
Li£ge , k Tornich , dans le Luxembourg.
Le Messager des sciences et des arts de la Belgique, Grand , 1837,
2 e livr., pp. 188-200 > contient un M&moire sur la demarcation des
langues flamande et wallonne dans une partie de la Belgique,
j.-j.Baep-et. par feu M. J .-J. Raepsaet , r£dig£ en 1807, k la demande de
M. Faipoult, pr£fet du d£partement de l'Escaut. Ce m£moire est
sum d'une lettre de M. Raepsaet k M. Dewez , laquelle contient
de nouveaux £claircissemens.
un des plus anciens M. Hoffmann de Fallersleben , k son passage par Bruxelles , au
raonnmens de la Un- _ i»i
gueromtne. mois d octobre dernier, nous a montre le texte roman dun hymne
sur sainte Eulalie. II Pa d^couvert dans un manuscrit de l'ancienne
X* s.ecle. abbaye de S t -Amand , k la biblioth&que publique de Valenciennes.
Ge manuscrit , qui a servi k Mabillon , et que l'on avait inutilement
recherche depuis 1692, contient les unes k c6t£ des autres trois
pieces de la plus grande importance : un cantique de sainte Eulalie
en latin, un hymne en roman et enfin le fameux chant tudesque,
ou est c616br6e la victoire remport^e par Louis III, roi des Francs,
sur les Normands en 883.
Voici le commencement du morceau en langue romane :
Buona pulcella fut Eulalia. Bel auret corps, bellexour 1 anima.
Voldrent laveintre li Do (Deo) inimi. Voldrent la faire diaule 2 servir.
Elle non eskoltet les mals conselliers. Quelle Do raneiet chi maeot sus en ciel.
C'est-A-dire en latin littoral et barbare :
1 Comparatif.
2 Trissyllabe.
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INTRODUCTION. ccxci
Bona puellafuit Eulalia, helium habebat corpus , belliorem animam.
Voluerwnt Mam habere Mi Deo inimici. Voluerunt Mam facer e diabolo servire.
Ilia non auscultahat Mom mala consiliarios , quod Ma Deo renunciaret qui
manet super in coelo.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que le latin est (Tune main et le
roman et le tudesque d'une autre. \oi\k done le roman beige pri-
mitif , tout pr&s du latin qui s'efface , et voisin du tudesque qui doit
r^agir sur lui. Ce roman ressemble encore beaucoup k celui du midi,
et certes, par ses formes, il n'est pas post&rieur au X e siecle. II parait
meme plus ancien que le po^me sur Boece, dont Page n'est pas
suspect aux yeux de M. Raynouard. Rien, par consequent de plus
curieux que ce monument, qui sera public bientot tout entier
par M. Hoffmann. C'est un veritable diamant pour un philologue.
Le syst£me de versification des trouv&res ne s'y retrouve pas Ancient du m* d e
moins tout entier; dans les vers de dix syllabes, la suppression de
la syllabe muette k la ensure est d£j& observ6e, ce qui fait 6vanouir
l'assertion de Tabb6 De La Rue sur Porigine de cet usage. Parmi ces
vers, il y en a m£me de douze syllabes, et ce fait d&ruit 1'opinion
commune relative a Pintroduction de Palexandrin *.
Le m£me savant a encore d6terr6 k Tournay, dansun manuscrit »i*«icu.
de M. Dumortier , execute en Belgique au XII e stecle, des gloses ou
la langue romane se montre sous ses formes primordiales. Ainsi
on y lit les traductions stiivantes du latin :
Fuligo suia (suie).
Ardea hairum (heron).
Cotuimix quaquila (caille) etc. 2
Le roman est confondu avec le francique, comme il Pa 6\£
1 Bulletin de TAcad. 5 octob. 1887.
3 Vo\j. la brochure intitulee Elnonensia (decouvertes dans les MSS de S'-Amand) et an-
noncee par MM. Hoffmann de Fallersleben et Willems.
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cmcii INTRODUCTION.
par La Ravalli&re, Imbert et d'autres, dans un monument du
XII e stecle, c'est-i-dire dans les Annates Parchenses , relte avec
le deuxteme volume d'une Bible de Tabbaye de Parck, prfes de
Louvain , portant la date de 1148, et qui a 6\£ emport^e en
Angleterre. On lit, dans ces Annales : Karolus rex carmina an-
tiquissima, quibus veterum regum bella et actus canebantur,
romana vel francica conscripsit lingua, et memoriae mandare
curavit. II est visible que Pauteur , prenant Charlemagne pour un
roi de France , s'est imaging qu'il parlait le fran^ais ou le roman.
C'est en roman que pr^chait vraisemblablement k Ltege, Jean
je«n d-ABcu. d'Alich ou Dalick , qui se feignala dans cette ville, k la fin du
XII e stecle , comme orateur sacr£. Ses sermons pour toute l'ann^e ,
et dont le premier texte consistait dans ces paroles du psaume 25 :
Ad te levavi animam meant, ont pu 6tre r6dig6s cependant en latin ,
suivant la coutume. lis 6taient connus d'Alb£ric de Trois-Fontaines
qui en fait mention sous l'ann£e 1 196 \
Un des trouv&res les plus fcconds du moyen Age, rang6 par M. De
La Rue entre les pontes Anglo-Normands 2 , quoiqu'il declare lui-
meme qu'il £tait de Valenciennes, est le pretre et chanoine Herman.
On lui attribue :
1° Une Vie de Tobie (1408 vers).
2° Les Joies de Nostre-Dame (1152).
3° Les Trois mots de T6v6que de Lincoln (844).
4° UHistoire de la Madeleine (712).
5° La Mort de la Sainte-Vierge.
6° Le Ddbat de v6rit4 et de justice.
7° UHistoire des Sybilles (2496) ; M. De La Rue pretend que
Pauteur y travaillait en 1 1 67, quand mourut l'imp&atrice Mathilde.
1 Foppens , II, 624 ; Hist. litt. de la Fr. 9 XV, 61 1.
2 Essais hist., II, 270.
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INTRODUCTION. ccxcm
8° Un po6me intitule Genesis et d'autres parties de la Bible.
9° L'Assomption de Nostre-Dame.
10° Les miracles de Nostre-Dame, dun prestre , dun usurier
et dune vieille.
11° La vie de saint Alexis et celle de sainte Agnes.
12° La passion de Jdsus-Christ , Vhistoire du prioieux sang ,
la vie de saint Sehastien.
13° VUnicorne ou la Licorne.
14° La vie de saint Jehan Paulus, etc.
Mais il est incertain que tous ces ouvrages soient de lui.
II commence ainsi sa Genesis, le plus 6tendu des ouvrages dont
il est incontestablement Pauteur :
Signor, or escot6s , entend£s raa raison :
Je ne vos dis pas fable ; ue ne vos di can9on :
Clers sui, povres de sens si sui, moult povres hon ,
N6s sui de Valencienes, Herman m'apiele-on.
De persone Dex cure ne prend , s'est grande u non ;
On a sovent grant aise en petite maison ;
De petite fontainetot son saol boit-on.
Tot ce di-je pour voir , je suis molt petit hon ,
Ganones sui et prestre par grand Election 1 .
Nous avons d£j& fait observer que d&s lors il y avait en France des
gensd'un gout difficile qui condamnaient ce que Ton faisait en pro*
vince; or, la France proprement dite £tait, k cette £poque, ren-
* Hist. litt. de la Fr. 9 XVHI , 830-837 ; article de M. Araaury-Du val , Roquefort, De teat
de la poteie francaise, etc., p. 236, note 1. — M. Arthur Dinaux a omis le prelre Herman dans
la piquante notice sur les trouveres de la Flandre , qu'il a lue au congr&s de Douai , le 9 sep-
tembre 1835 (voy. le compte-rendu , pp. 576-888). Ce litterateur, aussi aimable qu'instruit,
a bien voulu nous indiquer une me'prise dans laquelle nous sommes tombe en suivant aveu-
glement le respectable Hecart de Valenciennes. Elle consiste & avoir confondu (t. I, p. cliii),
Jehan de Conde* , le trouv&re , avec Jehan de Conde , le theologien, dont parle Foppens ,
II , 619.
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mond.
ccxciv INTRODUCTION.
ferm£e dans des bornes tr£s-&roites , puisque Pauteur du Roman de
l c rom.ii de riori- Florimond (fils prcHendu d' Alexandre-le-Grand) , Aym6 de Va-
rennes ou de CMtillon, qui £crivait dans le Lyonnais, vers Fan
1 188 ? a soin de se pr&nunir contre ces d6dains :
Aus Francois jo Toil tant servir.
Que ma langue lor est sauvage ,
Que jo ai dist en lor langage
£1 mieuls que je le ai su dire.
Se ma langue la lor empire
Por ce ne me client ennui;
Mils aim ma langue que 1'aulrui.
Romans ne estoire ne plait
Au* Fran f ois , se il ne Vont fait.
N'est merveille , quar el boschage
Non a si lait oisel salvage
Que ses nis ne lui soit plus biels
Que toz le moindre des oisels.
Et li estre de mon pais
He sent plus bel a mon avis
En droit de pris et de onor
Et de service que H lor.
Voire est que i a des Frangois
Et de vilains et de cortois 1 .
Nous ne voyons pas cependant que la Belgique eut encore 6t6
frapp£e d'anathfeme k Paris, sous le rapport intellectuel. La cen-
tralisation litt&aire n'existait pas , et la royaut£ po&ique n'avait
pas plus d'unit6 que la monarchic f&odale. Mais le XIV e si&cle devait
enlever k la Belgique son caract6re d'ind£pendance et d'originalit£,
en fait d'imagination et de style : un grand centre s^tait form6
ailleurs; les guerres civiles et ext&ieures, en r£duisant au silence
les m^nestrels et les trouv&res , avaient contribu£ k cette revolution.
1 Hist. litt. de la Fr., XV, 490.
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INTRODUCTION. ccxcv
Nous avons cit£, d'apr&s Garpentier, une charte frangaise de
Pabbaye d'Honnecourt, de Fan 1 133 \
M. Le Glay, dont la critique n'est pas moins prudente qu'3clair6e,
a fait des Recherches sur les premiers actes publics redigds en fran- xm.siicLE.
pais 2 . II y 6tablit qu'on r&iigeait des actes en frangais k Courtrai, ciurte. cn un gu <. vu i-
avant de le faire k Paris, et qu'il n'existe pas en Belgique de diplome
original en cette langue, ant^rieur k Tann^e 1223; tandis que les
archives du d£partement du Nord en offrent deux de cette m£me
ann£e et un de 1221 . Au moment ou son m£moire £tait sous presse ,
il a retrouv6 quelques actes frangais qui portent une date anterieure
A l'ann£e 1221 , et qui pourraient passer pour des originaux , s'ils
n'6taient pas d^pourvus d'un caract^re d'authenticit£, la presence
ou du moins les traces d'un sceau. lis appartiennent aux mois
d'avril 1219, de mai 1202, et k Fannie 1200. La d&ouverte de
ces pieces , qui du reste sont vraiment dignes d'appartenir au com-
mencement du XIII e si&cle, ne d£truit done nullement le droit
d'ainesse que M. Le Glay accorde provisoirement k la charte de
Courtrai, de Fan 1221 , par laquelle Jeanne , comtesse de Flandre ,
et Mahaut , dame de Termonde , entrent en arrangement au sujet
des terres de Termonde et d'Alost. Si Fon se souvient que le plus
ancien diplome en langue flamande passe pour £tre de Fan 1229 ,
le fran^ais aurait done eu la priority dans nos actes publics.
Parmi les monumens de notre po^sie , dont nous avons k regretter
la perte , nous compterons encore les chants en Fhonneur de Jean chanucnihonneurdc
d'Avesnes, Faln6 des fils de Marguerite de Constantinople. II 6tait
beau, dit J. De Guyse , qui avait ces chants sous les yeux , spirituel
et plein de douceur dans son langage , malgr6 la rudesse de ses habi-
1 I , exxxn.
2 Deuxieme Edition, Lille, L. Danel, juin 1837, in-8° de 24 pp., avec deux facsimile. La
premiere edition a ete inseree dans les Mhnoires dela soctite* royale des sciences, de V agricul-
ture et des arts, de Lille,
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ccxcvi INTRODUCTION.
tudes guerri&res. Son corps 6tait robuste , sa taille £16gante. II avait
toutes les quality qui font un grand prince, son adresse dans les
joutes et les tournois surpassait celle de tous ses contemporains, et,
entre toutes ses vertus , il 6tait particuli&rement recommandable par
sa magnificence et sa g£n£rosit£. Enfin il s'6tait acquis une si grande
renomm^e, que les m&iestrels avaient compost sur lui une chanson
oil ils disaient que dans les tournois et dans les joutes , en France ,
en Allemagne , partout oil il allait combattre , il remportait la vicv
toire et illustrait son nom \
chroniquc de i o*tr«- Qu'est devenue enfin la Commune histoire de la seconde destruc*
▼int.
tion des dglises de VOstrevant, d'oii Jacques de Guyse tire ce qu'il
6crit de Rollon 3 ?
Nous ne pousserons pas plus loin ce petit supplement , heureux
m a. v.n Ha«dt. d'annoncer que ML A. Van Hasselt a traits avec succ6s la question
propose, k notre demande , par Tacad^mie royale de Bruxelles ,sur
Phistoire de la po&ie fran^aise. Son m£moire , qui n'est pas encore
sous presse, compl&era la demonstration que nous avons esquiss£e.
m. Barro.s. Cette espice de litt&rature s'aeclimate en Belgiqiie. M. Barrois ,
qui y a fix£ son sdjour, vient de faire imprimer magnifiquement le
Le$ bibiiophues de roman du Tres-ckevaleureux conte dArtois 2 ; la soci&d des biblio-
philes de Mons, k laquelle M. R. Chalon communique son z£le et
nous dirons presque son enthousiasme, a mis au jour, avec la coope-
ration de son president et de M. Gachet, la jolie chronique de Gilles
1 A largitate et magnanimitate a cunctis recomtnendabatur in tantum, ut heraldi et his-
triones cantilenam hanc composuerunt (composuerint) : « In torneamentis et hastiludiis 9 tarn
in Francia quam Alemannia , ubicunque veniebat, famam, victoriam et honorem cum bravio
referebat. » Ann ales de J. De Guyse , XIV, 464.
2 In-4° goth., fig., Paris , Techener, 1887. Ce roman , compose au XV* siecle, a &t& analyse*
par l'abbe Mercier de Saint-Leger , au t. l m de la BibL des romans , et M. P. Chabaille a porte
un jugement motive sur 1'edition de M. Barrois, Bull, du Biblioph., publie par Techener,
avril, 1887, n° 14, pp. 448-446.
3 IX , 282 et dans ce vol. p. 41 .
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INTRODUCTION. cfcxcvii
deGhin *. Cest pour la mime sociiti que M. Fridiric Hennebert,
archiviste de la ville de Tournay, a 4dit6 , avec un soin bien digne
d'iloges, les Ritmes et refrains des Tournaisiens y analyses par
M. Van Hasselt, dans \Ind&pendant (l cr juillet 1837).
De leur c6t£, les iditeurs de documens historiques ne se sont point
ralentis. Quand mime PAllemagne n'aurait que MM. Mone et Hoff-
mann , elle nous rendrait dij& d'iminens services. Mais elle abonde
en icrivains instruits , qui , mime sans le vouloir, dissipent les tini-
bres de notre passi. Tels sont M. Laspeyres, iditeur de la loi salique e. A.T.La. P eyrc.
et de la loi des ripuaires, et M. Medem, archiviste k Stettin , auteur M.Medem.
des Etudes baltiques.
La sociiti de l'histoire de France * qui nous a constamment swam de rustou* de
• n . •>•• France? M ll «Dupont,
temoigni une sympathie flatteuse, a termini une nouvelle Edition M.Lacabanoe.
de Grigoire de Tours, Fun des premiers historiens de la Belgique
ainsi que de la France. Une dame qui riunit k un haut degri le
savoir au bon gout, a public pour la mime sociiti, le journal de
Pierre De Fenin, qui se rapporte k la piriode des dues de Bourgogne
de la maison de Valois. Nous attendons to uj ours avec impatience
le Froissart de M. La Gabanne.
Le comity fondi k Paris par M. Guizot ne peut se dispenser de tou-
cher souvent k nos annales; les relations nicessaires de la France
et de la Belgique , dans le passi comme dans le present , nous
ont valu les Negotiations relatives a la succession dEspagne sous
Louis XTVy accompagnies d'une introduction et d'un texte qui
relie les documens officiels et les explique , travail du k cette mime
plume qui peignit avec tant de force et de precision les seines de la
revolution fran9aise, et auquel est attache le nom de M. Mignet.
Elles nous ont procuri en outre les M&moires militaires relatifs a
lam&me succession, par M. le lieutenant-giniral Pelet. u.u general Pdet.
1 Foy. plus haut p. cxvii.
Tom. II. nn
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ccxcvm INTRODUCTION.
L'Institut historique de Paris , pr&id£ par Pautettr de YHUtoire
des CroisadeSy seul, abandonn£ k ses propres forces , r£p&e nos
m. Brun-L.y.inn e . bulletins et encourage nos efforts. M. Brun-Lavainne a tir6 d'un
manuscrit de la biblioth&jue de Lille, les lois, coutumes et fran-
chises de cette yille , avec un grand nombre de chartes et de titres
concernant la Flandre.
m mod.d. M. Monin , auteur d'une th&se remarquable sur le roman de Ron-
cevaux , nous avait donn£ l'espoir de retrouver les chroniques de
Jean Le Bel (C). II est maintenant prouv£ que ce litterateur dis-
tingue avait pris ses d£sirs pour une r6alit£.
M.DeUFonteneUede M. De la Fonteuelle de Vaudor6 s'appr&e k nous offirir, apr&s les
Godefroy et Lenglet Du Fresnoy, une nouvelle Edition de Commines,
ce Tacite du moyen Age , sur lequel il a lu un m£moire plein de
renseignemensneufs , au congr&s de Douai , en 1835.
mm. a. l«gi«j } e. car. M. A . Le Glay , dans les momens de loisir que lui laisse la redaction
de son inventaire des archives de la chambre des oomptes de Lille ,
vient d'ins^rer l'analyse d'un grand nombre de chartes £man£es de
nos princes, et relatives aux monnaies, dans l'excellente Revue de la
numismatique francaise , de MM. Cartier et De la Saussaye.
m. Buchoa. M. Buchon , qui a tant fait pour les sciences historiques , a repro-
duit plus correctement , dans le Pcmthdon liM&raire^ Froissart et
Ghastelain , auquel il a enleve l'histoire de Jacques de Lalain ,
pour la restituer au h£raut Charolois. En attachant notre nom k sa
r&mpression de Monstrelet, il a prodigu£ k l'amitte ce qu'on n'ac-
corde ordinairement qu'au m£rite, et M. Munch a sans doute c&16
au meme sentiment, en nous d^diant son histoire, en allemand,
de Marguerite d'Autriche , compilation oil il a rguni un certain
nombre de pieces originates.
Plusieurs soci£t£s , fondles dans des provinces jadis unies on
allies k la Belgique, font fouiller de vieux man user its, qui ne
peuvent manquer de jeter du jour sur nos annates. A Caen , M. De
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INTRODUCTION. ccxcix
Caumont, k Douai, MM. Tailliar et Quenson, k Amiens, M. Bou-
thors, k St-Omer, MM, Piers et de Givenchy, k Lille , MM. A. et
E. Le Glay et M. Brun-Lavainne, k Valenciennes, MM. A. Dinaux
et A. Le Roy, ainsi que beaucoup d'autres amis des lettres, nous
tendent une main amie et accumulent pour nous des mat£riaux
pr&neux.
M. Willems , toujours Pun des premiers sur la brfeche , a commence *• waiem..
son Belgisch museum \
Le Gouvernement beige a voulu seconder la science et la pi£t£ :
il contribue k Fach&vement des Acta sanctorum, ce vaste monument
auquel nous ayons pay6 le tribut de notre admiration 2 , et que les
PP. Boone, Van der Moeren, Van Heeke et Goppens auront sans
doute la gloire de terminer.
M. Dejonghe, professeur k l'ath£n£e de Bruges, est au moment nM.De,on g bectDei-
de publier la chronique flamande de Despars, et dans la m&me Tille,
M. Delepierre r£dige une table analytique des chartesde la Flandre,
ce qui formera une partie importante du d£pouillement g6n6ral
dont la commission d'histoire, sur Favis de M. Gachard, a demands
Pex£cution au Gouvernement.
A Ypres, M. Lambin poursuit ses utiles explorations ; k Fribourg, Autre. *«. de^u™
qui partacent ou se-
M. Warnkcenig, qui a quitt£ la Belgique , mais sans renoncer k ses <*>n<k n tno.tr.v.ux.
vieilles affections, achfeve sa belle histoire critique de la Flandre , si
riche de pieces iu&lites et probantes. A Bruxelles, pendant que
MM. De Gerlache, Nothomb, De Stassart, P. Noyer, Van Hasselt,
Alvin, Siret, De Beauffort, Fetis, Baron, etc., produisent des
oeuvres originates, et qui, par consequent, n'appartiennent points
ce precis, M. Goremans nous fait connaitre nos anciennes archives
allemandes; des Revues consacrent k notre histoire des pages instruo
1 Les premieres livraisons portent aussi les noms deMM. Ph. Blommaert, Lambin , P. Vis-
schers, P. Van Duyse, etc.
2 T. I er , p. xxvm et sq.
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ccc INTRODUCTION.
tives; M. Gachard publie les Inventaires de la Chambre des
Comptes, et M. Marchal le catalogue des manuscrits de la biblio-
th&que de Bourgogne; en m^me temps le Gouvernement, avec une
munificence 6clair£e, fonde une biblioth&que royale qui ya faci-
liter les Etudes historiques et leur ouvrir un horizon plus vaste.
A Gand, MM. De Smet, Voisin, Willems, Serrure, Lenz, De
SMlenois, D'Hane De Potter, Coomans, et beaucoup d'autres d£jA
nomm&s dans notre premier discours, donnent l'exemple du zfele et
de la direction k suivre dans l'&ude du pass£. Louvain, Mons, Ltege,
Namur, Tournay, Anvers ne restent point en arrtere, et MM. De
Ram, Moeller, Arendt, Chalon, Hennebert, Dumortier, Borgnet,
Polain, Martens , Bogaerts, Kreglinger sont 1 A pour nous garantir
d'importantes recherches.
A Londres, M. Van de Weyer, k qui ses fonctions diplomatiques
n'ont pas fait oublier les lettres et sa participation d'autrefois aux
travaux de la commission d'histoire , la sert de tout son pouvoir et
de tout son patriotisme.
Nous avons tAch6 de nous associer k ce mouvement litt&raire,
si bien appr£ci£ par MM. De Gerlache, De Stassart et Quetelet,
dans leurs rapports annuels sur les travaux de l'acad£mie royale de
Bruxelles, et de justifies autant qu'il 6tait en nous, la bienveillance
que des critiques 6minens ont bien voulu nous t&noigner. MM. Dau-
nou, A. Duval, L. Cibrario *, P. Paris, Fr. Michel, De Martonne, Le
Roux De Lincy, Creuzer, Wilken, Arthur Dinaux, J. Desnoyers,
1 M. Cibrario est secretaire de la commission royale d'histoire du Pi&nont, laquelle est en
relation avec la commission royale d'histoire de Belgique. Ind^pendamment de la sympathie
qui s etablit entre les hommes de lettres de tous les pays , quand ils s'adonnent aux memes
travaux , la Savoie est unie a la Belgique par plus d'un souvenir historique. Elle a donne un
epouxa Jeanne, comtesse de Flandre , et a Marguerite d'Autriche, fille de Maximilien. S. M.
le roi de Sardaigne a voulu se procurer le recueil des chansons notees de cette princesse ,
avec la copic du portrait de Philibert de Savoie , dont il est embelli. Nous nous estimoos
heureux d'avoir pu satisfaire le desir de ce prince, ami des lettres.
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INTRODUCTION. ccci
Le Glay, Cooper, ont surtout des droits k notre reconnaissance.
Parmi leurs observations , il en est quelques-unes auxquelles nous
avons r£pondu dans ce volume , les autres , nous les avons suivies
avec docility.
Nous sommes bien £loign£ cependant de nous croire k l'abri de
tout reproche. Des publications si longues et si minutieuses sont
une occasion d'erreurs inevitables pour les plus habiles ; k quelles
m^prises ne doivent-elles done pas nous exposer?
Nous n'en avons pas moins fait nos efforts pour que le texte de
notre auteur et les annexes que nous y avons ajout£es, fussent aussi
corrects que possible. L'eloignement oil nous nous trouvions des
lieux ou Ton imprimait , et le commerce intime que nous avions
contracts depuis long- temps avec un 6crivain, non-seulement
stranger k T6l6gance actuelle du langage , mais sou vent barbare, se
feront sans doute sentir a mainte page. Mais on s'en serait certes
aper$u plus fr6quemment , si nous n'avions 6t6 heureusement
second^ par M. Emile Gachet et par M. Hayez ; Tun a revu chaque mm. &».ie cd,* ct
seconde 6preuve, Fautre exerce la profession honorable d'impri-
meur, avec un d6sint6ressement et une capacite rares.
Les imperfections qui, malgr6 ce concours, subsistent encore
dans cette Edition , auraient trouv6 imm6diatement leur correctif ,
si la mort n'£tait venue frapper M. Raynouard , Pauteur des Tern- m. luynouara.
pliers, le legislateur de la langue romane. Get homme illustre,
dont l'amitte nous honorait, nous avait conseill6 la publication de
Ph. Mouskes, en proposant d'en annoter les 6preuves au fur et
k mesure. Mais les distances et la n6cessit6 de ne point retarder
l'impression, ne nous permirent pas de profiter d'une offre si obli-
geante. M. Raynouard avait promis alors une s6rie de remarques
sur Pouvrage d6j& imprim£. Pourquoi sommes-nous hors d'etat d'en
gratifier le public? Pourquoi la mort nous a-t-elle envi6 un orne-
ment si glorieux et l'£gide d'un si grand nom ?
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ccch INTRODUCTION.
lc Rot. II y aurait de l'ingratitude k ne pas remercier hautement le Roi
de l'accueil plein de bont£ qu'il n'a cess£ de faire k la commission,
Ge prince, sorti d'une maison qui a constamment prot6g6 les lettres,
ce prince , qui joint k un esprit 61eve les connaissances les plus
varices et les plus Vendues, a donn£ k nos Etudes une puissante
impulsion. En mtane temps nous avons trouv6 tons les secours
L«.cb.mbre 5 , le Mi- desirables dans les Chambres, dans M. le Ministre de l'Int£rieur
et des Affaires £trang&res, ainsi que dans les chefs de son d6par-
tement.
niitAre.
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REMARQUES.
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vv\vvwvvwvv\wwvvv\/v\*^
REMARQUES.
A.
PIECES RELATIVES A PH. MOUSKES.
E1TRAIT8 DES CATALOGUES DKS &V&QUES DE TOURNAY , QUI SONT A LA BIBLIOTHiQUE
DE BOURGOGNE.
I.
(MS n<> 9485 anc.)
Philippus Mouske (alias Meuze)Gandavensis, ex canonico ac cancellario Tornacensisecclesiae,
eidem, decani ac confratrum suorumsuffragio, praficitur, anno MCCLXXIV, vir apprime doctus
ac prudens, ethoc etiam Philippo Francorum regi charus, a quo licentiam cudendi monetam
auream ac argenteam obtinuit. Inter vivos esse desiit anno MCCLXXXII l die 24 februarii et
quiescendi locum obtinuit in choro suae cathedralis. Antiquis versibus gallicis condivit histo-
rian! Francis in MSS membranis.
II.
(MSn°8858nouv.)
Philippus de Gandavo, canonicus et cancellarius, consecratus est anno MCCLXXIV. Ab isto
recepit Philippus Pulcher rex licentiam usque ad certum tempus cudendi monetam auream in
Tornaco, anno MCCLXXXIX. Sub hoc anno MCCLXXXIII, capitulum dedit civitati ad censum
perpetuum staUagia , pontenagium , theoloneum, vinagium et alia plura , mediante summa
300 libr. antiquarum Parisiensium ecclesiae solvenda cum aliis certis conditionibus. Item
anno MCCLXXXVI concordia facta est inter ecclesiam et communitatem super libertate familiae
1 Cette date que nous avons donate p. ccxxm du tome I er , n'est pas conforme a celle de la piece n° XIV.
Tom. II. oo
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cccvi REMARQUES.
et domorum ecclesia?. Item istius tempore facta fuit inter ipsorum dignitates et capitulum
Tornacense special is ordinatio super regimen domorum meritorum , bonorum puerorum et
sacerdotum introductions Iste pro anniversario suo quod nonis Januarii celebratur dedit eel-
lario 20 libr. Parisienses annuas in decima de Wasmonstre a Joanne de Perboem acquisita, de
quibus annis singulis in die anniversarii ipsius episcopi Get refectio generalis omnibus chorum
de more frequentantibus in sacris ordinibus constitutis. Item habet dicta ecclesia Tornacensis
ex dono ejusdem episcopi decimam de Heurne valentem annuatim 40 libr. Parisienses, redemp-
tamde manibus Walteri de Nivella et uxoris ejus. Item habet dicta ecclesia 60 solidos in decima
de Spira. Quas 40 libr. cum 60 solidis praedictis recipere debent cellarii. De quorum redituum
proventibus habebit refectorium annuatim 19 libr. Parisienses, de quibus in die anniversarii
sui et per duas sequentes ferias Get generalis distributio panis et vini omnibus in sacris ordi-
nibus constitutis chorum de more frequentantibus , si vigiliis et missae interfuerint. Presbyter
autem missam celebranscum rectore chori, diaconus et subdiaconus, si canonici fuerint, prima
die et per duas sequentes ferias duplicem habebunt port ion em. Pulsatores vero campanarum
habebunt 5 solidos parisienses. De residuis autem 24 libr. Parisiensibus tot fient feriae cellarii
quot inde fieri poterunt. In quibus singuli canonici 6 denarios in vigiliis habebunt, si
interfuerint, et 6 in missa. In commendationibus vero quae fient in die anniversarii sui, habe-
bunt singuli canonici 6 denarios de cellario, si interfuerint.
ill.
(MSn« 6071.)
A V article de Philippe Mua, on lit : Sub hoc episcopo jus cudendi monetam erat adhuc
penes solum episcopum.
IV.
EXTRAIT D'UH m£mOIHE MAWUSCMT DE DUF1EF.
(MSn»B78F.)
Philippus de Gandavo. — Ex canonico et cancellario Tornacensi consecratus fuit anno
MCCLXX1V (Robertus dicit anno MCCLXXIV, Meyerus MCCLXXV). Liber Decani dicit, con-
firmatum MCCLXXIH ; Li Muisis abbas dicit, electum anno MCCLXXIV; chronicon Cysoniense ,
mon. , Villerii , Winghii , Cognatus (Cousin) , torn. IV, cap. 15 , Raissius , Gazetus dicit, anno
MCCLXX male. Erat autem cancellarius et canonicus, ut patet ex dictis chronicis et auctoribus,
licet chronicon Li Muisis et Cognati, cancellarii mentionem non faciant.
Demochari vocatur Philippus ; claret Meyero Philippus Mus , aliis Meuie. Li Muisis dicit
eum fuisse virum litteratum , prudentem et discretum, praefuisse annis circiter octo. Cujus
temporibus fuit canonicus et scolarius Henricus de Gandavo, doctor nominatissimus , qui
sustinuit opinionem praelatorum contra opinionem ordinum mendicantium , dicentium quod
illi qui sibi confitebanturnon tenebantur suis curatis de hoc iterato confiteri ; et dicit Li Muisis
se hunc episcopum pluries per civitatem cum equitaturis XVI vel XX et non amplius equitare.
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REMARQUE&. cccvn
Ab hoc episcopo recepit Philippus Pulcher rex licentiam usque ad eertam tempus cudeodi
monetam auream in Tornaco, anno MCCLXXXIX.
Ghron. Cysoniense , Villerii moo., Winghii, Cognatus in cap. XV et Hotxfc dicunt :
« Que c'estoit pour forger grosse monnoie d' argent et pour 4 ana. Gazet diet que ce fut Tan
» 1285. » Raissius aliam viam insistit, dicendo hunc episcopum a Philippo, F rancor um rege,
obtinuisse licentiam cudendi monetam tarn auream quam argenteam per certum tempus.
Que lea evesques de Tournay avoyent droict de batre monnoie appert par le livre de
Francois Garault sur la monnoie des tournois et parisis, ou il diet t° 16, que la meindre
estimation que les rois de France mettoicnt sur lea monnoiea de leurs subjects ayans droict
de forger monnoie , fut cause de grande jalousie et difierens , comme il se lit de plusieurs
advenus entre les rois de France et les dues d'Aquitaine, Bretaigne, Ivesques de Tournay,
Ambrun et autres , pour la fabricque de leurs monnoies.
Sub idem tempus , anno MCCLXXXIII , capitulum dedit civitati ad censum perpetuum
stallagia, pontenagium, teloneum, winagium et alia plura, mediante summa 300 libr. anti-
quarum Parisiensium ecclesiae solvendarum cum aliis conditionibus.
Anno MCCLXXXVI, facta est concordia inter ecclesiam et civilatem super libertatem
familiae et domorum ecclesiae. Inter ipsorum dignitates et capitulum facta fuit ordinatio super
regimen domorum emeritorum , bonorum puerorum et sacerdotum introductionem (Chron.
Cysoniense , Villerii , Winghii).
Dedit ecclesiae decimam de Heurne in res cellarii pro anniversario suo quod celebratur
nonis Januarii (Chron. Cysoniense et alia) ; item aliqua alia donavit quae alii referunt.
Anno MCCLXXX , fuit instituta domicellorum confraternitas ob maximam pestem Tornaci
vigentem ad laudem et gloriam Virginia Mariae quae civibos subvenit. In more fuit sodalkati
ut qui ingrederetur feretrum ligneum offerret summa arte elaboratum et coloribus pretiosis
ornatum quod ponebatur circa chorum inter cotumnas , et erant numero viginti cum anno
MDLXVI, omnia fuere ab hereticis vastata. ViUerius. Vide Cognatum fuse de hac sodalitate
disserentem.
Anno MCCLXXYIII , autore Meyero, facta fuit translatk) reliquarum divae Landradae apud
Hakeram in agro Gandensi , cui interfuerunt Henricus Mudanus et Nicolaus Miso archidia-
conus, etc.
Anno MCCLXXIY, fuit ejus introitus in vicos et ecclesiam, mense Januarii die Dominica
past conversionem Pauli, per actum non-praejudicii quod capitulum ei processionaliter obviam
ierit de eadem data ; tuncque reduxit , consensu praepesitorum et totius consilii civitatis ,
onmes exules ad annos et denarios , exceptis iis etc., ut sequitur. Chron. Cyroniense.
L'an 1271 ou environ, se fit un accord entre l'evesque et les citoyens quand & I'orfevrie,
et fut conclud que tout orfevre qui voudroit avoir ouvroir ou bouticque , payeroit & l'evesque
en sa joyeuse entree , un marc d'argent , demanderoit licence et promettroit seurete. Cousin ,
d. c. 15, tirant ce que dessus des chartres de l'eglise. Hondt diet que ce fut en l'an 1279.
Quo loco etiam dicit capitulum exemisse monasterium S. Martini a solutione vinagii et pote-
nagii rerum suarum quae super Scaldam vehuntur. Item a solutione foragiorum vinorum
domus suae , modo tamen aliis non vendant.
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cggviii REMARQUES.
Hie episcopus emit a Joanne domino de Moriagne , castellano Toraacensi , omnem justitiam
super maneria et terras de Honnevain, anno MCCLXXVII in Martio, pro pretio 150 libr.
tourn., unde litters anni MCCLXXVIU in magno episcopatus chartulario.
Obiit verum Demochari anno MCCLXXVIU, secundum librum decani anno MCCLXXXIII.
Est in libro quodam statutorum et fundationis ecclesia? Cortracensis , ait Winghius , instru-
mentum bujus episcopi , continens conOrmationem sentential arbitralis inter capitulum Cor-
tracense et curatos ecclesia? S. Martini de anno MCCLXXXIII, vigilia Simonis et Judae. Claudius
Robertus dicit mortuum anno MCCLXXXIII et sepultum in cathedrali. Cognatus , torn. IV,
cap. 17, et Raissius , anno MCCLXXXII , 24 Decembris, et Buzelinus, 2 parte, lib. VII, fol. 297 .
Le martyrologe ou necrologe de I'eglise de Tournay, fol. 116 verso 9 porte : Eodem die,
e'est-a-dire, 18 kal. Decembris obiit Georgius pcenitentiarius, avunculus domini Philippi de
Gandavo , episcopi Tornacensis , qui huic contulit ecclesiae 6 lib. Parisienses redditus , de
quibus omnes cborum de more frequentantes in sacris ordinibus constituti percipient lotum
vini et duos panes duorum parisiensium in vigiliis si interfuerint , et totidem in missa.
Lettre d'Andrt Du Chesne Touraingeois , au sieur de fVinqhue (JVinghe), chanoine de Tournay,
avec un vers tr&s-ancien deplusieurs chose* conceman$ ceste ville.
Ces jours passes , j'ai eu communication d'une bistoire de France escrite en vieille rime , ou
j'ai remarque beaucoup de choses de la ville et des eveques de Tournay. Ce que m*a faict
estimer que l'autbeur nomine* Philippe Mousque en pouvoit estre originaire. Mais entre autres
choses j'y ay rencontre une description fort particuliere des donations que le roi Chilperic fit
a Fevesque et aux chanonnes dudict lieu, apres avoir desconfit le roi Sigebert, laquelle descrip-
tion j'ay extraicte et vous en envoie copie au mesme langage et orthographe de I'autheur, qui
finit son histoire en Tan 1295 ou environ , car il ne marque pas toujour* les annces de ce
qu'il raconte. Peut-etre prendrez-vous quelque contentement a lire en vieil franchois ce que
vous avez en latin et en moins de mots dedans vos chartes ; et sur ce , je vous prie me con-
server l'honneur de vos bonnes graces, etc. Paris, 7 mai 1622. — Extraict d'une chronicque
de France escrite en vieux vers francois, il y a pres de 400 ans , par Philippe Mouske, lequel
samble estre originaire de Tournay et vivoit au temps de saint Louis (1250). Suit Vex trait qui
comprend les vers 1018—1177 et 1198—1215.
Variant** principals de I'e&trait de Du Chesne :
Vers 1040 lise* Hostiile
— 1054
— apeticil
— 1136
— roncis.
— 1165
— k'il aran^a
— 1172
— ensi rent.
(Tiri des mtmoires MSS de JMcoias Dufief.)
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REMARQUES. cccix
extraits du registre intitul£ : Jura episcopates Tornaeensis , REPOSANT AUX
ARCHIVES gSnERALES DU ROYAUME.
VI.
Littera venditioni* facta episcopo per castellanum Tornacensem de omnibus justitiis tnanerii
et terrarum de Honneveng (Mense tnartio MCCLXXVII. Fol. 15 du registre).
Nous Jehans, sires de Mortaingne et castellains de Tour nay, fach scavoir a tous que je,
pour men pourfit apparant et pour pieur markiet a eskiuwer, ay vendut a mon chier segneur
le Evesque de Tournay, el non de la eVesquiet, a tenir perpetuelment et yretaulement toutes
justices sour sen meis de Hosneveng et sour toutes les appendances et les appertenances
dou mds et sour se tiere ahannale qui siet au liu c'on diet au Buiscon Waubiert, qui contient
siet bonniers pau plus pau mains , et sour se tiere qui gist au Ku c'on dist as praiaus , ki
contient chuinc de terre pau plus pau mains , et sour se tiere qui gist a Tiebaut-Fosse , ki
contient deuls bonniers et demi pau plus pau mains ; sour se tiere qui gist au lieu que on dist
a Wippes , ki contient quartier et demi pau plus pau mains. Et sour se tiere que il acata a
monsegneur Pieron de Guignies , lequelle on appielle les viniers de Wippes , qui contient
trois bonniers pau plus pau mains. Et sour se tiere ki gist dehuers l'enclosure dou meis qui
contient demi bonnier pau plus pau mains. Et sour se tiere qui gist devens l'enclosure dou
meis ki contient sis bonniers pau plus pau mains. Et sour se tiere ahannale ki gist dehuers
l'enclosure devant ditte , lequelle il acata a Jehan dou Moulin , ki contient un quartier pau
plus pau mains. Les quelles coses contiennent en tout vint et wit bonniers pau plus pau
mains. Toutes les justices devant dites a tenir perpetuelment et yretaulement par monsegneur
le Evesque et par ses successeurs evesques de Tournay, ai-ge en la presense de mes peres
hommes a monsegneur le Evesque devant dit raportees en le main men dit segneur le eves-
ques , werpies et clames quittes, et Ganchiet et juret que es justiches deseure dites riens ne
demanderay par mi ne par autrui, ne art ne engien,ne querray ne riens ne feray par coy mes
sires li Evesques devant dis u si successeur soient distourbet u de aulcune coze adamagiet
d'endroit ces justices. Et tant fu fait de ces justices que mi par devant dit par semonse de
segneur disent par jugement que je en estoie bien desiretes et a loy et ke je nient n'i avoie
ni avoir pooie ne jou ne mi hoir. Et ke li Evesques el non de le evesquiet en estoit bien ayretes
et a loy. A ces coses ensi furent com homme maistre Pieres , archediakenes de Tournay ,
mestres Nicholes, archedialrenes de Gand, Ditrius dou Porch li peres, et Ditrius ses fiuls et
Libiers Delecourt, homme monsegneur le evesque , mi per et autre. El tiesmongnaige de ches
cozes ai-jou a ces presentes lettres pendut men saiiel et pri6 mes pers devant dis qui seauls
ont, k'il y pengent leur sayauls avoech le mien. Et je Marie Desconflans , dame de Mortengne
a toutes les cozes deseure dictes , de me boine volente mach men consentement et men assens
et proumach par men serement ke ne par raison de douaire ne par aultre okison ne venray
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ciccx REMARQUES.
encontre , et en tiesmongnage de chou ay-ge pendut men saiiel a ces present** Iettres avoech
le saiiel mon chier segneur et marit le segneur de Mortengne deseure dit. Ce fd fait Fan del
incarnation Nostre Segneur Jhesu-Crist, mil deus cens tessante et dia et aiet, el moia de March.
VII.
Littera venditioni* facta epiecopo per caetellanum Tomaceneem de omnibus juetitide manerii ,
terrarum et aiiorum hereditagiorum de Honeveng (Menee Aprili MCCLXXVIII. Fol. 18
du regis tre).
Nous Jehans , sires de Mortengne et castelains de Tournay, fach scavoir a tons que j'ay
vendut bien et loyaument a mon chier segneur l'Evesque de Tournay el non de l'evesquiet
toutes justices sour sen mes a Hosnevaing et sour toutes les appendances de sen mes et sour
quant k'il y a ou tieroit de Hosnevaing en yauwes y en pr& , en bos , en tieres ahannales et
nient ahannales , edeGies et nient edeGies , ki contiennent en tout vint et wit bonniers pau
plus pau mains. Et ces justices li ay-jou venduees cent et chuinquante livres de tournois k'il
m'a bien paiies et delivrces en deniers bien conteis. Et ly ay werpies et pour chou que nus
damages n'en soit fais a monsegneur devant dit , je ly proumach ke je ly warandiray et feray
porter paysiules a li et a ses successeurs Evesques de Tournay les justices devant dictes , et se
je ne ly fach , je ay en couvent a rendre a luy u a sen successeur, cent et chuinquante livres
de tournois ke je rechiut en ay, si que deseure est dit. Et de chou faire et aemplir oblege-jou
mi et men hoir a monsegneur TEvesque et a sen successeur, et Ten assenne a quant que je
tieng de luy. El tiesmongnage de ces cozes ai-ge pendu men seel a ces presentes Iettres qui
furent donnees en Fan del incarnation Nostre-Segneur, M cc lxxviii el mois d'avril.
vm.
Littera commiuionis facta per castellanum Tornacensem ad keredandum Epiecopum Toma-
ceneem de vinariie et sclusis de fVippee (Menee Decembri MCCLXXVU. Fol. 19 du
registre).
Nous Jehans , sires de Mortaigne et castellains de Tournay, fach scavoir a tons chiaiis ki
ces Iettres veront et oront , que jou ay mis en men puint et en men lieu Sohier de Haudyon,
men bailliu , pour ahireter l'Evesque de Tournay et mettre en se demainBe des viniers et dea
escluses entirement , que mesires Pieres de Guignies li a vendues ki giseat a Wippes , et voel
qu'il valle et qu'il en fache autant que mes cors mismes y fust. Et tieng et tenray a ferme et a
estaule quanques Sohiers de Handion mes bailltus en fera. El tiesmongnage de ces Iettres que
jou en ay donnees saielees de me propre seel el an del incarnation M cc sessante dis-aiet , el
mois de Decembre.
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REMARQUES. cccxi
IX.
Littera cotniti* Bleeensti ad faciendum homagium Episcopo Tornacensi pro nemore de Breuse
(Men* Maio MCCLXXJX. Fol. 21 du registre).
Nous Jehans de Chastellon , cuens de Blois et sires d'Avesnes , fach assavoir a tous chiaux
qui verront ces presentes lettres , que je establis et met en mon lieu Jehan Hasart , mon chas-
telain de Braibant, a faire hommaige en lieu de moy a red ou table pere et mon chier seigneur
f Evesque de Tournay, dou bois de Breuse que je tieng de luy. Et en tesmoing de che je ay
seellees ces lettres de mon seel. Che fu fait en Tan Nostre-Seigneur mil deux cens sexante dis
et neuf , ou mois de May.
X.
Littera renuntiationis facta per dotninum de Rollario de coUatione ecclesia dicti loci et donatio
rive translatio coUationis ejusdem facta Episcopo Tornacensi (Mense Septembri MCCLXXV,
fol. 88 du registre).
Reverendo patri ac domino Philippo, Dei gratia Tornacensi Episcopo , Gossuinus oppidanus
Gandensis ac dominus de Rollario, cum omni subjectione salutem. Noverit Vestra Paternitas
reverenda quod nos omni juri quod habemus in coUatione ecclesiae de Rollario plene et libere
renuntiamus. Et quidquid juris habemus in perpetuura in vos transferimus super coUatione
ecclesiae memoratae sine reclamatione nostra vel nostrorum heredum. Consentimus etiam col-
lationi dicta? ecclesiae facta? Sigero, dicto Hoefelaken, clerico latori praesentium, a vestra reve-
renda paternitate. In cujus rei testimonium praesentibus litteris sigillum nostrum dignum
duximus apponendum. Datum anno Domini millesimo ducentesimo lxx° quinto , in die exal-
tationis sanctae crucis.
XI.
Littera de procuratione Episcopi Tornacensis quando visitat in ecclesia Sicliniensi (Mense
FebruarioMCCLXXVU, fol. 65 du registre).
^ Universis praesentes litteras inspecturis Ar. praapositus , S. decanus totumque capitulum
ecclesiae Sicliniensis salutem in Domino. Noveritis quod reverendus pater et dominus Torna-
censis episcopus litteras suas proprio ipsius et capituli Tornacensis sigillis sigillatas ecclesiae
nostrae contuht in haec verba. Philippus, Dei gratia Espicopus Tornacensis, universis prae-
sentes litteras inspecturis salutem in Domino. Licet in exigendis procurationibus a subjectis
nobis ecclesiis tantam debeamus et velimus tenere mensuram, ut ex accessu nostro ipse vel
eorum praelati merito non doleant se gravari, illis tamen circa hoc potissimum deferre te-
nemur a quibus major a stipendia noscimur obtinere. Gum igitur ab ecclesia Sicliniensi
nostrae dioecesis non solum nos sed et praedecessores nostri Tornacenses episcopi fructus
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cccxii REMARQUES.
unius praebendae annis singulis perceperimus et percipiamus et in posterum percipere
debeant nostri futuri successores, sicut est hactenus consuetum , nos propter hoc et secundum
facultates ipsius ecclesiae Sicliniensis procurationem nobis ab eo ratione visitationis praes-
tandam moderari volentes, eidem ecclesiae, consensu discretorum virorum decani et capituli
Tornacensium super hoc accedente , concedimus ut centum et duodecim sotidorum turonen-
sium solum nobis et successoribus nostris pro procuratione nostra visitationis nobis debita
solvere teneantur. Quibus centum et duodecim solidis turonensibus pro procuratione contenti
erimus et volumus dictos successores nostros fore contentos , notata tamen quod hujusmodi
concessione non obstante , Episcopo Tornacensi in suo jocundo adventu procuratio ab eadem
ecclesia Sicliniensi praestabitur, sicut hactenus praestari consuevit hujusmodi nunc procuratio :
in dicto jocundo adventu praestita in procurationem ratione visitationis nobis debitam debebit
computari. In quorum testimonium praesentes litteras dictae Sicliniensi ecclesiae contulimus
sigillo nostro sigillatas. Nos etiam decanus et capitulum Tornacenses sigillum nostrum in
testimonium nostri consensus praesentibus litteris fecimus apponi. Datum anno Domini
m° cc° Ixx° septimo in crastino Beati Matthiae apostoli. Nos autem praepositus, decanus et capi-
tulum ecclesiae Sicliniensis praedictam concessionem domini episcopi gratanter acceptamus
et procurationem secundum modum concessions praedictae ei et successoribus suis exhibere
promittimus bona fide. In quorum testimonium sigilla nostra praesentibus litteris duximus
apponenda. Datum anno Domini m° cc° lxx° septimo feria secunda post festum Beati Matthiae
praedicti.
XII.
Littera Domini Papa super eo quod archiepiscopus Remensis injuriabatur Episcopo Tornacensi
de ejus visitations et correctione in monasterio de Cysonio (Roma MCCLXXV1II, fol. 88
du registre).
Nicolaus Episcopus , servus servorum Dei, venerabili fratri Episcopo et dilectis filiis decano
et Henrico dicto Tuebouf, canonico Parisiensi , salutem et apostolicam benedictionem. Signi-
ficavit nobis frater noster venerabilis Episcopus Tornacensis quod venerabilis frater noster
Archiepiscopus Remensis ipsum quominus in monasterio de Cysonio, Tornacensis dioecesis,
ordinis sancti Augustini , lege sibi dicecesana subjecto, visitationis et correctionis officium
exercerevaleat,prout spectat ad ipsum, impeditpro suae libito voluntatis. Quocirca discretioni
vestrae per apostolica scripta mandamus quatenus , partibus convocatis , audiatis causam et
appellatione remota fine debito decidatis , facientes quod decreveritis auctoritate nostra fir-
miter observari. Testes autem qui fuerint nominati, si se gratia, odio vel timore subtraxerint,
per censuram ecciesiasticam , appellatione cessante , cogatis veritati testimonium perhibere.
Quod si non omnesiis exequendis potueritis interesse, duo vestrum ea nihilominus exequan-
tur. Datum Romae apud sanctum Pet rum quinto kalend. Maii, pontificatus nostri anno
primo.
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REMARQUES. cccxm
XIII.
EXTRAIT DU GARTULAIBE DE S^MARTIN DE TOURNAY REPOSANT AUX ARCHIVES GENERALES.
Cote G , torn. Ill, fol. 176. Mense Maw MCCLXXVIL
Sequitur carta domini de Mauritania de pa&turagio ad locum qui dicitur au Loket in villa de
Frotane.
A tous cheuls qui ces pr&entes lettres verront ou orront. Que com il fust ensy que li
eglise S*-Martin de Tournay, li hostelerie Nostre-Dame de Tournay 1 , pour leur tour que il
out aFroiiane, pour eaux, euissent tenu lonctamps et uset paisiblement le pasturaige dou Loket
et les mares de le Wele, ensi qu'il se pourestent desous le pont et deseure, sans nulle calenge
et sans nul contredit , ensi comme de soiier et de coillier herbes es mares , et de lor bestes
norir et paistre &s pastures devant dictes et faire leur preu , en quelconques mani&re qu'il
volsissent , et avoec che disoient li eglise , li hostelerie et li kemuns dessus dis que mesires
Ernouls de Montaingne, p&res le castelain de Tournay , Jehan , qui or est, leur avoit quite et
donn^ parmi V sous de Loenisiens 2 de cens par an a paiier et a rendre a luy et a sen hoir
h&itablement , et se lettre ou chartre en avoient ensi que il disoient, li sires de Mortaigne
Jehan, castellain de Tornai qui or est, se mist encontre et calenga et reclama et trest a sen
droit et a sen fief par devant le fvesque de Tornay et pardevant ses hommes , et disoit que li
mares et li pasturages devant dis estoit ses heretaiges et qu'il le tenoit en fief de mons r l'd-
vesque et disoit que usages ne maniemens que li eglise S*-Martin , li hostelerie et li kemuns
de le ville de Froiiane devant dit euissent eu ne maniiet es pasturages et mares dessus dis, ne
cou que ses pSres en avoit fait ne leur devoit nient aidier ne valoir, car il ne 1'avoit mie
donnet ne fait par sen seigneur I'Evesque de Tournay, de cui il le tenoit en fief, ne par loy ne
par jugement des homes l'Evesque qui jugier en devoientpar droit. Apres ces altercations , li
sires de Mortaigne, Jehans dessus dis, par le consel de preudommes et de se bonne volente*
raporta les pasturages et les mares devant dis et tout le droit entirement que il y avoit et
avoir pooit , en le main l'Evesque de Tournay son dit seigneur, de qui il le tenoit en fief, si
comme il disoit , et le werpi , quitta et quitte clama a tous jours hyretablement pour luy et
pour ses hoirs, par devant ses pers les hommes del Evesque dessus dit, pour ahyreter le eglise
S^Martin, Fostelerie et le kemun de la ville dessus dicte , sauf chou qu'il y retint et retient, &
pasturages et &s mares devant dis, toutes les justices hautes et basses qui eskenr y poront , si
comme de sane de burine , de tousniu , de truef et le plus haute justice , se il y eskeoit ; huers
mis les pans 2 de v sous de tornois et de mains , et les bans des pasturages et des mares , si
comme herbes coillier et de estraignes bestes paistre, lesquels bans et les pains , li sires de
i On lit en marge , d'une <5criture pins moderne : Et li kemuns de le ville de Frotane.
9 Carpentier et Roquefort donnent Lo visions qui parait Eloigner beaucoup trop de son Etymologic. On
appelait aussi Loenois la monnaie des eWeques de Laon.
3 Pan, gage, nantissement. On disait encore pain etpaine.
Tom. II. pp
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cccxiv REMARQUES.
Mortaigne , Jehans dessus dis , werpi bien ei loyalment avoec les aultres coses en tel manidre
que les bans a oes Feglise S'-Marlin, Fostelerie et le kemun de Froiiane dessusdis, et les
pans a oes Feglise S*-Martin et l'ostelerie sans plus. Et quant tout chou fu fait , li vesques de
Tornay, comme sires, commanda sen baillieu qu'il conjurast ses homes et demandast se li sires
de Mortaigne dessus dis estoit bien deshyretes et a loy, et se tant avoit fait pour luy et pour
ses hoirs que droit n'i avoit. Et li homme le vesque par le castelain dessus dit , disent a le
semonse du baillieu le vesque, par loy et par jugement que li sires de Mortaigne dessusdis
en estoit bien deshyretes et a loy, et que il ne si hoir n'i avoient ne ne pooient jamais en nul
jour nul droit avoir, fors les justices dessus die les. Apres , li home disent a le semonse du
baillieu que li vesques en pooit bien ahyreter et par loy le eglise S'-Martin , l'ostelerie Nostre-
Dame et le kemun de le ville de Froiiane dessus dicte. Et li Evesques en ahireta le abbet de
S'-Martin pour et ou non del eglise , maistre Robert de Sains pour l'ostel Nostre Dame , et
maistre Gillion de Crois , cancelier de Tournay pour le kemun de le ville de Froiiane, et tant en
fist li vesques , ke li home disent par semonse de justice que li eglise S'-Martin , li hostel et li
kemun de Froiane en estoient bien ahyrete et par loy. Et quant chieus ahyretemens fu fais
bien et a loy par semonse de justice et par le jugement des homes qui jugier devoient et
pooient de chou par loi , li eglise S'-Martin, li hostel et li kemun dessus dis le reprisent a franc
cens du vesque Phelippe de Tornai , par devant ses homes et par devant censeurs qui pour
cou i furent appelle , parmi V sous de Loenisiens par an a paiier le jour S'-Jehan-Baptiste ,
sans nulle aultre droiture a rendre et sans nulle aultre exaction a paiier au vesque ne a
aultrui , par tel maniere que li eskevin de Froiiane ne nus aultres ne peuent ban faire ne
assise sour les pasturages ne sour les mares dessus dis, se n'est par l'abbe' de S'-Martin et par
Fostelier Nostre-Dame de Tornai. Et pooir ont li abbes et li hosteliers dessus dis de faire u
fere faire bans et assises sour les pasturages et sour les mares dessus dis toutes les fois qu'il
vorront et bon leur samblera jusques a V sous de tournois, si comme d'erbes coillier et de
paistre bestes estranges , et peuent arestier par iaus ou par lor sergans ciaus et celles qui
herbes y coilleront et les bestes estranges que on y trouvera paissant , et si doivent estre li
pan et li amendes a l'abbe et a l'hostelier dessus dis sans calenge et sans contredit et sans
reclaim d'autrui. Item est assavoir que les V sous de Loenisiens de cens que on doit pour les
pasturages et pour les mares dessus dis, li eskevin de Froiiane les doivent paiier, et reprendre
les doivent au kemun de le ville de Froiiane. Apres toutes ces coses faites bien et a loy, ensi
que dit est , li evesques de Tournay com sires raporta et rendy au signeur de Mortaigne
dessus dit les V sous de cens en accroissement dou fief qu'il tenoit de luy, tout en tel maniere
que dit est , sans aultre droiture et sans autre exaction , par devant ses homes pers , celui
seigneur de Mortaigne ; et cil sire de Mortaigne , par le gre del Eveske son seigneur et par son
ottroi, par devant ses pers le rendi et donna a mons r Willame de Mortaigne chevalier, en non
de parchon de tiere, en accroissement de son fief, tout en autel maniere que li evesques li
avoit donnet et rendu ; et li devant dis sires de Mortaigne , sire Thumas et sires Willelmes , si
frere, promisent par foi et par serment de lor mains toutes nues, que jamais a nul jour encontre
ces coses dessus dictes et faites bien et par loy ne venront ne querront art ne engien ne cose
nulle par iaus ne par autruy par quoy li eglise de S'-Martin , li hostelerie Nostre-Dame ne li
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REMARQUES. ccmv
kemuns de Froiiane dessus dis soient agrevet ne destourbet , empeechiet ne adamagiet des
pasturages et des mares deasus dis , et les ont en couvent par leur foys et sour leur sermens
k garder et faire porter paisible k Peglise , k Thostel et au kemun dessus dis contre toutes
gens parmi le cens dessus dit, sans nulle autre droiture et sans nulle autre exaction demander
ne prendre , ne rouver. Et Jou Jehans dessus dis , castellain de Tornay , promec par ma foy
eea coses k tenir et garder , sour paine de D livres deTorn., la moitie* k rendre au dit Evesque
de Tornay et l'autre moitie k l'eglise S'-Martin et l'ostel dessus dicte; et ceile paine promec-jou
k paiier par me foy fiancie , se jou le forfaisoie, et pour ce ne demourer mie que je ne fusse
tenus k garder toutes les couvenences et les promesses dessus dictes et de la moitie" de ceile
paine , qui k l'eglise S'-Martin et k l'ostel Nostre-Dame escheoir poroit , li eglise S'-Martin u
ses messages et li ostelerie donner L liv. de Torn., cascun XXV liv. de Torn, k quel seigneur
de tiere , baillieu ou k quele justice qu'il voroient , pour faire tenir le seigneur de Mortaigne
et ses hoirs entirement cou qui est contenu en cest escript et pour faire paiier le paine dessus
dicte. Toutes ces coses, si com elles sont par dessus devisees et escriptes , furent faites bien et
k loy devant mons r l'evesque , par luy et par ses homes et ses censiers , en la presence mons r
Thumas et mons T Guillelme de Mortaigne, freres au castellain dessus dit, qui toutes ces coses
dessus dictes loerent et greerent et les promisent k garder et k tenir fermement et loyaument k
tous jours, sans contredit et sans calenge, et Je Marie Descon flans, dame de Mortaigne et cas-
tellaine de Tornay, fayc assavoir k tous que je, de me boine volonte\ me consenc k toutes les
coses par dessus escriptes et declarers , promec par foy et par serment tout ce k tenir et
garder, et tenray fermement, et nient n'irai ne venray encontre, et que par raison de doaire,
d'assennement ou de couvenences quelles que elles soient , es coses dessus escript droit ne
demanderai ne ne feray demander pour nulle occoison qui advenir peuist. Et nous Jehans,
sires de Mortaigne et castelain de Tornai , Marie sa femme , dame de Mortaigne, Thumas et
Guillelme , de Mortaigne, chevaliers , quant k toutes ces coses dessus dictes tenir et garder , et
k tout ce qui affiert k cou que dessus est escript, renunchons et avons renunchiet par nos foys
et par nos sermens k toutes exceptions de maise boisdie * , k tous privileges de crois prises et
k prendre et k tous establissemens et k toutes coustumes de pais et k toutes coses par quoy
nous poriemes venir encontre le contenu de ceste presente chartre ne aucunes d'icelles. Et
prions et requerons par ceste presente lettre k tous nos seigneurs temporelx et esperituelx et
no mm eement l'Evesque de Tornay et le conte de Flandres , que il nous constraignent, et par
justice de sainte eglise et par saisine de nos biens , k tenir et k garder toutes les coses dessus
dictes , tout ensi que elles sont devisees, et k c,ou nos obligonz le no, nos hoirs et succes-
seurs. Et Jou Philippes, par la grace de Dieu , Evesques de Tornay, recongnois que toutes ces
coses dessus dictes et deviss£es estre faites par devant mi come seigneur , par devant mes
homes et par lor jugement, en tout ensi que par loi appartient k faire , et les promec par
ceste presente lettre a tenir et faire tenir com sires. Et y furent com hom pour le castelain
dessus dit Pierres, archid. de Tornai, Nicholes, archid. de Gant, maistre Gilles de Crois,
cancelliers de Tornay , Dierius dou Pore , Dierius ses fieus , Jehans de Princes , bourgois de
1 Pour male boisdie.
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cccxvi REMARQUES.
Tornay , Libiers de le Court et Sohiers de Haudion, qui preste* y fu avoec les autres homes ,
qui horn est.le castelain dou fief qui descent de nous. Sy y furent come censiers le vesque
Alars Brassars, Jehans de Quarte, Jores li Barbiieres, Nicoles Cambars, Jehans Sebille,
Estasses de S l -Omer , Gilles de Crois ; Et sy y furent come censeurs le seigneur de Mortaigne,
sire Pieres de Gueignies, Evrars a L'etake, Sohiers dou Mares , Jacques dele Vigne, Estevenes
Choquete , Jehans dou Moulin , Robues de Honevaing et Jakemes de Ramignies , et autres
bonnes gens fr&re Guilielmes de Moriauporte , sire Pieres de Gueignies chevalier , et li capitles
de Tornay , et pour cou que ces coses soient fermement tenues et wardees et que nus tors ne
soit fais d'ore en avant a I'eglise S*-Martin , & l'ostelerie et au kemun de le ville de Froiiane ,
si avons nous Philippes, par le grace de Dieu E vesque de Tournay , jou Jehans , sires de Mor-
taigne, castelain de Tournay , Marie d'Esconflans sa femme, Thumas et Guilielmes chevalier,
Pieres archid. de Tornay, Nicholes archid. de Gant , Gilles , cancellier de Tornay, pendus nos
propres seauls & ceste pr^sente lettre en tesmoingnage des coses dessus dictes , et donne avons
ceste chartre a rabbet S k -Martin pour le eglise , pour l'ostelerie et pour le kemun de Froiiane
dessus dit. Che fu fait , seelle* et donne* Fan de l'incarnation MCC soixante et dis-sept , el mois
de May.
XIV.
EXTRAITS DU CARTULAIRE DE S l PIERRE DE LILLE, RBPOSANT EN LA B1BLIOTHEQUE DE CETTE
VILLE.
{Menu Augusto MCCLXXXIJI '. Fol. 18 verso.)
Universis prssentes litteras inspecturis , Philippus, Dei gratia Tornacensis Episcopus, salu-
tem in Domino sempiternam. Noveritis nos , anno Domini millesimo cc° octogesimo tertio , in
vigilia assumptionis beats Maris Virginia litteras infra scriptas sigillo domini comitis Atreba-
tensis sigillatas , prout prima facie apparebat, vidisse in haec verba (Sequitur charta comitis
Roberti anni MCCLXXII).
XV.
(Mense Octobri MCCLXX.)
Philippus , Dei gratia Episcopus Tornacensis , universis praesentes litteras inspecturis salu-
tem in Domino. Noverit universitas vestra quod nos emptioni seu redemptioni tertiae partis
majoris decimal de Hierin nostra? diocesis facts a viris discretis decano et capitulo beati Petri
Insulensis, de qua in litteris praesentibus annexis fit mentio, nostrum auctorilate diocesana
praebuimus et praebemus assensum. In cujus rei testimonium prssentibus litteris sigillum
nostrum duximus appendendum. Datum anno Domini MCC septuagesimo nono , sabbate post
festum beati Lues evangelists.
1 Voy. plui haut la note de la page cccv.
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REMARQUES. cccxvn
XVI.
On trouve encore dans lea cartulaires de Tournay , reposant aux archives du royaume , la
piece suivante :
Anno MCCLXXVI litterco donationis factm Petro de Guignies militi per castellanum Tor-
nacensem de vinariis et cinglis de Wippes in feodum.
XVII.
Enfin au repertoire des titres de Peveche* de Tournay , on lit ces deux indications :
Octobre 1280. Accord fait entre monsieur I'ivesque de Tournai et son chapitre, touckant
? administration et gouvemement des maisons des anciens prestres et des bons en fans de Tournai.
Lettres de monseigneur Vfivesque de Tournai , contenant qu'il a donne sa terre de Orke en
forme, en 1280.
xvnu
1279. — Pbilippus , Episcopus Tornacensis , confirmat anno 1279 capitulo cathedrali Torna-
censi , abbati Bodeloensi ordinis cisterciensis (modo Gandavi) et abbatissae de Flines , ejusdem
ordinis juxta Duacum , decimas in parochia dc Saeftinghen olim dicecesis Tornacensis , modo
Gandavensis (Ex archiois camera rationum Insults) aub. hirju Opera diplom. et hist., t. HI,
p. 608 , &lit. de Foppens.
B.
Oger-U-Danoi* dans lepays de LiSg. (MS de la bibl. de LiSge, n° 176 , p. 102).
« L'an viij et ix , les mescreants gaignerent Rome , lesquels estoient en grand nombre , et
y avoit bien xiiij roys paiens avec le roy Corsuble. L'empereur Charles en fut advertit et
assemblat son concille et mit ensamble de ses gens cent mil homes pour secourir Rome , et
avec Charle s'en allat Aper, conte de Looz, avec pluiseurs bons chevaliers liegeois, mais
helas ! il y fut occis des payens. Tant d'affaire eut ledit Charle en ceste bataille pour Aloris ,
le traistre qui portoit Tenseingne , lequel print la fuite , parquoy Francois furent presque
desconfist , si le noble Ogier-le-Dannois n'i fust survenu , qui rencontra Aloris et lui r'ostat
Testandart qu'il portoit et print ses armes , si s'en vestit et vint en la presse qui estoit fort
grief aux Francois , et tant fit Ogier en ceste bataille qu'il fit fuir les paiens et delivrat la
fleur de la chevalerie de France qu'on menoit prisonnier. Trop long seroit de raconter les
faictz d'armes que le gentil Ogier fit , et n'avoit pour lors que XIII ans ; il conquestat Carahus
et a Brunalmont le geant coupast la teste ; cest geant estoit si fort qu'il ne se fust bougie pour
XX homes. A brief parler, tant fist Ogier que les paiens tournerent en fuite , et le roy Charles
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gccxyui REMARQUES.
remit le pape Lion ! qui estoit oncle a Ogier de par sa mere , en son siege papal , puis
retourna a Paris, ou ii fit Ogier connestable de France pour les prouesses qu'il avoit monstre
et le fist conte de Looz, lequel apartenoit a Aper qui fut tuo devant Rome , puis aliat Ogier
prendre possession de ses terres et vint a Looz ou il print possession de ladite conte qui pour
lors s'appelloit la conte d'Osterike et Ogier la fist appeller la conte de Looz. »
Oger etait en meme temps avoue* de Liege , ou il fit beauooup de bien , batit egtises et
chateaux; le chateau S'-Michel, qu'il contruisit, 6iait sa demeure; sa chapelle, ou I'eglise
S'-Michel, est encore en basse Sauveniere. Ce chateau descendait jusqu'a l'hopital a la Chalne.
Le premier pont des arches en pierre fut construit Igalement par Oger. D'autres disent qu'il
se con tenia d'un pont de bois.
II orna aussi tout le pays d'eglises et de monas teres.
En Tan 817 (p. 118), expedition en Espagne.
Cette expedition finie, Oger va outre mer, mais avant il se rend en Danemarck ou son
pere Godefroid (Gaufroit) lui donne vingt mille hommes d'armes. Pareillement ses ondes et
autres amis lui presentent leurs enfans avec bonne quantite de gens d'armes. Avant de partir
il renonce a tous ses biens et heritages , et les cede a Guy , son frere.
Oger va a Jerusalem , visite les saints lieux , puis attaque les mescreans et sou met les
royaumes d'Arabie, de Samarie, de Nube et aultres royaulmes plus de quinse, tant qu'il
conquestat le grant pays des Indes. En l'espace de trois ou quatre ans , il conquestat la plus
grande partie du monde, et tous ceuls qui ne vouloient eroire en Dieu et estre baptists, estoient
occis. De toutes ses conquetes , il ne retint rien pour lui ; il les distribua aux siens , en leur
recommandant seulement d'augtnenter la foi catholique. Enfin il alia si loin qu'il parvint a la
porte du Paradis terrestre. Arrive* la, force lui fut de revenir sur ses pas : il arriva a Huy a
point nomine* pour un tournois.
Histoire de Basin , comte de Huy.
Ce Basin « estoit extraict de la lignie des traitres, car il issist du lignaige Dodo, il estoit
cousin au faulx traistre Ganellon , et Jean d'Alenchon , qui estoit le plus riche et puissant de
toute la cour du roy Charles , estoit son frere. »
En 825 , Charlemagne rappelle Oger en France , mais avant de partir, celui-ci marie ses
cousins : Jean , fils de Radut de Preit , epousa Aygletine , fille du comte de Monhault ou Moha,
et Ogier le fit comte de Huy.
Guerre de Gerard de Frait 2 , oncle d'Oger, contre Charlemagne.
Trahison de Ganelon.
« Chariot , par le conseil des traitres , en jouant aux escbects occist Balduinet, le batard
Ogier, pourquoy commenca la grande guerre entre Charles et Ogier, laquelle dura respace de
sept ans. »
1 Le pape Lion, selonlememe MS, p. 100, « ettoit fill a Jean WiIlebron( Willebrord), roy de Hongrte,
oncle 4 Guaria de Hontglaite et talon a Oger-le-Dannois; Be*atris, sa mere (d'0£«er), ettoit scour audit
Le"on , pape, et Charles, le fils Pepin, fut le fils de sa tante. v
2 Autrement VEuphrate.
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REMARQUES. cccxix
« Vint k Ltege un chevalier qui Tenoit d'oultre mer, lequel estoit appelle* Robert , fius &
Thierri, le seigneur de Ruelant, lequel Robert avoit conquist par combast corps & corps le
roy Amarandis de Carsode , c'est-fc-dire en francois Hozemont. » Ogier le maria k Beatris , fille
& Ramfroid de Preit , le petti voueit de Lifye. De cette uniou , naquirent deux fils , Ogier,
comte de Huy, sire d'Hozemont , et Radus.
Jean Le Bel.
Jean Le Bel n'a pas de place dans la Biographie universelle, et pourtant il a 6ie le precur-
seur de Froissart, qui a ecrit, d'apr&s lui , l'histoire des £venemens ecoules entre les annees
1318 et 1356. « Et me veuil , dit-il , au prologue de son premier volume , fonder et ordonner
» sur les vrayes croniques jadis faittes par r&r&rend homme, discret et sage, monseigneur
:» maistre Jean Le Bel , cbanoine de S'-Lambert h. Liege , qui grand'cure et toute bonne dili-
« gence meist en ceste mati&re , et la continua tout son vivant et plus justement qu'il put ;
» et moult lui couta k querre et & l'avoir, mais quels que frais qu'il y fist , riens ne les plai-
»» gnit , car il estoit riche et puissant (si les pouvoit bien porter), et estoit de soy-mesme large,
» honorable et courtois , et volontiers voyoit le sien despendre ; aussy il fut en son vivant
» moult airn^ et secret a monseigneur messire Jehan de Hainaut , qui bien est ramenteu , et
»» de raison , en ce livre ; car de moult belles et nobles advenues fut-il chef et cause , et des
» rois moult prochain. Pourquoy le dessus dit messire Jehan Le Bel peut delez lui voir plu-
» sieurs nobles besognes lesquelles sont contenues ci-aprds. »
Cette histoire , qui devait 6tre si anim& et si attachante , n'a point 6t6 retrouvee jusqu'ici ,
malgr^ les esp^rances de M. Monin. Sanderus ne la mentionne pas dans sa Bibliothtquc
mannscrite , et toutes nos recherches a cet 6gard ont 6t6 infructueuses. L'ouvrage de Froissart
a-t-il fait n^gliger celui de Jean-Le-Bel , et causl par la son aneantissement , ou ces chroniques
ne sont-elles pas encore cach&s dans la poussi&re de quelque biblioth&que ou depot d'archives,
d'oi!i les tirera une d&ouverte heureuse , un hasard inesperd?
Jacques de Hemricourt a ecrit, vers 1398, son Miroir den noble* de Hasbaye. II y a trace
du caract&re et des habitudes du chanoine de S'-Lambert , un tableau qui perd a ne pas 6tre
reproduit dans le dialecte de l'auteur, si impitoyablement ddfigure' par Salbray. Le bon sire
assure que , d'age d'homme vivant en son temps , il n'y eut en l'4glise de Liege personne plus
franc , plus g&iereux. J'en puis parler ainsi , a-t-il soin de remarquer, l'ayant hante assidue-
ment. C'etait un homme de belle taille, toujours richement v£tu et de la facon que s'habil-
laient les bannerets les plus recherches dans leur parure ; ses surplis m£me £taient enrichis
de perles et de pierres precieuses. Son train et son ecurie n'&aient pas moins magnifiques. En
sa jeunesse il avait eu fauconniers et chasseurs , oiseaux et chiens. Ses ecuyers d'honneur
connaissaient tellement son hospitality et etaient si bien dresses que , de leur propre mouve-
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cccxx REMARQUES.
raent, quand Us voyaient quelque vaUlant homme Stranger, tel que prelat ou chevalier } ils
le priaient , selon Fheure , & diner ou & souper chez leur maltre. Survenait-il un prince dans
la ville , la table du chanoine lui etait ouverte. II banquetait aoir et matin , se faisant aervir
en vaisselle d'argent aux jours solennels. Jamais il n'allait & I'eglise qu'U ne fut escorte de
seize ou vingt personnes de sa famille ou de sa maison. Ce nombre montait jusqu'fe cinquante
dans les ceVlmonies , de sorte que sa suite £galait celle de 1'eVeque. Tous ses suivans man-
geaient chez lui et itaient asesdraps. Dans son printemps il s'ltait exerce* aux armes et avait
brills dans les tournois. Doue d'un esprit supe>ieur et d*une haute sagesse, il se montrait
enjoue , gracieux. La poesie recevait aussi son hommage, et il rlussissait h faire chansons et
virelais. En un mot , il cherchait tous diduit$ et soulas , ce qui ne l'empecha pas d'acquerir de
grands biens et d'obtenir de riches pensions des plus hauls seigneurs.
Dieu lui fit la gr&ce de passer ainsi toute sa vie en parfaite sante et au sein d'un bonheur
continuel, dont il jouit jusqu'k l'Age de plus de quatre vingts ans. II finit avec pompe comme
il avait v^cu , et ses obseques furent des plus splendides.
Ce portrait d'un ecclesiastique du XIV siecle, rappelle, nous I'avons fait observer, le
passage ou Ph. Mouskes, pretre lui-meme, regrette le temps ou Ton aimait par amour et ou
Ton faisait baleries et dosnois l •
Un homme tel que Jean Le Bel , ecrivait sans doute avec une verve originate et piquante.
Son humeur belliqueuse , l'experience qu'il avait des affaires et la rectitude de son jugement
le rendirent cher au fameux Jean de Hainaut , sire de Beaumont et de Chimay. 11 fut son
conseiller et non pas celui de Jean II d'Avesnes , comme le rapportent Foppens et Paquot. Ce
prince, qui avait eu part & tous les evenemens remarquables de son temps, et qui mettait dans
son confident Le Bel une confiance illimitee , lui avait reVele une foule de particularites ignorees ,
surtout & une epoque ou la publicity etait difficile et les moyens de communication entre les di-
vers ordres d'un meme etat , aussi raresqu'entre les nations. La situation de l'Angleterre Itait
specialement connue & Le Bel , et il est vraisemblable qu'il s'attacha bien plus aux affaires du
sire de Beaumont qu'k celles de son propre pays ; puisqu'au milieu des troubles qui agiterent
reveche de Lidge , on ne voit point paraltre le nom d'un personnage aussi preponderant que
lui. M. Dewez n'en dit mot, ni dans le texte de son Histoire de Ltige, ni dans la lisle des ecri-
vains liegeois, mais ce n'est pas la seule chose essentielle qu'ait omise M. Dewez.
On n'avait encore rien publie sous le nom de Jean Le Bel , avant M. Buchon. Ce litterateur
a insure' dans le quinzieme volume de sa premiere edition de Froissart , une chronique de
Richard II , dont l'auteur , des les premieres lignes , declare s'appeler Jean Le Bel ou Le Beau,
chanoine de S l -Lambert. Or les evenemens rapportes dans cette chronique sont de Fan 1399 ,
c'est-k-dire fort posterieurs k la mort de l'ami de Froissart et d'Hemricourt. Bien plus ,
M. Buchon dit avoir trouve* sur le manuscrit de la bibliotheque du roi, 102123 , la signature
autographe de ce Jean Le Beau , avec la date de 1449. Quelle parente , se demande-t-il , a
existe* entre ces deux ccrivains? Jacques de Hemricourt parle de deux fils du chanoine dont
nous venons de faire l'eloge , et des enfans de l'alne , nomine* Jean. II paralt probable k
J V.33et24l.
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REMARQUES.
CCCXXI
M . Buchon que l'atne* des fils de ce dernier, devint avec le temps , chanoine comme son
grand-pere, et que, conservant toujours un attachement de famille pour Richard, fils du
prince Noir, il se mit a chroniser a son tour cette partie de l'histoire d'Angleterre. La genea-
Iogie suivante confirme cette conjecture :
GILLES-LE-BEL,
Sufrant Froissart; LbBeaz. suivantHemricourt;
Belitjs, selon Valere- Andr^ : echevin de
Liege, epousa N. Cossent. 11 portaitles irmei
d'lsle, de gneule a qua t re grilles de lion d'or .
II futperede
_L
JEAN-LE-BEL,
Chanoine de 8**Lamhert, pre>6t
de S*-Jean , conseiller de Jean
de Beaomont et auteor des
chroniques. — De Marie Le
Hardy , dite des Pres , de-
moiselle de bonne extraction ,
morte le 2 avril 1385, il eut,
dans un Jge a ranee , deux fils
naturels :
HENRI-LE-BEL , GILLES-LEBEL, N. LE BEL ,
Chevalier, echerin de Liege , qui
epousa Julienne de Beaufort-
Liedekerckc. II en eut deux
filles ; Tune , Hellewy ( Hel-
W W)* epousa Gilles de Surlet.
Chanoine de S«-Jean.
If trice a Hombert de Ber-
nalmont , chevalier.
JEAN-LE-BEL,
Chevalier, sire de Hem ri court et
de Lantremange , qui portait
les armes d'Opleuwe, comme
son pere. II epousa N. de Duf-
fel et de Malines, dont il cut
plusieurs enfans, entre autre*:
GILLES-LE-BEL,
Chanoine et chantre de S'-lf ar-
tin , a Liege.
JEAN-LE-BEL,
Chanoine de Si-Lambert, auteur presume de la Chronique de Richard II.
Voila , jusqu'a present, tout ce que Ton sait sur deux ecrivains, dont l'un surtout mdrite
de fixer Inattention.
Voy. Froissart, Ubi supra; Jacques de Hemricourt, Miroir des nobles de Hasbaye, Brux.,
1673, in-fol., pp. 157-161; meme ouvrage,ed. de l'abbe Jalheau, Liege, 1791, pp. 90,
126 , 161 , 193 , 223 ; Valere, Andre , Bibl. Belg^ 457 ; Paquot , Mhnoires pour servir a I'his-
toire littSraire des dix-sept provinces des Pays-Bas, edition in-fol., II, 186; La Curne de
S to -Palaye , Mem. concernant les outrages de Froissart , hem. de l'acad. des inscrif. , t. XIII ,
paragr. 9; Bibl. hist, de la France 9 nouv. ed., II, 166, n° 16991; Archives philol., par
Tom. II. n
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cccnii REMARQUES.
M. De R-g, II, 19S-198; J. k. Bachon, Collection dee ckreniquee nationalee frwnqaieee;
Froisurt, I, 5, X, 71-74, XV, Prtf. de U chrauque de Richard II ; Bulletin de la eodeU de
Vhietoirede France, I, 295-298.
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MfWVWMVVVVWVVIWVVVVV^^
POST-SOUPTOI.
GORMONT ET ISEMBART.
La legende de Gormont et d'Isembart est rapportee sommairement dans un passage da
Ckronicon Centulense, c'est-a-dire de la chronique de saint Riquier, cite parmi les Additions, ou
Ton reconnail qu*Hariulphe , peut-6tre Saxowal, dont il n'etait que le continuateur, n*a point parle*
de YEpinikion de 881 ; mais bien des chansons romanes dont le roi Gormont &ait Tun des person-
nages principalis. Gormont (Gurmund?) &ait un chef normand, et Isembart (Eisenbard), seigneur
de la Ferte* , en Ponthieu , un franc qui etait tombe dans la disgrace des fils de Louis-le-Begue.
Louis III , fils de ce prince, non pas Louis d'Outremer ? comme Ph. Mouskes le dit formellement ,
battit Gormont, a Saucourt, en Yimeu, Tan 881, ct le chef normand fut tu£ dans Faction.
Depping , Hist, des expeditions maritime* des Norman ds , 1 , 252 , 256.
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AfcWVVVVV\/V\\\VVW\IVW\IV\J^
EXPLICATION DES FIGURES
DU SECOND VOLUME.
Ces figure* ont 6t6 copidet la premiere fol. tic mi" vu du tome deuiieme de la Fleur des histoires , MS
de Bourgogne, n° 923d, in-fol ; la seconde est dessine'e au bas d'une page dans une eopie de Marino Sanuto ,
contenae dans on Tolume intitule* : Varia, MS de Bourgogne , n° 9404, in-fol.
I. (Aa frontispice et page 19.) Mort de Charles-le-Ckauve.
Voy. le Roman de Karles-le-Cauve, Catalogue des livres (rares) de la bibl. du due de La Vallifrre, n» 2724.
II. (Page 699.) Pierre VErmite exhortani let erodes a de'livrerle temple de Jerusalem.
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CHRONIQUE
DE
PHILIPPE MOUSKES.
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rw\IVV\\\W\\\MM\\\/VVWV^^
CHROMQUE
DE
PHILIPPE MOUSKES.
12135 Vous ayes devant bien oft
Comment Karles, au cuer goit,
Par le consel de ses haus homes ,
Arcevesques, veskes, preudomes,
Ab&, pr&as etkardenaus,
12140 Contes, dus, princes et vasaus,
Barons , castelains et marcis
Et de vayasors enforcis ,
lUgne de Louis , Jit La
Dcbonnaire,
12155 Le dernier vers du premier volume est
le 12155 , mais en ajoutant apres le vers 25 celui
qui manque et qui se trouve dans les Lemons di-
verses, p. 605, il y en a rlellement 12154.
12156 Au cuer goit, au coeur rejoin.
12141 Barons. Dans la chanson composee a
l'occasion de la victoire remportee par Clo-
taire II , sur les Saxons , en 622 , on lit :
Quam graviter provenisset missis Saxonum ,
Si nonfuisset inclitus F«ro de gente Burgundionum.
Bitson , Metrical romances , I, 18, rend le der-
nier vers dans ce sens : Sans Pharaoh le Bour-
guignon. Combien , remarque Hallam , State of
- Tom. II.
Europe during the middle age, London , 1819 ,
III, 526, IV, combien lui-meme se serait mo-
que" d*un auteur qui aurait commis une sem-
blable b£vue ! Faro est, en effet, la m&me chose
que baro 9 qui signifie, comme nous 1'avons deja
dit , un homme par excellence.
12142 Vavasors, vavasseur est proprement
le possesseur d'un arriere-fief. Nous avons parte
dans rintroduction du premier volume, p. cxxxvi,
des Chroniques des Vavassour 7 compilees par Hu-
gues de Pierrepont , eveque de Liege. Le titre
de vavasseur est donne par Gilbert au seigneur
puissant d'Enghien : Hugo de Aenghien,vavassor
potens. Ed. Du Chasteler, p. 66, $ 115.
1
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2
CHRONIQUE
Ui.iQchefleur, filled' A ■-
ineri dc Narbonne.
Gnillaume d* Orange
ou au Court-Ncx.
Thiebaut.
Lofys, son fil, couronaa
A son vivant et asseaa.
12145 Quant ses peres fu sevelis ,
Ass&ires fu del pais
Et del roiaume et de Tempire ,
Si que de grant joie en sospire ;
S'ot coronne d'or sor sa tieste
12150 Et tint le septre par grant fieste ,
Et l'esp& et le pum d'or ,
Si qu'empereres fait encor.
De son tans estoit moult sen&.
Si fu a Ais d'or couronn&
12155 Et puis a Roume s'en ala.
S'ot del pape son secre la
Et fu ben&s et sacr& ,
Et par la tiere asaeur&.
Puis vint en France s^jorner
12160 Et la se fist recouronner.
S'ot lempire et fu rois de France ,
Et prist moullier geotil et france .
La fille Aimmeri de Nieiboune.
Blanceflors ot non , moult fu bonne ,
12165 Suer Guilliaume, le conte baut,
Qui prist Orenges sor Ti^baut ,
12151 Lepum, le globe.
12163 Jimmeri de Nierboune. Dans I'lntro-
duclion da premier volume , on a denne le com-
mencement du roman qui porte le nom de ce
person n age. Philippe Mouskes suit toujours lea
traditions heroiiques.
12164 Blanceflors , ce n'est pins Tneroine du
roman de Flore el Blanceflor, dont nous stops
offert tin extrait et sur laqudle on trouve deux
pieces interessantes a la suite du roman de
Berte aus grans pies, de M. Paulin Paris, page
193 , et page 88 et suivantes de son Romancero,
Dans le roman «U Perceval le Galloiw , par
Chrestien de Troves , ce paladin delivre le cha-
teau de la jeune pucelle Blaochefleur , altaquee
par un redoutable veisin et une nombreuse ar-
mee.
12166 Tiebaut r un roman design^ daa$ Tin-
troduction de ce second volume , ainsi que dans
la note sur le v. 12168, en parle ainsi :
Car dans (le seigneur) Tibau* , li rices rois d' Arrahe ,
Avoit itifii a Nerhoae le large.
Dans le meme roman il est anssi nomae Tiber.
Wolfram d'£schenbach Tappelle Tybalde ou Jy-
bnld.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
Et li toli sa feme Orable;
Cou fu Guibors . la convenable ,
La feme cest roi. Blanceflors
12170 Fu biete et plainne de valors ;
Mais pour l'aie de son pere
Et pour Guillaurae , son boin fr&re ,
Et des autres freres vallans
Ki preu furent d'armes tostans ,
12175 Le prist Lofys , car an$ois
Le voloient graver Francois.
XX I II I i sont a cestui ,
Par Testore ciertains en sui.
Sa tiere tint bien et garda
12180 C'onques de rien n'i couarda ,
Et si mena sa gent bardie
Orable.
Guibor».
12167 Orable, nom paien de la femme du roi
Tiebaut. En allemand Orahel.
Vienent d'Orcnge , le deraaine palais ,
Roarer Orable aroec le roi Tiber.
et ailleurs :
Pais prendrai-jou Orable 4 moillier
Et le ferai lever et baptisier.
12168 Guibors. Le roman dont M. Mone a
donne ud extrait dans ses Anzeiger^ 1836 7 181-
192, d'apres un maiiuscritde Boulogne-sur-mer,
provenant de Tabbaye de S'.-Bertin , roman dea-
ling a retracer toute rbistoire de Guillaume
d'Orenge, debute ainsi :
Cancbon de jeste pUiroit tous a entendre :
Teus oe fu faite des le tans Alixandre y
Fist le I moines a S l - Denis en Tranche ,
Mis le en I livre, par grant senefianche,
De tel baron con ja porr£s entendre :
C'est uns des fiels Aimeri de Chataigne ,
Qui tant jour tint Nerbone en son demagne.
Par moi orres le cancbon de Guillame ,
Com il conquist premierement Orenge
Et com il prist dame Guiborc a feme.
et plus bas :
Et prist Guibourc a moillier.
La seconde partie du manuscrit extrait par
M. Mone, commence, a peu decbosepres, comme
le roman de Guillaume-au-Court-Nez , dont nous
avons insere le debut dans FIntroduction du
premier volume. Cest sans doute la meine bran-
che, sauf certain es variantes.
La douzieme branche dans le MS. de S*.-Ber-
tin, est intitulee : Ensi comme Guibours est morte.
Guibors ou Guibours est appetee par Wolfram
d'Eschenbach Kyburc. Anzeiger , 1856 , 180.
12169 La feme cest roi, la femme de ce roi.
12171 Mais pour l'aie, etc., mais pour se
faire un allie* de son pere et de ses freres.
12174 Tostans, en tout temps, toujours.
12177 Le roman citeporte :
Gil autre cbantent des enfant dtAimeri :
L'un fu Guillelmes , et Bernars et Garins
Et Aimeris et Bueves li genlis :
Baceler sont jovencel et mescin.
Plus bas sont nommes encore Hernaus et Gui-
bers.
12178 L'estore, c'esUa-dire les legendes ro-
manesques.
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CHRONIQUE
Siege Je Barb astro.
Foucon, Goicart ct
Biertran.
Bainouard.
Soucorre Barbastre et Kandie.
Et si delivra , en eel an ,
Foucon et Guieart et Biertran ;
12185 Et si ala soucorre Orenges,
Dont il ot moult gr& et loenges.
Et maint jour le p&ia Guillaumes,
Et fist porter escus et hiaumes ,
Et li cousta et un et el.
12190 Le grant Rainnoart au tinel ,
Qui Tot nori en sa quissine ,
Li douna-il en sa saisine.
Acate Tot a marc&ns
Pour 90U k'il ert joveaes et grans.
12195 En pai^nime l'orent pris ,
12182 Barbastre, nousavons deja dit, torn. I ,
p. CLiTin, que le sieges de Barbastre est la
sixieme branche du roman d'Aimeri, dans le
MS. de La Valliere.
12184 Foucon, Fulco, Foulques ; Guieart,
Guichard.
12189 Et un et el, et celui-ci et celui-la.
12190 Le grant Rainnoart au tinel, en alle-
mand Ren new art. La troisieme branche du ro-
man de Guillaume d'Orenge, dans le MS. de
S'.-Omer, est intitulee : Ensi comme Guillelme
maine le carroi en IVimes. Cette branche est la
quatrieme dans le MS. de La Valliere (Calal. II,
224 , n° 2735), et commence autrement. Dans le
premier MS. on lit :
Plusor tous ont da Guillaume coote ,
De Renouart et de sa grant ficrte.
La neuvieme branche est inlitulee : Ensi come
Renouars est moines. Cest la quatorzieme duMS.
de La Valliere.
La dixieme : Ensi come Renoars siet au men-
gier et HI I lyons vienent devant lui.
Dans le MS. de La Valliere, la onzieme bran-
che porte ce tilre : Comenl Renouart parole a
eels de la nef. Dans le fabliau des deux trove'ors
ribauz,te\ que Fa donne* M. Robert (Fabliaus
ine'dits, Paris, 1834, in-8° , p. 25), Tuo des
trouveres dit :
Et si sai.
Da Fouetu et de Renoart.
Tinel, voy. I'Ihtboductioii dece second volume.
12191 Quissine, cuisine. II avait &t& proba-
blement un des o/ficiers de la louche. Le Grand
d'Aussy, Hist, de la vie prive'e des Francois,
2*ed., Ill , 347 et suiv.
12194 Jovenes, prononcez jouenes pour la
mesure , ainsi qu'on Ta plusieurs fois remarque\
Les mots en ^ne tels quMfoteveite, Fir gene , sem-
blent avoir eu le privilege de se contracter dans
la prononciation , pour se plier aux exigences
du metre. Ve'pUre farcie qu'on chantait dans
Feglise de Paris au XII siecle , a la fete des
fous , en fournit encore un exemple :
Entcndcx tost a cest sermon ,
Et clerc et lai tot environ ,
Cooler voloos la passion
De Saint Eslevcne le baron , etc.
Hist, litt.de la France, XIII , 109.
12195 Paie'nime , en paiennie , dans le pays
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DE PHILIPPE MOUSKES.
Sor la rive de mer soupris.
Fr6re Guibort pour voir estoit ,
Mais encor pas n'el connisoit.
En Aliscans, a son tinel,
12200 Le trouv^rent paien cruel.
Lofys moult bien s'i prouva ,
Guillaume sou vent d&ivra ,
Et puis yint-il en France ari&re
A la roine qu'il ot ciere ,
12205 Et li faisoit trestot son s&.
Fius et lilies en ot ass&
Dont jou dirai aillors que ci.
Mais a eel jour , que je vous di ,
Ot Guillaumes moult conquest^
12210 Sor paiens u il ot est^,
Afebloii&> fu durement
Et par ^age et par torment,
Mors fu , et puis , j'en sui {tons) ciers ,
Dis St. -Guillaumes es d&iers.
Mori de Guillaumo-au-
Court-nex, oudc saint
Guillaume de Gel-
lonnc.
de* paiens. Le roman extrait par M. Mooe, con-
tient ce vers {Anz., 1836, p. 186) :
De sa Maurie rielt asamblance fair*.
(Test dans le meme sens que Hues de la Ferte
dit dans un de ses sirventois :
Diex qui le mont puet sauver ,
Gart France de raiijer {faiblir)
Et la baronnie !
Et Thibaut de Brie
Doiut Diex le roi maios amer ,
Et Fcrrant fasse ferrer.
P. Paris, Le romancero franeais, p. 192. On
peut rapprocher le dernier vers du dicton re-
latif a Ferrand ou Fernand de Portugal , comte
de Flandre.
12199 En Aliscans, voy. 1. 1, p. cclyiii; Tur-
pin : in Aylis campis (in Elysiis campis).
La Bataille d'Aleschans est une des branches
du roman d'Aimeri de Noirbonne , dans le MS.
de La Valliere.
12205 Son se'ty son devoir. Une ancienne tra-
duction anonyme de saint Gregoire , laquelle pa-
rait elre du XII° siecle , contient ce passage ou
on loue saint Paul de ce que, eleve ordinairement
aux plus sublimes meditations, il ne dedaignait
pas d'en descend re pour s'occuper des devoirs
qu'une tendresse mutuelle impose aux epoux :
« Ke il fut meneiz as secretes choses del tiers
» ciel , et nekedent (ne'anmoins) reflekist l'oelh
» de sa pense* par compassion a ordineir le lit des
» marieiz, disanz : Li barons rendet la dete a sa
» feme , et la feme semblablement a son baron. »
Hut. litt. de la Fr., XIII , 15.
12214 Dis, dit, surnomme' S i . -Guillaumes
is de'siers. Le roman de Guillaume d'Orenge finit
ainsi dans le MS. de S'.-Omer :
En 1 'hermitage taut pena li saint horn ,
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CHRONIQUE
Joie que la mort de
Charlemagne cause
aux Sarrasins
12215 Cis rois Loiys fa croisant
En tous bient , et fort et poisans .
Et ti tenoit rice compagne.
Et nouviele Tint en Etpagne
A Sarrasin* et k palens
12220 Que Katies , li buens crestiten* ,
Li buens rois , li fors ju*tici&re ,
Ki tous jors leur tenoit esti&re,
Estoit mors et al& k fin.
Grant joie en orent Sarann^
12225 Car il les ot tous exilli& .
Et Taumafours en fu trop li&.
Uns pelerins leur ot cont^
Qu'il orent pris et enoontr^.
Moult en fist l'amiraus grant fieste .
12230 Et jura les ious de sa tieste
Qu'il Toloit la ttere rayoir
Que pierdue avoient si oir
Pour Carlemainne et pour sa gent.
Ses bri& fist faire isnelement
12235 Et saieler et maitre en cire ,
Qu'il i prist fin , ti con li saint Tronon [// eon lisant
Et Dieus mist s'arme lassus en sa maison. [trovon?)
Encor y a gent de religion
A taint Gofllaumeel* desert , le dfct-<m.
A pre* sa mort ne aai que en canchon.
Or proton Dieu qu'il nous faee pardon ,
Si come il fist Guillaume le baron :
Amen en die cascuns et a cler ton.
12218 Ce qui suit se trouve dans le supple-
ment au Faux Turpin, que nous avons donne 1
parrai les Lectnt diverse* du premier vol., p. 625.
Foy. l'lNTaemrcTiesT du tome second.
12222 Estiere,b<mnecotileuance? Leur tenoit
estiere , leur opposait ua freia ? Le mot estiere
n'est ni dans Roquefort m dans les glossaires
particuliers qui aeeompagoent des publications
d'anciennes poesies francaises.
12226 Vaumac ours , ce mot a eti employe
dans I'autre volume, v. 5656, 5681, etc Cost
Valtumajor du Faux Turpin , mot qu'il est asses
etonnant de voir neglige^ par Du Cange et ses
continuateurs. M. Amaury Duval dit quautnacor
est un mot arabe que Ton peut rendre exacte-
ment par celui de connetable, comet ttabuli.
Hist. litt. de la France , AT HI , 727. Le roman
de Maugis d'Jigremont, dont Huon de Ville-
neuve est l'auteur , finit par la eon version d'un
p*ien, on plutot d'un mahometon , Vivien I'mm-
miacor.
12232 Si oir , signifie proprement set ke'ri-
tiers, il vaudrait mieux rentendre, en cette
occasion , de eon peuple.
12233 Pour, a cause de.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 7
Et sour destrtrire et sour ocire
Manda par trestoute sa tierre
PaieDS , pour commencier la gierre.
Quant ensanble ftirent ses os ,
12240 L'amiraus ten ala moult toe
A monsi&nour St. -Jake, droit r ......
*J ' Profanatioa de 1 eglise
A Compostiele, u il gisoit des^j^ei decow-
Et fait encore yoirement.
La mena-il toute sa gent ,
12245 Et si reuba la sainte glise
S'a la gent crestiene ocise
Et del moustier fisent estables.
Ce ne hi pas gens d&itables ,
Quar il i faisoient ordures.
122:50 Mais il en orent painnes dures, 1>uniUon dc$ , nUku%
Quar , par le fbndement des cors,
Lor issoit la boiele fors,
Et li autre s'aveulisoient
Et li plusiour del sens isoient.
12255 Li aumafors tout aulresi
Ot itel mal et s'areuli ;
" Et St. -Jake ausi reclama
Ki de ses ious le raluma.
Car li amiraus dissoit bien
12260 S'il le garisoit de tel rien ,
Jamais yiers lui ne raesferoit
Ne en son pais n'enterroit 7
Et si li feroit sorre et rendre
Quan c'on i pot tolir et prendre.
12265 Ensi fu guaris et si home
12256 Et sour, et aon» peine de. uaieat ayeugle*.
12244 La mena-il, laamena. 12254 Del sens isoient, devenaient inaeiwes.
12252 La bottle, le* boyaux. Le texte latin : 12260 Tel rien, telle ehoee.
Qaidquid corpwre comlinebant. 12262 N'enterroit, litea pluUk nentreroit.
12255 S'aveulisoient , s'aveuglaieot , de?e- 12265 iSorre, rettituer , payer, to(lwe)re.
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8 CHRONIQUE
Par St. -Jake, le buen preudome,
Et il a maintenant rendu
Quan con ot el moustier perdu ,
Et si fist par la vile rendre
12270 Quan c'on i pot tolir et prendre.
Dont si a la vile gierpie
Et il et toute sa mesnie ,
Et dist que li Dieux crestiiens
Vaut mios que li Dieux as paiens ,
12275 Cil auma^ors et sa compagne
Sen alerent a grant compagne
Qu'il en i eut plus de C mile ,
Tant k'il vinrent a une vile
Que la gens apieloit Ornis,
12280 Et moult iert le pais garnis.
En oele vile ot une glise
Miracle de Mint &o- De St.-Romain , moult bien asise ,
Et moult l'onoroient la gent
Qu'ele iert painte d'or et d argent.
12285 Li aumafors tout i reuba
Et sa gent la Tile guasta .
Et partout latre hierbegi&rent .
Dedens et defors se logierent.
L'auma^ors ot I compagnon
12290 Qui dus estoit de grant renon :
Cil sen entra dedans la glise
U on faisoit le Dieu service ,
Et vit les coulombes dories
Et les masieres argent&s.
12271 Gierpie, abandonnee, de'guerpir. ceserait : et partout le pourpris.... atr{ium).
12279 Ornis, dans notre texte latin: Omtz 12295 Coulombes, colon oes.
(Orense), et dans le Turpin francais , reimprime* 12294 Masieres, mu rallies ou routes. Le texte
en 1855 : Ornxz, fol. xxviij. latin : Ineadem basilica vidit columuas pitlckerri-
12287 Latre, larroDs? lotr(on)e(s). L'expres- mas, qua ejusdem ecclesia tecta sustentabant ;
sion ordinaire £tait lire on lerre. Si on lisait : qua etiam in summitale deargentata et deaurata
Et partout Tatre hierbegierent , erant.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 9
12295 Et cil paiens , par convoitise ,
Tot pour d&onorer la glise .
I quing de fier en sa main prist
Et I martiel , si s'ademist
A une coulombe brisier ,
12300 Pour avoir largent et I'ormier.
Et si com il aloit ftrant,
Si devint piere maintenant
En samblan t dome , pardoleur,
Et est encor d autel couleur
12305 Comme li drap qu'il ot vestus,
Si k'il n'i ot ne mains ne plus.
Et quant li auma^ors le sot,
Dolans en fu que plus ne pot ,
Et dist que sor toutes les riens
12310 Valoit li Dieux as crestiiens
Qui , puis la mort de ses amis ,
Se vengoit de ses anemis.
« Jakes , li sains de Compostiele ,
Toli mes homes la boiele
12315 Et si m'aveuli de mes ious ,
Ne spi que fu ti&re ne cious ,
Et quant jou li proiai merci
Moi et mes omes lues gari;
Et cis Romains , teus est ses nons ,
12320 A fait ptere I de mes barons.
Ciertes trop cruelment se venge.
Mais jou li proi k'il le me renge. »
Moult li requist, moult li proia ,
Mais St. -Romains rien n'otria.
12325 Donqes a dit li auma^ours
12297 Quing, coin, cun(eus). 12504 D' autel, de telle, de semblable.
12298 S'ademist, s'effbr^a. Se demisit ad. 12516 De facon queje ne susae distinguer la
12500 L'ormier , or pur, aur(um) mer{um), terreduciel.
On disait aussi Yermier* 12522 Renge, rende.
Tom. II. 2
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10 CHRON1QUE
Que St. -Roma ins ert fel et fors.
« Ciertes , fait-il , ainc maid n'ayint ,
Cis est fos, ne sai dont il vint;
Mais Jakes est plus debonnaire
12330 Qui me resclarci mon viaire ,
Et mes homes douna sant^ ^
Quant il me Tint a volenti.
Et cis Romains qui tot viot prendre,
Ne me dagoe moo home rendre.
12335 Or sai bien que Jakes fu n&
De gent cortoise et fu sen&.
Et cis autres sire Romains
Fu n& de fos et de irilains ,
Quar il est fel et oontredis ,
12340 Quant jou de lui vois escondis.
Ja courtoisie ne rien douce
N'istera de vilainne bouce.
Cis a mes hommes enhais.
Fuions nous ent de cest pais. »
12345 Atant en a sa gent men&
Si a widte la contr& ,
N'ainc puis n'os&rent metre main
A St. -Jake na St.-Romain,
Et li paiens , tot maugre leur ,
12350 Fu piere de puant oudeur.
Kd.que.. Dont aporta-on, j'el sai hien .
A Seasons St.-S^bastiien
Et en Franoe , par I jour biel ,
0$1 cors St.-Piere et St.-Marciel ,
12355 Et de confies et de martirs
12326 Felctfors, injuste et cruel. 12311 Ne rien douce, ni chose douce, ni la
12330 Fiawe, vue. douceur, ni la plemence.
12339 Cbntredis, oppose a ce qu'on lui de- 12342 N'istera, ne sartira ; bouce y bouche.
mande. . 12343 Enhau , pri* en haioe.
12340 Quand je m'eo vaw scottduit par lui. 12332 Sessons, Soissons.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
11
Jointes et oissiaus tous entire.
Lo^ys, li fius Carlemainne,
Tint bien son empire et son rainoe ,
Corame hardis rois et gentius ;
12360 S'ot de sa feme III1 fius.
Blanceflor, la fille Aimmeri.
Moult ama ses fius et cteri .
Loiys , Lohier et Garlon ,
Et Pepins ot li quars a noo.
12365 Cis rois fu cortois et vallaos ,
Mais , pour $ ou k'il ot tieres grans ,
Par le consel des arcevesques ,
Dus , contes , princes et ^yesqes .
D^parti-il , sans nule doute ,
12370 A sea enfans sa tiire toute ,
Qu'apri& sa mort n'en fust estris
Ne meutee, noisse ne cris.
Al deviser ot maint preudome.
Lohiers ot l'empire de Rome;
12375 Si fu moult preudom en sa vie.
Lofys ot por sa partie
Toute Baivtere et Alemagne ,
Pepins , li tiers , ot Aquitagne .
Ango , Poito et Limozin ,
Louis - le - Debonnairc
partage tes etats au-
tre set fits.
12356 Des corps entiers , ossemens et ce qui
les unit.
12358 Tint bien ton empire , eel a est dementi
par l'histoire , ear la faiblesse de Louis est assez
connue.
12561 Louis 6tait mari£ depuis Pan 798 avec
Hermengarde , fille d'Ingeramne, due de Hes-
baie et avait d'elle trois fils , Lothaire , Pepin et
Louis. En 819 il epousa Judith, fille du due
Welf , de nobilittimd ttirpe Bavarorum, dit The-
gan, et il en eut un quatrieme fils appele 1 Charles.
Recueil des histor. fr., VI , 79, 405. Baluze, Co-
pituL 1 , 575.
12569 En 817, dans un concile a Aix-la-Cha-
pelle, Louis associa son fils aine Lothaire a
Pempire , et partagea ses elaU entre lui et ses
freres.
12372 Robert "Wace dit en parlant du meme
prince .*
As quatrc filz parll sa terre,
K'empres sa mort n'i out grant guerre.
Le ronton de Rou , I, 15.
12575 Al deviser , a ce partage.
12579 Ango, M.Mone, transcrivantle debut du
romande Guillaume-au-court-Nez , apres covers
que nous ayonsdonnl, mais plus correctement,
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\t
CHRONIQUE
Lotbaire.
Pepin
Louis.
Charles.
12380 Et moult l'am&rent si voisin.
Carles ot France et si fu rois,
Les tors hai , s'ama les drois ,
N'ainc volentiers ne corabati ,
Ne viers autrui ne s'aati.
12385 De son p£re, par la devise ,
Fu couronn& a St.-Denise
Et asseur& de la tierre,
Qu'il n'ot entr'aus tence ne gierre.
Lohiers , si com l'estore nourae ,
12390 Fu sacr& et b&iis a Roume
Et asseur& des marcis
Et des barons plus enfbrcis.
Ses p&re i fu al couronner ,
Pour l'afaire mious asener.
12395 Pepins fu d'Aquitagne quens,
Sa tiere tint par moult grant sens.
Lofys fu rois d'Alemagne ,
Ses peres viout qu'il la remagne :
Mais sor aus tous retint li pere
12400 Et del roiaume et de lempere
Les rentes et la commandise,
Tant com il vivroit, par devise.
Et apri& sa mort ensement
Tenisent leur assenement.
12405 Karles , ki fu ses fius mainsn& ,
11 i a preni [apeni) Baivier et Alemaigne
ajoute :
Et Normandie et Anjos et Bretaigne
Et LomLardie , Avauterre et Toscane.
J tauter re f dit-il , pour Aval-terre, Niederland,
les Pays-Bas. C'est le pays des Avalois.
12581 A la diete de Worms, au mois d'ao&t
829 , Louis avait d'abord assigne a sod ills Char-
les , rAHemanie , la Rhetie et une partie de la
Bourgogne. Ce ne fut qu'en 857 qu'a l'assemblee
d'Aix-la-Chapelle , illui donna la meilleure partie
de la France. En 859 , a Worms , nouveau partage.
12582 Tors , dans le sens moral on ne dit plus
que relors.
12585 Par la devise, en vertu de I'arrange-
ment , du partage fait par son pere.
12595 Les historiens omettent cette circon-
stance qui ne saurait e*tre exacte. Lothaire fut
couronne empereur le jour de Paques , 825 , par
le pape Paschal.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 13
Tint France comme rois senes.
Ci8 ama mOUlt 8e3 frereS III , Dissensions et guerres
rk • - - i • _■■ . entre l'empereur et
Puis ot entr aus gierre et desrois. ** fii$.
Encor vivoit rois Lo^ys ,
12410 Lor p&res, ki moult fu hard is;
Et cis fu Lofys, li pius,
Li d&onnaires , li gentius.
Mais Lohiers ki fu emperere ,
Prist guerre a Lotys , son p&re ,
12415 Et viers son fr&re, roi Charlon ,
Et Lofys , par un feSlon
Qui la guerre li consilla ;
Parquoi leur tieres exilla.
A quan qu'il pot , tous premerains ,
12420 Vint sour aus el pais de Rains ;
Mais ses pere et si frere andoi ,
Se la vert^ dire vous doi ,
A toute lor gent cevaucierent
Et contre Lohier savancierent.
12425 Pepins , li tiers frere , sans falle r
Ne fu mie a cele bataille ,
Quar il ot malade g^u ,
Si n'a Tun ni l'autre neu.
A batalle vinrent ensanble.
12430 Grant mortoire i ot , ce me samble ,
Par l'estore le sai de fi.
Lohiers adonques desconfi
Son pere et son frere Garlon ;
Et Lo^ys , k cuer telon ,
12435 Par outrage et par mesprison ,
Les tint et mist en sa prison ,
Et , par toute France , irascus
12410 Hardit , c'etait precis&nent tout le con- 12436 Prison. En 853, l'empereur est pris e
traire. conduit a S l -Medard de Soissons, puis a Aix-la-
12428 Neu (rime) , nuit, no(c)u(xi). Chapelle ou il passe Thiver en prison.
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14
CHRONIQUE
Cevaiuja a VII mil escus.
Castiaus et bors et fennet&
12440 Saissi, et Tiles et cit&.
Lohiers*, ki fu crueus et fel,
Se repenti et ot cornel.
Dont puis avint k'il les rendi
A Seasons, par 1 samedi.
12445 Et, pour icele m&estance.,
Enprist Lohiers sa p&iitance
En la glise de St. -Martin ,
Pour la guerre et pour le hustin
Qu'il avoit fait a son pere
12450 Et a Carlon, le roi son frere.
Et a Lofys ki fu tiers,
Ki mout i perdi de Baiwiers
Et d'Alemans a eel estour :
Acordet sont au eief del tour ,
12455 Et Lohiers, aine que plus atende,
Fist a son p&re grant amende.
Moult fu preudom cil Lo^ys ,
Fius Carlemainne, et ob&s
S'estoit a Dieu de tot le cuer ,
12460 Ne tort ne fesist a nul fuer.
12438 Escus, combat Laos, Tarmure pour le
guerrier, comme on disait une lance pour rhomme
d'armes et ses suivans. Une epitaphe vue par les
PP. Martene et Durand dans nn MS. de l'abbaye
da Mont-SMJuentin , a un quart de lieue de P6-
ronne, &ait ainsi concue :
Cbi gist dessus Ane Fawiaus ,
Roi d'arraes fors, preus etloiaus,
Plains de meurs de chcvallerie,
Espcranche de se lignie ,
Vaiuquiers fu et nient vaincos.
Partout fu mounstre* tes escus.
Robers fa apelles par uon ,
Li rrais Diex li fache pardon.
M et CC et LX ana murut
Dont mais horns fu doulans.
Voyage lit., 1725 , in-4*, pag 53.
12439-40 Ces deux vers ont deja passe sous
les yeux du lectenr. Foy. vs. 794-95 , etc.
12442 Se repenti, ce repentir fut force. Lo-
ibaire ne cexla qu'a la necessity en venant de-
mander pardon a son pere , aupres du chateau
de Blois.
12449 Ge vers est trop court ; lisez sans eli-
sion :
Que il avoit fait a son pere.
12454 Au cief del tour, au chef, au sommet
d'une tour. Cette particularity est ici pour la
rime.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
15
XXVI an* avoit rigni ,
Quant k la mort la Dieux men£,
N'onqes n avoit arafe gierre.
A St. -Denis fu mis en tiere.
12465 Lohiers fu de Roume emper&re,
Mais il ne pot de son cuer rere
Le p&iet qu'a son pere ot fet.
Moult estoit dolans del mesfet.
Loeys tint en son demagne
12470 Ais et Baiwi&re et Alemagne ;
Pepins Aquitagne et Poitou
Et Limozin et tout Angou.
Carles ot le regne de France ,
Et le sorplus mist en so uf ranee.
12475 En boine pais tint son r&i£ ,
Gar ses p&res l'ot couroun^.
DeVant fu fenestras et haus.
Si ot a non Carles li Caus.
Ass£ur& fu de la tierre
12480 K'il ni ot corine ne gierre ;
Moult fu preudom et d^bonnaire.
XXV rois a cest doi faire
Mort da Louis -le-Dc-
bonnaire.
Charlcs-le-Chauve .
12461 La mesure exige qu'on lise vingt et
six ans. II avail regne 36 ana et 3 mois moins
8 jours depuis la mort de son pere , el etait dans
la 63* annee de son age. II deceda Tan 840 dans
une tie du Rhin, aupres d'Ingelheim.
12469 Demagne, pouvoir, domination.
12473 Voy. Bonamy, Memoire sur I'etat du
royaume de France pendant le regne de Charles-'
le-Chauve, Acad, des Inscr., XVII , 245.
12475 Rene, royaume.
12477 Fenestras et haus, Ce vers est enve-
loppe d'obscurit£, et nous ne I'expliquerons que
par une conjecture , en faisant toujours nos re-
serves ordinaire*. Ph. Mouskes n'avait-il pas
voulu dire qu'avant d'etre couronne' , Charles fut
connu d'une maniere honorable et term en haul
rang j fenestras, par allusion a Tusage observe
dans les tournois, ou Ton faisait fenttre, e'est-
a-dire que pour faire connaitre les champions ,
on suspendait aux fenetres leurs ecus armories ?
Voy. Du Cange, au mot Fenestragium.
Si on lisait :
Car ses pere l'ol coarotme ,
Devant fu fenestres et bans.
11 se pourrait qu'on put traduire : Car son
pere le couronna, et cela devant fenetres et
portes, e'est-a-dire publiquement; mais, quoi-
que hasardee , nous preTerons la premiere inter-
pretation a la seconde.
12482 XXV. Lisez pour la mesure vingtet cinq.
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16
CHRONIQUE
Invasion des Normands
danjl'IledeWalche-
ren.
Odoacre.
Bataille d« Fontenay.
Rois de France , ce dist restore
Ki fu not& k eel tempore.
12485 Dont viareat li Normant en Walcres,
U quens avoit esti Od acres.
Si ocisent moult des Francois
Qu envoiies i avoit li rois
Pour le pais faire plus sauf.
12490 Mais li frere Carlon le Cauf
Le guerroierent a I jour
Qu'il quidoit mious iestre a s^jour ;
Mais il quist gent et fist batalle,
Si yenqui ses fr&res, sans faille.
12495 Droit k I jour de rouyisons
Fu la meutee et la tendons
De 1111 fibres d'ire plains.
En cele contr^e de Rains
Con apiele le Fontenil.
12500 La ot maint cors mis a exil.
A ce prince on doit compter vingt-cinq row de
France.
12485 JValeres, Hie de Walcheren. Falaeria,
Dom Bouquet, VII, 259, C. Dans les Ann.
Fuld. on lit : Anno DCCCXXXFII. Nordmanni
trtbutum exactantes, in WdUhram inrulam ve-
nerunt, ibique Eggihardum, ejusdem loci comitem,
et Hemmingum, Halpdani filium , cum alits mt*7-
tit, XV hal.julii, occideruntetDorestatumvasta*
verunt, acceptoque a Frisionibut tribute, reverti
sunt.
12486 Odacres, Odoacre on Audacre, passe
pour Ills d'lngelramne el pourpere de Baudouin-
Bras-de-Fer. Corpus chronicorum Flandria ,
pag. 1, 7, 9, 12, 54, etc.
12492 Qu'il se croyait le plus en repos.
12495 Rouvisons, rogations. La bataille de
Fontenay selirra Tan 841 , le 25 juin. Voy. DtV-
sertation sur le lieu ou s'est donnee... la bataille
de Fontenay , dans le recueil de Tabbl Lebenf,
Paris, 1758, I, 127-190. Observations par le
meme , sur Vepoque de la bataille de Fontenay ,
Acad, des Insc. XVIII, Hist., pag. 505. Norn-
velle preuve , par le meme , de Vepoque de la ba-
taille de Fontenay, Journal de Verdun, 1755,
feVrier. Memoirede M. Pasumot, sur le lieu on
s'est donnie la bataille de Fontenay en 841 . If out,
Annates des Voyages, XIII , 171-215. Cf. D
Bouquet, VII, 504, B.
Le Roman de Rou contient ce passage ,1,16
De toles pars fircnt venir
Quant qu'il porent por tot navir.
Entre Vergelai et Auceurre
Erent li uns ales en fcurre (Jbnrrag*r) ,
Quant It altres sont tos vemis ;
Esvos l'estor si mal esmu
Joste Fontenei , nne rile ,
En out ocis plus de cheat mile :
La peri de France la flor ,
E des barons luit li meillor.
Aiosi trovercnt paenz terre
Vuide de gent, bone a cunqnerre.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
17
Si ot moult de eevaliers mors ,
Qui qu'en fust li drois ne li tors.
Mais Karles li caus venqui tout
Et s'ot de gent contre lui moult.
12505 Desconfit furent si troi frere;
Tout 50U fist Lohiers l'emper&re
Pour l'enyie et pour la corine
Que Karles ot France en saisine.
Adont moru li quens Odacres
12510 Qui tint quite Flandres et Walcres ,
Et Bauduins , ses fius , fu quens.
Cil fu justici&res moult buens
Et moult fu hardis , ce dist Ton.
Mais li doi frire al roi Carlon,
12515 Pepins et Lofys , morurent
Peu apri& 50U que yencu furent,
Et pour 50U k'il n'avoient oir
Ki leur ti&re d&iist avoir,
Si revint l'onors , ce trueve-on ,
12520 A lor fr&re le roi Charlon.
Et Lohiers ki fu li tiers fr£re
Qui de Roume estoit emper&re ,
Se rendi en une ab&e ,
Pour 50U que par sa &lonnie
12525 Avoit son p£re guerroiil
Et son frere , pris et loite ,
Ensi com jou (vous) ai devant dit.
Btadouln-Bru-de-Fer ,
comtt de Flendre.
Mori de Pepin et de
Lonis-le-Geraeniqne.
Lothaire entre en re-
ligion.
Cf. Deppiog , Hittoire des expeditions maritimes
det Iformands, Paris, 1826, I, 115.
12810 Foy. v. 12848.
12815 Pepins, il Itait mort $ur la fin de
l'annee 838, par consequent avant la bataille
de Fontenay; Loeyt, Louis mourut le 28 tlu
mois d'aout 876, c*eat-a-dire environ 55 ans
apres cette bataille et non pas peu aprie's , comme
le dit Ph. Mouskes.
Tom. II.
12521 Lohiers, Lotbaire en Ira an monastere
de Pruhm en 855 et mourut le 28 on le 29 sep-
tembre de la meme annee. L'abbaye de S l .-Hu-
bert conservait le portrait de ce prince a la tele
d*un psautier en lettres d'or , dont il avait fait
present a cette maison. Les PP. Martene et Du-
rand ont fait graver cette miniature dans leur
Voyage litte'raire, 1724, in-4°, pag. 156.
12526 Loiie', lte.
3
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18
CHRONIQUE
Louis II, empereor.
Lolhaire, roi dc Lor-
raine.
Judith.
Isi Lohiers , sans contredit ,
Se f u en l'abie rendus.
12530 De sa feme ot I fil sans plus.
Lo^ys ot non, par yerli;
De l'empire la dignity
Li a doun& toute entire :
Sen fu maint jor tenans et sire.
12535 Petit apri& moru Lohiers
Qui Dieu siervi moult Tolentiers ;
Dont la tiere encor , par raison ,
Pour Lohier Loherainne a non ,
Trhs gou qu'il en fu premiers sire.
12540 Et la tiere laissa poursire,
Et ses fius ot le don del p£re ,
Si que sires fu de Tempore ;
Et Karles li Caus fu en France.
Haute feme ot gen til et france ,
1 2545 Dont une fille ot auques biele ;
Juthis ot non la damoisiele.
Mais Bauduins , li fius Odacres ,
Ki tint quite Flandres et Walcres ,
L'enama, si le YOt avoir;
12528 1st, pour ici, ieist, ce.
12829 L'abie, tout a l'heure Vabeie.
12530 Ce vers contieut une grosse erreur,
car d'Hermengarde , fille de Huguea , comte
d'Alsace , qu'il avait Ipousee en 821 , il laissa
troia fila : Louis , qui devint empereur ; Lo thai re,
auquel il don Da la portion de aes eiata qui
du nom de Lothaire a'appela Lolharingie; et
Charles , roi de Provence. II eut de plus quatre
Biles.
12535 Moru Lohiers, Lothaire , roi de Lor-
raine , mourut le 8 aout 869.
12539 Tres cou qu', par ce qu\..
12540 P our sire , pourauivre, Lenoir a un au-
tre. Apres sa mort, Charles-le-Chauve, roi
de France , s'empara du royaume de Lorraine.
12541 Et ses fius , non pas le fils de Lothaire,
roi de Lorraine, qui n'en eut pasd'aulre que Hu-
guea, a qui il avait donne 1' Alsace, mais Louis II,
fila aine de l'empereur Lothaire.
12544 Haute feme, Charles-le-Chauve epousa
1° Hermentrude , fille d'Eudes, comte d' Orleans ;
2° Richilde, sceur de Richard, due de Bour-
gogoe et de Boson I ou II , depuia roi de Pro-
vence. Du premier lit etait Judith qui Epousa :
1° Etelwolf, roi d'Angleterre; 2° Ethelbald, fils
de ce premier mari avec lequel elle n'avait point
consomme* son manage ; 5° Baudouin . comte
de Flandre.
12548 Vers repele , voy. 12510.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
19
12550 Et celle ot petit de savoir ,
Si Fensm que nus n'el sot;
Et li quens le prist lues qu'il pot.
Si l'espousa et prist a feme.
Quar elle iert biele comrae gemme.
12555 Cis quens fu Bauduios li fiers.
Gen sui par restore tous ciers.
A eel tans fu , e'est Veritas ,
De laoustes moult grans plent&.
Et vinrent deviers orient,
12560 Si se traisent Tiers Occident.
Tant en i ot qu'amjois ne puis
N'en vit nus tant, si com je truis.
Et disoient par toute France
Que c'iert aucune d^mos trance.
12565 Et si fu-il tout voirement ,
Quar en France ot trop grant torment
Et trop cruele descepline
Et mortality et famine ,
Si que li gent de faim moroient
12570 Qui trop grant ri$aice n'avoient.
Encor vivoit Karles li Gaus ,
Ki moult fu preudom et loiaus
Et mena moult honniestre vie ,
N'ainc de l'autrui n'en ot envie.
12575 Une eure avint k'il s'esperi,
Sautcrclles.
12558 Laoustes , sauterelles , locustce. Les
Chron. de S*. -Denis portent : « Ed ce tens s'es-
pandi si grans plenty de langoustes par Alemagne,
par France , par Espagne , que cele pestilence
pot estre comparee a une des plaies d'£gypte. »
D. Bouquet, VII, 140, A.
12561 Qu'ancois ne puts , qu'avant ni apres.
12564 Demostrance, presage.
12575 SPesperi, fut priv£ du sentiment. Un
poeme MS. allegue par Du Gauge , est intitule
le Despirement du corps. Voyez la table des
auteurs. Le miracle raconte* par Ph. Mouskes ,
est longuement detaiUe* dans les Chroniques de
St.-Denis, D. Bouquet, VII, 148-149. Le texte
latin a £te public* par Lenglet Du Fresnoy , Re-
cueilde dissertations aneiennes et nouvelles sur les
apparitions, I, 184-189.
Ne remarque-t-on pas dans cette fiction gros-
siere , le fonds du merveilleux formidable que le
Dante a enrichi de toute sa poesie?
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20 CHRON1QUE
|
L XL e£ mHUu U*w angles , par St.-Esperi ,
Et en la main li assena
Le cief d un linciel de fil blanc
12580 Qui resplendisoit a resanc ,
Si corarae clart& de solel
Dont li rai sont cler et yiermel.
Et le cief del fil , sans resoing ,
Li fist loiier en tor son poing.,
12585 Et li rouva qu'il le sivist
Et mirast bien 90a qu'il v&st.
Lors fa men& en grans values,
Hideuses, parfondes et Mes,
Plainnes de soufre tot ardant
12590 Et saim et cire et poit boulant.
Et la yit-il les arcevesques
Et les ab& et les evesques,
Princes, castelains, dus et conies,
Marcis, vavasors et viscontes,
12595 Qui consilli&rent k Lohier
De Lo^ys k guerroier
Son pere , et ses freres ausi
Et de soi m&smes ensi
Qui frere et rois de France estoit.
12600 Puis fu men& en autre endroit
Et vit tormens de M manures
Dont les painnes erent trop fibres.
Et la vit-il armes plusiors
De la gent de ses ancisors
12605 Qui si fort torment^ esloient
Pour 90U que il doun& avoient
12579 Le cief, l'extremite ; linciel: les Chro- plendissait en se developpant, par ton mouve-
niques de St. -Dents portent luissel et le latin ment d*ondulation (?) ; ressac , terme de marine.
ylomerem linevtn , proprement un peloton de (il. 12583 Sans resoing, sans apprehension.
12580 Qui resplendisoit a resanc, qui res- 12590 Saim, graisse, saindoux; poit, poix.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 21
Mauvais consaus et desloiaus
Et orent fait jugemens faus.
Puis trouva-il une vatee
12610 Tenebrouse et hideuse et \6e.
La vit-il courre une footainne
Ki de boulant aigue estoit plainne,
Dont luevre n'iert corte ne brieve,
Et une autre plainne de tieye.
12615 Lk vit-il Lofys son p&re
Jusques as quises en mis&re ,
L'un jor en l'aigue t&voiant
Et l'autre jour en la bollant.
Et la iert-il par la proi&re
12620 De S*.-Remi et de S*.-Ptere.
Quant Karles, ses fius, l'avisa,
De ses ious tenrement plora.
Et Lofys , ses p£re , esrant
Doucement li ala priant
12625 Que, por lui de painnes gieter ,
Fesist messes dire et canter ,
Dire orisons, lire sautiers,
Et il li dist que volen tiers.
Lors fu men& en paradis,
12630 Plain de repos et de d&is ,
Carles li Caus par le lainsiel
De fil qu'il ot en sa main biel.
Et la yit-il le roi Lohier
D'or couroniK* pour son loier ,
12635 Avoec les saintes et les sains.
Quar de p&i& iert nais et sains
12614 7Yei*,eautiede. 12628 Que volenliers , qu'il le ferait volou-
12616 • Son pere le roi Loya dedenz Piaue tiers.
bolant jusques au gros des cuisses. » Chron. de 12631 Lainsiel, tout a Fheure linciel. II vaut
St.-Denit, D. Bouquet, VII, 149, A. mieuxlire luissel.
12617 riVroiaw/,tiedissant. 12636 ifaw, nel.
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CHRONIQUE
Des le jour qu'il se convierti ,
Qu'en l'ab&e se rendi
Et laissa l'empire de Roume ,
12640 Pour faire de soi I preudome.
Qui plains de malisse ot esti
Et par iyier et par esti.
Quar cis sieclea est trop vilains
Et de p&i& et de maus plains.
12645 Si puet li& iestre ki ses preus
Fait de cest siecle qui n'est preus ,
Quar ce n'est mie oevre a compas ,
Ains est vanit& et trespas.
Cil ki vit hui morra demain ,
12650 S'ira li siens en autrui main,
Ne riens od lui n'enportera
Fors que l'aumosne k'il fera.
Ce puet-on savoir par Lohier
Ki tout laissa pour Dieu proier.
12655 Aprils Tit Carles Lofys ,
Le fil Lohier, qui S*.- Rem is
Et S*.-Pieres, par leur proiere
Qu'il orent faite a Dieu enti&re ,
Ayoient fors d'infier giete.
12660 S'iert li& et plains d'umditf.
lit proia Carle Lofys ,
Li fius Lohier , que par miercis
De Dieu , ki lavoit fet preudome .
Rendist tot l'empire de Rome
12665 A Lo<5ys,le fil sa fille,
12641 (tat, lui qui.
12645 Ses preus , son profit.
12646 Qui n'est preus, qui n'est point sage.
12647 Oevre a compas, ceuyre bien reglee,
bien mesuree.
12648 Trespas ne signifie pas ici deces , mais
abus, ce quidepasse la me sure.
12650 Son bien passera en d*autres mains.
12656 Qui, lisez que.
12665 Loeys, le fil sa fille. Louis II ne laissa
d'Ingelberge on Angelberge, son Spouse, qu'une
fille nominee Ermengarde, mariee a Boson I
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DE PHILIPPE MOUSKES.
23
Qui drois oirs en estoit sans gille.
Et Carles li a lues rendu ,
Quar il li estoit esk&i
De Lo&s, ki mors estoit ,
12670 Son fil ne autre oir n'i ayoit.
La aluec en fu raviestis
Li fius sa fille , Lo^ys ,
Par le fil que Carles tenoit
Qui rois et emperfcre estoit.
12675 Quant Carles ot v&i ensi ,
Si revint en son esperi
Et puis yesqui moult saintement
Et si rendi tout quitement
L'empire de Rome a l'enfant.
12680 Puis sen ala petit avant
Carles a Ais , a la Capiele
Que Carlemainne ot faite biele
Et mainte ri$aice i ot mise.
S'en aporta a S l .-Denise
12685 Des reliques que Carlemainne ,
A son travail et a sa painne ,
En aporta de Jursalem ,
De Surie et de Bell&m.
En France ayoit si grant famine
12690 Et si grant plenty de viermine ,
Que de yiermine , sans reclaim ,
Moroient les gens et de faim.
Quant Carles, qui on l'enorta,
Famine et tnisere en
* France.
on II , roi d' Aries ou de Provence , dont elle eut
Louis , dit PAveugle.
13666 Sansgille,*am tromperie, legitimement.
12675 Par le fil, le texte latin ou Charles-le-
Chauve est cense parler lni-meme, est ainsi
concu : Tunc ego denodans filum de pollice dex~
term mew, dabam illi omnem monarchiam imperii
per ipsum filum.
12679 L 'empire passa de Charles-le-Chauve
non pas a Louis, fils d'Ermengarde, mais a
Charles-le-Gros , troisieme fils de Louis-le-Ger-
manique et neveu du roi Charles.
12691 Sans reclaim, sans reclamation, sans
soulagement , sans pouyoir obtenir merci.
12695 Qui onVenorta, il vaudrait mieux lire
que Von enorta.
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24
CHRONIQUE
Reliqurs.
Led saintuaires aporta ,
12695 Teus com jou les yous nommerai ,
Si com par restore le sai :
L'un des claus dont Dieux fu clofis
Aporta-il a S*.-Denis,
Et la ceraise nostre Dame
12700 Aporta-il k Cartres pour same :
Et , pour $ou que biens i avi&gne ,
Si dona-il droit, & Compi&gne,
Le suaire Nostre Signour
A S^-Cornille, pour s'ounour;
12705 Et tamaintes autres relikes
Dignes , pr&iouses et rikes
Douna Karles par la contr&
Ki de famine iert d&iert& ,
Et si envoia k Seasons ,
12710 U on en fait les orisons
I des sollers , a cele fie ,
Dont la mire Dieu fu caucie.
Adont si fist Karles li Caus .
Qui de biens fu engri& et caus,
12715 Faire et estorer le pardon
Pour aumosne et pour gueredon ,
Ki devant ot a Ais est£ ,
Entre Montmartre et la citd
De Paris, tout droit al Lendi.
12697 Vers deja employe. Foy.t. I, p. 440,
v. 11422.
12699 /bid., p. 441, v. 11434.
12700 Cartres, Chartres.
12703 Foy. t. I, p. 441 , v. 11430.
12704 St.-Cornille , voy. clans le Recueil de
divert ecrits de Fabbe Lebeuf, I, 352-373 : His-
Loire de la reception du corps de St.-Cornille
pape a Compiegne, ecrite en prose et en vers, par
un auteur du X 6 tilde.
12711 Foy. t. I, p. 441 , v. 11430.
12714 Qui fut zele* et chaud pour le bien.
12719 Lendi, rabbi Lebeuf a reconnu que la
foire du Leodit , appelee originairement V Indict
(Indicium), eat de l*aa 1109. J cad. des Inscript.,
XXI , Hist., 167 et suiv., Du Cange, Gloaa., au
mot Indictum ; Dulaure , Hist, de Paris, 4 a &.,
Brux., 1828, III, 19, 20, 21, IV, 16. Gette
coutume a inspire un poete du XIII a aiecle : voy.
le dit du Lendit rime', Fabliaux de Barbasan et
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DE PHILIPPE MOUSKES.
25
12720 Si fu fait par I venredi;
La dure VIII jors li pardons
Et la digue b&i&^ons.
Si furent gari et refait
Les gens ausi , com par souhait ,
12725 Et de lor pain tant solement
Se refaisoient si forment
Comme il ^uissent plusiors m£s.
Ne famine n'i dura mes
Et la mortality ciessa :
12730 Teqs miracles i d^moustra.
Puis furent li saint mis en sauf ,
C'avint al tans Garlon le Cauf ,
Con tint a sage et a preudome.
Puis sen ala Carles a Roume ,
12735 A loi de preudome et de sage ,
Ausi com en p^lerinage ;
de Meon, II, 301-507. Cette piece est d'autant 12722 La digue be'ne'icons : Le dit du Lendit:
plus CUrieUSe pour noUS , quelle off re quelqueS Premerainla procession
details relatifs a notre commerce au moyen age. Dc Nostre-Dame de Paris
I vient , que Dieu gart de peris
Ed mon dit vous amentcorrai Tous les bons marches ns qui i sont,
Gant et Ypre et puis Bouay , Qui les grans richesses i ont,
Et Maaline et Brviselles, Que Diex les puist tous avancier :
Je les doi bien nommer con celles L'evesqucs on le penancier
Qui plus belles sont a veoir ; Leur fet de Dieu beneison
Ce vous sai-je bien u savoir ; De digne bras Saint-Simeon,
Cam b mi cite et Moncornet , Dcvant, apres ne doit nusrendre.
Maubeugeet Ares {Avesne?)\ met, • 12731 Mis ensauf, mis eu surete* , mis dans
* ' * ■ * * • leurs chasses ou fierles. On disait remettre une
Et Montereuil dessns la nicr , , - .. , _ _ _
Et Saint Cointin et Saint-Omer, e P €e eH *« U f > P 0Ur d,re la *»*«"■ dam le four-
Abeville et Tenremonde. reau.
1273S A lot, a la maniere. Cette eipression
• * " • Et puis £/,*«/*«, a deja ^ frequemment employee.
;:w M X U i: ( ^^ )trouvai, i275 « ™<™"- ***- ** *«- »■»•
pour secourir le pape , mais a la nouvelle que
. . . CourteraieiErre (Aire) , Garloman , roi de Baviere , son neveu , s'appro-
' ;•' ••'••• ' * chait a la t£te d'une armee, pour revendiquer
Hal et Grant-Mont tres en Brabant , , ... „ ti ,. ., . , . . *,
ses droits sur I Itahe , il reprit la route de France
LUle en Flandre , Cressi et Hut, ou >* ne P nt arriver . Ii mourut le 6 octobre 877,
Et Arras cite, etc. a Brias, village situe en deci du Mont-Cenis.
Tom. II. 4
La famine cesse.
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26
CHRONIQUE
Mort de Charlcs-le-
Chauve.
flermeulrudc.
Louii-lc-Beguc 6 oct.
877.
Ayous.
Elic
Mais il moru en cele voie.
A i'enfoir n'ot ris ne joie.
Petit apries fu desfouis
12740 Et raport& k S*.-Denis
Et la Font Francois entter£.
XXX1III ans ot rois est£;
Dune feme ki fu gentius
Avoit I fil ki fu soutius,
12745 Lofys li Baubes ot non.
Et saci& k'il ot cert sornon
Pour 90U k'il estoit baubet&re.
Mais il n'iert fos ne abetere ,
N'onques ne vot amer felon.
12750 Et fu couronn& k Noion.
Ses peres li ot feme quise ,
Dont il avoit grant tiere aquise.
Ayous, li preus et li hardis,
Si fu couzins cest Lo^ys ,
12755 De sa serour la feme Elie ,
Ki biele fu, gente et delie.
Des haus barons les plus sen&
Fu cis Loeys couronn&.
12740 II fut d'abord inhume a Nantua, dans
le diocese de Lyon, mais huit ans apres sea
restes furent transferes a S l .-Denis.
12742 XXXIIII ans, il avail regne, comme
roi de France , 37 ans 3 mois et 16 jours.
12745 Baubes, begue, balb(us).
12747 Baubelere, empeche de la langue , bal-
b(u)tire.
12748 Abetere, privede jugement.
12750 Noion. Les historiens disent a Gom-
piegne et ajoutent que celte ceremonie fut re-
nouvelee l'annee suivante au concile de Troyes.
Les Chron. franc, de St. -Denis disent Rains
par erreur. Dom Bouquet , VIII , 326, D.
12751 Feme quise. Louis epousa, en 862,
Ansgarde, soeur d'Odon, comte en Bourgogne
et pere de Bernon , premier abbe de Gluny ,
alliance que le roi son pore l'obligea de rompre
au bout de quelques annees, pour lui faire
prendre Adelaide ou Judith, dont on ignore
l'origine, Dom Bouquet , VIII, 61 , G.
12735 Serour, Louis-le-Begue n'eut pasd'au-
Ires sceurs que Judith , qui epousa le comte de
Flandre Baudouin , Botrude et Ermentrude , qui
furent abbesses. Une fille du second lit mourut
en bas age. II ne pent etre question , en cet en-
droit , a propos $ Ayous et d'Elie , que de per-
sonnagesromanesques. Giraud de Gabreira , dans
sa piece Cobra juglar, cite un Aiols parmi d'au-
tres personnages de roman.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 27
XXVI roi sont k cestui ,
12760 Par l'escriture fers en sui;
Et apri& , si po& sayoir
Par l'escriture tot de voir,
K'il ne fu mie rois V ans ,
Quar la mors , qui bien est poisans .
12765 Le prist k Sessons, si rooru.
A S*. -Denis enfouois fu.
S en ot par la tiere grant plainte
Quar sa feme remest en^ainte.
Si porta ses mois et ses dis.
12770 Et non pourquant cis Lo^ys
Ot in I fil de sougnant ,
Si Fapieloient Karlemant. cwiobmh
Bacelers iert vallans et fiers ,
Si estoit ja fais cevaliers.
12775 Quant ses p£res fu enti&*& ,
Si est en la baillie entr&
Del roiaume , et si le garda.
Mais li rois , ses peres , manda
El lit de la mort , tot par non .
12780 Par ses laitres, al conte W&lon. **&**•
Pour ?ou qu'il iert plains de savoir .
Que il fust garde de son oir.
Quant l'eure fu atiermin^e ,
S'est la rolne d^livr^e
12785 Dim fil , s'el nommerent Carlon .
Pour Carlon le Cauf , son taion.
I fu tramis tout en apiert
12765 Sessons , Louis-le-Begue mourut a Com- 12772 Karlemant, d'Ansgarde Louis eut deux
piegne , le 10 avril 879 ; il fut environ un an et fils, Louis et Carloman , qui regnerent apres
demi roi de France , mais il etait roi d'Aqui- leur pere.
taine depuis Tan 867. 12774 Cevaliers, nouvel anachronisme.
12769 Ses mois et ses dis, ses mois et 9e$ 12780 Wedon, en latin Odo, Endes.
jours , elle accoucha a terme. 12785 Jltiermine'e , arrivee.
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CHR0N1QUE
Robcrt-le-Fort.
W^don , fil le conte Robiert ,
Qui deviers Saisogne estoit n& ;
12790 Et ot II fiiis cil quens sen& :
W^don , le s&iescal de France,
Et Robiert ki , pour sa vallance ,
Avoit qoq Robiers li Francois.
Mais pour le paour des Danois ,
12795 Qui donques estoient paien
Ne de Dieu ne cr^oient rien
Et venut ierent en Bourgogne
Et en France faire vergogne ,
Si orent , sans avoir miercis ,
) 2800 Houmes , femes , enfans ocis ,
Castiaus destruis , arses cit& ,
Bours et viles et fermet^s;
Si fisent li Francois le don
Del roiaume al contc W&lon ,
12805 Pour garder en liu de droit oir
Ki la tiire devoit avoir,
Pour 90U c on le tenoit a sage ,
Tant que 1 enfes auroil ^age.
Et. pour la tiere conforter,
12810 Li fisent couronne porter.
Rois fu sans sacre , ensi le truis.
A XXVII conler le puis.
Et quant il en ot le com man t ,
Si en osta fors Karlemant ,
12788 Robiert, Robert-le-Fort , due d'Anjou.
Dom Bouquet , VIII , 240 , D. 337 , A.
12791 Se'nescal, comte de Paris.
12794 Robert ,Wace rapporle ainsi la preten-
due origine troyenne des Danois :
Une gent dc Troie esc aper en t
Ki en Danemarche assencrent.
Par Dauaus , un anccssor,
R'il orent lunges & seignor ,
Se firent Danciz apeler ,
Por lor lignaige remembrer.
Le rvman de Rou , I, 8, v.
165.
Foy. plus bas y. 12914 et suiv. ou Ph. Mous-
kes suit la meme tradition.
12812 XXVII, lisez vingt et sept, pour la
mesurc. Ph. Mouskes ne compte ni Louis et
Carloman , ni Louis-le-Gros.
12814 Karlemant, Carloman avait cesse de
vivre depuis environ trois ans quand Eudes ftit
elu roi par les principaux seigneurs en 887.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
29
12815 Pour gou qual frire ne fesist
Chose dont Tiers lui mesfeist.
Adont que cis Wedes fu rois ,
Si ariverent li Danois ,
Qui paien estoient , en Flandres ,
12820 A tant de gent qu'ainc Alixandres
N'en ot a painnes I jour tant.
Si destruisent Bruges et Gant ,
Audenarde, Lisle, Cortrai
Et tout le pais Tiers Tornai ,
12825 Et parmi Hainnau s'en alerent
Droit a Condet , \k s£jorn&rent ;
De la tiere destruisent moult
Et puis s'en repairierent tout
Viers la marine, faisant gierre.
12830 Li rois Wedes France et sa ti&re
Garda si par sens et par force ,
Qu'il n'i prisent fust ne escorce.
Petit apri& que jou tos di ,
A Paris , par I samedi ,
12835 Li rois Wides en jung moru.
A grant ounor enti^r^s fu
Et fu comme rois enti&r&.
Mais il not mie est£ sacres.
Rice tombe ot et moult rice aube ,
12840 Et li fius Lofys le Baube ,
Carles li Simples , f u men&
A Rains , et la fu couronn&.
A cestui sont XXVI11 roi ,
Les Danois penelrent
en Flandre ct dans le
Hainaut.
Charles-le-Sirople.
12852 Expression proverbiale.
12855 Enjung, Elides mourutle l n Janvier
de Tan 898, a l*age de 40 ans.
12858 Sacres, cette circonstance si impor-
tante aux yeux d'un ecclesiastique a deja M rap-
pelee au v. 12811.
1 2841 Charles-le-Simple fut couronnl a Reims,
par Parcheveque Foulques, le 28 Janvier 895,
par consequent environ cinq ans avant la mort
d'Eudes. La chronologic de Ph. Mouskes est
souvent en defaut.
12845 XXFIII, tingt et huit rois tant sacres
qu'autrement, ou que par octroi, arrangement,
accord.
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30
CHROMQUE
Antiaumes ou Adel-
sUn, roi d'Aogle-
terre.
Lothaire.
Gisele.
Aelis on Adelaide.
Herluis ou Hcrliadc.
Ogive.
Digression retrospe*-
livesurles Normaads.
Details geogr»phiques.
Asie.
Que pour sacre que pour otroi.
12845 Li row Antiaumes d'Engletiere
Li dona sa fille sans {jierre.
II fius en ot qu'il ot moult ciers,
(k)u f u Lofys et Lohiers ;
Et HI filled, l'une ot non Gille,
12850 Qui ne sot ainc barat ne gille;
La seconde ot non A^lis
Et la tierce ot non Herluis,
Et sa feme ot a non Ogive ;
Biele fu cortoise et joliye.
12855 La tiire tinrent en grant pais.
Une ptece atant le tous lais ,
De Carlon le Cauf si dirai ,
Des Normans itant que g'en sai.
Sainte escripture nos dist bien
12860 Que li sage clerc anciien
Viserent les coses del monde .
Si com il clot a la r&mde ,
Et en trayiers et en longecce
Et en costiire et en largecce.
12865 III pars i conte r&orike,
Azie, Europe et Aufrike.
Azie dure ciertainement
De bise ki vient d'orient
12845 Antiaumes , ce nom est sans doute une
corruption d'Adelstan, appel6 Anselme par J.
de Guyse et A des ten par Rob. Wace, dont
Charles-le-Simple £pousa non pas la fille, mais
la soeur. Adelstan et Ogive avaient pour pere
Edouard I OT , dit l'Ancien.
12848 Lohiers, les anciens historiens ne par-
lent pas de ce Lothaire.
12849 Gille, Gisele : elle n'etait pas fille d'O-
give , troisieme femme de Charles - le - Simple ,
mais de la premiere, dont on ignore le nom*
Gisele fut donnee en manage a Rollon ou Rou ,
chef des Norma nds. Meyer rapporle une autre
version, Ann, ad an. 884, fol. 14 verso.
12850 Barat ne gille, ni ruse ni perfidie.
12851-52 Aelis, Herluis, non mentionnees
par les anciens annalistes.
12853 Ogive, ou Otgive et Eadgrre.
12854 Jolive, jolie.
12855 En grant pats. L'hisloire atteste le con
traire.
12862 Clot, enferme, cloud {it).
12867 Vers trop long d'une syllabe.
12868 Bise ki went d'Orient, ventdu nord-est.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
31
De jusques en droit mi&li.
12870 C'ont aviset, bien le tos di ,
Li sage home ki ja vesquirent
Et de clergie tout yen qui rent.
Aufrique , saci&-le de yoir ,
Al mious con i puet parcevoir,
12875 De mi&Ii pro^ainnement
Si dure jusqu'en Occident.
Ce dist I'estore dapresure
Et par l'esp&re et par mesure.
Europe dure , par devise,
12880 D'occident de jusqes en bise.
Par tel devise et par tel eose ,
Si com l'escripture nos glose ,
Tient Azie, en lone et en r&nde,
La moiti^ de trestot le monde.
12885 Mainte contr^e a en Europe,
Si com saToir nos fait la note,
Par les aigues qui le devisent
Et departent et remarcisent ,
Dont il i a si grant plenty
12890 Qu'il ont poissonsa volenti,
Si a castiaus Tiles et bours
Fermet^s et cit& plusiors.
Atenie qui moult est grans
Afrique.
Europe.
Alenie.
12870 (font aviset, ce ont a viae, reconnu.
12877 L'eslore d'apresure, l'histoire de Ten-
seignement, e'est-a-dire la science.
12878 L'espere, la sphere.
12883 Pour retablir le vers il faut lire :
Tient Asie, en lone et rtande.
12888 Remarcisent, limitent; allem. mark.
12893 Alenie, voy. Guillaume de Jumieges.
Gervais de Tilbury (deja cite* I, clxxxii) , au-
teur qui florissait au XIII siecle , comme Phi-
lippe Mouskes , en ses Otia imperialia dedies a
l'empereur Otton IV , donne des details fort
curieux sur l'etat de la geographie de son
temps 7 ainsi que nous le faisons observer dans
Tlntroduction de ce second volume. En jetant un
coup d'oeil general sur I'Europe, il s'exprime
ainsi : A septentrione igitur a Tanaifluvio prima
Europce regio Scythia inferior appellatur , in qua
Alania et Gotkia et Scandinavia. Hine Rulkenia,
Polonia et Dacia versus Oceanum late porrigun-
tur insulis intcrcurrentibus, G. G. Libnitii Scrip*
tores rerum Brunswicens., 1 , 953. Une carte du
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32
CHRONIQUE
Danemarck.
Grece.
Etymologic du mot Nor-
ma ndie.
Origtne des Danois.
Danafis.
Est dedens Europe manans :
12895 Si a lant aigues et palus
Que la liere en est forte plus.
Danemarce si est apri&
Eq Europe, tenans moult pri&.
Et la si mainnent li Danois ,
12900 Qui suelent faire moult danois.
Grese, u li castiel sont masi ,
Si est en Europe autresi.
En la ti&re a maint diviers liu ,
Auques i sont hardit li Griu.
12905 Grese est moult fore , et klinie
Si est plentivouse et garnie ,
S'a maint fort castiel en la marce.
Entre ces II siet Danemarce.
Danemarce, que que nus die,
12910 Fu premiers dite Normendie,
Quar nort c'est bise et hom c'est man ,
S'orent a droit a non nort-man
Pour $ou que leur ttere est viers bise.
Mais ore est autre la devise ,
12915 Quar uns rois, Li Daniaus ot non,
Fu sires de la region.
Si fu la contr^e et la marce
X1V° siecle , dont M. Mone , si diligent a re-
chercher les monumens du passl, a donne le
facsimile daus ses Anzeiger , 1856, 11 4, place
YAlenie imm^diatement au-dessous de la Nor-
wege. Robert Wace dit, 1,9, v. 185 :
De 1'une part manent Danois,
De l'altre part sont Alenoiz,
Alenoiz ke Ton dit Alains ,
De devers Scice (Scythie ) sont resins ,
Devers Norwege plus procains.
et Benoit de S*-More (Depping , II , 259).
Entre Alane qui mult est lee ,
Et Jece qui n'est sens gelee ,
Est Danemarchc la plenere , etc.
12901 Man, massifs? forts?
12909 Que que, quelque chose que...
12911 Robert Wace, I, 6, v. 109:
Man en cnglcit et en noreis
Senefice hom en francheis ;
Justes ensemle North et man
Enscmle dites done Northman ,
£o ert hom de North en romant ;
De 90 vint li non as Normanz.
Sur le nom et la patrie des Normands voy.
Depping, II, 256-267.
12914 Cette origine troyenne a £te rapport ee
sur le t. 12794.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
33
Pour Daniel dite Danemarce ,
Et cil Nortman , que que ous die ,
12920 Conquisent premiers Normendie,
Et pour aus sont Nortman claraet
Et des Danois sont moult amet ,
Pour cou qu'il sont dune lignie.
Aprils vous dirai de leur vie.
12925 Al tans le simple roi Carlon
Si iert coustume, ce dist Ton ,
Que Danois , ki paien estoient ,
A luxure tout se dounoient.
Savoient femes V ou VI
12930 Ou VII ou VIII ou Villi ou X.
Lues si avoient tant d'enfans
Que la ttere , ki bien est grans ,
N'es pooit mie gouvierner.
Si leur convenoit sort gieter
12935 Li quel des enfans s'en iroient
Fors de la tiere, et conquerroient.
Mais li ainsn& des fius le pere
Cil demoroit avoec la m£re ,
Pour d&enir leur yretage.
12940 Et cil aloient al riyage
Sour qui la sors estoit k&ie,
Lors sigloient sans atendue
Coutume des Danois.
12918 Daniel, Danaiis.
12925 D'une, d'une seule.
12926 Si iert coustume, Robert Wace sans
parler de cette corruption des moeurs ni de cette
polygamie qui en etait la consequence, a en
croire Ph. Mouskes, rapporte le meme usage,
I, 10, v, 208/
Costume fa jadis lone tens
Ea Danemarche cntre paens ,
Kant horn aveit plusors enfans,
Et il les aveit norriz grans, •
Un des file relenoit par sort,
To*. II.
Ki ert son her (fteritter) t era p res sa mort ,
Et cil sor ki li sort torneit ,
En altre terre s'en aleit.
Quer (car) enfans tant Ueuc naissoient
E fils et files tos creissoient ,
N'es pooit la terre soffrir,
Ne n' avoient soln d'els garir.
Benoit de S te -More et d'autres ecrivains nor-
mands sont con formes a R. Wace, mais M. Dep-
ping, Hist, des exptd. marit. des JVormands, I,
20 , revoque en doute l'usage dont ils font men-
tion , et le regarde tout au plus com me un fait
isoll.
5
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34
CHRONIQUE
Lodbrok.
Bioern-Cote-de-Fer.
Hasting.
Parmi la mer , et arivoient
Tel liu qu'asa& i conqueroient,
12945 Quar il avoient le* n& grandes,
Et gena et arraes et viandes
Que leur pere qui les guioient
Tr&s dont qu'il aler en devoient.
Ceste loid fu lonctans en cure
12950 Par leur maliae et par luxure,
Tant qu'al tans le fort roi Lotrot
De Danemarce , qui moult sot,
Couvint ajugier la contr&,
Son fil , par sort ki fu gieUe.
12955 Biers Co*te-64r& ot k non,
Cevaliers fu de grant renon,
Si ot od lui I cevalier
Pour lui aprendre et consillier.
Hastens ot non , hardis estoit
12960 Et moult de traison aavoit.
Cil Biers et ses ceyaliers
Hastens, qui moult iert fel et fiers n
A moult grant gent tout aati
De Danemarce sont parti ,
12965 Par sort ki sour a us esk&.
Dolans en fu qui mesk&.
Et tant ont par la mer sigte
12947 Guioient, guidaient, dingeaient. II
manque quelque chose a ce vers pour la clarte
du sens, soit : que leor donnaient leurs peres qui
les dingeaient jusqu'au moment de leur depart.
12951 Lotrot, Rob. Wace : Lotrot ; Lodbrok.
Voy. Lodbrokar-Quida, carmen gothicum, fa-
mam regis Ragnari Lodbrochi celebrant, Lundcs,
1802 , petit in -4°. — Krakas maul eller kvad
om hong Ragnar Lodbroks. Copenhagen, 1826,
in-8° , etc.
12952 Qui moult sot, phrase faile, qualifica-
tion habituelle et sans consequence.
12953 Ajugier, quitter, d'apres le sens.
12955 Biers, en latin Bigerius, Bioera.
12961 Ge vers manque d'une syllabe a moins
que Biers, compte tout a l'heure pour une seule
syllabe, ne soit pris ici pour deui. — Ses ceva-
liers , son chevalier.
12966 Dolent en fut celui a qui il tnechut.
12967 Sigle, Geoffroi Gairoar :
Tant ont nagc et tant sigti
K'cl flam de Hnoabre sunt enlre.
Frahcisqci Michel, Chron
Norm , 1,4.
Anglo-
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DE PHILIPPE MOUSKES.
35
Qu'en Viermendois sont ariv£ ,
La u la mers est plus procainne.
12970 Des oes isent sans nule painne.
Parmi Amiens , el Viermendois ,
Entrerent cil paien Redois ,
Al tans Carlon , le simple rol ,
Ki n'avoit cure de desroi.
12975 Adont iert si France afeblie
De gent et de cevalerie
Que petis estoit lor pooirs,
Ne leur force ne leur savoirs ;
Et s'orent tei pooir ^u
12980 Que des Roumains et del tr&i
S'estoient ost£ maint tempore ,
Et tousjors en orent Tic tore
Viers ?aus ki sour aus re?eloient
Et sainte glise guerroioient,
12985 Mais France iert dont si d£c&ie
Et si d&ierte et si pierdue
D&s icel tans que son demainne
Lofys , li fius Carlemainne .
A ses IIII fius avierti ,
12990 Quant sa tiere leur departi,
Qu'il et ses pere orent conquises
Et delivr^es et aquises ;
Quar li frire se guerroierent ,
Par quoi leur tiere adamagi&rent ,
12995 De cevaliers et d'autre gent,
Afiaiblissement de
France.
Et la mosliert del Fermendeiz.
12971 Viermendoiiy Robert Wace, I, 14 , Wace , a propos de la bataille de Fontenay, toy.
v. 271 : plus haul v. 12495.
12979 Et s'orent, et pourtanl ils eurent...
12980 Tre'u, Toy. torn., I, pag. 9, v. 187.
12972 Roquefort ditque Redois est un peuple 12985 Deciue, dechue.
de la Pomeranie. 12987 Son demainne, sod seigneur.
12974 Desroi, desordre, le contraire d'arroi. 12989 Avierti, fit la lecon, a ce sujet, a ses
12975 Cette reflexion a £te faite par Rob. quatre fils.
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36
CHRONIQUE
Ravages fails par les
Danois.
lis remontcnl la Seine.
Saint Pbilibert.
De castiaus et d'or et d argent ,
Jusqes al tans cest roi Carlon ,
Ki Carles li Simples ot non.
Dont arrivirent, a son tens,
1 3000 Cil Sarrasins li fel Hastens
Et cil Biers coste &irie ,
Od lui tous $aus de sa contr^e
Qui n'estoient pas crestiien ,
Ains ierent Danois et paien.
13005 Et dont destruisent cil Danois
S*.-Quentin et tout Viermendois.
S'ocisent le yesque a Noion
Et toute la gent environ ;
Et puis si rentr&rent en mer
13010 Pour en Normandie ariyer.
Si destruisent , a eel tiermine .
Toute la gent de la marine ,
Et Fescans . la boune ab&e ,
Qui de nonnains estoit servie.
13015 Puis alerent cod t rem on t Sainne .
A toule lor gent premerainne,
A Gumeges se traisent droit,
U li moustiers S*.-Pi6re estoit ,
Que sains Filebiers ot funde ,
13020 Moult devant $ou , pour 1 amour De ,
Par laie sainte Groheut ,
13003 Jacques De Guyse, en copiant littlra-
lement Sigebert de Gembloux , trace aussi un ta-
bleau des invasions des Normands , dont on a ,
mais a tort, impute tous les ravages au scul
Hasting. £dit. de M. De Fortia, IX, 193, 203, etc.
13013 Fescans, Fecamp, Rob. Wace, 1, 17,
v. 326 :
A Fe scant out line abuie;
Nonainz i out...
1301 '5 Le meme auteur ibid., v. 533 ;
En Saioe vindrent , ens cnti erent :
A l'abeie de Jumegcs ,
I'riitrent 4 els et a nes sirgej.
Nocf client moignes,tut en covent,
I out ja-bien lungement.
Saint Pbilibert la compassa,
El terns ke Cloviei regna .
et Benoit de S to -More, transcrit par M. Dep-
ping sur la copie de M. Bransted , II , 274.
13021 Groheut. Cesl par erreur que Ph.
Mouskes met ici Clotilde au lieu de Balhilde,
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DE PHILIPPE MOUSKES.
37
Feme Clo^vi qui moult peut.
Et i avoit monnies 111 cens ,
So rent tieres , rentes et cens.
13025 S'enporterent les coses toutes,
Et li paien et leur grans routes
Arsent tot et misent a fruem.
Et puis s'en allerent a Ruem
Et destruisent toute Neulrie ,
13030 Que nos apielons Normandie,
Puis s£jornerent longement
A l'ab&e saint Florent.
Lors s'en alerent a gens tantes
Qu'il arsent la cit^ de Nantes ,
13035 Tourainne et Angiers et Ango ,
Le Mans et Valie et Poito ,
Et puis revinrent a Orliens
Ardoir et tuer crestiiens ,
Et Auvergne et toute Aquitagae ,
13040 Et Leutice , le cief del ragne ,
Biauyais, Noion et S*. -Denis,
Sainte Genevi&re et Paris.
Et si fisent anuis et dames
Clutilrie.
parce qu'il a cru qu'il s'agissait de la femme de
Glovis I" et non pas de celle de Clovis II; Rob.
Wace, plus exact, dit, 1 , 17, v. 540 :
Bauteut (Bat/tilde), la rolne de France,
K i ores ert de grant poissence ,
Fist Jumcgcs ct cslora.
Sur Jumieges , saint Philibert , son fondaleur,
et saint Achard qui lui succetla, voir J. De
Guyse, VIII , 69 et suiv. M. de Fortia a donne
une vue de ce monastere , tel qu'il exislait en-
core en 1810. Jumieges n'est plus aujourd'hui
qu'une commune, dans le canton de Duclair,
arrondissement de Rouen, departement de la
Seine-In ferieure .
13026 Routes, d'ou Ton fit mutters, troupes.
1 5027 Misent a fruem, briserent, fruer, frouer,
briser , fra(ng)er(e). Ce vers etle suivant auraient
une syllabe de trop si Ton en donnait deux aux
mots fruem et Ruem.
13029 Neutrie, Rob. Wace , 1 , 7, v. 141 :
Newstrie sun non osterent
E Normendie l'apelerent.
15036 Valie, il y a une note sur ce mot au
tome I, pag. 281 , v. 7062.
13040 Leutice, Lutece; ragne, royaume.
13042 Sainte-Geneviere , Rob. Wace, I, 18,
v. 560:
En Sainle-Genevieve entrerent,
L'aveir pris treat , pois l'alumerent.
15043 Dames, dommages, dam(na).
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38
CHRONIQUE
La Belgique est de-
vastcc.
Meurtre de Foulques ,
archer eque de Rouen.
As moines et as veves dames
13045 Et puci&les , son les alaint.
Puis ont tout bru'i et es taint
Poitiers , Saintes et Engoulesme ,
Et par de$& jusqu'a Bielesme;
Et si destruisent tote Auviergne
13050 Qu'il n'i remest valiant I jergne.
France et Loherainne partie ,
Arras, Cambrai et Corbie
Et tot Braibant , et fist moult caut.
De Gant vinrent selonc 1 Escaut ,
13055 Courtrai arsent et puis Tournai
Et S'.-Amant et puis Douwai ,
Puis sen alerent a Condet,
Le castiel ont pris et minet:
Ais et Coulogne et les castiaus
13060 Del pais arsent les plus biaus;
Aprils arsent Trieres et Mi&
Et hours et riles ki sont pri&.
Li cors 8*. -Vast fti aportls
Dont a BiauvaU pour sauvet^s
13065 Et S*.-Am& a Sessons mis,
Et S t .-Amans fu a Paris.
Et larcevesques de Ruem Fouke
Fu ocis , adont ne sai pourke *
De Wanemer , I fort siergant
13046 Brui,brtkU; estaint, delruit, extinx-
(erunt).
15048 Bielesme, Belesme.
15050 Jergne, germe? wallon jamon, ger-
non. « Pour nous, vo' ferez des scorsioneres et
des ceux touilles, mai ' i * fauL avoir soin d * les
lamer comm' i faut, et d'6ter les j anions. »
(Delmotte) Seines populaires montoises, pag. 21.
Fog. torn. I , pag. 89 , v. 2167.
1 5052 Vers auquel manque une syllabe j lisez:
Arras et Cambrai et Corbie.
15055 Caut , chaud.
15061 Mies, Metz.
15067 Ruem, encore monosyllabe.
15068 Pourke ,pourquoi.
15069 Wanemer, en latin Winomarus, Wine-
marus, Winsmnrus, Winencarus. Winomarus
Lilariensis, Calvi benefieiarius , dit Meyer a Tan
900, fol. 15 verso, Ferreoli Locrii Chr. Belg.,
p. 145. Cf. Molani Natal. SS. Belgii adtfJunii.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
39
13070 Le coote Bauduin de Gant.
Dont Tot Hastens de son signor
A Bourne (aire eraper^our.
A lor n& vinrent. si entrerent,
Pardevant Espagne siglerent
13075 Et si entrerent es destrois
D'Aufriqe a n& VII" et III;
Si orent tormente commune
Qui les ka$a a force a Lune ,
En I tale. La prisent port
13080 Dont ils orent joie et deport.
Mais Lune ert bien de gent garnie;
Quant ils coisirent lor navie
Si s aparaillierent moult bien
A desfendre , com crestiien ,
13085 Et porterent as murs lor armes.
Escus et lances et gisarines.
Parquoi Hastens et tot si ome
Quidierent bien que ce fust Rome;
Lors se fist malades Hastens ,
13090 Si manda a ?aus de laiens,
Uaudouiu-le-Chauve,
comte de Flandrc.
Les Danois ou Nor-
raands s'empareut dc
Luna en Toscane.
Stratageme d' Hasting.
13070 Bauduin, Baudouin-le-Chauve. Malgre
les obligations que Charles-le-Simple avait con-
tractus envers le comte de Flandre , il refiisait,
a l'instigation de Farcheveque de Rouen , de lui
reudre la collation de l'abbaye de S l - Wast
d* Arras , et avait donne cette abbaye en bene-
fice a Foulques. Cest ce qui causa la mort vio-
lente de ce prelat , quoique Mouskcs dise qu*il
ne sail pourke. Cf. D. Bouquet, VIII , 77. B.C
93 B, 161 D, 162 C, 285 C, 310 C. Au lieu de
Baudouin-le-Chauve, Baronius impute la pre-
miere cause de ce meurtre a Baudouin-Bras-de-
Fer.
13076 FY/**, sept vingt, cent quarante.
13078 Lune, yille batie sur les mines de
l'ancienne Luna , que Lucain , liv. I M , nous re-
presente comme deserte de son temps :
Quorum qui maxim us ava
A runs incoluit desertce mania Luna,
Martial , Hv. XIV, parle de ses fromages :
Caseus Udruseee signatas imagine Luna ,
Pratstabit ptteris prandia mill* tuis.
Rob. Wace,I,24,v. 478:
Lune esteit cite de Tuscane ,
Joilc mcr , pres de Sarraaaae (Sarzane).
Benoit de S tft -More dans M. Depping , II , 290 1
Tant unt sigle* ettans port pris
Qu'a Luns vinrcnt , ceo m'est vis ,
Une dte de Lumbardie.
13082 Coisirent, apercurent.
13086 Gisarmei , guisarmes.
13089 Le stratageme d'Hasting est raconte a
peu pres de la meme maniere par Dudon de
S'-Quentin et Rob. Wace. Voy. aussi Depping,
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40 CHRONIQUE
Al vesque avant et puis al conte .
K'il n'auroient anui ne honte :
Mais tormente Tot amene
A force devant leur cit^.
13095 En son pais r'aler voioit,
Pais et trive lor demandoit .
Quar malades estoit forment.
Si dlprioit am&ment
Al vesque k'il le batisast
13100 Et crestient^ li dounast,
Ainc k'il mourust comme paiens .
Qu'il voloit iestre crestiiens.
L'^vesques en hi moult joians
Et li quens de Lune II tans.
13105 Si leur donnerent , sans trair,
Et sauf-aler et sauf-venir.
Ensi fu Hastens batisi&
Puis sen est as n& repairi&.
Si se fist mort en cele nuit.
13110 Et sa gent fisent grant dol tuit.
Quar bien quida sa gent menue
Qua ciertes fust la mors venue.
Si menerent si grant dolour
Que tuit li grant et li menour
13115 De la cit£ pitte en orent,
Et , pour qou qu'ounorer le vorent,
L'aporterent, sans fausete,
En la glise de la chite.
Et estoit mis en une biere
13120 Qu'il orent faite a lor manure.
Et le vesques fu reviestus ,
Com cii ki n'iert aperc&js ,
Hist, des exped. marit. des Norm., I, 168-169. 15110 Dol, deuil.
13098 Ameement, amicalement. 13122 Comme qnelqu'un qui ne soupconnait
13104 // tans, egalement. aucune ruse.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
41
Pour le siervice a commencier;
Et li paien , pour mious tr&ier .
13125 Furent arm^ desous lor capes.
Pour le vesque prendre a lor trapes ,
Et furent venu el mostier ,
Quant on comment le mestier.
Et Hastens , ki se vot haster ,
13130 Se descouyri sans ariester.
Tous arm& isci de la biere;
Lors n'i a celui ki n'i fie re.
S'ocisent le vesque et le conte ,
A grant martire et a grant honte ,
13135 Et apri& tous ?aus de la vile.
Ensi . par barat et par gille .
Furent ocis li crestiien
Et s'orent la citet paien.
Et quant Hastens et tout si ome
13140 Sorent que ce n'iert mie Rome ,
Si furent honteus et dolent
Qu'esploitte n'orent autrement.
Mais n'oserent avant aler .
Quar Roumain oirent parler
13145 De ?ou qu'il orent fait ensi .;
Si se furent contre aus garni.
Dont se remist Hastens en mer,
Si vint en France s£jorner ,
U Carles li Simples estoit ,
Hasting rerlent
France.
15125 Arme desous lor capes. L'eveque de
Liege Notger se servit de ce moyen pour se ren-
dre mail re de Chevremont.
15126 Trapes, d*ou attraper, embuches.
15156 Voy. v. 12850.
15149 Carles li Simple*, M. Depping, 1 , 185,
place cet evenement sous Charles -le-Chauve.
D*aiilres le mettent sous leregne de Louis et Car-
loman, d'autres encore sous Charles -le-Gros.
Ton. II.
J. De Guyse a tird ce qu'il dit de Rolloo d'une his-
toire en roman de la seconde destruction des
eglisesde l'Ostrevant, histoire qui n'a pas &e citee
dans Tlntroduction du premier volume, a Particle
ou est trace un tableau rapide des destinees de
la langue francaise en Belgique, mais qui Test
dans Tlntroduction du second volume, a Ten-
droit ou Ton s'occupe encore de ce sujet. II s'y
exprime ainsi et d'une maniere conforme a Ph.
6
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42
CHR0N1QUE
Tbifcaat, comte de
Tours.
Origine de Rollon*
13150 Mais poi de ceyaliers avoit.
Si douna Hastenc , par bontl,
Cartres et toute la cite
Pour pais avoir; et il le prist
Et par itant pais al roi fist ,
13155 N 'onques puis al roi ne fist gi&re.
Puis vot aler en Engleti&re.
Comme cil qui petit en caut,
Si rot vendre al conte Ttebaut
Cartres et quan k'il i avoit,
13160 Pour $ou qu'aillors aler voloit,
Mais il en prist tierme en apri& ;
Fel iert et crueus et engri&.
Et cil Biers Coste-fifrle
S'en fu ral& en sa contr&.
13165 Aprils refurent li Danois
Tant monteplii^ par lor lois
Que lor enfans convint aler
Fors de la ti&re oonquester.
Sot en cele ti&re I haut ome ,
13170 Mais restore pas ne le nomme ,
Ki si franceraent tint le sien
Mouskes : Temporibus Carol* simplicis , Franco-
rum regis, quibus Hastingus , dux Danorum,
sacrum baptism* in Francios partibus susceperat,
et omnes sues cohories patriam quietam tenebant
circa Carnoti fines ... Ann. IX, 282.
13181 Robert Wace, I, 37, v. 741.
Li reii , por $o ke pals tenist
£ d'allres genz le defendist
Li dona Cbartrcs et Cbartrain,
k'il avoit lore* en sa main.
Ce comte de Charlrea ne fut donne probable-
men t a Hasting que pour la duree de ta Tie.
Houard , Traite sur Us coutumes anglo - nor-
mandes, torn. I , preface ; Depping , o. c, 1, 185.
13155 Qiire, guerre.
13158 Al conte Tiibaut, Thibaut , normandde
naissance^etquelesSainte-Marthefontmemefrere
de Rollon, epousa Richilde, fille de Robert-le-
Fort dont le pere etait Robert l er , frerepuine de
Guillaume, comte de BIoi». Ce Thibaut acquit
la ville de Chartres du fameux Hatting , acqui-
sition qu'Alberic de Trois-FonUines range sous
l'annee 904.
15166 Montepliie'y multiplies.
15170 L'estore pas ne le nomme, Thistoire le
nomme Rognevald, en islandais Raugnwalldur ;
ce personnage, ne en Norwege, fut iarl de Mssre
et des Orcades. Vouez sa genealogie, d*apres
Suhmet Scheming, dans Depping, II, 56
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DE PHILIPPE MOUSKES.
43
Qu'ainc home n'en sierri de rien.
II fius avoit : Rou et Burin.
Quant li peres fu trais a fin .
13175 Li rois Tot les enfans graver
Et de leur fi& deshireter,
Pour leur p6re ki n'el siervi
Et maintes fois Tot asailli.
Cil doi fr&re mand&rent gens,
13180 Pour garandir leur tenement.
Sorent ass& des joven(en)ciaus ,
Hardis et coragous et biaus ,
Qui leur avoient Us hommages
Pour retenir leur yretages
13185 Contre le roi ki les gr^voit
Et desyreter les voloit.
Contre le roi se combatirent
Et maintes fois le desconfirent.
Cil rois une eure les manda ,
13190 A aus buenement s'acorda
Et leur dona tot francement
Tenir le leur et quitement ,
Ausi com aroit fait leur p6re.
Ensi le loferent cil frkte
13195 Et tinrent comme leur ancisseur ,
Et leur home autresi la leur.
Rollon et son frere.
Harald, roi de Nor-
w^ge.
Le roi fait la paix »vec
lei deux freres.
1 3175 Rou et Burin. Rob. Wace, I. 40 v. 817 :
Li mainnea des dons freres Rou esteit apele* ,
Et li altre Garin , ki soventre fu ne\
Cest-a-dire Hrolfou Rollon el peut-£tre celui
que les ecrivains scandinaves appellent Thorer.
Jacques De Guyse nomme ce dernier Burins.
13175 Li rois, Harald, surnomme Harfager,
ou aux beaux cheveux, roi conquerant de la
Norwege, succlda a son pere vers Fan 863. Le
recit qui suit doit etre rectifie par la narration
de M. Depping , II , 62 et suiv. Cet ecrivain in-
struit et exact rapporte, pag. 516 du meme
volume , Thistoire de repatriation de Rollon .
eitraite de la Saga de Harald Harfager, par
Snorro,ch. XXIV.
13180 Tenement, terres, possessions.
13195-96 Eux et leurs vassaux tinrent leurs
terres de la meme maniere que leurs predeces-
seurs. — Le vers a une syllabe de trop ; il faut
lire :
Et tinrent com leur ancisseur.
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44 CHRONIQUE
De la tiere eel roi issirent
Li fr£re, et leur gens dlpartirent,
U leur dresse unc em- 17*. i» „^« i • >
buscade. ut 11 rois , ki n es ama pas .
13200 Les gaita puis a I trespas .
Par I matin , devant lor rile ,
Com cil qui plains estoit de gille.
En I bosket, desous les carmes,
Si monstr&rent al jor lor armes ,
13205 Et cil issirent de laiens
Sor lor cevaus , a poi de gens ,
Et cevaucterent la tout droit
U leur agais bastis estoit.
Mais li rois les laissa passer ,
13210 Dont si les prist a escrier
Et cil se sentirent soupria.
Si ot moult des leur mors et pris ,
Mori du frere dc Aol- BurflM i fu pHS et Ul& ,
Mais Rou , ses frere , est escapes '
13215 Et li rois saissi leur chit^
Et toli tout leur hirete.
Rou se traist deviers la marine ,
XXVI nes ot en saissine ,
De sa gent tant od lui mena
13220 Que toutes ses nes ordena .
Roiion p«$$c en &ossr. Si passa en l'isle d'Eskance
Plains d anui et de grant poisance
De son fr&re c'on li ot mort
Et sa tiere tolue a tort.
ii « une rbio*. 13225 En eel isle fu plains d'anui ,
La yenoient si home a lui.
13200 Un matin ii leur dressa one embusca- 13218 XXVI, prononcez ringt et sit pour la
de, un guet- apens, a un passage devant leur mesure.
ville. 13221 Eskance , £cosse.
15203 Carmes, charmes, espece d'arbres. 13222 Poisance, regret qui pese sur Fame.
13210 A escrier, a un cri convenu. 13223 Mort, tue.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
45
Une nuit iert en dormisons ,
Si li Tint une avissions
Qu'il s'en aloit, pour faire guierre ,
13230 Sor les Englois en Engletiere.
Lendemain quist tout son ator ,
Et sigla II nuis et I jour
Tant qu'en Engletiere ariva.
A moult grant pais iestre i quida ,
13235 Mais li Englois les asalirent
Et Rou et sa gent les venquirent ;
II fois i furent desconfi.
Quant Rou les ot vencus ensi ,
Si se pourpensa qu'il feroit,
13240 U en sa ttere repairroit,
U il conquerroit Engletiere ,
U viers France en iroit conquerre.
En eel pens^ s'endormi Rou
Et , quant il ot dormi I pou ,
13245 Si li fu avis, sans doutance,
K'il ert sor I haut mont en France
Et la sourdoit une fontainne ,
Qui n'estoit orde ne yilainne.
En la fontainne se bagnoit
13250 Et del lepre s'i guarissoit.
Puis vfoit grant plenty d'oisiaus
Partot eel mont diviers et biaus*
Si pensa que c'iert mieryelles ,
Quar toutes estoient yiermelle*
13255 Lor seniestres eles yolables;
Et s'en i ot d'autres sanlavles ,
Kollou arrive en Angle-
tcrre et bat les An-
glais.
Secondc vision de Rol-
lon.
Oiseaux merveilleux.
13227 En dormisons, plonge* dans le som-
meil.
15228 Avissions , suivant l'histoire de la se-
conde destruction des eglises de TOstrevant, tra-
duite en partie du roman en latin par Jacques
De Guyse, cetle vision de Rolloo n'eut pas lieu
en Ecosse , mais dans une ile de TEscaut . ad
insulam Scaudi, IX, 284.
15251 Ator, attirail.
15256 Sanlavles, semblables.
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46
CHROMQUE
Explication du songe
dc Rollon.
Verdes, indes, jaunes et pierses,
Noires et moult d'autres diyierses.
Et venoient tout a volant
13260 U a lor pi& tout li auquant
Si bagnoient en la fontainne ;
Aprils , sans faire nule painne ,
Mangoient ensamble par uon
Et puis faisoient d'environ
13265 La monlagne cascuns son nit ,
Par son congiet et par son dit.
Lendemain cest songe conta,
Et uns Englois bien l'ascota ,
Quil tenoit la comme prison.
13270 Si li desponst sa yission
13257 Ihdes.... et pierses. Dans le fabliau de
la Bourse pleine de sens (Babbjlzatj et Meow, III ,
38, et Aucms, I, 344), on trouve ces passages
qui se rapporlent a notre ancien commerce , et
qu'on peat comparer avec un passage de la Pki-
lippide de Guill. Le Breton, liv. IV, v. 380 et
suiv. II s'agit d'abord de la foire de Troyes :
I ot asses dc draperie
Qu'il n'ot cure de frtpeiie
Mais d'escarlate taiote en graine,
De bons pers et de bonne laine
De Bruges et de Saint-Omer.
et plus loin :
II sen vint a la Halle d'Ypre.
Acheta li roube de pers.
Bone robe de bons pers d'Ypre,
II n'a meillor de ci a Cypre.
Si alai en la Halle d'Ypre,
Bobe de pers n'a tel en Cypre.
L'auteur de ce fabliau florissait au XIII 6 sie-
cle, comme Ph. Mouskes. Les proverbeset die-
tons populaires publies par M. Crapelet , desi-
gnent :
Camelin de Caznbrai,
Saie de Bruges ,
Pers d'Ypre.
Cf. Prompsault, Disc, sur les publ. lilt, du
tnoyen age, p. 123.
La couleur inde etait Pazur suivant Roque-
fort, et le violet, selon M. Francisque Michel,
Roman de la Violette , p. 34 , note 4. Ge qui est
con firm £ par ces vers du meme roman :
Li quern i met son sel , et roit
Desor sa destre mamelette
Jndoier cele violete.
Quant a la couleur perse , M . Roquefort l'ex-
plique par bleu tirant sur le noir, bleu tres-
fonce, bleu azure, couleur livide et noiratre.
On tendait des drops pers dans les ceremonies
funebres , selon les termes d'une ordonnance
du 13 septembre 1333 , faite par les magistrats
de Paris. Toujours est-il d'apres le texle meme
de Ph. Mouskes , que la couleur perse etait dis-
tincte de la noire.
13266 Congiet, permission.
R. Wace , en parlant de ces oiseaux , dit , I ,
49, v. 998:
Kel part que il aloient a Aon oblissoient.
13369 Prison j prison nier. Cil espeloit li sonje,
dit Rob. Wace.
13270 Desponst, expliqua.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 47
Et di8t : « Sire , li mons de France
Sour qui yous esti&, sans doutance
C'est sainte glise Yoirement ,
De 50U ne yous dout& noient.
13275 Et la fbntainne c'est batesmes.
C'est li oiles et s'est li cresmes
Dont yous i ser& pr&igni& , /
Crestien& et baptisstes.
Et les k\es de ces oissiaus ,
13280 Que yous i v&stes si biaus,
Ki les iles orent divierses
A seniestre rouges et pierses,
Jausnes, noires, indes et blances
Et de maintes autres sanblances
13285 Sont cevalier preut et honniestre
Qui portent escus a seniestre ,
Ki sont de divierse mani&re.
Et li l&pres, ce mest avi&re,
Ce sont li fons u yous ser&
13290 Quant le baptesme pris ar&.
Et li oissiel ki se bagnoient,
Cil ki tout ensamble mangoient ,
C'est li grans peules de paiens
Ki par yous sera crestiiens.
13295 D'itant que li oissiel faisoient
Quant la montagne avironnoient ,
Sont, pour voir , les glises gast&s
Qui par yous i&rent restores.
Et 50U qu'il se Yont reposant
13300 A yo dit et a yo coumant
Sont li home , par jiriti ,
Qui de maint estragne r^gn£
1 3276 Oiles, huile. Li liipre est pechie , ke nul mil non est pere.
13877 Presumes, m&rqut. 13893 D'itant, quant a ce....
13288 £»' tyre*. Rob. Wace,I, 30, v. 1009: 13302 Estragne regne, royaumea elranger«.
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48 CHRONIQUE
Seront a yous ob&ssant
Et sierviront d'or en avant. »
Roiion i© reconcile 13305 Quant Rou oi la d&nonstrance
•vcc le roi d' Angle- wn i i / //»
terre. Del songe , et la senefiance ,
Le prison tot quite clama
Et pour lui seul si d&ivra
Tous left autres k'il avoit pris ,
13310 Quar preus estoit et bien apris.
Lors s'en ala Rou Tiers Durialme.
La si parla al roi Antiaume
Qui li proumist foit et amour.
Soucors et force sans clamour.
13315 Ensi misent a pais lor gierre.
Rou soujourna en Englettere ,
Tout l'ivier et al tans d'est^.
Si a son afaire atourn£ ,
En mer se mist a droite sente .
13320 Mais ores leva et tormente
Si grans et si piesme et si fors
K'il ne porent venir as pors.
Ains perdirent leur gouviernaus ,
Si gieterent fors leur cevaus ,
13325 Lor voiles et lor mas trenci&rent ,
Quant de la liire s'eslongierent ,
Et rompu furent tot lor kable.
Tot $ou faisoient li doable
Pour gou que Rou et sa mesnie
13330 Partoient de leur compagnie.
Et Rou fist a Dieu s'orison ,
Ausi fisent si compagnon.
15311 Durialme, Durham? II faudrait Du- terre. Celle meprise est, au surplus, dans
riaume , pour rimer avcc Antiaume. Dudon , Guillaume de Jumieges et Rob. Wace.
13512 Antiaume- Adestenavoi t «<m,ditWace. 13515 Foit, foi.
11 faudrait lire , pour la verile historique, Alfred- 15519 A droite sente, settle, chemin, sem(i)t(a).
le-Grand , qui regnait a cette epoque en Angle- 15521 Piesme, pes{si)m(us).
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DE PHILIPPE MOUSKES.
49
Tantost la tormente ci&a ,
Rou droit en Walcres ariva.
13335 Rois Antiaumes quant il le sot.
D'Englettere, com il ains pot.
Li envoia n& et deniers
Et viandes et cevaliers.
Mais Walcrois , qui gent orent pau ,
13340 Mand^rent le conte en Hainau,
Renier Lone-Col , tout par devise.
Et Radebot, le due de Frisse.
Si esmurrent viers Rou la gierre
Pour lui k gieter de la tierre.
13345 Mais Rou a aus se combati ;
Si com Dieu plot , si les venki ,
Puis arst la ti&re et exilla
Et toute Frisse leur foula.
Aprils parmi Hainau se mist ,
13350 La ttere arst et le conte prist
Com cil qui tout avoir goulouse ;
Mais compagnons i perdi XII ,
Que la feme al conte Renier
Renier au-Long-Cou,
comte de Hainaut.
Radbod-le-Frison, vers
875.
Renier prisonnier de
Rollon.
15334 JPalcret, Walcheren. Rob. Wace , I ,
32, v. 1031 :
Tant siglerent Daneii k'en la terre arriverent ;
Jfacfrelz furent encuntre
M. Pluquet dit que Waefreiz designe les ha-
bitans de la Weat-Frise ou Zelande.
13341 Renter 9 e'eat le prince qui, suivant
J.-G. Eccard, M. Mone et d'autres critiques,
est represents allegoriquement sous le person-
nage du renard , dans les anciennes fables qui
portent ce nom. Reinardut Fulpes , Stuttg.,
1832, in-8°, pp. 1,2. Mais cette hypotbese,
quoique tres - ingenieusement exposee par M.
Mone , est insoutenable , au jugement de M. Ray-
nouard, Journal det t avans , juillet 1834. Cf.
la dissertation de M. Wiliems, sur la publican
Tom. II.
tion de M. Mone , brochure in-8° , p. 23 , et
Reinaert de Vot, episch fabeldicht van de twaelfde
en dertiende eeuw , met aenmerkingen en ophelde-
ringen van J.-F. Willems, Gent, 1836 , gr.in-8°,
%&•> P- »▼•
13342 Radebot, Rob. Wace, dans le roman
de Rou, I, 53, v. 1071.
Rembaut, li dus deFrise, lor vint primes aidier,
Et li quens de Hanaut, ke Ten claime Regnier,
Ke 1'ora dit al Lone-Col , ua vaillant chevalier.
13332 / perdi XII. Rob. Wace, I, 54,
v. 1107 :
E des compaignons Rou , e des plus posters,
De eels ke Ron tenoit por sis meillor amis ,
Ont li home Regnier doae en bataille pris.
13333 La feme al conte Renier, Alberade.
7
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50
CHRONIQUE
Gt-nerosile de RolJoo.
Rollon envahit la Neus-
trie.
Li vot tous quites renvoiier ,
13355 Pour son baron lant seulement.
Mais Rou n'el vot faire nient,
Ainc li detnanda , tout par non ,
Par quitance de raen$on
De sa tiere tout le tr&or
1 3360 Et plus , s'ele pooit eukor ,
U il le feroit peadre al vent.
Cele ama sod signer forment ,
Si li otria son voloir
Pour son marit quite ravoir.
13365 Et quant Rou sot ciertainnement
Que cele l'amoit si forment ,
Les HI pars de sa raen$on
Li clama quites en son non.
La dame le fist volentiers.
13370 Si fii quites li quens Renier,
Et si ot Rou ses compagnons
Tous d£Uw& sans raen^ons.
Et Rou se remist a la mer ,
Onqyes ne ciessa de sigler
13375 Tant k'il se mist par mer en Sainne.
Normendie mist en grant painne ,
A Gumeges , vint od sa gent ,
Ast& t prist or et argent
Et toute la ti&re conquist ,
13380 Et d autre part l'aigue s'i mist.
Une virg&oe , sainte Ameltru ,
15577 Gumeges, Jumiegea. Dan* les Me-
moires de la Societe det antiquaires de Norman-
Me, pour 1858, pp. 101-112, M. Cartier,
collaborates de M. De la Sauaaaye, pour la
Revue JVutnismatique /ranfoue, a deerit une
ancienne mennaie frappee a Jumiegea.
15581 Firgene, prononces virge ou virgne.
Sainte Ameltru. Ce nom prouve que Ph. Mouakea
a eu d'aulres guides que Waee. Celui-ei , en
effet, dit que Rollon, tre&te-six ana avanl aa
conversion, depoaa dana une chapel le de Ju-
miegea le corpa de aaiut Arnoul, tandia que
Dudon de Saint-Quentin et Guillaume de Ju-
miegea , en rapportant ce fait invraiaenblable ,
nonunent sainte Hameltrude ou Ameltrude. II eat
▼iaible que G. de J u miegea eat l'autetir preTere.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
51
Ki de Bretagne o$tie fu .
K'il ot guast& en son YCtoir:
La le fist Rou maitre et guerpir
1 3385 En une capi£le la dame ,
Qu'il n'orent mie mise a flame ;
Puis s'en ala a Buem tout droit.
Lk s'ariva k grant esploit
Devant le moustier St. -Martin ,
13390 A grant gent et a grant hustin.
Mais I'arcevesques Franke vint
A lui par pais., et si retint
La cit£ en sa tenserie ,
Sans faire nule tracer ie.
13395 Puis monta Sainne et Tint as Dans
Com cevaliers preus et aidans ,
Et \k fist une mote faire
U il p&iist avoir repaire.
Quant Charles li Simples di
1 3400 La nouviele , pas n'el goi.
Pour goo que Rou sour hii reviMe
Si hai mout cele noirriele.
Hastenc ki paiens ot est£ ,
L'archercque Francon
va le tronver.
Let Fran^ais ont
cours a Hasting.
15585 K'il ot guostee, se rapporte a Breta-
tagne ; en son venir, lore de sa venue.
15584 Maitre, mettre.
15589 St.-Martin, Rob. Waee dit SK-Morin.
Voir la note de M. A. Le Prevost. Le roman de
Rou , 1 , 58 , note 4.
15595 Tenserie, meme sens que teneure, em-
ploye ailleurs. Roquefort traduit tenserie par
vol , pillage ; mais dans ce passage , ce mot
parait avoir le sens de domination.
15595 As Dans , le teste de M. Pluquet porte
Asdant en un seul mot et le MS de Duchesne
Hondas. Un bistorien latin dit : Apud Hatdans
qua* Archas dicitur,
Kou vont vi\r Asdun${%% Dans) ki lort Arcbcs apele.
II s'agit du Pont-de-1'Arche.
15597 Mote j voy. Du Cange, an mot Mot a.
M. De Caumont, 1'auteur du meilleur ouvrage
historique sut l'architecture , que Ton ait en-
core en francais, a explique 1 ce qu'il faut en-
tendre proprement par motte ou keep, dans la
cinquieme partie de son Cours d'antiquites nun
numentales, p. 75 et suiv. Cf. J. Slrutt, dngle-
terre ancienne , Paris, 1789, in-4°, I, 215 et
suiv.; notre Essai sur la statistique ancienne de
la Belgique , 2° partie , p. 85 , etc.
15599 Charles li Simples, ce prince ne en
879 , ne devint roi qu'en 895.
15401 Sour lui reviele 9 se revoke contre lui.
15405 Hastenc. M. Le Prevost considere In-
tervention d'Hasting, dans cette campagne,
comme une invention des historiens normands.
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52
CHRONIQUE
Lc comte Renard est dc
fait.
Qui il avoit ass& doun^ ,
13405 I tramist pour sayoir lor iestre
Ne quel gent il pooient iestre;
K'il voloient et qu'il qu&oient
Ki *a tlkre ensi pourprendroieut.
Hastens i Tint , si demanda
13410 Tout ensi con li coumanda.
Rou li dist que paien estoient
N'autre signor que lui n'avoient
Et si voloient francement
Aquerre tout lor tenement.
13415 Et Hastens li a demand^
Se il yolait tout par son gre
Al roi de France eslre sougis ,
Qui la tiere iert et li pais.
Rou respondi moult vistement
13420 Que ja n'el ten roi t ausement.
Hastens ariere retourna
Et tout jensi le raconta
A I conte, Renaus ot non.
Gil ot en main tout le roion
13425 De par le roi , et si venoit
A Rou combatre, se voloit.
Droit a la mote en est venus ;
Combati soi , si fu vencus.
Uns siergans qui Rollans ot non .
13430 Dedens la mote, en abandon,
Elle est admise par M. A. Thierry , Hist, de
la conquSte de VAnglelerre par let Normands ,
Bruxelles , Lacrosse, 1835 , I, 153.
13404 Qui, il vaudrait mieux cut.
15407 K'il, cequ'ils...
13408 Pourprendroient.
Si porprisent Norhumberlande.
Le Roux de Likcy , Li romans de Brut ,
1,201, t. 6285.
13417 SougUj sujet, soumis.
13418 Qui, a qui ou de qui.
13423 Renaus, Rob. Wace, 1 , 61, v. 1218.
Reinaull , no qucns de France , ki Lucenc tcneit.
M. Le Prevost est persuade que le comte Rei-
uault est un personnage fictif , quoique des his-
loriens l'appellenl positivement Reinault, due
d' Orleans.
15430 En abandon, sans menager sa per-
sonne.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
53
Se mist entr'aus , si fu ocis
Et moult d'autres i ot malmis ;
Et cil Rollans ot dit an$ois
A Hastenc, tout par son gabois,
13435 Que il deslooit la bataille,
Pour qpn que ja goupius sans faille
Ne seroit pris d'autre goupil ,
Ne leus par leu mis a escil.
Renaus descomfis en ala.
13440 Rou tout le pais exilla.
Droit a Meullent l'a consul ,
Renaut ocist , le bourc saisi ,
A Ruem en r'ala soujourner
Et fist bien sa mote atorner.
13445 Et apri& $ou petit de tens
Si yendi Cartres cil Hastens
Moult d'ayoir al conte Ti^baut ,
Qui s'en fist moult joious et baut ,
Si com jou tos dis orendroit.
13450 Dont primes si s'en ala droit
Hastens , par mer, en Engletierre ,
Mais il n'i fist force ne gierre ;
Et puis s'en revint parmi Frise
U Ja mors fist de lui justice.
13455 Rou donques a Ruem s£jorna ,
Tout le pais i conquesta
Et Baio&s apri& conquist,
Une puciele dedens prist ;
Injure adressee a lias-
ting.
HasUngqutttela France.
Mort d 'Hasting.
Conqaetes dc Rollon.
15434 Gabois, raillerie.
1543 IS Deslooit, deconseillait.
15456 Goupius, goupil , renard. Ce proverbe
est autrement exprim£ par Rob. Wace , 1,64,
▼. 1270 :
L'en ne prcnt raie leu ne gopil sos son banc.
15441 Meullent, Meulan.
15446 Si vendi Cartres, l'exactitude histori-
que est loin d'etre ici res pec tee.
15449 Orendroit, voy. v. 15151.
15451 Hastens; Rob. Wace se contente de
dire : 1 , 65 , v. 1292 :
Ne sai ke pais derint , ne parler n'en ol.
15457 Baioes, Bayeux que Rob. Wace appelie
Baiex, I, 66, v. 1517, et Baex, ib., v. 1525.
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54
CHRONIQUE
Pope ou Popee , fille de
Ueranger, comte du
Bessin.
Enfaos qu'en out Hol-
lon.
Siege de Paris. An 885.
Prise <n£rrenx. An 892.
Le roi d'Angleterre im-
plore le tecourc dc
Rollon.
Pope ot non, n'i ot k'ensignier .
13460 Fille ert al eonte Bilrengier.
Une fille et II fius en ot ,
Guillaume, Robiert et Gerlot.
Moult fu biele cele et moult sot.
Aprils asist , com il aim pot .
13465 Rou Paris et les asailli ,
Quar gens et force leur feilti.
Et de ses homes les plus preu*.
Fist Rou cevaucier k Evreus.
Si destruisent toute la gent ,
13470 Prisent dras, cevaus et argent.
Li &vesques, Ebar ot non.
Sen eseapa par sa maisson.
Et cil revinrent k Paris
U Rou , lor sire, estoit asi*.
13475 La li renvoia ses mesages
Li rois Aatiaumes , comroe sages ,
D'Engfetiere pour estaToir .
Quar soucours en Toloit avoir.
Li Engtois, qui si home estoient,
13480 De guerre mahnen^ lavoient.
Rou laissa eel si&ge k Paris ,
11 et sa gent s'ont en mer mis .
Le roi Antiaume soucoura .
Tant que partout acord& fu.
13485 Et li roi*, quant s'en diut partir ,
Li vot son regne mipartir.
13459 N'i ot k'ensignier, ette n a rait que de
bonnes quality. Cette tournure de phrase s'est re-
produce plus d'une fots sous les yevx du lecteur.
15460 Biereugier, Juhael Rerenger, comte
de Rennes.
15462 GutUaume, Robert Wace, I, 68,
v. 1546:
Dc U fu nai Willune ki ot non Lunge Bspee,
Ke li Flamens ocutrent par Iralaon proree.
Gerlot, Gerloc , fille de Rollon , epousa Herbert ,
comte de Vermaadois.
15471 Ebar, appele hembart par Rob. Wace ,
1,69, v. 1554.
15477 Etiavoir, necessite.
13486 Rob. Wace, I, 71, v. 1406 :
Li roil li rout doner dn regne la auKi**.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
55
Mais Rou fu preus , si n'en ot cure .
Ainc se remist en ayenture.
A Ruem parmi la nier revint
13490 Rou, li paieus , et siege i tint ,
Car on lavoit ja referm&.
Mais al quint jour li fut livr^e.
Si tramist de sa gent par Loire ,
Com cil ki tout conquerre espoire ,
13495 Et parmi Sainne et par Gieronde
Pour tout gaster a la r^onde.
A Paris, a grant gent, revint
Rou li Danois , et si^ge i tint ,
Et puis ala parmi Bourgogne
13500 Pour mious acomplir sa besogne.
Amont Yone tout par sens
S'en alerent , et puis a Sens ,
Et puis a Clermont asanbterent.
La tiere prisent et gas te rent ,
13505 A St.-B£n&>it s'asegi&rent,
Contremont Vaigue se logierent ,
Mais Rou n'i laisa rien forfaire,
Quar li sains ert de haut afaire.
Les pris rouva mener en cart res.
13510 Puis s'enparti et vint a Cartres
U li dus Ricars s^journoit ,
E( li quens T&baus i estoit
Rctour <Ic Bullon 4
Rouen.
Nouveau siege de Paris.
Degats des Normands.
Rollon assiegc Chart res
15490 Siige , Robert Wace De parle pas de
ce siege.
13501 Amont, en remontant 1'Yonue ; sent,
chemins?
15502 Sens, Sens-sur-Yonne.
15505 S x .-Be'neoit, S'-Benoit - sur - Loire ou
Fleury.
15507 Forfaire, rien n'est moins aulhentique,
remarque M. A. Le Prevost , que ce* soins pris
par Rollon pour preserver du pillage le monastere
de Fleury.
15509 Pris, prisonniers; cartres, prison.
15510 Cartres , Chartres. Rob. Wace , 1 , 80,
v. 1570 :
De la Saincte Virge Marie , mere de De,
I estoit la kemise , tenne en grant chiertl.
15511 Ricars, Richard, due de Bourgogne.
15512 Tiebaus, Thibaud, sans doute celui
que Robert Wace appelle, Jebles de Pettier*
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56
CHRONIQUE
Les
Normands
vaincu».
Charles-le-Simple donne
4 Holloa *» 6 He Gi-
Ki lues a Rou se combatirent,
Si com Dieu plot, si les venquirent,
13515 Quar li vesques lot revestus
Dieu si loant que ne sot plus,
En aporta , Tiers la bataille ,
De la veraie crois, sans faille ,
Et la cemise nostre dame.
13520 S'en orent li paien tel dame
Qu'il eo furent tout desconfi
Et Rou m&smes avoec li.
Si fu sa gent destruite et prise .
La tierce pars en fu ocise.
13525 Mais Rou fu preus, s'en escapa
Et une grans pars en entra
De sa gent en une fort mote .
Fors de la vile, com gent sote
Li quens Ttebaus les i asist,
13530 Mais la nuit, si com l'uevre dist.
S'en issirent parmi lor tr&s ,
Et li quens s'en est destrav& ,
Quar il quida , de grant paour ,
Qu'il reuissent Rou, lor signor.
13535 Et quant Rou, ki i'en fu embtes,
Se f u a sa gent rasambl& ,
Si fu diru& et esmaris
De 90U qu'il estoit desconfis.
Lors s'en ala tout destruisant
13540 Qu'il n'i laissa rien demorant.
Et quant Carles li Simples sot
(Poitiers), et que la chronique de Normandie
nomme Ebault.
15514 Les, le.
13519 La cemise, voy. v. 13510. Sur cette
relique on peut consulter la Parthenie ou His-
toire de Ve'glise de Ckartres , par Sebastien Rouil-
lard.
13527 Mote, voy. v. 13397.
13331 Tris, tentes.
13532 Destrave's, decampe.
15534 Reuissent, eussent retrouve.
13555 Emble's , £chappe.
15557 Dimes, abattu, diru{ptus); esmaris,
affligl, d&ote.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
57
Qu escapes fu, grant dol en ot.
Par le consel de ses barons
Manda Rou et ses compagnons
13545 S'il se voloient batissier ,
Que il donroit Rou a moullier
Gillain , sa fille , a tot grant tiere ,
Et par itant finast la gierre.
Li dus Robiers li cons ilia ,
13550 L'arcevesques Franke estoit la,
Ki de Ruem i estoit yen us.
Oil li ala dire salus
Et c'on li donroit Nortnendie
Et Flandres avoec, sans boidie,
13555 En sour que tout la fille al roi ,
Par si qu'il laisast son desroi ,
Et qu'il a Dieu vosist entendre.
Rou n'ot cure de Flandres prendre
Pour gou que trop i ot palus.
13560 Et l'arcevesques li fist plus,
Quar Bretagne li fist donner
Pour le mariage ordener.
Rou fu baplisi& esranment
Et grans partie de sa gent;
13565 L'arcevesques le baptisa
Et li quens Robiers le leva ,
Et pour Rou, trestot en apiert,
Le clam&rent as fons Robiert.
Si fu pardoun& li mesfais
Charles -le- Simple ac-
corde A Bollon sa fille
Gisele.
On vent donner la
Flandre a Bollon.
Bapteme deRollon, 912.
13547 Gillain, Gisele.
13548 Par itant, partant , en consequence.
13549 Robiers, Robert, comle de Paris on
due de France. Voy. v. 15775.
13555 En sour que tout, par dessus tout,
en outre.
13556 Desroi, dereglement.
13558 Cette oflre de la Flandre ne parait pas
Toi. II.
vraisemblable. Rob. Wace dit aussi, I, 95,
v. 1907 :
De Flandres li vont creistre, met Eon le reftua :
Povre est , co dist, la terre , ja plcnt^ n*i arm.
Cette province , remarque tres-bien M. Plu-
quet , que Rollon refusait a cause de sa sterility,
est aujourd'hui Tune des plus fertiles et des
mieux cullivles (de FEurope).
8
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58 CHRONIQUE
13570 Et tous li manages fais ,
Et la tiere li fu liyr^e
Et s&irt& Ten fu jur&
Del roi et del conte Robiert ,
Qui s^nescaus iert en apiert .
13575 Et del conte Alain , sans dangier,
Et puis del conte Bierengier
Qui pere estoit Popain , sa raie ,
Ki de Raio£s fu ravie.
Cist conte orent Bretagne quite ,
13580 N'i ot faite tence ne luite.
Tuit le reciurent k signor
Et li port&rent grant ounor.
Mais quant li dons Ten fu donnas ,
Li senescaus, ki fu sen&,
Roiiou refuse de baiscr 13585 Li dist : « Rou , ates , si baistes,
ivaSc^ du °' dc Si com drois est, le roi ses pi&. »
Et Rou li dist que j4 n'iroit
Ne autrui pi& ne baiseroit.
Et Francois disent k I mot ,
14590 Tout li plus haut que il i ot ,
Que, pour recoivre si biel don
Et fille k roi , bien derroit-on
Baisier son pte , qui que il soit
Celui qui si biel don dounoit.
14595 Dont rouva Rou I cevalier
Aler pour lui le piet baisier.
Et li cevaliers s'ayancha ,
Le piet le roi prist; sel baisa
Pour son signour ki le rouvoit.
13600 Et si com il le piet tenoit,
Al baissier si haut le leva
15574 Senescaus, due de France. 15577 Popain, Pope ou Popee.
15575 Alain, Alain Barbe-Forte, strivant 15581 Tuit, tous.
M. Pluquet. Ce serait plutdt Barbe-Torte. 15601 Baissier, baiaer.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
59
Que li rois a tiere viersa ,
Par quoi li paien risen t moult,
Et Francois en gaberent tot.
13605 Dont prist Rou sa feme Gillain:
Si sen parti a lendemain ,
A Ruem s'en vint, n'i targa plus,
A grant ounour fu rectus.
Al quint jour fu Rou d&aub&;
13610 Et d'arcevesques et d'ab&
De vesques, de dus et de contes
Et des cevaliers n'i fu contes.
Puis demanda Rou Farcevesque
Et k Ebar, d'Evreus le vesque,
13615 Les queus glises de la contr^e
Ierent de plus grant renomm^e.
Et l'arcevesques li a dites
Les queus sont de plus grant m&ites.
Et Rou li demanda qeus sains
13620 Estoit en la ttere souvrains.
L'arcevesques dist sains Denis ,
Que sains Clemens lor ot tramis
Pour crestientet exaucier
Et la nouriele loi noncier.
13625 « Par foi, dist Rou, a ces ^glises
Que yous m'av& si avant mises,
Donrai ains qu'i mes cevaliers ,
Li ben lite de Rollon
enveri 1 eglise.
Saint Denis, Saint Cle
ment
13605 Risent, rirent.
15604 Tot, la rime demande tout. II a ^te
fait allusion a cette anecdote dans l'lntroduction
du premier vol. 7 p. ex. G. de Jumieges, II, 17.
15607 Targa, tarda.
15609 Desaubes, depouille' de la robe blanche
du baptgme. Huit jours apres cette ce^monie
on donnait un repas de desaubage.
15615 Les queus, quelle*. Cette anecdote est
omise par R. Wace et par G. de Jumieges, II, 18.
15682 Clemens, saint Clement I er , e'lu pape
en 67 ou 91, passe pour £tre l'auteur de la pre-
miere mission des eveques dans les Gaules. II
n'a pu y envoyer saint Denis qui y vint vers le
milieu du troisieme siecle. Toy. le traits' de
M. le marquis De Fortia sur saint Denis , k la
suite de YExamen d'un diplome aitribue a Louis-
U-Begue, rot de France, Paris , 1855 , 2 vol.
in-12.
15627 Ains, avant.
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60 CHRONIQUE
Et si m'ont siervi Yolentiers
Que jou d'aus puisse aie avoir
13630 Quant jou n'aurai de rien pooir. »
Le premier jor sans convoitise
Douna-il a la m£re glise ,
Nostre-Dame de Ruem , grans rentes
Ki furent bien s&ns et gentes.
13635 Et au secont jour autresi
I douna-il grant tiire ensi ;
Et au tiere jour de son tr&or ;
Al quart jour rices dras encor;
Et al quint fist aumosnes gentes ;
13640 Al siste jour, sans plus d'atentes,
A Gum&ges et a S*.-Piire
Douna grant cose , sans proiere ;
Al si&me jour a S*.-Denis
Bierneval et tous les afis
13645 Douna quitement, sans faillance .
Pour 9011 qu'il ert de grant vallance.
Al uitrae jour si fist moult biel :
Donques osta Rou son cresmiel ,
Si douna k ses compagnons
13650 Tiered et fi& et rices dons.
Manage de Roiioo. El demain sa feme espousa ;
Grans noces fist, moult i douna.
XV jours l'ayoit j& iue
Que ne FaToit a car sentue.
13655 La nuit i gut, quan sen ley a
Moult forment de li se loa.
Et apries manda ses barons
13645 Sie'tme, septieme. II, 18.
13644 Bierneval, Berneval-le-Grand , village 13648 Cresmiel, le beguin ou la coiffe que Ton
du departement de la Seine-In ferieure , arron- mettait a celui qu'on baptisait, fAm(tno).
diwement de Dieppe. J fit, fiefs. 13653 XV jours. Cette cireoDStanee n'esl pas
13647 Uitme, huitieme. Voy. G. de Jumieges ? mentionnee par Rob. Waoe.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 61
Si lor douna moult rices dons , n distrOmc des terre* »
Et les jugemens et les lois ses con,p8gnoII$ •
13660 Leur otria, con tint an$ois
Et cil ki de sa tiere furent
Orent grans dons, si com il durent ,
Qui vorent iestre crestiien ,
Et ki n'el vot, j'el sai moult bien,
13665 Pour en leur pais r'aler
Lor fist n& et deniers livrer
Et tout quan que mestier lor fu ,
Jusques lague pour faire fu.
Sainte glise ama et sostint poiic«s<?ere*ui>iiepar
13670 Et moult haute justice tint.
Si desfendi et loa bien
Con , pour larons , ne gardast rien ,
Quar trestout rendre lor feroit
Quant que teres i embleroit.
13675 Puis avint-il quen une rue AvenlUfe du pay$an dc
Laissa les fiers de sa cierue kmTc Pa<m * dc "
Uns vilains. Si vint en maison,
Mais ne Fen fist se gaber non
Sa feme , et s'es ala embler ,
13680 Pour lui faire fol resanbler.
Et quant li yilains mangi^ ot,
Si s'en ala com ains il pot ;
Mais de ses fiers ne trova mie
Qu'embl& li avoit s'anemie.
13685 A 1'hostel revint tous ir&
Et dist c'on li avoit embl&
Les fiers de sa cierue as cans.
Lors n'i ot dit fables ne cans.
Sa feme a dit : « Vous en ir&
15659 Les lots, voy. Rob. Wace, 1, 97,v.l940. 15687 As cans, aux champs.
15665 Ce vers est trop court d'une syllabe. 15688 11 ne s'amusa ni a reciter ni a chanter,
15668 Lagne, laigne, bois, Ugn(um). taot il etait en colere.
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62
CHRONIQUE
13690 Al paien Rou , si li dir& :
Mal&irous, fos, estordis,
Onqes ne cr&stes mes dis ;
A1& , sor& qu'il vos dira. »
Et li vilains lues i ala
13695 Conta li, et Rou li fist rendre
Autant con en presist al vendre.
Puis fist Rou porter le juise
A tous ses voisius par devise .
Mais sauye fureni , com drots f u ,
13700 De juise d'aigue et de fu.
Dont prist Rou la feme al vilain .
Ki moult estoit de pute main.
Si le fist metre en tel destroit
Quele gefai trestout k droit
13705 Que les fiers son baron embla ,
Pour 90U que fos li resambla.
Lors demanda Rou le vilain
S'il le savoit de tel pelain
Sa feme , et qu'ele fa larnese
13710 Ne si mateoite barnesse.
Li Tilains respondu q'oil.
« Et tu seras pendus , dist-il ,
Par 11 jugemens ayoec li.
L'un pour itant qu'il t'ab&li
13715 A iestre o li sans castoier .
15696 Autant c'on en presist al vendre. Rob.
Wace, 1 , 100, v. 2004 :
Rou out de li pili<$, e cine sols li dona.
15699 Juise d'aigue et de fu, par TCpreure
de l'eau et du fen.
15702 Depute main, cette expression s'expli-
que par celle dont se sert Rob. Wace , I, 100,
v. 1987 :
Mcz la fame esteit aukes de ses mains aerdant ;
e'est-a-dire qn'elle avait les mains crochues.
15706 Resambla , sembla.
15708 De tel pelain, de tel poil, de telle
peau , de tel caractere.
15709 Larnese, larronnesse.
15710 MuHeite, mechante; barnesse, femme.
15711 Respondu , repondit; oil, oni.
15714 rattV/t^t'aplu.
15715 Castoier, corriger, c ha tier. Voir G. de
Jumieges , liv. II , ch. 20.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
63
Et , de l'autre , pour le loier
Que tu son fail li consentoies
Et ayoec li manans estoies. »
Ensi furent andoi pendu
13720 Que ne post estre desfendu;
Et par le pais environ
Furent castoiet li laron.
Une fois ala Rou kacier
En ses bos , pour esbanoier.
13725 Si trouva I aigue dormant
Que on ya la Mare clamant.
La sist li dus Rou al disner
Et fist sour I arbre gieter
Nosces dor, aniaus et afices
13730 Et juiaus autres biaus et rices;
III ans les i laisa Rou pendre
C'onques leres n'es osa prendre.
Par eel fait et par eel tr&or
A non li lius Roumare encor,
13735 Et sacids qu'en grant et en pou
Fu trop buens justici&re Rou.
Cis Rou fu , que que nus m'en die ,
Li premiers dus de Normendie.
Car et Normendie et Bretagne ,
13740 Ango, Poitoset Aquitagne
I&rent adont le roi de France ,
Ligement comme ttere f ranee ;
Mais apri& Rou l'orent si oir,
Ce nos fait restore sayoir.
13745 Encor en font cil les omages
Qui de la ti&re ont signourages ,
Eienijile tie la tcrrcur
tjae Rollon mspirail
uux voleurs
Roumare.
Tiaile dc Saiul-Cluir-
sur-Eptc, Tan SI 1.
15716 Pour te punir de ce que tu autorisais predion manque dans Roquefort. Afices, bou-
sa conduite. cles , agrafes. Celte anecdote a ete racontee
15729 Noseet d'or, bracelets. Foy. la nouy. egalement d*Al(red-le-Grand , roi d'Angleterre.
edition de Du Gange, an mot Nose*. Gette ex- — G. de Jumieges, II, 20.
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64 CHRONIQUE
As rois de France et a lor oirs
Et de castiaus et de manoirs ;
Et si doivent sieryir en ost
13750 Le roi de France al besoing tost.
Isi fist Rou , tant com yesqui
Et maint fort estour i yenqui.
Rouoo f.it tocher i. P™* *™t que cis sinples rois
*^ft$Z Carles enyoia II Francis ,
ZZZ.*** T ° ir 13755 Cevaliers , parler a sa fille
Et ele les c£la par gille
En sa cambre , ne sai pourqoi ,
Si que III jors i furent qoi.
Mais uns vall^s qui les i sot .
13760 Le dist a Rou, an$ois k'il pot,
Et il les fist prendre et ocire ,
C'onques nus ne li pot a dire.
Parquoi Carles le desfia
Et de guerroiier Tafia ;
13765 Mais Robiers, s^nesoaus de France,
Ki ses parins ert sans dotance ,
Lues que il seut la y^rit^
Que li roi ot Rou desfi£ ,
Tout esrant le roi desfia
13770 Et Rou , son filluel , afia
Qu'il i'i aideroit yiers le roi ,
Ki commenciet ot le desroi.
Robert, fii. de RoWi- L ™* ot cil Robiers tant de gent ,
IS^lfiK Par son or et par son argent,
ronoer, I'.n 922. ^yg q^jj ^ figt ^ ^ e^n,^
A XXIX le puis conter.
Mais moult petite en f u sa joie .
Si com l'estore nous rayoie ,
15751 /*/, ainsi. 13770 Afia, assnra.
1 3763 Parquoi. . . . Ce* circonstances »ont rap- 1 3776 A XXIX , Hsez a vingt-et-neuf.
portees par G. de Jumieges, II, 21. 13778 Ravoie, rappelle.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
65
Par les escris de S*. -Denis,
13780 Quar Tan meismes fu ocis
De la gent le roi en bataille
Ki fu faite a Sessons, sans faille.
Et quant Carles s'en repaira
De la bataille ki fu la,
13785 Li quens Herbiers de Viermendois ,
Qui moult fu crueus et redois ,
Le prist et mist en sa prison ,
Ki li tourna a mesproison.
Robiers d'Ango ki fu ocis
13790 A Sissons , dont or ains vous dis,
Si com Festore le m'aconte ,
Ot a feme la fille al conte
De Viermendois , s'en ot I fil.
Hue li Grans ot a non cil,
13795 Si fii fais s&iescaus de France
Aprils son pere , sans doutance.
Mais en dementres que cis rois
Iert encor en la prison qois ,
Par la force al conte Herbiert
13800 Et de ses parens en apiert
Et de Huon le grant ausi ,
S'entras^urerent ensi
Qu'entr'aus fisent roi , sans besougne ,
Mort de Robert,
juin 923.
15
Hoguet-le-Grand .
13779 Les escris de S*.-Denis, les documens
historiques conserves a Saint-Denis. Voy. Tlntro-
duction du I er vol. ,.p. ccxxxm.
13785 Herbert, comte de Vermandois , pere
de Beatrix , femme de Robert. Wace l'appelle
Dam Hebert de Sainliz, I, 104 , v. 2072.
13786 Redois, ce mot, suivant Roquefort,
d£signe des peuples de la Pomeranie. Ici il doit
avoir le sens d'inhumain , injnste. Foy. a la
page 35 le vers 12972, ou cette explication
serait peut-elre plus naturelle que celle de Ro-
quefort.
Tom. II.
13787 En sa prison, d'abord a Chateau-
Thierri, puis a Pfronne. Ce fut dans le chateau
de Peronne , que Louis XI fut plus tard loge* ,
lorsqu'il se remit imprudemment aux mains de
Charles-le-Teme>aire , due de Bourgogne. L*au-
teur de Quentin Durward n*a pas manque" de
tirer parti de ce rapprochement.
13789 Robiers d'Ango, Robert-le-Fort , pere
de cet autre Robert , obtint, Pan 850, de
Charles -le-Chauve, le comte d'Outre- Maine,
qu'on nomma aussi la Marche Angevine.
13802 S'entrase'urerent , convinrent.
9
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66
CHRONIQUE
Raoul ou Rodolphe est
eluroi l'an 923.
Mori de Cliarles-lc-
Simple.
Raoul, fil le due de Bourgogne
13805 Ricart, ki Tot de fons lev<5 ;
Ce lui out toute ass&ir£.
XXX isme le eontons.
Puis Font envoiiet a Seasons,
La li fisent porter eouronne.
13810 Mais encore estoit a Pi&ronne
Carles li Simples en prison.
N'iestre ne pot a raen$on ,
Et quant il sot la Y&it£
Que tuit l'orent si despite,
13815 Qu'autre roi orent fait et pris ,
Si en fu si de duel espris
K'il moru dedens le tierc jour
C'onques n'en ot plus de soujour ,
A Pentecouste el tans d'est^.
13820 XXVII ans ot rois est«J.
A S*--Denise fu port&
Et la fu sea cors entier&.
La refine Ogire , sa feme ,
Ki d'autres iert safirs et gemme ,
13825 Prist son fil , Loijs ot non.
Si sen ala for* dou roion
A son pere le roi Antiaume ,
Ki tint Engletiere et Duriaume ,
Pour crieme del conte Hierbiert
13830 Qu'ele sot telon et cuviert ,
Et pour Huon le Grant ausi ,
13805 Ricarl, Richard-le-Justicier.
13807 XXX isme, pour la mesure, lisez :
trienteisme.
13814 Despite, mepris£, despectus.
13817 Herbert tira Charles-le-Simple de sa
prison , en 927 , pour l'opposer a Raoul , dont il
etait alors mecontent; mais ayant fait son ac-
commodement avec ce dernier , il renferma de
nouveau Charles a Peronne , l'annee suivante ,
et ce malbeureux prince y finit aes jours le 7
octobre 929 , a Page d'environ cinquante ans ,
pres de trente-six ans depuis son elevation au
tr6ne.
13820 XXVII } prononcex vingtet sept.
13825 Loeys , Louis etait age de neuf ans.
1 3828 Duriaume, Durham , comme plus haut ?
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DE PHILIPPE MOUSKES.
67
Qu'ele sot felon et hardi ,
Et si iert s^nescaus de France.
Ensi la roine en soufrance
13835 Fu en Engletiere od son pere ,
Pour ?ou que s'aie li p£re.
Donques apries ice moult pou
Moru Gille , la feme Rou ,
Et il prist Popain a moullier,
13840 Fille le conte Bi£rengier,
Qu'il avoit am^e et tenue ,
Quar il Tot de gaaing 4ue :
Maint conte i ot et maint princier.
Cele Tama moult et tint cier ,
13845 S'en ot I fil de grant renon,
Guillaumes Longe-Esp^e ot non. .
Rou fist sa gent jurer de yoir,
Que de celui feroient oir
Aprils sa mort , et il si fisent ,
13850 Mais teus i ot qu'el contredisent.
Quar cascuns moult dolans estoit
Que de Gillain nul oir n'ayoit ,
Fille Carlon, qu'il ot 4ue.
Moult en fu la plainte s&ie.
13855 Quant Rou fu mors si l'enti&&rent
Si home , et grant dol i men&rent
Fais fu dus Guillaumes , ses fius ,
Qui moult iert yallans et gentius ,
Bien resanbla son pere Rou.
13860 Mais apries cil tiermine I pou,
Quens Bierengiers et quens Alains ,
Ki Bretagne tenoient ains,
Mori de Gisele.
Guillaumc - Longue -
Epee
Mort de Bollon.
Guillauroe - Longue
Epee lui succcde.
15856 Pour qu'il lui accordat sod secours , sa
protection. Pire (appareat).
15857 /c«,oela.
15847 De wit, par verity
15852 GtV/atn, Gisele.
15860 Compares ce qui suit avec&ob. Wace,
I, 104, y. 2062, etc., et avec Guillaume de
Jumieges, III, 1 , 2.
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68 CHRONIQUE
Tout encontre leur sairement ,
Li fisent guerre durement.
13865 Mais Bierengiers vint a mierci ,
Et Mains , ki Tot estourmi ,
En Engletiere sen ala
Al roi Antiaume, et siervi la.
RihousouRiuifc, comic Apri& Rihous , sire del Mans,
de Coutances , se re- +€*g%mg\ s\ • •
voite contrcsonnou- 13870 Quist chevaliers et quist siergans ,
veau saaeram, vers
933. Et, corame traitres mauvais ,
Asist Ruem, deviers S^-Giervais,
Tant que li dus , ki n'en pot mais ,
Li yot douner , par boine pais ,
13875 Toute la ttere de la Rille ,
Et Rihous en redist sotie.
Mais li dus, qui moult estoit tart,
Par le los del conte Biernart ,
S'en issi fors, si le venqui,
13880 Et tous les enka^a d'enki.
Pris et mors en i ot asses ,
Tant que cascuns en fu las&.
Biaife est ™ncu. Rihous s'en escapa fuiant.
Encor apielent li auquant
13885 Cel liu le camp de la batalle.
Et li dus Guillaume , sans faille ,
Qui avoit a non Longe-Espee ,
Deliyra toute la contr^e.
Adont li Tint une noviele
13890 Qui moult li fu plaisans et biele ,
Naissancede Richard I, Que d'uUe meSCine Ot I fil I
jurnorome Sans-Peur. x -
Cypro^te, ce dient cil,
15869 Rihous, Rob. Wace , 1 , 107 , v. 2120: presente tres-souyent dans cette Chronique.
JUou/tu un Norman* ki mult «e fist doter, 13877 Tart, lent.
\ * V a n ; V '.;; v :;i. m ;r ' 13878 #iern«W,Rob.Wace, I, 109, v. 21 61:
Quens Aide Costenlio, eotre Vire e la mer. ' 77?
13875 Rille, riviere de la Haute-Normandie. Hariet *» ° Willame , e Bemart U Daneiz.
13876 Rille et sotie , rime comine il s'en 13892 Cyproite ouSprote, que Guillaume a vait
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DE PHILIPPE MOUSKES.
69
Avoit la damoisiele a non
Et fille estoit dun haut baron.
13895 Et li fius ot a non Ricars.
Li quens Hierbiers , ki fu gagnars
Et orgillous et beubanciers ,
Et Hues li Grans, ki fu fiers ,
Conte Guillaume de Poitou
13900 Li menerent apries 1 pou.
Gerloc, sa serour, li douna;
Et la fille Herbiert prise a
Li quens Guillaumes ausement.
Trestout par leur alirement
13905 Li dus Guillaumes Longe-Esp^e
Ot ensi Gerloc espous^e ,
Et bien sot tiere justicier
Pour Rou , son pere , ki Tot cier.
Al tans que Rou yivoit cil dus ,
13910 Si fu uns om a Ruem yenus
Sor I blanc ceyal qu'il amainne
Par entre II ondes de Sainne ,
Ausi com par tiere fesist.
En la cit£ son ostel prist ,
13915 A mier veiled fu esgardes,
Et de plusiours fu salu&.
Et 5'avint, par I di&nence,
Ne quidi& pas que je yous mence ,
Lc comle de Poitiers
dcmande a Guil-
laume sa scrur en
manage.
Mariage de Guillaume.
Anecdote merveilleuse.
epousee a la danoise, dit Guillaume de Jumieges.
13896 Gagnart, hargneux, de can is,
13897 Beubanciers , aimant a faire grand eta-
lage.
13901 Gerloc , plus haut Gerlot ; dans la
Chron. ascendonte des dues de Normandie , elle
est appelee Gerbot. M. A. LePrevost soupconne
que son vrai nom etait Adele.
13902 La fille Herbiert , Leu I garde , fille de
Herbert II , comte de Vermandois, laquelle sur-
vecut a Guillaume et donna sa main ensuite a
Thibaud-le-Tricheur, comte de Blois.
13909 Alton*. Cette anecdote, passee sous
silence par R. Wace etG. de Jumieges, appartient
sans doute aux fictions que les jongleurs avaient
melees a l'histoire de Normandie, ainsi que Wace
le remarque lui-meme : 1 , 106, v. 2108 :
A jngleors ol en m'effance chanter.
13918 Mence, pour la rime au lieu de mente ;
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70
CHRONIQUE
Quar moult de gent k lui parierent.
13920 De son iestre li demand&rent ,
Et il ne lor dist pas son non.
Angois a dit : « Jou sui uns om ,
Et saci& qui main par ensagne
Parti de Riesnes en Bretagne.
13925 Et a Avrence me disnai ,
U jou moo coutiel oubliai.
Et se de $ou ne me cr&s ,
EnYoii& i , si le saur&. »
Cil preudom fii a son ostel
13930 Si leur a dit et un et el.
Li dus Rou adonques yivoit
Comme preudom qui moult savoit ,
Et quant tel cose dire oi ,
Mierrilla s'ent et esgoi ,
13935 Et par son m& li a mancte.
Et comme signour commands .
Que lendemain k lui parlast ,
Angois que fbrs de Ruem alast.
Cil li manda qu'il i parroit
13940 Moult volentiers, quant lui plaisoit.
Mais la vespr^e , de par W ,
Li ot ses ostes demand^
Qu'il li desist se il savoit
Se la lignie Rou durroit
13945 Auques longement et combien.
Et cil ne li respondi rien.
En sa main tint I bastonciel ,
mensonye est plot pre* de meuce que de men-
te.
Apres la mi-aoMSt, ne quhers tfue vos en mente.
P.Paris, Berte,?. 16.
13923 Qui, lisez que.
13924 Riesnes, Rennes.
13923 Avrence, Avraoches.
13934 Miervitta s'ent , il s*en emerveilla.
13933 Met, messager.
13939 Parroit , comparaitrait.
13943 Desist, dit.
13947 Bastonciel, petit baton.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
71
Et sot devant lui I monciel
De cendres , en l'aistre del feu.
13950 Esparses les a en eel leu,
VII roies i fist d'un baston
Qu'il n'i a dit ne od ne non ,
Et si desfit les roies lues ,
Quar de plus ne li estoit wes ,
13955 Que ?ou fu en sen&ianee
Que donques iroit k faillanee
La lignie Rou ; ensi fu ,
Et li preudom ot despondu.
Couciet se sont, plus n'i ot dit,
13960 Li preudom dormi en son lit.
Et bien par matin se le?a
Si tost com le jour v4u a.
Mais li dus ne fu pas lev&,
Pour taut si n'i est pas al& ,
13965 Quar il li ayoit encouvent
Qu'al jour i parroit voirement.
Ensi pas au due ne parla,
Son ceval prist , si s'en ala
Tout ensi qu'il estoit yenus ,
13970 Et si fu de plusiours y&is.
Par quoi li dus point n'i cr& ,
Pour gou qu'il li ayoit menti.
Quant al& s'en fu, si dist-on
Pour le demande et pour raisson ,
13975 Que jusques en VII oirs durroit
Prediction relative a la
poste'rite deRollon.
13948 Monciel, monceau.
13949 L'aistre , l'atre.
13951 Roies, raies. Autrefois, au mois de aep-
tembre, on faisait, a Valenciennes, une procession
en memoire d'un cordon precieux dont la sainte
Vierge avait entour£, disait-on , la ville, pour la
preserver dela peste. Une confreriedu saint cor-
don futformeeet les confreres prirent le surnom
de Roye's , d'un ruban ray£ qu'ils portaient sous
une espece de dalmatique. Hecart, Precis hist,
et statist, sur la title de Valenciennes, 1825, in-8°,
p. 77.
13952 Od, oui.
13954 Wes, utile, necessaire.
13965 Encouvent y promis.
13975 VII oirs , sept generations.
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72 CHRONIQUE
La Rou lignie et dont fauroit,
Pour les VII roies del baston
Qu'es cendres ot fait li preudom.
Et les VII oirs vous noumerai ,
13980 Si que de rien n'i mentirai.
succe S scurs de RoUon. Or T08 di-jou ciertainnement
Que Rou fu dus preincrement.
Et si ot la fille Charlon
Le Simple, ki Gille ot a non.
13985 Guillaumes apri& Longe-Esp&
Fu li secons par renoum&.
Ricars , fius Guillaume , fu tiers ,
Qui moult fu yaillans cevaliers.
Ricart, fil Ricart, font le quart,
13990 Con ne tenoit mie a couart.
Robiert, fil Ricart, fontle quint ,
Qui moult bele maisnie tint.
Guillaumes, fius Robiert, fu sistes,
Qui moult fu sages, preus et vistes.
13995 T&ris, fius Guillaume, fu siemes,
Ki ne fu pas crueus ne piesmes.
Cis tint quan que ses p&res ot ,
Moult peut et yalu et moult sot.
A cestui , n'el mescr&s mie,
14000 Si fina de Rou la lignie.
Par ?ou fii creus li boins om ,
Qui fist les roies del baston.
Encor le tiesmognent li oir.
Cil Rou fu de moult grant pooir ,
14005 N'onques ne fu de cuer falis
Et si fu a Ruem sevelis.
Guillaumes , ses fius , tint la tifere ,
13976 La Rou lignie, cette forme, ou le ge- 13976 Fauroit, viendrait a faillir. Nousavons
nitif precede le sujet , est tout-a-fait dans le perdu ce temps du verbe faillir.
genie des langues germaniques. 13999 N'el me$cree'$, n'en doutez pas.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
73
Ass& i ot et pais et gierre,
Sages fu et preus et engri&.
14010 Li autre VI vinrent a pries.
Al tans Guillaume , le fil Rou .
Si avint-il apries I pou
Que dont moru li rois Raous ,
Qui moult fu preus et vigerous.
14015 III ans r^gna , ciertains en sui .
Moult tenoient a preu cestui.
Quant des barons fu enti&& ,
Hue li grans et li barn&
De France tout commun&nent,
14020 Par le consel noum&ment
Le due Willaume des Normans ,
Qui moult estoit preus et vallans ,
Redemanderent tot en apiert,
Par l'arceyesque Ghilebiert ,
14025 Lo^is , ki fu fius Charlon ,
Qui mors estoit en la prison
Le conte Hierbert de Pi&onne.
L'arceyesques sen abandonne ,
Quant le congi^s Ten fu don&.
14030 Pour Lo^ys s'en est al&
En Engleti&re; ert viers Duriaume,
Od son taion, le roi Anliaume,
Qui li loa le revenir,
Mort du roi Raoul, 936.
Par le credit de Guil-
laume, Louia-d'Ou-
tremer arrive an tr6-
ne, 936.
14014 Figerous, vigoureux, ferme, integre.
Od a pu voir que ces eloges sont une formule
banale que Ph. Mouskes applique a presque
tous lea princes bons ou mauvais , et qui ne tire
pas a consequence.
14015 /// ans rtgna; l'auteur a beau ajouter
qu'il en est ciertains, ilse trompe; puisque Raoul
fut elu roi en 923, son regne ne fut pas de trois
ans , mais de treize : peut-elre manque-til un X
dans le MS.
1 4020 Noumeement , nommemen t .
To». II.
14024 L'arcevesque Qhilebiert. Leprelat que
Hugues-le-Grand employa dans cette negocia-
tion, Itait Guillaume, archeveque de Sens.
Peut-e'tre , remarque M. A. Le Prevost , les his-
toriens normands auront-ils ete trompes par
l'identite' de son nom ayec celui du due, qui
par ait n'avoir eu aucune part au retablisse-
ment de Louis d'Ou tremer.
14028 S'en abandonne, se charge sans resis-
tance , avec empressement , de cette commission.
14032 Taion, oncle.
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74
CHRONIQUE
Courouneiuent dc
Louis-d'Ontremer.
Garin de Ponlhicu.
Taillefcr de Cainhresis.
Comment qu'en p^ust avenir.
14035 Ass& li quist et n& et gent ,
Dras et eevaus , or et argent.
Et il rev int. si passa mer,
S'el fisent a roi couronner.
A L&in , en la mestre sale ,
14040 Al couronner ot moult grant ale.
XXXI roi a cest vos cont ,
Si com l'estore le despont
Par falls ki advent les escris.
S'ot 1 fr&re cia Lolys ;
14045 Lohiers ot nan, s'ot Loherainne 7
Et si tint Ais en son demainne ,
Et s'ot une serour ainsn^e ,
Gillain que Rou ot espous^e.
S'ot cis rois II autre* serors.
14050 Qui tieres tinrent et honors.
Ses peres les ot asen&s ,
A son vivaut et marines.
Herluis ot a non l'ainsnee ;
Si fu al due Garin doun^e.
14055 Ki tenoit Vimeu et Pontt
Et les alues S*.-Waleri :
De fou fu Herluis douw&.
A&ais I'autre fu doun&
A Taillefier del Kanbresis
14053-34. Qui li loa le revenir, qui conseilla
a Louis de rentrer en France , quoi qu'il put en
resulter.
14039. Lean, Laon. En la mestre sale. Cest
ce qu'on appelait aussi sale voute'e.
Entour la Stint Jehao que la rose e»t flcurie ,
Fu roi* Charles Marliau* en sa sale voulie.
Ber(e,j>.3elA.
Essai sur la statistique ancienne de la Belgique,
2 e partie, p. 149.
14040 Ale, train , multitude, allee et venue.
14048 Lohiers , Loihaire. Ce person nag e n'esl
point historique.
14048 Gillain, GM\e.
14051 Les ot asenees, leur assigna leur part
d 'heritage.
14053 Herluis, Herlinde. lei le roman est
encore mele* a l'histoire.
14053 Ponti , Ponthieu.
14056 Alues, alleux.
14057 Douwe'e , douee.
14058 Aelais, Adelaide.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
75
14060 Qui moult fti vallans et gentis.
Si en ot Raoul ie Cuviert ,
Ki gueroia lea fius Herbiert
De S^-Quentin , et Bierne^on
Firi el cief par conteofon ,
14065 Si arst les nounains d'Origni:
Mais puis Fen aviunt-il ensi .
S'en fu ocis et <Upeci& ,
Quar il ot fais maus et p&i&.
Et de madame Herluit
14070 Dont je tous ai ci devant dit ,
Quespous^e ot li dus Garins .
Fu Isembars et Girardins.
Loeis , lor oncle , servirent .
Mais les Francois les enhairent.
14075 Si consellierent tant le roi,
Et par outrage et par desroi ,
Une cure et autre et tempre et tart ,
Que li rois tramist Ysembart
Al roi Guion , en Danemarce ,
14080 Pour le tr&i rower en marce.
Entities fisent , en I gardin ,
Son frere ocire Girardin.
Quant Ysembars s'en repaira ,
Moult durement s'en aira ,
140 85A la table le roi 11 siers
Raoul dc Catnbrat.
Inrendie de l'abbaye
d'Origni.
Isembarl et Girardir
Guion d« Danooiarck..
14061 Raoul le cvviert, M. Edw. Le Glay,
file d'un des savans les plus respectables quepos-
sede aujourdliui la France , prepare en ce mo-
ment , ainsi que nons 1'ayons deja dit dans
Tlntroduction du premier volume, une Edition
du roman de Raoul de Gambrai , dont il a deja
donne un curieux specimen dans les Memoires
de la societe d' emulation de Cambrai, 1838,
pp. 145-178 , et qui est preciseinent l'episode de
l'incendie de l'abbaye d'Origni, auquel il est
fait allusion dans le texte. Tout ce qui suit, jus-
qu'au t. 14295 , est encore emprunti aux le-
gended romancieres.
14080 En marce, s'agit-il du marc, va-
leur numerique , ou des marches du Dane-
marck ? Nous adoptons le second sens.
14081 Entruis, dans Vintervalle.
14085 listers, deux serfs , deux hommes de
basse condition ; tels que jongleurs et dlbitans
de sornettes, ainsi qu'il est dit plus bas.
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76
CHRONIQUE
Alurdin.
Beatrix , soeur d'liem-
bart.
En ocist puis , gen sui tous ciers ,
Quar li rois cr^oit Yolentiere
Et gengl^ours et nouveliers.
Quant Yzembars les ot ocis ,
14090 Fuiois en est en son pais.
Et puis vot Lo^ys douner ,
Pour sa painne guerredouner .
Alardin son arbalestrier ,
Qui , les lui , menoit son destrier,
14095 B&lris , sa serour la france ,
Mais Ysembars n'en fist sofrance ,
Et Lo^ys s'en courecha.
Ysembart moult enmena^a
Que , por la faide a demorer,
14100 Ne li vot sa serour donner
A o6s celui qui p&re ocist.
Ses os somonre lues en fist ,
Sour le due Garin sen ala
Droit en Pontiu , si las^ga
14105 Tant qu'il estut par sa poisance
A Yzembart forjurer France
Et toute la ti&re son pere.
Grant duel en ot et suer et mire.
Ysembars vint a une nef ,
14110 Cordes i ot et mast et tref ,
Entr& i est , voiant le roi
14088 Gengle'ours, farceurs, jongleurs j nou-
veliers, qui debitent des contes , des nouyelles.
14094 Us lui, a cdte de lui.
14099 Por la faide a demorer, pour terminer
leur querelle.
14101 A oes, au gre. Qui pere ocist, je crois
qu'il faut qui frere ocist; en effet , dans cette le-
gende , Louis d'Outremer n'a pas fait tuer Garin,
pere d'Ysambart , mais Girardin , son frere ,
ainsi qu'on vient de le voir. Sur le sens du mot
oes, consulter M. Brun Lavainne , Revue du
Nord, n° 4, janv. 1854 , p. 218 , et M. Le Roux
de Lincy,note sur \e Romans de Brut, I, 178, n. 1.
14102 Somonre, semondre.
. . . . Set barons
Qu'il avoit portot soman*.
Li romans deBrut, I, 193, v 4067.
14105 Estut, fit obligation.
14106 Forjurer, abandonner.
14110 Tref, yoile.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
77
Qu'il n'enmena autre conroi
Que son esquier Ludemart :
Pontiu clama quite en sa part.
141 15 En Engletiere est ariv& ,
S'est maintenant al roi rem& ,
Et Lo^ys wida Pontiu ,
En France vint a son droit liu.
Mais quant il sot la v^rit^
14120 K'Ysenbars iert a sauvel^,
Le roi manda , tout coureci& ,
Que d'Engletiere fust kacies ,
Et li rois Ten a cong&;
Mais mout li a del sien doun^.
14125 Par le consel d'Evrart l'Englois,
Ki ot apris sarrasinois, .
Al roi Gormont par mer s'en va.
A l'uitisme jour ariva ,
Et Gormons l'a bien retenu ,
141 30 Pour $ou que biaus bacelers fa;
Mais Dieu li a fait renoiier,
Ki garit l'avoit de noiier.
Mais moult en ot son cuer mari ,
Si le clama le Margari.
14135 Puis venqui-il I auma$our
Qui li voloit tolir s'ounour.
Gormons bien li gueredouna ,
Margot, sa fille, li douna,
Et si li douna Bocidante,
14140 Une grant ti&re en oriante ,
Et puis a fait lant Ysambars
Que Gormons fist n& et canars.
Ludemart.
Evrtrt l'Englois.
Le roi Gormont.
Margot , fille du roi
Gormont.
14128 Uiiisme, huitieme.
14131 Renoiier, renier.
14152 Garil, sauve.
14131 Margarij mal sauve\
14155 4uma$our, voir v. 12226.
1 41 59 Bocidante, cette grande lerre en orient ,
n'existe que dans le monde dea romanciers.
1 41 42 Canars, grander embarcations. Orderic
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78 CHRONIQUE
Sor France vinrent pour destruire ,
Mais la mers com men 9a a bruire.
14145 De la gent qu'il ot avoite
Fu bien la tierce pars noite ,
Mais Ysembars li Margaris
Est arives en son pais ,
Od lui Gormons li desfa^s.
14150 A II mile et XXV n&.
Ardoir les fist et d^pecier
Qu'il n'en p&issent repairier.
Le moustier S*.-Ricier ont ars
Et de la tiere les 111 pars.
Le cierc Gamier. 14155 Uns clers , qui Gautiers ot k non ,
Le non$a le roi k Loon.
Adonqes France tele estoit,
Que quant I haus om i moroit
Li rois prendoit la ti&re toute
14160 Et des dames . sans nule doute .
Recevoit a force relief :
Trop estoient mauvais li fief.
Quant ces nouvieles dist Gautiers .
Hueiia Huelins. uns grans cevaliers.
14165 Les o'i ; si a dit au roi
S'il Toloit laiscier son desroi .
Et les relics quites clamer ,
Et ses barons Yosist amer, .
A l'ost de Sarrasins iroit
14170 Et leur pooir li rediroit.
Li rois I'otria esranment .
Puis en jura le sairement.
Vital, lib. VIII : Qualuor naves magna quas 14156 Loan, Laon.
Caoardos vocant , de Norwegia in Angliam ap- 14164 Huelins , plusieurs comtes de Ponthieu
pulses sunt. Du Gange, au mot Canardus. se sont appeles Herluio.
14145 Avoiie , eovoye\ 14170 Et lui dirait quelles etaieot leurs for-
14149 Desfaes, infidele, paien. ces.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 79
Hulling est aparilltes ,
Jusques a 1'ost s'est travelling.
14175 Ysembart, son neveu, trova;
Dist li que fors de France va
Exilli^s et deshiret& ,
Pour lui estoit a court ret&.
A Ysenbart biel en esta ,
14180 AI roi Gormont l'enacointa.
Hu&ins dist k'il s'en r'iroit ,
Pour se& causes si revenroit.
Hu&in , le preu , le seni
En a Ysembars ramenl
14185 A son tref , par Tost contreval ;
Moustre li a son fier ceval,
Par tel s'il se puet entremetre ,
Que frain et stele li puist metre ,
Quites soit siens en abandon.
14190 Quant Hu&ins oi le don,
Al ceval vint , firi le el cief
Et puis li va de cief en cief;
Le frain el cief, la sele el dos
Li a mise , sus monta tos ,
14195 Son esquier en apiela :
« Va-t-ent, fait-il, si m'atent la,
A ces arbres la sus bien loing.
Prent mon ceval pour le besorag. »
Gl s'en ala parmi les tr& ,
14200 Et Hullins fu ja outr&
Les tr& sour le rice ceval ,
S'el poursailli de val en val.
Ysembars n'en ot giu ne ris ,
Si li a dit li Margaris :
11178 Betes, accuse. 14191 Feri le el cief, prononcez fin I'el
14170 Biel en esta y plut. cief.
14180 Enacointa, mit en rapport avec... 14200 Outre'*, passe outre.
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80
CHRONIQUE
14205 « Cousin , mon destrier ramen&,
A Ions mangier , car reven&. »
Hu&ins Fen tint h musart,
Puis li a dit : « Sire Ysembart ,
J'ai yostre ceval ga^gni<£,
14210 Et si ai Gormont engigni^ ,
Car jou sui espie le rot ,
Noncerai li vostre desroi. »
A tant hurte des esporons
Et li cevaus, com esprohons ,
14215 Parmi lair yole contreyal ,
S'en vait amont par le boscal,
Et Sarrasins montent apri&,
De I'ataindre sont moult engri& ;
Mais pour noient i sont p£n£.
14220 Hu&ins a tant cemin^
Que le roi conta eel afaire.
Et il fist bri& et cartres faire ,
Manda siergans et cevaliers ,
Et commugnes et sodoiers.
14225 Sor aus ala a quan quil pot;
Pri& d'Aminois villes s'ot.
Laci^ i ot mainte yentaille ,
S'i commen^a grans la bataille
Et li estours ruistes et fors.
14230 Moult i ot de nos Francois mors,
Et Gormons et li Sarrasin
Furent tout ocis en la fin.
Hu£lins les ot espii& ,
14207 Musart 9 elourdi, qui parle sans r&-
flexioD.
14210 Engignie\ trompe.
14214 Esprohons , oiseau de proie, eperrier.
14216 Boscol, bocage.
14219 Pour noient, envain.
14220 Cemine, chemine.
14226 Lisei si ot pour la meaure. Mies
s'ot ou si ot, le sens n'en est pas plus clair.
Sur la legende de Gormont , voir pages ? ii ,
cccxxiii et les Additions, p. 741. Aminoit, pays
d' Amiens.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 81
Qui fist ravoir tieres et fies.
14235 Garins, li dus al cuer gentiL
Ot ass& parlet a son fil ,
Mais tant n'el sot aplanoier ,
K'il vosist Gormont renoiier,
A qui il s'estoit ob&s.
14240 Par son pere , roi Loeys
Desfia, et il s'en parti.
Esvous le roi tot aati ;
Yzenbars reconnut s'ensagne ;
Si l'abati jus en la plagne.
14245 La mestee recoumen$a
La u Lo^ys tr^bucha.
Asanbler vont lance sor fautre ,
Tot muerent d'une part et d'autre.
Ysenbars m&smes fu mors.
14250 Li rois fist entterer le cors
Et si le plora comme fr6re.
Li dus Garins , ki fu ses pere .
Se rendi pour l'arme de lui ,
Plains de grant pesance et d'anui.
14255 Sa m&re et B&itris, sa suer,
Devinrent nonnains de bon cuer ,
Et Margos , la fille Gormont ,
Qui fu la plus biele del mont ,
Se batissa et Dieu cr& ,
14260 Avoec les autres se rendi
En I'ab&e de Moustruel.
Mais B&tris moru de duel ,
14237 Aplanoier, emouToir, toucher, sub- 14254 Pesance, regret,
juguer. 14261 Moustruel, Montreuil, de la depen-
14240 Par ton pere, par l'entremise de son dance des comtes de Ponlhieu. Ce chateau fut
pere , c'est-a-dire de Garin. enleve en 942 , par Arnoul-le-Vieux , comte de
14245 Ensagne, enseigne et souvent cri de Flandre, mais repris par Guillaume-Longue~
guerre. £pee, due de Norma ndie. Voyez plus has au
14253 Se rendi, embratsa la vie religieuse. v. 14350.
Tom. II. 11
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82 CHROMQUE
Et sa mere proia tous dis
Que s'arme alast en paradis ,
14265 Pour 5011 que piciis l'anoia
Quant pour Gormont Dieu renoia ,
Mais a la mort s'en repenti
Et del tout a Dieu s'asenti.
Et bien i fu ses esperis ,
14270 Si n'os dire qu'il soit p&ria.
Et grans coupes i ot li rois ,
Ki li ot tolu ses conrois
Et de sa ti&re Tot kaciet :
S'en ot grant part a son p&iet.
14275 Mais ja ne fussent desconfi
Li Sarrasin , jou sai de fi .
Quant les dames ki norisoient
Lor enfan^ons et alaitoient ,
Des Francois que tant mors i virent
14280 Hiaumes, escus, obiers vestirent,
Si que lor lais es grans batailles
Lor d^goutoit parmi les malles.
Encore i pert, savoir ne fal,
fis cans c'on dist Molleron-Tal
> 14285 En la contr^e d'Aminois.
As paiens fisent moult d'anois.
Par eles fu venous li cans ,
Et Loeys , cil rois sagans ,
Fu desrompus par Ludemart
14290 Et par son signour Ysenbart ,
A l'estordre k'il fist a aus ,
14268 S'asenti, s'cn remit a la misericorde 14282 Malles, mail les.
de Dieu. 14285 Pert, parail; fal, trompe, manque.
14270 Peris, damne. 14288 Sacans , sachaut, sage, habile.
14280 Obiers, hauberU. Raynouard, Lexique 14291 L'estordre, le combat, Yestour. Foy.
r oman y au mot Ausberg. Vossius, de Vitiis term., le Chronicon centulense, cite dans les Additions ,
11,9, derive ce mot du saxon. p. 741.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
83
Quant i jousta comme yasaus.
Moult le fist bien a la batalle ,
Et tant i fu bleeps , sans falle ,
14295 Que XXX jors ne yesqui puis,
Ce dist l'estore u je le truis.
Al tans de cest roi Lo^ys
De tant , sui-jou seurg et fis ,
Aquist li quens Ernous Arras,
14300 Et li Hungre a tout lor harnas
Et a lor gent et forte et rike
Prisent la tiere d'Osterike,
Alemagne et tout le pais.
A Wormaize, ce dist l'escris,
14305 Pasirent le Rin et gasterent
Toute France u il s'en al&rent
Jusqu a la mer , mais en l'autre an
Furent ocis , k grant ahan,
D'une gent qui vint de Saisogne,
14310 Qui moult bien fisent la besogne.
Non pourvec s'en remest itant
Qu'a force al&rent tot gastant.
Mais Conras , li dus d'Alemagne ,
Les consivi par Loheragne
14315 A gens k'il ot poisans et fieres,
Jusques al bos de Karbonieres.
Si vint a Lobes encontre aus ,
Comme hardis et bon yasaus.
Araoul, dit le Vieux,
comte de Flandre ,
devienl maStre d* Ar-
ras. An 932.
Incursions des Hon-
grois.
Conrad , roi de Boor-
gogne.
1 4292 Vasaus , preux , courageux , intrlpide.
14500 Hungre , Hon grow.
14504 Wormaize, Worms.
14511-14512 La chose n'en resta pas cepen-
dant an point de les empecher de continuer leurs
ravages.
14515 Conras, Conrad, succ&la, en 957, a
son pere Rodolphe II, roi de la Bourgogne
Transjurane. U mourut en 995. Recueil des
historiens francais, IX , 6 , A, B , G.
14514 Consivi, poursuivit.
14515 Poisans , puissans, redou tables.
14516 Bos de Karbonieres, la for** charbon-
niere.
14517 Lobes, dans l'ancienne principaute* de
Liege , aux environs de Thuin , ayant jadis one
abbaye d'hommes, fondee par saint Landelin,
en 640.
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84
CHRONIQUE
Eatrevue d'Arnoul ,
comte de Flandre ,
et de Guillaume-
Longue-Epee, due de
Norinandio.
Baucclicourt , assassin
dn due deNonnandie.
Li Hungre plus avant n alerent ,
14320 Vers lor pais sen retornerent.
Dont a eel tans prist parlement
Li quens Ernous cel&ment
Al due Willaume des Normans,
Ki n'en fu mie bien sacans.
14325 Devant le roi de France vint :
Oi& coument il Ten avint.
Ce fu tout droit a Pinkegni ,
En I islet de Sainne enki ;
D'autre part furent ti Normant
14330 Qui forment furent esmaiant ,
Quar li quens de Flandres Ernous ,
Ki fel estoit et engignous,
Ot sa gent arm£e en l'isliel
CouTiertement , et faisoit biel.
14335 Et si com la pais faite estoit
Et li dus repasser devoit ,
.Li quens Jernous le rapiela
Et li dus vint ariere la.
Baucelieours saea lespee
14340 Qu'en sa cape ot envolepee,
Le due en la tieste &ri ,
Et apri&tot li autre ausi.
Si l'ocisent devant le roi
Par leur outrage et par desroi ,
14345 Et li Normant ki ne pooient
14526 // Ven avint, pour illui en avint.
14327 Pinkegni, Pequigni.
14328 Islet, ilot; Sainne t Somme. Robert
Wace,I, 135, v. 2662:
Mez k li desor Some a Pichengnie rendreit.
Enki 7 la.
14333 Isliel, Hot.
14339 Baucelieours, Rob. Wace le nomine
Fauces; Dudon appelle lea complices d'Arnoul
Eiricus, Belzo, Rotbertus et Ridulfus j Guillaume
de Jumieges , Eenricus, Balzo, Robertus et /?*-
dulfus ; Meyer, Riricus, Robertus, Chiulphus.
14343 Devant le rot, la presence da roi n'est
pas confirmee par l'histoire j il eat vrai que
Meyer dit que l'assassinat de Guillaume fut la
suite d'une ligue qu'Arnoul avait faite avec le
roi Louis-d'Outremer, mats cette ligue m6me est
plus que problematique.
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DE PHILIPPE MOUSKES. * 85
Leur signour aidier k'il v&tient ,
Furent dolant et plain d'irour,
Si sen alerent de paour.
Ce fu fait , se dire le vuel ,
14350 Tout pour le castiel Moustruel ,
Que li queos Jernous ot tolu
A Herluin , ki quens en fu ;
Et li dus , ki li ot raquis ,
En fu eel jour ensi trais.
14355 Mais li rois en fu moult blasm&.
Li quens Ernous descommandes
Et Baucelicours s'enfuirent ,
Tout droit en Flandres s'en revinrent 7
Mais Baucelicours pour tuer
14360 N'i osa mie demorer ,
Ains wida Flandres a navie
Et puis tous seus asist Payie.
14 dus Guillaume Longe-Esp& ,
Qui moult avoit sa gent am&,
14365 Fu a Ruem en biere port&.
Lis son p£re f u enti^res ,
Mais quant li dus fu despouell&
Uns cevaliers , ki fti ses ni& ,
En son braioel une clauwete
14370 Trouva d'argent moult petitete.
Son cambrelenc a demand^ internum qu'av«HGuii-
Pourquoi li dus ot $ou port<6 , mo™e
Et ciLdist k'il voloit entendre
14547 Irour, colore, indignation. 14369 Braioel, braies, culottes; clauwete,
14350 Voy. v. 14880. petite clef. Rob. Wace , 1 , 140 , v. 2755 :
14356 Descommande's , mal recommande', mal
note" , de de et commendaius. Du chief de son braier une clefdtferraerent.
14359 Pour tuer, a cause du meurtre qu'il
avait commis. 14370 Petitete, diminutif de petite.
14362 Ge siege de Payie par ce Baucelicourt 14371 Cambrelenc, chambellan. Raynouard,
inconnu, est encore une fable. Lexique roman, au mot Camarlehc
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86
CHRONIQUE
A Gum&ges soi monnie rendre ,
14375 Et cele claci&le guardoit
En I escrignet k'il aToit ,
Quan qu'esteyoit k monniage.
Cil i al&rent coume sage ,
Si trouverent entirement
14380 Del monniage yiestement ,
Quar li dus ala une fois
Kacier a son yiyant el bois.
Si trouya II monnies sartans .
Et leur demanda com me frans
14385 De quel ord&ne et de quel afaire
11 i&rent , et k'il yoroient faire.
Cil Fen disent la y£rit£
Et offrirent leur carit£.
Mais li dus n en yot mie prendre
14390 Quar il ayoit k el entendre ,
Et si com il ala bierser ,
Si fu abatus d'un sanglier
Et fu bl&i& moult durement.
Si cr& tout ciertainement
14395 Que de p&iet 1'ot si hurte
Qu'il refiisa leur carit4,
A aus reyint et si enprist
Et grans biens k lor glise fist ,
Et l'ata Martin envoia
14400 Soi tr&irae de moines U ,
14374 Monnie, moine.
14575 Claciele,def.
14576 Etcrignet, ecrin, coffre.
14377 Monniage, tout ce qui convenait a la
profession de moine.
14381 Cette anecdote n'est pas rapportee par
R. Wace, mais bien par G. de Jumieges, III, 7, 8.
1 4383 Sartans, defrichant. Dans les provinces
beiges , un grand nombre de noms de lieux et de
personnes, se terminent par tart, Robertsart,
Dusart, DeUart, Beaut art , Lodelinsart, etc.
14385 Or dene , prononeex ordne , pour la
mesure ; oes mots en rne y comme wirgtne, jovene,
estievenes, se syncopaient dans la prononciation.
14391 Bierser, tirer de Tare. On dit encore
tin berceau d'arb ale triers.
14595 De pe'eitt, a cause du peche qu'il avait
commis en refusant....
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DE PHILIPPE MOUSKES.
87
Que Gerlos , sa suer, en eel an
Li tramist de S*. -Cyprian.
Et tres dont i ot son euer mis ,
Et moult lor estoit bons amis;
14405 S'i fust rendus , bien le vous di ,
Mais li ab& li desfendi ,
Pour 50U qu'il ert princes de ttere,
Si gardast son pais de gierre.
Ocis fti , si com tous sav&,
14410 Cil dus ki bien se fti proves.
Ensi demora cil mesfais ,
Et Ricars, ses fius, fti dus fais,
Si garda l'enfant et son droit
Quens Biernars, qui Danois estoit,
14415 Puis vint a Ruem rois Lolys,
Et fist sanblant It'll fu maris
Del due Guillaume qui fti mors ,
Mais c estoit d&evance fore.
Li rois a l'enfant demand^ ,
14420 Ses mestres li a aportl;
Et il le baissa et goy
Et fist grant sanblant d'estre ami.
Lendemain vot l'enfant bagnier
La nourioe, pour aaisier;
14425 Si le manda par I siergant ,
Et cil est al& pour l'enfant.
Mais li rois n'el laisa porter ,
Ainc dist It'll le yoloit garder.
Lors se dout&rent li Normant
14430 Que ne vosist graver l'enfant.
La gent menue s'arma tote ,
Si vinrent courant k grant route .
Richard - sans - peur ,
due de Normandie.
An 043.
Bern»rd-le-Danois .
Louis-rl'Outremcr vient
A Rouen.
11 j'empare de la per*
tonne da jeune due.
Le peuple se souleve.
14401 Gtrios, Gerloc.
14408 S*. -Cyprian , &.-Cyvrien.
14405 S'i fust , \\ *'y fat...
1 4421 Goy , joua ayec lui.
1 4424 Aaisier, pour la sante* de l'enfant .
14452 A grant route, par grande troupe.
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88 CHRONIQUE
As HIT contes de la vile
Et leur disent : « Signor, par gille ,
14435 Comme mauyais et traitour,
Nos votes tolir no signour.
Et le p&re avons-nous perdu
Par yostre sens , qui mauvais fu .
Qui le soufristes aler Ik .
14440 U li quens Ernous le tua.
Et or av& cargi& l'enfant,
Tel ki Fen fist aler fuiant.
Ja li quens , se li rois vosist ,
Le due ensi ocis n'&iist,
14445 Qu'il ne l'&iist u pris u mort ;
Bien set li cas il il s amort.
Mais jk li rois ki l'enfant a
Ensi ne nos escapera. »
Lors vinrent a l'ostel le roi ,
14450 Si lasaillirent k desroi ,
Et li rois demanda que c'ert
Si fais asaus dont li a pert.
Et on li dist que IS Normant
L'asaloient tout pour l'enfant ,
14455 Lor signor, k'il tenoit ensi.
Et li rois , ki sen esbahi ,
Par le consel conte Biernart
Louh l^hIrd. TtUche Et des autres une g rant pa rt i
Prist Ricart l'enfant a son col ,
14460 Entre ses bras et, de plain vol,
Vint enmi cele gent arm&,
Ki si parestoit desra^e
14441 Cargie's l'enfant, charge de l'enfant 14455 Lor signor. Robert Wace, I, 144,
Thomme qui laissa echapper l'assassin du pere. v. 2853 :
1 4446 S' amort f s'attache. J» tene« en prison Richart, noire at>oe,
14452 Si fats asaus, si fait aasaut, un assaut 14462 Parestoit, par eat un augmentatif qui
si violent. tombe sur desraee, fiirieuse.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
89
Et lor a dit, par grant dou$our :
« N'aii& doutance , biel signor ,
14465 Que jou face mil mat l'enfant,
Ne or ne ja a mon vivant,
Car malement me proveroie ,
Se jou l'enfant nul mal faisoie,
Par son p6re fui couroun&
14470 Et d'Engleti&re remands ,
Et si me fist avoir compagne
A Henri, le roi d'Alemagne,
Et , pour m'ounour garder et faire ,
Fu-il ocis a grant eontraire;
14475 Et g'el vengerai , se jou puis ,
Se le conte Ernol jam& truis.
A L&m vois , si manderai
Ma gent et le due vengerai. »
Lors se traist a Evreus li rois ,
14480 Et sa gent et tous ses carois.
S'i fist jurer la ftaut^
Tous les barons de la cont^.
Al repairier , a Ruem s'en vint
Et normant prince plus de XX
14485 Le mercii&rent durement
De sou k'il ot fait sairement
Faire a l'enfant et f£aut£
Tous les princes de la cit^ ,
Et dont leur dist rois Lofys j
14490 « Se cis enf£s estoit nouris
En ma maison , miols en vaudroit
Et mious ensigni& en seroit. »
Li Normant et tout li baron
fli'i entendirent se bien non ;
II promel dc punir Ar-
nonl, comte dc Flan-
dre
Louis emmke Richard ,
sous pr&exte de le
faire mieux elerer a
14471 Compagne. Louis d'Outremer epousa
en 939 , Gerberge, veuve du due de Lorraine
Gislebert, et soeur du roi Otton.
Tom. II.
14476 Ernol, et plus haut Ernous ; truis,
trouve.
14477 A Le'un voi$, je vaU a Laon.
12
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90
CBRONIQUE
Lo comte de Flandre
Arooul apaise le roi.
Osmond , gouveriieur
de Richard, l'trracbe
au danger qui Je mc-
na^ait.
14495 Mais d&^us les a li row
Par ses dis et par son gabois .
Et puis a tant fait par son art
As Normans , al conte Biernart ,
Que Bicardes li fu cargi&,
14500 Pour 90U que mious fust ensi$ni&.
Et li quens Ernous entretant
Fist al roi pais , a son commant ,
De la mort le due qu il ocist :
Et de l'autrepart tant refist
14505 Que, par le consel la roine
Gerberge ,• qui Tot en haine .
Manega li rois a l'enfant
Les gierais quire maintenant.
Lors Tint nouviele en Normandie
14510 Que li rois i qu&roit boisdie;
Si li feroit les garnbes quire ,
Pour sa tiere avoir et deal mire.
Dont fisent li Norinant proi&re
Que Dieux rendist l'enfant ariere.
14515 Oi&. comment il fu garis.
Osmons . qui garde en estoit pris ,
Fist lenfan^on malade faindre ,
Ne autreflnent n'el vot destraindre
De parole ne de provierbe :
14520 Puis manda 1 fosselon d'ierbe ,
Si lia l'enfanQoadedens,
Jou ne satsourin u endens.
St com li rois sist al maagier.
14499 Ricardes, Richard.
14508 Gierais , jarrets ; quire, euire, caute-
riser. Le sup pi ice de Innervation , remarque
M. A. Le Prevost, en usage sous la premiere et
la deuiieme race , consistait dans la cauterisa-
tion ou l'aaiput&tioB des jarrefcs. 1 , 181 , note 4.
14318 Gratis , aauve.
14818 Sans autrement le presser de paroles
et de discours.
14820 Fassehn,bi>Ue.
14832 Souvin, sur le dos j endens , dans I'au-
tre sens.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
91
Sour son col I'ala encargier,
14525 Ausi comme Fierbe portast
Et a son ronci le dounast.
Puis est months a tout l'enfant ,
Al conte Biernart Tint fuiant
A Senlis, si li a cont£
14530 Comment 1' enfant ot aport£.
Ensi revint l'en&s sans gi&re,
Mais li rois ot moult de sa tiere.
Et li quens Biernars vint maris
A Huon-le-Grant a Paris ,
14535 Si li requist, en grant hont^,
K'il aidast qu'en son hiret^
Refust li enfts , ses couzins ,
Qui dus estoit et orfenins.
Tant li promist , tant li douna
14540 Que Hues Ten ass&ira.
En eel afaire., en eel tribouL
Manda li rois le conte Ernoul
De Flandres , k'il venist a lui ,
Et il i yiunt sans nul refui.
14545 Si loa le roi k'il mandast
Huon-le-Grant qu'il li aidast.
Hues-li-Grans i ert venus ,
Moult li&nent fu rectus.
Si le requist li rois d'aie,
14550 Et il li donroit Normendie ,
Par deli Sainne quitement
Jusqu'& la mer entirement.
Par eel don qu'on li a doun^
A Hue-li-Grans oublte
Evasion de Ricbard.
Hugues-le- Grand esl
mis dans les interets
de llichard.
Arnoul conseille au roi
de partager la Nor-
mandieavec Hugues-
le-Grand.
14541 Triboul, agitation .
14544 riunt,vml.
14545 Loa le roi , conseilla au roi.
14551 Rob. Waoe, I, 165, t. 5216
Done de Normendie tot 1 Entablement
Kan k'i a ultreSaine, si ennquiere o sa gent.
14554 Hue, mieux Hue$.
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92 CHRONIQUE
14555 Le sairement que fait ayoit
Que l'enfant Ricart aideroit.
Or ot le roi ass^ur^
Et sairement Yen a jur^.
Quant Biernars le Danois le sot ,
14560 A Huon Tint, com ains il pot,
XtVr^rnLt Et dist : « Quens nobles , quens adroit ,
oncle dc BJcW. Q u j ffie ^^ ^^ de fa^
A wes l'enfant deshiret^ ,
Tant k'il reuist son hiret^ ,
14565 Di-moi ki te kerra jamais.
C'est hontes que tu i& si fais ,
Que nus ne te pora mais croire;
Ta parole n'est mie voire. »
Hue-li-Grans se tint moult qoit ,
14570 Si pensa bien que voir disoit.
Si li a dist par humelit^ :
« Biernart, vous dites viriti :
Moult m'en repenc , et si vodroie
Trop volen tiers , se jou pooie,
14575 Qu'al roi n'luisse rien promis,
Quar vous iestes moult mes amis.
Or en ales , jou penserai
Que l'enfant pas ne gr^verai. »
Biernars s'en est partis a tant ,
14580 A Ruem s'en est venus batant ;
Li quens de Senlis li manda
Que se li rois s'enbatoit la,
14565 A wet, au profit de.... 14581 Li quern de Senlis, Bernard de Senlis.
14565 Kerra, recherchera. Rob. Wace , 1 , 167, v. 3282 :
1 4566 let , e8. Bernars sen ct torn£, n'ala rale atarjant;
14571 Ce vers serait trop long d'une Syllabe A Roem envcia par Bernart li Normant.
si Ton n'unissait li et a par la prononciation.
14572 Biernart, mieux Biernart, puisque Dht Bernars de Samlu
plus haut il y a quens nobles, etc., v. 14561. II ne faut pas confondre ce Bernard avec
14574 Pooie, pouvais. 1'oncle de Richard.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 93
Qu'en la vile le hierbegassent
A grant joie , et se li bias ma sent
14585 De ?ou qu'il avoit Normendie
A Huon-le-Grant mi -part ie. Louis viem k Rouen.
Li rois ot mand&s ses os ,
A Ruem sen est yenus moult tos ,
Entre lui et Huon-le-Grant,
14590 Ki la tiere aloit goulousant ,
Et logier s'ala outre Sainne
Avoec sa gent k'il i amainne.
Cil de Ruem et li quens Biernars ,
Qui moult sorent d'engiens et d'ars,
14595 A pourciession , sans desroi ,
Reciurent li&nent le roi ,
Et disent que moult bet estoient
De 90U que a signour l'auroient ,
N'autre neyoloient jamais ,
14600 Quar il les tenroit bien a pais.
(( Sire, font-il, mal tos conselle
Qui vos loe si grant mervelle ,
Que la moitte de Normendie
Huon-le-Grant av& partie. »
14605 Li quens Biernars al roi tant fist,
Tant li blanga , tant li promist ,
Que Huon-le-Grant remanda
A Baioes u il logha ,
Qu'il et sa gent, que que nus die,
14610 Alassentfors de Normendie,
Car nule cose n'i avoit ,
Ne nul couvent ne li tenroit,
Car Normendie entirement
Deyoit iestre dun tenement ,
14615 Ne ja partie ne seroit,
14895 Pourciession, procession. 14606 Blanga de blandiri.
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94
CHRONIQUE
aaouI-le-Tort.
Sa tyrannie.
Harald vient en Nor-
mandt*.
Mais par lai toute le teuroit.
Huea-li-Grans lues sen ala .
Mais darement sen coure$a ;
Et lore fist li rois Lo^ys
14620 Raoul-le-Tourte de Pans ,
De Normendie s&ieskal
Et commaodeur et prince et bal.
Si fist Raous-la-Tourte abatre,
Jou ne sai, V moustiers u 1111,
14625 Et de la pi£re qu'il i prist
Les murs de Ruem ferma et fist.
A L6ua fti Tenus li rois.
Normant et Biernars li Danois
Manderent, pour venir en maroe,
14630 Aigrout, le roi de Danemaree.
Si ariya en Coustentin ,
Tout droit 4s salines Corbia ,
La u Duve chiet en la mer.
Et li Normant , sans demorer,
14635 Mand&rent li roi Lofys
Que tost souoourust lor pais .
Viers Aigrolt, qui sor aus estrive.
Et li rois Tint al gu£ de Dive,
A toute s'ost, a parlement,
14622 Bal, bail, regent.
14623 La Tourte, le Tourte ou le Tors. Voy.
sur ce personnage la note de M. A. Le Prevost ,
Le roman de Rou , 1 , 181 . note 8.
14629 En marce, dans le pays.
14630 Aigrout, Aigrold, Heroult, Harald.
14633 Duve, La Dive, comme au v. 14638.
Rob. Wace , 1, 184, v. 3623 :
Malt furent Normans liei del rci e des Daneix ,
Pain aportent e char , peisson sale efreiz.
Sur quoi M. Pluquet re marque que Tart de
saler le bareng n'est point du aux Hollandais ,
comme on le repete sans examen. M. Pluquet a
raison , mais Beuckelz de Hughenvliet et non
de Biervliet , n*en reste pas moins Pinventeur ,
dans la maniere de caquer le hareng et de le
preparer, d'un perfectionnement qui a beaucoup
ajoute a la ricbesse de son pays. M. Belpaire a
mootre qu'on ne pouvait contester a Beuckelz
son invention , et qu'un ostendais , nomine* Jac-
ques Kien , y a eu part. Notice his tor. tur la ville
et le port d'Ottende, p. 18.
14634 Et 1% Normant.... Les babitans de la
Basse-Normandie, loin de voir avec peine la venue
d'Harald, s'insurgercnt et se joignirent a lui.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
»5
14640 Cootre Danois ki fierement
Li reprouv^rent cele mort
Qu'ot li dus Willaumes a tort ,
Par qui il ot est«i mandea
En Engleti&re et couromi&.
14645 Lore i ot si tres grant teuton
Que li Normant k esli(on
Le conte Herluia tuerent
Et XII comes ki la erent
Avoec le roi , et tout li autre
14650 S'enfuirent lance sour fautre.
Mais I ceyaliers prist le roi ,
Par ses promesaes, en conroi,
Et tant que , pour sauver , lenmainne
En 1 petit islet de Sainne.
14655 Mais par destraioe le rendi
Al conte Biernart puissedi :
Si le mist a Ruena en prison.
Sa feme, ki Gerbierge ot non,
Moult courecie , a grant mis&re ,
14660 Manda le roi Othon , son pere ,
Mori d'Hcrluin , comte
de Ponthieu.
Le roi Louis est pri*
par les Normands.
La reine teste en vain
de mettrerenpereur
son pere dans les in-
terets de son mari.
14641 Reprouverent, reprocherent.
14646 A eslifon, parchoix. Un normands'in-
digna de voir Herlufn, comte de Ponthieu,
parmi les Francais.
14650 Lance tour fautre. Nous avons, dans le
premier volume , yarie plus d'une fois sur le
sens de cetle expression, et nous noussommes
arr&te enfin, p. 620, a la signification de lame
haute, lance en arrit. Mais ces deux expressions
ne sont pas synonymes, et c'est la premiere seule
que de nouvelles comparaisons nous permettent
d'adopter. Voici en effet un passage de Wace,
qui ex prime leur difference , sans compter qu'on
ne fuit pas la lance en arrit , mais qu*on peut
fuir lance levee.
Lances levees veneient tnit ;
Quant pres erent de eel endreit
Come bom pierre jcter porreft ,
Lacehent li resnes , si s'eslaissent,
Li event esens e lances baissent,
Sor li conrei Necl turnerent,
Grau* eolps e grans bus dunerent, etc.
Roman de Rou t 1 , 338, v. 6700.
14651 Mais un chevalier , gagne par les pro-
messes du roi, le prit sous sa protection et 1'em-
mena dans un ilot de la Seine.
14659 Courecie', coureciee.
1 4660 Othon, son pere, lisez ton frere. Ger-
berge , fille de Henri-VOiseleur , roi de Germa-
nic , etait soeur d'Othon I OT ; elle epousa d'abord
Gislebert , due de Lorraine , ensuite Louis d'Ou-
tremer. Wace n'est pas tombe* dans cette me-
prise, I, 189, y. 3734 :
£1 rei Henris, sit pere, ki sor le Rin maneit.
Ph. Mouskes lui-meme se corrige au v. 14747.
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96 CHRONIQUE
En Saissougne , que , sans sljour ,
Venist d^livrer son signour.
Et li rois dist ja n'i yenroit,
Qua droit ayenu li estoit ,
14665 Et bien en deyoit avoir honte
Quant il soufri Ernoul , le conte,
Qu'ensi le due Willaume ocist ,
Ki eouronner k roi le fist.
Et puis si yot l'enfant graver ,
14670 Or se penast de l'aciever.
Dont se traist la rolne esrant.
Si fist tant a Huon-le-Grant
Que Loeys fu ostagi&
Et par Carlon , son fil , pllgi& ,
14675 Ki en cele prison moru :
Le vesques de Biauy& i fu
Ayoeques, et cil de Sissons.
Si fu desfaite la tendons ,
Ridiard rentre en pos- Et RicarS ftl raSS<$Ur&.
' session de ion duchc.
14680 Si fu dus et sires clames
De Normendie et de Bretagne ,
Comment que li afaires pragne.
Ensi roi Lo^ys ayint ,
Et Raous-la-Tourte reyint
14685 A Paris , al yesque , son fil ,
Con tint a sage et a gentil ,
Et rendu furent li ostage.
Ceste pais fisent comme sage ,
Et li rois Aigrous sen r'ala,
14690 Jusqu'en Danemarce sigla ,
Quar bien ot aidiet son parent.
Mais peut-etre n'avona-nous releve qu'une inad- 14674 Carlon, Carloman. Rob. Wace ne le
vertance de copiste. nomme point.
14664 Que ce malheur lui etait justement 14682 Pragne, prenne.
arrive\
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DE PHILIPPE MOUSKES.
97
A Ruem et partout la parent
Hue-li-Grans lors savanna ;
Sa fille au due Ricart donna ,
14695 Dont li rois et li quens Ernous,
Qui moult fu fel et envious ,
Al&rent pour le roi Othon ,
Et pour tous $aus qu avoir pot-on.
S'en ot de louier Loherainne.
14700 Ensi trespasserent le Rainne ,
Si cevaucierent tout ardant
Par la ti&re Huon-le-Grant ,
Et l'assegierrent en Paris ;
Mais il n'i ot ne giu ne ris ,
14705 Quar il n'i porent rien fourfaire.
A Ruem se misent el repaire n
La vile asisent a grant gent,
Mais il leur avint malement ,
Quar uns mis le roi i fu mors ,
14710 Ki cevaliers ert grans et fors.
Othes , li rois , vit la cite
De gent forte et de fermetl ;
Si se repenti durement
Que venus iert si fblement,
14715 Et dist qu'a St.-Oain iroit,
Son p^lerinage i feroit ,
Et si partiroit de la vile;
Et le conte Ernoul, ki par gille
Avoit le due Willaume ocis,
14720 Et amenet Tot el pais ,
Par sa malisse prenderoit,
Et al due Ricart le rendroit.
Uugues fait epouser &
Richard sa fille en-
core enfant.
Arnonl, comte deFlan-
dre, va trouver Tern-
pereur Othon.
Les confede'res cher-
rhent a s'emparer
de Bouen.
Regret* d' Othon.
11 Teut lirrer Arnonl a
Richard.
14692 Et partout I'aparent, et partout le
pays qui en depend (parere).
14693 Hue, mieux Hues.
14699 S'en ot, Othon.
Toi. II.
14700 Rainne, Rhin.
14704 Mais ils n*eurent pas l*oocasion de s'en
rejouir.
1471S S*.-Oain, S*.-Ouen.
13
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98
CHRONIQUE
Arnoul s'cnfuit.
Gormont.
Yseutbart.
Mort de Louis d'Outre<
mer.
Li quens le sot , lues s'enfui .
De Tost par nuit s'esyanui.
14725 Lendemain del siege partirent .
Et cil de Tost les poursu'irent
Jusques el bos de Malperlruis.
La en ot mors , si com jou truis ,
Granment , el $aus qui s'enfiurent
14730 Jusques a Amiens parsuirent.
Petit apri& ceste a venture,
Si com l'estorie m'ass^ure ,
Ariva Gormons en Pontiu ,
Et Ysenbars , et en eel liu
14735 Orent-il painne et honte ass&,
Si com deyant oit av&.
Et dont fu cele giere eslite,
Que jou vos ai orendroit dite,
Quant des pa'iens se fu partis.
14740 Dont s'acou^a roi Lofys
Et fu durement agr<W&.
XXVII ans fu couronn^s
Comme preudome , et dont moru :
Bien sai qu a Rains enfouois fu.
14745 Sa feme estoit et biele et sage
Et nie de roial linaghe ,
Suer le roi Othon de Sassogne.
Mais Festore de rien ne sogne
Que cil Othes, que je vous noume ,
14750 Ne fust empereres de Roume
14727 Malperlruis; an bore de Mauperluz, (lit
Rob. Wace j ad sylvam, qua* diciiur Mali Fora-
minity (lit Dudon de S t .-Quentin. M. A. Le
Prevost neconnait point, entre Amiens et Rouen,
de lieu auquel on puisse rapporter ce nom.
14750 Parsutrent, poursuivirent.
14752 L'estorie, lisez Vestore; Ph. Mouskes
veul dire les romaneiers , au lieu de Phistoire.
14740 S'acovca, se mitau lit. Rob. Wace dil
qu'il mourut de chagrin; roais ce fut reelle-
ment d'une chute de cheval, en poursuivant un
loup.
14742 XXFIIons. Son regne fut de dix-huit
ans et trois mois moina neuf jours.
14750 Empereres de Roume, Othon, dit le
Grand , fut couronne empereur en 036.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
99
Sacr& et couronn& maint di.
Ceste roine, dont jou di,
Ot non Gerbierge et s'ot II fius
De Lo«5ys , qui fu gentius.
14755 Lohiers ot k non li ainsn& ;
Mors estoit Carles li mainsn&.
Lohiers fu fais rois tot esrant
Par le consel Huon-le-Grant,
Ki marissaus de France estoit
14760 Et tout recevoit et prestoit.
Se les rois ne Toel fourconter ,
XXXII puis k cest conter.
Quant il ot prise la couronne .
Si com drois et raissons li doune ,
14765 Li quens Ttebaus , al cuer gagnart ,
Ki moult hai le due Ricart ,
Pourka$a tant au roi Lohier,
Que il li a fait envoi ier
Tout droit a Brunof I'arcevesque ,
14770 Son oncle ; et si tramist I vesque
A Coulogne , il il iert manans ,
Comme preudom et bien organs ;
Et li manda que boinement
Presist et mandast parlement
14775 AI due Ricart de Normendie,
Pour desfaire cele aatie
De son neyeu et de son p&re ,
Et de la mort Carlon , son frhre ,
Ki mors estoit en sa prisson ,
14780 A Ruem , pour la fole tendon ;
Et fust la concorde et li biens
Tout droit a la cit£ d' Amiens.
Lnlbaire, roi de France.
Thibaut I, dit le Tri-
cheur , comte dc
Chartres et de Bloit.
Brunon , arclieveque
de Cologne.
14761 Fourconter, omettre dans un compte. et paste avant. Rob. Wace, I, 238, r. 4667.
14765 Li quens Tielaus, il criail Chartres 14781 Et que l'arrangemenlseferait a Amiens.
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100 CHRONIQUE
Li arcevesques i tramist .
Et le jour a Amiens lor mist,
14785 Li arceveskes de Ruem, Hue,
De la pais moult le due argue ,
Et li dus vint al parlement.
Si hierbeja moult bielement
A Biauvais , u doi ceyalier
14790 Vinrent a lui pour acointier.
Richard est instruit des D e l a gent al COIlte Ti&ttUt.
crohuches <jui lui u
sont tendne*. \\ d uc i ra isent joiant et baut ,
Si li disent qu'al parlement
IN a last mie tot voirement ,
14795 S'il ne yoloit c'on l'i tuast,
Mais ariere tost retornast.
« A qui , dist li dus , iestes yous ? »
Et cil disent : « Nous soms k nous. »
Li dus auques les entendi ,
14800 Del conte et del roi se cr∋
A l'un douna sa rice esp^e ,
Que rois Aigrous li ot dounee ,
A l'autre fist douner juiaus
Dor et d argent, rices et biaus.
14805 Dont s'en est li dus retourn&
Et li parlemens fu rem&.
Petit apri& s'i trais Lohiers ,
Ki mal Ti fesist vole a tiers.
Si reprist a lui parlement
Eutreme siiriesbords 14810 Sour l'aigue d'Olne voirement.
de I'Eaulne. ,
La refu au due acointiet,
Qu'il Tavoient a mort traitiet ,
Li quens Ernous ki le haoit ,
Et quens Tiebaus ki li aidoit ,
14784 El leur assigua jour a Amiens. Hugues. Rob. Wace, 1 , 277 , y. 5409.
14785 Hue. Robert , second fils de Ri- 14802 Aigrous , Harald.
chard , devint archeveque de Rouen apres 14810 D'Olne , de l'Eaulne.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
101
14815 Et li rois et Jofrois cTAngou.
Mais il les atendi moult pou ,
Ains s'entourna , a loi de sage ,
A Di&pe garda le passage ,
Et cil commenci&rent la gierre
14820 Par Normendie et par sa ti&re.
Li quens Lohiers et quens Ti^baus ,
Qui de la gierre estoit moult baus ,
Vinrent k Eyreus I mardi;
Ghillebiers Martiaus lor rendi ,
14825 Et Lohiers tantost le douna
Al conte Ttebaut ki lama.
Et puis arsent la ti&re toute ,
Quar il n'orent de nului doute.
Li quens en Normendie entra ,
14830 A Jermentru-vile loga ,
D'autrepart Ruem , par de$a Sainne ,
Od sa compagnie k'il mainne.
Et li dus est de Ruem issus ,
Si s'est la nuit entr'aus ffcrui ,
14835 Le conte Ti^baut desconfi ,
Et toute sa gens senfui.
A Cartres vint li quens fu'iant,
Et la cites arst maintenant ,
Et ses fius moru la vespree.
14840 Grans dious en fu par la contr^e.
Mais li dus garda bien sa raarce ,
Guerre cnlro Lothaire
et le due de Nor-
mandie.
Prise d'Erreux.
Deroute de Tbibaud.
14815 Jofrois, Geoffroi I 61 ", surnomme Grise-
gonnelle. II criait Volte (Rob. Wace, I, 138,
v. 4666) et non pas r'alie, comme on lit dans
YArt de verifier let dates, ou le passage cite de
Wace est rapporle.
14817 A loi de saye, comme un homme pru-
dent.
14821 Li quens Lohiers, e'est-a-dire li rois
Lohiers.
14824 Ghillebiers Martiaus. Rob. Wace, I,
242, v. 4734, 1'appelle Guillehert Meschrel, et
Guillaume de Jumieges, Gislebert Machel. Lor
rendi, e'est-a-dire la yille d'Evreux.
14830 Jermentru-vile , Rob. Wace, Hermen-
treville, aujourd'bui le faubourg Saint-Sever, a
Rouen.
14840 2>toif*,deuil.
14841 Sa tnarce . son pays, tes etats.
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102 CHRONIQUE
^&££l£ Pui « envo ' ,a en Danemarce
iecouri - Al roi Hdraut, ki dont fu row.
Cil amena tous ses Danois ,
14845 A Guionfosse les tramist
Li dus , et grant ounor lor fist.
Puis fisent al roi maint asaut
Et arsent la li&re Tilbaut ,
Accommodemcnl X ant q^ y j nl a | ^ £ m j erc j.
14850 Et li rois s'acorda ausi.
S'ot li dus livreus quitement ,
Et si ot grant a men dement.
De ces Danois se batisterent
Une grans pars , qui haut ome i&rent :
14855 L'autre pars se trest en Espagne ,
Moult bien garnie de compagne.
XVIII chites i conquisent
Et des paiens ass& i prisent.
Comme hardis la demorirent,
14860 Les castiaus prisent et fermerent.
De ces Danois a tant me tais.
Li rois Lohiers ot faite pais ,
Une grant pi6ce tint le bien
Qu'il ne foursist sour le due rien.
14865 Eme , la feme al due , moru ,
Si qu'ele n'ot enfant in.
Li dus en ot son cuer ir£ ;
III ans guarda sa Yaiy&.
Un jour ala li dus kacier
14870 En sa foriest et arcoiier;
Venisson prist , si l'atourna
14845 Heraut, Harald. gne, voir Rob, Wace, I, 265, ▼. 5156.
14845 Guionfosse , Gefosse , Geffosse ou Gui- 14865 Eme , Emme , fillc de Hugues-le-Grand,
ne fosse, due de France et de Bourgogne.
14857 XVIII, prononcez dix et hurt. 14868 Vaive'e', veuvage.
14861 Stir ces Danois qui allerent en Espa- 14871 Venisson, venaison.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 103
Et puis ari&re retourna.
Si 8 en est yenus hierbegier
Ci& I sien rice forestier,
14875 Qui moult tr& biele feme ayoit ;
Soufie ot non et moult sayoit.
Li dus en ot oit parler.
Si s'en vint la pour osteler,
Et commanda al forestier,
14880 Se jamais li ^uist mestier,
Que sa feme li amenast
La nuit , u il se d&itast.
Li forestiers le dist sa feme,
Ki plus estoit biele que gem me.
14885 Iri& en fu et cele iri£,
Et la nuis vint coie et si^rte.
II yaiyes serours ot la dame ,
Ki moult estoient de bon fame,
Et si ot une autre serour ,
14890 Qu'ele portoit moult grant ounor,
Car plus estoit biele de li.
La dame li mena celi
A son lit, et li dus l'a prise.
Si l'a al lit jouste lui mise. a«ou« de BicWd «t
14895 Puciele estoit , bien le prova
Li dus, ki moult grant joie en a
De f ou qu'il ne s'est entecil
D'autrui feme ne del p&&.
Grant gr^ en sot le forestier
14900 Et pour sa feme Tot moult cier.
Gunnor ot non cele puciele,
Ki plaisans fu et sage et biele.
14876 Soufie, Sophie. Le reck de Ph. Mouskea 14885 lis en furent indignea Fun et l'au-
s'ecarle beaucoup de celui de Rob. Wace. tre.
14878 Osteler, loger. 14886 Coie et titrii, tranquilleetlente.
11880 Si jamais il voulait lui complaire. 14897 Entecie, entachl.
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104
CHRONIQUE
Enfansde Richard «t de
Gonnor.
Richard, M auger, Ro-
bert.
Li dus fu Tiers li moult gentius,
Et tant le lint qu'en ot V fius.
14905 D'un linage de Danois tiers
Iert la dame et li fores tiers.
Des HI fim tous dirai les nons
Si qu'en la laitre le trouTons :
Ricars ot a non ii premiers ,
14910 Malgiers secons , Robiers li tiers.
Les autres II nommer ne puis,
Quar en l'estore pas n'es truis.
Moult furent biel cil enfan^on ,
Si morurent a noure^on.
14915 Sot III filles Emain, Ha wit.
Et puis M&iaut, j'el sai de fit.
Et quant de Gunnor d^failli ,
S'ot d'une autre qu'il jut a li ,
II fius , Willaume et Godefroi :
14920 Par l'estore le sai et croi.
Cil premier fil , jou sai de voir.
Furent doi conte et puis leur oir ;
Mais de $aus tous lairai ester ,
Si reTorrai del due parler.
14925 Robiers, ses fius, ki fu ainsn^s.
Ot ja XII ans et fu letrls.
L'arceTesques de Ruem moru ,
Qui moult preudom et loiaus fu.
Li dus Tot Robiert , son fil , faire
14930 Arcevesque , raais cele afaire
14910 Robiert li tiers. Robert &ait le se-
cond.
14911 Let autres II. Outre les trois fils nom-
mes par Ph. Mouskes, Richard eut de Gonnor
un autre Robert , mort peu de jours apres son
baptgme et enterre a Fecamp , Geoffroi , comte
d*Eu et de Brionne, Guillaume, comte d'Hieme,
puis d'Eu 5 ayec quatre filles , Mahaut } Emma ,
Havoise et Beatrix. Rob. Wace ne donne aussi
que trois filles a Richard.
14912 Pas n'es truis. Cela prouye que les
recherches historiqnes de Ph. Mouskes n'etaient
ni opiniatres, ni profondes.
14919 Les auteurs de YArt de ve'rifier les
dates , font naitre de Gonnor les dix en fans de
Richard.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
105
Ne vorent soufrir li baron,
Pour 90U qu'il iert de bas renon ,
Et qu'en sougnentage tenoit
Gunnor, ki eocore vivoit ,
14935 Et moult estoit safaris et biele.
Quant li dus 01 la nouyiele,
Pour ses III fius que moult amoit ,
Dist que Gunnor espouseroit ,
Savoir le fist cascuns sien homme ,
14940 Et le jour d'espouser leur nomine.
Li dus , ki les enfans ama ,
Gunnor adonques espousa ,
Et li fil , ki ja furent grant ,
Furent entr'aus III, en estant
14945 Par desous le mantiel la m&re.
Furent fait loial cil troi fr£re.
Si fu Robiers , dont jou dig or,
Arcevesques, li fius Gunnor,
Et cil arceyesques Robiers ,
14950 Ki moult fu vallans et apiers ,
Al tierc an une feme prist.
Contre lois et dfcrta le fist;
Et s'ot de cele feme enfans
Cil arceyeskes, ne sai quans.
14955 Encor ot Gunnors II serors;
Vaiyes estoient de signors ,
Bonne et Ouyeline I'ainsn^e,
Ki moult estoit biele et sen&.
L'une fii don£e a Torolt ,
14960 Dont ele ot Hunfroi qui moult sot ,
Le p&re Rogier de Bielmont;
Et l'autre fu doun^e adont
A I Osbiert de Bolenbiec ,
Robert , fils de Ri-
chard , se marie quoi-
<jue archeveque.
Soeurs etfreres dc Gon-
nor , leur descen-
dance.
1 496 1 Bielmont , Beaumont-le-Roger .
Tom. II.
14965 Bolenbiec, fiolbec.
14
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106 CHRONIQUE
Ki des povres avoit grant pice.
14965 S'en ot Givart et Godefroi,
Et I Gautier : ?ou furent troi*
Guillaumes d'Arces , li gentius ,
Cis fu a cest Godefroi fius.
Et cil Guillaume si fu pere
14970 A Mehaut, ki fu biele et ciere,
Qui feme fu le camberlenc
De Tans-q'ot-vile, si consenc,
De qui il ot son fil Rabiel ,
I ceyalier Taillant et biel ,
14975 Encor la ducoise Gunnors ,
Qui moult par fu vallans del cors ,
I frere ot; s'ot Herfaus a non
Et cil fii p6re Osbert Cr^pon ,
Qui peres fu , bien m'en sai cicrt ,
14980 A Guillaume , le fil Osbiert.
s« ni^es Si ot V nieces marines ,
Vallans et bieles et senses.
Li quens Willteres de Waresme
Ot I'aiqsn^e deles k feme;
14985 S'en ot Coulon de Basqueyile
Et s'en ot une biele fille.
La seconde ot non Ysabiaus ,
Celi ot Willaumes Martiaus;
S'en ot Gautier de S*. -Martin ,
14990 Ki commenca maint fort hustin.
Li visquens de Ruem la tierce ot ,
Ki moult valu et peut et sot :
14965 Givart, Giffart. 14980 Ce vers est ridicule. Osbert fut pere de
14967 D'Arces, d'Arques. Guillaume, fils d* Osbert I
14970 Menaut, Mahaut. 14985 Willie res de Waresme, Willers de Va
14972 Tans -q'ot- vile, Tancaryille ; si can- rennes.
senc , son parent, consang(uineus). 14985 Basquevile , Basquerville.
14978 Cre'pon, Crespin. 14991 Visquens, vicomte.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
107
Pere Lanbiert de S*.-Oain,
N'onques de lui not mal r&lain.
15000 La quarte prist, bien le set-on,
Li visquens sire de Vernon ,
Qui moult par fn vallans en soi ;
P&res fu Foucon de Lausnoi.
La quinte fu doun^e ausi
15005 A Huonde Montgoumeri;
Si ot Rogier de celi mesme,
Le p&re Robiert de Bielesme.
Or vous ai-je granraent dit or
Des oirs la ducoise Gunnor :
15010 A ma matere retrairai.
A eel temporie, bien le sai ,
Si prist feme Hue-li-Grans ,
Qui moult fu cortoise et sa$ans.
Cele fu fille al roi Othon
15015 De Saisougne , bien le set-on .
Qui puis ot de Rome Tenpire.
De cele dame , bien l'os dire ,
Ot cil Hue-li-Grans III fius
Vaillans et sages et gentius.
15020 Cil Hue-li-Grans , g'en sui fis ,
Si estoit dus del Paresis ,
Et Paris ert siens quitement .
Si que li rois n'i ot noient.
Des HI fius vous dirai les nons,
15025 Ki fu premiers ne ki secons
Mirisge de Hugues-le-
Grand.
Ses enfani.
14993 £*.-0af»,S ft .-Oiieii.
14994 Reclain, plainte, reclamation.
1 8001 Vernon, ville du departement de l'Eure.
15005 Montgoumeri, Montgommeri.
15007 Bielesme, Bell6me, ville du departe-
ment de I'Orne.
15009 Des oirs la ducoise, voy. Guil. de Ju-
mieges , VII , 57 , ou les sceurs de Gonnor soot
appelees Sainfria, Wevia et Duvelina.
15011 Temporie, pour la mesure lisez tent-
pore.
15014 Cele fu fille, lisez setur. II s'agit d'Hed-
wige, sceur d'Othon I er , troisieme femme de
Hugues-le-Grand , fils du roi Robert , et chef de
la troisieme race des rois de France.
15025 Jfe,oii,6t.
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108
CHRONIQUE
Hugues-Capet.
Mort de Giselberl, due
de Bourgogne.
Olhon , due de{ Bour-
gogne. An 956.
Henri-le-Graml , pre-
mier due sourcrain
de Bourgogoe.
Mort de Hugues - le -
Grand. An 956.
Ne li qeus des enfens fu tiers.
Hues-Kap& fu li premiers ,
Othes ot a non li secons ,
Henris li tiers, teus fu ses nons.
15030 Adonques , Fuevre point n'en sogne ,
Si moru li dus de Bourgogne
A Lengres, qui moult fu preudom.
Une fille ot, n'en sai le non.
Celi sa ducket laissa ,
15035 El lit de la mort, et douna
A Othon , fil Huon-le-Grant ,
Mais , si comme j'el truis lisant ,
Cil Othes , con tenoit a sage ,
Moru ains k'il peuist d'&ge
15040 Cele damoisiele espouser.
Moult par en fist son pere irer;
Et non pourquant Henri , son fil ,
Qu'il tenoient a moult gentil ,
El liu d'Othon ki mors estoit ,
15045 La damoisiele qil gardoit
Douna k feme, el liu del frere,
Dont moult dolante fu sa mere.
Hue-li-Grans adont moru ,
A S*. -Denis entires fu.
15050 Hues-Kapes, ses fius ainsnes,
Qui moult ert yistes et sen& ,
N'onques n'ama drois ne bien tes ,
15032 A Lengres, Hugues mourut , Tan 956,
a Dourdan, le 18 juin , ou , suivant la chron.
manuscrite de Sens , citee par les auteurs de
YArt de verifier Us dates, le 18 mai de la m£me
an nee. Mais ce n'est pas de lui qu'il est question
ici : c'estdeGiselbert, fils de Manassesde Vergi,
mort aussi en 956.
15033 Cette fille s'appelait Liulgarde.
15034 Duce'et, duche.
15036 Othon, second fils de Hugues -le-
Grand.
15039 K'il peuist d'e'age, avant qu'il eut at-
teint )'age.... Othon mourut apres sept ans de
regne environ et put fort bien epouser Liu t garde.
1 5045 La damoisiele. . . Cela n'est pas d'accord
avec Fhistoire connue, ou Henri-le-Grand epousa
Gerberge , dite aussi Gersende , veuve d' Adal-
bert, roi de Lombardie.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 109
Fu marescaus de France fes ,
Pour garder la ti6re commune.
15055 S'ot haute feme, biele et brune.
Lohiers , qui donqes estoit rois , Loti.airc cmrc dans iu
a i_i T% l_» - r* • Haule - Lorraine ct
Asanbla Ponhiers et rran$ois, surprcnd othon \
Si conquist toute Loheramne ,
Assurer s'en fist a painne ,
15060 Puis avint a Ais la-Capiele ,
Que li grans Charles fist moult biele ,
U li rois Othe soujornoit ,
Et ses mangiers pres i estoit.
La yint Lohiers devant disner,
15065 Si com devoit l'aigue douner.
Et descendi droit al palais ,
Se la v^rit^ ne vos lais ,
Et but et manga sans congiet
Quan c'on i ot aparilliet
15070 A oes l'emper&mr Othon.
Et ses gens prisent a bandon
Quan k'il trouv^rent as osteus.
Mais li rois Othe tous honteus
Quant il cest afaire ensi sot ,
15075 II et sa feme, a Tains k'il pot,
S'enfuirent od lor mesnie
Si que Lohiers n'es i seut mie.
Et quant Lohiers ot tot gaste
Le pais , et tout conqueste ,
15080 Si revint soujorner en France,
Qu'il n'i quida avoir doutance.
15055 Haute feme, Adelaide , dont on n'a pu 15065 Comme on allait donner a laver.
jusqu'ici decouvrir l'origine. 15070 A oes ou a wet , pour l'usage de...
15057 Ponhiers , habitans du pays de Poix, 15071 A bandon, a discretion,
suivant Roquefort. Quelquefois, ajoule-t-il, cer- 15072 Osteus, hdtel , palais.
tains peuples de la Basse-AUemagne. Cest ce 15075 A Fains k'il pot, ainsi qu'il put.
sens qui est preferable ici. 15081 N'ayant plus rien a redouter.
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110 CHRONIQUE
irruption de lcmpc- Othe , l'empereres , quist gent
reur Olhon en France. 1 r 7 * u
An 966 - Et par amour et par argent.
Si Tint en France a poeste
15085 Jusques a Paris la chit£,
Et aret quan k'il ot fore des mure ,
Quar il estoit de gent slurs ;
Mais I siens couzins i fu more ,
Ki cevaliers iert preus et fore.
15090 Donques manda li rois Lohiers,
Comme hardis et preus et fiere ,
Huon-Kapet en sa besougne ,
Et Henri , le due de Bourgogne .
Qui frere estoit Huon-Kapet.
15095 Si leur conta tout le mesfet,
Et il ont lues lor gent mand& .
Et Lohiers ot sost aiin£e.
Si consivirent l'emper&>ur •
Jusqu a Seasons , par grant iror.
15100 Mais l'aigue estoit donques si grans
Qu'il passerent k grans ahans .
Si que la gent au roi Othon .
Qui n'i savoit gui ne ponton .
Furent noiie pries la moitil.
15105 Si furent destraint et quoitie.
Et s'en i ot avoec tant mors
Que , par la grant plenty des core ,
Souronda l'aigue toutes pars ,
Tant en i ot mors et espars.
15110 Et puis sivirent li Francois,
Si tost k'il ne porent anchois .
15084 Vint.... a poeste , vint avec grande 15100 L'aigue, la riviere d'Aisne.
puissance. 15105 Destraint et quoitie', presses, preci-
15097 S'ost aiine'e, rassemble son armee. piles. En wallon on dil encore etcoiter pour
15098 Ge vers est trop long de la syllabe ecraser.
it. 15108 Souronda, deborda.
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DE PHILIPPE MOUSKES. Ill
Le roi Othon , jusqu'en Ardane ,
Jouste une aigue ki la se plane ,
Pries dune foriest grant et haute
15115 L'aconsivirent-il lor gaute,
Et si f&rirent en leur gent ,
Moult en ocisent a tour men t.
Ensi fu Hotes desconfis ,
II et sa gent, g'en sui tous fis.
15120 Et li rois Lohiers repaira,
En France Tint, la soujorna.
Puis conquist-il , se voir retrai .
Douwai et Arras et Courtrai.
Et Femper^re Othe pensis
15125 S'en fu rates en son pais ,
Si que puis , ne il ne si oir ,
Ne revinrent France vfoir;
Mais en eslan s entracorderent
Par les haus clers qui s'en mesl&rent.
15130 Mais moult lor contredist la pais
Li mariscaus Hues-Kapais
Et ses fr^re, dus de Bourgogne.
Mais ki qu'en rie ne qui grogne ,
Al roi Othon se concorda V 1^J££&
15135 Li rois Lohiers, et li douna t L ^ inehothott
Loherainne par fermete
O'amour et pour la s£urt£.
Par quoi li Francois ki la ierent
Al roi moult fort se courecierent.
15140 XXXI an fu rois Lohiers ,
15112 Ardane, Ardennes. 15128 En eslan, d'un elan, avec erapresse-
15115 Se plane, s'etend comme une nappe, ment, avec ceteris.
15115 Gaute, plein d'ardeur. Gaud(entes). 15155 Mais qu'on en rit ou qu'on le blamat.
15118 Hotes , ailleors Othes. Ne conserve toujours le sens de la particule alter -
15124 Pensis, pensif. native ou.
15126 Neilne sioir, niluinises successeurs. 15140 XXXI an, Lothaire mourut le 2 mars
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112
CHRONIQUE
Mort de Lollioiic. 986.
Louis V, dit le Fai-
neant. 986.
Richard, due de Nor-
raandie , fonde l'ab-
Laye de Fecamp.
II se fait preparer mi
cercueil.
Ki moult ounoura chevaliers.
De sa feme II fius avoit .
Loijs qui laitres savoit,
Et Carles ot non li mainsn& .
15145 Qui moult estoit biaus et series.
Lohiers , li rois , adont moru .
Qui moult yallans et larges fu.
Si l'enfouirent si ami
A Rains , el mostier St.-Remi.
15150 Loeis , ses fius , fu rois fais .
Sa tiere tint en bonne pais :
XXXIII roi a cestui sont,
Si com la laitre nous despont.
Li dus Ricars de Normendie
15155 Li vint aidier a gent bardie ,
Et si fu a son courouner
Et moult i fist del sien douner.
Cil dus Ricars funda Fescans ,
Tieres et fi& i dona grans ,
15160 Et si fist faire , par demise.
Plus haut que sa sale la glise .
Monnies i mist et assena,
Et del sien ass^s lor dona.
Preincrement i ot nonnains,
15165 Mais Rou les destruist et Hastains.
Et puis i ot canonnes mis ,
Mais cis i ot monnies asis.
Et fist li dus faire I sarku
986, dans la trente-deuxieme an nee de son
regne et dans la quarante-cinquieme de son age.
15142 Feme, Blanche, fille d'un seigneur
d'Auvergne.
15143-44 Loe'ys... Carles, les fib de Lothaire
sont appeles : Louis , qui lui survecul , Othon et
Hugues, morts avant lui. On ignore si ce der-
nier fat legitime. Quant a Arnoul , qui devint
archevdque de Reims , on est plus certain de
son illegitimite.
15150 Loeis, D. Vaissete a montre que ce
prince n*avait pas merite l'epithete de Faineant,
dont on a fletri son nom.
15158 Fescont, Rob. Wace , I, 297, v. 5866.
15167 Asis, places.
15168 Sarku, cercueil.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
113
A son oes et mailre en I liu ,
15170 Et cascun jour v^oir l'aloit.
Et quant al venredi venoit ,
Emplir le faisoit de fourment
Et d^partir a povre gent.
A son tans se fisent , par gas ,
15175 Doi yilain fausement legas.
Par la tiere as contes aloient,
Et les yilains jurer faisoient
Que les aigues et les fories
Feroient communes, apri&
15180 S'el detenroient comme fi&
Viers tous omes et sans relics.
Li dus les fist maitre en prison
Et puis, pour cele mesproison.
Ricars , cil dus , a&bli mout ,
15185 Ainc qu'il morust, del cors partot.
De Ruena , u li maus li fu pris,
Se fist porter de ses amis
A Fescans , et garder moult pri& ,
Et devant l'autel fu confitis.
15190 Et commanda que , par devise,
Fust el degoutal de la glise
Revoite des vilains.
Maladie de Richard.
. 1 5169 A son oes , a son usage ; et maitre en
I liu ; Rob. Wace , 1 , 298 , v. 5880 , dit :
Lei la meisiere del mustier,
Sut la gutiere de defon.
Cest-a-dire pres da mur exterieur de l'eglise,
sous la gouttiere. Fog. v. 15191.
15175 Ge vers est mot a mot dans Rob. Wace.
15181 Relies, reliefs. Cet evenement, Ion-
guement raconte* par Rob. Wace, n'obtient ici
qu'une mention assez obscure. Le poete nor-
mand, entre autres details imporlans, donne
celui-ci, I, 507,v. 6070:
Tom. II.
Aaes lost ol Richard dire
Ke vilains cumune fascient.
Ce qui semble indiquer une de ces insurrec-
tions qui amenerent l'institution des communes.
Dans Rob. Wace, les faux legate font jurer aux
vilains de rendre les eaux et forets d'un usage
commun, sans obliger a aucune redevance ou
relief, ni a aucun service. Voir dans l'edition
de Rob. Wace, par M. Pluquet, les notes de
MM. A. Le Prevost et Henault.
1 5185 Etpuis, depuis , peu apres; mesproison,
mepris , violation de ses droits.
15184 Afebli , s'affaiblit.
15191 Degoutal, gouttiere. Fog. v. 15169.
15
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114 CHROMQUE
Ensevelis , quant il raorust ,
Ne ja 90U trespass ne fust.
Mon do Rkh.r.1. Puis vesqui li dus moult petit.
15195 Ensi fu fait com il ot dit.
L'arcevesques , ses fius , vint \k
Al tierc jour , et si coramanda ,
Con le descouvrist, si fu fait.
Et il vit son pere entresait
15200 Autresi biel com il vesquist.
Maintenant recouvrir le fist
Et si fist faire une capiele ,
Par desour la tombe , moult biele.
Del due Ricart furent dolant
15205 De ses homes li plus valiant.
Richard 11, dit j e Bod, Due fisent de Ricart , son fil ,
due de Normandic.
Con tint a preut et k gentil.
GuiUaume, comic Guillaumes , ses fr&res , tenoit
d'Hyemes, fait la guerre *-\ • 1 - ■• •*
h son frere naturel OsmOlS , que dOUnet ll aVOlt.
15210 Le due, son frire , prist de gierre ,
Si vot avoir plus de sa tiere.
n est P m. Li dus le prist par entengon ,
A Ruem le mist en sa prison ,
V ans le tint tous acomplis ,
15215 Que ne pot iestre ses amis.
11 iVvade de prison et Mais a une corde escapa ,
fait sa paix. . - ...
A Vernuel vint, mierci cna
A son frere , ki dolcement
Li pardonna son maltalent.
15220 Puis apries eel tiermine I pou,
Li douna-il la cont^ d'Ou ,
15195 Et que cela ne fiit pas omis, neglige. a ° c m * WOUme en 1. tur.
15209 Osmois, le pays d'Exmes, d'Oixmes , 15217 Vernuel, Verneiril.
d'Hy ernes ou d'Hiesmes. 15219 Rob. Wace, retournant ce vers , dit :
15212 Enieng Oft, intelligence. Sun maltalent lui pardana.
15214 Fans, Rob. Wace, I, 515, v. 6146 : 15221 Conte d'Ou, comte d*Eu. Rob. Wace
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DE PHILIPPE MOUSKES.
115
Od Liesseline , la gentil ,
Qui fille estoit a Torketil ,
Dont il ot Willaume et Robiert.
15225 Hue, li tiers, bien m'en sai ciert,
Fu fais de Lizuies vesques ,
Clers estoit, plains de bonnes teques.
Robiers fu quens enpri& le pere ,
Et Willaumes, qui moult fel ere,
15230 Le due son onele guerroia.
Mais de sa ttere Feseilla ,
Et il s'en ala a Sessons
Que li rois li douna en dons.
H&raus, li rois , fu adont mors:
15235 D'Engleti&re qui moult ert fors
Heldres, li rois , fu apries lui ;
Si homme amerent moult cestui.
Emain , la serour al due prist
Ricart ; s'en ot , si com on dist ,
15240 II fius : Aurr&s fu li premiers,
L'autres Ewars, qui moult fu fiers.
Cil rois eavoia, par boisdie,
Aucune fois en Normendie;
Mais N&l , quens de Coustentin ,
Ethelred ou Alfred II ,
beau-frere de Ri-
chard II, roi d'An-
gleterre. 978.
dit aussi :
Li donna Ou et li cunte.
Lea annalist es anglais nomment cette ville One
et Ouve.
15222 Liesseline, Leceline ou Esseline.
15223 Torketil, Turketil Heaselin. M. Plu-
quet remarque qu'il y a encore dans le Bessin ,
des families du nom de Lesseline.
15226 Les enfans de Guillaume furent Ro-
bert, qui lui succecla au comt6 d'Eu, Guillaume ,
dit Busac , comte d'Hyemes , puis de Soissons , et
Hugues, evSque de Lisieux, mort Tan 1078.
Rob. Wace appelle mal cet ereque Jean.
15236 Heldres , Ethelred ou Alfred II ; il ne
succeda pas a un roi appelle Harald , Harold ou
Heraut , mais a Edouard II , dit le Martyr.
15238 Emain* Emme mariee en 1002.
15239 Ricart, cet enjambement et cette con-
struction sont assez remarquables.
15240 Aurres, Alfred, Alvred, Alverey ou
Auvray , nom fort commun dans le Bessin.
15241 Ewars, Edouard. A ces deux fils il faut
ajouter une fille , nominee Goda, mariee a Dreux ,
comte du Vexin, ensuite a Eustache II , comte
de Boulogne.
15244 IS eel y il est appele Neel de Saint-Sau-
veur par Rob. Wace, 1 , 318 , v. 6219. II eUil
yrcomte de Gotentin.
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116
CHRONIQUE
II fait la guerre aux
Norm and s.
Geoffroi I , due de Bre>
tagne.
Elhelrcdll fait massa-
crerles Danois. 1002.
Suenon, roi de Dane-'
marck , debarque en
Angletcrre.
15245 Les prist et ocist en la fin ,
Si qu'il n'i osa enyoiier
Plus de sa gent pour desyoiier,
Quar il erent auques estragne.
Et li quens Jofrois de Bretagne
15250 Prist la serour al due, Hay it;
II fius en ot . jel sai de fit.
Alain . et puis I autre, Oedon ,
Droit oir furent, bien le set-on.
Mais li rois Eldres d'Engleti&re ,
15255 Qui commend^ avoit la gierre,
Tous les Danois qu'il pot trover
En Engleti&re fist tuer,
Et lor femes ki furent bieles ,
Fist traire k foree les mameles.
15260 Et si avoient sauf conduit
Del roi , femes et omes tuit.
Danois , ne sai quant , escap£rent ,
En Danemarce s'en alerent ,
Si cont&rent Suem , lor roi ,
15265 Qu'ocis estoient a desroi.
N& quist et gent et tant sigla ,
Qu'h Eurewic droit ariya ,
S'ost i laisa et sa nayie.
Lors yint a Ruem en Normendie ,
15270 Del roi Eldre tant se clama,
Que dus Ricars lasseura.
Mais il le fist auqes par tant
Que li rois Eldres tot avail t ,
15247 />e#rotter,detoumerdelavoie, perdre.
15248 Estragne, eloigned.
15250 Haoit, Havoise , steur de Richard II ,
epousa Geoffroi , en 996.
15252 Alain, Alain III on V; Oedon , Eudon,
comte de Penthievre.
15264 Suem, Sutnon.
15267 Eurewtc, York.
15269 Lors vint a Ruem. Ces evenemens,
ainsi que ceux qui precedent , sont racontes en
detail par G. de Jumieges. Voir particnlierement
liv. IV, chap. 6 et 7.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
117
Ses serourges , Tot guerroite :
15275 Si Fen a forment anoii^.
Suem la s&jrte en prist ,
A s'ost reyint et si conquist
Toute la ti&re a grant loisir.
Eldres vit que ne pot garir ,
15280 Son tr&or prist, qui fu moult grans,
Si prist sa feme et ses enfans ,
A Ruem passa a son serorge ,
Qui ne li fist ire ne gorge.
Mais ce fist-il pour sa serour,
15285 Qu'il li porta foit et ounour.
Eldres fu demi an k Ruem.
A Londres moru rois Suem ,
Qui des Danois fu moult am& ,
En Danemarce fu port&.
15290 La fu sevelis k grant duel,
Et , se vert^ dire vous voel ,
Eldres r'ala en Engletiere.
Receus i fu tot sans gierre.
Sa feme avoec lui repasa ,
15295 Mais ses II fius a Ruem laisa,
Avoec le due Ricars , son fr&re ,
Auques par le consel del pere.
Chonus , li fius Suem ainsnes .
Fu lues comme rois eouronn^s
15300 En Danemarce, et peu apri&,
Comme hardis rois et engri& ,
En Engletiere a grant gent vint.
Li roi Eldres, ensi avint,
Moru a Londres en eel point ,
15305 Comme cil cui la mors espoint,
II en fait la conquele.
Elhelred ge sauve en
Normandie.
Mort de Suction. 1015.
Elhelred retourne en
Angleterre.
Kanut, roi de Dane-
marck.
Mort d'Ethelred II,
23 arril 1016.
15274 Set serourges, son beau-frere.
115283 Gorge, raillerie, insulte.
15298 Chonut, Kanut ou Knut.
15505 Espoint, piquer, percer, frapper.
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118
CHRONIQUE
Hardi-Cunut , roi de
Dancmarck.
Et Konus, fius le roi Suem,
Prist sa femme ki Tint de Ruem ,
Enmain , serour at due Ricart.
Li roi Konus rien ne li part.
15310 Un fil en ot Ardecenut.
Qu'il ama moult, si com il dut.
Car del linage estoit gen til.
S'en ot une fille Gonnil ,
Mais li doi fil Eldre , le roi ,
15315 N'en sorent prendre nul conroi
Ne par lance ne par escu.
De lor mere sont yrascu .
Qui sans lor gre se maria.
Dolant sont que tel mari a ,
15320 Qui tous les a desyret&
Et ses enfans rayret&
Del r&iume lor p£re Eldr^ ,
Qui le pais ot esmioldr^.
Konus ama ses enfans trop .
15325 N'onques, pour garder, n'orent cop.
Ardechenus deyint si biaus
Qu'il pasa tous le damoisiaus ;
Gonnil deyint moult bele et grans ,
15308 Enmain , Emme ou Emma.
15310 Ardecenut, vulgairement Hardi-Canut,
mais mieux Hardknut 7 comme Fecrit M. Aug.
Thierry, autrement Harda-Knut , Horda-Knut,
Hartha-Knut. Hard-nCodgr, dans la langue scan-
dinave veut dire d'un caractere cruel , indompte.
Gerdo blid regin
Midgard manna sonom.
En or hans beila
Voro J>av in hard-modgo
Sky' avJl vm skavpvj).
e'est-a-dire :
Les dieux propices creerent Midgard pour les
fils de la terre; mais de sa cervelle ool &£ pro-
cr£es tous ces nuages (au caractere cruel), amis
des tempeles.
Edda scemunda hinns Froda , Hafhioe, 1787,
in-4°, 1 , 55.
15313 Gonnil, Gunilde ou Chuneliode, qui
£pousa Henri III , roide Germanie. V. 15331.
1 531 5 Prendre nul conroi , n'obtenir nulle sa-
tisfaction.
15321 R&yrete't, assure la possession de leur
propre heritage aux enfans du second lit.
15323 Esmio Idre, ameliore.
15325 Jamais ils ne furent traites avec seve-
rity
1 5326 Ardechenus , Hardi-Canut ou Hardknut.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
119
Sage , ententiuve et bien soufrans.
15330 Si l'ot puis , par l'otroi sa mere ,
Uns Henris, de Roume emperere,
S'el fist li dus Ricars, ses oncles.
M&iaus , sa suer , moru adonkes ,
Que li quens Ouedes de Cartre ot.
15335 Li dus Ricars, quant il le sot,
Volt ravoir la moitte d'Orsin ,
Et le castiel awoec enfin ,
Et la tiere k'il li douna ,
Quant il sa serour espousa ;
15340 Mais li quens ne li yot pas rendre.
Si commencierent a contendre ,
Et li dus fet fermer Tulieres
Et de grans tors et de mazieres ,
Sor Faighe d'Olne qu'il partoit.
15345 Et quant li dus freme I'avoit,
Si mist N^el de Costentin
Ayoec Raoul d'Oto^gnin ,
Et Rogier, son fil, pour garder;
Garizon orent pour durer.
15350 Li fius Lohier, rois Lo&s,
Iert d'un malage dont aquis :
Dcmeles avecEudes II,
comte de Chartres et
de Blois.
Mort de Louis V, roi
de France.
15329 EntenUuve, appliqule; bien soufrans,
soumise.
15351 Voy. y. 15313.
15333 Me'haus, Mahaut ou Mathilde, fille de
Richard I er , due de Normandie, morte sans
en fans.
15534 Ouedes de Cartre, Elides (II) de Char-
tres.
15336 Orsin , au v. 15644 Dor sin , ce quise
rapproche dayantagedu nom latin. Rob. Wace ,
I, 334, v. 6593 :
E li dus Ricliart li duna ,
E de Drewes (Dreox) une partie ,
Qui appartieat a Normandie ,
Si cum 1'ewe d'Arve (Avre) devise.
15342 Tulieres, chateau pres de Verneuil,
construit par Richard II , qui le fortifia de tours
et de murs (mazieres).
15344 Olne, la riviere d'Avre et non pas
d'Eaulne; partoit, partageait.
15345 Freme, fortifie.
15347 Raoul d'Oloe'gnin, Rob. Wace, 1 , 335,
v. 6631 :
Neel i mist de Costentin,
Raul de Toesni oyec lui.
Otoegnin , est la traduction de Toeniorum ou
Toteniorum , Toesny.
15349 Garizon, garnison.
15351 Malage , maladie; aquis, altaque.
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120
CHRONIQUE
Charles, due do B«s»c-
Lorratne.
II est exclu du trone
de France.
A Compiefjne estoit, la moru,
A S l .-Cornille enfouois fu.
IX ans ot la tiere tenue ,
15355 Moult doucement lot main tenue.
Carles, ses fibres li mainsn&,
Quant ses fibres fu entires ,
En a la tiere rec^ue ,
Quar ele li fu eschlue
15360 Del frere ki nul oir n'ayoit.
Mais Hue-Kap£s li {jr^voit ,
Non pourquant fu-il asen&
Del r^aume com me sen&.
Mais sounes li crut et bezoins ,
15365 Si ne fu sacres ne enoins ,
N'arceveskes n'el courouna ,
Quar Hue-Kapes li gr^va ,
Qui marescaus estoit de France ,
Se li couvint mettre en soufrance
15370 Et li dus Henris de Borgoigne
Li gr^va moult de sa besoigne ,
Qui fr&re estoit Huon-Kapet.
Carlon fisent anuis et let ,
Pour $ou k'il avoit a cetee
15375 La fille Herbiert espouse,
Qui sire estoit et cuens de Troies.
Moult li ascorcierent ses voies ,
Tant que Hues-Kapes I'asist
18334 IX ans, Louis mourut le 21 mai 987.
11 avait succ&le" a son pere le 2 mars 986, ce
qui fait que des auteurs lui donnent deux ans de
regne , mais d'autres , com me Ph. Mouskes , en
comptent neuf, depuis I 'an 978 , qu'il fut associe
au gouvernement par son pere.
13336 Carles , Charles , due de la Basse- Lor-
raine , frere de Lothaire et non pas de Louis.
13364 Sounes, soin, souci.
13363 Enoins, oint.
13373 Anuis et let, chagrin et affront.
13374 A celee, en cachelte.
13373 La fille Herbiert, Agnes, fille ^Her-
bert II, comle de Troyes, dont Charles eut
deux enfans , Louis et Charles. Recueil des hist,
fr.,X, 239, roy. v. 13399.
13377 Ascorcierent, proprement ecorcherent,
e'est-a-dire rendirent ses voies difficile*.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 121
A Leun , et Carles tant fist
15380 Qu'il issi fors, s'el desconfi
Et li arst ses tentes ausi.
Cil Carles , ki rois devoit iestre ,
Desconfi Kapet et son iestre.
XXXIIII rois a cest nom^ ,
15385 S'il fust coronas en la some,
Et non pourquant drois oirs fu-il.
Mais cacier le volt a essil
Hues-Kapes pour sa besoigne,
Et li dus Henris de Borgogne.
15390 Puis refist tant Hue-Kap^s,
Qui n'i yoloit amour ne p&s ,
Que li &reskes de Noion ,
Je ne sai comment il ot non,
Li rendi la cite par nuit,
15395 Comment que Carlonen anuit. chariwde France tombe
_ TT , r y . n t entre lcs mains de Hu-
Et Hue-Rapes le fist prendre g ue$-capet.
Et sa feme , sans plus d'atendre ,
A Orliens les mist en prizon ,
U il ot Lohier et Carlon
15400 De sa femme, q'od lui ayoit,
Ne a pais venir ne pooit.
Lors refist tant Hue-Kap6s
Par ses dounes , par ses ab& ,
Et par ab& et par <5veskes , „ ugue$ C8t 8acr ^ lc 23
15405 C'a Rains I'enoinst li arceveskes, iuiUet987 '
Par la volenti des barons.
Or de partout furent semons.
Si ot ases contes et dus,
Moult de gages i ot rendus ,
15385 S'%1 fust, s'il etit ete\.. ; en la some, 18399 Voy. v. 15375.
enfin. 15403 Dounes, doyens.
15393 Cet eveque s'appelait Adalberon ou 15409 Gages, gages de bataille.
Ascelin.
To*. II. 16
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122 CHRONIQUE
15410 Ce volt Kapes kil fustdot&.
A cest roi XXXV cont&.
Ensi £u Carlon formen& ,
Ki d&iist iestre coroun&.
Hues~Cap£s ala partout,
15415 As&ir& se fist debout,
Hugues associe son fils . -
Robert a la royaute. Et le premier an k ll hi rois
988.
Fist-il couroner de Francois
Robiert , son fil , ki fii boas ciere
De gramare, et s&irs et fers.
15420 A cevalier Font adoubl,
Maint yeske i ot et maint aW ,
Maint prince , maint due et maint conte ,
Si com Festore dist et conte.
D&oinaires iert et hardis ,
15425 Larges et frans et de bons dis.
Moult durement Tama ses pere ,
Si fist la roine, sa mire.
Mon de charies de Carles moru en la prison «
France. r
Sa feme wida le roion
15430 Et le fourjura k tousjours :
Ce fii grans pi& et grans dolors.
Lohiers , Carles andoi morurent ,
Si fil, en la prison u furent.
Kap&s, cil rois, bien men sai ciert,
Gerbertousyivesireii. 15435 Fist faire arcevesques Gerbiert
A Rains , et puis fu despos&.
Si s'en est a Othon al&,
Qui de Roume estoit emper&re ,
Et la mellour de son empire
15440 Arcevesquie lues li dona ;
Cest Ravenne u il l'asena ,
15410 K'il fust dotes, pour se faire redouter. 15431 Pies, pitie.
15415 Debout, d'emblee. 15437 Othon, Othon 111.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
123
Et tout cou fu par l'anemi
Dont Gerbiers ot fait son ami.
Puis Fama-il si durement,
15445 Qu'il le fist aukes fausement
Apostole sacrer k Roume ,
Dont Fescriture cest Tier nomme :
Scandit ab er Gerbertus ad er
Fit papa vigens , vigens er.
15450 C'est-a-dire que d'er monta
Gerbiers ad er, point n'i douta,
Et apri& si refti d'er pappe ,
Ki Rains, Rayenne et Rome atrape.
Car par R commence Rains ,
15455 Et de Rayenne premerains,
Cest R , li mos ausi de Rome
Li mos premiers est R c'on nomme.
Mais 90U dientli anciien,
Que cil papes Gerbiers sans bien
Magic de Gcrbert.
15442 L'anemi, le commerce de Gerberl avec
le diable est un article de foi du moyen age.
La grande science de ce pontife le fit passer
pour magicien, et il est un des types de la reali-
sation symbolique de celte science ambitieuse,
qui, ayant epuise toutes les ressources de Fhu-
manite, evoque des puissances surnaturelles.
Alberic de Trois-Fonlaines, aux annees 988 et
998 ; raconte seVieusement que Gerbert avait
appris des Arabes d'Espagne , a connaitre tout
ce que la curiosite* humaine poursuit d'utile et
de nuisible tout ensemble ; qu'apres avoir aerobe*
le grimoire de son maitre, il se sauva; que
presse dans la suite par l'arabe depouille et
furieux , il arriva sur le bord de la mer : que la
il evoqua le diable par une conjuration magique,
et lui proposa de se donner a lui pour toujours,
s'il youlait le derober au danger, en le trans-
portant au dela de la mer ; que le marcbe fut
accepte et execute de part et d'antre j qu'enfin
Gerbert , deyenu feal de Satan , mourut de sa
main dix ans plus tard. Hist, lift, de la Fr. t
XVIII , 285. Sur cette m£me magie on peut con-
suiter Martin de Citeaux , Godefroid de Mon-
mouth , Martin de Pologne , Vincent de Beau-
vais, Platina, Naude, Apologie pour les grands
hommes accuses de magie , Amst., 1712, p. 402.
Abr. Bzovius , qui s'est fait un point d'honneur
de refuter les fables qui ont &e* d£bitees sur la
naissance de Gerbert (autrement Gilbert Ccesius),
substitua a ces fablesune gen£alogieromanesque.
II veut, en effet, que Gerbert soit descendu d'un
roi d'Argos, nomme' Temenus, et issu d'Her-
cule. Bayle, a Tar tide de Bzovius, note H. Voy.
t. I , pp. 382 , 622.
15448 Ah er, ab R. Le vers doit 6tre retabli
ainsi :
Scandit ab R Gerbertus ad R ,J!t papa vigens R.
15454 Ce vers est trop court d'une syllabe.
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124 CHRONIQUE
1 5460 Servi son signour le doable ,
Tant qu'il en Tint a tele eatable
Qu'en la ttere de Belleem
Quida canter en Jhursalem.
S'a defors Rome une capiele,
15465 Jursalem a non , moult est biele
A SSt" JMt: Gerbiers ot demands I jour
Al doable , le sien signour.
K'il li desist quant il morroit.
Et li dist qu'il feniroit
1 5470 Quant canteroit en Jhursalem .
Li pape entendi Bell&m
Et Jhursalem en Surie ,
Si pensa que la n'iroit mie .
Et dont ne morroit-il jamais;
15475 Si durroit sa joie et s'esmais.
A la capiele , dont jou di ,
Defbrs Romrae, Tint I mardi.
La se Tot Gerbiers , pour canter,
De l'autre Jhursalem oster.
15480 Et il commen^a le sierviche,
De male pens^e et faintiche.
Ensi com il ot fait maint jor,
El despit de nostre signor.
Mais , pour faillir ne pour tr&rier,
15485 Ne pooit-il point empirier
Le sierrice k'il deToit faire ,
Comment qu'il fust en mal afaire ,
Ne ausi ne puet autres om
Del commencement jusqu'a som.
15463 Canter, celebrer Toffice. estnais indique une emotion d'anxiete ou de
15469 Pour la mesure lisez : peur (e'moi) , ici il est pris en bonne part.
Et il li dist qu'il feniroit. 15477 / mardi, c'est la rime settle qui a
15472 Vers trop court. amene Indication de celte circonstance.
15475 S'esmais. son emotion ordinairemenl 15485 El despit, en d^pit.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 125
15490 Car Dam-el-dieux si la fait tel
Pour ke priestre yient a l'autel
Pour le sieryice commenchier.
N'acroistre ne ap&ichier
N'el puet-il mais ; si li quiert mal ,
15495 Lui m&smes met en traval .
En painne et en dampnation
Par sa male devotion ,
Et comment qu'il soit fel ne faus ,
S'est li cors Dieu sacr^s et saus.
15500 Si com pappe Gerbiers cantoit.
Ki del cors Dieu ne si gaitoit,
£s yous d'infier les anemis ,
Tous a guise de corbous mis,
Par I'air volant , et de woltoirs
15505 Grant noisse faissant, lais et noirs :
Sour la capiele sont asis
Plus de V c et trente sis.
Quar pour son desloial p&iet
Li avoient eel jor ficiet.
15510 Et quant li pappe mious s'en voisse ,
Si d^men&rent si grant noisse
Que li peules et li clergies
S'en est fbrment esmierrilli^s ,
Quar moult s'aloient d^ftrant.
15515 Gerbiers s'i reconnut esrant;
Quar dit li ot li anemis ,
Ki ses sire iert et ses amis ,
Et il ses om et ses siergans ,
Si Tot mis a ces honors grans,
15520 Dont il estoit en eel p<£ril
15495 Apetichier, abreger, diminuer. 15509 Ficiet, fixe.
15501 Gaitoit, abstenait. 15510 S'en voisse, s'en va.
15505 Corbous, corbeaux. 15514 Deferant, demenant.
15504 Woltoirs , vautours. 15518 Siergans, servitenr.
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126 CHRONIQUE
Que jusqu'a tant ne morroit-il
K'en Jerusalem canteroit ;
Et il , qui garder sen quidoit,
Ot cant£ en cele capiele ,
15525 Pourquoi li anemis l'apiele,
Quar ses tiermes iert acomplis.
Gerbiers en fii moult asoplis ;
Ses yiestemens a desyiestus,
S'en est al ventaile venus,
15530 De cuer moult tristre et non joiant,
Regehi tout, la gent oiant,
Comment le diable ot siervi ,
Par quoi il ot ?ou d&ieryi ,
Qu'il l'avoit mis en tele honor
15535 K'il ne pooit avoir grignor.
Et dist : « Signour, pour Dieu mierci ,
« Si ma diables avanchi. »
Lors apiela I sien siergant
Et fist prendre I coutiel tren$ant
15540 Que il a son keus demanda,
Et puis al siergant commanda ,
En remission des p&i&
Dont il estoit plus entectes ,
Et pour Jh&u-Crist autresi ,
15545 Ki li avoit souffiert ensi,
Que maintenant, voiant tamains,
Li tren?ast les pi& et les mains,
Dont il estoit devenus om
Al diables jusques a som ,
15550 Et sa langue tren$ast apri& ,
Dont il fii de parler engri& ;
Et les pi& ans II li tren$ast,
15527 Asoplis, consternl. 15557 Avanchi, avance.
15529 Ventaile, endroit par oti vient le vent; 15540 Keus, cuisinier.
porte ou fendtre.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 127
Si que jamais viers lui n'alast ,
Qu'il fist premiers et maintes fbis.
15555 A ?ou faire n'ot nul d&bis ,
Mains et langue et pi& li tren$a ,
Les pieches fors enbalancha ,
Et li corbiel les emportoient,
Voiant tous $aus ki la estoient.
15560 Et dont fist-il ses ious cr6ver,
Pour I'afaire mious aciever ,
Dont le diable avoit v&i ,
Ki tant li avoit pounr&i.
Et puis fist ses l&vres coper ,
15565 Pour s'arme plus a descouper,
Dont il ot l'anemi baissi^ ,
Ki si I'avoit mal aaisste.
Les gens en orent grans mieryelles ,
Quar il fit trencier ses orelles ,
15570 Dont il ot ois les mesdis
Que li Sathanas li ot dis.
Voians tous , non mie sos cape ,
Fist d&oper Gerbiers, li pappe,
Trestous ses menbres I et 1111
15575 Et fors gieter as cans cascun,
Pour qou qu'en lieu desconyenable
En avoit servi le diable.
Et li corbou et li woutoir,
Ki diable i&rent lait et noir,
15580 Les pieces entr'aus d^voroient,
Et moult grant noisse d&nenoient
15557 Enbalancha, lanca. d'un grand poete moderne, qui , dit-il, croyait
15565 Arme, ame, ecrit quelquefois harme. n'imiter que Virgile :
Et son £me en courroux s'eniuit dans les eniers.
Les harme s (harme) d'cuz s'en vont en enfer osteler. n ,.
f arise la Buchesse , P . 219. Deseouper, disculper, purger de ses pechds.
15566 Baissie, baise\
Vers que M. de Mar tonne rapproche de celui 15578 JToutoir, plus haut woltoir, vau tours.
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128
CHR0N1QUE
Mori d'AraouI II, clit
lc Jcune, comte dc
Flandre, le 23 mars
988.
Mortjdo Hugucs-Capct,
le 24 oclobrc 996.
Pour l'arme k'il orent perdue .
Dont faite orent longe atendue.
Tout ensi cil pappe Gerbiers
15585 Ne fu pas en la fin bobiers,
Mais del tout a Dieu s'asenti ,
Si que pour mort vie senti ,
Et Dieux ne voloit perdre mie
L'arme qu'il li avoit cargie.
15590 Si fait savoir que de cuer fin
Se doune a Dieu devant sa fin ,
Quar, puis que faire le saura .
Ja tant de p4ci& fais n'aura
Que Dam-el-dieux n'en ait mierci.
15595 Pappe Gerbiers s'adevanci ,
Car point ne se d&esp^ra.
Se li cors son mal eompera ,
L'arme fu sauve , ce croit-l'on ,
A quan que savoir en puet Ton.
15600 Li quens Ernous donques moru,
Qui quens Barb& apiel& fu ,
Et Bauduins , ses fius . Barb&
Fu quens de Flandres adobes ,
Des Flamens fu ass&ir&,
15605 Dont ses pere ot est^ cures.
Rois Hue-Kap&s moru donques ,
Ki couars n'avoit est£ onqes.
XII ans ot le r£gne tenu .
A S l . -Denis enfouois fu
15610 Od les autres rois devant rains.
15885 Longe atendue , longue atlente.
15585 Bobiers , ce mot semble &tre pris ici
pour exprimer l'espece d'orgueil avec lequel on
s'endurcit dans son peche.
15597 Compera, paya.
15601 Barbel, Thistoire ne donne pas a Ar-
noul II, le surnom de Barbu.
15602 Bauduins , Baudouin IV, tils d'Arnoul
et de la fille de Berenger, roi d'ltalie.
1 5605 Cure's , gouverneur (curare) .
1 5608 XI I ans, dix ans , suivant les modernes.
15610 Rains , regnans.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
129
Moult fu des siens plor& et plains.
Ses fius Robiers ot le r£gn^ ,
Quar ses peres Tot couronn^.
Ass^ur& fu de la tierre,
15615 Qu'il n'i ot corine ne gierre.
XXXVI a cest dire puis
Rois de France, si com je truis.
Feme prist, apri& 5011 moult po,
La fille al conte de Poito :
15620 Coustance ot non , et fu moult sage ,
Gente de cors et de visage.
Ill fius en ot, j'el sai de fi;
Le premier nommerent Henri ,
L'autre Robiert, le tierc Huon,
15625 Qui Flors de Jouyenciaus ot non.
Li dus Ricars encor vivoit.
Tulieres a force gardoit.
Li quens W6des tot esranment,
Et Galerans, quens de Meullent,
15630 Et li quens del Mans avoec aus ,
Od maint baron qu'orent entr'aus ,
A Tulieres vinrent a ost ,
A quan k'il porent faire tost;
L'asegierent a mi^nuit,
15635 Et cil dedens s'armerent tuit ,
Fors issirent a rec^tee,
Et fu d'ambes pars la mentee.
Robert U
Eudes , com to de Ch*r-
tres, a i siege Tilliercs.
15612 Robiers , Robert, eleve du fameux Ger-
bert, dont Ph. Mouskes vient de faire un recit
fabuleux.
15619 Conte de Potto, Guillaume Taillefer,
comte de Toulouse.
15620 Coustance, Constance &ait Tune des
plus belles et des plus m£chantes femmes de son
siecle. L'epithete de sage que lui decerne Ph.
Mouskes est encore un lieu commun insignifiant.
Tom. II.
18622 III fius, outre ces trois fils, il en eut
un fils et deux filles.
15627 rtt/tere*,Tilheres.
15628 Wedes, Eudes.
15629 Galerans, Valeranj Meullent, Meulan.
15650 Li quens del Mans, Hugues I or , comte
du Maine. Voy. Rob. Wace , 1 , 356 , v. 6647.
15656 A recelee, secretement.
15657 Menlee, melee.
17
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130 CHRONIQUE
Mais li conte , jou sai de fi ,
I furent tout troi desconfi.
15640 Si s'enfui li quens de Cartres,
Qui cr&ni le due et ses cart res;
Et li quens de Meullent ausi
Sen ala desconfis ensi ,
A Dorsin , et li quens del Mans
15645 Remest tous seus enmi les cans .
Quar »es cevaus li estanga.
Hugu^comtcduMaine, jj quens son eline deslaca,
«e dcguise sons les ha- * * J
bus dunberger. Et 80n obierc a gietet fors ,
Et non pourquant s'iert-ii moult fors.
15650 A piet descendi de paour
Et prist la cape d'un pastour,
En une faude I'afubla ,
Si que pastour moult bien sambla ,
Et prist a son col I mouton.
15655 Si crioit li quens , a haut ton ,
As Normans qui les encau$oient
Et ocioient et prendoient :
« Signor Normant , qui la yen& ,
A1& avant, ja les aur&. »
15660 Ensi li quens tant sen ala
Qu'al bos vint, si se deffubla,
Le pastour sa cape rendi ,
Et d'acuser li desfendi ,
Et li promist grans biens a faire ,
15665 S'il ja venoit a son repaire.
15644 Dor sin, an v. 15536 d'Orsin, C'est la derat, extincto , pede fug tens , ad caulas oviutn
traduction du latin Dorcasinum (castrum), Dreux. diveriit Recueil des hist, frak^ais , X, 188, A,
Rob. Wace, I, 342, v, 6789: et dans l'edition de Camden, p. 637.
En Drewe* se sunt abatu*. Rob - Wace , 1 , 343 , ▼. 6802 :
15645 Remest, resta. C" 5 * 8 li cuer de sun chcvaL
15646 Estanca, s'abattit (extinguere) . Guill. 15652 Faude, bergerie, etable a brebis.
de Jumieges dit: Hugo nempe, equo, cut inse- 15656 Encaucoient, pounaiTaient.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 131
Al tierc jour s'en revint al Mans,
Forment las& et moult dolans.
Adont tramist li dus Ricars , aichardappeiieiesScan-
-^ . _ -. dinaves ason secours.
Qui hardis ert et non escars .
15670 En Engleti&re al roi Laman
D'OlaTie , qui Tenus ert l'an
En l'a'ie le roi Konut ,
Ki le due avoit deseonnut.
Et Laman s'en vint en Bretagne,
15675 Siglant par mer a grant cpmpagne.
Si prisent le castiel de Dol
Et tout le pais a plain vol.
Breton a lui se combatiren t .
Mais li Danois tous les yenquirent.
15680 Ocis i fu quens Salemons,
Leur sire, od lui moult de Bretons.
COU fu k fieSte S t .-Jehan. *-« roi &obert riconci-
r lie Richard II avec
Li dus ala al roi Laman , ***».
Si les a moult biel rectus.
15685 A Ruem les amena li dus.
Et quant li rois Robiers le sot ,
Le due manda com il ains pot ,
Et prist a lui I parlement;
Quar il sot bien apertement
15690 Que cil paien &rent venu
Pour la guerre , ki faite fu
Entre lui et le conte W&lon.
Si vot desfaire la ten£on.
Le due al parlement manda ,
15695 Et tant fist qu'il les acorda.
15668 Tramist, envoya, deptaha. Laman d'Olavie. Voy. v. 15700.
15670 Laman, Lagman, roi de Suede. 15672 Konut, Kanut.
15671 D'Olavie, etOlausouOlaf Tryggveson, 15680 Salemons, Guill. de Jumieges : Incolas
roi de Norwege , qui vint avec Svend, son beau- ejus (Doli) cum Salomone advocate loci, interfi-
frere. Ph. Mouskes fait un seul personnage de ciunt. Recueil des hist, fbak^ais, X, 188 , C.
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132
CHRONIQUE
Olaf ie fait baptiser.
H est martyrisl.
Enfans de Richard II.
S'ot Tulieres par d^yisson
Li dus, et li quens Pontorson.
Isi fu la concorde faite ,
Et li dus a sa gent retraite
15700 Mais Lamans, qui fu rois d'Olave,
Con tenoit a preut et a save ,
Tout esranment se batisa ,
Lues en sa ttere repassa.
Et quant sa gens a 90U s^u
15705 Que S*. baptesme ot reclu,
Ocis Font et martiriil ,
Pour 50U kil s'avoit baptist.
Mais il ot joie de l'anui .
Quar Dieux fist miracle pour lui.
15710 Li dus Ricars dont espousa
Judith , que durement ama ,
Suer Jofroi , conte de Bretagne ,
Qui li tramist a grant compagne.
Ill fius en ot, Ricart, Robiert
15715 Et Guillaume. I enfant apiert ,
Qui puis fu monnes a Fescans.
Et sen ot III filles sa$ans.
Si com Festore nos tiesmongne ,
L'ainsn^e ot uns quens de Bourgogne ,
15720 A&is ot non, et li quens
Renaus ot non , preus fu et buens ,
Et manans ert outre S^onne.
La dame f u et sage et bonne ,
15696 Devisson, part age.
15697 Pontorson, ce doil £tre encore une
alteration de Dorcasinum castrum, Dreux. II y
a n£anmoins dans le departement de la Manche
une ville de Pontorson.
15698 Isi, ainsi.
15700 Olave, Ph. Mouskes prend ce nom
d'an autre roi pour le royaume de Lagman.
Foy. v. 15671.
13711 Judith, fille de Conan-le-Tort , comte
de Rennes , morte Tan 1017.
15715 (fotft, qu'illni.
15714 Robiert, Robert, comte d'Hieme.
1 571 9 Quens de Bourgogne , Renaud I er , comte
de Rourgogne. G. de Jumieges, IV, 15.
15722 Se'onne, Sadne.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 133
S'ot de lui Guillaume et Guion.
15725 L'autre fille, bien le set-on,
Espousa li quens Bauduins
De Flandres , qui fu vrais et fins.
La tierce petite moru ,
A Fescans enfouoite fu ,
15730 U ele songa que ses frire
Guillaumes , qui la moines ere ,
Par la main diestre l'entraioit
Et en la fosse le metoit.
Ricars fu dus apri& son pere
15735 Et Robiers ot Osmois, ses frire.
Lors avint que li quens Boucars
De M&eun, li preus, li gaillars, Richard aide leroiRo-
Od le roi Robiert s^jornoit. comte d c Meiun.
Uns chevaliers ki li guardoit
15740 M&&in , Gautiers ot a non,
II et sa femme en traisson
Al conte W&ion, par fole gille ,
Rendirent et castiel et Tile.
Et li rois Robiers asanbla
15745 Ses os, et cele part ala.
Si reprist M&^un a force ,
Con n'i abati tour ne porce.
Li dus Ricars ala od lui
Pour qou qu'il vot graver celui.
15750 Et Gautiers et sa feme furent
Pris et pendu , si com il durent ,
Et li quens Boucars r'ot sa tierre.
15726 Bauduins, Baudouin IV. 18756 Boucars, Bouchard.
15732 Diestre, dextre. 15740 Gautiers, Guill. de Jumieges , que suit
15735 Osmois, Hieme. visiblement Ph. Mouskes, l'appelle Walterius.
15757 Me'leun, pour que la mesure soit con- Hist. Fr., X, 189, A. Camden , p. 638 de ses
served , il faut que ce mot ait ici deux syllabes , Anglica.
mais ilen a trois ailleurs. 15747 Porce, porche.
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134
CHRONIQUE
Kenaud, comtede Bour-
gogne, prisonnier de
l'eveque d'Auxerre.
Richard sollicite en rain
sa liberie.
Ensi fina li rois leur gierre ,
Et li quens Hue de Calon .
15755 Qui moult avoit le cuer telon.
Prist le conte Renaut de gierre
Et exilla moult de sa ti&re.
Li dus Ricart , par grant arnoui .
Li ot doun^e sa serour.
15760 Si manda al conte Huon,
Par I sien ceyalier Doon •
Que son serourge li rendist.
Mais li quens Hue rien n'en fist.
Li dus Ricars qui anoia ,
15765 Son fil Ricart i envoia .
Od lui grant gent , et tant i fist ,
Que la Mirmande a force prist,
Et la tiere al conte Huon
Arst et destruist tot environ.
15770 Tant que li quens vint a mierci ,
Sa siele sour son cief , ensi
Qu'il li jura a faire droit
En Normendie , et la yendroit
Devant le due Ricart, son pere,
15775 Et tant que sa yengance i pere,
Qu'il soit restans de sa malisse
Qu'il fist Renaut en sa justice.
Cil dus prist I jor en apiert
18784 Hue, Hugues, ev£que d'Auxerre et
comte de Chalons , Calon,
1 5767 Mirmande , ce lieu est egalement nomine*
par Rob. Wace, que Ph. Mouskes a eu certaine-
ment entre les mains , mais Mirmande , pres de
Valence , n'ayant jamais appartenu au comte
Hugues et elant situe a une grande distance de
ses etats, il doit y avoir la une grossiere erreur,
ainsi que le remarque M. A. Le Prevost. Guill.
de Jumieges appelle cette place Milinandum
castrum ou Milbiandum, IV, 16.
15771 Sa siele sour son cief, cette singuliere
cer^monie est mentionnee par Guill. de Jumieges:
Equestrem sellam ferens humeris. Hist. ra., X,
190 , B. Rob. Wace , 1 , 368 , v. 7353 :
Quant a Hichart vint li quens Hue .
Une selc a sun col pendue ;
et ce poete ajoute :
Sun dos offri a chevalchier.
Voy. plusbasv. 16211.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 135
Son frere, arcevesque Robiert.
15780 A Fescans, devant le couvent,
L'enmena tout apertement,
Et devant tous se fist confi& ,
La haire ot a sa car moult pri& .
Et gisoit moult a tiere dure ,
15785 Si com cil ki de cuer l'endure.
Commenii& fu dignement
Devant l'autel tot esranment.
A l'avesprir moru li dus. mok de Richard n ,
O /» i /» ,_. 23 aodt 1027.
oes frere en ru moult irascus.
15790 A Fendemain I'ont si ami
Jouste son p6re enseveli.
Ricars , ses fius , fu lues dus fais , Richard m , due d c
Q # l_ •• j • Normandie.
ui hai guerres, sama pais.
Robiers, ses frire, ce dist-on, Discorde entrc Richartl
15795 Par le consel d'aucun felon, m«taoi«ri.o B M«.
Garni Faloisse contre lui.
Li dus en ot ire et anui ,
Son fr6re de guerre avanci ,
Mais il Tint au due a mierci.
15800 11 ot I fil , Nicole ot non ,
Ki moines fu de grant renon
A Fescans, et de S*.-Oain,
A Ruem, fu cil abb& a plain ,
Et la glise moult amenda.
15805 Mors fu; devant l'autel gist 14.
Enpri& la pais de ces II freres ,
Que moult ama li dus leur peres ,
Vint li dus a Ruem ; si dist on ,
Qu'enpuissoun& fu de puisson;
15786 Commeniie's, communie. declara la guerre.
15788 A l'avesprir, aur le soir. 15800 I fil, un fils natarel.
15796 Faloisse, Falaise. 15809 Enpuissonnes, empoisonn^ ; puisson,
15798 De guerre avanci, comme qui dirait lui poison. M. de Martonne, en annotant le joli
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136
CHRONIQUE
Mort do Richard HI,
6 •out 1027 ou 1028.
Bobert-le-DiaMe , due
de Normandie.
Revolte et sou mission
de Guillaume dc Bel-
lome.
Nouvelle re\o!te de
Guillaume.
15810 Mais on n'el sot qui demander ,
Ne on ne li pQt amender.
Mors fu et moult le plainsent-il ,
Enfouois fu jouste son fil .
Qui de Saint-Oain ot est£
15815 Abb«fe, et mors fu a l'est<5.
Moult Fa ses freres recee .
Robiers , et sot la duc&.
Bons chevaliers fu et crueus ,
Larges , sages, vistes et preus.
15820 Mais petit apri& li avint,
Guillaumes de Bielesme tint
La tour d'Alen$on contre lui.
Li dus l'asist tant , que d'anui
S'en issi et mierci cria.
15825 Li dus Robiers li pardouna
Et sa ti&re li a rendue ,
Si que point n'en a retenue,
Par le siervice qu'il devoit ,
Et s'en jura a faire droit.
15830 Ne demora gaires apri&
Que Guillaumes , qui fu engri& ,
Si envoia ses fius tous HII ,
Sour la tiere le due combatre .
Tout encontre son sairement .
15835 K'il li ot fait, yoiant sa gent.
Li dus envoia cele part
De sa gent une moult grant part.
Li Normant a aus asanblerent ,
roman de P arise la Duchesse , dit pourtant que
le verbe empoisonner n*existait pas, et qu'on le
remplacait par un equivalent, p. 31 , note 24.
15812 Plainsent, plaignenl.
15815 A I'este, au mois d'aout.
15816 Recee; reque'er se trouve dans Roque-
fort avec le sens de confesser. N'aurait-il pas ici
celui de regretter , requm (situs) . ?
15852 Tous 1111, Robert Wace, I, 580,
v. 7625 :
Garin, Folcuo, Robert, Willealme,
N'ont plus feluns en nul realroe
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DE PHILIPPE MOUSKES. 137
Ass& en prisent et tu£rent.
15840 Fouqes, ki ses fius iert ainsnes,
I fu ocis , teus fu menes ;
Willaumes , li secons , huiant
A force, en escapa fuiant,
Et li tiers fr^re sains et fors
15845 Fu la nuit estrantes et mors
Par anemis , $ou set-on bien.
Li siens peres n'amoit tant rien ,
Petit apries fu mors de duel.
Li quars , se viert^ dire voel ,
15850 Ot la ttere par la mierci
Del due , ki grant part Ten rendi.
Puis si rasist li dus Evreus
Sour celui qui moult estoit preus ,
L'arcevesque Robiert , son oncle , Robert force son oncie
f wotftf rr> i -i • i aserelircr en France,
lDodd Ki le castiel tenoit adonque, 1028.
Et sour son fil ki dedens ert,
Mais la force al Signor i pert.
L'arcevesques fors s'en ala ,
En France vint , III ans fu la ,
15860 Et la ttere de Normendie
Commanda que on entredie.
Mais li dus le remanda puis ,
Si com en 1'estore le truis ,
Et si amenda le fourfait ,
15865 Qu'il avoit a son oncle fait.
HueS , le VeSqueS de BaioeS , Guerre contrc 1'eVeque
Qui barbues avoit les joes,
Et moult estoit larges et preus ,
15842 Huiant, criant. ou Tile d'dne, connetable de Normandie, et
15852 Rasist, assiegea. Guillaume, qui passa en Pouille , aupres de Ro-
15856 Son fil, cet archev^que eut de sa con- bert Guiscard.
cubine Harleve , troisfils, Richard, son succes- 15861 Entredie, interdit; il mit un inlerdit
seur au comte d'Evreux, Raoul, Tele d'e'toupe surla Normandie.
Tom. II. 18
de Bayeux.
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138 CHRONIQUE
Garda contre le due Evreus ,
15870 Et sen ala, a grant mesnie ,
As Francis pour avoir ale.
Mais li dus Robiers , par air,
S'en vint a Evreus asalir,
Et le vesques miercit pro'ia
15875 Le due, et moult requis li a
Que sa gent en laisast issir
Tout bielement et par loisir.
Li dus les en laissa aler,
Mais il fist bien Evreus garder;
15880 Al vesque puis se racorda,
Mais rien nule n'i amenda.
En eel mois estoit avenu
Que li quens Bauduins , qui fu
De Flandres sire preus et fins ,
1 5885 Pour mious destraindre ses voisins
Et. pour son afaire avancier.
Se revot d'amis enforcier.
Le i-oi aoben donne sa Al roi Robiert rouva sa fille
fille en niariagc au
fiis du comte de a oes son fil: s'ot non Mabile.
Fiandre. ^ # 7
15890 Et li rois Robiers li douna,
Mais si jovene c'on l'enporta
En bierc , et quant ele ot £age ,
Si en fist-on le manage.
Ses fius le prist et espousa^
15895 Joie ot quant si biele touse a.
Le fiis du comtc de Puis guerroia li fius son pere.
Fiandre se revolte
contre jui. La povre gent moult le compare.
Son pere toli tiere ass£s ,
Et li quens s'en est lues ales
15900 Al due Robiert, en Normendie ,
15881 Rien nule, nulle chose. 15891 Jovene , proDouoez jouene r dissyllabe.
15889 Mabile, elle s'appelait Adele ou Ade- 15892 Bicrc , berceau.
lai'de, seloa Y Art de verifier les dates. 1589-i Touse, fille.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
139
Ki Tint o lui pour faire aie.
En Flandres amena ses os .
Si s'en ala sor Flamens tos .
Et prist Cioc, I fort castiel.
15905 N'i valu desfense I gastiel,
Et Flamenc , qui durer n'i porent .
Fisent lor pais, al mious que sorent,
Entre le p£re et son fil ,
Qu'il ne fussent mis a exil.
15910 Aprils ceste pais dont je di .
Furent Flamenc lone tans isi ,
Et France fii en grant soujor.
Et puis apri& petit de jour
Si moru li quens Bauduins .
15915 Et ses fius, ki fu cortois fins,
Ot tpute le cont^ par droit.
Et vous (ai) di ke il avoit
De la fille le roi Robiert
Une fille, bien m'en sai ciert.
15920 Quant IX ans ot la damoisiele.
Moult fii sage , courtoise et biele.
Cel an moru li dus Henris
De Bourgogne , s'en fii maris
Li rois Robiers, qui ert ses oncles,
15925 Ne failli ne li avoit onques.
Nul enfant n'ot quant il est mors ,
Par quoi li rois et ses effors ,
Pour mious acomplirsa besogne,
Cevaucterent jusqu'en Bourgogne.
Baudouin V, de Lille,
ou le DAonnairc ,
comte de Flandre ,
1036.
Henri, due de Bour-
gogne, meurt.
15904 Cioc, Meyer, a Pan 1207 : Castrum
quod Cioca vocabatur. Guill. de Jumieges se sert
du meme nom. Hist. Ft., X , 192 , G.
18908 Pour la mesure il ne faut pas elider la
derniere syllabe du mot ptre.
1 591 2 Soujor , repos . paix .
15917 Ge vers est trop court d*une syllabe.
15919 Une fille y Adele ou Adelaide, donna
a Baudouin V au moins Irois fils et deux filles.
15922 Cel an, Henri ne mourut pas en 1056,
corame Baudouin IV, mais vers Tan 1002.
15924 Oncles , lisez neveu.
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140 CHRONIQUE
15930 Et li Bourgignon, tout pour voir,
Ne vorrent le roi recevoir.
L« n dri, comic de Ne- Le conte Landri de Naviers
vcrs * s-\ • •
Orent re$iut , ki fu cuviers ,
Dedens Auguerre , et le fermerent
15935 Contre le roi et atornerent.
Et li rois Robiers remanda
Toutes &e$ os et asanbla ,
Quar la cit£ point ne resogne :
Ainc gasta lues tote Bourgogne
15940 Et prist Au?uerre et Avalon.
Li quens Landris , al cuer f£lon ,
Vint a miercit, si s'acorda,
Mais ?aus dedens moult en pesa.
Li dus Robiers od le roi fu ,
15945 Qui maintes foies li valu.
From< Sfn"iSir de A cel tans et en cel a » en8
Moru Fromons , li quens de Sens :
Renaus. ses fius , ot la cont^ ,
En qui il n'ot foi ne bont^ ,
15950 Ainc fist al clergi^ maint desroi.
Si guerro'ia Robiert , le roi ,
Tant que l'arceveskes de Sens ,
Qui moult ert preus et de grant sens ,
Par le consel vesque Renaut
15955 De Paris, ki fu de cuer haut,
La dt^ot n d:F^c n c : Prist et tint la cit<< de Sens,
S'el rendi le roi a brief tens.
Et li quens Renaus s'enfui.
Fromons ses frere , sans d&ri ,
15960 Quist gent, si se mist en la tour,
15952 Naviert , Nevers. 15946 Asens, accord.
15934 Aucuerre, Auxerre. 15948 Renaus, Renaud II, second His de
15938 Resoyne, craiot. Fromond et de Gilberle ou Gerberge, fille de
15945 Foies, fob. Renaud de Rouci, comte de Reims.
Renaud II lui succede.
1015.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
141
Pour desfendre fist son a tour ;
Mais li rois a force le prist ,
A Orliens , en prison , le mist ,
Et tant que Fromons i moru ,
15965 Dont ses frere moult dolans fu.
Et li rois fist si sa besougne
Qu'il ot tout quitement Bourgogne.
Si le douna Robiert , son fil ;
Et en I'autre an apri& fist-il
15970 Couronner I'autre fil Huon
Qu'ainsn& fu apri^s, ce dist-on.
En Tan de son couronnement
Moru cius Hue voirement;
XXXVII rois k cest vos di.
15975 Encor morust-il a brief di ,
Et pour 90U de roi le conte a
Que roial couronne porta.
Adont avint q'uns chevaliers ,
Moult grans de cors, preus el legiers,
15980 Prist abit de religion.
Herluins avoit cil a non :
Et puis 90U k'il ot XL ans
Fu-il a laitres aprendans.
Et puis fu priestres orden&,
15985 Comme preudom dous et sen&.
Et, par simple^ et par piec,
Funda-il l'ab&e al Biec,
Qu'il avoit angois commencie
Et estoree k Bornevile.
15990 Puis en fu abbes Herluins,
Robert, dit le Vieux,
due de Bourgogne,
1032.
Ilugues , fils de Bo-
hert II, roide France.
Fondation de l'abbaye
du Bee.
15970 Huon, Robert s'associa son fils aine"
Hugues , qui n'avait pas encore dix ans, et le fit
couronner a Coropiegne , le 9 juin 1017.
15986 Piec, piele; cette terminaison a ete*
necessitee par le besoin de la rime.
15987 Al Biec } cette abbaye devait son nom
a un ruisseau , fl. beeh, beke. Hist. Fa., XI , 55 ,
C, 166, A, 220, N, 225, D, 425, C, etc.
15989 Bornevile ( Burnenvilla , Burnevilla) ,
BonneTille. G. de Jumieges , V, 9.
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142 CHRONIQUE
Comme preudom loiaus et fins.
Uns siens compains, Lanfrac ot non,
Ki clers estoit de grant renon .
S'i aida vigerousement,
15995 Et si n'avoit la seulement
Que II maisons et I moulin.
Pour le bon abbi Herluin ,
Que Festore vous dist et nomme .
Si donnerent la li haut ome
16000 De France et d'aillors fi& et tierres
Et fisent auteus et capieles.
Or i a mout rice ab&e ,
Ki de tous les biens est garnie ,
Et est en grant auctorit^
16005 Et la glise en grant d ignite.
Et de canter et de bien lire
I siert-on bien , a tout eslire ,
La mire Dieu et son cier fil ,
Con tient l'ab^ie a gentil ,
16010 Et s'iert dite jusqu'en la fin
L'ab&e al Biec-Herluin ,
Pour le preudoume ki le fist
Et grant painne del cors i mist.
Henri I, roi du >ir«,t £ n ce J tan8 g gt Jj rQ J g RobierS ,
rlesonpere, 1U25, *
16015 Ki ne fu estous ne bobiers,
Henri, son fil, porter couronne;
Et cil fu Ii& quant on li doune .
Mais moult en ot ire et pesance
Sa mire, roine Coustance,
16020 Pour $ou qu'ele amast mious asses
Que Robiers , ses fius li ainsnis .
Ki fais ert de Bourgogne dus ,
Fust a roi pris et esleus.
18992 Lanfrac, Lan franc. 16000-1 Tierres et capielet , rime ru rale .
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DE PHILIPPE MOUSKES.
143
Entour cest tans , par verai signe ,
16025 Si vint li cevaliers al Cigne
Parmi le mer, en I batiel ,
La lance et l'escut en cantiel.
Et si ariva a Nimaie ,
U la ducoise ert et s'esmaie
16030 Pour le due Renier de Saissogne ,
Ki li livroit ass^s essogne,
Et sa tiere li calengoit ,
Pour qou qu'ele avo£ n'avoit.
Mais li preus chevaliers al Cigne ,
16035 Ki le cuer ot et juste et digne ,
Enviers le due li kalenga
La tiere , et la dame en sauva ;
Si qu'il l'ocist , et fu delivre
Sa tiere , et il en prist sa fille
16040 A feme, et fu dus de Bui lion.
S'en fu Godefrois , ce set-on ,
Ki fu de Jerusalem rois.
Puis avint , par aucun effrois ,
Que tout ausi com il Tint la
16045 Devint cisnes et s'en r'ala.
Donques en I mois de f&vrier
Si vit-on II solaus raier ,
Et si avoit entour I pare ,
Le chevalier au cygne.
Plienomene meteoro-
logique.
16025 Li cevaliers al cigne. Voyez parmi les
Appendices de* extraits du roman de Gandor de
Douai.
16027 En cantiel, de c6te.
16028 Nimaie, Nimegue.
16031 Essogne , souci.
16032 Calengoit, disputait, envahissait; ce
mot est reste dans lea patois wallon et rouchi.
Hecart, Diet, rouchi-francais , 1833 , in-8°, p. 92.
16033 Avoe , avoue, deTenseur.
16045 Cisnes, cygne.
16046 En I mois de fevrier. Ce passage est
presque dans les mdmes termes qu'un endroit
correspondant d'une chronique de France , dont
on lit un extrait dans le Recueil des Hist. Fr.,
XI , 571 : « Ou mois de fevrier resplandy li
» solaus ung jour clerement , et environ avoit
» un grant cercle (pare) de la coulour a Tare ou
» ciel qui apert conlre la pluie : et environ la
» pluie avoit deux solaus, dont li uns envoioit
» ses rais vers Aquitaigne, et li autres vers
» France. »
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144 CHRONIQUE
Qui de coulor resanbloit Tare ,
16050 Qui s'apert en signe de plueve
El ciel , si com raissons le prueve.
Et de ces II solaus venoit
Li uns rais d'Aquitagne droit.
Et li autres venoit de France.
f 16055 Si dura cele d^moustrance
II jors trestot entirement.
Famine. Apri& fou si fu voirement
Si tres grans famine el pais,
Que li plus rices iert trais,
1 6060 Quar tant de la gent i moroit
Que cascun jour les enfouoit
Encor vivans , traians espir.
Maint duel i ot et maint sospir.
Men de Robert ii, re* Li rois Robiers adont moru ,
de France, losi. 16065 Qui del cier tans moult larges fu ,
XXXin ans ot rois est^ ,
Moult ot aquis et conquest^.
Enfouois fu jouste son p£re
Et d'encoste Huon, son frfere,
16070 Od les aulres rois, par devise ,
Devant l'autel, a S*.-Denise.
Henris, ses fius, ot le r^gn^,
Quar ses p£res Tot couronni
A son vivant , et tuit l'afient.
16075 A ces rois XXXVIII i dient.
Boben, due de Nor- Li dus Robiers de Normendie
mandie, nllie du roi t • -•> J*
Hcnn. Li a sa tiere guarandie ,
Quar li plusiour qui li gr^voient ,
16039 Trait, entraines, enveloppes dans la 16066 XXXIII, environ trente-cinq ans.
mine commune, tra{ct)i. 16074 L'afient, lui engagent leur foi , se deV
16062 Traians espir , respirant encore. clarent sea feaui.
16065 Del cier tans, an temps de la cherte\ 16076 Li dus Robiers. Rob. Wace,I, 585,
de ladisette. v. 7711 ,
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DE PHILIPPE MOUSKES.
145
Son fr£re couronner yoloient;
16080 Mais al due ne porent durer.
S'el fist k tous asseurer ,
Maugret sa mere ki vosist
Que Robiers la couronne &iist.
Li rois , pour le due honorer,
16085 En l'ab&e de Viler-
St.-Pol, jouste Cr^el , douna ,
Pour vin as messes l'estora.
Li dus Amauguins de Corbie
Leur aida moult en cele fie.
16090 Adont quens Bauduins de Flandres
Par boces qu'il ot et par glandes
Moru, et Bauduins, ses fius,
Ki moult fu hardis et gentius ,
Ot la cont^ , sans nul refui.
16095 Mais puis vint a guerre sor lui
Li rois Henris , si arst Toraai
Et le pais jusqu a Courtrai ,
Pour ?ou que li preudoume sage
A Tornai li fisent visnage.
16100 Et I'ab&e S*.-Martin,
Destruist li rois a eel hustin.
Moult fu preudom cil rois Henris
N'ainc del sien ne fu amenris ,
Mort de Baudouin IV,
comte de Flandre ,
1036.
Baudouin V de Lille,
dit le Debonnaire.
Henri IV, empereur.
16085 Filer, Villiers.
16086 Creel, Greil. Henri , pour temoigner sa
reconnaissance au due de Normandie , lui c&la
Chaumont , Pontoise et tout le Vexin fran-
cais.
16088 Amauguins de Corbie, Mauger, comte
de Corbeil, oncle de Robert de Normandie.
Guill. de Jumieges , dans le Recueil des Hist, fr.,
XI,54,B.
16096 Henris, e'est d'Henri IV que Philippe
Mouskes veut parler 5. mais la chronologie exige
Henri HI , roi de Germanie et empereur , sur-
Tom. II.
nomme le Noir. Voy. la Chron. d'Iperius , Hist,
fr., XI , 581 , 8. La table de ce volume met ega-
lement Henri IV au lieu de Henri III , p. 765.
La prise de Tournai , en effet , eut lieu en 1053 ,
et Henri IV monta sur le trdne en 1056. Les
manieres differentes dont Henri IV comptait les
annees de son ordination en s'appelant lui-me'me
tantot Henri III , tantot Henri IV, sont proba-
blement cause de cette confusion.
16099 Visnage, espece de droit, de tribut.
Ge mot est employe aussi pour voisinage.
16005 Amenris , amoindri.
19
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146 CHRONIQUE
Feme prist , le non n'en sai mie ,
16105 Fille fiu au roi de Roussie,
De linage haut et gentil.
S'ot de li Phelippon , son fil ,
Et s'en ot Huon , ki fii quens
De Viermendois, qui tous fu suens.
16110 Al tierc an que cil rois Henri* ,
Qui moult fu sages et hardis ,
Se fu enoins et couronn&,
Incendie A Pan,. gj argt de p aris fe ^j^ ^
Et fu en France grans famine,
16115 Mais poi dura la desepline.
*£&S£S££ Lors avint que li quens Alains
JU^.corntede Bre- De Bretagne ^ ^^ ^fe^g ^
Se yot oster, tout en apiert,
Del signourage al due Robiert.
16120 Li dus mena grant gent sor lui ,
Et , pour lui faire plus d'anui ,
\ Fist sour l'aigue de Costion ,
I castiel, Karroges a non.
Puis a destruite . tout a plain ,
16125 Toute la tiere al conte Alain.
Si s'en revint en Normendie
Et li quens Alains, par voisdie,
Sour la tidre le due revint
Et li arst viles plus de XX ,
16130 A Baioes , en la contr^e.
Et N&l, ki I'avoit gard^e,
Et Aurres , qui moult estoit fiers ,
16104 Feme prist , Praxede ou Adelaide, fille viere qui separe la Normandie de la Bre-
d'Usevolod , prince en Russie , veuve de Henri- tagne.
le-Long , margrave de Stade. 16123 Karroges, en latin ad Carrucas , comme
16109 Suens, sien , sa propriete. dans Guill. de Jumieges, Pontorson.
16115 Desepline, cet etal facheux. 16131 Neel, Neel de S l .-Sauveur.
16122 Costion, le Coisnon ou Goeanon, ri- 16132 Aurres, Auvrai-le-Glant. Rob. Wace ,
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DE PHILIPPE MOUSKES.
147
Prisent siergans et ceyaliers ,
Al conte Alain se combatirent :
16135, Lui et touted ses gens venquirent.
Li quens s'en ala desconfis
Jusqu a Riesnes , en son pais ,
Puis vint li dus eel conte Alain,
Destroit comme poisson a lain.
16140 An$ois al tans que rois Eldr&
Tint d'Engletiere Ies rinis ,
Si com devant av& o'i ,
Que li rois Suem le yenqui ,
Et li rois Eldr&, pour aie,
16145 Al due Ricart, en Normendie,
Sa femme en amena fiiiant,
Et ses II fius ki furent grant,
Ewart , Aurri , pour garandir :
Car il ne lor devoit faillir,
16150 Leur oncles ert de par lor m£re ,
Qui ne leur estoit pas am ere.
II les reciut a grant hounour ,
Quar il amoit moult sa serour.
Et quant cil dus Ricars moru ,
16155 Robiers , ses fius , ki dus en fu ,
Les II enfans moult hounora,
Et en Engletiere manda
Al roi Konut , que il laisast
Le roiaume, et fors s'en alast,
16160 Quar li enfant si parent erent,
Que li Danois deshireterent ,
Et si en estoient droit oir
Li enfant, pour le regne ayoir.
Le due de Normandie
veut rltablir ses ne-
reux en Angletcrre.
I, 586, v. 7776:
Ki out nun Aurere Gigant.
16159 Lain, ligne de pecheur.
16140 Eldre's, Alfred.
16145 Suem, Suenon.
16148 Ewart, Autre, Edouard et Alfred ou
Ethelred.
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148 CHRONIQUE
Mais li rois Suem respondi
16165 Qu'il ne Fauroient a nul di.
Li dus aparilla ses os ,
N& et marouniers ot moult tos ,
Armes et viandes et Tins ,
Cevaus, palefrois et roncis.
16170 Droit al port k Fescans cargi&rent,
Al vent siglerent et nagi&rent ,
Mais une tormente leva ,
En Gernez^e les ka?a.
S'en fu li dus trop coureci& ,
16175 Quar de Konut ne s'est vengi&,
Kar il avoit force de gent
Et s'ot ass& or et argent.
Et li plus de ?aus d'Engleti&re
Vosisent as enfans la tiere ,
16180 Quar Aurr& ert bons chevaliers,
Et Ewars sages et tegiers ,
Et s'iert en Dieu si bien cr&ns ,
Qu'il iert en orisons tos tans ,
Et s'iert en moult grant abstinence ,
16185 Si not soing d'orguel ne de tence ,
Et moult volentiers represist
Sa tiere, en pais s'iestre p^uist.
Ariest^ furenl en la mer ,
Si ne porent avant sigler.
16190 Et cou faissoit Diex pour Ewart,
Qui moult estoit de boine part,
Pour ?ou qu'il voloit k'il r&iist
Sa ti£re em pais et s'ei tenia t;
Mais lor mere amoit tant Quonut
16195 Que son linage en descounut.
16169 Roncis, la rime exige roncins. 16178 Li plus, la plus grande parlie.
16173 Gernezee, au lieu de Gemesey Robert 16194 Quonut, Kanut.
Wace met Gersai, Jersey. 16195 Descounut , meconnut.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
149
Quant tans furent en Gernezde ,
Que n'orent vent ne bonne orde,
Uns vens leva fors et rubestes,
Ki moult gr^va aus et lor bestes ;
16200 Lor ancres ont fors esragi^s
Et lor voiles al vent dr&i&;
Mais a force revinrent-ii
Al mont S t .-Mikiel, del p^ril.
El port traisent baut et joiant ,
16205 Des nis issirent maintenant,
Si cevaucierent tot de plain
Parmi la tiere al conte Alain ;
Arsent viles et bors pr&rent ,
Chevaliers prisent et tuerent ,
16210 Mais li quens vint lues a mierci,
Sa siele sour son cief en ki.
En eel pais I vesque avoit ,
Ki lor oncles ans II estoit.
Par celui furent acord^,
16215 Si se jurerent &aut£
A porter tres dont en avant ,
Et lors se vont entrebaisant.
Li dus Robiers li a rendu
Quan qu'il li ot angois tolu ,
16220 Quar li quens avoit sa sereur,
Pour cou Ten fist auqes d'ouneur.
Reconciliation de Ro-
bert et d 'Alain.
16197 Oree, heure.
16198 Rubestes, robuste , vigoureux.
16200 Esragie's, leve* , proprement arrache.
16203 Mont-S*.-Mikiel, Mont-S'.-Michel.
16208 Pre'erent ou proHrent , pillerent, ra-
vagerent , de prcediare plutdt que de prehendere :
cela est confirm^ par ce passage pris entre milJe
an tres :
Done Tint Tofti a grant gent,
Tnit li pi u sour furent Flammenc;
A Waldestanc sont arive,
Tut eel pals ont fort proie.
Frahcisque Michel, Geoffroi Gaimav,
dans lea Chron. anglo-normandes ,
1,2.
16211 On a deja en un exemple de cette cou-
tume, v. 15771.
16212 I vesque, Yarchev&qae Robert, nomme
plusieurs fois.
16216 Tres dont en avant, dor en a van I.
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150
CHRONIQUE
Generosite de Kanut II
Amours de Bobert-Ie-
Diable et d'Harlette.
Konus , li rois , ot 01 dire
Que li du8 li vot contredire
Engletiere, et sor lui s'en vint,
16225 Quant yens a force le retint.
Et si remena en Bretagne ,
A force, lui et sa compagne.
Donques a prig Konus , li rois ,
1III siens cevaliers irois ,
16230 AI due Robiert les enyoia ,
Et par ses laitres li manda
Que, pour s'amour et pour pitte ,
Rendroit-il toute la moitil
DEngleliere a ses II neveus ,
16235 K'il savoit et vallans et preus,
Pour pais avoir , ki fust jur^e ,
Et si ot leur mere espous&.
Li mesage , ki furent sage ,
Ont al due conle lor mesage ;
16240 Li dus mist en respit Fafaire ,
Quar il pensoit autre rien faire.
Par Testore , sui-je bien ciers ,
Que preudom fu cil dus Robiers
De Normendie , et si n'ot oir
16245 Ki sa liere d&iist ayoir.
Tant qu'une puciele enama
A Kaam, u il soujourna,
Ki fille estoit dun escohier,
16222 Konus, Kanut ou Knut II.
16223-24 Contredire Engletiere, disputer 1'An-
gleterre.
16229 Irois , irlandais.
16234 Ses II neveux. C'est-a-dire a Edouard
seul, car Alfred, surpris dans le chateau de
Guildford, mourut de chagrin et de misere
dans Pile d'Ely , sous le regne d'Harald I cr , frere
de Kanut II.
16238-39 Mesage est a la fois cause et effet ;
e'est le messager et le message meme.
16247 Kaatn, Caen. La Chronique de Nor-
mandie, ainsi que le Roman de Ron, disent
Falaise. Hist. fr. , XI , 325 , C.
16248 E scohier f pelletier , d'ou le nom propre
Scohier : on connait entre autres un genealogiste
beige qui Fa portl, Jean Scohier de Beau-
mont.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
151
Par non I'apieloient Sohier.
16250 De Florines, deviers Hainnau,
Estoit venus , s'ot d'avoir pau ,
Quar faide et povert^s I'avoit
Tel men^, que petit avoit.
A Kaam vint, la s£jorna,
16255 D'escoherie se menla,
Quar moult bien s'en savoit mesler.
Et li prouvos , n'el sai nommer,
Li douna del sien et presta ,
Tant que durement ga^gna.
16260 Et sa fille devint si biele
K'il n'ot dame ne damoisiele
En la tiere , de sa biaute
Ne de valour ne de bont^.
Un jour Tint li dus kacier.
16265 S'ot fait le provost anoncier
Qua Kaam giroit ; s'ot pl&j ,
Ki le due n'a de rien pteu ,
Car si drap et sa plice grise
Furent moulliet d'aige de bise.
16270 Esvous le due Robiert venu ,
Qui estoit ensi avenu ,
Descendus est ci& son provost .
Et si a fait traire moult tost
Son peli$on , et si rouva
16275 Le provost, qui point ne gr^va ,
Con le fesist remanoiier,
En la vile, aueun escohier.
16250 /7ortn«#,Florenne8.Cetteorigine n'est 16267 Pleu, n'a pas fait plaisir.
Harlette, origin a ire du
Uainaut.
pas indiquee par Rob. Wace.
16252 Faide, Fexil.
16255 Escokerie, pelleterie.
16257 Prouvos, prevdt.
16266 Giroit, concherait ou prendrait gite;
pleu, plu.
16268 Plice, manteau fourre.
16274 Pelicon, meme sens que plice.
16275 Qui point ne gre'va, a qui cette com-
mission ne fut pas deaagreable.
16276-77 Remanoiier, remanier, arranger par
un pellelier de la ville.
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152 CHRONIQUE
Li provos dist qu'il le feroit
Celui faire , ki moult avoit
16280 Biele fille, courtoise et sage.
a Or le mand& par vo mesage ,
Dist li dus, car je voil v^oir ,
Savoir se vous me dites voir. »
Li prouvos esrant i ala ,
16285 Et l'escohier li amena
Et sa fille et la m&re od li ,
Ki le due torment abi&i;
Et li sist durement et bien
Qu'en li n'avoit k dire rien.
16290 Li dus a l'escohier le dist,
Et a la m&re apri& requist
Que sa fille voloit avoir ,
Pour faire de li son voloir.
Tant leur promist, tant leur douna
16295 Que la mire li otria;
Moult a enuis et plus li p&re.
Et li dus , qui moult cortois hre ,
Mist la damoisiele a son lit ,
Si en fist la nuit son d&it.
16300 S'avint qu'un fil i gaegna
Dont il de rien ne s'engigna.
songe d'Harieu*. La damoisiele , sans mengogne ,
Si songa cele nuit I songe ,
Dont si fais en fu le recors :
16305 Q'uns arbres li issoit del cors
Ki gaignoit , par pais et par gierre ,
16288 Sist, convint. 16302 Mencogne, la rime , prefererait men-
16289 Rien , icice mot a la signification que qonge ou sogne, au lieu de songe, au vers sui-
nous lui avons conserved, vant.
16299 Rob. Wace, I, 396, v. 7997 : 16306 Qoignoit, ombrageait (cingere). Robert
u , ,, r i w Wace se sert du mot aumbrout.
Menee li fu a sun lit;
Sun bon en fist e sun de'lit.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 153
Normendie et toute Engleti&re.
Paour en ot , si sesvilla ,
Et li dus moult s'esmiervella.
16310 Demanda li, ele li dist,
Et li dus moult grant joie en fist.
Si a dit : « Biele, ne cr&n&,
Mais soiies sage , et si m am& ,
Quen vous ai gaegaiet tel oir,
16315 Ki preus ert et de grant savoir,
Et conquerra tiere et ounour. »
Al main , quant li dus vit le jor,
Par moult grant amour se leva ,
Et puis a l'escohier douna
16320 Tant comme lui vint a plaisir;
Grant riquoisse ot pour lui garir ,
Et bailliu le fist de la vile.
Le provost commanda, sans gille,
Que la damoisiele gardassent
16325 Comme leur cors , et ounorassent ,
Quar tr6s bien et de fi savoit
C'un fil gaegniet i avoit ,
Et li prouyos bien les maintint.
Li dus sourent a li revint
16330 Et la damoisiele engrossa ,
Ki ses mois et ses dis porta;
D'un fil s'a giut, sot non Guillaumes, N.i M .ncedeGuiiuume-
Qui puis porta escus et hiaumes. le-conquw, 1027.
Li dus le fist moult bien norir ,
16335 Et hounourer et cier tenir.
Cis dus Robiers , si com je truis ,
Fu sos, dierves, et sainti puis.
16321 Garir 9 se consoler. moderne accoucher d'un filt.
16331 Dit , jours , le rimeur vent dire qu'elle 16337 Dierves, ensorcele; sainti, se sanctifia.
accoucha a terme. Voy. Miracle de Nottre-Dame et de Robert U
16332 S'a giut (tie jacuit), c'est Texpression Dyable, fih du due de Normendie, d quiil fu
Ton. n. 20
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154
CHRONIQUE
Le due Bobert va en
pelerinage a Jerusa-
lem.
Le dus Robiers dont sa crois prist;
L'arcevesque son pensl dist,
16340 Et ses barons que plus cr&>it,
Que devant lui mand& avoit.
Et devant aus manda son fil,
Ki bien sanbloit homme gen til.
Ass&irer le fist li dus
16345 Ses barons que plus a cr&is.
Et puis fist les princes mander ,
Si leur a fait a tous jurer
Que cil sien fius auroit sa tierre,
Aprils sa mort , sans faire gierre ,
16350 Ne pour gou con le sot bastart.
N'auroit-il sa tiere plus tart.
Caus u plus se pooit fier
A fait li dus son fit garder ;
Et la m&re ot son cuer mari ,
16355 Quar il li douna haut mari.
De son fil leur pria li dus ,
Ki n'estoit fos ne esperdus ,
Et s'en pria le roi de France ,
Et il Ten a fait s&irtance.
16360 Tout esrant dedens le tierc jor
A li dus aquis son atour,
enjoint, pour set meffaiz, qu'il feist le fol sans
parler ; et depuis ot nostre Seignor mercy de li, et
espousa la file de Vempereur; publie pour la pre-
miere fois d'apres un manuscrit du XI F* Steele,
de la bibliotheque du Roi , par plusieurs membres
de la Socie'te des antiquaires de Normandie.
Rouen, 1836, in-8°.
16539-40 A l'archeveque 8a pensee il dit,
ainsi qu'a ses barons qu'il croyait le plus. Rob.
Wace, 1,401, v. 8085 :
Cumunement lur a munstre
Tut son corage e sun pense.
1 6344 Asseurer, reconnaitre comme souyerain .
16350 Bastart, la batardise, comme le re-
marque M. de Martonne , n'etait pas toujours
si peu deshonorante qu'on put s'en glorifier , ou
du moins n'en pas rougir, surtout quand le pere
u'etait pas connu. Toy. v. 16388. Dans le roman
de P arise laDuchesse, on lit, p. 103 :
Si lo claimons bastart et chaiti ct trove.
Mais un pere illustre donnait ordinairement
de l'eclat a rillegttimite.
16353 Haut mari, Herluin , seigneur de Con-
teyille, dont elle eut Eudes, eveque de Bayeux,
et Robert , comte de Mortain.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
155
Et sot ass& or et argent.
Lors si prist congiet a sa gent ,
Son fil et tous proia li preus ,
16365 D'Ewart et d'Aurr^, ses neveus.
Puis s'en ala a B^thleem ,
Et si fu en Jerusalem.
Quant son plaisir i ot est£,
Si rapassa en un est^,
16370 Quar moult ot fet grant astinence;
Mais lues que il vint en Provence,
Del grant travail et de la painne
Fu mors outre Gris-le-Vodainne.
Enti£r& fu a biel siervice.
16375 Dedens la M&re-Dieu eglise.
Si cevalier et si siergant
S'en revinrent, grant dol faisant.
Jusques a Ruem vint la nouviele ,
Qui leur damage renouviele ,
1 6380 Si fisent esranment son fil ,
Qui jure l'avoient tout cil ,
Due et signour de Normendie ,
Que n'i quisent mal ne boidie :
Ne nus de rien ne li gr^va.
16385 Li rois Henris moult Fen aida.
Pour la foiblfece de cestui
Furent Normant en grant anui.
Pour ^ou que bastart le savoient
En grant desdaing trestot l'avoient.
Moil de Robert, 2 juil-
let 1035.
Guillaume-le-Conque-
rant, 1035.
Desordres auxqueh est
livree la Normandie.
16365 D'fiwart... en faveur d*£douard. Voy.
v. 16234.
16370 Astinence, abstinence.
16373 Gris-le-Fodainne. (?)
Rob. Wace , G. de Jumieges et les autres
his tori ens , au lieu de faire revenir Robert en
Provence, le font mourir de poison ou de mala-
die a Nicee. Dans une chronique dont on trouve
un extrait dans le Recueildes Hist, fr., XI, 347,
A, on fait aussi, par une confusion de per-
sonnes , revenir Robert de la Terre-Sainte en
Italic
16373 La Mere-Dieu eglise, la basilique de
S t0 -llfarie a Nicee.
16383 Henris, Henri I".
16388 Voy. v. 16330.
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156
CHRONIQUE
16390 Waukelins, li du8 de F&i&re,
Qui gent avoit et forte et ftere ,
Et li quens de Monfort-sor-Risle
Sentrocirent la en I isle.
Et li quens Gillebiers d'Osmois ,
16395 Et T^roldes, en mains dun mois,
Et Osbiers ki moult fu vallans ,
Preus et sages et biel parlans ,
Furent ocis ks Vaus-de-Ruel.
Li dus Robiers , sans nul orguel ,
16400 A ces III carga son enfant ,
Pour bien garder a son vivant.
Guillaumes de Montgomeri ,
Fius Rogier , j'el sai tout de fi ,
Ocist Osbiert, dont jou dis or,
16405 Ki fu dou linage Gonnor.
Mais a brief tans apri& , de Glos
L'envenima, I siens provos :
Garniers ot non , §ou truis el conte ,
Mais puis en moru-il a honte.
16410 Et Raous , li fius l'arceveske
Robiert , ki fu de fole teke ,
Ocist Terolde et Gillebiert ,
Cou set-on bien tout en apiert.
Apries Rogiers de To^gni
16415 Ot grant desdaing del due ausi.
16590 Waukelins , li dus de Feriere, Vauque-
lin de Ferrieres, sur la Charentonne, eotre
Bernais et Chambrais.
16592 Montfort-sor-Risle, Montfort-«ur-Rille."
16594 OsmotSj Hiemes.
16595 Te'roldes, Turolde.
16596 Osbiers, Osberne , seneehal de Nor-
man die , appele Ober Crepon , dans la Chron.
vulg. de Normandie. Hist, fr., XI, 528, E.
16598 Faus-de-Ruel 9 Rouvenil. Vallis Ro-
doili, dans Guill. de Jumieges, Hist, fr., XI j
57, E.
16402 Guillaumes , il avait un frere appele
Hugues.
16405 II etait (lis d'Herfaste, frere de la du-
chesse Gonnor.
16406 Glos, Guill. de Jumieges l'appelle
Bar no de Glotis propositus. Hist, fr., XI , 57, E.
Ce Barno est nomine" Gamier par Ph. Mouskes.
16414 Toegni, Toue'gni, Toesni.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
157
Si commen?a moult a noissier
Et ses voissins a guerroiier;
Hunfroi de Vielles m&sment
Arst-il sa tiere vistement ,
16420 Et sou vent li fist grant anui,
Mais il envoia contre lui
Rogier de Bielmoot , le sien fil ,
Con tint a preut et a gentil.
S'ocist Rogier de Tou^gni ,
16425 Et ses II fius ocist ausi ,
L'un Herbiert et l'autre Elinant ,
Ensi fu vengies main tenant.
Et Robiers de Grente-Mesnil
I fu navr& en grant p£ril.
16430 Cis Robiers ot HI fius : Huon,
Robiert et Ernaut le felon.
Puis prist Rogiers de Bielmont feme ,
Sacant et biele comme gesme.
Aelis ot non voirement ,
16435 Fille le conte de Meullent;
Suer fu le conte Galeran.
Si en ot II fius en eel an :
Robiert , qui fu quens de Meullent ,
Aprils son oncle longement,
16440 Et l'autre apiela-on Henric,
Ki puis fu quens de Warewic.
Et Ricars, ki fu quens d'Evreus,
16418 Hunfroi de Vielles, Humfredus de Ve-
tulis, Guill. de Jumieges, ubi supra, 58, B.
16422 Bielmont, Beaumont.
16428 Grente-Mesnil, Grentemaisnil.
16431 Ernaut, GuilJ. de Jumieges, ib. 38,
€ : Emaldum, minimum filium suum...
16454 Aelis , Guill. de Jumieges : Adelina.
Adeline, fille de Galeran, Waleran I er ou II,
epousa Roger de Beaumont , qui recueillit la
succession de Meulan , apres la mort de Hu-
gues II , vers 1080.
16436 Suer fu le conte Galeran , Galeran ou
Waleran , second fils du pere d'Adeline ; mourut
sans enfant avant Hugues, son aine.
16458 Robiert, Robert III.
16441 Warewic, Warwick.
16442 Ricars , Richard , fils aine de Tarche-
vdque Robert et d'Harleve.
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158
CHRONIQUE
Lc roi de France exige
la destruction da cha-
teau de Tillieres.
Prist feme ki fu sage et preus ,
Feme Rogier de To^gni
16445 Dont vous av& avant oi;
Et il ert larceyesque fius
Robiert, qui fu auques gen this.
De cesti ot Ricars li preus
Guillaume , ki fu quens d'firreus ,
16450 Et apri& lui, j'el sai de voir,
Le furent longement si oir.
Cil Guillaumes , j'el sai de fit,
Si reprist a feme Hauwit ,
Celi ki fu fille Giroie ,
16455 (Moult fu sa^ans et biele et qoie)
A Robiert de Grente-Mesnil.
Normant k force furent cil.
Li rois Henris adont manda
Le due Willaume , et commanda ,
16460 Se Tulieres ne li rendoit ,
Que jamais a lui pais naroit ;
U il abatist le castiel ,
Ki fais estoit par grant r&riel.
Moult des Normans , j'el sai de fi ,
1 6465 Se traisent au roi par afi ,
Et il entra en Normendie .
A moult tres grant cevalerie.
S'asist le castiel de Tuli&res
A mangonniaus et a pieri^res.
16470 Et Gillebiers Crespins estoit
16447 Qui fu auques gentius , tout a l'heure
l'auteur a (lit qu'il fu defole teke, Voy. v. 16411.
16453 Hauwit, Helvise.
16454 Giroie, Helvise, suivant YArt de veri-
fier les dates , etait fille de Guillaume I cr , comte
de Never*. Guill. de Jumieges qu'a suivi Phi-
lippe Mouskes, l'appelle filiam Geroii. Ce Geroi,
selon Guill. de Jumieges , tirait son origine d'une
uoble famille francaise et b re tonne. II eut sept fils
et quatre filles ; enumeres par ce chroniqueur,
Hist, franc., XI, 41 , B, C. Quant a Helvise, elle
etait veuve de Robert de Grentemaisnil ou
Grandmaisnil.
16463 Re'viel , acte d'insubordination.
16469 Avec mangonneaux et pierriers.
16470 Gillebiers Crespins , Gillebert Crespin,
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DE PHILIPPE MOUSKES. 159
Dedens et le castiel gardoit.
Li dus Guillaumes al roi vint ,
Et taut entr'aus II si convint
Que Gillebiers s'en est issus,
16475 Et li castiaus fu abatus .
Et la vile arse, et fu jur£
D'ambes pars et ass^ur^
Que de V ans , a tort n'a droit ,
Li castiaus refais ne seroit.
16480 Aprils ne passa mie I mois, TO m« ain s'Ime m t1« H iM
Que Gostains , ki fu quens d'Osmois , Francis.
Pour 90U k'il vit le due enfant
Et que sa tiere aloit perdant ,
Au roi Henri de France ala
16485 Et tout esrant l'ass&ira ;
Et tant a le roi enort^
Qu'il sont en Normendie entr£.
Argentom ont ars et brui
Et la gens toute s'enf u'i ,
16490 Et puis, contre son sairement,
Ferma Tuli&res esranment ,
Et i mist li rois garnisson ;
Puis viunt soujorner a Noion.
Et ceste guerre proprement
16495 Faisoient al due si parent,
Et tout en desdeng le tenoient ,
Pour qou que bastart le savoient.
Adont moru li rois Konus ,
Qui des Danois ert bien connus.
16500 I fil bastart avoit, Heraut,
Ki de proaiche ot le cuer haut.
comte de Brionne , parent et tuteur dujeune due. 16488 Argentom , Argentan.
16481 Gostains, Toustain, Turstenus , cogno- 16496 Desdeng, detain.
mento Guz , Ausfridi Dani filius. Guill. de Ju- 16500 Heraul, Harold ou Harald I", fils de
miegea, Hist. /r., XI, 59, C. Osmois, Hiemea. Kanut et d'Algive, sa femme ou concubine.
Harald I, roi d'Angle-
terre, vers 1037.
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160
CHRONIQUE
Alfred debarque en
Anglcterre
11 est accueilli et trahi
par Godwin.
Celui ont Danois couroun£
Et de la ti&re ass£ur£ ,
Quar li enfant le roi Konut,
16505 I&rent encor jov&ne et menut,
Et Eteraus iert hardis de gierre ;
(Et) si li ont cargte la tiere.
Ewars , li fius le roi Eldr£ ,
Ki moult iert bien cr&ns en D^ ,
16510 L'oi dire, si l'em pesa,
Cevaliers prist , la mers pasa ,
Droit a Hanstone vint a port,
Et s'ot avoec lui grant effort
De gent , que ses cousins li dus
16515 Guillaumes, ki moult ert cr&nus,
Li ot cargtes pour la aler.
Mais Danois oirent parler
De leur venue , et s'amaserent ,
Encontre E wart al port alerent ,
16520 Ki toute la marine ot arse.
La gent iert fuioite et es parse.
A aus se mesl&rent Danois ,
Mais Ewars n'i perdi II nois,
Es n&& remest sa gent hardie ,
16525 Si rapassa en Normendie.
Aurr&, ses fr&res , li mainsn& ,
Ki moult iert vistes et sen& ,
En Engletiere puis ala.
Gondonies , ki quens estoit la
16530 D'Eurewic , et li plus poisans
D'Engletiere , et li plus sa$ans ,
16508 Eldre, Alfred ou Elbelred II.
16510 Si Vera pesa, cette nouvelle lui pesa.
16512 Hanstone, Southampton. Guill. de Ju-
mieges : Cum XL navibus milite plenis superato
mart, Hanlunam appnlit. Hist, fr., XI, 40, B.
16529 Gondonies, Rob. Wace 1'appelle Gwine.
16550 Eurewic, York. « Godwinus , Cantiee
comes magnanimus , per Angliam terra marique
habebatur. » Ex Eadmeri Cantuar. monacki hist,
novorum, libro I. Hist, fran$ais, XI, 192, A.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 161
Reciut Aurr£ moult lament
Et hierbeja lui et sa gent.
Quant orent mangi^ et bin.
16535 Gondonies na plus atendu;
Aurr^ et tous les siens fist prendre ,
Et tout esrant, sans plus atendre,
Au roi Heralt les envoia ,
U trop malement l'asena ,
16540 Quar toutes ses gens li tua ,
Et tant sour lui s'esviertua ,
K'il fist Aurr^ ses ious crever
Et apri& les coulles colper.
En l'ille de Lu le tramist
16545 Et la en sa prison le mist.
Mais il n'i manga ne ne but ,
Si comme cil ki morir dut.
Trois ans vesqui rois Eteraus puis, Morl dH »rtidi, 1040.
Et dont mora, si com jou truis.
16550 Archedenus ot le r£gn£,
De par la mere frire Aurr^
Et fr&re Ewart , qui d&iist iestre
Rois , comme preus et de bon iestre.
Archedenus iert fius Konut ,
16555 Ki le droit oir ot desconnut,
Et si ot leur m&re espous^e ,
Ki d'Aurr^ fu forment ir&.
Petit apri& , jou ne sai plus , juin 1042.
Fu mors cil rois Ardecenus.
16560 £wars fu rois, qui mand& ire, idoutrd m, <ut ie
Et pardouna la mort son frere,
Et si espousa, par essoune,
16555 Et plus haut Gondonies, lisez Gon- 16544 En V{Ue de Lu, h&\y, dans le comte
done* , pour la mesure. de Cambridge.
16545 Cette circonslance n'est pas dans Rob. 16550 Archedenus, Ardecenus, Hard-Knut.
Wace, 11 , 67, v. 9858. 16562 Essoune, par forme d'amnistie.
Tom. II. 21
Confesseur.
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162 CHR0N1QUE
La fille a eel eonte Gondoume,
Ki son frere avoit rec&i
16565 Et puis Tot ensi d&&i,
Com vous av& devant oit.
Ne Ten avoit point esjoit ,
Quar sa feme tant enhaoit
Que a li g&ir ne voloit.
16570 Cele a son p£re le conta,
Et li quens encor li c^la ,
Pour (ou que d'Aurr^ li menbroit
Qu'al roi Heralt tramis avoit.
Un jour cevau£oit rois Ewars
16575 Par Eagletiere, en uns essars,
Et li quens Gondomes o lui ,
Par qui Aurr^s ot eel anui.
Uns gar^ons devant aus trota ,
Ki dun piet forme at se hurta ,
16580 Que poi failli qu'il n'est keus,
Mais de l'autre piet s'est tenus.
Li quens Gondomes ki le vit,
Oiant le roi Ewart , a dit :
« Gar?on , gar^on, bien le saci&,
16585 Ot teut mestier li autres pi& ,
Tout ausement eomme doi frere ,
Qui sont d'une m&re et d'un pire. »
Quant li rois Ewars l'entendi ,
A Gondone si respondi :
16590 « Ausi m'&iist mestier mes fr&re,
Ki fu de mon p£re et ma mere ,
Aurr^, con ocist a mis&re,
Ki moult vallans et sages &re. »
16565 La fille, Rob. Wace Fappelle JSdif, allusion en troia vers , II , 102, v. 10598.
e'est-a-dire fidithe. 16575 £ stars, champ inculle, broussailles,
16574 Un jour Rob. Wace ne raconte essar(tum).
point cette anecdote, a laquelle seulement il fait 16576 Gondomes, Gondone , Godwin.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 163
Quant Gondomes l'a entendu ,
16595 Si en a moult grant honte &i,
Quar il pensa , sans contredit ,
Que li rois l'avoit pour lui dit.
Mais n'en fist ciere ne sanblant.
A leur ostel vinrent anblant.
16600 Aparilltes fu li mangiers;
Et ils s'asisent sans dangiers.
En dementiers que il mangoient ,
Et de moult de coses parloient ,
Li quens s^oit devant le roi.
16605 « Sire, dist-il, entend£s-moi ;
Bien sai que vous me mescr&s
De vo fthre ki fu tu&.
Mais trestout ausi voirement
Puiss^-jou mangier sainnement
16610 Cest morsiel de pain que je tieng,
Que par effort ne par engien
N'euc coupes en la mort vo frftre ,
Ne adonques d'Eralt bien n'&re ,
N'adont ne or ne m'en fu biel. »
16615 Lors sainna li rois le morsiel
De cuer et de proii&re douce ,
Et li quens le mist en sa bouce ,
Si f u esranment estrones ,
Voiant le roi, ki fu dales n
16620 Qui lesgarda moult yolentiers.
(Jou fu li miracles premiers
Que Dieux fist pour le roi Ewart ,
16598 Ciere , mine. On dit encore faire bonne 16611* Sainna, Rob. Wace , II , 102 , 10598 :
chire a quelqu'un.
16599 Anblant, en allant ramble, l'entrepas. *T h jo sai "* *' a ••««««**
nr, . , D un morsel ke li rois cAJfc-na
16618 IV euc, je n eu«. A riflBie (reWo/l| banquet) d II mting..
1661 3 Je n'etais pas Fagent dHarald et n*ai ja-
mais^ nine suiscoupablede cedont on m'accnse. 16619, Dales, aupres.
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164
CHRONIQUE
Toiutain, vicomled'Hie-
raes, se souleve con t re
le due de Normandie.
Mauger, archeveque dc
Rouen.
Ki puis fu sains en son eswart.
Gostains li Gois, li quens d'Osmois,
16625 Se torna dooques en eel mois
Contre le due en Normendie,
Et si a Faloise garnie.
Mais li dus Guillaumes lasist,
Sa tiere arst et Faloise prist,
16630 Et Ricars , ses fius , l'acorda
Al due son p&re ki lama ,
Et li rendi toute sa tiere ,
Car il Feut bien siervi de gierre
Et l'enaida moult d aciever ,
16635 Quant Normant li vorent graver.
L'arcevesques Robiers mora;
Et Maugiers arcevesqes fu,
Ki frere f u le due Robiert ,
Ki moult hai faus et cuviert;
16640 Quar Ricars, ki fu fius Gonnor,
Dont jou vos dis le parage or ,
Quant Judis, sa feme, moru,
Ki suer le conte Jofroi fu ,
Si reprist Papie a moullier ,
16645 De qui il ot cest fil Maugier,
Et Willaumes d'Arces ausi ,
A qui li dus . j'el sai de fi ,
Douna la cont^ de Taillou ,
16625 Eswart, euegardala regulariledesavie.
16624 Gostains li Gois, Toustain Goz ou Guz.
16642 Judis, Judith.
16644 Papie, ou Popie.
16646 Arces, Arques. Voy. v. 14967.
Le chateau d' Arques fut d'abord eleve* au
XI e Steele par ce m£me Guillaume, oocle du
conquerant 5 mais Henri I er fit reconstruire le
donjon et une partie des murs d*enceinte. Quant
a la ville d'Arques, elle existait des le IX e siecle.
M. A. Le Prevost a £numere, dans le premier
volume des Archives de la Normandie , les faits
historiques qui se rattachent au chateau d' Ar-
ques. Nous renverrons en outre a la cinquieme
partie du Cours d'antiquite's monumentales de no-
tre savant confrere et ami M. De Caumont,
pag. 227-230 ; voy. l'extrait de ce volume insert
dans la Revue anglo-normande de M. De La
Fontenelle de Vaudore\ IV, 212-15.
16648 Taillou, Taillou, Tel I a u (Tallogium,
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DE PHILIPPE MOUSKES.
165
Cil Guillaumes, apri& I pou^
16650 Contre le due s'enorguelli ,
Et de guerre moult l'aquelli.
Si fist contre lui , sans esgart ,
I castiel el mont de Boussart ;
Et de sa gent et des Henri
16655 Le roi de France le garni.
Mais li dus Guillaumes adont
Fist I castiel au pte del mont ,
Et cil dedens, sans demorance,
Manderent le secors en France.
16660 Et li rois i vint a gent grande,
Pour remaitre el castiel yiande.
Li dus Willaumes esranment
Leur a fait I enbussement ,
Et Francois les ont perc&is ;
16665 Si les ont a force seus.
Et cil sor aus se retornerent,
A $aus de France se mesl£rent.
La f u ocis , par tele ghille ,
Li quens Engorrans d'Abevile,
16670 Et Hues Bardous i fu pris;
Dolans en fu li rois Henris.
Non pour quant le castiel ensi
Tout a force bien regarni ;
Mais Guillaumes, par son reviel,
16675 Rendi puis al due le castiel,
Et si s'enfuirent en France
Guillaume d'Arques ,
oncle du due, se de-
clare anssi contre lui,
1053.
Talogium) comte dont Arques &ait la capitale
et qui finit par prendre le nom de cette ville.
16653 El mont de Boussart. Guill. De Jumie-
ges : Castrum Archartim in cacumine ipsius
mentis condidit... Hist, ph., XI, 59, D, £.
16654 Des Henri, des gens de Henri.
16661 Remaitre el castiel viande, ravitailler
le chateau.
16663 Enbussement, embuche. Rob. Wace :
aguait.
16665 Sens, suivis, poursuivis.
16669 Engorrans d'Abevile, Enguerand II ,
comte de Ponthieu , fils de Hugues II.
16670 Hues Bardous, en latin Hugo Bardul-
phus, seigneur de Pithiviers.
16674 Reveil, par son audace.
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166
CHRONIQUE
Guillaume Talevu.
Ses cruautes.
Ge>o»e.
II et sa feme, pour doutance ;
Suer fu le conte de Ponti.
Et puis s en alerent d'enki
16680 Al conte Estase de Boulogne,
Ki moult li fist de sa besogne.
Guillaumes Talevas fu preus,
Mais trop estoit fel et crueus ,
Quar il fist, a I aviesprer,
16685 Heudebours, sa feme, estranler,
Pour sou qu'ele li reprouvoit
Les cruautes que il faissoit.
Et si reprist a feme adont
Fille al visconte de Biaumont.
16690 Ses noces a Alenchon fist.
Et dont si reproia et quist
A Guillaume , le fil Giroie ,
Qu'il fust od lui ; cil li otroie
Gomme cil ki rien n'i douta;
16695 Mais sa felonnie monta.
S'el fist prendre et les ious crever ,
Et n& et orailles colper :
Et cil se rendi en la fin ,
Moines fu al Biec-Herluin .
16700 Gom cil ki n'ot cure de joie.
Voirs fu que ses peres Giroie
Fu de grant linage de France:
S'ot en la ti&re grant poisance
Et a preut tenoit-on lui-mesme.
16678 Ponti, Ponthieu.
16680 Estate, Euslache.
16682 Talevas, fils cadet de Guillaume de
Belleme. G. de Jumieges, VI, 10.
16684 Aviesprer , soir.
16685 Heudebours, Hildeburge , fille d'un no-
ble personnage appele* Arnoul ou Cudefort.
16689 Biaumont, Raoul ou Rodolphe, vi-
comte de Beaumont.
16691 Reproia, pria une seconde ibis, pria
avec instances reiteY^es.
16695 Monta, peut-etre au lieu de montra.
16698 Cil, Guillaume, fils de Giroie.
16701 Giroie, Guill. de Jumieges le dit filius
Ernoldi Grossi de Corte-Setaldi. Hist, ph., XI,
41, B.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
167
16705 II et Guillaumes de Bielesme,
Ki moult ot estet eskaci^s ,
Vinrent al due, bien le saci&,
Et li dus tiere leur douna ,
Et Giroie si raaria
16710 Li dus, et li douna Gillain,
Ki fu d'Osmois fille Gostain.
De cele feme ot-il VIII fius ,
Vallans et sages et gentius ,
Robiert et Guillaume et Foucon,
16715 Renaut, Giroie, Ernaut, Huon,
Et quatre filles : A&is ,
Jerenbourc, Emain et Haw is.
Ces linages taut s'alia ,
Et accrut et monteplia ,
16720 Qu en Engle tiere s'espandi ,
En Sire, en Pulle, en Trace ausi.
Et si caci&rent en essil
Talevas et Jernoul , son fil ;
Mais Jernous trest, j'el sai de fi,
16725 A Rogier de Montgoumeri ,
Ki li a doun^e sa fille ,
Qui biele fu , sot non Mabile.
Et pour cou k'il le sot moult sage,
Li otria son yretaghe ,
Enfans deGeroie.
Guillaume Talent est
chasse par sou fil*
Arnoul.
16705 Bielesme, Guillaume, fils d'Yvon.
16706 E shade's, reduit a peu de chose.
16708 Tiere leur douna, Geroie obtint Mon-
treuil et Eschau flour.
16710 Gillain , Gisile.
16711 Gostain , Toustain de Montfort.
16712 Fill fius, e'est-k-dire sept.
16714 Foucon, Guill. de Jumieges : Fulconis.
16715 Renaut, le meme : Rodulpkus Mala
Corona.
16716 Aelis, Adelaide.
16717 Jerenbourc , Heremburge ; Emain, Em-
ma ; Hawis , Had visa.
16721 Sire, Syriej Pulle, Pouille. Tous ces
details sont tires de Guill. de Jumieges , VI , 11.
16724 Jernous. Ici les evenemens et les per-
sonnes sont confondus. Guill. Talevas, chasse par
son fils Arnoul , se refugia pres de Roger deMont-
gommery, a qui il offrit la main de sa fille Mabile.
16728 Moult sage. Ph. Mouskes fait encore
dependre se$ eloges de la rime. Arnoul etait si
sage qu'il avait depouilte et chasse 1 son pere.
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168 CHRONIQUE
16730 Dont ses fius l'ot moult travilli^
Ernous qui I'avoit exillil.
De cele Mabile ot Ernous
V fius vallans et biaus et prous ;
Rogier et Robiert et Huon ,
16735 Et puis Ernoul et Phelippon;
S'otfillesIIII, une S&ile,
Enmain et M&aut et Mabile.
Ernous , li fius eel Talevas ,
Guillaume , qui dous ne hi pas ,
16740 I jour sour la ti&re pr&it
Et prist le pore dune recluse,
Qui , pour la gierre , s'iert repuse
En sa capiele, en I saint leu.
16745 Ne volt eel pore rendre pour Deu ,
An$ois le manga par deduit ,
Mais il en estranla la nuit.
S'ot la r&luse de Iui pais
Et le vesques Yve de Sais,
16750 Ses oneles, en ot le eastiel
De Bielesme moult fort et biel ,
Et si fist pais as Giroains
Qui de mort le haoient ains.
Cele pais fu moult bien tenue ;
16755 Adont moru le vesque Hue
De Baoies, ki moult savoit.
Fius le conte Raoul estoit.
Li dus Williaumes li dona
La vesqute toute , et assena
16752 Ot E rnout , e'est-a-dire Rogier. 16745 Repute, cachee, retiree.
16755 Phelippon, Philippe. 16749 Le vesques.... de Sais (Sagiensis epis-
16757 Enmain Emma, Mathilde, Mabile copus), l'eveqne de Seez.
et Sybille. Hist, fr., XI , 42 , £. 16752 Giroains , la famille de Geroie.
16740 Pre'oit, butinait.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
169
16760 A I Doon, Id fu ses frere,
D'un haut home, de par sa mere.
Gil yesques Do fu de bon fame ,
Et a la glise nostre Dame
De Baio&s fist moult de biens :
16765 Pour son avoir n'i failli riens.
Uns ni& le due Willaume apri& ,
Guis ot dod , preus fu et engri& ,
Fius conte Renaut de Bourgogne;
Et, par desdaing et par viergougne,
16770 Ajousta a soi, par engin,
Nigel, conte de Coustentin.
Et si tenoit del due grant ti&re ,
Dont il n'avoit tence ne gierre.
Sour Olne, une aigue bien corant,
16775 Cil Guis a trest de Normans tant ,
Que li dus la ti&re guerpi ,
Quar il n'ot triuwe ne respi.
Al roi Henri s'en vint en France ,
Ki par pitie , sans demorance ,
16780 Ala sour aus et combati,
Les anemis le due venqui
A Valougne , et moult en tua
Et grantment en Olne en noia.
Si Tint li quens Guis a mierci;
16785 Li dus sa ti&re li rendi.
Odon, eV&jae de
fiayeax.
Aerolte de Gay de
Bourgogne et de
Neel de Coteniln.
BaUilie de Val-def-
Danei, 1047.
16760 Boon, Do, Odon, fils d'Harlette et
d'Herluin on Herlevin ; seigneur de Conte-
ville.
16766 Ifie's, cousin. En flamand on designe
par le m&me terme un cousin et un neveo.
16767 Guis , Guy , fils de Renaud I w et d'Alix,
avail recu du due Guillaume , Brionne , Vernon
et les terres qui en dependaient. Guillaume de
Jumieges Fappelle JPUo. Hist, fr., XI, 45, B,
voy. Rob. Wace, II, 19, v. 8754 et suiv.
Tom. II.
16771 Nigel, Ifigellus Conslantinientisprcrses,
dit Guill. de Jumieges. Rob. Wace le nomme
If eel de Costentin.
16774 Olne, Orne.
16777 Triuwe, treve.
16782 Valougne, Yal-des-Dunes, Valedunm,
entre Caen et Argentan. Rob. Wace, II, 28;
Chron. vulg. de Normandie, Hist, fr., XI, 355,
D. Le comte de Flandre se signala dans cette
journee.
22
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170
CHRONIQDE
Thibaud III, comte do
Blois, prisonnier de
Geoffroi II , comte
d'Anjon, 1044.
Jofrois Martiaus , li quern d'Ango.
Le guerroia apri& I po ,
Et si prist le conte Titibaut
De cele guerre sans asaut,
16790 Et taut le tint k'il li rendi
La chit£ de Tours k eel di ,
Et castiaus autres, ne sai quans.
Si guerroia moult des Normans
Et prist Danfront et Alen$on ,
16795 Et les guarni par con tendon.
Mais li dus Guillaumes asist
Danfront et breteskes i fist,
16786 Jofrois, Geoffiroi II , dit Martel , ills de
Foulques III, surnomme le Noir, ne le 14 octo-
bre 1006, succeda a son pere dans le comte*
d'Anjou , en 1040.
16792 Ne sai quans. II en couta pour rancon
a Thibaut la ville de Tours , moins Tabbaye de
Marmoutier , les villea de Langei et de Chinon ,
avec leurs dependances , et la reserve de la mou-
vance envers le comte de Cbartres ou de Blois.
16794 Danfront, sur ce chateau et celui de
Falaise , et en general sur ceux de la Norman-
die, on ferabiende recourir au Court d'antiqui-
te't monumentales de M. De Caumont. Voyez
specialement torn. V, pag. 177-179. Consultez
en outre M. Caillebotte , historien de Dom front.
AUncon. Le chateau d'Alencon fut fonde au
X e siecle , par Yves de Belleme $ mais la forte-
resse, dont trois tours sont encore debout, date
des XII e , XUI e et XV e siecles. Un donjon, ren-
verse* en 1784, etait Touvrage de Henri I cr , roi
d'Angleterre. Odolant Desnos , qui a donne avec
soin toutes les dates de ces constructions dans
son Hitioire d'Alencon, y a joint un plan de-
taille de l'ancienne forteresse. Le rapport de
H. Galeron sur les monumens historiques de
rarrondissement d'Alencon , insere au torn. IX
des Memoiret de la tocie'te det antiquairet de Nor-
mandie (1835), pag. 1-49, est orne de trois
planches representant : 1° une des portes du
chateau d'Alencon ; 2° une vue de ce chateau a
l'interieur ; 5° enfin sa grande tour et des restes
de constructions.
16797 Breteslet , ouvrages soit pour l'atta-
que , soit pour la defense. Catiella lignea, dit
Du Cange , quibus cattra et oppida muniebantur,
mais nous ne pensons pas que cette matiere
(lignea) fut indispensable , quoiqu'on lise dans
Rob. Wace :
Entour ont bretesckes levees
Bien plancbiees et quernelees.
Rob. Wace, II, 49, v. 9426:
Treix cliastels fist fere environ.
Et plus loin , 88 , v. 9629 :
Li berteseftes en fist porter ,
▲ Aubrieres ( Ambrieres) les fist lever.
Ce que la Chronique vulgaire de Normandie
explique ainsi : Et apres ee fist prendre tout le
marrien det chattel et garitet , (et) det pattis
qu'il avoit fait faire devant Dan/front pour le
siege et let fist porter a Ambicrez , en la froniiire
de la terre. Hist, ra., XI , 337 , D.
On disait autrefois : cette ordonnance a *5te*
publiee a la bretesque de la ville, e'est-a-dire
d*un lieu eleve, destine a de semblables promul-
gations.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
171
Et puis revint a Alenchon.
S'asist le castiel environ ,
16800 Et cil dedens, ki moult fort erent,
Le laidengi&rent et clamerent
Bastart, et, pour lui faire anui.
Si batirent pardevant lui
Pennes d'agniaus ainc l'anuitier
16805 Et s'el clam&rent peletier.
A lendemain , par conten$on ,
Fist assaillir $aus d'Alen$on;
S'es prist a force et sans tender,
Et pi& et puins lor fist trencier,
16810 Et crever les ieus de lor front.
Et puis s'en ala a Danfront,
A force prist tour et castiel ,
Lor gens n'i valu I gastiel ,
Tous les ot et mist en prison ,
16815 Et moult lor fist de mesproisons.
Si com il orent d&iervi ,
Li dus Guillaumes les siervi.
Dont exilla, ce truis el conte,
Dus Willaumes Werlenc, le conte
16820 De Mortuel, pour ?ou k'il ot dit,
Et par outrage et par mesdit ,
A I chevalier baceler,
Ki , par poverty , vot aler
Droit em Pulle , a Robiert Wiscart ,
16825 K'il n'alast mie cele part,
Quar dedens VIII jors poroit-on
Sieges d'Alenfon et de
Domfront.
Guillaume de MorUin.
16803 Si batirent.*,. Pellet enim et renonet
ad injuriam duett verberaverant , iptumque pelli-
ciarium detpective vocitaverant, eo quodparentet
matrit ejus pelliciarii exstiterant. Guill. de Ju-
mieges dans le Recueil det Hist, fir., XI , 44, B.
16804 Ainc l'anuitier , avant la nuit. Ces mots
sont amenes par le besoin de la rime.
16819 Werlenc, Guillaume surnomme' Wer-
lenc , descendant du grand Richard. I] etait comte
de Mortain (Mortuel).
16822 A I chevalier. II se nommait Robert
Bigot, suivant Gail, de Jumieges. Hittorient
franc. , XI , 44, C ; et Recueil de Camden ,
pag. 657.
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172 CHRONIQUE
Prendre partout en abandon
En la ti&re le due Guillaume ;
Quesist destrier , escut et hiaume.
16830 Pour eel dit l'enka$a li dus,
Qu'ainc puis li quens n'i fu v&is.
Empri& l'aoust, ee dist l'escris ,
Vint a grant gent li rois Henris
En Normendie , et fu od lui
16835 Jofrois Martiaus., pour faire anui.
Mais li dus fist s'ost acesmer,
BaUille de Jrforteroer, , , n « «-
]'«n 1254, aYant le o es aesconn a JMortemer ,
c * rcmc# Pri& de Brenyile, et moult en prist,
Quar a I destroit les sou prist.
16840 Et puis ferma li dus Bretuel,
Contre Tulteres, par orguel,
Que tolut li ot rois Henris.
Fors fu Bretious et bien garnis.
A Guillaume , le fil Osbiert ,
16845 Con ne tenoit mie a bobiert,
Le carga li dus a garder,
Pour ses afaires regarder.
Cis Guillaumes fu moult preudom
Et loiaus et de buen renon.
16850 II et li dus, sans desfiance,
Combatirent al roi de France ,
Al gu£s de Dive , et desconfi
Tous les Francois , j'el sai de fi ,
Le roi <fe France pa SfC Voiant le roi qui , d'autrepart ,
16855 Iert outre l'aigue en lor esgart,
Et Jofrois Martiaus iert o lui.
16833 Henris, Henri I". 16840 Bretuel, Breteuil , dans le departement
16837 Mortemer, Mortemer-snr-Eaulne, ar- de FEure.
rondissement de Nenfchatel et non pas Morte* 16843 Bretious, cette forme est le nominatif
mer-en-Lyons. de Bretuel.
16838 Brenvile, Brainville. 16832 Al gue's de Dive, a Varaville.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
173
S'en avoient moult grant anui,
Quar li flos de la mer montoit,
Si que nus passer n'i pooit.
16860 Petit apri& se concorda
Li dus al roi , et amenda
L'uns a I'autre , et li rois rendi
Tiulieres au due; s'el garni,
Et Guillaume garda Bretuel ,
16865 Si qu'ains li rois ni torna 1'ueU
Et puis ot-il , par son esfbrt ,
La contr^e de Herefort,
Que dus Guillaumes li douna
Quant Engletiere conquesta ,
16870 Et grant partie de la tierre
Li douna-il a cele guierre ,
Quar de lui aidier fu engri&,
, Si com tous en oris apri&.
Puis l'ocist Robiers li Frissons
16875 En Flandres, si com nos lisons.
Jofrois Martiaus tant guerroia
Le due , que moult Ten anoia.
Sour lui ala , si prist le Mans ,
Quar il ot force des Normans ,
16880 Et prist le castiel de Maiet
Dont il li ot maint anui fet,
Quar c'iert sa d& et ses mantiau*.
Dolans en fu Jofrois Martiaus.
Mansiel ne Torent plus sofrir
16885 Desous les Normans a g&ir ;
Si fisent signour, par destrece.
D'aus tous Elie de la Flece
La pair se letablit en-
tre le roi de France
et le due de Nor-
mandie.
Demeles de Guillaume-
le-Conquerant et de
Geoflfroi Martel.
16865 L'uel, Toeil.
16878 Ala, Guillanme alia.
16880 Motet , Meduanum casteUum, le cha-
teau de Mayenne, dont le seigneur s'appelait
Geoffroi. II y a cependant dans le Maine un en-
droit appele Mayet .
16887 Elie de la Flece, tilie de la Fleche , fils
de Jean de Baugenci, seigneur de la Fleche , et
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174
CHRONIQUE
Le due de Normandie
epouse la fille du
comte dc Flandre.
Et li donn&rent, en apiert,
Une ni^ain conte Hierbiert
16890 Del Mans, de sa fille lainsn^e,
Qui avoit estet marine
En Lombardie, a 1 haut ome;
Mais Testore pas ne le nomme.
Et li dus n'el Tot endurer;
16895 Si fist sa gent sor aus aler.
Mais Elie al due s'aeorda ,
A son plaisir li amenda,
Ensi qu'Angevin et Mansiel
Se tenroient a I apiel ,
16900 Et Norman t seroient par aus,
Quar il no rent leur para us.
Lors se volt li dus marier,
Pour ses amis emparenter
Et pour soi mesmes enforcier.
16905 Si avoit oi anonchier
Que li quens de Flandres avoit
Une fille qui moult savoit
Et moult estoit biele et vallans ,
Sage, courtoise et bien parlans.
16910 De la fille le roi Robiert
Estoit cele , bien m'en sai ciert.
arriere-pelit fila d'Herbert £veille-Chien , devint
comte du Maine en 1090. Or , Guillaume-le-Con-
querant avait cease de vivre en 1087. Cest done
par anachronisme que cet evenement est place 1
sous son regne , il faut le mettre avec Guillaume ,
de Jumieges, sous Robert Courte-Heuse. Hist.
fr. f XI, 85 , C; et Camden , pag. 672.
16890 De sa fille Vainsne'e, Hersende ou Ger-
sende, fille d'Herbert I er , £veille-Chien , femme
de Thibaud HI , comte de Blois , puis d'Azzon ,
marquis de Ligurie.
16900 En 1149, Geoffroy Plantagenet reunit
|a Normandie a l'Anjou et au Maine. Helie de la
Fleche &ait decide* depuis environ 59 ans.
16901 Pour retablir la mesure , lisez :
Quar il n'orent pas lenr paraus.
16910 Mathilde de Flandre avait pour pere
Baudouin V, et pour mere Constance, fille du
roi Robert. Rob. Wace , II , 58. v. 9636.
Par cunseil de sa barunie
Prist uoo fame de haut lin ,
En Flandres, filJe Balduin,
Niece Robert, li roi de France ,
Fille soe fille Cunstance;
A maint noble home fu parente ,
Mahelt out non , mult bele e Rente.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
175
Ses peres I'amoit durement ,
Et 8a m&re tout au semen t.
Vierg Boulegnois estoit yenus
16915 Al conte a parlement li dus.
Si ii a sa fille rouy^e ,
Pour ?ou qu'ele ert preus et sen&.
Li quens Bauduins respondi :
« Sire dug , oi& que jou di ,
16920 Par la foi que jou doi S'.-Pi&re,
Je suis moult li& de grant paani&re
Que ma fille votes avoir ;
J'ai tiere ass& et grant avoir,
Si en aur& a vo plaisir.
16925 Et bien saci^s, n'el quier taisir,
La m&re l'aimme plus que rien ,
S'ele Potrie, j'el voil bien. »
A tant s'en est partis li dug.
Li quens est a Lille venus ,
16930 Sa feme a la raison mostr^e
Com li a sa fille rouy&.
La damoisiele yint avant,
Si leur respondi maintenant :
<( J'aim mious estre nonne vel^e
16935 Que jou soie k bastart doun&. »
Li quens en fu moult a'ir&.
« Si iert, fait-il, com vous dir&. »
Uns chevaliers esrant monta,
Al due eel afaire conta ,
16925 Tatter, taire.
16952 La damoisiele... Particularity qui ne
sont pas dans Guill. de Jumieges, guide habituel
de Ph. Mouskes. Ge r£cit, dont la couleur a
quelque chose de romanesque et de fabuleux ,
est reproduit dans la Chronique de Tours, ainsi
que dans une ancienne Chronique vulgaire,
citee par les auteurs de VArt de verifier Us da-
tes, d'apres un MS. de S'.-Germain-des-Pres ,
n° 159. Les expressions sont souyent identiques.
M. A. Le Prevost est porte a croire que la Chro-
nique de Tours a place trop tard l'epoque du
mariage de Guillaume et de Mathilde , en le rap-
portant a l'annee 1055 (1056), et remarque qu'il
en e'tait deja question des l'annee 1049. £dit. du
Roman de Ron, II , 58, note 5, 195, note 4.
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176
CHROMQUE
16940 Et la damoisiele acusa
De 90U qu'ele le refusa.
Quant li dus sot la vfrit^
S'en ot al cuer ire et yiut£.
Tout droit a Lille vint I jour ,
16945 U la puciele ert k soujour.
Et la mere i fu entresait,
Et li quens i tenoit I plait.
Li dus al perron descendi ,
Et sa gens aluec I'alendi.
16950 La damoisiele ert en la sale ,
Ki n'iert mie laide ne pile.
Li dus, ki qu'en &iist bon gr&,
S'en vint tot amont les degr&.
La damoisiele, quant le voit ,
16955 Od sa mire encontre venoit.
Li dus par les traices le prist ,
Ainc qu'autre raison li desist.
Si l'a jus k ses pi& gi&ee ,
Et as esporons debout^e .
16960 Et de puins et de pies batue,
Si que poi faut que il n'el tue.
Et de ses hueses embo&s ,
Qui grandes estoient et \6e$
Et del tai d'ivier cunchii&,
16965 Le ddbula plus de VII fi&,
Qu'ainc pour sa mere n'el laissa.
Lors descendi, si remonta,
De la vile sen est issus,
Qu'ainc de rien n'i fti esperdus.
16943 FtW, mepri8,siiivant Roquefort.
16956 Traices, treasea. Cette action brutale
revele toute la barbaric dea moeura de ce aiecle.
16962 Hueses emboees , dea bottinea couvertes
de boue.
16964 Del tai d'ivier cunchiiet , et aouilleea
de la fange de Fhiver.
16965 Fies, foia.
16969 Avant qu'on y put rien aavoir de ce
qui yenait de ae paaaer.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 177
16970 Boins cevaus orent, si s'en vont.
Les nouvieles venues sont
A son pere , qui tenoit plait.
Si fu trop dolans de eel fait ;
Mais il iert a si poi de gent
16975 K'il laisa la cose ausement.
Quar il sot l'uevre et la gille ,
Que li dus Tot fait pour sa fille ,
Ki l'avoit bastart apiele ,
S'ot l'outrage renouveli.
16980 Petit apri& se racorda
Li dus al conte , et amenda
L'outrage que il en ot fait ,
Et li pardouna le mesfait*
Al due moult d&oinairement.
16985 Et il dus moult courtoisement
Li dist que sa fille prendroit,
Se li quens donner li voloit.
Li quens Bauduins respondi :
« Sire, g'en parrai, j'el vous di ,
16990 Et si ferai tot men pooir
Que vous puissi^s ma fille avoir. »
Cis Guillaumes fu moult preudom
Del commencement jusqu'a som ,
N'ainc de sa tiere n'amenri.
16995 Par l'aide le roi Henri ,
Le rot toute et tint quitement.
Puis avint-il tout voirement
. Que li Normant I'adamagi&rent ;
Mais il et li rois s'en vengi&rent,
17000 Ensi li plusiour s'en issirent
Et de la ti&re s'enfuirent.
Dont s'en al&rent , par esgart ,
16976 Ce tow est trop court d'une syllabe. 16989 Parrai, parlerai.
Tom. II. 23
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178
CHRONIQUE
Robert Guiscart.
En Pulle , al due Robiert Wiskart,
Qui s'en ala, par I fourfet,
17005 Al tans le roi Huon-Kapet,
Par son despens et par aleu.
Et s'el tenoit-on a moult preu.
Cil Robiers estoit uns bey ere,
Uns chevaliers fors tremel£re;
17010 Tant fist que riens ne li remest,
Fors qu'uns seus manoirs u il mest.
Si parent tot le blastangierent,
1 seul esouier li bailterent
Et I palefroit a son o£s.
17015 Et il s'en est d^partis lu&.
Quant il ot une liuwe esr^,
Si li menbra qu'ot m&err£,
Qu'on soloit dire en reprover :
Mar vit li oro son avie prier.*
17005 Wiskart ou Guiscard , e'est-a-dire
adroit et ruse, selon les uns v , errant, selon les
autres , fils de Tancrede de Hauteville , pres de
Coulances, et de tredesine ou Frazende, sa
seconde i'emrae, naquit vers Tan 1015 et devint
due de Pouille en 1057, apres la mort d'Hum-
phred, son frere. Or Hugues-Capet cessa de
regner en 996. G. de Jumieges, VI, 50.
17004 Fourfet, l'auleur ne dit point quel
etail ce for fa it. Les historiens n'en parlent mgme
pas. Otton de Frisingen, lib. I de Gestis Frede-
riciimp. c. 5, se contente de s'exprimer ainsi :
Roberlus iste , ex mediocri stirpe in Northmannia,
ex eorum militum ordine quos vamassores vulgo
ibi dicere solent, in plaga quam Conslantiam in-
digenes dicunt, edilus, cum Rogerio fratre tarn
patri, famis tempore, morem, ut aiunt, gerens ,
quam ob locorum stertlitatis molestiam , a natali
solo progressus, multo tempore multas propincias ,
opporiuniorem ad inhabitandum ierram qucerens,
oberravit : uude et ab oberrandi circuitu patria
lingua Guiscardus , lanquam oberrator et gyrator,
appella'us est. Cette derniere explication du nom
de Wiscart , nous semble inoins bonne que l'au-
tre. Fl. wys hart, cceur ruse.
17005 Huon-Kapet, voy. la note du v. 17005.
17006 A cause de ses depenses et potircher-
cher un heritage.
17008 Severe , buveur.
17009 Tremelere, joneur, proprement joueur
de tremerely jeu de hasard ou Ton se serrait de
des.
17010 Remest, resta.
17011 Blest, demeura.
17012 B las tangie rent , blamerent.
17017 MJserre, mal fait.
17018 En reprover, en mauvaise part.
17019 Pour retablir le vers il faut lire :
Mar vit I'om son ave prier.
« A la male heure voit-on le poirier de son
grand-pere. » Prier, poirier. C'etait un proverbe
de ce temps-la.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
179
17020 A tant s'en retorna moult tos ,
A son manoir vint les galos.
I prier ot grans , fu ram&
Qui de son avie fu rem& ;
D'une quignie le copirent ,
17025 Et puis arri&re s'entornferent ;
A la voie se sont remis .
Puis ala tant par le pais
Qu'en Pulle vint , si f u routiers ,
Et tint siergans et cevaliers ,
17030 Tant que toute Pulle conquist ,
Et a ses gens moult de biens fist.
Sire fu de toute la tierre ,
Par son effort et par sa gierre
Et par son grant enforcement.
17035 Se maria trop hautement
A une puciele gentille :
S'en ot Bui^mont de S&ile.
Et cil fu au prendre Andioce ,
U il a mainte forte roce ,
17040 Et s'i fu li dus Godefrois,
Ki fu de Jherusalem rois.
Une serour avoit laissi^
En la ti&re de Normendie.
Povre iert , mais ele avoit I fil
17045 Courtois et valiant et gentil.
Mais par poverty qu'il avoit ,
Son pere ki^rue menoit.
GocUfroid de Bouillon.
Histoire de Robert
Creapin.
17021 Vint let galos, vint au galop.
17025 Avie, pour la mesure lisez ave.
17024 Quignie, cognee.
17055 Se maria, il se maria deux fois : la
premiere a Alberade , qu'il repudia, la se-
conde a Sikelgaite , fille de Gaimar IV, prince
de Salerne.
17057 S'en ot Buiemont, Bohemond &ait du
premier lit.
17040 Et si fu, au temps de....
17042 Avoit laissie... Ces mots ne se rappor-
tent pas a Godefroid de Bouillon , comme la
construction pourrait le faire croire, mais a
Guiscard. La suite du recit ne laisse, au sur-
plus , aucun doute a eel egard.
17047 Kie'rue, char rue.
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180
CHRONIQUE
Et souvent avoit oi dire
Quen Pulle estoit ses oncles sire.
17050 cc Maldehait , dist-il , ki jou soie,
Ki jamais fera diertiu roie ! »
A taut prist congiet a sa m&re
Et a la mesnie son p&re.
Lendemain, a pau de monnoie,
17055 Sen est torn^s et tint sa voie;
Son pais ne proisse une agulle.
S'a tant alet k'il Tint en Pulle ,
U Robiert Wiskars cort tenoit :
M cevaliers et plus avoit.
17060 £s tous le vallait entretant
Jusqu'a I'uis del palais batant.
Trop estoit debonnaires fins
Et ot a non Robiers Crespin.
Robiers Crespins entre el palais ,
17065 U on can to it et sons et lais :
L'uns i harpe, Tautre iriifele.
17050 Maldehait ki jou soie , que je sois
maudit.
17051 Si je trace jamais un sillon ; diertiu,
droit (directum) ? roie, raie, ligne , sillon.
17056 AgulU, aiguille. On a deja vu de ces
comparaisons qui tendent a diminuer la valeur
d'un ofojet. Ne pas priser uu bouton , une alie , etc.
Robert-le-Diable dans le Miracle de Nostre Dame,
pag. 34 , dit en parlant de sa famille et de ses
amis :
Je ne les prise tous un poj-s.
Et plus loin , pag. 56 :
Je n'y acoulc pas deux mi lies.
Voy. torn. I , passim et le Glossaire.
17057 Alet, alle.
17060 Vallait, valet; entretant, pendant ce
temps , cependant.
17061 Batant. Dans le Miracle de Nostre
Dame, de Robert le By able , on lit pag. 24 :
Hl'CHON.
Je ticn que voircment ferom.;
Alons. He! 14 le vois estant,
Pieron, avancons-DOUS batant.
Une note interprete ce dernier mot par atsez,
maisici a-t-il cette signification? son sens naturel
n*est-il pas : marchant rapidement ?
17065 U on cantoit.... Ces plaisirs delicats
etaient goules en effet a cette epoque flelrie du
nom de barbare. Le roman du chevalier Vaillant et
des deux filles de Blondel de Luxembourg con-
tient ce passage, cite par l'abbe De la Rue
(Essais, etc., I, 147) :
Quand les tables furcnt ostcei,
Les roles se sont arotees
Pour dansierct pour faire fesle ;
En chatnbres on chanle de geste
Devantles chevaliers blesses, etc.
17066 ffarpe... rtte/e, ces verbes sont re-
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DE PHILIPPE MOUSKES.
181
Cil Robiers I vallait apiele ,
Demanda lui li qeus estoit
Robiers Wiskars, se il savoit.
17070 cc Frere, fait cil, v&s-le la,
A cele haute table la . »
cc Vallait, fait-il, quar m'i men&,
Ja sui-jou de sa tiere nes. »
Cil li meua et il a dit :
17075 cc Sire, Dieus vous saut et ait;
De Normendie sui yenus.
Vostre suer vous raande salus ;
Jou sui ses fius : pour le renon
De vous, euc-jou Robiers a non. »
17080 Robiers Wiskars, a tel parole
Le prent , si le baisse et acole ;
Si li& en fu que ne pot plus.
Bien fu lues cauchies et viestus,
Et ot palefrois et cevaus ,
17085 Et deniers et dras et ceudaus.
Mais l'emperere d'Alemagne
Petit apries , a grant compagne ,
Vint sor Robiert Wiskart a force ,
Ki sa tiere reube et escorce ;
17090 Et grant partie de sa tierre
Li ot tolue par sa gierre ,
Et ses castiaus et ses cit&
Guerres souleaucs par
AohertGuisrart.
marquables , et on doit les regretter puisqu'on
leur a substitue l'expression traioaote de pincer
de la harpe, et dejouer de la vielle.
17075 Saul et ait, sauve et protege.
17079 Euc-jou, eus-je, j'ai recu.
17081 Baisse, baise.
17085 Cauchies, chausse.
17086 L'emperere , ce devrait etre Henri IV,
mais Fhistoire ici n'est pas exactement sui vie.
Ph. Mouskes semble avoir sous les yeux quel-
que legende romanesque qu'il met en rimes ,
suivant sa coutume. Au reste, il est interessant
de comparer son recit avec Fouvrage publie, au
nom de la societe de Fhistoire de France, par
M. Champollion-Figeac, et dont nous parlons
dans Tlntroduction de ce second volume , c'est-
a-dire avec YYstoire de li Normant el la chroni-
que de Robert Vise art , par Aime I moine dn
tnont Cassin.
17089 Escorce, ravage.
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182
CHRONIQUE
Et ses bours et ses fermet&.
L'autre jour apri& , lemperere
17095 De Coustantinoble , u il £re ,
S'esmut , et par ti&re et par mer ,
Pour Robiert Wiskart adamer.
Et il quist gent, tant cevau$a
Que l'emper&nir aprocha
17100 DAlemagne, et s'i conbati:
Mais a premiers li mesk&.
Robiers Crespius , ki yall^s ert .
Vit la perde qui leur apert.
XX damoisiel arm^ estoient
17105 O lui, ki garder le devoient.
Ses oncles leur ot commande ,
Pour ?ou qu'ii foist siret^
17094-95 L'emperere de Couttantinoble, Alexis
Comnene ne fit que se defendre contre Guiscard
qui avait pris le parti d'un imposteur. Celui-ci
se doonait pour l'empereur Michel Parapioace ,
beau-frere de Robert , et que Nicephore Boto-
niate avait supplante.
17097 Adamer, causer du dommage.
17098 //, Robert.
17101 A premiers, d'abord; li methe'i , il lui
mechut , il lui arriva malheur.
17102 Valle's, tout a l'heure vallait, valet.
Ce terme , avec les diverses manieres de Portho-
graphier , s'est reproduit frequemment dans la
partie qui precede. Voici le portrait gracieux
qu'Antoine De La Salle trace d'un valet , dans
le sens chevaleresque du mot : a Ou temps du roy
Jehan de France, ills aisne du roy Philippe de
Valois , estoit en sa court le seigneur de Pouilly
en Touraine, qu'en son hostel avoit ung tres
debonnaire et gracieux jouvencel nomine Jehan,
et aisne fils au seigneur de Saintre en Touraine
aussi. Lequel par sa debonnairete vint en grace
au roy , et lellement qu'il le vouloit avoir , car
il estoit encores bienjeune , l'ordonna pour estre
son paige seullement pour pres luy chevaucher,
et le surplus tervir en salle comme ses aultres
paiges et en fans d'honneur; lequel Jehan de
Saintre, sur tous les aultres paiges et enfans
d'honneur servoit chacun jour a table , ca et la
tres diligemment et assez plus que nul des aul-
tres , et special ement les dames , en tous les
plaisirs et services qu'elles lui commandoient a
son pouvoir. Du surplus, selon son aage de
XIII ans , estoit tres habile et hardy valleton ,
fust pour chevaucher ung bien vigoureux cour-
sier , fust a chanter ou a dancer , a jouer a la
paume , a courir , a saillir et a tous autres esbatz
qu'il veoit aux hommes faire. A tout se vouloit
joyeusement employer, combien que sa per-
sonne estoit et fut toujours linge (delicate) et
menue, mais son cceur estoit entre les adltres
tout fer et acier.... » L'hittoire et pfaisante cro-
nicque du petit Jehan de Saintre', Paris, 1724,
I, 1-5. On peut rapprocher de ce portrait ce
que dit Georges Chastellain des debuts de Jac-
ques de Lalaing a la cour de Bourgogne.
17105 Perde, pertej qui leur apert, qui leur
a p par ait , qui les menace.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 183
Et son aquest. S'il i fust mors ,
Encore fust $ou p&i& et tors.
17110 Quant li vall^s est perc&is
Que ses oncles ert d&&is ,
Et k'il perdoit si durement ,
Armes estoit couviertement ,
Maugret ses gardes cerau$a ,
17115 Des esporons ceval brocha ,
Vint a l'estour , cria s ensagne ,
Si leur a fait guerpir la plagne.
Car il avant et puis li sien
Le fisent a l'estour si bien
17120 Que Robiers Wiskars recouvra.
Li valtes si bien s'i prouva
Que par iui seul , g'en sui tos fis T
Fu i'emperere desconfis ,
Et Robiers Wiskars fist grant joie
17125 De son neveu, plus qu'en diroie ,
Car la praice de celui
Sauva tous ses hommes et lui.
El demain lor Tint la nouviele
Que Coustantinoble la biele ,
17130 Et Salenique et la Mor&,
U moult de gent ot demor&,
Avoit i'empereres gierpie ,
S'en iert venue a grant navie
En Pulle , a quan k'il pooit faire ,
17135 Pour viers Robiert Wiscart mesfaire.
Lors s'atorna Robiers Wiskars ,
Qui n'iert pareceus ne escars ,
17108 Aquetl, ce qall possedait, acquit(ty{a)i 17116 Eslour, combat; ensagne, cri de guerre,
pour le defendre corps et bieos. 1 71 20 Recouvra, reprit Fa vantage.
17109 Fust, eut e*te. 17126 Praice, pour proaice, prouease.
17110 E tt percent y se fut apercu. 17150 Salenique, Thessalouique.
17113 II s'arma en cache tte. 17152 Gierpie, quitte. AH. werfen , wegwerfen.
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184
CHRONIQUE
Et fist cargier soumiers et kars ,
Avainne. pain et vins et kars.
17140 Son neveu a fait cevalier,
Rices armes li fist baillier ,
Et XX cevaliers de mesnie
Li a dounes en compagnie.
Viers Teraper^our s'arouta
17145 Ki de sa tiere le reta.
Et , quant s'entrevinrent les os ,
Robiers Wiskars s'arma moult tos,
As gens l'empereur asambla .
Et Robiers Crespins cevau^a,
17150 Od sa gent, bani&re lev£e :
Le destrier broce a randomise.
Que vaut a faire longe fable
Li quel le fisent mious al caple ?
Robiers Wiscars , joste uns sapins ,
17155 Et ses couzins Robiers Crespins,
II et lor gens tant i ferirent ,
Que i'emper^our desconfirent.
Mais Robiers Crespins ot le pris ,
Et si n'avoit gaires apris
17160 D'armes ne de cevalerie,
Mais ses cuers Ten semont et prie ,
Quar de linage et de nature
Li venoit plus qu'en noureture.
17158 Soumiers, beles de somme ; kars, chars.
17139 Kars, chair.
17145 Reta, qui voulait le priver de sa terre
comme un criminel.
17146 S'entrevinrent let os, les armees se ren-
eontrerent.
171 81 Broce, pique ; a randonne'e, avec force,
impetueusemenl.
17152 A quoi bon raconter longuement quels
furent ceux qui se distinguerent ?
17153 Al caple, au combat a Tepee, combat
de pres , ad cap(u)l(utn).
17154 Joste uns sapins, cetle circonstance
n'est amenee la que pour la rime. Voy. dans le
Livre des Le'gendes, par M. Le Roux de Lincy
(Paris, 1836), I, 97 et suiv. , ce qui est dit
des bois et des plantes.
17163 Noureture, education.
Nourri dans le serail , fen connais les detours.
Racine.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
185
S'en fu plus tegiers a aprendre ,
17165 Quar on puet de legier esprendre,
Sans painne et sans aatisson ,
I auques en arse tisson.
Et si , dist-on souvent , avient
Que d'aire est li ciens, ki devient,
17170 Veneres sans aprend&nir.
Ensi avint-il k eel jour
De Robiert Crespin le meneur ;
Quar ses pere et si ancisseur
Et sa mere et tout si parent ,
17175 En Normendie et l'aparent,
Furent de gent bardie es n^,
Et valiant et large et sen^.
Si retraist a sa nourefon
Par nature et par esligon ,
17180 Comme l'ostoirs et li girfaus
D'escoufles et de bruhiers faus
Sostent et devisent tous tans.
Et si n'avoit pas XVII ans ,
Et puis fu-il tant renomm& ,
17185 K'il fu de roines am&
En la ttere de crestiiens
Et plus en liere de paiens ;
Quar s'il avoit ass& proaice
Reflexions.
17164 Le'giers , prompt.
17165 De legier, promptement, aisement ; et-
prendre , allumer.
17166 Aatisson, effort.
17167 Arse tisson, tisons enflammes.
17169 D'aire, ce mot semble vouloir dire que
le cfaien qui devient chasseur saus l'avoir appris,
est de bonne race.
17172 Meneur, mineur, jeune, adolescent.
Le roman de Robert le Dyable , encore MS. ,
mais dont un fragment suit le Miracle de Notre
Dame, pag. 127, commence ainsi :
Tom. II.
Or entendes , grand et menor :
Jadis , el tans enchienor, etc.
17175 Et Vaparent, et dans les lieux voisins.
17176 is ne, sur mer.
17178 Retraist, reyint.
17179 Par eslicon, par choix.
17180 Ostoirs , autour j girfaus , faucon.
17181 Escoufles, milan. M. Fr. Michel a
donn£ un fragment du roman de YEscoufle , a la
suite de son recueil de lais et de fabliaux ; bru-
hiers faus, eperviers batards.
17182 Se separent toujours.
24
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186
CHRONIQUE
Moraine.
L'auteur revient au doc
Guillaume de Nor-
mandie.
Robert, aLbe de Saint-
Evrol.
Si ot-il biaut^ et largaice.
17190 Pour 50U doit cascun souvenir
De boins iestre et d'a bien venir ,
Quar par le fait d'un seui preudome
Vtenent a sauvet^ M home.
A Robiert Wiskart, dont j'ai dit,
17195 S en furent ale maint banit ,
Qui maintes fois, et tempre et tart,
Le due WiUaume-le-Lombart
Coururent seule et fisent gierre ,
Pour lui honour et tolir tierre.
17200 Et si ot I abet felon
De S*. Evrol, Robiers ot non,
Ki le due avoit moult gr^vl ,
Mais il s'en ot bien aciev£.
Fors de sa tiere le bant
17205 Et tout son linage honni,
Et Fab&, qui moult sot de trulle,
S en ala droitement en Pulle.
Robiers Wiskars li fist livrer
Une ab&e sour la mer,
17210 De sainte Eufeme, une virgene.
Moult haute cose et moult digne
La furent trait pour le gagnart.
Cest due Willaumes-lep-Bastart,
17191 Boins, boo.
17197 Le Lombart j pourquoi Ph. Mouskes
donne-t-il cette epitbete, a Guillaume-le-Conque-
rant ? Lombart n'est-il pas mis ici , par distrac-
tion , pour bastart?
17198 Coururent seule , coururent sus ?
17201 S*. Evrol ou £*. £vroul, Ebrulfus ,
premier abbe du monastere de son nom, ou
d'Ouche en Hi&nois, au diocese de Lisieux,
Tan 565, mort le 29 decembre 596.
1 7203 Mais en definitive l'avantage res ta au due.
17206 Trulle, ruse, finesse.
17210 Sainte Eufeme , sainte Euphemie ,
vierge et martyre de Calddoine, au commence-
ment du IV siecle.
17211 Digne, cette rime est la comme si on
devait prononcer virgne , ainsi qu'on Ta fait plu-
sieurs fois prec£demment. Le vers est trop court
d'une syllabe, a moins qu'on nVvite Feli-
sion.
17212 Gagnart, escroc, voleur, selon Roque-
fort. En general mechant, pervers.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
187
Normant li fisent moult danois ,
17215 Mais il i mist moult pens de ibis.
Li rois Henris moult Fen aida ,
Ki son pais li raplaida ,
Tant que si anemi trestout
Vinrent a sa mierci debout.
1 7220 Adont lemperere Henris ,
Ki n'estoit fols ne esmaris ,
Desposa le pape Grigorie ,
Ce nos raconte li estore.
Par oquoisson le mist en trape,
17225 Pour ?ou que Grigores, cii pappe,
De son avoir ot acat^
Le don de l'apostolit^ ,
III mile liyres de deniers,
As cardenaus fbs et larmiers ,
17230 Et a ne sai quans sinatours ,
Qui voloient haucier lor tours.
L'emper&res ne reposa
Jusqu a tant qu'il le desposa.
Autre apostole fist sans gierre ,
17235 Qui n'avoit point d'avoir en ttere.
Ewars li rois , qui d'Engleti&re
Ot bien maintenue la tierre,
Giut adont el lit de la mort.
De'mele's de l'empereur
Henri IV et du pape
Gregoire VII.
Gregoire VII accuse* de
simonie.
Henri IV fait depoter
Gregoire VII.
Mort d*£douard III,
rol d'Angleterre.
17217 Jtoptoufo, defendit.
17221 Esmaris, trouble.
17222 Grigorie , lisez Grigore ou Gregore,
comme le demandent la mesure et la rime. Ge
pontife , que la critique bistorique moderne a'est
attachee a disculper des accusations dont il avait
&e* l'objet , est repr^sente ici comme simoniaque,
tandis que des 6crivains preiendent qu'il fut elu
pape malgre lui.
17227 Apostolite, papaute.
1 7229 Lanniers , cupides , d'un caractere lache
et vil. Lea b&iedictins, continuateurs de Du
Cange, qui citent les vers 17220-17229, ecri-
vent lamiert ; Us mettent aussi empereris (impe-
rative), au lieu d'empereres.
17230 Sinatours, senateurs.
17231 Haucier lor tours, augmenter leur for-
tune , leur credit.
17233 Desposa, Henri IV fit deposer Gre-
goire, a Worms, en 1076 , et fit elire a sa place
l'anti-pape Clement III, dans l'assemblle de
Brixen, Tan 1080. C'etait, cette derniere fois,
pour se venger d'avoir ete* declare d&hu lui-
meme par ce pontife.
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188 CHRONIQUE
Consienche , Id le remort
17240 De cr^mir Dieu, le pere fort,
Le mist aukes en deseonfort.
Cascun jor bien se confiessoit ,
Com cil ki la mort apriessoit.
Et si pensa k'il n'avoit oir
17245 Qui sa tiere d&iist avoir;
Mais de I'arcevesque Robiert
De Kantorbire , en apiert
Fu consilli& qu'i son neveu
1 Hrii£Sr g P uT- Le due Willaume , sage et preu ,
uume de Norman 172 5o Donast son r£gne totentir;
K'il n'ei savoit mious u partir,
Quar encore fust-il bastars ,
II n'estoit avers ne couars,
Ains estoit sages et hardis;
17255 Et ses peres l'avoit toudis
Soucouru , nouri et valu ,
Et son fr£re Aurr£ moult dolu.
Ensi l'arceveskes Robiert,
Ki n'estoit ne fos ne bobiers ,
17260 Le roi Ewart ot consilli^,
Et forment s'en ert travilli^ ,
Pour cou que li dus iert safaris
Et grans afaires embra^ans ,
Li rois Ewars li otria.
17265 L'^vesque a Ruem en envoia ,
Et manda le due par ses letres
Et par II clers moult sages mestres ,
Qu'il le faisoit de sa tiere oir ;
Or le venist par tans v&>ir.
17259 Consienche, conscience. partir plus convenablement. Voy. le Roman de
17243 Apriessoit, oppressait. Rou, II, pp. 99, 115.
17247 Kantorbire, Cantorbery. 17256 Valu, defendu par sa valeur.
17251 N'ayant personne a qui il put le d6- 17257 Autre', Alfred; dolu, plaint, regretted
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DE PHILIPPE MOUSKES.
189
17270 Li dus Guillaumes volentiers
Douna del sien as cevaliers,
Que le vesques men& i ot ,
Et lui fist d'ounor quan k'il pot ,
Et as mestres fist grant honour,
17275 Et douua del sien par amour.
Ses letres faire commanda ,
Al roi Ewart s'i remanda ,
Quar plus tost k'il onques poroit,
En Engletiere passeroit.
17280 Tost furent passe li mesage ,
Au roi le disent comme sage ,
Et li rois, qui point n'anoia,
Le conte H&alt i renvoia ,
Qui plus poissans iert de la tiere ,
17285 De tous les contes dEngletiere ;
Et il s'ariva en Pontiu ,
Mais jou ne sai dire en quel liu ,
Fors tant que a eel port, par gille,
Le prist li quens Guis d'Abevile
17290 Et tint VIII jors; mais puisedi
Al due Willaume le rendi.
Et li quens H^raus jura lues
De la couronne et des alu&s
Al due Willaume fcaut^ ,
17295 De par le roi, en loiaut^.
Et eomme le roi Tasseura,
Ensi le sairement jura;
Ha raid passe en Nor-
mandie.
Il est arrete et recou-
rre sa liberte.
Serment qu'il fait
Guillaume.
17278 Quar, done.
17282 Qui point n'anota, il serait peut-£tre
mieux d'ecrire cut point n'anoia, k qui cela De
causa point de deplaisir j autrement , a qui cela
fit plaisir.
17285 HeraU, Harald ou Harold, fib du
comte Godwin , dont il a deja ei£ question plus
haut. Godwin eta it beau-pere d'Edouard.
17289 Guis, Gui I er , comte de Ponthieu , qu
avait ete fait prisonnier a la bataille de Morlemer.
Roman de Ron, II , 110, v. 10771.
17295 ^fa««,aleux.
17296 II vaudrait mieux lire , pour 6tre con-
sequent avec soi-meme :
£t com le roi l'asseura.
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190
CHRONIQUE
Harald II, roi d'An-
gleterre, 1066.
Le comte de Flandre
vicnt s'unir au due
de Norraandie.
Et si li bailla davantage
Ulnot, son frere, pour ostage.
17300 A tant prist oongiet, si passa.
Tierc jour apri& si devia
Ewars, li rois, comme preudom.
Li quens H&aus , ki fu ses om ,
Contre son sairement saissi
17305 Les castiaus , et si retoli
Al due Willaume la couronne;
Les sodoiers grant avoir donne ,
Et si fist bien garder les pors ,
Quar il ert quens poisans et fors.
17310 Quant li dus Guillaumes le sot,
Moult grant dol et grant ire en ot.
Tot maintenant, a ses deniers,
Re tint siergans et ceyaliers.
Li quens Bauduins sagement ,
17315 Tantost qu'il sot eel mandement,
Revint a sa fille a parole,
Ki parte avoit comme fole ,
Quant ele le due escondi ,
Ki puis a Lille le laidi.
17320 « Fille , dist li quens, que con die,
Preus est li dus de Normendie ,
Et se vous le voli& avoir,
Jou vous donroie grant avoir.
Et quant vous avoir le vor& ,
17325 Je ferai tant que vous Taurus. »
— « Oil , sire , dist la puciele ,
17299 Ulnot, Rob. Wace ne le nomine point
parmi les enfans de Godwin , II , 66 , vers
Cuntre li vint quens Gwioe (?),
Ki mult esteit de pute orine:
Fame out de Danemarche nee,
De Daneiz bien eraparenlee,
Filx out Heraul , Guert (Gurth) e TosU (Tostig).
17518 Escondi, econduisit.
17319 Le laidi, l'outragea; le, la.
17520 Que c'on die, quoi qu'on dise.
17524 Fore's, voudrez.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
191
Ki moult ert aveuans et biele, *
J'el prendroie ore, s'il voloit.
Quar jou sai bien que moult valoit
17330 Li dus , ki $aiens me yint batre.
S'ilen<hiistXXetIIII,
Si d&jissent-il 6tre pris ,
Et pour tant l'aim-je miols et pris. »
— « Fille, dist li quens, vous Faurez,
17335 Ainc quart jor le fin en saur&. »
Lendemain al due remanda
Li quens , et si li demanda
Son voloir de sa fille prendre,
II Faura s'il i viout entendre ,
17340 Et li dus Ten a merchte.
A tant a son oirre atourn^ ,
A Lille Tint a la mescine ,
Qui moult estoit vallans et fine,
Et si li demanda le voir
17345 Pour quore le voloit avoir.
Et la puciele a respondu :
« Sire , g'i ai moult entendu ,
Pour sou que vous si hafdis fustes ,
Ne que vous si haut cuer fustes ,
17527 Avenans, avenante.
17550 Qaiens, ceans.
17555 M, prise, estime.
1 7555 Ainc quart jor, avant le quatri erne jour.
17549 IVe, ou, souvent tit. Les editeurs du
Miracle de ffotre-Dame, de Robert le By able, ont
remarque qu'il est convenable de dislinguer par
un accent, ne* traduction du latin nee, de ne
traduction de non, Vous ne mangez ne ne buvez.
Cette observation nous parait fondee et nous
nous y serious con forme , si des le principe nous
en avions eu connaissance , mais l'ouvrage ou
elle a paru est posterieur a la premiere partie
de notre travail. Au surplus, M. P. Paris, quia
sans doute eu cette remarque sous les yeux,
n'en a pas adopte les consequences , en publiant
le Bit des allies , de Geoffroy de Paris , poete du
XIV siecle. En effet , il en donne ainsi ces vers :
II sont com la beste esgareo
Qui , quant s'apercoit adirce ,
Nc va pas moult seurcmeut ;
Et se (si) se seat avironnee
Dc levriert eotor ct serree,
Lors 11 va par empiremenl ,
Ne ne peut fouir longuemenl;
Quer (car) se li chien font sagement ,
Tost en sera prise cornee.
Annuaire hist, pour Vannee 1837,
publie par la Societe de Vhis-
toire de France, p. 167.
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192 CHR0N1QUE
17350 Qu'en la maison mon pere mesme
Fesistes de moi laiditesme ,
Et non pour quant me laidengastes
Et puis tous s&ire en alastes.
Et si tous trop preus ne fusi& ,
17355 Ja si haut penset n'^uissi&.
Et pour ?ou si vous voil-je avoir
Plus que pour trestout vostre avoir.
Or ne vous caut de l'escondit ,
Que jou vos fis , ne del mesdit ,
17360 Quar g'en ai mon cuer entredit. »
— « Ciertes biel buer l'av& dit ,
Dist li dus , car de Normendie
Ser& dame , que c'on men die ;
Et puis si ser& couronn^e
17365 D'Engletiere et dame clam&. »
Manage du due de Atant fu li quens apiel&
Normandie.
Et la contesse et h barnes ;
La damoisiele fian$a
Et el demain si l'espousa.
17370 Si proia le conte esranment
Qu'il fesist son atornement ,
Qu'en Engleti&re passeroit
Et sa fille i courouneroit.
Esrant s'en est li dus partis ,
17375 Si s'en ala en son pais.
Sa feme i fu bien rec^ue ,
Tuit furent liet de sa venue.
Lors trest li dus al roi Henri .
Qui de rien ne Tot amenri ,
17551 Laiditesme , mauvais traitemenl ; cette 17361 Biel buer, tres-beureusement , tres-
forme manque dans Roquefort. bien. Vers trop court.
17558 L'escondit, action d'econduire. 17569 El demain, ce mariage fut celebre rers
17559 Mesdit, propos desobligeant. Tan 1055 et non pas au moment de Texpedition
17560 Entredit, interdit. d'Angleterre.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
193
17380 Et, pour aller en Englettere,
Li quist aide de sa tiere ,
Pour sa cousine qu'il ot prise
Et pour son cors qu'il aime et prise.
Li rois Henris Fass^ura
17385 D'aidier, a quant que il pora.
Donkes s'en est li dus al& ,
Si a quis marouniers et n&.
D'autrepart li quens et li rois
Aparillierent leur conrois.
17390 A S*. Waieri voirement
Monterent , quant il orent yent,
A III mile n& et chiunquante ;
Si ot galies , ne sai quante.
Bon yent orent , par mer siglerent ,
17395 A Peneveziel ariv^rent,
Et a I autre port dates,
Qui pour haster fu apiel&
Hastinges, et si est encore.
Lendemain orent vent et ore ,
17400 A Peneveziel s'en revinrent ,
Et moult vistement s'i maintinrent.
Le due Guillaume d£-
barque en Angleterre,
28 leptembre 1066.
17582 Cousine, Mathilde etait fille d'Adele ,
fille de Robert, roi de France , et sceur du roi
Henri l er . Par consequent elle £tait niece de ce-
lui-ci , on , comme on dit en Flandre , cousine.
17387 Marouniers, mariniers.
17590 5*. Waleri,VL. Wace, 11,148, v.11564:
... Jo ol dire a raon pere,
Bien m'en sovint, mai* varlet ere,
Ke set cens nes, quatre meins, furent,
Quant de Saint-Valeri s'esmurcnt,
Ke nes , ke batels , ke esqueis ( esquifs )
A porter armes e herneis.
E jo en escript ai trove,
Ne sai dire s'est virile ,
Ke il out trels mille nes
Ki porterent veilej et tres.
Tom. II.
17595 Galies, galeres. Voir, dans les Memoi-
res de l'lnstitut de France , celui de Le Grand
d'Aussy intitule : Notice sur Vet at de la marine
en France an commencement du XIV 9 Steele et sur
la tactique navale usite'e alors dans Us combats de
mer (torn. II , 1799). Cf. Daniel, Hist, de la mi-
lice francaise, Paris, 1721 , in-4°, II, 655, Du
Cange, Gloss, au mot galea.
17595 Peneveziel, Pevensey ou Penesey dans
le comte* de Sussex. Rob. Wace l'appelle Pene-
vesel, II , 155 , v. 11746. Cf. la note de M. Plu-
quet. — Ce n'est plus aujourd'hui qu'un village
avec un petit havre.
17598 Hastinges, Hastings ; il est superflu de
faire remarquer la puerilite de cette Etymologic
25
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194
CBRONIQUB
Li dus ot avaie son tref ,
Premiers est issus de sa nef
Arm& de trestous ses conrois ,
17405 Com cil Id voloit iestre rois.
Ses cevaus fu de fier couriers ,
Par deseure ot I ceodal piers ,
A flours dor des armes le roi
De France , et s'ot tout ie conroi.
17410 Sa baniere en issi apries,
Et li autre furent en gri&.
Tout en issirent a la rive ,
Cascuns del due sivir estrive,
Le port pourprisent et le val.
17415 Li dus fu months el cevai
Et yit Englois sor la montagne ,
Qui pourprendoient la campagne ;
Le ceval broce , I'escu pris ,
Com cil ki bien en iert apris.
17420 Et si com il esporounoit
Et sa baniere le sivoit ,
Ses cevaus si fort s'abus$a ,
17402 Avoid son tref, baisse* la voile , le pa-
vilion.
17406 Ses cevaus, Rob. Wace, II, 195,
v. 12673 :
Sua boen cheval fist demander ,
Ne poeit Tea mcillor trover ;
D'Espaigne li out cnvele
TJn reU par mult grant amistie* ;
Armes ne presse ne dotast
Se sis sires l'espcronast.
Galtier Giffart Tout amene
Ki a Saint Jame (S l Jacques en Galice) avail este.
17407 / cendal piers, etoffe de soie bleu fonce,
chargee de fleurs de lys , comme il eat dit im-
mediatement apres. C'est en effet la couleur de
France. Grapelet, Proverbes, pp. 96,97.
17411 En grids ou mieux engrie's, quoique le
manuscrit separe ces deux syllabes , empresses.
Rob. Wace emploie au feminin engresse, II ,
199, v. 12801 :
Me cumbatrei par la grant presse
U la bataille iert plus engress*.
Le Trouvere Renaut , auteur du Lai d'lgoau-
res , fait de m&me :
Bt ensi comme les engresses
Les vaurent mordrir as coutiaus.
Sur quoi MM. Monmerque et Fr. Michel (pag.
21) traduisent ce mot par mechantes, furieuses,
et remarquent qu'il s'est conserve dans l'adjectif
anglais angry.
17413 E strive, dispute a qui suivra le due.
All. streit, strit.
17414 Pourprisent, envahissent.
17422 Pabusca , choppa.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
195
Pour les cailleus k'il d&roissa,
K'il est si durement k&is .
17425 Que tous froisstes est ses escus.
Estrief , ne siele , ne sos$aingle ,
Ne li frains, ne poitraus, ne $aingle,
N'i remesent a d^pecier ,
Ne li hiaumes a debrisier.
17430 Et li visages et li n&
Li est el savelon torn& ,
Si que li sans en est arais.
Et li dus, ki moult fu irais,
Resailli sus et ses gens vinrent,
17435 Qui trestot entor lui se tinrent
Et li disent que c'iert teus signes
Qu'il n'estoit de la tiere dignes ,
Mais retornast , si feroit bien ,
Quar il n'i gaagneroit rien.
17440 cc Ha ! signor, fait-il , mar le dites,
De la ti&re n'iere ja quites ,
Ne ja ne m'en ver& restanc.
Voii^s com ele viout mon sane ,
Ja Fa englouti et bin ,
17445 Pour qou que il li a pl&i,
Et la ttere si viout mon cors .
C'est ses d&sirs et ses recors. »
Atant s'est li dus abaissi£s ,
Ausi com point ne fust bl£ci& .
17450 Plains ses puins de la tiere a pris,
Pr^iage.
Interpretation don net
par Guillaume.
17423 Defroissa, heurta.
17426 Estrief, ^triers ; soscaingle, sous-san-
gle ; l'orlhographe ancienne, qui rappelle le mot
primitif cingulum, est preferable a la moderne.
17427 Poitraut , le plastron du poilrail.
17428 Ne tardent a se rompre en mille pie-
ces.
17431 El savelon, dansle sable; aBruxelles,
le grand, le petit Sablon.
17432 Li sans en est arais, le sang en a jailli,
arrigare.
17436 Et li disent... Cette anecdote ne se
trouve pas dans le roman de Ron.
18442 Restanc, desistant.
174150 Dans Rob. Wace c'est un des soldats
de Guillaume qui agit ainsi , II , 152 , v. 11721.
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196 CHRONIQUE
Et dist, oians tous : « Jou saisis
Trestoute Englettere a mon o&* »
Entour lui l'a giet^e lues ,
Si com $ou fust aigue b&aoite.
17455 Atant 8a gent d'issir esploite,
Et li dus prist 1 ceval autre ,
Tous atorn&, lance sour fautre,
Lc due bruie set nis- Fist le feu bouter ens es nes ,
Quant li harnas en fu men&,
17460 Et ses gens furent tot issu.
Atant n'i a plus atendu ,
Des esporons le ceval point ,
Com cil ki not de cri&me point,
As gens H^ralt vait asanbler ,
B.uaiedn M ting«, u 17465 Qu'il vit en la montagne ester.
octobrc 1066. ~, . . - • /
Et ses gens sivirent apries ,
De lui aidier prest et engri&.
Tant i furent , tant combatirent
H.raid en m*. Qu'Eraus fu mors : sa gent venquirent
17470 Et XV mil d'Anglois od lui
Dont el pais ot grant anui.
Li autre furent desconfi ,
Car de signor n'orent afi ,
Et li dus fist lues sor la mer
17475 Hastinghes, son castiel, former,
Et puis si retorna , sans faille ,
Fond.tion de Battle- Tout droit al liu de la bataiile.
Ahbejr% Une ab&e i estora
De S*. Martin, moult I'onora,
17480 Et si le fist nommer , sans falle
17454 Aigue benoite, eau benite. 17470 XV mil, e'eat le calcal de Gnill. de
1 7455 D'issir exploits , »e met en devoir d'aller Jumieges ; Hist . fir., XI , 51 , D. UArt de verifier
en avant. k* <*«*** porte 50,000.
17457 Lance sour f autre, voy. v. 14650. 17480 Et si le fist... Rob. Wace , II , 288 ,
17463 Crieme, crainte. ▼. 14145 :
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DE PHILIPPE MOUSKES.
197
LAbeie de la Bataille.
Puis sen ala li dus a Londres
Pour les Anglois vaintre et confondre.
Tant i fist , comme preus et sages ,
174#5 K'il ot sairement et homages ,
Et fu ricement cou rounds.
HI ans i fu , dont s'est pas&
En Normendie , s'el douna
Robiert , son fit , lues si rala
17490 En Engletiere , et traitors
I fist destruire bien signors ,
Ki sa mort avoient jur£e ,
Le jour de la crois aour&.
Li rois de France adont Henris
17495 Fu mors et gist k S*. Denis.
XXX ans ot tenus ses conrois,
Felippes, ses fius, fu lues rois.
XXIX rois a cest cont&
Par l'estore , point n'en dout&.
17500 Adont fu em pais sainte glise ,
Et cascuns haus om , par devise ,
Eglises del sien refaissoit
U boine ab&e fundoit;
Nonnains i metoient u monnie*
17505 Blans u noirs u rul& kanonnes.
Et m&smes cil rois bastars ,
Guillaumes , ki ne fu couars ,
Guillaume donne la
Norraandie a son fils
atne Robert.
11 puoit des conspira-
tenrt.
Mort de Henri I, roi
dc France, 1060.
Philippe I lui succede.
La u la bataille out este*
Fist abeie e mist abe.
11 s'agit de l'abbaye de S*-Martin-de-la-Bataille
(Battle- Abbey). Voy. Monast. Anglican., I,
310-519.
17487 /// ans, la conquete de FAngleterre
eut lieu , sans Aire toutefois consommee , a la fin
de l'annee 1066 , et Guillaume retourna pour la
premiere fois en Normandie Fannee suiyante. II
ne fit done pas en Angleterre un sejour non in-
terrompu de trots anne'es.
17504 Metoient, plutdt metoit , comme dans Je
reste de la phrase. Monnies, la rime et la mesure
exigent monnes.
17505 Rule's kanonnes, chanoines reguliers.
17507 Ki ne fu couars, membre de phrase
de remplissage, tel que ki\ne fu bobiers, ki fu
sene's, comme preus, etc*
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198
CHROMQUE
Fondatioas pieases tie
Guillaume- le- Con-
querant, deMathilde,
et dc quelquesjdames
et seigneurs nor-
mands.
Fist a Cirrai , sans nul resort ,
L'ab& de Saint-Vigort ,
17510 Et de buen cuer, puis a I'aulre an,
Funda S*.-Estiev6ne a Kaan.
Et sa feme , par karit^ ,
I funda Sainte-Trinit^ ;
Mehaus ot non . et pour itant
17515 Qu'il estoient apartenant,
Fist li dus ces 11 abates
Ki seront k tousjors siervies ,
Par le consel de l'apostole ,
Qui leur commanda par estole ,
17520 Pour $ou que Mehaus k'il avoit
Auques pri& Li apartenoit.
Et Guillaumes, li fius Osbiert,
Funda Lire , bien men sai ciert ,
Et Cormelles, j'el sai de fi.
17525 Rogiers de Bielmont autresi .
Fius Hunfroi de Vielles , fonda
Praiaus en sa tiere , et monda
17508 Cirrai, Cerisy, dans le Bessin, toy.
v. 17606 ; resort, dedit, sans resort, pour tou-
jours. Tout ce qui suit est emprunte de Guill.
de Jumieges , Hist, fr., XI, 45 , C, D, E.
17809 Saint Vigort, St. -Vigor, eveque de
Bayeux , mort vers le milieu du sixieme siecle.
17515 Apartenant, parens.
17519 Par estole. C'est ce qu'on appelait sub
stola interdicere ou excommunicare nisi... Voyez
Du Cange , au mot stola.
17521 Pries li aparlenoit, le touchait de pres.
Le concile de Reims de Tan 1049 s'&ait oppose au
manage de Guillaume et de Mathilde, a cause de
leur consanguinite. Robert , pere de Guillaume ,
avait epouse la tante de Baudouin V , pere de Ma-
thilde. V. G. de Jumieges, Hist, fr., XI , 47, D.
17523 Lire, le monastere de Lire-Vieille , an
pays d'Ouche dans la Haute-Normandie, sur la
Rille. Cetait une abba ye de benedictins de la
congregation de S'.-Maur. Bien m'en sai ciert ,
Pauteur qui, pour la rime, emploie a tout pro-
pos ces formes insipides , les prodigue ici avec
un redoublement de facilite.
17524 Cormelles (apud Cornelias). Cormeilles,
gros bourg du Lieuvin , dans la Haute-Norman-
die , sur la Calone. D'autrea regardent Guillaume
de Breteuil et non pas Guillaume Osberne,
comme le fondateur de cette abbaye , qui &ait
aussi de 1'ordre S'.-Benoit.
17525 Rogiers.... Voici le lexte de Guill. de
Jumieges : Rogerius etiam de Bellomonte, filius
Humfridi de Vetulis in fundo suo PrateUis dno
canobia asdificatit.
17527 Praiaus, Preaux ou S*. - Michel - de-
' Preaux , abbaye de beneclictins au pays d'Ouche;
mondm, puriGa.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
199
De riu\6s moines k'il i mist,
Et autre de nonnains i fist.
17530 Et Rogiers de Montgoumeri ,
Qui n'ot onques le cuer p^ri ,
En fist une, g'en suis s&irs,
Tout droit a Sais, defors les murs;
Et une autre a Toars en fist,
17535 Gens rentes i douna et mist.
Et la tierce, j'en sui chiertains,
Fist a Aumetiers , de nonnains ,
Liesseline , contesse d'Ou ,
Ki sage fu et vesqui pou.
17540 Si funda S l ,-Ptere-sor-Dive,
Et puis fist, defors Lizuie,
Une ab&e de nonnains.
Et Rogiers , ses fius premerains,
Funda S'.-Mikiel-Outre-Port,
17545 Et faire i fist maint grant aport ,
Pour la glise mious acesmer.
Rogiers apri& de Mortemer
Funda S'.-Victor autresi.
Gist preudome ouyrerent ensi,
17550 Et Ricars , ki fu quens d'Evreus ,
Ki fu sages , yallans et preus ,
A Evreus S l .-Sauveur fonda,
17550 Rogiers de Montgoumeri. Roger de
Montgomery comraanda le premier corps d'ar-
me'e avec Guillaume de Breteuil, a la bataille
d'Hastings. Rob. Wace, II, 199,
17531 Le cuer peri, le coeur en defaut.
17533 Sais, Seez.
17534 Toars, in vico suo Troardo. Troard ou
Trouard , a deux lieues de Caen , sur la rive
droite de la Muanee.
17557 Aumetiers, apud Almanachias, Almenes-
ches, dans la Basse-Normandie, au diocese de Seez.
17538 Liesseline, Lesceline , comtesse d'Eu ,
que Ph. Mouskes appelle d'Ou.
17541 Lizuie, la rime voudrait Lizive ou
plutdt Lizuive, Lizieux.
17543 Fius premerains, fils aine\ Robert,
comte d'Eu.
17544 Funda SK -Mikiel- outre- port , S. Mi~
chaelis ulterioris partus ou de ulteriori portu ,
du Treport.
17547 Rogiers , Roger fils de Gautier de S 1 .-
Martin , frere de Guillaume I cr de Warenne.
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200
CHRONIQUE
Nounains i mist et estora.
A Ruem apri&, par karit£.
17555 Estora Sainte-TriniuS
El mont, et si mist vestemens
Et tous autres aornemens.
Et Robiers , li quens de Mortuel ,
Se v^ritet dire vous yoel ,
17560 Funda Grestain, et fist tot Piestre.
Et Hue , ki fu quens de Ciestre ,
Fist et estora Saint-Seyoir.
Bauduins, de Rimers, pour voir,
Aoroa et fist Montebourc ,
17565 Si leur donna rente a maint bore.
Nigel, yisquens de Coustentin,
Fonda S l .-Sauv&)r enfin.
Li premiers Talevas Guillaumes ,
Pour messes dire et lire saumes ,
17570 Fist comme preudom , bien le sai ,
Sainte-Marie de Lonlai.
Ernous et Raous li Tassons
Estor&rent , par orissons ,
S*.-EstieT^ne de Fontenai;
17575 Grans biens i fisent, sans d£lai.
Raous de To^gni , par non ,
17558 Mortuel, en latin Moritolium, Morito-
nium, Moritonia, Mortain.
17560 Grestain, monasterium Gresleni. Gres-
tain est une paroisse du Lieuvin, dans la Haute-
Normandie. L'abbaye de Benedictina qui s'y
trouvait, avail M fondee en 1040 par Herluin
de Conteville. L'iestre , le batiment ou plus ge-
neralement l'organisation materielle.
17561 Ciestre, Cicester, en Angleterre.
17562 Saint-Sevoir, S*.-Sever.
17565 Bauduins de Rimers, Baudouin de Ri-
vers.
17564 Montebourc , Montisburgum.
17565 A, peut 6tre e. Si Ton garde a il faut
entendre : rente sur maint bourg; bore, la rime
demanderait bourc,
17566 Nigel, Neel.
17567 St.Sauveor. SS-Sauveur.
17569 Saumes, psanmes.
17571 Lonlai, Lonlay dans la Basse-Norman-
die , sur la riviere de Graine , a deux Heues de
Dom front.
17572 Ernous, Erneisus; li Tassons, Taisson
ou Tesson. Raoul Tesson , premier du nom, est
mention^ par Rob. Wace , II , 50, 52 , 59, 74,
246.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 201
Fist S*.-Pi&re de Castillon.
Li dus Rou, dont 6i av&, RoUon
Qui paiens fu , bien le sav& .
17580 Quant il fu premiers conyiertis,
Douna rentes et grans afis
A la glise de nostre Dame,
A Ruem , et pour Dieu et pour s'ame ;
Et apri& a cele d'Eyreus.
17585 Si fist a Baioes grans preus ,
Et puis a Ruem, a S'.-Oenc,
Et a l'abie de Jumenc,
Et puis a S 1 . -Denis de France
Douna grant rente, par sof ranee.
17590 Guillaumes, ses fius, sans ^yesqes,
Refist l'abie de Gumeges,
Et Ricars , ses fius , li sa$ans ,
Funda l'ab&e a Fescans
Et fist rehaucier viers le ciel
17595 Cele del mont le S*.-Mikiel,
Et si douna a S'.-Oainc
De Ruem , rentes et yin et pain.
Et li secons Ricars , sans gille ,
Fist l'ab&e S*.-Wandrille.
17600 Judis, sa feme, bien le sai,
Si refist cele de Bierlai.
Li tiers Ricars joyenes mora.
Robiers, ses freres, qui preus fu,
En Jerusalem sen ala.
17605 Mais jou sai bien k'il commen^a
17577 Castillon, Conches. 17596 SK-Oainc, S'.-Ouen.
17881 Afi$, fiefs. 17600 Judis, Judith.
17585 Preus, profits , dons. 17601 Bierlai, Be may, ville da Lieuvin dans
17586 St.-Oainc, S'.-Ouen. la Haute - Norman die. C'est a Bernay qu'ha-
17587 Jumene, Jumieges. bite M. Aug. Le Prevost, dont les travaux sur
17589 Par sof ranee , par humility. l'histoire de la Normandie meritent tant d'es-
17591 Gumeges, Jumieges. Quelle rime ! time.
Tom. II. 26
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202
CHRONIQUE
L'archevcque Mauger
tombe en dcmence.
Mort de Robert Guis-
cart. 1085
Avant la glise de Girrai.
Ses fius le parfist , bien le sai ,
Et Robiers de Greotemesnil ,
Hues , ses frere , au cuer gentil ,
17610 Et Guillaumes, li fius Gofroi,
De buen cuer et de boine foi ,
Refisent, qu'il ni ot essonne,
L'ab&e de Saint-Evroulle ,
Dout li lius est moult ounor&.
17615 En eel tans si fu afolis
L'arceveskes de Ruem Maugiers,
Qui Dieu siervi moult volentiers;
Et il a sa croce rendue.
Mais li dus, sans longe atendue,
17620 Douna la croce a Amaurri,
Moine a Fescans , n6 de Berri ,
Quar cil estoit moult sages om,
Et li dus iert auques preudom.
Adont moru Robiers Wiskars^
17625 Ki n'estoit avers ne escars.
Et de sa premiere moullier ,
Dont il se parti par ghillier,
Ot I fil, s'ot non Bui&nons,
Ki moult fu preus outre les mons.
17630 Et dune autre, si com jou truis ,
Que il ot espous& puis,
17606 Cirrai, Cerisy , dans le Bessin propre-
ment dit, en Basse -Normandie. L'abbaye de
Cerisy avait ete fondee primitivement par saint
Vigor. Voy. v. 17S08.
17610 Gofroi, Geroie.
17612 Essonne, embarras , obstacle.
17615 iiroulk , rime en goret. Voyez vers
17201.
17615 A fries ne vent pas dire ici blesse,
mais atteint de folie.
17619 Santlongealendue, sans longue attente.
17620 Amaurriy Gnill. de Jumieges l'appelle
Mauritius.
17626 Premiere moullier, Alberade.
17627 Par ghillier , sons pretexts de parente.
17628 Buie'mons, Boemond.
17629 Outre les mans, il devint prince d'An-
tioche dans la premiere croisade , ainsi qu'il est
dit quelques lignes pins bas.
17630 Et dune autre, Sikelgaite.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
303
Fille le due Landoul de Pulle ,
Qui moult sot d'engien et de trulle ,
Ot-il VfillesetHIfius,
17635 Sages et vallans et gentius.
L'ainsu^e fille , biele et noble ,
Fu doun^e en Coustantinoble ,
A l'emper&mr ; si le prist
Et espousa , si que pais fist.
17640 Bui&nons fu, sans rien mespreodre ,
A Jherusalem sor Turs prendre ,
Qui puis fu d'Andioce princes,
Quar il n'iert pas aviers ne nices.
Puis le fu Bu&mons , ses fius ,
17645 Qui moult fu sages et soutius.
Cil Buiemons fu fius Coustanoe .
Fille au roi Felippre de France ,
Qui fu fius al buen roi Henri.
Puis eel Bui&nont, dont jou di,
17650 Tinrent Andioce si oir ,
J'el sai tout de fi et de yoir.
Li fius al conte de Poito,
Bomons , qui ne yesqui que po ,
La fille al secont Bui^mont
17655 Ot espouse a feme. Dont
Rogiers Bourse, qui fu ses fius,
Qui moult fu vallans et gentius ,
La tierce fille Wiscart ot,
Boeraond I , prince
d'Antioche.
Boeraond II, 1111.
Raimond, 1136.
Roger, surnomroe* la
Bourse, ducdePouille
ct de Calabre, 1085.
17632 Landoul, Gannar IV, prince de Sa-
lem e.
17638 L'empere'our , l'ainee flit fiancee, en
1076, au jeune Constantin Dncas. Les Grecs lui
donnerent le nom d'Helene.
17642-43 Princes et ntces , rime incomplete.
17646 Constance, Constance , fille du roi Phi-
lippe I er , et femme separee de Hugnes , comte
de Champagne.
17653 Rontons, Raimond, fils piiine* de Guil-
laume VII , comte de Poitiers , devint prince
d'Antioche par son mariage avec Constance, fille
de Boemond II.
17656 Ses fius, fils de Robert Guiscart.
17638 La tierce fille Wiscart, il aurait done
epouse sa soeur. Ph. Mouskes a ete trompe peut-
Gtre par la ressemblance des noma; Roger ayant
epouse Adele , fille de /to6ert-le-Frison , comte
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204
CHRONIQUE
Roger I, comte dc Si-
dle.
Koger II, comte de
Sicile et due de Ca-
labre, 1101.
II prend le titre de roi,
1129.
Etutache II , comte de
Boulogne , surnora-
me aujc grenons.
Mort de Mauger, ar-
cheveque de JRouen.
Cel fu moult vallans et moult sot.
17660 Et li fius le conte Rogier
De Tiete , que on tint a fier ,
Et fu fibres Robiert Wiskart ,
L'ot aprL£s tote quite en part.
Si tint Pulle et Sesile toute ,
17665 Et rois en fu sans nul doute.
Moult fu preudom tant com yesqui
Et tous ses anemis Ten qui.
Li quens Estases de Boulogne
Adont , pour faire al due viergogne ,
17670 Comment qu'il li griet et anuit,
En Engleti£re ala par nuit
Et le castiel de Douvre asist ;
Mais par consel d'Englois le fist.
Et cil del castiel sen issirent ,
17675 Del si^ge a force les partirent.
A Ruem moru defors al mont
L'arceveskes Amalris dont ,
Et Jehans l'arceyeskie ot,
Par le roi Guillaume , qui pot.
de Flandre ; mais l'inceste qui r£sullait de sa
meprise , devait 1'eclairer.
17661 De Tiete, de Thiette, de Tiedi, en
latin Theatanus, comte d'ltalie, dont Philippe,
cinquieme fils du premier lit de Gui de Dam-
pierre, porta le titre, par son mariage avec
Mathilde, qui en &ait Theritiere. Warnkoenig ,
Hist, de la Flandre, 1 , 26<S. Quelques person nes
prefereront peut-5tre lire :
Le conic Rogier
De tiete
Tiete, tele ; cette prononciation est conservee
dans le patois wallon, mais celte lecon nous
semble bien moins naturelle. Quoi qu'il en soit ,
il s'agit de Roger II, dit le Jeune, fils de Roger I,
comte de Sicile et frere de Robert Guiscart.
17665 L'ot aprie's, il semble que ce Roger
ait epouse sa tante , mais e'est encore une suite
de la confusion que nous venons de remarquer.
Roger II eut pour femmes : 1° Alberie, fille de
Pierre de Leon, pere de l'anlipape Anaclet;
2° Sibylle, fille de Hugues II, due de Bour-
gogne; 3° Beatrix, fille de Gauthier, comte de
Rethel en Champagne.
17668 Estases, Eustache II, surnomme aux
grenons , a cause de ses grandes moustaches,
avait accompagne Guillaume dans son expedition
en Angleterre.
17670 Griet, greve , fait du tort.
17673 Par consel d'Englois, d'Anglais du
comte de Kent.
17677 Amalris, M auger , fils de Richard II et
de Papie. II se noya en mer et fut enterre a Cher-
bourg. R. Wace , II , 63. Voir 17616 et 17620.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
205
17680 Li quens Estases se parti
De Douve , et moult sen aati
Viers le roi , et moult iri& fu.
Petit apries qou , si moru
Li rois Guillaumes-li-Bastars,
17685 Qui n'iert avers, fel ne escars.
A Ruem moru , si fu port&
A Kaam, dont il estoit n&.
La l'enfouirent a grant plour
Si home, comme leur signor.
17690 III fius ot. Quant fu sevelis
Sen i ot q'un , 9011 fu Henris
Li mainsn& , qui moult le plora ;
Trestot son meuble li dona.
Guillaumes, ses fius li ainsn&,
17695 Fu d'Engletiere couronn&.
Et Robiers ot la duc&
De Normendie en lig^.
Henris , li mainsn& , en la fin
Ot la cont^ de Coustentin ,
17700 Que ses freres li ot doun&,
Li dus Robiers , et deliyr^e.
Mais de ne sai quoi li fali ,
Par quoi son don li retoli.
Dont prist li dus Robiers sa croi».
17705 Ses freres Guillaumes , li rois ,
Li presta sour sa duc&
L'avoir que il en a port^
En la tiere de Bethl&m ,
Mori de Guillaume-Je-
Conquerant, J 087.
Guillaumc(II)-le-Roux ,
roi d'Anglcterre.
Bobcrt II, Courte-Heuse,
due de Normendie.
Henri obtient le conite
de Col en tin.
II en est depouille.
Robert va a la croisade.
17681 -82 S'en aati tiers le roi, en eprouva
beaucoup de ressentiment con t re le roi.
17686 A Ruem, c*est-a-dire a Hermentru-
ville, village voisin de Rouen.
17693 Trestot son meuble.... Henri herita des
tresors de son pere ayec une pension de 100,000
livres a prendre sur ses freres.
1 7694 Guillaumes, . . li ainsnes , Guillaume n'e-
tait que le puine. Cette faute n'a pas ete com-
mise plus haut par Ph. Mouskes.
17697 Lige'e, obligation d'hommage.
17706 Li presta... II lui prela dix mille
marcs sur l'engagement de la Normandie et du
Maine.
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206
CHRONIQUE
Cupidite sacrilege de
Guillaurae-le-Roux.
Souvenir du roi Artbus.
Et f u a prendre Jursalem.
17710 Cis rois fu Guillaumea-li-Rous
D'Engletiere, et fu moult irous.
Es abates soujournoit
Et toutes les glides reuboit.
D autre part Hanstone , en I plain .
17715 Avoit I liu moult biel et sain :
XVII que capieles que glises
I avoit-on pour Dieu assises .
Tr&s le tans Artu, le bon roi.
Gil rois Guillaumes , par desroi ,
17720 Les fist abatre et bos planter,
Des kaillos fist son gart-muer ,
Et, quant yint al cief de VII ans,
Si f u li bos cr&is et grans ,
Ciers i mist et bisses et dains :
17725 Pour , counins , livres et ftrains ,
Et maniere de sauvegine ,
Tant que plaine en fu la gaudine.
La Nueve-Fories f u clam& ;
Encore est-ele ensi nomm^e.
17720 Les fist abatre. On rapporte ce trait
de Guillaume-le-Conquerant lui-meme, et Ton dit
que passionne* pour lachasse jusqu'a la cruauti,
il forca les hommes d'abandonner aux b£tes
fauves, dans le comtede Hampshire, un espace
de treute milles , ou il d&ruisit toutes les habi-
tations , sans epargner les eglises.
17721 Kaillos, materiaux; gart-muer, mot
a mot garde- changer j mais il est plus naturel
de lire murer au lieu de muer , et fist son gart
murer signifiera : fit murer son jardin , son pare.
17722 Alciefde VII ans , au bout de sept ans.
1 7725 Pour , ( pors , sangliers ? ) ; counins ,
lapins; livres, lievres; f drains , betes sauyages,
fenB, ferina,
17726 Sauvegine, a peu pres meme sens que
ferains.
17727 Gaudine, bois, forftt. All. wald, wold-
chen.
1 7728 Nneve-Fories ( New-Forest ) , ou pare de
Southampton. Guill. de Jumieges, dans le recueil
de Camden , liv. VII , c. 9, pag. 674, et Geof-
froi Gaimar, dans les Chron. Anglo-Normandes ,
publiees par M. Francisque Michel , I, 51 :
Done avint, si come Dieu plout,
Li rois estoit ale chacer
Vers Bwkerst (sic) od li archer;
C'est en la Nocve-Forcsf ,
Un lin <r$ ad non Brokeherst
Priveement estoit ale,
Wautier Tircl avoit mene.
Wautier estoit uns riches hom,
De France erl per del region.
Foy. v. 17798.
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DE PHILIPPE xMOUSKES.
207
17730 Ricars, freres eel roi de bas«
En cele foriest, al trespas,
S'en ala I jour pour kacier ,
Pour d&luire et pour arcoiier;
A I arbre si se hurta,
17735 Qu'a la tiere jus trlbu^a ,
De la bl&lure moru.
Si disent les gens que $ou fu
Pour le p&riet de ces ^glises ,
Qui pour le bosc furent jus noises
17740 Par son frere , le roi Guillaume ,
Ki puis fist batre mainte paume*
Li rois Guillaumes dont je di,
En est& , par I samedi ,
Se dormoit a 1 sien manoir;
17745 Teniecle faisoit et moult noir,
Et songa qu'il iert , par devise ,
Droit a Hanstone , en une glise ;
Et la yit g&ir I mort home
Deseure lautel , a eel soume :
17750 Et li fu Yis qu'il ot tel faim
Qu'il li estevoit par reclaim
L'un des pi& a eel mort mangier.
Si le mangoit par grant dangier,
Et, quant il s'en voloit partir ,
Mort de Richard, fils dc
Guillaume - le - Con-
querant, 1081.
Songe de Guillaume -
lo-Roux.
17730 De has, naturel, adulterin. M. A. Thier-
ry, dans le livre VII e de YHist. de la Conqu&e
d'Angleterre, mentionnecet evenement ainsi que
la mort d'un autre Richard , fils du due Robert.
17751 Al trespas, contre la loi, la defense,
ou peut-gtre, par un passage difficile.
17745 Teniecle, tenebres, comme on disait
triacle pour iheriaque. Miracle de Nolre-Dame 7
de Robert-le-Dyable , pag. 51 :
Diex en cest bomme a fait miracle,
Car de renin a fait triacle ,
Et dc mal bien.
On a dit de mSme tiriacleur, de tberiaqoe,
pour apothicaire. 0. L. B. Wolff, Altfranzd-
sitcke Folhlieder, Leipz., 1851 , in-18, pag. 7:
LES SOUHAIS DES HOMMES.
Moy tiriacleur je souhaite
Reagal , boistes et couleuvres,
Quelque serpent ou quelquc beste
A manger, pour monlrer met euvres.
17781 Estevoit, etait de necessite ; reclaim r
besoin.
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208 CHRONIQUE
17755 Si aloit l'autre rahatir
Pour mangier, et, par faim destroit,
Li rois eel autre pii mangoit ;
Et puis prendoit la destre main ,
Si le mangoit en liu de pain ;
17760 Et dont pour l'autre recouroit,
Mais si comprendre le devoit.
Si li fu vis que li mors hom,
Qui la gisoit comme preudom ,
Le ftroit del puing en ses dens.
17765 Si que li rois en ert sanglens.
Entretant li rois s'esyella,
Sa bouce sanglente trova ,
Et si com il sa main i touce
I dent briste traist de sa bouce.
17770 Li rois Guillaumes ot paour
De eel songe, et quant Tint al jour,
A I hiermite le conta,
Expiictuon du songe. Qui le songe li devisa ,
Et li despondi comme tel :
17775 « Sire , li mors desor l'autel
£ou est Dieux , qui sus est sacr& ,
Ki pour nos p&i& fu p&)& ;
Et li menbre que tu mangas,
Ce sont li sien , n'el mescroi pas ,
17780 Que tu mangues et debrises ,
Quant tu guastes les ab&es ,
Et la soujoUrnes et mangues .
Et s'as les glises abatues ,
U tu as la foriest plant^e ,
17785 Qui de fterains est habitue.
17785 Rahatir, attaquer. 17764 jFlm't,frappait.
17756 Destroit, force. 17780 Manguis, manges.
17760-61 II voulait en vain eviter de manger 17781 Metes et debrises, mauvaise rime,
l'autre main , il se sentait force a la saisir.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
209
On i soloit Dieu aourer ,
Or i vont vendor yener.
Nostre ancissour plus anciien
Les avoient faites pour bien.
17790 Rois , saces bien , tu et tes gens ,
Que, se par tans ne t'en repens,
Mors en seras de mort sobite :
Ja n'en aras autre m^rite. »
Li rois sot bien que voir dit a.
17795 Et non pour quant point n'en douta.
Aprils I jour i yot kacier ;
Avoec lui furent si arcier ,
Et uns enfes , couzins le roi ,
Sen fu ales a eel desroi.
17800 Li rois tint 1 arc en sa main
Et fu d'autre part ens el plain.
Li enf& contre lui estoit
Pour traire, se riens i pagoit;
Son arc ot li enf£s tendu.
17805 A tant es vous I cierf yenu,
Li rois n'i ot mie son trait ,
L enfant rouva traire entresait.
a Je n'os, dist li enfes, pour tous. »
— » Trai , dis li rois , malevirous , »
17810 — » Je n'os, » dist l'enf^s. — « Si feras,
Trai, dist li rois , ja l'ociras. »
Et quant li enfts l'entendi ,
L'arc entesa, plus n'atendi,
17787 Vener, chasser.
17792 Sobite, subite.
17798 Uns enfe's, la plupart des historiens, et
Geoffroi Gaimar, comme on l'a vu, nomment,
Gautier Tyrel chevalier francais, seigneur de
Poix et de Pontoise. Foy. la note sur le v. 17728.
La continuation du Brut , publiee dans les Chron.
Tom. II.
Anglo-Normandes , 1 , 91 , contient ce passage :
Issi avint par son pechie* :
En la Novel-Forest fn blesstf.
17803 Traire, tirer.
17807 Rouva, ordonna.
17815 Entesa, ajusta, banda.
27
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210
CHRONIQUE
Mort dc Guillaume-le-
Roui,2 aoul 1100.
Henri I, dilBeau-Clerc,
roi d'Anglcterrc.
Le cierf quida traire a desroi ,
17815 Mais son signour i traist le roi
. El cuer; si Fa mort esranment.
Fuiois s'en est isnielement ,
Li yen&mr sont acouru ,
Le roi enportent qui mors fa.
17820 Ensi venga Dieux les eglises
K'il ot destruites et jus mises.
A Wincestre, el moustier S t .-Piire,
Fu sevelis , sous une piere ,
Li rois Guillaumes al cief rous ,
17825 Ki moult iert fel et a i rous.
Henris , ses fr&res li mainsn& ,
Fist tant qu'il fu lues couronn&
Par moult grant haste , k Waimostier-
Et ce fist-il tout par mestier
17830 Pour son fr^re desireter,
Qui s'en fu al& outre mer;
Et si estoit ainsn& de lui :
De sa ti&re li fist anui.
Gel an m&sme, sans essonne ,
17835 Prist-il la fille al roi Makonoe
DTEscoce , et si i ii oouronn&
A Winciestre , comme sen^e ,
De Farcetesque Ansiet, c'oi dire.
Qui dont estoit a Kantorbire*
17840 Mehaus ot non , s'en ot I ftl.
Li rois , moult valiant et gentil .
17822 Wintestre , Wincester.
17828 Waimostier, Westminster.
17829 Mestier, intrigue.
17831 Outre mer, Robert s'&ait arr£te en
Italie , a son retour de la Groisade.
17853 II le depouilla de sa terre.
17834 Essonne, obstacle.
17833 Makonne , Malcolm.
17838 Ansiel, S'.-Anselme, archeveque de
Cantorbery*
17840 Mehaus, Mathilde, couronnee le 11
novembre de 1'annee 1100, morte le l 6 * mai
1118. I fit, Gaillaume, qui mourut avant son
pere.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
211
S'en ot une fille Mehaut ,
Ki puis fu marine haut
Al fil l'emper&Hir de Roume.
17845 Henris ot non, ce dist la some.
Et fu couronn& . sains tence ,
Le jour de S*.-Jake a Maience ,
De l'arceyesque de Coulougne ,
Qui bien lor fist cele besogne.
17850 Guillaumes , lor fius , une fie
Sen diut passer en Normendie ,
Et moult de haute gent od lui ;
Si fii noii& par grant anui
Entre Hanstone et Barbesfluel ,
17855 Par I grant yent ki les sourpuet.
Apri&, moult petit demora
Que li dus Robiert repaira
De Surie, et fu moult ir&
Que Henris, ses frere mainsnes,
17860 Rois estoit feis, s'el d&ist iestre.
Aprils atorna tout son iestre
A moult grant gent k'il atrava .
En Engletiere s'ariva.
Lendemain qu'il f u ariv& ,
17865 S'est a lui ses frere acord& ,
Par si que cascun an auroit
IIII mil mars k'il li donroit.
Lors remena sa gent hardie
Mort de GuiUaume, fils
unique du roi d'An-
gleterre, 1120.
Robert veut ressaUir le
sceptre, HOI.
17845 Henris, Henri V.
. 17850 Lor fius, fils de Henri, roi d'Angleterre,
et non pas de Henri V, empereur d'Allemagne,
comme la suite des mots pourrait le faire croire.
17854 Barbesfluet ou Barflo, comme ecrit
Rob. W ace, et Barbefluvium , Guill. de Jumieges,
liv. VII, c. 2$ Barfleur.
17855 Sourpuet, surprit, assaillit. L'^qui-
page s'etant livre a la debauche , a l'exemple
des grands personnages qu'il conduisait , ce fut
la cause du naufrage. Get evenement est pos-
terieur a la captivite du due Robert, puisque
dans cette occasion Henri revenait de Normandie
en triompbe , apres avoir investi son fils du du-
che enleve a Robert.
17862 Atrava, engagea.
17867 IIII mil, d'autres disent trois mille,
Guill. de Jumieges, liv.YII, c. 12.
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212
CHRONIQUE
Le roi Henri enrabit 1»
Normtndic , 1105.
Bataille dc Tinchebray,
27 feptembre 1106.
Gnliaume Cliton.
Li dus Robiers en Normendie;
17870 Et puis gaires ne demora
Que son frere reguerroia.
Et li rois Henri* pasa mer
Pour le due , son fr&re , grever ,
Et prist Baioes et Kaam ,
17875 Qu'il n'i ot gaires de lagan .
Et si asist Tenercebrai.
La combatirent, bien le sai.
Mais li rois les a desconfis ,
Et li dus, ses fr&res, fu pris.
17880 Ensi par guerre et par boisdie
Ot li rois Henris Normendie.
En Engletiere repassa
Et tous ses prisons i mena ,
Et si mist son fr&re en prison
17885 Que n'i pot avoir raen$on.
Cil dus Robiers avoit I fil ,
D'une dame k'il prist , gentil ,
Fille al conte de Conviersainne ,
Guillaume, ki moult en ot paine.
17890 Cil fius sen est fu'iois en France .
Pour son onele et pour sa doutance.
La roine le reciut biel,
Et lendemain , a grant r&riel ,
Li fist ^pouser sa sereur,
17895 Et si leur fist moult grant honneur.
17878 Lagan, ravage.
17876 Tenercebrai, Guill. de Jumieges 7V-
nechbray , e'est-a-dire Tinchebray , chateau ap-
partenant au comte de Mortaio. Rob. Wace,
II , 404. Cet ev£nement doit elre place avant le
recit de la mort de Guillaume , fils du roi Henri
d'Angleterre. Guill. de Jumieges, 1. VII, c. 13.
17883 Prisons, prisonniers.
17886 Ifil,ne Tan 1101.
17887 D'une dame, Sibylle, fille de Geoffroi,
due de Cod versa no. G. de Jumieges, I. VII, c. 14.
17893 Lendemain , ces designations de temps
ne doivent pas elre prises a la lettre. Bona-
ventureDes Periers, dans sa LXI e nouvelle (£d.
d'Amst., 1735, II, 188), s'eiprime ainsi : <* Et
un autre demain (un autre jour), il luy aprint
le nom des drogues les plus vulgaires.... •
17894 Sereur, il epousa au mois de Janvier
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DE PHILIPPE MOUSKES.
213
Adont fu quens Carles mordris
A Bruges , ki moult iert hardis ,
Par traison, en I raoustier,
U il estoit pour Dieu proier.
17900 Mais puis furent cil enroet,
Boulit, pendut et trainet.
A Lille en fu faite justice ,
Et s'ierent cil haut ome et rice.
A Paris en Tint la nouviele ,
17905 As uns fu laide, as autres biele.
La ro'ine pourka$a tant
Que eel Guillaume maintenant .
Ki sa serour eut espous^e ,
Dont ele s estoit moult penee ,
17910 Fist conte de Flandres re^oivre,
Pour Carlon , que mors en d&oivre ,
Qui ele traioit a parent,
Si ne savoit-on u parent.
De sa serour fist la ro'ine
17915 Ensi contesse a eel tiermine.
Et cil Guillaumes fu issus
Assassinat deCharles-le-
Bon , comte de Flan-
drc, 2 mars 1120.
Guillaume Cliton lui
succede.
1127, Jeanne, fille de Rainier, marquis de
Montferrat, et sceur uterine d' Adelaide, femme
du roi Louis-le-Gros , qui lui avait donne pour
dot lc comte de Mantes.
17896 Carles mordris, sur cet evenemenl, il
faut consulter l'excellent ouvrage de M. Warn-
kcenig , Flandritcke Staats und Rechls Geschichte
bis zumjahr 1305 , Tubingen, 1835 , 1 , 132 et
suiv., et surtout la traduction par M. A.-E. Ghel-
dolf , traduction corrigee parl'auteur, 1 , 171 et
suiv. Voy. aussi le Corpus Chronicorum Flandrice,
pp. 79 et suiv.
17900 Enroet, roues.
17901 Trainet , ecarteles.
17903 Haut ome et rice. La tradition et les
chroniques , attribuent a la famille de Stratis,
Van Straeten ou Vander Straeten, le meurtre de
Charles-le-Bon , mais les Bollandistes , mars , I .
138, ont demontre cette erreur. Les assassins
du comte de Flandre etaient fils et petits-fils
d'Erembald, autrefoiscbatelain de Bruges, homme
detraction servile , qui , apres avoir tue le
chatelain , son maitre , epousa sa veuve , avec
laquelle il avait vecu en adult ere. Voy. dans nos
Memoir es he'raldiquts et historiques , Particle des
Erehbavlt ou Errehbault du Maisml, I, 44, 43.
Cette famille, d'apres Ph. Mouskes. s'etait agran-
die de bonne heure.
17905 Vers deja employe.
17910 Recoivre , recevoir.
17911 De'soivre , decoive, trompe. Quoique ce
mot , par sa forme , soit a Hnfinitif , il est em-
ploye ici comme s'il derivait de desoivrer.
17913 On n'en savait pas d'autre raison .
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214
CHRONIQUE
Baudouin YI et Robert-
le-Frison , comles de
Flandrc.
Arnoul III, dit le Mai-
heureux , .comto de
Flandre.
Baudouin II , dit de
Jerusalem, comte de
Hainaut.
Del linage as contes le plus .
Quar li quens Bauduins-Barbes ,
Ki de Flandres fu adoub& .
17920 Fu peres k Mehaus, saiole.
Ki moult ot douce sa parole.
Cil quens Bauduins ot II fius .
Yallans et sages et gentius ,
Robiert et l'autre Bauduin.
17925 Ainc que leur pere alast a fin ,
Prisent femes , j'el sai de voir :
Bauduins , a tout grant avoir,
Prist la contesse de Hainnau.
II fius en ot k tierme pau ,
17930 Ernoul et l'autre Bauduin.
Robiers^ ?ou dist restore enfin,
Prist et espousa , par devise ,
Feme al conte Florent de Frisse.
Ki del conte , ki mors estoit ,
17935 Une biele fillaite avoit,
Ki moult estoit cortoise et france.
Si Tot roi Felippes de France ,
Ki fu fius al bon roi Henri :
Moult araa la dame et ci^ri.
17940 Mais Robiers, ses oncles, de Frise,
Ot en s'aide par devise
Dont l'empereor d'Alemagne
Henri , ki moult k grant compagne .
I jour, a aus se combati
17918 Barbe's, barbu. Cette genealogie est
fautive en un point. Le pere de Mathilde n'etait
pas Baudouin IV ou le Barbu , mais Baudouin V,
dit de Lille ou le Debonnaire.
17922 Cil quens Bauduins, le comte Bau-
douin V.
17928 La contesse de Hainnau , Richilde ,
fille de Rainier V.
17935 Feme.... Gertrude , fille de Bernard II
de Saxe , veuve de Florent , comte de Hollande ,
morte en 1113.
17935 Fillaite, fille tte j Berthe.
17937 Felippes, Philippe I or .
17943 Henri, Henri IV.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
215
17945 Et le roi de France venqui.
A cele guerre, ki fu fors ,
Fu quens Ernous de Flandres mors.
Et Willaumes , qui d'Engletierre
Estoit venus a cele gierre ,
17950 Pour aidier Ernoul son neveu ,
Pour $ou que il le savoit preu .
Ensi ot Robiers-li-Frisons
Flandres , maugr^ tous les barons ;
Sa Tie le tiunt, bien le sai,
17955 Et s'ot la cont<5 de Kambrai ,
Que L'empereres li douna ,
Pour 90U que durement lama.
De cele dame ot cil Robiers
III fius yallans et bien apers :
17960 L'uns Felippron, l'autre Robiert,
Ki fu nomm& , tout en apert ,
Puis Robiers de Jh&uzalem ,
Pour ?ou qu'il fu en Bell&m
Et a la tiere reconquierre ,
17965 Et moult i souffri painne et gierre.
Si , com en l'estore le truis ,
Quens de Flandres fu-il, et pub
Ot-il I fil devant sa fin ,
Si lapielerent Bauduin,
17970 Qui puis a I jour navr^s fu
En I estour, dont il moru.
Carles , ses nies , ot la cont^
Bataille de Cassel,
ferrier 1071.
22
Comte de Cambrai.
Robert II, comte de
Flandre 1093.
Bandouin VII , a la
Hache, 1111.
17948 JPitiaumes, Guillaume Osberne, comte
d'Hereford , beau-pere d'Arnoul , attenda que
Richilde, veuve de Bandouin VI, 1'avak epous£
pour mieux 1'attacher a set tnler6to. Voy. la
Chron. d'Adrien de Budt, dans le Corpus ckr*-
nicorum Flandrice , qui fiat partie de notre col-
Jection, p. 278.
17950 Neveu, beau-fife.
17959 ////fti*, deux fila.
17960 FeUppron, Philippe, vicomte d'Yprea,
qui se tua en tombant d'unefeuetre , Tan 1104.
Robiertj Robert II , dit le Jeroaolymitain.
17962 Puis, depuis.
17972 Carles , ses nies , Charles , fils de
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216
CHRONIQUE
Guillaumc Cliton, 1127.
1128.
Thierri <T Alsace.
Mort de Robert , due
de Normandie.
Si comme j'ai devant cont^ ,
Qui mordris fu en I mostier ,
17975 U il ooit le Dieu mestier.
Et cil Guillaumes, dont je di,
Fu quens de Flandres tout ausi.
Mais il fu navr^s et blades
A I poignie, u fu dreci&.
17980 Si en ot au cuer si grant ire,
K'il en moru , par mauvais mire :
A S*. -Bier tin fu sevelis.
Moult en fu tourbles li pais.
Enpries Guillaume, biea le sai ,
17985 Ot la cont<5 Tteri d'Ausai.
Et li rois Henris d'Engletierre ,
Pour 9011 qu'il li aidast de gierre ,
Li douna feme par r&viel ;
Suer fu conte Jofroi-Martiel
17990 D'Ango , ki moult estoit preudom ,
Et fu tous jors de grant renon.
Li dus Robiers iert a Bristou.
Lk moru-il apri^s I pou .
En la prison u l'estut iestre ,
17995 Le conte Robiert de Glociestre,
Son neveu , u li rois Henris ,
Ses fr&res , l'ot a garder mis.
Knut IV, roi de Danemarck et d*Adele, fille de
Robert-le-Frison , pere de Baudouin VII.
17979 Poignie, combat, pugn(a).
17981 Moru , il mourut dans la journee , le
27 juillet 1128,* mire, medecin.
17983 Tourbles, trouble.
17983 Tieri d'Ausai, Thierri d'Alsace, ffls de
Thierri II, due de Lorraine et de Gertrude,
fille de Robert-le-Frison.
17988 Reviel, encouragement, recompense?
Dames lommes et renvoisies
Flaiues soon met de grant rtviel,
MomiEftQui et F*. Michel , L* Lai
d'Ignaures , p. 8.
Ici ce mot est pris dans le sens de dignity.
17989 Suer, Sibylle ou Mabile, fille de
Foulques V, comte d'Anjou , puis roi de Jeru-
salem , fiancee par Guillaume Cliton , et sceur
non pas de Geoffroi IV, dit Martel, mais de
Geoffroi V, dit le Bel ou Plantagenet.
17992 Bristou, Bristol.
17995 Glociestre , Glocester.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
217
Sevelis fu a grant ounour
A S*.-Pi£re, et a grant dolour.
18000 Guillaumes , ki fu fius Osbiert,
Par Testore bien men sai ciert ,
Fu parens a droite lignie
A tous les dus de Normendie ,
Et de par pere et de par mere.
18005 Quar cil Osbiers , ki fu ses p&re .
Fu fius Heraut, ce truis encor,
Freres la ducoise Gonnor,
Ki fu feme al premier Ricart ,
Ki tint Normendie en sa part ,
18010 Et sa m£re fu fille ausi
Le conte Raoul d'lveri ,
Ki fu freres eel due Ricart ,
De par sa m£re d'autre part.
Cis a feme prist Aelis ,
18015 Ki moult fu biele et de biaus dis,
Fille Rogier de Mortemer.
II fius ot , que bien sai nommer ,
Willaume de Bretuel , ki puis
Ot sa ttere , si com jou truis ,
18020 Et Rogiers ki, par sa bont^ ,
De Herefort ot la contl.
Et si ot II filles , dont Tune
Erne , ki fu plaisans et brune.
Fu doun^e tout entresait
18025 Raoul, le signor de Maiait,
Guillaume Osberne ,
comte d'ffereford, el
fa famille.
18000 Guillaumes, Robert Wace, II , 84,
v. 9837 , a propos de la bataille d'Hastings :
Le fils Osber sun seneschal,
Willame out non , noble rassal.
18006 He'raut, Her fast. Foy. Guillaume de
Jumieges, liv. VII , c. 18.
18011 Iveri, Ivry.
Tom. II.
18012 Freres, frere uterin de Richard l er .
Foy. Guill. de Jumieges, Hist, fr., XI, 56, C, D.
18014 Cis, Guillaume; Aelis, Adelaide, fille
de Roger de To€ni ou Toeguy.
18018 Bretuel, Breteuil.
18025 Maiait, Raoul est appele par les ecri-
vains du temps , de JFaher, de Guader ou de
JFaet. Rob. Wace , II , 247 , v. 13627, l'appelle
28
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218
CHRONIQUE
Contestation poor I Try,
Brionne et la succes-
sion de Guillaume ,
comte d'Hereford.
Ki bien fu de Bretagne n& ,
Et de Norwis fu quens nomm^,
Et Tot tenir la forleraice
Contre le roi , mais par destraice
18030 En fu d Engletiere kacies,
Et il et 8a feme exillies.
Mais en Engletiere laisierent
Une fille , dont dolant i&rent.
I the avoit non , moult fu sen& ,
18035 Et puis apri& la espous&
Quens Guillaumes de L&ciestre ,
Pour gou qu'il le sot de bon iestre ,
Fius Robiert , conte de Meullent.
De celi ot-il Toirement
18040 Plusiors filles ; s'en ot I fil
Hardi et valiant et gen til.
Quant Guillaumes , li fius Robiert ,
Ki Normendie ot en apiert,
Fu en Flandres ocis a duel ,
18045 Ses fius Guillaumes de Bretuel
Raol de Gael, et c'est en effet le vrai nom. Gael
est en Bretagne.
18026 Be Bretagne ne's,Brito ex parte, dit
Guill. de Malmesbury, lib. Ill, Hist, franc.,
XI, 185, E.
18027 Norwis, comte de Norfolk et de Suf-
folk. Norwis est plut6t Norwich que Nor-
folk.
18028 La forteraice , Norwich.
18034 I the, autrement Amicia.
18056 Leeciestre , Leicester. Le comte de ce
nom, fils de Robert III , comte de Meulan , s'ap-
pelle Robert et non pas Guillaume, dans YArt
de verifier let dates ; on ne trouve pas non plus
ce nom de Guillaume dans Imhoff , Regum pa-
riumque magna Britannia Hist, geneal. No-
rimb., 1690, in-fol., p. 155. Au surplus, Guill.
de Jamieges, que suit encore notre auteur,
met lui-m£ne Roberto comiti Legrecestria , filio
Roberti comitis Legrecestria. Le Robert II, comte
de Leicester, qui epousa la fille de Raoul de
Norfolk, £tait surnomme' le Bossu. II mourut
en 1168.
18040 Plusiors fillet , Isabelle, mariee 1° a*
Simon, comte de Huntingdon; 2° a Gervais
Paganel ; Havise , qui epousa Guillaume , comte
de Glocester. / fil, Robert III , surnomme aux-
blanches- mains, mort en 1190, apres avoir
epouse' Petronille , fille de Hugues de Gren te-
rn esnil.
18042 fiuilUumet Ph. Mouskes semble
confondre encore les person nages. II s'agit ici
de Guillaume , fils d'Osberne , qui n'eut pas la
Normandie en apiert.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
219
Calenga la tour d'lveri ,
Ki ja avoit esti I di
Conte Raoul, p£re 8 aide.
Mais li dus Robiers sans parole
18050 L'avoit en son demainne 4u ,
Com rois Guillaumes Tot &i .
Et puis quens Robiers de Meulleut.
Lors fisent tel atirement ,
Que Guillaumes pour YTeri
18055 Prist Brione, et s'il i guerpi
Li dus , pour 9011 que pri& estoit
De sa ttere , que il tenoit.
Brione est ci& de Normendie ,
Mais que Ricars ji une fie
18060 Le douna Godefiroi son frire.
Gillebiers . ses fius , pour son pere
Lot , mais il fu apri& ocis ,
Et Brione , dont or tos dis ,
Remest al due com k signor,
18065 Quar Brione estoit de s'ounour.
Adont I Rogier i avoit ,
Le fii Ricart , ki fius estoit
Cel Gillebiert ki fu ocis,
Et cil Rogiers , dont jou tos dis ,
18070 Metoit en Brione kalenge,
Pour ?ou qu'ele ot est£ , par enge ,
18046 Calenga, cospit calumniari , dit Guill.
de Jumieges. Reclama , con testa.
18051 Com rois,., comme le roi Guillaume-le-
Conquerant l'avait eu.
18052 Robiers de Meullent, Robert III.
18053 Atirement, instance.
18059 Ricars, Richard II avait donne Rrionne
an comte Godefroid , son frere naturel.
18061 Gillebiers, Gislebert.
18066 Comme le texte de Ph. Mouskes est
conftis, celui de Guill. de Jumieges, qu'il a
voulu rendre, en sera la traduction naturelle :
Et quoniam Rogerius, filius Richardi, idem
castrum repetebat, quia avus sunt comes Gisle-
bertus idipsum,sicuti dictum est, anteapossederat,
sunt antiquorum plurimi qui dicunt quod
Richardut, pater Rogerii , pro repetitione ejusdem
castri dudum in Anglia acceperat oppidum Tone-
burge*
18071 Par enge , par engagement, contrat.
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220 CHRONIQUE
A Raoul, dont jou dis avant.
Et pour 5011 si fist li dus lant
Qu'a eel Rogier dona grant tierre
18075 Et Tounebruge en Engleti&re.
S'ot une liuee environ
De boine ti&re , ce dist on,
Et si diut Brione ravoir,
Et se li dus n'avoit loial oir.
18080 Aprils si avint que Guiaus
De Brehierval , ki moult fu faus ,
Par traison , outre son voel ,
Ot pris Guillaume de Bretuel ,
Son signor, et si le tint tant
18085 Qu'une fillete de sougnant,
K'il avoit , li douna par si
K'il auroit avoec Yveri.
De cele fille ot cil Guiaus ,
Ki fel estoit et desloiaus ,
18090 I fil . sot non li vious Guillaumes ,
Et li autres Rogiers-li-Baubes ,
Et sen ot autres, ne sai quans.
Mais ne demora pas loogtemps
Que cil Guillaumes de Bretuel
18095 Reprist k I poignte Guel ,
Par l'aie le roi Phelippon
De France, le cruel pipon,
Fil le roi Henri, ki preus fu.
En eel afaire s'ot eu
18100 L'aie del boin due Robiert ,
Ki sot Fafaire del cuviert.
18075 Tounebruge, Tonbridge. mieges, liv. VII, c. 15 : Wilhebnus Luvellus ,
18079 II faut effacer Vet pour la mesure et Guillaume Lovel.
pour le sens. 18091 Baubes, begue.
18081 Brehierval, Guillaume de Jumieges, 18095 Guel, tout a Theure Guiaus, e'est-a-
liv. VII , c. 15 , etc., Goellus de Breherii Voile, dire Juhel ou Goel , en latin Goellut.
18090 Li vious Guillaumes , Guill. de Ju- 18097 Pipon, trompeur ; piper.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
221
Parmi sa tiere lant ala ,
Et arst et destruist et pr&t ,
Que cil Guiaus, dont je vos di ;
18105 A force Yveri leur rendi ,
Et, quant Willaumes vint a mort,
Pour qou que Guiaus li fist tort ,
Si fist oir de son casement
Raoul de Waiet Yoirement ,
18110 Ki fius estoit de sa sereur,
Et moult estoit de grant valeur.
Mais Estases, ki fu ses fius ,
Fu as afaires ententius ,
Et les forteraices saissi
18115 Et tint en pais, rien n'i perdi.
Tant que sa feme n'el vot pas ,
Fille le roi Henri de bas,
Juliane fu apiel^e.
Cele fu de la cose irfe ,
18120 S'en osta les gardes le roi
Fors de Bretuel toutes , par quoi
Li rois toli tout a Estasse ,
Qu'il n'en ot tierme ne espasse ,
Mais qu'il ot seulement Paci ;
18125 Et Guiaus rot dont Yveri.
Guillaumes , quens de L&ciestre ,
Ki de l'afaire sot tout l'iestre ,
Ot Bretuel et Glos , et s'ot Lire
Et tiere aillours , et tout par Tire ,
18104 Guiaus, God.
18109 Waiet, ecrit tout a l'heure Maiait.
Toy. v. 18025.
18112 Estates, Eustache, sonfils nature!.
18124 Paci , Paceii oppidum. Pacy-sur-
Eure.
Voir une note de M. A. Le Prevoat, Roman
deRou, 11, SLM.
18126 Guillaumes , Robert . comme plus
haul.
18128 Lire, Glos, Britolium, Guillaume de
Jumieges, liv. VII , c. 15.
18129 Et tout par I'ire , par Tire de Ju-
liane.
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222
CHRONIQUE
An 1124.
18130 En Normendie, qui devant
Avoit est£ k son vivant
A Guillaume , le fil Osbiert ,
L'aiol I the , dont en apiert
Vot dis qu'ele ot sa feme este.
18135 Or tous ai l'afeire moustr£,
Qui lonctans ensi demora ,
Que nus encontre ne parla.
L'arceveskes de Ruem mora .
Guillaumes, qui moult preudom fu,
18140 Et li doiiens Jofrois del Man*
Fu arcevesques k eel tans.
Adonkes s'ot descorde auti
Del roi d'Engletiere Henri
Et del conte Amauri d'Evreus.
18145 Ki sages iert et corageus.
Li quens Galerans de Meullent
Guerroia le roi ausement,
Mais il fa pris de la descorde
En I estour, a Bouterolde.
18150 Moult en i prisent et tuereot ,
Et moult d'autre s'en escaperent ,
Par consense de leur amis.
Li quens dEvreus. dont je vous dis ,
Et Willaumes d'Auriloniel
18155 S'en escaperent sans r&riel.
Li rois tint conte Galeran ,
Et si abati en eslan
1 81 44 Amauri d'Evreut , Amauri IV de Mont-
fort , premier du nom , comte d'Evreux.
18146 Gvlerant de Meullent , Galeran oiWa-
leran 11 ou III , ne Tan 1104 , fut eleve avec ton
firere jumeau , par lea soins de Henri I**, roi
d*Angleterre.
18149 Bouterolde, Surgut TurolM. Waleran
fnt pris dans une embuscade pres de Watteville.
Guillaume de Jumieges, liv. VII , c. 17.
18154 D'Auriloniel, Lovel d'lvry, LoweUus
de Ivreio , Guillaume de Jumieges , liv. VII ,
c. 17.
18157 En eslan , tout d'un temps. Cest peut-
etre le funditms de Gnillaume de Jumieges. Sur
ces evenemens voir cet annaliste , livre VII ,
c S3 (18).
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DE PHILIPPE MOUSKES.
223
Tout le castiel de Valentin .
Et si fist crever en la fin
18160 Les ious qam qui tinrent Brione
Contre lui , et , pour tel essone ,
Se rendirent cil de Biaumont ,
Qui leur castiel tenoient dont.
Dont s'acorda enes eel an
18165 Li rois al conte Galeran ,
Et sa ti&re li a rendue ,
Sans forteraice qu'ot tenue.
Puis ot apri& ioele guierre
Faus monniiers en Engletiere.
18170 Li rois les fist prendre et coper
Les coulles et les ious crever
Et s'ot la destre main trebcie
Cascuns d'aus , pour traire hascie.
En apri& icele bargagne ,
18175 Li empereres d'Alemagne
Moru donkes , Henris ot non ,
Sages iert et de grant renon.
Et li rois Henris d'Engletierre ,
Ki parfin^e avoit sa gierre ,
18180 Pour Mehaut, sa fille, envoia,
Et Jofroit Martiel le dona ,
Fil le conte Jofroi d'Ango ,
Faux monnayeurs
Mort de l'empercur
Henri V, 1125.
L'imperatrice Mathilde
epouse Geoffroi V,
coraled'Anjou, 1127.
18158 Fafeirfm, Watteville.
18164 Enes ou enes , en.
18169 Faus monniiers, Guill. de Jumieges,
liv. VII , c. 23 (19).
18173 Pour traire hascie , en tirer pun it ion.
18176 Henris, Henri V. Guill. de Jumieges,
liv. VII, c. 25 (21), dit Henri IV.
18177 Sages iert, Ph. Mouskes onblie les
dissensions de Henri V et du souverain pontife;
il n'en dit mot , non plus que des querelles de
son pere avec le saint-siege.
18181 Et Jofroit.... le dona, la donna en
mariage a Geoffroi V, dit Plantagenet ou le Bel ,
fils de Foulques V, dit le Jeune , et non pas de
Geoffroi. La Ghronique de Pierre de Langtoft ,
publiee dans le recueil de M. Fr. Michel , s*ex-
prime ainsi , 1 , 162 :
Sa fille Maid, ouf ly plus beel ne fut reu.
Al ray de Almayne a femme Tad tendu.
I/empereour Henri emperice Tad resceu.
Par tant al rey Henri eat grant peer acreu.
Le mariage de Mathilde et de Geoffroi fut
cel&Mre" le jour de la Pentecdte , 22 mai 1127 et
non pas 1129, comrae on l'a ecrit.
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CHR0N1QUE
Ses cnfans.
Mort dc Mathildc, reiuc
d'Anglcterro, l«tnai
1118.
Adelaide de Brabant ,
scronde femine de
Henri I, roi d' Anglo-
lerre.
Enfans nalurcls He
Henri.
Ki fu preudom et vesqui po ,
Et li fist jurer &aut4
18185 Tous les barons en loiaut£
D'Engleti&re , moult docement.
De Mehaut si ot Toirement
Jofrois III fius, j'el sai de fi,
Willaume et Jofroit et Henri.
18190 La roine Mehaus moru,
Li rois Henris dolans en fu ,
Quar boine et biele iert, si l'ot ciere.
Mais il reprist, a grant proiere,
Fille le conte Godefroit
18195 De Louvaing, ki mout bele estoit.
A^lis ot non, trop fu gente;
Et si estoit moult pri& parente
Le conte Estase de Boulogne ,
Ki del parage ne fourlougne.
18200 Mais li rois n'en ot nul enfant.
£ou pesa lui , mais non pour quant
Si ot de bas li rois VI fius
Et VII filles auques gentius.
De frankes femes paisans
Ot li rois Henris ces enfans.
Ses ainsn& fius ot non Robiers.
Biaus bacelers fu en apiers ;
A feme li douna Sebile.
18185 Et vesqui po, ne le 24 aout 1113, il
mourut en 1151 , age" d'environ 38 ans.
18194 Godefroit , Godefroid dit le Grand ou
le Barbu.
18196 jJe'lis, la mere d' Adelaide etait Ide ou
Ida , fille d'Albert HI , comte de Namur. Guill.
de Jumieges , liv. Ill , cfa. 29.
18198 Estate, Eustache II, aux grenotu ,
comte de Boulogne, lut pere de Godefroid de
Bouillon.
18199 Fourlougne, forligne.
18202 Be bas, illegitimement.
18204 PaUans , membres du pagus (pa-
genses), personnel libres. Warnkoenig, HisU
delaFlandre, II, 264.
18206 Robiers, Robert de Caen, ainsi nomine
du lieu de sa naissance , comte de Glocesler.
18208 Sebile (d'autrea disent Mabile), fille
de Robert fils d'Haimon , seigneur de Glocesr
ter.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
Cele estoit Robiert Haimon fille ,
18210 Et si estoit parente ausi
A Robiert de Montgoumeri ;
Et s'iert ci& de son yretage,
Torignis, ki siet en la marce
De la ti&re de Beessin
18215 Et de cele de Coustentin.
Et douna li , sans parcounier ,
Ti&re Hairaon-le-Despensier ,
Qui li oncles sa feme estoit.
Et puis li douna-il en foit
18220 Toute la cont£ de Glouciestre,
Quar il iert preus et de bon iestre.
Et cil Robiers ot de Sebile
V fius moult biaus et une fille,
Dont Willaumes fu li ainsn& ,
18225 Qui moult fu vallans et sen&.
Li secons bastars fius le roi
Henris , qui moult preus fu de soi ,
Ot non Ricars et fu noii& ,
Dont ses peres fu moult iries.
18230 Robiers , Gillebiers et Renaus
N'orent de ti&re mons ne vaus.
Li sistes frferes, j'el vos di ,
Ot non Guillaumes de Tract ,
18211 Robiert de Montgoumeri, pere de Ro-
bert de Bellesme.
18212 Cie's , chef-lieu. La chronique de Nor-
mandie s*exprime a peu pres de mdme : « Et
estoit le chief de son hertage Thorigny, » etc.,
Dom Bouquet, XIII , 255, G.
18213 Torignis, Torigny.
18216 Sans parcounier, sans partage. Voy.
dans VHistoire de Flandre , par M. Warnkcenig
une piece intitulee : Chest chou he mes tires de
Mortaingne doit prendre a son wienage a Mortain-
gne, il et si parchounier, II . 472. Ici parckou-
Tom. II.
nier veut dire fermiers a part de produit. Ibid.
461.
18217 Haimon-le-Despensier , Haimonis dapi-
feri.
18227 De soi, comme on dit aujourd'hui de
sa personne,
18228 Noiies, avec le successeur presomptif
de Henri.
18231 N'orent de tiere, Guill. de Jumieges
dit : Adhuc juvena sine casamento sunt, Renaud
devint comte de Gornouailles.
18235 Tract, Tracy pres de Vire ; on y voit
29
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226
CHRONIQUE
Ki puis son pere mom tos.
18235 L'une des filles, Mahalos,
Cele espousa li queus Rotrot
Des Pierce, qui moult peut et sot.
Mais ele fu noite en mer ,
Quant od son frere diut aler.
18240 Mais li quens en ot line fille,
Qui biele f u , s'ot non Mobile.
Et cele fille Mabilain
Douna-on al conte Konain
De Bretagne : s'en ot Hoiel.
18245 Con tint a valiant et a biel ,
Et II filles en ot ausi.
La tierce fille al roi Henri ,
Cele ot Estasse de Pact ,
Qui preudom fu et moult vesqui.
18250 Juliaue ot non^ s'ot II fius,
Bien entendans et bien soutius :
L'un Willaumes, l'autre Rosier.
La quarte fille, a grant dangier,
Fu Guillaume Waiet donn^e ,
18255 Ki de grant tiere l'a dou^e.
La quinte fu donnee adont
Al visconte qui tint Belmont.
La siste ot Mahius % j'el tos di ,
encore le* ruines d'un magnifique chateau.
M. Guizot, dans son magnifique discours de re-
ception a racademie francaise, ayant a falre l'e-
loge du celebre ideologue Destutt de Tracy , cite
avec bonheur la devise du manoir de cette fa-
mil le.
18235 Mahalos, Matbilde*
18236-37 Rotrot des Pierce, Guil. de Jumieges:
Nupsit comiti Perticensi Rotroco, c'est-a-dire Ro-
trou II, comte de Perche en 1100.
18242 Mabilain , m£me nom que Mabile.
18243 Konain, Gonan HI , due de Bretagne,
dit le Gros , pere de HoeJ VI.
18244 Hotel 7 Hoel ou Howel. Le trouvere
Renaut donne a la^ Bretagne , ou du moins a une
de ses parties, le nom de terre HoieL Lb Lai
d'Icfubhes, pag. 6.
18253 A grant dangier , non sans grande
peine.
18254 dhUUaume Waiet, Guillaume Gouet, qui
a donne son nom au Perche-Gouet.
18257 Belmont, Beaumont.
18258 Mahius, Mathieu I cr , connetable de
France , fils de Bouchard IV de Montmorency.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
Fhis Boucart de Montmorenci.
18260 La sietme ki fu Yzabiaus ,
Qui les ieus ot rians et biaus ,
Et suer al conte Galeran ,
N'ot onques mari a nul an.
L'arcevesqes de Ruem Jofrois
18265 Fu adont mors et enfouois.
Hue , li prieus de L&us ,
Ki moult f u preudom et loiaus ,
Et plains estoit de bonnes teqes ,
Fu par le due fais aroeveskes.
18270 Cis rois d'Engletiere Henri* ,
Ki moult fii vallans et cieris ,
Fist en Engletiere castiaus ,
Plusiors moult fors , rices et biaus.
S en fist plusiors en Normendie ,
18275 Drincourt fist-il par enresdie,
Mathieu I de Montmo-
renci.
Hague*, archeveque de
Rouen.
Chateaux et monasteres
bitispar le roi Henri.
Les vers 18258-59 sort cites par Du Chesne,
page 98 de Thistoire de cette illustre mai-
soo.
18262 Suer al conte Galeran, elle avait pour
mere Elisabeth, soeur du comte Waleran II ou
III deMeulan, et fille de Robert III. Septimaguce
nata ex Elisabeth , torore Walerani, comitis MeU
lentu Ph. Mouskes traduit avec inexactitude, et
©met , sans y prendre garde , les mots esseatiels
de son original.
18286 Prieus de Leant, Guill. de Jumieges,
liv. VII, c. 50 : Hugo, primus jabbas Radingeu*
sis. Mais avant d'etre abbe de Reding , il avait ete
prieur de Lewis. Guillaume de Malmesbury,
dans le recueil des Historiens frsneais, XIII ,
22, D.
. 1S268 Teqes , qualkee.
18272 Castiaus. GwU. de Jumieges, VII, 51.
II faut lire sur oe point M, de Caumont, Hist,
de Vvrchitecture militaire et civile , pag. 212 :
« Ce fat surtout , dit ce savant , sous Henri I er ,
ami des arts et des lettres, que Parchitecture
militaire fit des progres sensibles et non moins
remarquables pert-dire que ceux qui se mani-
festerent vers le m&me temps dans les construc-
tions retigieuoes. L'historien Robert Du Mont
cite, parmi les nombreux chateaux que ce prince
fit retablir ou reconstruire en entier sur les fron-
tieres, ceux de Driencourt (ou) JYeuchdtel sur
Epte , Vemeuil, Nonancourt, Sons - Moulin s ,
PonlorsoBj 8 x .~Deni$-en-Lion$ 7 Le Vumdreuil,
les tours tffivreux, tfAlencon, de Coutances , de
St.-Jean-le-Thomas, pres du mont S*.-Michel ,
et plusieurs autres (Rob. Du Mont, Appendix
ad Sigeberlum , apud Dom Bouquet , torn. XIII ).
» II fit aussi construire les donjons 4e Caen ,
dMrques et de Vire, comme nous Pavona deja
dk. »
18275 Drincourt, Driencourt, qui per.dk oe
nora pour prendre celui de Neufckatel , apres
que Henri I er y eut fak construire ud cha-
teau,
M. A. I«e Prevost dk qu'il n'a point oonnais-
sance des seigneurs de Driencourt dont R. Wace
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228
CHRONIQUE
Passage dans les Alpe».
Si fist le Nuef-Castiel sor Di&pe,
Ki ne cr&noit adonqes si£ge,
Et Buens-Molins et Pontorson
Nounencourt et mainte maison ;
18280 Et si funda en Engletiere,
El tans qu'il fu a mains de gierre ,
Sainte-Marie de Radinges ,
U il a monnes et clers dignes ,
Et une autre de S t .-Jehan
18285 Fist-il a Wincester eel an,
Et si mist kanonnes riulers ,
De clergie garnis et clers.
Si fist a Ruem en Normendie ,
Cele del Pr^-Sainte-Marie ,
18290 Et si aida moult a Clugni,
Que commen^a sa m&re ausi ;
Et cele a Des-Cans-S*.-Martin.
Et si fist faire le cemin
Pour passer les mons de Mongiu
18295 Con ne pooit passer a giu ,
Et si douna a l'ospital
Une Tile qu'ot en I val
En Avrentin , s'ot non Vilide ;
parlea propos de la bataille dllastings, II, 267:
Dc Crievccoer et de Driencort
Et li sire de Briencort
Sucieot li Dus kel part k'il tort.
Enresdie, colere , ressentiment.
18276-78 Diepe et siege, rime rnrale.
18281 A mains de gierre , a moins de guerre,
e'est-a-dire pendant qu'il jouissait de quelque
repos.
18282 Radinget. Guill. de Jumieges, VII ,
32 : Mdifieavit autem in Anglia a fundamentis
abbatiam sondes Maria Radingis super fluvium
Tamissa. Radinget et dignes , rime incomplete.
18286 Riulers, reguliers.
18291 Que commenca sa mire ausi, dans G. de
Jumieges, que traduit Ph. Mouskes, cea mots tom-
bent sur l'eglise du Pr£-S te -Marie et non pas sur
celle de Clugny.
18292 Des-Cans-SK-Martin , S. Martini de
Campis, S'.-Martin-des-Gbamps , a Paris. Fog.
Gbron. de Normandie, Dom Bouquet, XIII,
285 , D.
18294 Mongiu, Mons Jot is. Voy. les Tables.
18295 A giu, comme un jeu, facilement.
18296 A l'ospital, aux Templiers.
1 8297 Qu'ot en I val, mots amenes par la rime.
18298 Avrentin, Avranchin; Vilide,,* ViUe-
dieu.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
229
Et ai Temple fist-il aide.
18300 Et pour s'arme, comme rois preus,
Refist-il la glise d'Evreus ,
Qu'entre lui et conte Amalri,
Par lor gierre , arsent I mardi.
Cil rois Henris ot moult serors .
18305 Qu'il maria a grans honors.
L'ainsn^e , C&ile ot k non ,
Fu doun^e en religion.
Moult fu sage , et al quart an
Fu-ele abesse de Kaam.
18310 L'autre, Coustance, fu sen^e:
Al conte Alain fu marine
De Bretagne , le fiel Hoiel ,
Qui ferma maint rice castiel,
Oirs fu Konain , mais il moru
18315 Sans oir, hardis et jovenes fu.
Petit apri& moru la dame ,
Con tenoit a moult bonne fame;
Et Alains prist apri& I po
Une fille al conte d'Ango ,
18320 De qui il ot Konain, son fil.
Et puis apri& si reprist-il
Une fille le roi Henri ,
Si com devant av& oi.
Eglise d'Evreux.
Sceurs tfu roi Uenri.
18302 Amalri, Amauri.
18304 Serors. Voy. Guill. de Jumieges , VII,
pag. 34.
18311 Alain, Alain Feregand ou Fergent,
dit le Roux, fils de Hoel V.
18314 Oirs fu Konain, Hoel V fils d'Alain
Gagnart, comte de Cornouaille , succeda a Co-
nan II.
1831445 Mais il moru sans oir , cela ne peut
s'entendre ni de Hoel V ni d' Alain Fergent, mais
doit s'appliquer a Constance, qui mourut sans
enfans , le 13 aout 1090 : Absque liberis mortua
est, dit Guill. de Jumieges.
18316 Petit aprie's moru la dame. Constance
mourut environ six ans apres Hoel V.
18319 Une fille, Ermengarde, fille de Foul-
ques - le - Rechin et femme repudiee de Guil-
laume IX , due d'Aquitaine.
18320 Konain, Conan III, dit le Gros.
18321 Et puis aprie's , ceci est uue inexacti-
tude , Ph. Mouskes reproduit le meme fait en
intervertissant l'ordre chronologique.
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230
CHRONIQUE
Philippe I« r , roi de
France.
Mortd'ArnoulUI,coiute
He Flandre, 1071.
Hiver rigoureux.
ResUuralion de 1'ab-
baye de S'-Martin , j
Tournay.
Manage de Philippe I ,r ,
1108.
Encor vWoit li rois Felipe*
18325 De France, qui moult estoit visles,
Qui fu fius al bon roi Henri ,
Qui sa ti&re point n'amenri.
Adont fu ocis a Kasiei
Li quens Ernous, par son r&riel ,
18330 De Robtert, ki ses oncles fu ,
Ki puis en a grant duel 4u.
Dont fu une trop grant giel& .
Trop piesme et trop d&nesur^e ,
De nuevembre juaqu'en avril,
18335 Et povre gent mist a exil.
Dont si fu restor^e enfin
L'ab&e de S*. -Martin
Que li rois Henris ot destruite
Par son courous et par sa luite.
18340 Cil rois Felippes i douna
Del sien. quant on le res tor a.
Et si prist adont a espouse
Une moult avenande touse.
Fille fu al oonte Robiert ,
18345 Par restore Wen m'en sai ciert.
Lo^ys en ot et Coustance ,
Ki fu biele et cortoise et f ranee.
Et puis fu-ele tant sen&
Qu'al conte Huon fu don^e
18350 De Troies, c'on tint a moult sage,
185&4-25 Felipes, vtafef , maiwaiserhne. Vistes,
alerte , diligent.
18327 Ce vers, comme *ne infinite d'autres,
est an Jieu omnmiD. foyAa. fin de cette matiere
v. 18468.
18538 Kasiei 7 Cassel, Foy . v. 17946.
t8329 Reviel, orgveil.
18339 Robiert, Robert-le-Fiison , deuxieme
fils de Baudovin de Lille. L'a*te«r , qui a deja
parle du meurtre de Charles-le-Bon, le Lroisieme
comte de Flandre apresRobert-le-Frison , ne suit
pas trop strictement , comme on voit , la marche
des ev^nomeas.
18343 Tmue, femme. Bertfae, fiHe de Ger-
trude de Saie et de Florent I OT , comte de Hol-
lander belle-fiUe de Robert-le-Frison , oonte de
Flandre.
18349 Huon j Hngues, comte de Champagne.
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DE PHILIPPE MOUSKES,
231
Ki puis s en parti par parage.
Si fu doun^e a Bui&nont ,
D'Andioce prince secont.
Cis rois Felippres , j el vos di ,
18355 Par sa ruistaice esploita si ,
Q'al vivant sa feme premiere .
Ki biele estoit de grant maniere ,
Conte Foucon d'Ango toli
Sa feme, tant li abi&i.
18360 II fius en ot, <jou dist I'estorie,
L'un Felippron et Fautre Florie ,
Et une fille, ensi le truis,
Que Tangr& d'Andioce ot pris.
A Meteun moru cis rois,
18365 Ki moult ot fais tors et derois,
Enti&*& fu , j'en sai le voire ,
Droit a St.-Ben&rit-sor-Loire ,
En la contr^e d'Orlenois,
XLIX ans fu cis rois.
18370 Lo^ys , ses fius li ainsn& ,
Fu lu&s a Noion couronn&.
L'arcevesques de Sens i fu ,
Ki l'a enoint et esl&i.
XL rois k cest cont&.
18375 Puis fu-il cr&nus et dout&.
Feme prist d'une ti&re estragne,
Mort de Philippe 1".
Louis VI , (lit le Gros.
Son manage, 1115.
18351 Par parage, par raiton de parente.
18352 Butemont, Boemond , prince d*An-
lioche.
18355 Ruistaice, impetuosity, violence des
passions ; si , tellement.
18359 Sa feme, Ber trade, enlevee le 4 jum
1092 a Foulques-le-Rechin , comte d'Anjou j
abie'U, plat.
18360-61 L'ettorie, Florie, la mesure exige,
ainsi que dans d'autres occasions semblables T
Vestore et Flore.
18361 Felippron, Philippe, comte de Mantes;
Florie, Fleuriou Flore, qui epousa rheritiere de
Nangis.
18362 Une fille, Cecile.
18363 Tangres , Tancrede , prince de Galilee,
cousin de Boemond. Cecile epousa . apres lui 7
Pons , comte de Tripoli.
18365 Derois, mieux de trots.
XLIX ans , 48 ans.
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232
CHRONIQUE
Guerre contrc !e romtc
de Mculan.
Fille al conte de Moriagne.
Y fius en ot, j el sai de fi,
Felippron, Robiert et Henri.
18380 Li quars ot Lo^ys a non ,
Et li quins T£ris, ce trueve-on.
Une fois , par grant mautalent ,
Avint que li quens de Meullent ,
Et ses linages avoec lui ,
18385 Vorrent a cest roi faire anui.
S'orent fait espiier cilcun,
Que li rois iert a Mel (kin.
Arm£ sont, vinrent a Paris;
Mais il n'i ot ne giu ne ris ,
18390 Quar il ont fait les pons desfaire
Et Tiers la sale a trait atraire ,
Pour prendre et pour ardoir k force.
La Tile poilent com escorce.
Et li rois, quant li fu nonciet,
18395 Son mariscal a lues huciet ,
Months est, et s'a commande
Que tot le siucent, et mande.
A esporon s'en Tait bro^ant
Et tout si home apri& hastant.
18400 C'onques n'i dout^rent lasser.
Mais ne porent as pons passer.
18577 Moriagne, Alix ou Adelaide, fille de
Humbert II , comte de Maurienne ou de Savoie.
18378 Ffius , six fib et une fille. Ph. Mouskes
a oublie Pierre de Courtenai.
18380 Li quars, le second par ordre de nais-
sance.
18381 Ten's, on ne trouve pas de fils de
Louis -le-Gros appele Thierri, mats bien Hu-
gues , qui fut consacre a Dieu dans Tabbaye de
Tiron.
18383 Li quens de Meullent, ce qui suit est
raconte* ordinairement de la guerre de Louis-le-
Gros et de Henri, roi d'Angleterre.
18386 Cilcun, quelqu'un.
18391 La sale , le palais du roi ; a trait , avec
des armes; atraire, diriger.
18393 Poilent, pelent , 6tent le poil, e'est-a-
dire pillent.
18593 Huciet, appele.
18397 Siucent, suivissent ; et mande , ces mots
doiyent se joindre , pour le sens , a s'a com'
mande.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
233
Et li rois Tint al gu£, s'el sainne,
A esporon se fiert en Sainne ,
Et li cevaus outre ariva.
18405 Cascuns apri& a fprce Ta.
Uns de Meullent quoisi le roi ,
Par le frain le prist k desroi
Et dist le roi : cc Rois , tu i&& pris. »
« Vous mentis , dist li rois de pris ,
18410 Conques rois, ce n'est mie gas,
Ne fu mis jus al giu d'escas. »
A tant saca le bran diviers ,
Si Ten a fteru en traviers ,
Parmi les flans pourfendu l'a ,
18415 Que Tune moiti& cai la
Et Tautre remest el ceval.
Les autres, d'amont et d'aval,
Desbareta et desconfi ,
Puis furent tot en sa mierci.
18420 Et saci£s bien que li bourgois
Si provferent si que li rois
A son Tivant les en loa
Et jusqu a la mort les a ma.
Felipres, li fius premerains,
18425 Fu al yiyant son p&re, a Rains,
Enoins et couronne porta.
I4avrilll29.
18402 S'el sainne, le marque ou fait sur lui
le signe de la croix.
18403 Sainne , Seine.
18406 Quoisi, apercut, reconnut.
18408 Et dist le roi, et dit au roi.
18409 Li rois de pris , expression qui revient
souvent dans les poesies des trouveres et surtout
dans les anciens romans :
Re nel conoisent li chevalier de pris.
Bskksb, Gerard de F"ienne , v. 483.
Torne It raigne dou boin destrier depris.
Ibid., v. 502.
To*. II.
Poignfo apres, franc chevalier de pris.
Ibid., v. 527.
Ke chevaichoit le boin destrier depris.
Ibid. ,v. 868.
En sa compaigne mil chevaliers depris.
Ibid.,r. 1148.
18410 Ce n'est mie gas , ce n'est pas un badi-
nage.
18411 Mis jus, mis a bas, ren verse j al giu
d"escas , au jeu d'echecs.
18412 Le bran, le glaive; diviers 9 cruel.
18418 Desbareta, vainquit*
30
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234
CHRONIQUB
Louis VII, ditle Jeune,
roi de Frtncc.
Comtes d'Anjou el du
Maine.
XLI rois cis fera.
Mais en eslan li meskai,
Quar jus de son ceval k& ,
18430 A Paris, parmi I pourciel,
Si durement en I monciel,
Que de la ble$ure moru.
A S* .-Denis enfbuois fu.
L'an meismes fu coronn&
18435 Lcrfys, Taiitre fius ainsn&;
Enoins fa k Rams roirement
De Fapostole Innocent ,
Qui la son concille tenoit.
XIII rois fait cis droit
18440 Ensi le tiesmogne restore.
De cest roi lairai ester ore.
Or tous dirai-jou des Normans ,
Ki dont vivoient k eel tans.
Quant Jofrois-Martiaus fu ochis,
18445 Fouques, ses fibres , fu saisis
De la tiere , et prist k son tans
Fille al conte Elie del Mans.
II fius en ot : Jofroi-Martiel
Et Elie^ e'on tiunt a biel,
18450 Et H fines; sen fu l'ainsn&
18430 Pourciel, pourceau.
18431 Monciel, monceau.
18437 Ce vers serai t trop court si l'elision
avait lieu. -L'an 1130, Innocent II , chasse* de
Rome par Anaclet, son comp&ileur , s'&ait re-
fugi6 en France.
18441 Je me tairai main tenant sur ce roi.
18444 Jo frois- Martians , Geoflrol IV, dit
Martel, comte d'Anjou, fils de Foulques IV,
dit le Rechin. Voyez Guillaume de Jumieges ,
VII, 54.
18443 Fouques , Foulques V , dit le Jeune ,
comte d'Anjou , puis roi de Jerusalem.
18447 Fiiie, l&remburge, firmentrude ou en-
core Guiburge, fille et h£ritifre d'Helie , comte
du Maine, morte en 1143.
18448 Jofroi, Geoftroi V.
18449 Tiunt, tint.
18430 II fillet, Mathilde epousa Guillaume,
fUs du roi Henri d'Angleterre; Sybille ou Mabirie
s'unit a Thierri d' Alsace, comtede Flandre, a pre*
avoir 6t6 separee de Guillaume Gliton , son pre-
mier epoux. — La cbronique vulgaire de Nor-
mandie donne aussi pour mari a Mathilde le
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DE PHILIPPE MOUSKES.
235
Al conte de Prouvins donn£e ,
Et l'autre prist li quens T^ris
De Flandres, qui moult fu gentis.
Quant morte fu , si sen ala
18455 Li quens a Acre et rois fu la.
S'ot la fille al roi Bauduin
Qui dont estoit ates k fin.
Quar quant la ti£re fu conquise
Et Jerusalem fu r'aquise ,
18460 Godefrois. frere al roi Estase,
En fu sire par lone espasse.
Mais on ne li pot enorter
Qu'il Tosist eouronne porter ,
Fors une d'espine par non ,
18465 Si com Dieux fist a passion.
Puis eest fu Bauduins premiers ,
Ses fius secons et Tigris tiers.
La tierce fille au roi Henri ,
Fu promise , jou sai de fi,
18470 Evrart TEnglois, I traitour,
Mais il fu ocis a dolour ,
Foulques , roi de Jeru-
salem.
Godefroid de Bouillon.
Suite de* filles de Guil-
laume, roi d'Aogle-
terre.
comte de Proving , et en general il y a entre cette
chronique et certains passages de Ph. Mouskes,
des resseroblances assez frappantes, d'ou Ton
pour rait inferer que Tauteur de cette chroni-
que a consult^ le n6tre. Dom Bouquet, XIII,
234 , A.
18456 Pot la fille, Melissende, fille de Bau-
douin II, roi de Jerusalem.
18460 Al roi Estase , Eustache, on le sait,
ne fut jamais roi , mais comte de Boulogne. Guil.
de Jumieges, que traduit encore Ph. Mouskes,
ne commet point cette faute, VII, 54.
18466 Bauduins, Baudouin I er , frere de Go-
defroid de Bouillon.
18467 Ses fius secons, Baudouin ne laissa
aucun enfant de sestrois femmes. Le second suc-
cesseur de Godefroid fut Baudouin II , fils aine*
de Hugues, comte de Bethel et parent de Bau-
douin l m . Tieris tiers , aucun roi de Jerusalem
n'a porte le nom de Thierri. Le troisieme suc-
cesseur de Godefroid fut Foulques, dont il a 6te
parle tout a l'heure.
18468 La tierce fille.... Ici Ph. Mouskes re-
vie nt au sujet qu'il avait ahandonneau v. 18263.
Au roi Henri, Ph. Mouskes se trompe encore ici :
il faut lire au roi Cruillaume. Son auteur original,
Guill. de Jumieges, VII, 54, dit : Tertia vero
filiarum Wilhelmi regis. Notre auteur avait done
tort d'ajouter jou sai de fi, car sa negligence est
evidente.
1 8 470 Evrarl VEnghis , Heraldo proditori ante
helium anglicum sponsata. C'est-a-dire , cet
Harold , vaincu par Guillaume - le - Conqu6-
rant.
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236
CHRONIQUE
Henri I, cotnle d*£u.
Et la puciele moru virg£ne
Que cil devoit prendre, A&ine.
La quarte Ade , ki fu senee ,
18475 Fu al conte Esti^vene donn^e
De Blois , s'ot de li MI Bus ,
Sages , vallans et entenlius :
Guillaume et Ti^baut et Henri
De Fescans , ki ji fist I di
18480 Lever de ttere due Ricart;
Et l'autre, en qui Dieux ot grant part.
Ce fist faire li rois Henris ,
Li fius M&aus Femper&s ,
Ki fu al lever, et douna
18485 Le bos de Honges ce jor-la,
Comme preudom et bien sa$ans ,
Pour s'arme et pour les dus valla ns.
Et apri& eel tiermine I pou,
Si reprist li quens Henris d'Ou
18490 Fille Guillaume dont je di ,
Et sa parente ert-ele ausi;
18472 Firgene, proDoncez virgne.
18475 Aeline, Adelaide.
18474 Ade, Adele.
18475 Estievene, EtienneVI, comte de Blois.
On a deja remarque* sans doute que ce mot doit
se contracterdansla prononciation, pour laisser
au vers sa mesure.
18480 Ricart, Richard I cr , due de Normandie.
18482 Neurit, Henri II, Plantagen^t.
18485 Le bos de Honges, Robert Du Mont,
dans son appendice a Sigebert de Gembloux,
ecrit ce qui suit : Primus Ricardus , dux Nor-
mannorum, et secundus Ricardus, filius ejus,
apud Fiscannum levatide tumults suis,in quibus
separatim jaeebant , post altare sanctae Trinitatis
honestius ponuntur. Huic translationi Henricus,
rex Anglorum , interfuit, et episcopi Normanniae ;
et dedit illi ecclesiae Sylyam db Hogis. Dom Bou-
quet, XIII, 506, D. La chronique vulgaire de Nor-
mandie se rapproche encore davantage de notre
auteur : « La quarte nominee Ade , fu mariee au
conte Estienne de Blois, et de lui eut quatre filz,
Guillaume , Thibault , Henry et Estienne. Guil-
laume, surnomme de Soly (Sully) , fu pere Henry
l'abbe de Fescamps , qui en son temps fist lever
de terre les deux Richards de Nortmandie : et
y fut pour le temps qu'ilz furent tenus et levez ,
Henry , fils de M^hault l'empereis , lequel pour
lors estoit roy d'Engleterre et due de Northman-
die , et douna au jour de ladite levacion a icelle
abbaye de Fescamp une forfit sur la mer , nom-
inee Hogues. » Ibid., XIII , 254, B.
18489 D'Ou, Henri I er , comte d'Eu.
18490 Fille, Marguerite; Guillaume, Guil-
laume de Champagne , sire de Sully , fils d'Adele
et neveu du roi Henri I er .
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DE PHILIPPE MOUSKES.
237
Une fille et III fius en ot.
Li ainsn& Ti^baus , qui moult sot ,
Et moult ert sages et courtois,
18495 Ot toute la cont<5 de Blois
Et s'aquist a Huon , son oncle ,
La cont^ de Troies adonke ,
Et s'ot la cont£ de Chartain ,
Puis si prist-il a feme Adain ,
18500 Qui moult estoit vallans et savie
Et fu fille al conte de Blare,
Filles et fius en ot ass^s.
Henris, ses freres li tiers n&,
Fu rendus moines a Clugni ,
18505 Et puis fu-il abb& d'enki
A Glatinbergire lonctans ,
Quar moult fu sages et vallans.
Et puis fu veskes a Winciestre.
Estievenes qui mainsn^s dut iestre ,
18510 Del don le roi , ki fu ses oncles ,
Ot la cont£ de Mortuel donques.
Puis ot-il a feme M^haut ,
Qui moult fu biele et s'ot cuer haut ,
Fille Estasse de Boulenois ,
18515 Ki fu preus et s'ot moult d'anois.
Thibaut IV, comic de
Blois ,1102.
EusUche HI, comte de
Boulogne.
18492 Une fille , c'est Fopinion de Guill. de
Jumieges, mais d'autres disent deux filles, sa-
voir , Beatrix et Mathilde.
18495 Li ainsnes, il s*agit ici non pas de
Value de Henri , comte d'Evreux , comme semble
1'indiquer la suite de la narration , mais du fils
aloe d'Etienne , comte de Blois , dont il a eie"
parle plus haut. Gar Thibaut IV, dit le Grand,
septieme comte de Blois, qui acquit de son
oncle Hugues, le comte de Champagne, n'etait
pas fils de Henri d'Eu, mais d'Etienne, comte
de Blois, et d'Alix ou Adele, fille de Guil-
laume I OT , roi d'Angleterre. Au surplus , la chro-
nique vulgaire de Normandie tomhe daus la
meme confusion.
18498 Chartain, le pays Ghartrain.
18499 Adain, lachronique vulgaire de Nor-
mandie dit : Et print a femme la fille du comte
Baudouin, Dom Bouquet, XIII, 2541, B. L'Art
de verifier leg dates donne pour epouse a ce
prince , Mathilde , fille d'Engelbert II , due de
Garinthie et marquis de Frioul.
18500 Savie, lisez save pour la rime.
18506 Glatinbergere , Glastingbury.
18511 Mortuel, M or tain.
18514 Estasse, Eustache III.
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238
CHRONIQDE
Guillaume Talcras ou
Talras.
Gui I , comte de Pon-
thieu.
Et ci$ Esti^nes si tint puis
Tout Boulegnois, si com je truis,
Et si en ot en Engleti£re
Grans iretages et grant ti&ne.
18520 M&aus l'emper&s I jour
Iert ayoec son p£re a s£jour.
Mais ele s'en parti par ire,
Et le pourquoi vos sai bien dire ;
Que li rois ne volt pardouner,
18525 Par proi^re ne par douner,
S'ire k Guillaume Taleras ,
Dont ariere le conte fas ,
Qui fius iert Robiert de Bieiesme.
Si en ot ire al roi m&sme.
•18530 Mais li rois, pour sa cruaut£
Et pour sa grant desloiaut£ .
Le fist en sa prison morir ,
Qu'a raen$on ne pot yenir,
Et si fist tout Bielesmois rendre
18535 A Rotrot de Perce son gendre.
Hues de Bieiesme as gros ious .
Robiert anciestres, ki fu vious,
Fu moult preudom, et si osta,
Comme oil qui forment jousta ,
18540 Le premier Ricart, ce set-on,
De France u il iert en prison.
Cil ot Willaume de Bieiesme ,
Et de cest Willaume m^esme
Willaumes Talevas issi ,
18520 Me'haut, Guill. de Jumieges , VII , 34.
18524 Que, c'estque.
18525 Par douner, par dons.
18527 Fat, je fais le conte, le r&it.
18535 Rotrot de Perce, Rotrou de Perche.
18536 Hues , Ives. Guillaume de Jumieges ,
VII, 35. At grot tout est une addition de
Philippe Moaskes au texte de Guillaume de Ju-
mieges.
18557 Robiert, Robert II, comte d'Alencon
et de Belleme, epousa Agues, fille unique et
hentiere de Gui I er , comte de Ponthieu.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
239
18545 Peres Mahiie , et si saissi
Quaa qu'il tenoit en Biele&mois ,
Et outre Sarte, en S&mois.
Gil quens Robiers, dont je dis or ,
Fu ni&la ducoise Gonnor,
18550 Et de par lui , que que nus die ,
Tint-il grant ti£re en Normendie.
De sa feme Mabile ot cil
Y fius, qui moult furent gentil ,
Et IIH filles moult sa$ans.
18555 Rogiers de Bielesme, li grans,
Fu ses oirs , qui de la fille ot
Guion de Pontiu , qui moult sot.
Willaume Taleyas , son oir,
Cil Taleyas ot grans pooir ,
18560 S'ot la feme al due de Bourgogne.
II fius en ot , ce nous tiesmogne :
Guis , Fainsn^s fius, ot la cont^
De Pontiu, pour sa grant bont£;
S'ot II filles, Tune ot a feme
18565 Li quens Willaume* de Waresme.
Et Rogiers de Montgoumeri
Fu en Jh&usalem ausi.
Roger, comic d'Alen-
con.
Roger de Montgomery
18547 Sarie, la Sarthe, riviere; Seonods ,
Saonois , pagus Sagonensis ou Semiensis, au Baa-
Maine.
18548 Robiers, e'est une faute, il faut lire
Rogiers. (Test- a -dire Roger de Montgomeri,
petib-fils , par Josceline ," sa mere , de Sen trie
ou Saiairie, Meur de Gonnor , femme de Ri-
chard II , due de Normandie.
18552 Mabile, de Belleme et d'Alencoju
18555 Rogiers, si tout a l'heure au lieu de
Robiers, il fallait lire Rogiers, ici a Rogiers,
e'est au contraire Robiers qu'il faut substituer;
e'est-a-dire Robert II , dont il vient d'etre parle"
en note.
18556 La fille, Agnes.
18560 S'ot la feme, lisez la fille; cette faute
est aussi dans la chronique vulgaire de Nor-
mandie. II est question ici 'dUelene , Alii , ou
Elute , fille d'Eudes Borel , due de Bourgogne ,
et veuve de Bertrand , comte de Tripoli.
18562 Guis Vainsne's, Gui II , comte dePon-
thieu.
18564 // filles. Adele, femme de Juhel 1%
seigneur de Mayenne, et Hele, marieel a Guil-
laume III , comte de Varenne et de Surrey; 2° a
Patrice d'Evreux, comte de Salisbury.
18567 Fu enJherusalem, Guill. de Jumieges
n'en dit rien.
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240
CHRONIQUE
Mort do Henri I , roi
<TAngleteire,1135.
Elienne, roi d'Angle-
terre.
Quant il revint, s'ot de la gierre
Willaume-le-Bastart , grant tifere ,
18570 Salesbieres et Arondiel,
II cont& u a maint castiel.
Li rois Henris passa de Tie
En la tiere de Normendie
Droit a St.-Denis-en-Lions ,
18575 Et fu port& de ses barons
En Engletiere et \k Font-il
Enseyeli , com roi gentil ,
A Nostre-Dame de Radinges,
Dont li lius est vallans et dignes.
18580 Esti&r&nes, li quens de Mortuel,
Se verity dire yous Toel ,
I Tint , si fu lues couronn& ,
Quens iert vallans , rois fu senes.
Li Tesques Henris de Winciestre
18585 Le couronna de sa main diestre.
M&aus l'emper&s estoit
En Engletiere et la manoit ,
Quant ses fibres fu devils;
Mais ele vint esrant as n& ,
18590 Si passa outre en Normendie
Et prist Danfront en sa baillie
Et Argentom et tout Olmois.
S'ot moult de tiere en mains d'un mois ,
Et douna del sien en demainne
18570 Salesbieres, Salisbury ; Arondiel, Arun-
del.
18572 Passa de vie, trepassa.
18578-79 Radinges et dignes ; ces mots riment
deja ensemble plushaut. Toy. Guill. de Jumieges,
VH,33.
18580 Mortuel, Mortain. Guill. de Jumieges ,
VII, 38.
18584 Henris, cet eveque &ait frere d'6-
tienne , troisieme fils d'Etienne , comte de Blois,
et d'Adele, fille de Guillaume-le-Conquerant,
ainsi qu'on l'a declare" ci-devant : ce ne fut pas ,
au reste, Henri qui couronna Etienne, mais
Guillaume, archev£que de Cantorbe>y.
18588 Ses frires, son epoux.
18591 Danfront, Dora front.
18592 Olmois, Exmes ou Hiemois ; voy. vers
15209.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
241
18595 A Guiel, le signor del Mainne,
Comme dame yallans et sage ,
Pour aidier d'avoir l'iretage.
Li rois Davis d'Escoce estoit
Oncles M&aut , si li aidoit
18600 Contre le roi Estilvenon.
S'el guerroii&rent a bandon
Od le conte de Le&iestre,
Et moult destorberent son iestre.
Ceste M^haus , a une fie ,
18605 S'en vint a Ruem en Normendie,
Et de la vint al roi de France
Lo^ys, et li quist aidance,
Et pour aidier li promist lors
Trestout le castiel de Gizors.
18610 Li rois a aidier li jura,
Et fu living li castiaus la
En la main des Templiers atant,
Loiaument par tel convenant ,
Et fu fais dus de Normendie
18615 Li fius Mehaut, par enresdie
Henris ot non , moult fu Yallans ;
Puis ala-il empri& III ans
En Engletiere et guerroia ,
Le roi Esti^v&ne, quant vint la.
18620 Et si fisent une asambtee ,
Mais pris i fu, en la menl^e.
Li dus Henris ne pot el iestre
Avoec le conte de Glociestre ;
Etavid I, roi d'£cosse.
Le roi dc France *e-
court 1'impera trice
Mathildc
BaUullc de Lincoln, 2
fevrier 1141.
18595 Guiel, Juhel.
18602 Leeciestre, Leicester.
18607 Loe'ys , Louis-le-Jeune , nouvellement
Tevenu de la croisade.
18615 Enresdie, force.
18616 Henris, Henri II , Plantageng t , comte
d'Anjou et du Maine.
To«. II.
18620 Asamblee, bataille. Foy. la Chronique
vulgaire de Normandie, Dom Bouquet, XIII,
255.
18621 Pris, c*est-a-dire titienne.
18625 Le conte de Glociestre , le comte de Glo-
cester, frere naturel de Mathilde , et vainqueur
a Lincoln.
31
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242
CHRONIQUE
La pais est retablie en-
tre Henri el Etienne,
1153.
Enstache , fils du ro»
Etienne.
En tevrier fu , mais al nuevembre
18625 Fisent-ii pais dans aus raenbre,
Par si qu'Esti^Tenes tot par droit
Toute sa Tie roi seroit,
Et mariseaus li dus Henris
Et justice par le pais ,
18630 Et puis sa mort seroit li dus
Rois couronn& et esl&is ,
Et li fins roi Est¥on
Auroit IIII chitijs par non ,
Apri& son pere, et . par son yoel,
18635 Auroit la cont£ de Mortuel ,
Et Henris auroit Normendie
Et Engletiere en ja partie.
Ensi fu fait , ensi le fisent
Que de rien nule n'i mesprisent.
1 8640 Estases , fius le roi Esti&r&ne ,
Pr6oit a I jour en la tiere
Sainb-Esmon , mais il s'en venga
Qu'Estase la nuit esraga ;
N'ainc puis ses p£res ne fu li& ,
18645 Nedeinora gaires apries
Con li dist que mors iert ses pere,
Cel duel ne pot de son cuer rere.
I an apries tant seukment
18624 Nuevembre, le l er novembre 1142, le
comte de Glocester , fait prisonnier par Gail-*
laume d'Ypres, batard de Flandre, fut-echange'
contrele roi , detenu dans une prison rigoureuse
a Bristol.
La paix ne fut conclue que le 6 novembre
1155.
18625 Raenbre, ranconner, vexer.
18626 Par si, de telle sorte.
18652 Li fius, Guillanme, second fils d'£-
tienne ; Euslache , raine* , ay ant cesse de vivre
vers la mi-aout 1155.
18657 Partie, part , partage.
18641 Preoit, faisait le degat.
18642 Satnt-Etmou , saint Edmond.
18645 Esraga, emporta.
18646 Mon iert ses pere , Etienne , comle de
Blois, pere du roi d'Angleterre, mourat en 1102,
et celui-ci en 1154. La suite chronologique des
faits n'est done pas exacte.
18648 Ian aprie's, nn an apres la mort d'Eus-
tache , ce qui est vrai.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
243
Vesqui li rois en eel torment;
18650 Mors fu par anui et par ire
Et auques par eonsel de mire;
Sevelis fu en une glise ,
Qu'il avoit faite par devise,
Cele ab&e s'est de Pais.
18655 Del roi Esti^yene a tant yous lais.
Li dus Henris fu couronn& ,
Fius M&aut, et fu rois sen&,
Et puis yint-il en Normendie ,
Dus fu et tint biele mesnie.
18660 Cel an mora, Fuevre l'ensagne ,
Li dus Willaumes d'Aquitagne,
Mais el lit de la mort hu£a
Ses homes , et lor eommanda ,
Par sairement et de cuer yoir ,
18665 Que sa fille, n'avoit autre oir,
Dounasent sans nule fallance
Al joY&ne Lofys de France.
Ki iert oirs de la region :
Alienors ot cele a non.
18670 Li dus fu mors et sevelis ,
Et cil doun&rent Lofys
Sa fille, et il Fa espous&,
Lors si fu dus de la contr&.
Cel an apri& , g'en sui tous fis ,
18675 Moru li gros rois Lo^ys ,
Ses p&re , et si f u enfouois
A S*.-Denise comme rois.
Lo^ys fu lues couronn^s
Et de la tiere ass^ur&>
18680 Ki moult estoit de grant aquest.
CtaiUaume X, doc d* A-
quitaine , comte de
Poitiers.
An 1137.
Mort de Louif-le-Grog t
roi de France.
Louis-le-Jeune.
18651 Et aussi par la faute de$ m&iecins. 18667
18665 Safille, tiieonore. Y. 18669. France.
Loe'y$, Louis -le -Jeuoe, roi de
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CHRONIQUE
Dirorce de Loais ct
<TElfonore,an 1152.
XL1II rois di a cest.
Et si refu dus d'Aquitagne,
Preudom fu , s'ot bele compagae ,
Et si asanbla grant tr&or.
18685 De la roine Alienor
Ot oil rois Lo^ys II filles ,
Bieles et sages et gen ti lies.
L'ainsn&, ki moult fu sen&,
Fu , a grant joie , marine
18690 Al conte Henri de Campagne.
L'autre, si com l'uevre m'ensagoe,
Si ot li quens Ti^baus de Blois ,
Qui moult fu sages et courtois.
Cis fu li gros rois Lo^ys ,
18695 Si com tiesmogne li escris.
De la roine Alienor,
Si com jou truis el livre encor,
Se d^parti petit apri& ,
Comme. cil qui moult iert engri& ;
18700 Et ele manda ses barons,
Uns et uns , les plus haus par nons ,
Si s'en rala en Aquitagne,
Moult courecie, a grant compagne.
A S t .-Jihan ^wangeliste
18705 Prist une vespree sa giste.
Et quant vint a son desfublar,
Si leur a dit : « Voii&, signar,
Dont n'est mis cors prou delitables :
Lou r& digat q'6re deables ,
18686 II fillet, Marie, femme de Henri I or ,
comte de Champagne , et Alix, mariee a Thibaut-
le-Bon , comte de Blois.
18694 Cis fu li gros.... Ph. Mouskes preod
Louis-le-Gros pour Louis-le-Jeune.
18704 fr.-Jehan etran^e/ute, Saint- Jean-d'An-
geli , en Saintonge.
18706 Desfublar , salutation, reception des
grands du pays. Ph. Mouskes veut imiter ici
l'idiome provencal.
18707 Signar, seigneurs.
18708 ift*,mon.
18709 Lou res digat, le roi a dit que c'etait
diable.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
M5
18710 Et q'eu ere riens & tos sens
Malostruge et non cubinens. »
II respondent : « Dosne , vous non 7
Non ac tant gente en ic roion ,
Vengue iestes a bon signor,
18715 S'aur& signar a poi de jor
Ric et prout, dosne, et yous estas
Soubre le vostre et atendas. »
— « Par mon cap , ce dist la roine,
Mis corages a yous sacline. »
18720 Or vous dirai le voir sans falle
Dont li rois le clama doable.
Li quens d'Aquitagne a s&jour
Estoit en son pais ; un jour
S'ala en ses fori&s kacier,
18725 A tant qu'il avint par tracier
K'il perdi ses chiens et sa gent ,
Si n'el Tosist pour nul argent.
Et cevau^a seus ca et la.
Tant qu'en I biau liu s'avala
18730 Sour le riu dune fontenielle ,
Ki moult estoit et clere et biele.
I J istoire mervcilleuse sur
l'origine d'Eleonorc ,
duchesse d'Aquilaine.
18710-11 Et que j'etais de tout point chose
malotrue et (non cubinens) non convenable , in-
digne de sa couche.
18712-17 Dosne, Dame. Non, non certes, il
n'y a pas dans tout le royaume dame si gente
que vous ; vous 6tes venue vers de bona sei-
gneurs , vous aurez un mari sous peu de jours ,
un mari puissant et riche ; restez , dame , sur
vos domaines et attendez.
18718 Par mon cap, par mon chef....
18719 Mis corages, mon coeur ; a vous s'acline,
penche vers vous, adopte votre avis. Le mot
courage a subsiste long-temps avec la signifi-
cation que lui donne ici Philippe Mouskes.
Corneille disait encore dans Meliie , acte 1 ,
scene 1 :
Et Tamoar, qui ne put entrer dans son courage ,
Youlut obstinlmcnt loger sor son visage.
On citerait sans peine des exemples plus
recens.
18720-21 Or je vous dirai exactement d*ou
vient que le roi Louis pretendait qu'Eleonore
elait un Sire diabolique.
18722 Li quens; Philippe Mouskes ne nomine
pas ce due d'Aquilaine , et Jean Bouchet , qui
n'est pas ennemi des narrations fabuleuses ,
neglige cette legende dans ses Annates, fo-
lio lxiij.
18725 Par tracier, a force de suivre la trace,
la piste de la b£le.
18727 Fosist, voulut.
18730 Fontenielle, petite fontaine.
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246
CHRONIQUE
Et dates 50U trouTa stent
Une puciele trop plaisant
De cors , de menbres et de vis.
18735 Tout a I mot le vous devis ,
C'onques nature si tr& bien
Ne pot el monde former rien.
Et li quens , ki bien le mira ,
De nule cose ne s'ira.
18740 Salute l'a hautement,
Et cele respont basement.
Li quens descent , lis li s'asist
Et de s'amour biel li requist ,
Et dist li k'il Vespouseroit,
18745 Quar sans feme iert, se li plaisoit.
Et cele ki sot tout les maus,
A ris couviert et a cuer faus
Li respondi qu'ele en iroit
Avoec lui , se il l'espousoit.
18750 De biel parler moult s'en aspri ,
Parte ont tant k'il arespri ,
Et puis li quens Ten amena
A son m&, et grant joie en a,
Quar si tres biele li sambloit,
18755 Que cuer et cors tout li embloit.
S'iert li diables yoirement
Qui s'en cusa si faitement
Pour prendre et d&evoir le conte ,
Ki puis en ot et duel et honte.
18758 Mira , regarda , admira. Dans Rabelais
(Gargantua, liv. I, c. 24), mirailliers signifie
miroitiers , italien miraglio , miroir.
18759 Ne fut choque de rien.
18741 Basement, a voix basse, modeste-
ment.
18747 A ris couviert, riant sous cape on riant
sous bourre, comme dit Brantdme, OEuvres ,
Edition de Foucault, tome VII, page 41.
18750 S'en aspri, peut-6tre pour s'en espri ,
se laissa prendre a ces discoors; oubien laissant
s'en aspri, ces mots signifieront s'anima a ces
discours.
18755 Mes, demeure.
18757 S'en cusa, se produisit j si faitement,
si adroitement.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
247
18760 Or ot li quern sa gent manege,
S'a dun cevalier espous&
Celi ki diables estoit
Et pour, feme iestre s'aprestoit.
Puis en ot enfans a plentet ,
18765 Jou ne sai par qui volentet,
Fors que tout ensi l'espousa
Li quens, qui moult le goulousa.
Cascun jour au mostier aloit
Mais en creance d&aloit,
18770 Quar quant ce venoit au secrer
Del provoire sage et discrer ,
Fors de la glise s'en aloit ,
Ne plus ariester ne voloit.
Mais en la fin fu d&&ie,
18775 Gar sa gille fu perc&ie.
S'el disent ensi lor signor ,
Et li plus sage et li millour.
Par quoi li quens bien se prova,
Qu el moustier prendre le rova
18780 A cele eure qu'ele en dissoit
Et il meismes i seroit.
Ensi fu gaitie al moustier,
Mais sa gille n'i ot mestier.
Si cpm Nyangilles fu lius ,
18785 Petit apri& si fu li lius
Qu'ele au secrer s'en vot aler,
18762 Diables, la mere dlheonore s'appelait
Aenor ou Eleonore , et etait sceur du vicomte de
Chatelleraut.
18764 A plentet, deux filles et un fils. Foy.
v. 18810.
18765 Par qui volentet, par quelle yolonte,
quelle influence.
1 8767 Goulousa , desira passionnement , gou-
lument , s'il est permis de le dire.
18768 Mostier, eglise.
18769 Defaloit, d^faillait,c*ealra-direrepouse
de Guillaume.
18770 Secrer, consecration , mieux secret.
18771 Provoire, pretrej discrer, mieux disc ret.
18780 Dissoit, lisez plutdt issoit. C'est pour-
quoi le comte, pour faire une experience , or-
donna de l'arre'ter dans l'eglise a Theure qu'elle
en sortait et dit <ru*il y seraitluiHtneme.
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248
CHRONIQUE
Doi cevalier, sans demorer,
Lont ahierse, et li priestres vint,
Li quens et siergant plus de XX.
18790 Et quant li priestres la parole.
Pour li prendre , avan^a l'estole ,
S'a la b^noite aigue aprest&
Qu'uns clers li avoit aport& ,
Pour mious saisir et bareter.
18795 Viers la dame le Tot gieter
Qui mise iert en wise de feme,
Et siert avenans comme genme.
Mais quant perciut laigue b^noite
Et le proToire ki s'esploite
18800 Pour li prendre , moult pau Ten caut,
Fors de lor mains a force saut.
Diables iert et, com d&bles,
Desrompi couvierture et tables ,
Fors de la glise s'esfor^a ,
18805 Si que desrout tout le porce a,
Et le comble del mostier prist ,
Si Vemporta et si l'esprist
De sa malice et de son fu ,
Voiant le peule ki la fu.
18810 VII enfans ot 4m del conte,
Ki remesent, ce truis el conte.
Mais il estoient baptisiet,
Crestienet et pr&igniet ;
Si n'i eut diables pooir.
18788 Ahxetse, saisie.
18790 La parole, lui adresse la parole, pa-
roler quelqu'un; on dit aujourd'hui dans nos
provinces, par flandricisme , parler quelqu'un
{affdri, alloqui aliquem).
18794 Bareter, surprendre.
18796 Vise, guise.
18797 Genme, gemme, pierre precieuse.
18801 Saut, sante.
18805 Desrout, brisl; porce, porche, por-
tique.
18807 L'esprist , du verbe esprendre.
18813 Presigniet , marques d'abord du signe
du salut.
18814 Le diable n'eut pas le pouvoir de l'em-
p&cher.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
249
18815 De ces enfans issirent oir
Dont la roine Alienors
Fu Tune , de ce livre recors.
Quar d'oir en oir, a droite ensagne ,
Furent cil oir, oir d'Aquitagne,
18820 De signourie et de contet,
Et s'eurent barnage et bontet,
Dont li uns des signors Saint-Gille
Eut ceste Alienors a fille ,
Qui fu aukes vallans et france
18825 Et fu donn& au roi de France.
Mais il ne Pama ne n'el pot ,
Pour gou que de ces oirs le sot
Et pour tant cis rois Lofys
Le cong^a de son pais ,
18830 Et la roine s'en r'ala,
Sa tiere tint et ca et la ,
Mais puis le prist, que que nus die ,
Li dus Henris de Normendie ,
Qui fu li rois au-Court-Mantiel,
18835 Ki d'Engletiere eut maint castiel,
Si com lestore nous raconte.
Puis en issirent roi et conte ,
Due et roine et confesses
Mariage d'Eleonore d'A-
quitaiaeetde Henri II,
Plantagenlt.
18817 Ce versaune syllabe de trop. II faut lire :
Put l'un , de ce livre recors.
C'est-a-dire fut Tun, celui des enfans men-
tion ne dans ce livre.
18822 Signors Saint-Gille, Saint-Gilles, pe-
tite ville du bas Languedoc , a cinq lieues de
Montpellier, celebre par des pelerinages. II s'agit
de Guillaume X , due d'Aquitaine.
Au commencement du roman de P arise la
Duchesse, on lit :
Hui mats porrex oir del riche due Raimont,
Qui fu dus de Saint-Gile , et fu moult geatilz horn.
De Mar tonne , p. I .
Tom. II.
18829 Conge'a, donna conge , r envoy a.
18854 Mantiel, manteau. Le surnom de Court-
Mantel appartient plutot a Henri III. II y a
encore ici confusion de personnes.
18838 Rotne, ce mot est toujours de deux
syllabes, aussi dans Textrait que Ginguene a
donne du roman de la Charrette, ex trait insere
au tome XV de YHistoire litteraire de la France ,
e'est probablement par inexactitude de copiste,
qu'on a substitue reine a roine que demandaient
la mesure et le style du temps :
Etna li dist : « se tu viax monter
8or la charctte que je main ,
32
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250
CHRONIQUE
Leiirs en fans.
Qui ne furent de rien raauyesses ,
18840 Car il ot de li IIH fius
Qui moult furent preut et gentius.
Henri fisent l'ainsn^ nommer,
Ses peres le fist couronner.
L'autres fius ot a non Jofrois,
18845 Li tiers Ricars, ki fu cortois,
Li quars Jehans. Et sot III filles ,
Bieles et sages et gentilles.
Sen ot li rois d'Espagne Tune ,
Ki sage fu , et biele et brune.
18850 Et li quens Romons de Saint-Gille,
Ce sai-jou bien, ot 1 autre fille.
Li tierce ot li dus de Sassogne ,
Dont Othes fu, qui le tiesmongne.
D' Alienor, ki fu genlis ,
18855 Ot ces enfans li rois Henris,
A son yivant , fu moult courtois ,
Chevaliers ama et tournois ,
N'iert avers ne faus ne cuviers,
Savoir porras jusqu'a dcmain
Que la reine (roinc) est devenue.
P. 256.
S'elcle set tju'ele lor die
Ou la reine (roloe) est nienec.
P. 257.
18859 Mouvestes, manraises.
18840 MI fius, lisez einq fits.
18842 Henri, ne an Mans , le 28 fevrier 1 1 55,
mort Tan 1183.
18844 Jofroii, Geoffroi, due de Bretagne,
mort en 1186.
18845 Li tiers , le second ; Ricars, Richard I er ,
Cosur-de-Lion.
18846 Jehans , Jean-sans-Terre , roid 1 Angle-
terre. Ph. Mouskes a oublie Guillaume , mort en
bas age.
18848 Li rois d'Espagne, Eleonore epousa
Alphonse VIII ou III , roi de Gastille.
18850 Romons de S i .-GiUe, Jeanne se maria
1° a Guillaume II, roi de Sicile, 2° a Ray-
mond VI , comte de Toulouse.
18852 Li tierce, Mathilde, mariee a Henri-le-
Lion , due de Saie.
18855 Othes, Othon , fils de Henri-le-Lion ,
devint emperenr.
18855 Li rois Henris , il semblerait qu'il est
question en cet endroit et plus bas , de Henri II ,
mais e'est d*un de ses fils que l'auteur parle ,
comme la suite le prouve, surtout les vers 18850
et 18842. On veut designer Henri (III) dont
Silvestre Girald fait un eloge si magnifique dans
sa Topograph ie de Flrlande. Si Ph. Mouskes le
compare a Alexandre, Girald en fait un Hector.
Dom Bouquet, XIII, 209, B, C, 256, B, C.
Voy. v. 18997.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
251
Ains ert li sires des haubiers ,
18860 Et si tint de maisnie en tiere
C cevaliers portant baniere ,
Et fu plus large* qu'Alixandres.
Si venoit tornoier en Flandres.
Quan que ses peres li dounoit ,
18865 Devens IIII jors ne paroit ,
Quar il dounast ains I castiel
Que nus autres I seul gastiel,
Ne il ne fust ja le jour ltes
Qu'il n euist V c mars bailies
18870 As cevaliers ki le siervoient .,
Ki pris et los partout avoient ,
Quar en nule tiere n'eust
Chevalier ki de grant pris fust .
Que il ne dounast tant celui
18875 Que tous jors I euist avoec lui.
Li rois Henris au-Cort-Mantiel,
Ses peres , ferma maint castiel
Pour lui et pour sa grant proaice
Et pour sa tres grande largaice.
18880 Or vous dirai par quel raisson
II eut au-Cort-Mantiel a non.
Cil rois Henris estoit k Londres
Pour ses anemis a confondre,
Dont moult avoit par Engletiere ,
18885 Ki li grevoient de sa tiere.
De sa guerre a cief bien venoit
Et a Londres si soujournoit.
Tonrnois en Flandre.
Liberality de Henri HI.
Origioe du turnom au
Court Mantel.
18859 Li sires des hauliers , nous avons deja
yu cette expression qui signifie la fleur des
guerriers , celui qui rlussit dans les armes $ le
haubert, piece essentielle de 1'armure, £tant
pris pour le tout.
18864-67 Tout ce que son pere lui donnait,
il ne pouvait plus le montrer meme avant le
quatrieme jour, car il aurait donne* un chateau
avec plus de facility qu'un autre un seul gateau.
18869 Mars , marcs.
18882 Le joli fabliau du Chevalier au court
Mantel n'a aucun rapport avec cette anecdote.
Foy. les Fabliaux de Le Grand d'Aussy, in-8°,
I, 60-82, et Tlntroduction.
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court.
252 CHROMQUE
Comme sages et bien apris ,
Trestous les cevaliers de pris
18890 Eut mandes par de$a la mer,
K'il pooit ayoir, pour douner.
Hugnes d c H.meiin- Hues i fu de Hamlaincourt ,
Qui moult estoit bien de sa court ,
Et d'autres ass& i avoit,
18895 Dont cascuns de grant pris estoit.
Uns chevaliers de grant renon ;
Je ne sai comment il ot non ,
Iert a ostel ci& 1 englois ,
Qui savoit asses de genglois.
18900 Chevaliers iert et la manoit,
Et li rois Henris s^jornoit
A Waimostier , et , pour joir,
Estoit venus la messe o'ir
A Londres , al moustier S*.-PoI ,
18905 Com cil ki n'ama onqes fol.
Et si com la messe ot die ,
A poi de gent de sa mesnie ,
Viestus duns dras bend& d'orfrois T
Amenes fu ses palefrois.
18910 Montes est, si s'en vait moult tos
A Waimostier, pries les galos,
Et li bacelers i'oi dire
Que li rois en aloit, ses sire,
Et il voioit a iui parler.
18915 Si se vot apries lui haster.
18892 Hues de Hamlaincourt (Hugo de Alen- Bel se con tint, maini bien ifisu
curia), sur ce personnage, voir le Recueil des A d'Antioche prendre fu ,
histories francais, XVII, 50, E, 154, B, 156 D W s i . gra nt ^^u ;
B, D, 387 A. Out-U grant pries et grant enor.
18899 Genglois, babil, ruse. De la Rue, Esscu* , ii, 92.
18902 Waimostier, Westminster.
18911 Pries, pris. Bobert Wace a dit : 18912 Li bacelers , le chevalier mentionne aii
Robert Jerusalem requist v vers 18896*
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DE PHILIPPE MOUSKES. 253
De grant haste plains et sopris ,
Le palefroi son oste a pris ,
Ki venus iert }k del mostier
Et dit li ot. car grant mestier
18920 Avoit cil de parler au roi.
Et il est months a desroi ,
Com cil ki sot moult de barate ,
Et prist I mantiel d escarlate
Tot nuef et lone a lor costume ,
18925 C'onques n'i ot ad&^ plume.
S'uns grans om a pi6 l'afublast ,
Jusques al talon li jer$ast.
Teus dras si Ions ot en la tiere,
Tout par coustume d'Engletiere.
18930 Ausi com li poissons ki noe,
Li bacelers parmi la boe
S'en vait a esporon bro^ant,
Et li mantiaus li Tait jer^ant
Jusques au piet del palefroi ,
18935 Ki petis iert li cor andoi.
Este vous Fenglois cevalier
Aprils sour I ronci troter.
Et quant en la boe jercier voit
Le nuef mantiel ki siens estoit ,
18940 Si li a dit : « Ost&, biaus ostes,
Cis mantiaus n'est mie encor vostres 7
Bailli&-le $a , vous le crot& ,
Ce m'est vis que vous redout& ,
Qui mon mantiel si cuncii&. »
18945 Par III fois fu ensi hucies
18922 Borate, Iromperie. 18940 Biaus ostes, bel hdte, com me on disait
18925 Adete , attache. beau sire , beau cousin, bel ami , etc.
18927 J ere ast, euttraine. 18941 Vostres, rime rurale.
18935 Cela veut dire, probablement que le 18943 Vous redoutes , vous avez peur.
cheval n'etait pas plus grand que le cbevalicr. 18944 Cunciiet, salissez.
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254
CHRONIQUE
Li cevaliers, s'en ot grant hoate
Et il n'en a fait autre conte.
Le mantiel de son col dessi&re ,
Si le lait k£oir a la tierre,
18950 En la boe , auques par sa fieste ;
Et li englois desu8 s'arieste.
Mais il cent alerent parmi ,
Ki ne furent pas si ami ,
Quar li mantiaus fu dlpeci&
18955 Et descir& et cuncites.
La viespr^e le sot li rois
Qu'atir& fu teus cil conrois ;
Grant fieste et grant ris& en fist.
Son camberlenc manda , et dist
18960 Que il li fesist taillier bu6s
Dras d'escarlate cors et nues ,
Jusques al genoul , a son oes ,
Et d'autres pour douner a flues .
LX paire; et cil i court.
18965 Al tierc jor furent en la court
Cil drap yiestut et d^parti ,
Si com li rois Tot aati.
S'ot en la sale grant triboul ,
Pour ?ou que jusques al genoul
18970 Lor atagnoit mantiaus et cote.
Et li Englois, comme gent sote,
S'esmiervelloient de ces dras ,
Mais Francois en fisent lor gas ,
Et Poitevin et li Norman t,
18948 Dessiere, desserre , delie.
18950 Par sa fieste, a cause de sa plaisan-
terie.
18952 Cent, s'en.
18959 Camberlenc, chambellan.
18961 Cors, court ; nues, neuf.
18962 A son ois , a sod usage.
18965 A flues, a foisoo.
18967 Aati, dispose\
18970 Atagnoit, atteignait , descendait ; cote,
cotte, habit.
18973 Francois, les dues de Normandie
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DE PHILIPPE MOUSKES.
255
18975 Hainnuier et cil de Braibant ,
Et dautres tieres li plusiours ,
Qui soujornoient a eel jour
Avoec le roi et sa mesnie ,
Et li rois et 8a barounie ,
18980 Pour le mantiel ki fu votes ,
En la grant boe et d&oul£s ,
Dont li englois fu tant irais ,
Et pour les cours dras k'il ot fais ,
Et par sa fieste et par reviel ,
18985 Li rois Henris au-Cort-Mantiel
Ot-il a non puis en sa vie ,
Que d'autres dras n'ot-il envie.
Ses fiiis secons ot non Ricars ,
Li tiers Jofrois, Jehans li quars,
18990 Et s'en ot III filles ausi :
Par l'estore le sai de fi.
L'an que cis bons rois Lo&s
Se fu d' Alienor partis ,
Si prist la fille al roi d'Espagne ,
18995 Con li tramist a grant compagne.
Hennuycrs et Braban-
90ns ;i la cour de
Henri II.
Nouvenu niariugc de
Louis-le-Jeune, 1154.
avaient transports les moeurs fran Raises en An-
gle terre. Le roi Henri, dit Beau-Clerc, auteur
du Dictie d'Urbain, espece de code de la poli-
tesse , recommande l'&ude de la langue fran-
caise :
Seies debooere et corteis,
Sacliez aussi parler franccis.
Qnar molt est langage alosee,
De gentilhome est molt ainee.
De la Hue, Essais, II, 37.
ConsuLter a ce sujet l'lntroduction du I 6 * vo-
lume, p. CXUII.
18975 Braibant, Henri II avait pris a sa solde
des troupes d'aven tuners communement nom-
m&s Brabancons , parce qu'appar eminent la plu-
part etaienl du Brabant* lis porterent aussi le
nomde cotereaux , nutters, ecorcheurs. En 1183,
les habitans du Berri en egorgerenl environ
7000. Isli, dit Rigord, terram regit vastando
prcedas ducebant, homines capios secum vilissime
trahebant, et cum uxoribus captorum (proh nefat !),
ipsis videntibus 7 dormiebant , et, quod deterius
est, ecclesias Deo consccratas incendebant; sacer-
doles et viros religiosos capios secum ducentes , et
irrisorie cantores ipsos vocanies,in ipsis tormentis
subsannando dicebant : Cantate nobis , canta-
tores , eantate ; et confestim dabani eis alapas >
vel cum grossis virgis turpiter ccedebant, Recoeil
DE3 HIST. FR., XVII, 11, C, D.
18988 Secons, au v. 18845, l'auteur adit
moinsbien litters. Cequi suitjusqu'auv. 18990,
est une repetition.
18994 La fille al roi d'Espagne , Constance ,
fille d'Alphonse VIII , roi de Castille.
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256
CHRONIQUE
Mort de la rcinc Con-
stance.
Philippe (1* Alsace, comte
Ac Flandrc.
Enfans.
II filles en ot dont Fainsn&
Fu al jovene Henri don&
D'Engleti&re , ki tant fu preus ,
Larges et courtois et yiseus.
19000 L'autre, par le consel del p£re,
Si diut avoir Ricars , sea frere ,
Et fu mise deyiers le roi ,
A oes son fil . par boine foi.
Cele roine adont mora ,
19005 Ki d'Espagne amende fu ,
Et li gros rois sire prist lu&s
Et espousa , par I diw&s ,
La serour a ces contes II ,
Qui il ot doun&s ans deus
19010 Ses filled qu il avoit enkor
De la roine Alienor.
Ale ot a non cele mescine
Dont li boins rois a fet roine.
I fil ot de ceste par non
1 9015 Le fist apieler Felippon.
Li quens Felippres le leva ,
De Flandres , et si li dona
Son non , et promist grant onor ,
Et foit et aidance et amour.
19020 Si en ot 11 filles ausi,
Dont Tune ot li quens de Ponti ,
18996 L'ainsnee, Marguerite.
18997 Henri, l'eloge fait ici de ce prince
continue la DOtedu v. 18855. Henri, ainsiqu'on
l'a dit, mourut le 11 join 1185, quelques an-
nees avant son pere.
18999 Visevs, subtil.
19000 £Wre,Alix.
19006 Li grot rois, Ph. Mouskes prend encore
Louis-le-Gros pour Louis-le-Jeune.
19007 Diwes, jour ? dimanche?
19008 La serour, Alix etait fillede Thibaud-
le-Grand , comte de Champagne. Lea filles que
Louis-le-Jeune eut d'Eleonore , furent Marie ,
femme de Henri 1°% comte de Champagne , frere
d'Alix , et Alix , mariee a Thibaut-le-Bon, comte
de Blois , egalement son frere.
19016 Felippres, Philippe d'Alsace.
19020 // filles, YAH de verifier Us dates,
adoptant le temoignage de Geoffroi de Vigeois ,
ne fait naitre de ce manage qu*tine seule fiUe.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
257
L'autre ot li fius l'emper&mr
De Coustantinoble maiour,
Emanuel fu apiel& ,
19025 Mors fu ainc qu'il fust couronn&.
La dame remest el pais ,
Si tint grant ti&re et grans afis;
De tant sui-jou s&irs et fis.
Ses p&res li rois Lofys
19030 Ama preudomes et tint ciers,
Et si estoit buens justiciers;
Mais an$ois qu'il morust XI ans ,
Par Testore en sui bien organs ,
Si reciut et mort et martire
19035 L'arceyesques de Kantorbire.
Tumas Biekes avoit k non ,
Moult estoit loiaus et preudom ,
Et moult amoit Dieu fermement.
Et je yous dirai bien comment
19040 II fu ocis : ji s'avint cose
Que li rois Henris moult grant pose ;
Larceveskie de Kantorbire
Guerroia . dont ele fu pire.
Tumas Biekes iert arceveskes ,
19045 Et plains estoit de bonnes t&kes,
Si ne vot plus soufrir le roi
Qu'il leur fesist si fait desroi.
Si l'escum&iia de Deu ,
Et toute Engleti&re et son leu ,
An 1180.
Mort dcThorow Becket.
29cUcembre, 1170.
19022 L'autre, Agnes , consecutivement fem-
me des empereurs grecs Alexis-le-Jeune et An-
dronic Comnene, puis mariee a Theodore Branas.
19024 On Toil dans la note precedente que
Ph. Mouskes se trompe.
19027 ^/it,fiefa.
19035 Kantorbire , Kantorbery.
19036 Tumas Biekes, Thomas Becket.
Tom. II.
19041 Pose pour poise. Le sens est qu'au roi
Henri moult poise,
19042 L'arceveskie , le vers a une syllabe de
trop.
19045 Guerroia , le sujet est Henris.
19047 Si fait desroi, la querelle avail pour
objet la juridiction ecclesiastique.
19049 Leu, lieu.
33
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258 CHRONIQUE
19050 Fist ciesser que on n'i canta,
2 novembre 1164. D'Engleti&re en France passa ,
Moult lonctans demora ensi
Tant que il fu del roi Henri
Remand&; et pour amendance.
19055 L'arcevesques al roi de France,
Qui moult l'amoit, en prist consel,
Et par lui fist son apparel ,
Quar li rois nul mal n'i pensa.
En Engleti&re repassa.
19060 Mais avenut iert de noyiel
Que rois Henris al-Cort-Mantiel
Fist en Engletiere son fil
An mo. Couronner , Henri le gentil.
Le vesques i fu de Winciestre,
19065 Et l'<hresques de Rouveciestre ,
Et doi autre; s'el couronndrent
Pour 90U que leur signour am&rent.
L'arcevesque de Kantorbire
Em pesa, quant il Foi dire ,
19070 Ki le devoit d'antiquitl
Couronner, par sa dignity.
S'eseum&iia tous i$aus ,
Qui painne i misent et consaus ,
Ne onques pour le roi dasorre
19075 N'en fist la foille dune corre :
Par tant la noisse commencha,
Qui tous jors crut et avan$a ,
Moult le tan$a li rois Henris ,
Ne onques ne fu amends
19061 Henris al-Cort-Mantiel, nous avonsdeja 19073 Consaus, conseih.
dit que ce surnom appartenait plut6t a son fils. 19074 Dasorre, desormais.
19065 L'evesques de Rouveciestre , l'arche- 19075 La foille, le manque ; d'une corre, d'un
veque dlork. cordon de Soulier. N'en fit pas plus de cas que s'il
19069 Em peso , en fut offense. lui manquait une courroie pour lier sa chaussure.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
259
19080 De tenir les drois de sa glise,
Pour manace ne pour justiche.
Et li rois , ki moult fel estoit ,
Si tres-durement le haoit.
Que pour sa loiaut^ abatre
19085 A fait armer cevaliers IIIL
Si com l'arceveskes estoit
Revestis , et messe cantoit ,
Este vous Tun venu avant
S'a traite l'esp^e trenfant ,
19090 El cief l'en ftri si tr£s-fort
Qu'al retraire l'esp^e estort.
Une piece el cief Ten remest ,
Jusques a lendemain i mest.
Et cil mesmes ert ses fillious,
19095 Ne n'iert trop jovfenes ne trop yious ,
Et li autre fi&rent apri&.
Cascuns fu del ftrir engri& :
Tant terirent sor le preudoume ,
Qu'il l'ocisent k la parsoume,
19100 Dedens la glise voirement.
Et 90U fist li rois proprement
Pour ?ou k'il ne voloit ciesser
De ses droitures apriessier,
Qu'il les £uist; pour ?ou l'ont mort ,
19105 Dont li rois a mal s'i remort.
Ate s'en sont fors de la glise ,
Si destourb&rent le siervice
19084 Que , de maniere que , tellement que ,
au point que.
19085 Cevaliers III I. Sathance conducti satel-
lites , quorum notnina sunt hcec, WiUelmus de
Trasci, Hugo de Morvilla, Ricardus Brito, Regi-
nalds, filius Ursi. Bbnbd. Petroburg. apud
D. Bouquet , XIII , 145 , C. Voyez plus loin les
vers 19118-95.
19087 Revestis, rev&u, par^ de %es orne-
mens e*piscopaux.
19091 Estort, fausse, rompt.
19092 Un moreeau de Tepee lui resta dans la
tete et y demeura jusqu'au lendemain.
19099 A la parsoume, a la fin.
19105 Apriessier, poursuiyrela restitution de
ses droits.
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260 CHRONIQUE
Et tout esranment si fist Diex
Pour S t .-Tumas miracles II.
19110 Et cascun jour et plus et plus
I fist miracles et viertus.
Et la brissure de 1 esp^e
Fu de la tieste fors ost&.
Encor le voient moult souvent
19115 Et p&erin et autre gent.
Caus qui l'ocisent oat hais
Li preudoume par le pais ,
L'uns fu Renaus, li fius Ourson,
L'autre di Ricart-le-Breton ,
19120 Li tierc Guillaume de Traci
Ki not de son parin mierci ,
Et li quars Hue de Morvile
Qui moult fu fel et plains de gille.
kwiri fu par ceste fin
prophtoedeMerii*. 19125 La prof&sie de Merlin,
Que li fius ociroit le pere
Dedens le ventre de sa m£re.
son expiic.uoo. Li fius , si com l'entent al mious,
£ou fu li chevaliers fillious ,
19130 Et ses parins ?ou fu li p£re,
Et la glise 9011 fu sa mere ,
U li fius fu dedens ochis ,
K'il n'i ot piti£ ne miercis.
Li fillious et li troi o lui
19135 Fisent S*.-Tumas eel anui.
Mais li anuis mais k toudis
Li fist avoir S*.-Paradis.
Petit apri^s k'il le tu&rent,
De ttere en autre s'en alerent ,
19119 Di, dit. 19124 Avert, verified.
19121 Parin, parrain. Les noma de cesche- 19152 Li fius, Ph. Mouskes veut dire liperes.
valiers ont et£ indiques sur le v. 1908$. 19136 Mais a toudis , eternellement.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
261
19140 Pour espan&r leur p&i& ,
Dont cascuns ert moult ent£ci&.
De 90U fu li rois plus dolans
Que de sa mort ne fu joians.
Li buens roi« Lofys vivoit
19145 Encor, ki moult preudom estoit,
Et moult ounoura sainte iglise.
XXYII ans fu par devise
Couronn&, et si ot XII ans
Ainc que ses p£res fust morans.
19150 Adoaques li boins rois moru.
Moult ricement enfbuois fu
A l'ab&e de Barbiel ,
En I liu d&itous et bid.
Felippres, ses fius premerains ,
19155 Fu sacr& et enoins a Rains.
XL1II1 rois fait cis.
A la Gonnesse fu nouris ,
S'ot non Felippes de Gonnesse.
Moult ot la ci&re f&enesse ,
19160 Grans et biaus fu et drois et Ions ,
S'ot I poi rousais les giernons.
A saint Tumas requist miercis
Moult durement li rois Henris ,
Louis-lc-Jeune cesse
de virre, 18 septem-
bre 1180.
Philippe (Il)-Auguslc.
Hepentir de Henri II,
roi d'Angleterre.
19140 Espaneir, ezpier.
19141 Entecie's, d'ou entiche.
19147 XXVII ans, Louis mourn t apres 43
ans , 1 mois et 18 jours de regno, depuis la mort
de son pere.
19148 XII ans , environ 18 ans.
19159 L'abeie de Barbiel, Fabbaye de Bar-
beaux , au-dessus de Melun , qu'il avait fondee
en 1147.
19157 Gonnesse, Tillage pres de Paris.
19159 CUre filenesse , mine severe.
19161 Rousais, roux j giernons , moustaches,
favoris. Ainsi GuUlaume de Tyr, retracant les
portraits des rois de Jerusalem, n'oublie pas de
nous dire que Godefroid avait la barbe et les
cheveux blonds ; que Baudouin I er avait les che-
veux roux, le nez aquilin, et que ce prince
n'&ait ni trop gras ni trop maigre ; enfin que
Baudouin II avait la taille haute , le visage
colore (ce que plus bas Mouskes appelle vis
blau peut-6tre ) et les genoux endurcis par la
priere.
19162 Louis VII fit en personne un peleri-
nage au tombeau de Thomas Becket , et deposa
sur l'autel un joyau estirn^ le plus riche de la
chre'tiente^
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262 CHR0N1QUE
Et manda le roi Felippon .
19165 Par moult grande devotion ,
Qu'en Englettere a lui yenist
Pour S'.-Tumas, et il si fist.
Louis vii va e n peie- Dont fist li rois Henris amende
linage en Anglelerre.
A S*.-Tumas, et moult s amende.
19170 Et saci& de voir que l'offirande
Que li roi fisent, ftj moult grande.
Li rois Felippres repassa,
En France yint, la sljourna,
Ditsensioiu entre let En t re lui et le roi Henri .
roi* de France et '
dAngieterre. 19175 Qui sor lui auques s'atenri ,
Ot puis moult grant descordement,
Qu'il orent pris 1 parlement.
Entrevne de ces mo- LJ |.qJ 8 HeDHS manda SeS flUS,
narques. '
II1I k'il en avoit gentius ,
19180 Henri et Jofroit et Ricart
Et Jehan Sans-Ti&re., le quart.
Li jovenes rois yint tous premiers,
Ki trop fu vallans ceyaliers.
Quant ses p&res le vit yenir
19185 Et si bielement maintenir,
Qu'od lui £rent C baceler,
Si ne pot mais son cuer celer.
A I sien cevalier qu'il voit
A demandet ki la yenoit.
19190 Et cil dist : « Sire, vostre fius,
Henris li jovenes, li gen this. »
Li rois se teut et si pensoit
Que, s'il yiyoit, preudom seroit,
Pour gou que ceyaliers amoit
19195 Et largement les honnoroit.
Es yous atant le due Ricart ,
19172 Felippres, Philippe est con fond u avec son predecessenr.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
263
Son fil, u venoit d'autre part,
Aplanoites et acesm& ,
Et moult cointement atorn&.
19200 A cloketes et a lorains
Venoit si tost que ne pot ains.
Et d'autre part li quens Jofrois ,
Yiestus de samis et d'orfrois.
D'autrepart vint Jehans Sans-Tiere ,
19205 Ausi k'il n'^uist soing de gierre ,
Ne de rien n'estoit anoii&.
Lav& fu et aplanoii&
Et atourn& si comme cil
Qui fius estoit a roi gen til.
19210 De cascun de ces I1II fibres
Si demanda li rois , lor peres ,
Quant il si cointement venoient ,
As cevaliers ki la estoient ;
Siergant et cevalier gentil
19215 Li disoient c'ierent si fil.
Li peres se teut, si pensa
Que leur cointisse peu prissa.
A seniestre deviers le France
Vint a grant gent, sans demorance,
19220 Li rois Felipres cevau^ant
Sor I ceval moult dur trotant ,
Afubl& dune cape grise,
Qu'il ot fait tailler a sa guise ,
Et d'unes grans hueses caucus ,
19198 Aplanoiies , bien en point ; acesmes,
par£. M. De Martonne semble etre tomb£ dans
une de ces legeres meprises oil viennent se
heurter lea plus habile* , en traduisant acesmes
on ascemez par savant, sciens, a scientia :
Mais il est pur taut biax , j an tils et ascemes.
1* arise la Duchess* , p. 90.
19200 Cloketes, clochettes, ornement des
grands personnages , soit sur leurs habits , soil
sur leurs chevaux 5 lorains, brides.
19217 Cointisse, parure.
19224 Hueses, bottes, bottines. Robert II,
due de Normandie , etait surnomme Courte-
heuse , un comte cfe Chimay s'appelait le Cotnte
a la houssette.
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264
CHRONIQUE
19225 Uns esporons ot en ses pi&,
Et si compagnon apri& lui
Ceval avoit , n'i ot celui ;
Et si avoit arbalestriers
Tous atorn& sor les destriers ;
19230 Devant et deriere en ayoit,
Et li rois en miliu estoit,
Qui cevau?oit le trot k trait ,
Et si ot son lcaperon trait
Qui moult estoit maufais et 1&,
19235 Et sot les ceviaus comments.
Quant li rois Henris l'aproisma
Saci& que point ne li blasma.
Ains a dit a sa gent debout.
Que Hullepiaus vainteroit tout
19240 Et leur feroit une desjointe,
Quar si fii estoient trop cointe ,
Et Hullep& preus li sanbla.
Li parlemens lues asanbla,
Si fisent pais et atir£rent ,
19245 Si com leur home devis&rent.
Rois Felippres s'en Tint en France.
Lors si ayint, sans demorance , ■
Que li boins joy&nes rois Henris
De son p£re est par mal partis,
19227 N'i ot celui, tournure employee encore
long-temps apres , pour exprimer aucun , sans
exception. Jean d'Ennetieres , qui publia Tan
1633, son poeme snr Jacques De Lalain, disait,
p. 130 :
On luy fit proa d'honneur , car il n'y eut celuy
Entre les caraliers qu'il raenoit avec luy,
A qui Ton ne fit point beaucoup de courtouic.
19232 A trait , en avant.
19934 Maufais, mal fait; Us, laid.
19235 Ceviaus, cbeveux; commenle's, meles,
commixti. L'auteur du roman de Godefroid de
Bouillon (n° 105, Suppl. a la Bibl. royale de
Paris), appelle Pierre rErmite Pierre a la bathe
mesle'e. Bibl. obs cboisadbs , 1 , 276.
19236 Aproisma, approcha; Figaro, dans
Beaumarcfaai8 , se sert du mot approximer.
19259 Hullepiaus, le roi de France, voyez la
table geographiqne.
19240 Desjointe , mauyais parti.
19241 Trop cointe, trop bienajustes.
19242 HuUepe's, Hurepoix.
19244 Atirirent, conclnrent.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 265
19250 Le roi, son p&re, guerroia,
En France vint , Ik s£jorna L « i cUDe Henri * e rtlire
1 • en France.
Avoec Felipre , le bon roi , An 1173.
Ki li dounoit tout son conroi.
Ricars et Jofrois et Jehans
19255 Regueroierent a eel tans
Leur p6re, sou vent et menu;
S'i&rent en France retenu.
Petit apri& se racordoient
Quar leur p£re forment amoient,
19260 Et rois Felipes lor blasmoit,
Pour 90U que tous moult les amoit.
En France ert et s^jornoit \k :
En bois et en riviere ala ,
S'ot k son consel maint preudome,
19265 Mais puis l'aquellirent si orae,
Et li quens Felipres de Flandres, phiii P pedAu«ce,comte
Ses parins, ki plus q'Alixandre
Fu larges et preus et hardis ,
Ala sor lui jusqu'a Senlis , n '•* ;• «■«« »« «>•
• * 7 de France.
19270 Et cil qui dont s'ensegne porte,
Figa sa baniere en la porte,
Et si corurent par sa tier re.
Lors fu commence la gierre.
Et li rois Felippes manda
19275 Le roi Henri, et commanda,
Comme son home docement,
K'il li aidast por$ainnement.
Li rois Henris , ki s'atenri ,
I envoia son fll Henri
19280 A moult grant gent, si q'entr'aus II
Dut estre batalle campeus ;
19255 Regueroierent, ila recommencerent la 19281 Baialie campeus, bataille rangee, in
guerre. campo. Du Caoge explique ces mots par prcelium
19273. Voir le poeme de Guillaume le Breton . publicum, et cite precisement ce passage de
To». II. 34
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266
CHRONIQUE
Manage tie Philippe-
Angusle.
Jac<fues d'Avesnei.
Lcs habitans de Tournai
le favoriseat.
Philippe- A uguite via
a Tournai, 1187.
L'eveque Everard.
Si que li rois moult savanci ,
Mais li quens vint a sa mierci.
Puis apri& eel tiermine I pau ,
19285 La fille al conte de Hainnau,
Sa couzioe, li a doun^e ,
Et li rois Fa lues espous^e.
Si en ot Artois en la fin
Arie , S l .-Omer et Hesdin.
19290 Cis quens Bauduins emprist gierre
Aprils I petit , sor la tifere
Gelui d'Ayesnes Jakemon ,
A Leuse, en Braibant, ce disfo-on;
Et cil de Tornai qui l'amoient,
19295 Leuse del tout li garnisoient.
Li quens foment les enhaioit ,
Tant qu'al roi , ki sa fille avoit ,
Felipron traist, si lamena
A Tornai et Ik soujourna.
19300 S'a au yeske Evrart demand^
De qui il tenoit la chit^.
Li veskefr respondi sans ire :
« De Nostre~Dame et de Dieu*, sire ,
Si comrae li yeske d'angois ,
Ph. Mouskes dont il rapproche ce vers deWace :
Mainte bataille fist et maint cstour chumpal.
19284 Puis aprie'i, le mariage de Philippe
avec Isabelle de Hainaut eut lieu en 1180, da
vivant de son pere , et non depuis qu'il fut monte*
sur le trdne.
19285 La fille.... de Baudouin V.
19292 D'Avesne* Jakemon , Jacques , sire d\A-
vesnes, fils de Nicolas et de Mathilde de la Roche,
epousa Adeline de Guise , fille de Bouchard ,
sire de Guise. II mourut dans la Terre-Sainte.
Bien qu'homme lige du comte de Hainaut , il se
rangea du parti du comte de Flandre. Foy. Yin-
chant, pag. 201. La terre d'Avesnes est entree
plus tard dans la maison d'Aremberg, par le
mariage de Charles d'Aremberg ayec Anne De
Croy, et les Groy tenaient Avesnes des Albret
qui eux-mejmes en avaient herite des Penthievre ,
successeurs des comtes de Chatillon et de Blois ,
qui suivirent imm&liatement l'ancienne maison
d'Avesnes. Foy. v. 19620.
19293 Leuse, en Bratbant , Leuze , petite
ville du Hainaut, n'a jamais fait partie du Bra-
bant.
19300 Evrart , Everard eUit fils de Gaulier
d'Avesnes et d'lde , fille du chatelain de Tournai.
19304 D'ancois, qui m'ont preoide.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
267
19305 Et de vous et des autres rois ,
Qui g'en sierc a X eevaliers ,
Quant besoiiis leur est et mestiers.
Mais faire m'i doiyent aide ;
Li bourgois et si n'en font mie,
19310 Ne ne m'en tiennent a signour,
Quar jou sui k&is en langour.
Si vos rene, sire, la citet. »
Et li rois reciut siretet,
Si abandouna les borgois.
19315 Atant s'en est partis li rois,
Et li haut home de la Tile ,
Ki se douterent de sa gille ,
Sivirent le roi , si reprisent ,
A CCC siergans qu'il i misent ,
19320 Et s'eut de leur deniers grans pars.
Aprils mom veskes Evrars ,
S'ont veske Esttevenon levet.
De Sainte Genevi^re abet.
Mors fu li quens apri& I pau .
19325 S'eut ses fius apri& lui Hainnau.
Sa fille li rois espousa ,
De moult grant honneur le doa.
Loiaus dame f u , s'ama Dieu ,
I fil en ot moult sage et preu ,
19330 Lo^ys li jovenes ot non,
Mis fu a boine nouregon.
Ce fut la roine Yzabiaus,
Ki gent core ot et les ious biaus.
L'eveque Ethnnc,
1 193.
Mori de Baudouin V,
an 1195.
Baudouin VI.
Isabelle de Haioaut,
1180.
Louis VIII ou le Lion,
roi dc France.
19506 Sierc, sets.
19312 Rene, rends.
19315 Sirttetj seigneurie , qnalite de sire.
19522 Estie'venon, titienne, abbe de S te -G^-
nevieve. Foy. J.-B.-L. deCastillion, Sacra Belgii
Chronologia , pag. 406.
19528 Ses fins, Baudouin VI.
19532 Yzabiaus. dans le roman d* Alexandre
de Lambert-ii-Cors et d' Alexandre de Paris , la
reine Isabelle est representee brodant un orne-
ment de la tente du vainqueur de Darius. Hist.
litt.de Us France, XV, 122.
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268
CHRONIQUE
Mort d'Isabellc.
Iscmburgc.an 1193.
Dh orce.
Iseroburge se retire a
Cisoiog.
La ro'ine Yzabiaus mora ,
19335 Ki ferae al roi Felipre fu ,
Et si fu m£re a Loijs ,
Qui moult estoit encor petis ,
Ne ne tenoit castiel ne raarce ;
Dont fist li rois en Danemarce
19340 Aler pour la serour le roi;
On li tramist a gent conroi ,
Quar en li moult biele touse a.
Li rois Felipres l'espousa,
Mais il n'en pot avoir enfans ,
19345 Dont il estoit sovent dolans,
Et pour itant se lenhai
Si fort, que de li se parti,
Quar li arceyesqes de Rains
Parage i jura premerains ;
19350 Ciert ses oncles , pour $ou le fist,
Et non pour quant moult i mesfit.
Quant fait ot cele dfyartie,
Yiers Tornai , en une ab&e ,
De blans moines, droit a Cisoing,
19355 I fist atorner son besoing,
Et puis refu-ele ostee
(Si fu Asav&rke nommfe),
Puis refu-ele en autre tour
Mis a Estampes, en la tour,
19360 Quar ne se voloit assentir
Que li rois s'en du'ist partir,
Et disoit, comme dame fine,
19340 La serour le roi, sceur de Knut VI ,
roi de Danemarck.
19347 Se parti, au bout de 82 jours , ee qui
ne pennettait pas de prononcer «ur la sterility
de la reine.
19349
ie. iv&vo an autre i
Parage , parent^ avee la premiere* fois , un autre jour.
epouse du roi.
19357 Asavarke, Asabarque, Afavarque, a
Favarque. Cette princeaae avait pour nom Isem-
burge, Ingeburge ou Indeburge.
19358 En autre tour , apres cela , une autre
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DE PHILIPPE MOUSKES.
269
Qu'ele morroit tousjours roine ,
Que sa hautaice ne dekiece ,
19365 Ensi fu li rois moult grqnt piece.
Quens Felipres se maria ,
De Viermendois la contesse* a ,
Morte est quant plus vivre ne pot,
Et sa suer toute la tiere ot.
19370 Dont reprist li rois par ingal
La roine de Portingal ,
Ki moult bien siervir se faisoit ,
Et roine adi&s se clamoit
Pour gou qu'ele suer a roi fu ,
19375 Et faissoit faire moult biau fu.
En yasselemente d'argent
Se faissoit siervir biel et gent.
Adont s'avint pour une guierre,
Que li jovdnes rois d'Englettere
19380 Henris, li preus et li sayans,
Li nobles et li embragans
D'amour, d'ounor et de nobleee,
De courtoisie et de proecce ,
Li sages, li simples, li biaus.
19385 Ala soujorner k Martiaus,
Quar el pais s'estoit amors :
La le prist maus dont il est mors.
Isahcllc de Vcriuan-
dois , comtcsse de
Flaodre.
19365 Morroit, elle mourut a Corbeil le 29
juillet 1256, apres avoir ete reprise en 1213.
19564 Dekiece, dechoie.
19368 MorU est, le 26 mars 1182.
19569 Sa suer, tileonore, fille de Raoul-le-
Vaillant, comte de Vermandois et de Valois, et
de Petronille ou Adelaide d'Aquitaine.
19571 La roine de Portingal, la troisieme
femme du roi Philippe fut Marie ou Agnes de
M eranie , fille de Berlhold IV, due de Meranie j
mais le comte de Flandre Philippe epousa effec-
threment Beatrix ou Mathilde de Portugal , fille
du roi Alphonse. Had. de Diceto dans le Recueil
des hist, francais, XVII, 624, 0, et YArt de
verifier les dates, comtes de Flandre. C'est vrai-
semblablement d'elle que veut parler Philippe
Mouskes, car il Tappelle encore reine au vers
20782.
19376 Vasselemente , vaisselle.
19579 Lijovenes, il mourut a l'agede 28 ans.
19581 Embracans, ami , qui embrasse le parti
de....
19585 Martiaus , le chateau de Martel , en
Quercu
Mori du jeune Henri
d'Anglcterrc, 11 juio
U83.
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270
CHRON1QUE
Regrets qu'inspire la
perte du jeune Henri
d'Angletcrre.
Allusion au roman
d'Alcxandre.
Ses pere , a Toec ses freres in ,
En fu si dolans et destrois ,
19390 Petit failli k'il ne s'ocist,
Et Ricars trop grant doi en fist;
Jofrois et Jefaans le plor&rent
Trop durement et dement&rent.
Et, se Tert^ dire tous voel ,
19395 Grant rage et dierrerie et duel
En faisoient li soldoier ,
Li siergant et li esquier.
Mais li dious ne fait a celer
Que faisoient li bacheler,
19400 Ki d'amors et d armes vivoient
Et tout de sa mesnie estoient ,
Et li marc^ant que faissoient,
Ki tes avoirs i ga^gnoient,
Et des armes et des cevaus ,
19405 Et des samis et des bliaus ,
Qu'il li vendoient pour douner ;
Cil se voloient afoler.
Onques Alixandres d'alier,
Quant li doi sierf felon et fier
19410 L'empuisnferent par lor ierbes r
19389 Cette douleur du roi Henri qui avail
eu a se plaindre de son fils, parait exageree,
controuvee meme, car les historiens ass u rent
qu'Henri, irrit6 contre ses enfans, leur donna
sa malediction qu'il ne voulut jamais revo-
quer.
19395 Dementerent f se lamenterent.
19395 Dierverie, regrets qui approchent de
l'extravagance.
19407 Afohr , blesser, et par extension , dter
la vie.
Et li dona la pome par coi fu qfolez.
De Martohni, P arise la Duchesse,
p. 31.
19408 Walter, autrefois?
19409 Quant li doi sierf. Cette legende
fabuleuse est ainsi rapportee dans le roman
d 1 Alexandre :
Li dui serf qui sa mort li orent aportee,
Li uni iist au mengier en la sale pavee
Et li autres servi de la coupe doree,
Qui ert de riches pierres-garnie et aoruee :
Moult fu la tralson gentement porparlee.
Es ongles de lor dois.ont la couche boutee,
Por ce que de lor bras ont la manche couple :
Qant li rois vout le vin , la coupe a demandee,
Et cil fiert ens son pouce , si la li a livree,
Si tost com roe a bu , si li art la coree,
Li cuers li vient el ventre, s*a la color muee.
Hist. lilt, de la France, XV, 179.
1 94 10 Empuisnierent, empoisonnerent j ierbet
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DE PHILIPPE MOUSKES. 271
Ne fu si plains ne si plor£s ,
Quar trop ert preus et de bon fame.
A Ruem , el moustier Nostre-Dame ,
Fu aport& et sevelis ,
19415 Sans nule joie ne d&is.
Et ses freres li quens Jofrois
De toute joie en fu si frois
Et de grant dolour si entries.
Que mOUlt petit mOIXI apn^S. Mortde Geoffroi.cointe
19420 Dune dame de grant renon e retasBe '
Ot I fll , s'ot Artus a non ,
Et II filles , jou sai de fi ,
Dont jou dirai aillors que ci.
Leur peres., li bons rois Henris,
19.425 Ki par aus fu si atenris ,
Guerroia puis le rois de France ,
Mais il en fisent acordanche.
Li quens Ricars, i'el sai de fi aich.rd f.it u guerre
. J a soa pere.
Guerroia puis son pere ausi,
19430 Et vint en France al roi Felipre,
De Normendie jusqu'a Ipre.
Ne demora buens cevaliers
Qu'il n'&is$ent , et soldoiers.
A toute lor ost cemin&rent
19435 Et tot droit al Mans s'en alerent ,
Le roi Henri fors enkacierent
Et toute la cit£ sillierent.
Dont s'en ala li rois Henris,
Et fu si tres fort atenris
19440 Del jov&ne roi son fil Henri ,
et plore's for men t une singuliere rime, si rime 19417 Frois, Stre froid de toute joie , nous.
il y a. Enherber, anherber, aigoifiaieot empoi- dirions aujourd'hui etre froid a toute joie.
*onner. 19437 Sillierent pour esillierent, ravagerent
C«r faisont une chow, notre dame anherbon. (exilem fecerunt).
De Martonkk , Parise la Duchesse , p. 7. 19439 Atenrii, affectl.
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272
CHRONIQUE
Nouvdle prophetic tic
Merlin.
Originc tics longs man-
teaux en Anglelerre.
Ki sa joie li amenri ,
Et pour son fil Jehan Sans-Tiere ,
K'il avoit aquelli de gierre.
Et puis li menbra de son fil ,
19445 Le conte Jofroit; le gentil.,
Ki mors estoit; si le plora
Et moult a Dieu pour s'arme ora.
Mais le boa jovene roi sour tout
Plora-il et dementa moult ,
19450 Quar on le devoit bien plorer.
Et pour Tarme de lui orer,
Comme valiant, preu, sage et fort;
Nus ne Fen pot donner confort.
Par cele mort et par sa fin ,
19455 Fu averee de Mierlin
La profesie qu'il ot dite
D'entre les autres et eslite
Al tans le boin roi Wortigier,
Ki moult avoit le cuer llgier,
19460 Et commen^a les Ions mantiaus.
Mierlins ot dit que a Martiaus
Morroit li sire des haubiers,
Qui ne seroit fols ne bobiers ,
Li larges , li preus, li hardis ;
19465 Reconn^ut fu par »es dis
Que c'iert li jovfenes rois Henris,
19445 Aquelli de gierre, mot a mot : accueilli
de guerre.
19449 Plora-il, nous avons deja fait remar-
quer que ce$ regrets sont peu con formes a la
verite* historique.
19458 Wortigier, l'histoire de Vortigerne et
de Merlin est r aeon tee au long dans le roman
de Brut, que M. Le Roux de Lincy a mis sous
les yeux du public. La mere de Merlin dit au
roi :
Si Dex , fait-ele, me alt,
(toques ne coonai, ne nevi
Qui cest rallet enjeDul ,
Ooques n'ol, onques ne sai
Se sefuhom dequi jol'ai....
T.I, p. 355.
On peut comparer avec le Brut le roman de
Merlin , et consul ter l'lntroduction de ce second
volume, dans la partie consacree a son ana-
lyse.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
273
Li biaus , li preus , li bien noris ,
Tel duel en fist li rois , ses pere ,
Que jamais n'iert jors k'il n'i pert ,
19470 Quar de la vie en issi fors,
Pour ?ou que mors ert ses confers ,
Li jovenes rois Henris , ses fius ,
Ki sour tous autres ert gentius.
Moult fu li rois bien atir& ,
19475 A Frontevraut fu entter&,
En l'ab&e de nounains,
U il avoit grans biens fet mains.
Richars, ses fius, fu couronn&.
Ki moult fu hardis et sen&.
19480 Viers le roi Felipre fist gierre ,
Droit a Gizors, dedens sa ti&re,
Et li rois de France i ala ,
Le conte Felipre i mena ,
Ki ses parins et ses om fu :
19485 Tout leur home i furent venu.
Grans furent les os d'ambes pars ,
Et furent par le camp espars.
Li rois Felipres et sa gent
Furent armet moult bel et gent
19490 Et Hainnuier et li Flamenc
Si commencierent le bestenc,
Et fisent lues , pour agr^ver,
L'arbre devant Gizors colper,
Mort de Henri II, 16
juillet 1189.
Richard Cueur- de-Lion.
Philippe d 'Alsace.
19467 Li bien noris, le bien &eve\
19469 Pert, paraisse.
19474 Atiret, il s'agit ici de la pompe des
funerailles de Henri II : nous disons encore
aUirail et tire a quatre e'pingles.
19475 Frontevraut, Fontevrault, bourg du
bas Anjou , ou il y avait jadis une celebre abbaye,
chefd'ordre, fondle, en 1100, par Robert d'Ar-
brisselles. Fay. 1'hist. de ce saint , par Pavilion.
Tom. II.
19484 Parint, Gnill. le Breton le dit aussi :
Flandrensis comet
Qui regent puerum sacro defonte levarat,
Unde suum nomen, sicutmos exigit t iUi
Indiderat.
19491 Le bettenc, la noise , la querelle.
19495 Varbre , Guill. le Breton, dans sa Cbro-
nique en prose , explique ce passage qui doit se
35
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274
CHRONIQUE
Troisiemc croisade,
1190.
Volant les ious le roi Ricart .
19495 Et sa gent qui fu d'autre part.
Mais venus ci ert I legas ,
Qui ne praief oit mie a gas ,
Bons clers et cardenaus estoit ;
As II rois l'acorde queroit.
19500 Illueques pour Dieu s'aqoisierent ,
Ensi que trestout se croisierent,
Li rois Felipres tot avant,
Et li rois Ricars main tenant,
Et de Flandres li quens Felipres ,
19505 Qui moult fu corageus et vistes,
Et li quens Pteres d'Aucerrois ,
Et puis li quens de Neverois,
Castelain et prince et marcis ,
Et li baron plus enforcis.
19510 D'autres haus omes tant i ot
Croisi& , que nus conte n'en sot .
Pr&as ^ ab& et arcevesques >
Priestres , kanonnes et ^vesques ,
Vilains et dames et bourgois :
19515 De la partirent ; mais an$ois
rapporter cependant a une £poque anteVieure...
Henricus vero, rex Anglic* , et Nortmanni ante
introitum Gisortii tedebant , quasi pro tribunali
sub umbra cujusdam ulmi patulcs indignati
itaque Philippus et Franci de quiete regis Anglice
et suorum ipsam ulmum.... penitus stemunt.
Rec. de8 Hist. fr. , XVII , 69 , A.
19497 Gas, dans lea vera aur la mort attribues
a Helinand , on lit ce vers :
Laissiex tos cbifflois et vos gas ,
qui est traduit ainsi en proyencal, dans nn ma-
nuscrit allegue* par M. Raynouard :
OtUs et vos cliuOas ct gabs.
Le Journal des savans, du mois d'octobre 1836,
p. 611 , contenait avec cette citation , les der-
nieres lignes de ce litterateur illustre , qui dai-
gnait prendre 4 nos humbles trayaux un inter£t
si flatteur.
19499 L'acorde queroit, cherchail a accorder.
19500 S'aqoisierent, s'apaiserent , se tin rent
cois , paisibles.
19506 Pieres d'Aucerrois, Pierre de Cour-
tenai , comte d'Auxerre et de Nevers , qui s'ltant
embarque en 1216, pour aller prendre posses-
sion du trone de Constantinople , auquel il avait
ete appele par les barons du pays , fat pris sur
la route par Theo.
19507 Li quens de Neverois, meme person-
nage que le precedent.
19509 Plus enforcis, les plus puissans.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
275
Orent nomm^ jour de movoir,
Cascuns a quis son estavoir
Quant de la furent retorn£ ,
Este vous cascun atorn£ ,
19520 Li rois Ricars sen vait engri&
Et li quens Felipres apri&.
Li rois Felipres ot ^e$ n&
A Marselle et f u atourn& ;
En mer se mist , vint a Mescines ,
19525 Quar il ot n& courans et fines.
La le trouva li rois Ricars ,
Li fel, hardis comme lupars,
Et se durent estre entrepris.
Pour $ou que Franc orent le pris
19530 En Tost et plus grant signorie ,
S'en avoient Englois en vie,
Auques par corine et par gille;
Quar Francois ierent en la vile
Et li Englois erent de fors.
19535 Slert li rois de France plus fors ,
Mais il fisent et pais et triuwe,
Ains c'om fust alet une liuwe,
De $aus de fors et $aus de vens.
Lendemain lor sailli bons vens,
19540 Li rois de France s'en parti,
Tout droit a Acre se vierti.
Messme .
Rivalite entre les Fran-
cais et les Anglais.
19516 Jour de movoir, jour de depart.
19517 Estavoir, tout ce qui etait necessaire
pour ['expedition.
19526 Ricars, sur la part qu'il prit aux croi-
sades , consulter dans la collection de Th. Gale,
t. II, p. 247. Itinerarium regis Anglorum Hi-
ckardi et aliorum in terram Hierusalem anno
1180, par Geoffroi ou Gautbier Vinisauf, et
1'analyse etendue de cette relation , donnee par
M. Michaud, Bibl. des Croisades , II, 660-726.
19526 Entrepris, brouilles.
19529 Franc, Francais.
19532 Corine, ressentiment.
19535 Ierent et irent, employes indiflferem-
ment Tun pour l'autre.
19536 Triuwe, treve.
19537 Liuwe, bene.
19538 De vens, du de dans.
19541 Acre, Acre ou Ptole'mais. M. Michaud
en a donne le plan , Histoire des Croisades ,
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276
CHRONIQUE
Sirgc d'Acre.
Durement i fu bien yenu*
Et k grant joie rechlus ,
Et del Temple et de l'Ospital ,
19545 Et des barons tout par ingal,
Et Tas&jr&rent moult tost ,
Gomme signor de toute Tost.
Li rois Ricars apri& sui ,
Ki le karavane consui
19550 De Sarrasins, qui \k sigloient
Et dedans Acre entrer voloient.
A aus s'ahurta , si les prist ,
Et moult grant ounor i conquist.
En Tost mena moult biele vie,
19555 Mais sour Francois ot grant en vie.
Et puis I castiel dess^ga ,
Que Turc orent as^giet \k ,
Quar il savoit ass^s de gierre :
De grand renon fu en la tiere.
18560 Et cascun jor venoient n&
De dus , de contes , de cas& ,
De toutes les tieres del mont ,
Si comme la crois les semont.
Castiaus , mangonniaus et pteri&res ,
19565 Tout sans commans et sans proteres ,
I faisoient li plus rice home,
4° Edition, 1835, II, 591. Le siege de cette
ville dura deux ans. Michaud , Bibliotheque des
Croisades, 1829, IV, 245 et suit. On n T a pas
ouhlie qu'un des plus celebres historiens des
croisades est Jacques de Vitre , qui, apres avoir
ete chanoine regulier d'Oignies , dans le diocese
de Liege, devint eVeque d'Acre. Se vierti, se
tourna (se vertit) .
19544 Temple, les Templiers; Ospital, les
hospitaliers de S'.-Jean, depuis les chevaliers
de Rhodes et de Malte.
19546 L'aseurereni , lui promirent fidelite.
19556 Desse'ga, proprement desassie'gea, deli*
vra la ville , en fit lever le siege.
19561 Cases, voy. Du Cange au mot casati
vassaux , tenanciers. Le savant lexieographe cite
de Philippe Mouskes quatre vers , parmi lesquels
ces deux-ci qu'il altere en mettant mis pour
net.
16564 Mangonniaus, machines propres a lan-
cer des projectiles ; pierteres , machines a lancer
des pierrea.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
277
Pour Acre prendre et metre a some.
Li rois de France fist engiens
Et moult i fist en Tost de biens ,
19570 Et fist lWrer maint fort asaut
As Turs, qui moult petit en caut.
Ars I fu Lo^ys d'Arselle
De fu griois sans estincele ,
Et si ot maint preudome mort ,
19575 Quar li Turc estoient moult fort.
Et en poi de tans ass& tost ,
Si ot moult grant famine en Tost.
XX s. valoit une geline ,
Uns ois II s. k la quissine ;
19580 Car de ceval et car d'asnon
I mangoit-on a contention ;
Ass& de faim en i mora ,
Quar la vitaille ctere fu.
Un jour avint que toute 1'os
19585 Si assailli pour avoir los.
Mais li Turc bien si desfendirent ,
Al gieter maint escu fendirent ,
Et li boins mariscaus Climens,
Dont Dieux gart I'arme de tormens T
19590 I fu ates et assailloit ,
Comme cil ki partout valoit.
Mais li paien , a his de fier 7
Louis d'Arselei.
Feu gregeoit.
Famine.
Alberic Clement.
Juillet 1191.
19572 Loeys d'Arselle, il est nomine* par Be-
nolt de Peterborough. RecueU des Hist, fr.,
XVII , 512 , D. Dans la quatrieme croisade il y
avail un Henri de Artilleriis, c'est-a-dire d'Ar-
zellieres, gros bourg voisin de Vitry-le-Francais,
pres de la Marne.
19578 Geline, ponle. Pantagruel, liv. II,
chap. 32 : a Lors se meirent en bon ordre et
bien serrez. Et Pantagruel tyra sa langue seul-
lement a demy, et les en eouvrit comme une ge-
line faict ses poulletz. »
19579 Oes, oiej quissine. cuisine.
19584 Los, gloire,
19587 Al gieter, au jeter, en lancant des
projectiles.
19588 Climens, Benoit de Peterborough Tap-
pelle Albertus Clement et Rogier de Hoveden
Albericus Clement, marescallus regis Franciae.
Hist, n., XVII, 522, A, n.
19592 A he's de fier, avec un croc de fer.
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278
CHRONIQUE
Saladit
Leopold d'Aulriclie.
Aussi com doable d'infier ,
Le traisent ens , si fu ocis ,
19595 C'onkes n'i pot avoir miercis.
Son escu pendirent al mur ,
Quar il ierent fort et s&ir.
Li rois Felipres leur manda ,
Par I m&age , et commanda
19600 Que le signour de eel escu ,
Dont ils l'orent fait irascu,
Par grant raen$on li rendisent ;
Et ils manderent k'il l'ocisent.
Dont jura li boins rois le si^ge
19605 Tant qu il leur aura pris sans fierge.
Li rois Ricars ass& i fist,
Asses i douna et promist.
Detris seroit , se je nommoie
Tous $aus ki la fisent leur voie .
19610 Et qui furent al si^ge d'Acre.
U li Turc ierent dedens aspre.
Salehadins estoit defers
Et avoec lui tous ses effors.
Le roi Ricart et maint baron
19615 Tramist de son or a laron ,
Mais onques al bon roi de France
N'en osa faire d^mos trance.
Li dus i estoit d'Osterike ,
Maisnie i tint et biele et rike.
Roger de Hoveden : Et cum pradictus AJberi-
cus ascendisset sealant, pagani, injecto in ilium
unco ferreo , traxerunt eum infra murot et occide-
runt.
19604 Jura qu'il continuerait le siege.
19605 Sam fierge, ce doit etre ici une allu-
sion au jeu des echecs. Fierge est la dame , la
reine , la seconde piece de ce jeu. Foy. le Glos-
19615 Effors, esfors, le* resources dont il
pouvait disposer.
19614 Le roi Ricart, au roi Richard et a maint
baron. On lit dans les Chron. de S'.-Denis : a 11
(Philippe) avoit le roi d'Angleterre soupzeoneus
de trai'son , pour ce que il enveoit sovent mes-
sages au soldan Salehadin sans son seu , et rece-
voit de lui divers dons et divers presens. » Hist,
franc., XVII , 376 , C.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
279
19620 Et Jakes d'Avesnes i fu,
Ki moult grant pris i ot &i-
U par engiens u autrement ,
Asaloit-on les Turs sovent :
Li rois Ricars n'i fu pas mus ,
19625 Ainc estoit dout& et cr^raus.
Mais li rois Felipres de France
Estoit de plus grant ounorance
En Tost , et plus amis de lui ;
S'el hairent , n'i ot celui
19630 Des Englois, et li rois Ricars
Fu sour le roi Felipre escars
Et d'amour et de loiaut^,
De compagnie et de bont£ ,
Et par 90U qu'il le hai fort,
19635 Fist maint baron poisant et fort
Jurer et fiancer sa moil ,
Par envie , dont li remort.
Quar le roi de France doutoit.
Li quens de Canpagne i estoit 7
19640 Ses oncles, ki sa mort jura ,
Dont enviers lui se parjura.
Puis fu-il rois et, par p^chiet.
Dedens Acre ot le col brisiet,
D'une feniestre u il ka'i.
19645 Par fausset£ li meska'i ,
Jacques d'Aresues.
Inimitie de Philippe et
tic Richard.
Henri II , comte de
Champagne.
19620 Jakes d'Avesnes, il en a ete parle plus
haul, v. 19292.
19624 Mus, muet et par extension passif.
Pantagruel, liv. Ill , chap. 24 : a Si encores re-
gnoyent les oracles.... je serois d'adviz... 7 aller
et entendre quelseroyt leur jugement susvostre
entreprinse. Maisvons scavez que tous sont deve-
nuz plus mutz que poissons... »
19627 Ounorance , veneration.
19628 Delui, que lui.
19629 II n'y avait personne parmi les Anglais
qui ne le halt.
19651-52 Escars d? amour , avare d'attache-
ment.
19657 Dont li remort (cujus stimulus cor ejus
remordet).
19640 Ses oncles, les Chron. de S*. -Denis di-
sent au contraire : Niez estoit aus dui rois. Ric.
des Hist, t a. , XVII , 584 , C.
19642 Fu-il rois, roi de Jerusalem.
19645 Dedens Acre ot le col brisiet, cet evene-
ment eut lieu trois ans apres que Richard eut
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280
CHRONIQUE
Philippe , comic dc
Flandre, revele au
roi de France les
projels de Richard.
De son couzin , k'il ot boissi^ ,
Le boin roi de France proissi^.
Li quens Felipres maugr£ sien
L'ot jur^e , ?au set-on bien ;
19650 De maladie s'acoucha,
Devant lui son filluel manda ,.
Le roi Felipre , si li dist
Comment sa mort jurer li fist
Li rois Ricars, li faus. li fel,
19655 Et maint autre, par son cornel.
Jointes mains , mierci li cria
Et moult doucement li pria
Qu'il s'en alast fors de la tiere ,
Al plus tost qu'il peuist. sans gi&re;
19660 Quar il ot ja tel puison biute,
Dont il ot pri& la mort reciute.
Li rois li a tout pardoune .
Et puis a le congiet rouv^.
Plorant del conte se parti ,
19665 Et lendemain si s'aati *
De faire asalir durement ,
Et on si fist tot esranment.
La furent li Turc si griyi
Qu al plaisir le roi ont jur£
19670 A rendre Acre , s'il n'ont soucors.
Salehadins , dedens VIII jors ,
Les diut soucorre , si failli ,
Et toute l'os les asailli ;
Mais par couvent , comme soupris ,
recouvre 8a liberty. En 1197 , tandis qu'il s'ap-
pr£tait a la guerre contre les Sarrasins qui as-
siegeaient Joppe, il tomba d'une fenfire d'ou il
baranguait la foule et se tua. Hist, fr., XVII ,
48, A,384,C, 584, D.
19646 Couzin, neyeu.
19648 Maugre'tien, malgr^ lui.
19649 L'otjure'e , ces mots se rapportent a la
mort du roi.
19660 Puison, poison; biute, bue.
19661 Reciute, recue.
19663 A le congiet route', lui a dit adieu.
19665 S'aati, s'empressa*
1967ft Soucorre, secourir.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
281
19675 Furent li Turc loiiet et pris,
Et Karaheus et Limestous,
Ki moult fu hardis et estous ,
Et tout li autre pries apries.
Francois en furent moult engri&.
19680 Quant Acre fu rendue et prise,
Trop i ot joie a grant devise.
En la vile prisent osteus ,
Dont moult i ot et teus et qeus.
Salehadins estoit defers ,
19685 Ki Turs estoit poissans et fore,
Et s'ot od lui tous ses esfors ,
Mais moult ert grans li desconfors
D'Acre qu'il ayoient perdue ;
Et s'orent la We atendue ,
19690 Quar il quidoit avoir, sans faille,
Viers le roi de France batalle,
Par le consel del roi Ricart ,
Ki rendu Vavoit en sa part.
S'il fust al& a la batalle ,
19695 Grant avoir en ot pris , sans faille ,
A Salehadin , par esgart ;
Mais garnis en fu d'autre part
Del conte Felipre, ki dist
Qu'as Turs pour rien ne combatist ,
19700 Quar devisee estoit sa fins,
S'il combatoit as Sarrasins.
19676 Karaheus, Lime stout, les Chron. de S 1 .-
Denis {Historiens francais, t. XVII, p. 376, A)
nomment ces chefs Limatouset et Karacouses.
Lisez Hosiam- Eddin et Karacoush. Michaud ,
Histoire des Croisadet , II , 396 ; ou , comme
ecrit M. Wilken, Husa-Meddin et Karakusch.
Gesceichte dee Kriuziuioi, Leipz., 1826, t. IV,
pag. 296.
19678 Pries, pri*.
Tom. II.
19684-85 Ces deux vers son I la repetition des
19818-19.
19689 La bee, mot de meme origine que beer ;
avoir la bee atendue, c'est compter sans son h6te,
attendre vainement.
19696 Par esgart, sons un rapport , oppose*
a d'autre part,
19697 Garnis, premuni , empech£ , detourne.
19700 Devisee, arr^tee, complotee.
36
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282 CHRONIQUE
Et quant Salehadins sot bien
Que de batalle n'i ot rien,
Et que pas ne se combatroieat .
19705 Et la citl perdue aYoient,
Ariire s'en ala batant.
Et li rois de France entre tant
Fist en la vile prendre ostel
Al Temple, car il n'i ot tel ;
19710 Et apriiSs li dus d'Osterike
En fist I prendre bid et rike;
Ses banieres farent sus mises
As fenestras de marbre bises.
QuereUe entre le due Li rois Riears eneor n'aroit
d'Autriche et le roi - t\mt t* -n • d i * i •
Richard. 19715 Point d ostel , et trfes men savoit
Que li dus d'Osterike avoit
Le millor ostel qu'on i yoit.
Ses Englois i rouva aler
Et leur banieres for* gieter.
19720 Cil i al&rent esranment,
Si misent fors yilainnemeat
Les gens le due, et sa bani&re
Fu giet^e enmi fat kari£ne.
Li dus foment s'en airs,
19725 D'eures a autres souspira,
Al roi de France en ala plaiadre,
Et dist que phis n'i violt remaindre.
Et li rois dist , quant H poroit ,
Volentiers Ten adrfoeroit ,
19730 Quar il mesraes iert teus men&
Qu'ongles ne li estoit rem& ,
Me k painnes ceviaus el cief :
Ams estoit la a grant mescief .
19713 Bites, de coulenr grise ou noir&tre. 19727 Violt, veulait.
Michaud , Hist, des Crtrisudes , II , 485. 19729 L'en adreceroit , lui ferait reudre r«i-
19723 La kmr&re , le cbemiu, la rue. son , justice.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
283
Adonques si mora li quens
19735 Felipres, li sages , li buens.
Si home , comrae leur signor,
L'ont sereli k grant hounour ;
Et li rois ses homes guarda ,
Tant com il fu el pais-la.
19740 Li quens Bauduins al vis blau
Ot Flandres et s'avoit Hainnau.
Acre fd moult bien referm&
Et regarnie et acesm^e ,
Et li Turc ki furent loiii ,
19745 Furent ocis et dltrenci£.
Si fu la cose k bien torn&.
Li rois ot sa carge atorn& ,
Quar trop avoit g&i en tr&,
En une galie est entr&,
19750 Et li quens Pieres Tint k lui :
(( Sire, disb-il, en grant anui
Nos laistes, quant vous en al&. »
— « Pieres , dist li rois, tort avis. »
Atant li a moustr& 9es dois
19755 Et son cors, ki tant fu destrois,
Qu'il n'i avoit ongle rem&
Et del core fu li quire ost£s.
Quant li quens le vit en tel point :
« Sire, dist-il, pri& vous a point
19760 Qui vous a dounet tel bevrage;
Cou fu traisons et grans rage.
Mort de Philippe d* Al-
sace, comte de Flau-
dre.
Philippe-Auguste re
lourne en France.
19734 Li quens , Philippe mourut de la pette
a a siege d'Acre, le 1 OT juin 1191.
19740 Al vis blau, encore une de ces quali-
fications a la maniere dHomere et des anciens
poetes, ain*iqu*on Fa fait remarquer dans l'ln-
troduction de ce second volume. Celle-ci signifie
au visage bleu.
19745 De'trencie, decapites.
19746 La chose tourna a bien.
19747-48 Le roi avait rempli set obligations,
et n 'avait que trop long-temps langui sous la
tente.
19750 Pieres, Pierre, comte d'Auierre.
19757 Quirt, cmr, peau.
19759 Pries vous a point , vous a blesse de
pros.
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284
CHRONIQUE
Depart de Leopold
d'Aulriche.
Nicolas Doria ct Rosso
de Volla dc Genes.
Or n'i a plus , je men irai ,
Ja seul aler ne vos lairai. »
Lors si atornerent leur cose ,
19765 Et li rois, ki point ne repose,
Le due de Bourgogne i laisa
Pour lui , et en foit le baissa ,
Qu'il li gardast ses cevaliers;
Et ass& li douna deniers.
' 1 9770 Ainc jour se parti del riyage ,
A loi de preudome et de sage ,
Et la nouviele en est al&
Par toute l'ost , la matinee.
Trop fu li rois Ricars dolans
19775 Qu escapes ert li rois des Francs.
Li dus d'Osterike tantost
Par ire se parti de Tost ;
Viers son pais est revenus.
Et li rois de France est issus
19780 A tiere, quant il Tint a port :
De rien ne fu tant a deport.
A Mescines vot sdjorner,
Garder se fist et m&iner.
Nicolas Dorie, I borgois rices,
19785 Qui n'iert avers , ne fos , ne nices ,
Et li Rous de la Voute awoec,
Ki trop estoit rices illuec ,
Li prousenterent lor avoir
Et li fisent si grant hounour.
19764 Atornerent leur cose. Cf. Jacques de
Guyse , edition de M. le marquis de Fortia ,
XIII, 86.
19766 Le due de Bourgogne, Hugues III.
19767 Et en foit le baissa, celui qui recevait
foi et hommage d'un vassal, le baisalt sur la
bouche.
19770 Ainc jour, avant le jour.
19781 Deport, satisfaction, contentement.
19783 Me'ciner, medicamenter, traiter par les
medecins.
19786 Li Rous de la Voute, Rigord le nomme
Rufus de VoUa , et les Chroniques de S*. -Denis
Rufins de la Forte. Hist, ra., XVII, 56, A,
376, C.
19788 Prousenterent, presentment.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 285
19790 Que ne porent onkes grignor.
Quant li rois i ot soujourn^ ,
Tout son afaire a atourn^ ,
En France vint, et moult se plainst
Del roi Ricart qui si l'atainst.
19795 Le Rous de la Voute amena,
Et Nicolas avoec ala.
Rices maisons lor a livr^es
Et de ttere CC livr&s :
Encor en sont li oir tenant ,
19800 Ge puet-on savoir main tenant.
D'autrepart li dus d'Osterike
En une nef et grant et rike
En son pais fu repasses.
De la marine fu lasses ,
19805 Et moult se plainst del roi Ricart.
Le felon cuviert , le gagnart ,
Qui sen boin ostel li toli
Et ses banieres fors gali.
Mais li rois Ricars fu rem£s notour <ir Richard.
19810 En Acre et fu d'ire abosmes ,
Del roi ki sot la traisson
Qu'il ot faite par mesproisson.
Et si sot bien li fel traitre
Que c'iert par le conte Felipre ,
19815 Ki mors estoit nouvielement :
Si fu en grant airement.
Lors se pensa qu'il sen iroit
Par Alemagne , s'il pooit.
Jakes d'Avesnes estoit mors Morl dc Jta|IIM d A .
19820 Qui bien se fu as Turs amors , ^Zim. 5 de c<? ~
Et bien connurent maintes fois
19797 Livrees r me&ures. 19811 Del roi, a cause du roi.
19804 Marine, navigation. 19820 As Turs amors , acharne contre les
19808 Fors gali , pour fors jaillit , jeta. Turcs.
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286
CHRONIQUE
Brice de Baii ou des
Barres.
Sa grant valour et son cMfois.
En I e&tour s'iert avancis
U Sarrasin l'orent ocis.
19835 Li quens Robiers en fti biasing
De $ou qu'il fu ensi rem& 1
Gar il dust poindre quant il poinst.
S'il i mesfit, Dieux li pardmnst.
Par l'ost en ot moult grant dolour,
19830 Car Jakes iert de grant valour.
Brisse* de Bari , uns siergans ,
Ki moult estoit preus et sa$ant ,
Estoit a lui, quant il mora.
Li rois Ricars l'a retenu
19835 Et saci& biens qu'il le retint,
Pour $ou que la bien se maintmt
Et bien avoit siervi maint jour
Celui d'Avesnes , son signour.
En mer se mist li rois Ricars ,
19840 Al vent sigla tot a escars ,
Car il n'ont core de ha*ter,
Ains vot les plus sains pors tatter.
19822 Son de'fbis, sa maniere de defendre.
Tons les historiens s'accordent a parler avec le
plus grand eloge de ce chef des Beiges , restes
en Palestine avec le roi Richard. Ce prince, dans
une lettre , l'appelle la eolonne de Varmee ckre-
tienne, et la plupart des ecrivains le comparent
aux Machabees. P. d'Outremanni Constantino-
polis Belgica , Tornaci , 1645 , in-4°, pp. 19, 25,
82 , 597-98.
19825 Avancis , avance.
19851 Brisses, c'est celui que Roger de
Hoveden appelle Bricius camerarius , parce qu'il
devint chambellan de Richard. Hist. francais ,
XVII, 586, D. Dans une espece de tournois
improvise aux portes de Messine, Richard entle
chagrin d'etre vaincu , raconte Brompton , par
G. des Barres et ne put jamais le lui pardonner.
19859 En mer, J. de Guyse , XIII , 114. Les
aventures de Richard et toutes les circonstances
de sa captivite* , ont fourni le sujet d*une espece
de roman intitule Blondeau , que M. Michaud
indique parmi les manuscrits de Sorbonne ,
n° 454 (Bibl. du roi). Cette chronique s'occupe
principalement du menestrel Blondel et de la
delivrance du roi Richard; qui avait &£ saisi
par les gens da due d*Autriche, comme ici,
sous la robe d'un garcon, occupe a la cuisine a
tourner capon, Michaud , Hist, des Croisades, II ,
551 , note. Le meme ecrivain offre une analyse
de cette chronique romanesque, Bibl. des Croi-
sades , III , 559-545.
18940 Sigla tot a escort, navigna lentement;
a escars, avec sobriete.
19842 Taster, visiter en passant.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
287
En une moult rice galie ,
Mai* gou fa k poi de mesnie ;
19845 Tant qu'en Alemagne ariva.
A tifere issi , moult se o#a:,
Lor cevau$ures acatereat
Et-eom marc&nt se e&ereut
Tant que , par barat et par gille ,
19850 Hierbeg&reut a une vile,
Pri& dune citet , Id la fij.
Quant il orent refait lor fa ,
Lor capons eras oat al fii mis ,
Et puis si ont al vin tramis
19855 II barius que d'Acre aportoient,
A la tavierne les envoient.
A la chit^ dont jou vos di ,
Marcils estoit le saaiedi.
Uns cevaliers si la bevoit ,
19860 Ki baillie en la vile aroit,
La baine del due savoit
Et del roi , et tantos k'il voit
Les II barius, s'es a coouus,
Quar a Acre les ot v^us.
19865 Esranment l'Anglois acoata,
Qui les II barius aporta,
Et quant il Tot bien es$ard£ ,
S'a li oevaiiers demand^
Qui li baril estoient tel.
19870 Et c'il n'a dit ne I ne el ,
Fors tant qu'il dist : « Maro^ant sommes ,
Qui deviers Acre repairoumes. »
Richard parvient en
Allemagne, 1192.
Comment il fut arret e.
19846 Se cela , il se deguisa en tempi ier.
19847 Cevaucures , montures.
19881 Une diet, Vienne.
19852 Fu, feu.
19853 Capons, ohapons; eras, gcaa, mot
conserre dans le wallon.
19855 Barius , barils.
19858 Marries, marched
19860 Ifattfte, juridiction, charge.
19865 Esranment , aussitdL
19867 Esoarde', examine.
19872 Repairoumes, reyenons.
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288 CHRONIQUE
Et li cevaliers li a dit :
« Jou ne sait , mais , si Dieux m'ait ,
19875 Cil baril sont le roi Ricart. »
Atant s'entourna d'autre part
Li Englois , si fist del Tin traire
Et puis s'en est mis al repaire.
Li cevaliers , pour consivir,
19880 Le fist lues de si pries sivir
Con li a dit ou il estoient.
Lors s'aperciut qu'il se c&oient
Com marceant valiant et rike ;
Cremoient le due d'Osterike ,
19885 En qui tiere il furent entre.
Li cevaliers a encontr^
Le prouvost de la vile esrant,
Et il li a dit maintenant :
« Je sai moult d'Englois hierbegies.
19890 Mandes siergans, et si sacils
Quel gent il sont , car je mescroi
Que li rois Ricars en secroi
S'en voelle aier com marc^ans ,
Quar il est vistes et sa$ans.
19895 Si crient le due, j'el sai de fi ,
Pour 90U qu'en Acre li toli
Son ostel , et par son effors
Fist ses bani&res gieter fbrs;
Et par de\k n'oze-ii aler,
19900 Quar il fist a Acre jurer
La mort del bon roi Felipon.
Moult a en lui cruel pipon ,
Et traitre est, bien le savons.
Li dus est lies si le prendons ;
19874 Sait, sais. 19895 Crient, craint.
19892 En secroi, pour la rime, en «e- 19902 Cruel pipon, cruellepiperie.
cret.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 289
19905 Quar il est fel et despisans ,
Des Genevois et des Pisans
Est-il ausi trop malement.
Ales cele part esranment ,
Et nos les trouverons mangans. »
19910 Lors manda li provos siergans;
Armet se sont et vienent la.
Li prouvos tot avant ala
Et si rouva la porte ouvrir,
Et l'ostes , ki les vit venir,
19915 A dit : « Signor, quel le fer&,
Vesci le provost , ja l'aures. »
Li rois Ricars en pi& sailli ,
Moult durement s'en esbahi.
Mais , par le consel de sa gent ,
19920 Lis le fu s'asist esranment ,
Si prist a toraer les capons ,
Tot ausement com uns gar$ons.
Si vallait et si cevalier
Atorn^rent Tautre mangier.
19925 Tout ensi cascuns se couvri,
Et li ostes la porte ouvri.
Le provost laisa ens entrer,
Si le rouva venir disner.
« Non ferai , $'a dit le prouvos ,
19930 Mais dites-moi , je le voel, tos .
Quel gent sont $aiens k ostel ,
Qui le disner atornent tel ,
Com s'il i &iist conte vroi ?
Marc^ant n'ont pas tel conroi. »
19935 — a Sire, dist li ostes esrant,
19905 Despisans , meprisant , d&laigneux: serez traits suivant vos m^r ite».
despiciens. 19951 Qaiens , c£ans.
19906 Genevois, Gtaois. 19955 Froi, vrai.
19915-17 Quel le fires ja Vaurez, vou» 19954 Conroi, train.
Tom. II. 37
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290
CHRONIQUE
II dieet qu'ii sont mare&nt ,
Ki de l'ott d'Acre s'en revienent.
Mais moult ricement se contienent ,
Car il sont et rice et manant. »
19940 Li ceraliers sailli avant,
Ki les barius ot reconneus :
« Proovos , dist-il , barius iteus
Avoit li row Ricars eo I'ost.
II est faiens, qu£r&4e tost. »
19945 A tant li prouros a'avanca,
« Siergant, fait-il, trails en ca,
Prendes-les , quar il sont Englois. »
Et quant $ou enteodi li rois ,
Moult s'enbronfa et asoupli ,
19950 Et dist que mal fiissent etnpli
Li baril^ ne mand& li vins,
Dout li chevaliers iert devins.
Li prouvos et li ceyaliers
Vinrent avant en demeQ tiers.
19955 Li cevaliers vint la tout droit,
U li nois les capons tornoit.
I capiel de feutre li oste
Fors de son cief , tot yoiant l'oste.
Le roi a tost reooun^u.
19960 « Prouroe, diat-il, je 1'ai reu,
Le roi r&~l*-ci ou il siet,
Or le preod& , quar il me siet.
Moult sot , quant il se bestorna ,
19939 Manant, proprietaires a d emeu re fixe,
et non pas courant le monde comme les marchauds
d'alors qui allaient chercher eux-fn4mes la mar-
chandise au lieu de la recevoir.
19949 S'enbronca, secacha.
19950-51 Et dit qu'avaieat ete aalheoreuse-
ment remplis les barils et demandes les yim qui
avaient exerce la penetration du ekevalier.
19963 Bestorna, nous avons cite au pre-
mier volume le Renard bestoume. Depuis M.
Chabaille , dans son supplement au Renard
publie par M. Meon, a donne un texte de
ce petit poeme de Bmtebemf <kmt M. Achille
Jubinal se propose de recueillir les ceuvres.
M. Chabaille expliqse bestonme par double-
men* change , metamorphose", pages mi, xiv
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DE PHILIPPE MODSKES. 291
Qui rois iert et capons torna. »
19965 Et quant li rois $ou entendi ,
Sus est saillis , plus n atendi
Et mist sa main k I coutiel
Qu'il portoit, ameure moult biel.
Desfendre se vot durement;
19970 Mais li provos tot esranment
Li a dit : « Si Dieux me saut ,
Nule desfense ne tos Taut ;
Rendds-yous , car vous estes pris. »
Et dist li rois : « Jou sui soupris ,
19975 Mais ja siergans avant ne viegne;
Ki cevaliers est si me tiegne,
Je me renc , que vaut li desrois ?
Voirement sui Ricars li rois. »
Li prouTOS atant l'avan$a ;
19980 Li rois Ricars li fiancha,
Prison et avoec aus s'en rah
Et toute sa gens entresait :
Ensi fu d&iute leur gille.
En prison furent en la vile.
19985 Tant que li dus sot la noviele,
Qui moult li fu plaisans et biele.
A la cit£ s'en yint esrant
Et si a fait tout maintenant
Le roi Ricart a grant atour
19990 Mener en sa plus forte tour.
Quar li rois de France li ot
Proiiet , al plus k'il onques pot ,
Qu'il s'en vengast, s'onques pooit,
Et il tout autre tel feroit.
et 51-57. Nous reviendrons sur cette piece. Si /i • dit : « s« Dieu« me ««ut.
19968 Ameure, armure, arme.
19971 A ce ver* manque une syllabe. On peut 19980 Li fiancha , lui donna sa parole,
lire : 19981 Pruon, prisonnier.
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292
CHRONIQUE
L'crouereur Henri VI
sr fait livrcr Richard.
Lc roi de France ap-
prend la captivity de
Richard.
19995 L'emper&res , quant il le sot ,
Viers le due fist eu quau qu'il pot.
Tant qu'il li a le roi rendu
Et il n'i a plus atendu.
Ensierer l'a fait ricement.
20000 S'el fist siervir moult noblement ,
Par volenti et par pourpens ;
Mais li rois pa'ioit le despens.
Noirviele vint al roi de France,
Qui tot avoit mis en sofrance .
20005 Que li rois Ricars estoit pris
Et que li dus Favoit soupris.
Garis estoit. s'en fu moult li&.
A ses barons est consilli& ,
Et tout esranment si manda
20010 L'empereour et coumanda ,
Comme signour et com k fr&re
De son roiaume et de Tempore ,
Que bien gardast le roi Ricart ,
Le telon cuviert , le gagnart ,
20015 Qui l'avoit a Acre enpuisnie,
Si que ne de mains ne de pte
Ne li estoit ongles rem& ,
Et s'il auques i &rist mis ,
II i fust mors . u , tout sans falle ,
20020 Pris et trais a la batalle.
19999 Ensierer; mademoiselle L'Heritier est
auteur d'un ouvrage intitule La tour tenebreuse
et let jours lumineux, contes Angloit accompa-
gnez d'historiettes et tirez d'une ancienne chronique
compose'e par Richard, sumomme Cceur-de-Lion,
roy d' Angleterre j avec le ricit de diverses avan-
tures de ce roy, Paris, 1705, in-12. Si ce livre
doit 6tre range parmi les romans, les prelimi-
naires offrent quelques details qui ne sont pas
sans iutere't pour l'histoire de Richard et pour
celle de la poesie romane. Le Richard en Pales-
tine et surtout l'admirable legende d'lvanhoe
par Walter Scott, ont fait connaitre aux moins
instruits ce prince plus brillant que sage.
20001 Pourpens, reflexion , consideration.
20014 Repetition de v. 19806.
20017 Voy. 19731 et 19756.
20018 tie's, et s'il y &ait reste, s'il y avait
fait un plus long sejour; met de manere ; com-
pose rente's.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
293
Quant lempereres Fentendi ,
Al mesage si respondi :
« J'el garderai bien par mon cief ,
Mar i a fait al roi mescief . »
20025 Atant pour cele mesproisson
Li a fait doubler sa prisson.
Puis avint qu'il le ranprosna ,
Pour ?ou que les capons torn a.
Et li rois s&>it lis I fu :
20030 Comment ses peres noiils fu
Li demanda et mist avant ,
Et li reprouva , tous oiant ,
Qu'en I ruissiel d aigue petite
Quil ot a soi bagnier eslite
20035 Estoit noii&, voiantsa gent:
Cele parole o'irent cent.
L'empertres s'en aira
Moult durement, et souspira ,
Poi failli k'il ne li fist honte;
20040 Mais aquoissi^ Fen ont si conte.
Briement apri& se racord&rent
Et leur ramprosnes amendment.
Et Femper&re a remand^
Au roi que il Fa bien gard^
20045 Et gardera a en avant ,
Pour 90U quil li ala gr^vant.
Dont trest li rois de France lors
Tout droit al castel de Gizors.
Ghilebiers de Gascuel i fu,
Propos amers de l'em-
pereur et de Kicks rd.
Le roi de France portc
la guerre en Nor-
mandie.
Gilbert de Wascoil.
20024 Mar, a la male heure.
20027 Ranprosna, railla.
20035 JVoiies, I'empereur Frederic I", sur-
nomme Barbe-Rousse , pere de Henri V I , se bai-
gnant dans la riviere de Salef, en Cilicie, s'y
noya, le 10 juin 1190, a l'age de 69 ans. Voyez
v. 20353.
20040 Si conte , ses courtisans , comites.
20041 Briement, bref.
20042 Ramprosnes, railleries.
20049 Ghilebiers de Gascuel, Gilbert de Was-
coil , dont G. Le Breton dit :
Septuaginta viros equites peditesque trecentos
Gascolides secum Gilebertus habebat in arce,
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CHRONIQUE
Richard recoavre su li-
berty, 4 fcvrier 1194.
Forlcresse He Dangu.
20050 Ki le castiel li a rendu;
Et des castiaus de Normendie
Prist moult li rois a cele fie.
Li rob Ricars fist tant apri& ,
Comme visseus et moult epgri& ,
20055 K'il est issus de la prisson ;
Mais il douna grant raen$on ,
C mile mars et plus asses.
De la prisson fu moult lasses.
D'Engletiere tout par navie
20060 Fu sa raen$ons aravie,
Et de besans et d'estrelins
Et de mansois et d angevins .
Qui li vinrent de Normendie,
Et par haste et par enresdie.
20065 Quant paiiet en ot comme sages
Et del remanant mis ostages ,
Parmi Saissougne sen ala
En Engletiere, et si passa
En Normendie tout esrant ;
20070 A Ruem cevauga main tenant.
Quant de Gizors sot la noviele ,
Tous ses anuis li renoviele ,
Et moult li pesa de Dangut
Que Francois orent abatut.
20075 Lors si canta : « Dieux y si men duel ,
C'a fait Ghillebiers de Gascuel. »
Qui prafectus erat et constabularius Hits,
Hist. fr.,XVII. 159, B, C.
20057 C mil mars, 850,000 marcs d'argent.
20050-60 D'Engletiire.... aravie, envoyee,
arrivee d'Angleterre.
20061 Estrelins, dans le roman de Blondeau
cite plus haut, on lit que * le rois Richard....
» estoit li plus riche home de Tost , et qui plus
» avoit a despendre; car il avoit plus estellins
» que li rois de France n'euist parisis. »
20064 Par enresdie, par force.
20067 Saissougne, Saxe. Le due de Saxe etait
beau-frere de Richard. Voy. v. 20085.
20075 Dangut, Roger de Hoveden, a Tan
1197, s'exprime ainsi : Wilbblhus Csespin, con-
stabularius de Dancu , vi compulsus , tradidit Ri-
chardo , regi Anglias, casteUum de Dan eu . . . Hist.
franc., XVII, 174, B, n.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
295
Puis manda gent en Engletiere ,
Si deffia le roi de guierre ,
Et gadgnierent par couvent
20080 Li 1 sour li autres sou vent.
Li rois Ricars en dementiers
Manda le conte de Poitiers ,
Othon., son neveu, le valiant.
Si Ten fist aler maintenant
20085 En Alemagne , son pais ,
Quar li empereres Henris ,
Estoit mors et al& a fin.
Tant fist al conte Bauduin
De Flandres, qui Hainnau tenoit
20090 Et quens de II cont& estoit .
Li rois Ricars , qua Ais ala
Et le roi Othon couronna.
Le vesques Jehans de Cambrai
I fu avoeques. bien le sai ,
20095 Et li dus , ki moult sot de gille ,
De Louvaing , li douna sa fille.
Li Alemant , ki furent savie ,
Le due Felippron de Soavie
Recouronnerent contre lui,
20100 Pour Othon faire plus d'anui.
Car Temperere F&Uri*
Et Femperere apri& Henris
Fisent jurer , a lor vivant ,
Otlon, comte dc Poi-
tiers.
Moil de l'empereur
Henri VI, 28 »ei>-
tenibre 1196.
Baudouin VI (IX) ,
•*omte do Hainaut et
dc PJandre.
Otlon IV.
Henri III, due de Bra-
bant.
Philippe de Souabe.
20083 Othon, Fan 1196, Richard, du cod-
sentement d'Eleonore, sa mere, donna l'usufruit
du duche d'Aquilaine avec le comte de Poitiers
a son neveu Otton de Brunswick , troisieme fils
de Henri-le-Lion , due de Saxe , et de Mathilde,
scaur de Richard.
20095 Jehans de Cambrai , Jean, surnomme' de
Bethune. J . LeCarpentier, Hist, de Cambray, etc, ,
1 , 373377.
20096 Fille, Marie, fille de Henri 111 (IV),
dit le D£bonnaire , due de Brabant , dont le tes-
tament est si celebre.
20097-98 Savie , Soavie , lisez pour la mesure
Save, Soave ; Felippron de Soavie, Philippe de
Souabe , cinquieme fils de Tempereur Frede-
ric I er .
20101 Federis, Frederic I".
20102 Henris, Henri VI.
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296 CHRONIQUE
Par devise et par couvenant
20105 De l'apostole, a ses barons,
Dont les cartres ot et les nons,
Qua tous jors mais , apri& sa mort ,
Par boine pais et par acort ,
Iroit I'empire , sans fallance .
20110 D'oir en oir, ausi com en France;
Quar ausi siout aler I'empires ,
Ki par lor tences estoit pires ;
Quar plusiour s'i&rent arrami
De couronner aucun ami ,
20115 Quant l'emper&re ert defies:
Maint princes en iert envi&.
Par quoi Temper^res Henris
D'el ratraire fu atenris ,
Et tout pour icel sairement ,
AnllS8 20120 Si couronn&rent voirement ,
Al droit oir wis, li Alemant
Le due de Soave, en eel an,
Ki parens estoit a l'enfant ,
Ki n'avoit pas &ge grant ,
20125 Le fil l'emperfour Henri,
L'enfant de Pulle , que nori
„....„ . c . Avoient si home en Sesile,
Frederic II , roi de Si- n
die, depuis empe- ^ Palieme , sa rice vile.
Mors iert et sevelis ses p£re ,
20130 Et I'enfts, pour avoir l'empere,
Ot les saiaus et tous les bri& ,
Que ses pferes li ot laissi&
20106 Cartres, chartres, engagemens par 20121 Wes , oes, au profit du droit h^ri-
ecrit. tier.
20111 Siout , eut coutume. 20123 Parens, oncle. Philippe de Souabe
20113 Arrami , engages. Itaitle cinquieme fils de Pempereur Frederic l er ,
20118 Fut porte* a cootinuer I'empire dans sa Barbe-Rousse , pere de Henri VI.
famille.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 297
De I'apostole et des marcis ,
Et des barons plus enforcis,
20135 Ki jur^ ayoient pour voir
L'empire atraire d'oir en oir.
Or vous dirai-je l'aventure , pourouoi Vemywe <**-
Si com 1 estore m asseurre ,
Par quoi lasseuranche empire ,
20140 Dont li oir perdirent l'empire.
Uns empereres moult proissi&
S'en fu jadis al& croissi&
En la tiere de Bethleem ,
Pour vissiter Jherusalem.
20145 Sa feme ert morte an$ois II ans ,
Mais il en ot II biaus enfans .
Danselons de petit iage ,
Qui moult erent de grant linage.
Li arcevesqes de Ravenne
20150 Et l'arcevesqes de Maience
ferent si oncle par la m&re.
Al jor qu'aler s'en diut lor p&re , >
I rice frere a conte avoit ,
Mais trop fel et crueus estoit ;
20155 Ans II li carga ses enfans ,
Et de l'empire fu tenans
Comme bailies; lors s'en ala ,
Mais an$ois qu'il parvenist la .
Fu mors , et la noviele en vint
20160 Al conte qui l'empire tint.
Les II enfans , sans nul ator,
20157 Or vous dtrai-je Cette narration, 201 53 A conte, qui avait la dignite de comte.
dontle fonds et lea details sont attendrissans , est 20155 Ans, avant de partir il le chargea de
une legende fabuleuse; aussi l'auteur n'y attache- aes deux enfans.
t-il pas de noma propres , quoique dansd'autres 20157 Bailies, tuteur, mot gr^cise sous Tem-
occaaiona analogues , il ne s'en faase pas faute. pire latin de Constantinople , Mrd't'Xas ; s'en alia , ■
20147 Danselons, damoiseaux. c'est-a-dire l'empereur.
20149-50 Ravenne et Maience, mauvai&erime. 20161 Sans nul ator (la rime demanderait
Tom. II. 38
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298
CHRONIQUE
Mist en prison en une tour,
En I eepiel cascun dun pte ,
Quar l'empire ayoit convoitte.
20165 Petit a boire el k mangier
Lor fist douner, et , par dangier,
Tous les castiaus et les cit&
Saissi , les bors et fermet& ,
Et tous les princes k soi trest ,
20170 Pour l'avoir grant dont il les pest.
Un jour li enfant moult plor&rent
En cele prisson , u il ircnt ,
Quar li carteriers leur genhi
Que tous jors seroient ensi.
20175 Li uns a 1'autre se plagnoit
De la m&aisse ou il estoit.
Li mainsn& a dit al grignour :
« Fr6re , vous perd& yostre ounour,
Quar me laissi& mon pie treneier
20180 Et jus de la tour trebucier,
Je men traise, s'onques je puis.
Nos oncles dirai , si g'es truis,
Que nos oncles , de par mon p&re
Qui de l'empire est command&re ,
20185 Nos fait en sa prisson morir
De faim , et de laste pourir. »
atour) , franchement; sans balancer, ouverte-
raent.
20163 Cepiel, entraves, chaines, fers. Le
eepiel ou cep , en flamand stock, £tait propre-
ment un instrument en bois , consistant en deux
planches echancrees de maniere a recevoir les
pieds et les mains des prisonniers , et dans les-
quelles on les assujettissait. Warnkoenig , Hist,
de la Flandre, II , 161 , note 1.
20169 A soi trest , attira a soi, entraina dans
son parti.
20170 Pest, repait, rassasie.
20173 Carteriers, geolier; genhi ou gehi,
declara.
20179 Quar melaissies, laissez-moi plut6t;
quar a ici le sens de en consequence ; mon pie'
treneier, en l'arraohant du cepiel.
20181 Je m'en traise, que je m'en tire j s'on-
ques je puis , si je puis.
20184 Commandere, qui a Tempire en com-
mandite.
20186 Laste, incommodite.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 299
— « Non feras , ce dist H ainsn& ,
Jou sui graindres et plus sen&,
Balle-moi qk ton coutelait
20190 Et mon talon trencier me lait. »
Cil li a tolu maintenant
Le kanivet nuef et tren$ant ,
Viers son talon est aproci& ,
Ja fust a gr^yance trenci&.
20195 Quant li frire est avant lanci& ,
Moult durement s'est coureci£s ;
Le kaniyet li tolt des mains :
« Fr&re, fait-il, $ou est del mains,
Jou sui mainsn^s de vous et pire ,
20200 Et si devri& avoir l'empire ;
Se jou sui mors ne afol^s ,
Ne m'en caille, car mious rates. »
— « Non fer&, fr6re. » — c< Si ferai,
Dist li mainsn&, bien m'en irai. »
20205 Par mi ibis, j'el sai de fi,
Tolirent le coutiel ensi,
Tant qu'en la fin dist li mainsn& :
cc Mes talons est menr& ass&
Del vostre et mains me gr^vera ,
20210 Ce saci^s. quant trenci& sera. »
Atant a le coutiel saissi ,
Tant en tren?a que fors issi;
Mais de sane en est tant issu
Que li enfe$ons pasm& fu ,
20215 Et li freres mena tel duel,
Qu'il fust maintenant mors son voel.
20188 Graindres(grandior), plus grand. 20202 Ne m'en caille, ilnem'enchaut.
20189 Balle-moi, baille-moi ; coutelait , petit 20208 Menre's, diminui, coupe,
couteau, coutelet, 20214 Enfecons, jeune homme, adolescent.
20190 Lait, laisse. 20216 Son voel, si sa volonte* avait ete exau-
20197 Kanivet, d'ou canif. cee.
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300 CHRONIQUE
Entries que li enfes pasma,
Sor lui cai , tant le baissa ,
Et li enfes est revenus,
20220 Pour le duel sod frere est teus.
Ja ert la nuit auqes al^e ,
Et l'enf& , ki al fuir hie ,
A son fr&re , tout en baisant ,
A congiet pris de main tenant.
20225 Ouvierte avoit une feniestre.
Devant aus , en la tor . k dies t re,
Et li enfecons tout clo$ant
Vint a la feniestre aprcxjant,
Al mious qu'il pot est months sus ,
20230 Outre se laissa caoir jus;
Si fu moult durement bl&i&
fis bras , es gambes et es pi& ,
Et toutes voies , par effors ,
Del grant foss^ s'en issi fore.
20235 Venus s'en est ci& le proYoire ,
De son iestre li dist la voire ,
Et li prouvoires de pitte
N'a l'afaire plus respite.
Sor son palefroi mist l'enfant ,
20240 A tout s'en ala maintenant ,
A I'arceveske l'enmena ,
Jusqu'a Maience ne fina.
L'arceveskes en fu joians ,
Et, d'autre part, refu dolans
20245 De li ki afol& estoit,
Et de I'autre , ki remanoit.
Li carteriers k lendemain
90217 Entrue's, pendant, tandis. 20235 Provoire, pretre.
20220 Est teus ou plutdt s'est teus, s'est tu pour 20236 Lui dit sa veritable situation .
ne pas augmenter la douleur (duel) de son frere. 20238 Respitie, retarde.
20222 Al fuir bee, aspire a fuir. 20242 Et ne s'arreU qu'a Mayence.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 301
Se fu lev& al jor bien main;
En la tour as enfans ala ,
20250 L'ainsn^ fr&re plorant trova
Pour son fr&re, k'il quidoit mort,
Quant il Pol kair si fort.
Tant ot plor^, malades fu.
Et quant sa garde Pa v&i
20255 Demanda li qu'iert devenus
Ses fr&res , et cil s'est t&js.
Signe li fist de sa main diestre ,
Qu'issus en iert par la feniestre.
Lors fu li vallais coureci&,
20260 Et adol& et esmaii&.
Partout ala querre Penfant,
Et quant n'el pot trover esrant ,
S'en est f uiois , tout pour le conte ,
Qu'il n'el fesist mourir i honte.
20265 Moult fu Parceyesques dolans
De ses neveus, les II enfans.
Car cil qu'on li ot amenl
N'ot onques puis jor de sant£ :
Al cief de quinsainne moru.
20270 Ses oncles moult dolans en fu ,
Trestout son pooir asanbla
Et par tout Pempire manda
Les barons , si leur a contl
Comment li quens avoit ouvr^
20275 Des II enfans Pemper&>ur,
Dont il devoit garde r Pounour.
Quant li baron la vert£ sorent ,
A quan que de gent avoir porent ,
S'en al&rent a la tour, droit
20280 U Penf£s en prisson estoit.
20260 Adole$ f afflige. quinze jours.
20269 Al cief de quimainne, an boot de 20274 Outre, fait.
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302 CHRONIQUE
Si leur ont te castiel rendu ,
Mais li autres enfts i fu
Mors trouT^s^ el cepiel gisant.
S'en furent li parent dotant ,
20285 Et li marcb et li baron
De tout le pais environ
Sour le conte s'en sont ale ,
Tout too pais li ont gastl.
Mais il Tint contre ans a grant gent ,
20290 Qu'assfc avoit or et argent.
Moult asprement se combatirent
Mais li baron tow les venquirent ,
Et li quens i fa pris et mors
Et desconfis tons ses effiors.
20295 Edm com tous av& ou
Si furent li droit our perdu ,
Et de par p&re et de par m&re,
Ki d&issent avoir I empire.
Dont s'acordirent li baron
20300 A faire par eslection
Emper&xur d'aiicua bant homme ;
S'el fesist-on aacrer k Rom me.
Qu'on ot tant parte de cascun
Que , par le grant consel oommun ,
20305 Sour XII prendomes par non
Ont assise l'esleetion,
Et cil ont ensi dis leur dis :
Qu'avant Font mise sour aus VI.
Et li VI font mise sour trois ,
20310 Par lafaire qui fa destfois.
20290 Qu'u$s<fs, attendu qu'assez De <*ev*ierset d >l^ g"»-
qaqo>c vjr a. • i. i. Roman de Rou , II, 185.
zU2U4 hfforSyCe mot, qui revient souvent ,
est clairement explique dans ce passage de € ^ Frff ce 80nt ^ forces dont on peut dispo-
Rob. Wace : 8er#
Grans etforz mena od «on frere 20310 DestfOlS , difficile , eptneuse.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 303
Et li troi douterent l'estri.
S'apielerent du Fl&teri , Frederic B«rbc-Rou^.
Qui n'iert fel , crueus ne estous ,
Parmi le sairement de tous ,
20315 Qu'a sod acort s'acorderoient.
Vo'iant tous $aus qui la estoient ,
Li ont la couronne doun&
Pour 90U qu'ele soil d61br6e
A son plaisir , sans rien de grief.
20320 Et il l'a pos& en son cief ,
Si leur a dk : « Voii& , signor,
Et je me fas emperfour ,
Et si tous di que, sans faintisse,
Al mkms que j'onqes sai , l'ai mise;
20325 Et Dieux mi laist a bien durer. »
Lues se fist tous ass^urer
Et prist a Roume ses conrois,
Si k'il fu emper&re et rois ,
Don! je vos conterai bri&nent.
20330 Asanbte furent voirement
Si com il faissoient adids ,
Quant l'empcre iert adr&i&.
Puis fu-il noi&s sans reriet s. mon, 1190.
En I moult trea-petit ruisiel ,
20335 U il se bagnoit pour le caut :
Ensi le vot Dieux, qui n'en caut.
Mais pour lui c'on tint a gentil
Fisent emper&mr del fil.
Henris ot non , et fu preudom Henri iv.
20340 Del commencement jusqu'a som.
Tr6s donques ala-il ensi
20511 Douterent, redouterent la difficult*?. 20525 Laist, hisse.
20512 Du Fledt'ri, le due Frederic, fils de 20552 AM fries, en regie , dans son etat nor-
Frederie, due de Souabe, empereur tout le mal , comme on dit aujourd'hui.
nom de Frederic !•'. 20555 ATottfr, voy. v. 20055.
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304
CHRONIQUE
Frederic II ,1198.
Otton IV.
Guerre de Baadouin IX,
comledeFlaodre, con-
tre lc roi de France.
Philippe I, marquis de
Ntmur.
Jusqu'a Femperfour Henri ,
Ki peres fu l'enfant de Pulle ,
Ki par son sens , non par sa trulle ,
20345 Fist les barons assurer ,
K'il feroient l'empire aler
D'oir en oir, si com il siout faire.
Or fu venut a eel afaire ,
Car li enfts et ses consaus
20350 Orent les bri& et les saiaus
Parquoi il kalengoit l'empire ,
Si com vous av& 6i dire.
En Pulle soujornoit tous cois,
Si navoit pas tot a son cois ,
20355 Car moult haoit le roi Othon ,
Ki li gr^voit, ce disoit-on.
Dont aviunt que li landegraye
Ocist le boin due de Soave.
Si fu la tierre en grant estrif ,
20360 Pour chou que l'enfant sorent yif .
Li quens Bauduins pour sa tierre
Si refist donques au roi guierre.
Phelippre de France moult fort
Tornai raiienst , et puis a tort
20365 Arie et Saint Omer li toli,
Devant Arras si&ghe basti ;
La fu pris li quens de Namur ,
Felippres, con tint a s&ir.
Li quens d'Arras s'en d^parti
20551 Kalengoit, reclamait.
20355 Cois , choix.
20355 Othon , Otton , comte de Poitou , deja
mentionne, elu roi des Romains en 1198.
20357 Landegrave, Otton de Wittelsbach.
20364 Raiienst, reprit, proprement, racheta.
20365 Arie, la mesure exige Aire.
20366 Sieghe basti, mitle siege.
20368 Felippres, Philippe-le-Noble , second
fils de Baudouin V (VIII), comte de Hainaut et
de Flan d re.
20369 C'est ici le commencement de l'extrait
de Du Cange et de M. Buchon. Remarquons ce-
pendant que Du Cange ajoute au commencement
quelques vers du debut de la Ghronique. Li
quens d'Arras, Baudouin IX, comte de Flan-
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DE PHILIPPE MOUSKES.
305
20370 Et puis ail roi s'acorda , si
Qu'apri& s'en ala outre mer ,
Pour lamende mieuls affermer.
Et s'avoit estet moult proissi&.
Si s'en ala comme croisi^s.
20375 Sa feme apri& lui s'en ala ,
Ki moult tr&s-durement lama.
A Acre moru de malage ,
Coume Dame loiaus et sage;
Et li quens , ki mout fu sen^s ,
20380 Eu Venisse s'est chemin^s.
Ses fibres, li quens de Namur ,
L'ot fet de bailie s&ir.
Ses deux filles ot a gairder
Et la tiere pour a mender.
20385 Et li quens et tous ses barn&
S'en fu droit a Gadres al&,
U li dus de Venise Tot
Menet, car el faire n'en pot.
D'aus se yengha la yile prist ,
20390 Pour ?ou que lor sire li fist
Les ious asorbir el cief :
Or leur retorna a mescief ,
Car trestout son plaissir en fist.
La yint al conte , si c'on dist ,
Mort de &a femme Ma-
rie de Champagne ,
29 tout 1204.
Philippe I , marquis de
Namur.
Prise de Zara par les
croises.
dre, s'ltant ligue* avec Richard d'Angleterre ,
s'empara, comme on Fa vu, des villes d'Aire et
de S t .-Omer 9 mais il echoua devant Arras.
20570 S'acorda , a Peronne , au mois de fe-
vrier 1200.
20375 Sa feme, Marie, fille de Henri- le-
Liberal , comte de Champagne.
20385 Li quens , le comte de Flandre.
20386 Gadres, Zara , en Esclavonie , ville torn-
bee au pouvoir des Hongrois et que les Francs
prirent d'assaut, pour les Venitiens; Yille-
hardoin l'appelle Jodres. Edition publiee par
Tom. II.
M. A. Buchon , p. 27 et passim. Sur cette ville ,
voirWilken, Gesch. der Kreuzzuege, V, 144,
167,168,171,175-192.
20387 Li dus de Venise, le doge Henri Dan-
dolo.
20390 Lor sire lifist, Du Gange cite les vers
20385-92 sur Villehardoin , observ. p. 271. Le
doge avait eu les yeux brules a Zara.
20591 Ce vers est trop court d'une syllabe.
Asorbir, bruler, crever.
20394 La vini, Villehardoin, p. 45, et la
Chronique de Romanie , citee ci-dessus , disent
39
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306
CHRONIQUE
Alexis III et Alexis IV,
empereurs de Cons-
tantinople.
Uistoire de ce dernier
prince.
20395 Uns danziaus ki jovines estoit ,
A qui toute Grease appendoit :
Par son oncle iert desiret&
Et de castiaus et de cites.
Alexis ot non, moult fu biaus;
20400 Bien ensigni& iert li dansiaus,
Uns ab& l'avoit des enfance
Nourit a moult grant hounourance ,
Car ses oncles , pour desvoiier ,
L'avoit commands a noiier
20405 A II cevaliers , ki plorant
Orent piti^ de tel enfant.
Si l'orent cargte a l'ab£,
Ki ne l'avoit mie gaM ;
Ains le garda et tant li fist
20410 Qu'a l'apostolie le tramist,
Et si fu moult bien endit&
Comment il iert d&iret&.
L'apostoles en ot pit6 ,
Son afaire li a dit£ ,
20415 Tout droit a Gadres l'envola
Al conte, u moult bien Favoia.
Conte li a tot son afaire ,
Et li quens {qui) bien li volt faire
Li fist jurer le sairement
20420 K'il en iroit tot voirement
A quan qu il poroit outre mer
Avoec lui , s'il puet recouvrer
aussi qu*Alexis, fib d'lsaac FAnge, depouille
par son oncle Alexis III , vint trouver les croises
a Zara.
*£x rd aXXc fiiptx; iaoaev AXi%io$ 6 Barif ?i#.
20595 Danziaus , damoiseau.
20405 Pour desvoiier, pour le perdre.
20408 Gabe , trompe , decu.
20410 L'apostolie, la mesure demande qu'on
lise Yapostole.
20411 Endites, expose.
20414 Dite, dicte; son afaire, la condnite
qu'il avait a tenir.
20416 Avoxa, clirigea , adressa, envoy a.
20418 Vers trop court sans le qui.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
307
Sa ti&re , et tant faire li sache
Que couronne porter li face.
20425 Alexis jura voirement
Trestot ensi le sairement,
Et li quens fist lues atorner
Sa gent et cele part aler ,
Car il avoit corapagne noble.
20430 Si fist tant qu'en Coustantinoble
Fu cil Alexis couronn& ,
Mais il fu lues enyenim^s.
Si fisent de Morcuf li Griu
Leur empereour en eel liu.
20435 Et quant li quens Bauduins sot
Con Alexi ensi mort ot
Par deslo'iaut^ et par gille ,
Si reprist k force la vile.
Mais anchois i eut grant asaut .
20440 Car li mur i&rent fort et haut.
Par deviers la mer furent pris
Et desbarete et soupris.
La fu le vesques de Soissons ,
S'en fist k Dieu moult d'orissons ,
20445 Et si estoit li quens Tiebaus,
Ki moult estoit vaillans et baus.,
Et Jakes , li fius Jakemon ,
Celui d'^vesnes , le baron ;
Murzuplxle
Mort d' Alexi j IV, 1204.
Prise de Constantino-
ple, 12 «vril 1204.
Nom* de plusieurt cro i-
ses de distinction.
20453 Morcuf, Alexis Ducas , surnomme Mur-
zuphle , a cause de l'epaisseur de ses sour-
cils.
20434 En eel liu , a la place d'AIexis IV.
20436 Mort 7 assassine. Ay ant essaye d'empoi-
sooner Alexis, sans pouvoir y reussir, Mur-
zuphle l'&rangla le 8 fevrier 1204. Cet infortune'
n'avait regn£ que six mois et huit jours.
20443 Le vesques de Soissons, Novel on, fils
de Gerard de Cherizy , elu eveque de Soissons ,
en 1176, et archevdque de Thessalonique ;
apres la prise de Constantinople.
20445 Li quens Tiebaus, ThibautHI, comte
de Champagne, nomine 1 chef de la croisade,
tomba malade ayant de partir et mourut le 24
mai 1200 , par consequent long-temps ayant la
prise de Constantinople.
20447 Jakes , fils de ce Jacques , dont l'e'loge
est consigne plus haut. II demeura quelque
temps en Grece et accompagna Raban delle
Carceri, noble veronals, dans la conqu£te de
llle de Negrepont.
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308
CHRONIQUE
Conon de Bethune , le
trouv^rc.
Baudouin empereur, 17
rami 1204.
Ile»t mil * mort.
Si fti Pteres de Br&cuel,
20450 Ki moult i fu de grant aquel ;
Si fu Quennes de la Bietune ,
Si ot moult d'autre gent coumune.
Lors fu des barons et del fr6re
Li boins quens fais lues emperere.
20455 Si conquist la tiere environ ,
Puis ftirent o lui si baron
En un estour , et fu soupris
Des Coumains et a force pris.
Et si ot moult des barons mors ,
20460 Dont moult fu grans li desconfors.
Ensi li Blak et li Coumain
En lor prison et en lor main
Orent le conte Bauduin ,
Et s'i l'ocisent en la fin.
20449 Pieres de Bre'ecuel,ce nom a ele" altere
de plusieurs ma meres. On le trouve successive-
ment ecrit Braietuel, Braieluel, Brae el, Braciel,
Brackiel, Brachuel, Braiequelel Brenoncel. Dom
Brial croit y reconnaitre les seigneurs de Bre-
teuil. Du Cange,parmi ses notes manuscrites ,
retrouve dans ce nom celui de Bracy. Nicetas
appelle ce person nage Petros de Plant zis et
Petros de Pratzis. Villehardoin , ed. de M. A.
Buchon, p. 6, note 8. Ce croise* doit &tre celui
que Fempereur Henri de Hainaut, dans une
lettre inseree au Thesaurus Anecd., de Martenne
et Durand , 1 , 821 , cite parmi les principauz
chevaliers , en ces termes : Dominum scilicet
Pet rum de Bruccello , ce que M. Petit Radel
traduit par Pierre de Bruxelles, quoique le nom
de cette ville ne se soil jamais ecrit Bruccellum
et qu'un beige surtout n'ait pu adopter cette or-
thographe j mais peut-Atre faut-il lire Bruccella.
20450 Aquel 9 accueil, consideration.
20451 Quennes de la Bietune , Conon de Be-
thune, fils de Robert et d'Alix de S'.-Paul,
frere puin£ de Guillaume-le-Boux , seigneur de
B£thuneetavou6d' Arras (non pas avocat, comme
ledit la Biographie universelle, t. LXI, p. 285,
dans Particle Coroic ou Queues, qui estun double
emploi, puisqu'on avait deja consacre un article
a ce personnage, t. LVUI, p. 203). M. Paulin
Paris, dans son Bomancero (Paris, 1835, pages
77-110), a insert neuf chansons tres-remarqua-
bles sous le nom de ce trouvere , avec une notice
sur sa vie et des remarques piquantes.
20458 Coumains, selon Du Cangeles Cumans
habitaient sur les bords et a l'embouchure du
Danube , dans la Moldavie , apres elre descendus
du Caucase. Suivanl d'autres, le nom de Cuma-
nie comprend tout le pays arrose par le Don , le
Volga, le Nieper et les lacs, e'est-a-dire la
Moscovie. Les Cumans , suivant Thwrocs , dans
sa Chronique hongroise , n'embrasserent le chris-
tianisme que vers Tan 1380 , a la persuasion de
Louis , roi de Hongrie. A. Buchon, Chronique
de Bomanie, p. 77, n. 6.
20461 Blak, Vlaques; Buchon, ibid., p. 116.
20464 L'ocisent, la mort de Baudouin est ici
attestee comme elle Test par les historiens les
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DE PHILIPPE MOUSKES.
309
20465 Mais des barons fu lues ses frires .
Henris d'Angho , fais emperere.
Cil ne fu mie a cuer faiilans ,
Ains fu moult preudom et vallans.
En Flandres vinrent les novieles ,
20470 Ki leur furent laides, (et) non bteles.
Veskes Estievenes de Tournai
Moru kdonques , bien le sai.
Gossuins fu veskes nommes ,
De la Flamengerie n&.
20475 Rois Felippes en France estoit,
Ki sa feme en prison tenoit ,
Et, pour $ou qu'ensi ne remagne,
S'ot-il mandee en Alemagne
La serour al due de Soave ,
20480 Con tenoit a biele et a save.
Si l'espousa , si com il pot ,
lcele dame moult ciire ot.
I fil en ot , sot non Felippes ,
Cil fu vallans sages et vistes.
20485 Li rois , ki son preu ne forlogne ,
La damoisiele de Boulogne
La fille al preu conte Renaut,
Henri de Valenciennes
erapercur As mns-
tantinople , 20 aout
1206.
Etienne et Gossuin ,
eveques de Tournai.
I'hilippc-Auguitc , roi
de France.
plus dignes de foi. Foy. Fin trod, du second vol.
20466 Henris d'Angho, Henri , frere de Bau-
douio, ne* a Valenciennes, en 1174. II avait eu
d'abord pour apanage , le village d'Angre , dans
le Hainaut. Nous avons deja fait 1'observation
que ce nom a trompe quantite d'historiens, qui
nomment ce prince d'Anjou , d'Ango ou d'An-
gho. VArt de verifier les dates fait n ait re ce
prince en 1174 , mais M. Petit Radel a prouve
que ce devait Sire en 1177. M. le marquis de
Fortia qui avait premierement suivi les savans
benedictins , s'est rendu ensuite k l'autorite de
son docte confrere a l'academie. Annates de
Hainaut, XYlll,n,Wi.
20470 Dans l'extrait de Du Gange et de la
collection de M. Buchon, apres ce vers on en a
omis 2400 autres.
20471 Estievenes, Etienne, abbe de S te -Gene-
vieve, eveque de Tournai , depuis 1195. Toy.
notre premier volume, p. 540.
20475 Gossuins , eveque en 1205. T. I, ibid.
20479 La serour, Agnes de Meranie , fille de
Berthold IV.
20485 Felippes, Philippe , dit Hurepel, comte
de Boulogne.
20485 Preu, avantage , interdt.
20487 La fille, Mahaut, fille de Renaud de
Dammar tin , comte de Boulogne.
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310 CHRONIQUE
Li fist prendre, comment qu'il aut.
Et de cele dame autresi
20490 Ot li rois une fille ensi,
Qui moult fu vallans et sen& ,
Et fu ricement mariee.
Felippres, li quens de INamur,
Con tiunt a sage et a seur ,
20495 Li fr&re al conte Bauduin
Qui toute Gresse mist a fin ,
A Valenciennes l'espousa.
Et dont ses II niegains livra
En la garde le roi de France.
20500 A pries, sans longe demorance,
Mon tie Philippe, comte Cil quens de Namur si moru.
de Namur, 8 octobre *
1212. Sa feme, qui moult jovfene fu,
Del roi son pere, sans desdaing,
uenri i, doc de Bra- Fu donnee al due de Lou vain g.
Guerre e^Nornandie. 20505 Que li Normarit ^ que li Francois
Se furent moult gr£v£ an$ois,
Li rois de France ot pris Evreus,
Gent i mist , mais je ne sai qeus ,
Et li vesques par traisson
20510 Le roi Ricart en sa maisson
Reciut, par le mur de la vile,
A grant gent arm£e , par gille.
« Trai , trai , » se sont escrte ,
Si ont par tout le fu bouti ,
20515 Et li Fran?ois furent soupris :
Si les ont tous et mors et pris.
Ensi Ricars , par tr^cerie ,
20488 Aut } ose. 20504 Due de Louvaing, Henri I", due de
20490 Une fille, Marie. Brabant.
20493 Felippres, Philippe I OT , dit le Noble, 20517 Tre'cerie. Le dit de Richaut , p. 38 du
marquis de Namur. t. I , du nouveau recueil de fabliaux de Meon :
20494 Tiunt f tint. Totes (fames) serent de triecherie
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DE PHILIPPE MOUSKES.
311
Ot sa citet rega^gaie.
En prison mist les cevaliers ,
20520 Mais tous les autres sodoiers ,
Et bas et haus , sages et fos ,
Fist enfouir jusques as cos ;
Gaires n'en demorerent vif .
Puis i ot grant guerre et estrif ,
20525 Quariaus fisent faire a M. forges ,
Dont on pergoit et cors et gorges .
Et gast&rent et bl& et orges.
Li quens de Pontiu iert serorges
Le roi de France , s'iert od lui
20530 La guerre fist maint ome anui.
Si com girfaus et li ostoirs
Sont plus gentil que li woltoirs,
Si doivent Francois tousjors iestre
Et plus gentil et plus honniestre,
20535 Et cler com paons u limoges.
Puis avint-il que a Limoges
Asist rois Ricars un castiel ,
Et la fu-il trais dun quariel,
En l'espaulle, dont il moru.
Barbaric tie Richard.
Mori du roi Richard,
26 mai 1199.
Communaumcnt ,
Mais ce fa par 1'enseignement
Richaut , qui fu moult longuemen*
Par tot le monde :
Bien les aprist a la r^onde.
20522 As cos, au cou.
20528 Serorges, beau-frere. Guillaume III ,
comte dePonthieu, £pousa Alix, soeur du roi
Philippe-Auguste , laquelle avait £t£ accordee ,
en 1174, a Richard, roi d'Angleterre.
20555 Cler, brillans , resplendissans ; paons,
ce mot etait alors de deux syllabes et ne se pro-
noncait point /win, comme aujourd'hui.
20556 Limoges, nous ne connaissons pas cette
sorte d'oiseaux. L'auteur de la Semaine, Du
Bartaa , si vante par Goethe et d'autres ecrivains
allemands , passe ainsi en revue les oiseaux de
proie :
Le ravissant etcooffle , k qui la queue sen
De gouvernail fidele, et le faucon expert
A battre la perdrix , peu toigneux de leurs proies
Suivent 1 'unique oiseau (le phdntr) par les celestes voies ,
Avec le tiercelet, le lanier, le vautour,
Le sacre et 1'eperTier, qui de maiot souple tour
Caressentle phenix, et voguant pres des nues.
Yoient en peu de temps cent marches inconnues.
Cinquieme jour.
20537 Asist, assiegea ; un castiel, le chateau
de Ghalus , pres de Limoges.
20558 Quariel, carreau , trait d'arbalete. On
a re ten u le nom de l'arbal&rier : il s*appelait
Gordon.
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312 CHRONIQUE
20540 A Frontevralt enfouois fu,
Jouste le roi Henri , son pere.
Prophetic de Merlin. J^ £ Ruem gut Henrfs , 8CS frftre.
Del roi Ricart fu a\iv4
Cou que Mierlins ot esp6r^ ,
20545 Qua Limoges seroit li frains
Fais et forgies tous premerains .
front li tirans ki s'i tiroit
D'Engleti&re, afrinis seroit.
Li tirans fu Ricars , li rois ,
20550 Qui plains estoit de grans desrois,
Et li quariaus dont il fu trais
Et a la mort mis et atrais,
(k>u fu li frains ki l'afr^na,
Si que de rien plus n'i tira.
20555 Mais ce ne doit-on pas c&er
Que soldoier et baceler ,
A qui il dounoit les grans dons
Pour guerroiier dus et barons,
N'en demenasent trop grant duel ,
20560 Se v&rit£ dire vous voel.
Dont fu asambl& li barn&
ima 7SSS^. roi Et quens Jehans fu couronn& ,
Ses fr£re, c'on clamoit Sans-Tifere.
Si recommen^a lues la gierre
20565 Sour le roi Felipre de France ,
Et tant que , par boine acordance ,
La fille au roi petit d'Espagne ,
Qui de sa serour iert giermainne,
Blan$ain a Lo^ys douna ,
20542 Gut , git. 20569 Blanfoin, Blanche, fille d'Alphonse IX ,
20547 S'i tiroit, s'y portait. roi de Castille. Eleonore, sceur de Jean-sans-
20548 Afrene$, refrene. Terre , avait epouse Alphonse VIII, roi de
20567-68 Espagne et giermainne, rime in- Castille.
complete.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 313
20570 Fil le roi Felipe, et fi<fra
De boine tiere et bien s&nt.
Acord£ furent par itant ,
Et le fil au conte Jofroi
De Bretagne, sans nul desroi, Arthur de Breugne.
20575 Pour $ou qu'il ert fius de son frere,
Et que mors iert pi&a ses pere ,
Li a tramis pour ensignier
Avoec son fil , k'il ot moult cier.
Artus ot non li damoisiaus.
20580 Rouses estoit, mais moult fu biaus,
Et moult estoit bien ensigni& ,
Simples, courtois et afeiti&,
De grant amour s'iert ob&s
Al joT^ne signour Lo^ys.
20585 Et madame Blance si crut , *!«<*« *« c«tiii e .
Tant que Lo^ys o li giut ,
Li fius le roi. S'en ot enfans,
Mais ne dirai pas ore quans.
Et Artus devint bacelers,
20590 Grans et furnis et biaus et clers.
Puis aviunt que , par I desroi ,
Se gueroi^rent li dui roi,
Tant qu' Artus , li biaus et li fiers ,
Devint a Gournai chevaliers. *<*« de gcutmi , en
Normandie.
20595 Armes et cevaus li douna
Rois Felippes, ki l'adouba.
Adont ot pris li rois Gornai ,
Et cil Artus , sans nul d&ai ,
Si asambla ses Poitevins ,
20570 Fieva, donna en fief. barons du pays , qui envoyerent a la cour
20573 Jofroi, Geoffroi II, fils de Henri II , de France, Arthur, heritier legitime du roi
roi d'Angleterre. Richard.
20577 Li a tramis, ce ne fut pas Jean-sans- 20580 Rouses , roux.
Terre , qui ne regnait pas encore , mais les 20585 Crut (crevit), grandit.
Tom. II. 40
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314
CHRONIQUE
Geoffroi deLusignan.
Jean - »ans - Terrc fait
raourir son nereu
Arthur, 3avrill203.
(N. st.)
20600 A Mirabiel traist ses carina ,
U la roine estoit ses cor* ,
Gele ki fu Alienors :
Sa taie ert et s£jornoit la.
Artus le castiel ass^ga,
20605 La vile prist , et la nouviele
S'en vint al roi a la Roiiele.
A moult grant gent, tous irascus,
S'en est a Mirabiel venus,
Et li Poitevin , par folage ,
20610 Comme hardit et par outrage .
Ne se d^gnierent remuer.
Et li rois vint, ainc l'ajourner,
Tous les prist, voaisent u non.
Jofrois-li-Vious del Lezegnon ,
20615 Qui moult estoit hardis et preu»
Et as armes trop corageus ,
I fu pris , li buens cevaliers ;
Et Artus , li nouviaus gueriers,
Se fu en 1 celier repus,
20620 Et tant qu'il i fu percfas.
Si fu pris et livr^s al roi ,
Son oncle, a moult petit conroi.
Et il le mist en tel prisson ,
U il moru par mesproisson ;
20625 Quar on dist k'il le fist noiier,
Pour qou qu'il l'osa renoier.
Quant li rois de France a s&i
Cele prise ki faite fu
20600 Mirabiel, Mirebeau ; carins, charroi, 20609 Folage, bravade imprudente.
train.
20601 Ses cors, de sa personne.
20602 Alienors, tileonore.
20603 Sa taie , son aieule.
20606 La Roiiele, La Reole.
20612 Ainc I'ajourner, avant Pajournement ,
sans prevenir, a l'improviste.
2061 4 Jofrois del Lezegnon , Geoffroi de
Lusignan , frere de Gui, roi de Jerusalem.
20619 Repus, cach£ , rep(otit)us.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 315
D'Artu , fu durement dolans ,
20630 Quar moult iert vistes et vallans ;
Et , s'il le s&iist u trouyer,
II le fust al& d&ivrer.
Puis issirent de la prisson
Li Poitevin , par raen$on ;
20635 Mais onques roi Jehan n'amerent ,
Et tout adi&s contre lui erent,
Pour 50U que mal fist k cascun.
Et si toli Ugon-le-Brun Hugue* de Luiign™.
Sa feme , et puis si l'espousa.
20640 II fius en ot , que on nomma
Ricart et Henri , j'el sai bien ,
Mais n'el porent amer pour rien;
Quar il orent mis lor enfant
En ostages , petis et grans,
20645 Et laidement les fourmenoit ,
Quar fel et outrageus estoit.
Filles et femes demenoit
Vilainnement, et destragnoit
Ses cevaliers et ses barons ,
20650 Si comme yilains u larons ;
Tant k'il jurerent fiauti
Al roi Felippre et loiaut^ ,
Pour gou que tant li abi&i
Qu'a Ugon sa feme toli
20655 Et maugr^ sien l'a espous^e,
Et Uge Tot avan t jur&.
Adont que mors fu l'emperire
Henris, qui de Pulle rois 6re,
20638 Ugon-le-Brun , Jean-sans-Terre enleva cesseur, et Richard, comte de Cornouaille.
a Hugues de Lusignan , depuis comte de la 20648 Bestragnoit, vexait.
Marche , sa femme Isabelle, fille d'Aimar, comte 20656 Juree, Hugues avait et£ fianc£ a Isa-
d'Augouleme. belle.
20641 Ricart et Henri, Henri III , son sue- 20658 Henris, Henri VI.
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316 CHRONIQUE
Faerie, fih de rem- Ses fius demora en la tiire ,
pereur Henri VI. "
20660 Sovent a pais, sovent a giere,
Et en Palerne et en S&ile
Se reposoit de vile en vile.
As Alemans rien ne manda ,
Ne l'empire ne demanda.
20665 Si fti la tiere sans signour,
Cascuns voloit avoir l'ounour.
S'avint que li dus de Soave,
Con tenoit k preut et a savie ,
Pour lenfant. ki ses ni& estoit,
20670 Des mellours couronne faisoit.
Et il l'avoient couroun^
A o&s l'enfant et assent ,
Et forment l'ounoroient tuit.
Apries fu la ttere en grant ruit ,
ouoa de wrttebb.ch. 20675 Quar li landegrave ot ocis
Le due , ki gardoit le pais,
Si com jou vous ai dit avant :
Li plus sage en furent dolant.
ouon iv. Othe, li rois, en fti joians,
20680 Si traist a lui les Alemans ,
Les Sesnes et les Loherens ,
Et siergans , cevaliers et gens ,
Qu'a Roume en ala couronner.
Mais il li convint ains jurer
20685 Qua S*.-Ptere ne forferoit,
Ne l'empire ne descroitroit,
Ne sour la couronne de France
Ne feroit nule destorbance.
Et quant il ot esti sacr&,
20661 Palerne, Palerme. pour la rime.
30667 Li dus de Soave, Philippe, cinquieme 20670 Mellours, meilleurs.
fils de J'empereur Frederic I er . 20674 Ruit, desordre , danger.
20668 Savie, lisez save pour la mesure et 20688 Destorbance 7 entreprise hostile.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 317
20690 Si s est esranment parjur£s.
S*.-Piirc III castiaus toli ,
Quar aucuns li avoit gehi
K'il durent iestre de s'ounour,
Et avoient esti maint jour.
20695 Quant li apostoles Toy, ottonestexcommunic,
Innocens , de rien n'el joi ;
Hautement l'escum^nia.
Ensi la cose demora.
L'enfts de Pulle, en eel tod, Frederic h.
20700 Al roi de France , par consel ,
Traist et s'aie li requist ,
Et li rois sairement li fist
Et d' aidance et de s&irte :
S'a li uns l'autre ass^urd.
20705 Et li rois Felippes de France
A moult grant gent, par convenance,
A Valcoulour tramist a lui ,
Pour 50U k'il n'i &iist refui ,
Lo^ys, son fil, et (si) parlerent
20710 Ensanble, et s'entras^ur&rent
Deyant tous les barons communs.
Ariere s'en ala cascuns ,
Et l'en&s , ki de rien n'empire ,
Calenga tout esrant Fern pi re.
20715 Et li rois ot ja marine
La serour Artu , et donn^e
Al fil conte Robiert de Dreus, fterre-AUuderc, due
zx • 1 • 11 dc BreUgne, 1213.
Qui moult estoit vallans et preus ,
Et toute Bretagne a tenir,
20691 II s'agit des terres allodiales du fameux 20716 La serour Artu , Constance , mere d 1 Ar-
heriiage de la comtesse Mathilde. thur, s'etait remariee avecGui de Thouars. Alix ,
20696 Innocent, Innocent III. Fainee de ce manage, epousa Pierre-Mauclerc ,
20699 Toil, desordre. fib de Robert II, comte de Dreux, qui etait
20707 Valcoulour j Vaucouleurs, en Lorraine, petit-fils de Louis-le-Gros , roi de France.
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318
CHRONIQUE
Eofant aaturel de Phi-
lippe- Auguste.
Guerre conlre le roi
Jean d'Angleterre.
20720 Pour *a gierre mious maintenir.
Et l'autre 8uer men& en fu
En Engletiere, et la moru.
Li rois de France, a son solas ,
Une damoisiele d'Arras
20725 Prist , et si en ot I biel fil,
Ki bien sanbloit estre soutil ,
Et sambla le roi Felippon :
Cel enfant nomm£rent Carlon.
Clerc en fist-on ; s'ot en la fin
20730 Prouvende a Tours, k S*.-Martin,
Et de la fu-al tr^zoriers :
Si fu a Paris escoliers.
Dont aquelli en h&> eel an
Li rois Felipes roi Jehan.
20735 Gallart et Poitiers et Cinon
Prist a force , yosist u non ,
Et Normendie et tout Ango ,
Alemagne pries , tout Poito ,
Quar li Poitevin li aidoient
20740 Et le roi Jehan moult faidoient,
Pour $ou qu'ii avoit a I jour
Pendu , a duel et a tristour,
20721 L'autre tuer, Catherine , epousa , Tan
1212, Andre de Vilre.
20728 Carlon , les hisloriens modernes Tap-
pellent Pierre Charlotte ou Chariot. II fut el eve
par Guillaume-le-Brelon , auteur de la Philip-
pide , qu*il lui dedia sous le nom de Karloius :
Tu quoque fautor ades , Karlote , simillima regis
Magnanimi proles , etc.
Ce Chariot mour ut en 1249, evequede Noyon.
20735 Aquelli , attaqua j en is. Dansle Voyage
de S i .^Brandan au paradis terrettre, le saint,
au moment de s'embarquer ,
Dit as freres : entrex en em ,
Dieu grades , bom ert li Tenx.
De la Rue , Essais hist., 11,71.
20738 Gallart, Chateau-Gaillard ; Cinon , Chi
non , lieu immortalise par Rabelais.
20738 Alemagne j ce mot doit etre mis ici
pour un autre , a moins , chose peu probable ,
qu'il ne s'agisse d'Allemagne , paroisse pres de
Caen, d'ou Ton a tire une partie des pierres
employees a la construction de S*.-Etienne de
Caen , ce qui a fait croire a M. Dibdin que ces
pierres venaient de l'Allemagne , from Germany.
Voyage bibliogr., Paris , 1825 , II , 25.
20740 Faidoient 7 traitaienl en ennemi.
20742 Trtstour, tristesse.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
319
XXV enfana sans ^ages ,
K'il i orent mis en ostages ,
20745 Fius de princes et de marcis ,
C'onques n'en vot avoir miercis ;
Et s'ot Artu , son neveu , mort ,
Dont il ot fait p^ciet et tort.
Tant le kacierent 9a et la ^
20750 Que li rois de France en ala
Sour lui , et tant li fist de gierre
Qu'il perdi le plus de sa tier re.
Nior retint et la Rociele,
Ki sour mer siet en la graviele.
20755 Adont li rois Jehans passa
En Engletiere, et si laissa
Toute sa tiere en non caloir.
Et li rois fist bien son voloir.
Les castiaus ferma et refist,
20760 Et partout bonnes gardes mist.
En France revint soujorner,
Et dont si fist Paris murer.
Puis avint cose que Flamenc
Et Hainnuier, par I bestenc ,
20765 Vorrent avoir en Flandres conte
Que la ttere n'alast a honte.
Et li rois gardoit le droit oir ;
Si ▼ivoient de leur avoir.
Li quens de Namur li carga
Paris sous Philippe -
Auguste.
Affaires de FUndre et
de Hainaut.
20745 XXV, prononcez vingt et cinq ; sans
e'ages , qui venaient a peine de naitre.
20747 Mort, tue.
20755 Nior, Niort; La Rociele, La Rochelle.
20754 En la gravieh , $or la greve.
20757 En non caloir, en nonchaloir, sans
defense.
20762 Paris murer, on peut voir dans M. Du-
laure , l'enceinte de Paris sous Phitippe-Auguste.
20764 Bestenc, discussion; de bet, particule
qui a un sens defavorable , comme dans bestour-
ner, best our der, et de tens ou tenc, dont le com-
pose content vient de contendere.
20767 Gardoit le droit oir, Jeanne , fille ainee
de Baudouin IX et Marguerite sa sosur.
20769 Li quens de Namur, Philippe I CT avait
remis ses pupilles entre les mains du roi de
France.
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320
CHRONIQUE
Enguerrand III de Couci
veut eponser Jeanne
dc Flandre.
Isengrins et Blavotins.
Jcaunc de Flandre
epousc Feroand de
Portugal, 1211.
Fcrnand passe poor le
fils de la comtesse
Mathilde.
20770 Adont que sa fille espousa,
Si com jou vos ai dit an$ois.
Grant joie en orent li Francois.
A eel an , j el sai tout de fi ,
Le vot Engelrans de Couci ,
20775 Et li rois li ^uist douaee ,
Mais la cose fu si atee ,
Qu'il ne le vorrent prendre a conte ,
Que lait ne lor fesist et honte ,
Car il estoit fel et crueus ,
20780 Et despissans et orgilleus.
Adont a Lille soujournoit
La vielle roine et manoit ,
Ki fu feme al conte Felippre.
Et grant dowaire tint viers Ipre .
20785 En cele tiere des Ingrins
Qui haoient les Blavotins.
A Lille estoit en sa maisson :
Si mist ses homes a raisson
D'un couzin qu'ele avoit, Ferrant,
20790 Qui yenus estoit , tout esrant ,
De viers Portingal , son pais.
Biaus estoit de cors et de vis ,
Brun ot le cief et s'ot grant n&;
De sa maniere ert moult aenes.
20795 Fius iert le roi de Portingal ;
Mais li plusiour, par devinal ,
Disoient k'il iert voirement
20770 Sa fille, Marie.
20774 Couci, Du Chesne, p. 219.
20778 Lait , laid j faire laid, maltraiter.
20782 Mathilde de Portugal , veuve de Phi-
lippe d' Alsace, qu'on appelait la reine. Foy.
v. 19371.
20785-86 Ingrins, Isengrins. Sur eux et sur
les Blavotins , recourir a I'lntroduction de ce
second volume. I^es vers 20784-86, sont cites
dans le Recueil des hittoriens francais XVII ,
89 , note.
20788 Elle fit travailler ses gens en faveur de
son neveu.
20795 Fius, fils de Sanche I", roi de Por-
tugal.
20796 Devinal , conjecture.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
321
Fius la roine oulreement ,
Mais ele dissoit que c'iert s'ante.
20800 Des barons traist plus de XL
A li , par son tres grant avoir,
Par son sens et par son savoir.
Al roi Felipre trest en France ,
Comme visseuse et large et france ;
20805 Si douna tant le roi del sien
Qu'ele i fist son afaire bien.
Gautiers d'Avesnes li aida ,
Qui de son avoir li presta,
Et Jehans li grans de Niiele.
20810 Si fist Ghilebiers de Bourgiele ,
Et grans masse d'autres Flamens,
Qui ele dounoit garnimens ,
Et grans tieres et grans, cevaus ,
Deniers et armes et guiaus
20815 Pour l'oir de Flandres a avoir.
Moult li cousta de buen avoir,
Et as barons et a la court;
Sei valu bien, ains qu'ele en tort.
Cascuns pour li tant i blandi,
Gautier d'Avesnes.
Jean de Nesles et Gil-
bert do BourgheJles.
20798 Outre'ement , contre la regie, c'est-a-
dire il legitime.
20799 SPante, sa tante.
20807 Gautiers d'Avesnes, Gautier II , fits de
Jacques , mort a la Terre-Sainte. II etait frere
de ce Bouchard qui epousa Marguerite de Flan-
dre. Lui-mgme prit pour femme Marguerite,
comtesse de Blois.
20809-10 Jehans.... de Niiele; Ghilebiers de
Bourgiele. Dans le traite entre le roi de France
et la comtesse Jeanne , pour la delivrance de son
mari , fait prisonnier a Bou vines, figureot Jehan
de Neele ou Nesle (de Nigella) et Gilebert de
Borguellis. Recueil des Hist, fh., XVII, 105, B.
Concernantles seigneurs de Nesle, voir L'Espinoy,
Hecherches sur les antiq. et nobl. de Flandre ,
Tom. II.
p. 120 j quant aux chatelains, M. Warnkcenig
leur a consacre un chapitre particulier , dans sa
savante Histoire de Flandre, t. II , p. 129, de la
traduction de M. Gheldolff. — Le Jean de Nesle
mentionne ici , est precisement celui qui vendit
a la comtesse Jeanne la chatellenie de Bruges.
Bourghelles est un village du departement du
Nord , arrondissement de Lille.
20812 Garnimens, equipemens.
20814 Guiaus, joyaux.
20815 Pour assurer a son neveu la main de
Theritiere de Flandre.
20818 Elle (it de grands efforts, de grands
sacrifices avant de partir; ains qu'ele en tort,
avant de s'en retouruer.
20819 Blandi, employa mille seductions.
41
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322
CHRONIQUE
Aire et S*-Omer cedes
au prince Louis, 61s
de Philippe Auguste.
Troubles en Flindres.
Basse de Gavre.
Guerre de 1'eveque de
Liege et du due de
Brabant, 1212.
20820 Li rois pour l'avoir les cr&.
La contesse leur a doun&
Et Ferrans l'a lues espouse.
Si la fait li rois cevalier.
Mais si com il diut repairier ,
20825 Si traist mesire Lo^ys
A S t .-Omer, en son pais ,
Et fist tant qu'il ot le castiel ,
Moult bien s&nt et fort et biel .
Et s'ot Arie tout a bandon,
20830 Dont on ot fait sa mere don.
Ferrans en Flandres s'en revint ,
Mais encontre lui moult se tint
Rasses^ li cevaliers de Gayre ,
Et Ernous avoec d'Audenarde,
20835 Et cil de Gant et d'autre ass&.
Tantos Ferrans a tous mand&
Ses barons, si ala sour aus.
A Waudripont fu faite entr'aus
La pais : ensi fu Ferrans quens.
20840 Ass& leur fu courtois et buens.
Dont ot une grant guerre a Li^ge
De cevaucie non de si^ge,
Del due de Louveng et del vesque ,
Quar li dus iert de male teke.
20845 Puis en fu li dus desconfis :
Moult i ot des siens mors et pris.
Puis si avint, parmi ces coses,
20820 Les crei, les crut.
20829 Arie, Aire. Voy. Warnkcenig, Hist.
de Flandre, I, 221.
20835 Rosses... de Gavre , Arnould de Gayre,
seigneur de Materne et d'Escornaix, fut propose
au gouvernement de Flandre , par la comtesse
Jeanne, pendant la captivite de son mari. De
L'Espinoy, p. 73.
20834 Ernous avoet , Arnould d'Audenarde
avec... tournure wallonne.
20838 Waudripont , Wattripont (?), de 1'ar-
rondissement et a 5 lieues et demie de Tournai.
20845 Due de Louveng , Henri I 8 *; vesque,
Huguea II de Pierrepont.
20845 Desconfis, a Steppes, le 15 octobre
1213.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
323
Que messire Hues de Boves
Ocist I des prouvos le roi ,
20850 Par son outrage et par desroi.
S'en fu banis de toute France ,
Et il passa , sans demorance ,
En Engletiere, au roi Jehan.
Ses om devint mesrae en eel an,
20855 Et il li douna fief et tierre,
Pour 90U qu'il li aidast de gierre.
Apri& avint autre vergogne ,
Que li quens Renaus de Boulogne
Fu mal del vesques de Biauves.
20860 S'ot entr'aus brisste une pes ,
Pour une maisson qu'il fermoit.
Que le vesques contredissoit.
_ Li quens Renaus s'en fu gr6v&
De toutes pars , et acuss&
20865 De traisson et de boisdie
Pour la tiere de Norm end ie.
Et si li mist avoeques seure
Qu'il avoit tramis , aucune eure ,
Ses mesages en Engleti&re
20870 Pour ie roi a graver de gierre.
Tant fu gr£?& en toutes pars
Que li consaus en est espars
Et li quens en ot ire et duel.
Si s'en ala droit a Mortuel ,
20875 Et contre le roi le garni,
Ki le castiel li ot furni
Et doun^ , et tiere autre asses .
Hugues de Boves.
Benaud de Dammartitit
romte de Boulogne.
11 fortifie MorUin.
20848 Hues de Boves, Hugues, filsde Robert I
et de Beatrix de S'-Pol ; il etait de la maison* de
Coucy. Du Chesne, p. 946. Dom Bouquet, XVII
88 A, 8&B, 99A, 267B, 401 D, 411 D, 700
N, 715D,716 D, 717 A.
20859 Biauves, Beauvais.
20861 Fermoit, fortifiait.
20867 Seure, surj mettre seure , accuser.
20868 Aucune eure, a certaine epoque.
20872 Espars, eperdu.
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324 CHRONIQUE
Dont il iert tenans et cas& ;
Quar contre le roi d'Engletiere
20880 L'avoit-il bien sierri de gierre.
Et quant li rois dire Vox
K'il ot Mortuel Tiers lui garni .
Cele part treat ; mais il vuidierent
Et le castiel tot seul laisi&rent.
20885 Li rois le prist et s'el carga
I cevalier, ki li guarda.
Lors fu li quens Renaus banis
Et il se traist fors dou pais.
Renaud se retire en gll Enffleti&re CD est al& ,
Anglclerre, 1212. U '
20890 Al roi Jehan s'est amenl& ,
Et dist, se Dieu li doune vie,
Qu'encor feroit une envaie
Le roi de France Felippon ,
K'il le feroit mater d'un pon.
20895 Puis est en Flandres repasses ,
A Ferrant a parte asses ,
Et dist qu'encor li renderoit
S t .-Omer que on li toloit ,
Et Arie et tout son tenement.
20900 Et Ferrans dist que voirement
Le kerra-il et aidera.
Et Renaus dist qu'il li fera
Le roi d'Engletiere donner
Estrelins, pour guerre mener.
20905 Entr'aus sont lues ass&ir&
Et li quens Renaus a jur^ ,
Tant que bien croire Ten pot-on ,
Renaud Tatrouverouon Qu'il s'en iroit au roi Othon.
IV, roi de Germanic , .
Et il si a fait lendemain.
20877-78 Ces deux vers sont cites par Du 20894 Pon, pionj allusion aujeudes echecs.
Caruje au mot casati. 20899 Arie, lisez Aire , pour la mesure.
20890 Amenle's, reuni. 20901 Le kerra-il, le cherchera , s'unira a Ini.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
325
20910 Quant il perciut le jor bien main.
A Othon Tint : tant i brasa ,
Que le sairement pris en a
K'il venra al premier e$t6.
Comment que la cose ait este ,
20915 A tant sen vint li quens Renaus.
Et tant ot parlet , comrae faus ,
Viers son signour le roi de France .
Qu'il en ot puis duel et pesance,
Ains k'il en euist point de glorie.
20920 Adont avint, en eel temporie.
Que li rois Felippes estoit
A Paris , et la soujornoit.
Si oi dire par vertet
Que li rois Jehans ot prestet
20925 Le conte Renaut son tr&or,
Pour iui aguerroier enkor.
Et Hues de Bove dissoit ,
ik de guerre ne li fauroit ,
Et durement sen pourca$oient
20930 Que d&ireter le voloient.
Li rois ferment s'en aira
Et tout maintenant si jura
Qu'il passeroit en Engleti&re,
Calengier Fa voir, c'on dessi&re.
20935 Atant a mandes soldoiers ,
N& et calans et marouniers.
Manda Jofroi del Lezegnon
Et Savari de Maulion ,
Indignation du roi de
France.
Philippe veut passer en
Angleterre.
Savari de Mauleon.
20917 Viert, contre.
20919-20 Glorie, temporie, lisez pour la me-
sure glare, tempore.
20934 C'on dettiere , qu'on veut lui arra-
cher.
20936 Calans, chelandium , chelandra, che-
landrium, chelindra, chelindrut, salandra, $a-
landria, zalandria, salandrus , chelandurus ,
ealannus , chalannus, chalandus , chalonnium.
Voy. Du Cauge , qui cite les ▼. 20955-36.
20937 Jofroi de Lezegnon , Geoffiroi de Lusi-
gnan , comte de Joppe , frere de Hugues-le-Brun,
comte de La Marche.
20938 Savari de Maulion , Savari de Mauleon.
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326
CHRONIQUE
Marine du nioyen age.
Et moult des autres Poitevins ,
20940 Et Hurepois et Angevins;
Si manda Bretons et Normans ,
Caus d'Orienois et $aus del Mans.
Al yent k'il nforent pas estroit .
Fist sigler a la mue droit
20945 Galies et barges et n& ,
Esneques et dromons fi&& ,
Koges et busses et wissiers .
Et avoec , quan que f u mestiers .
Yin , avainne , farine et pain ,
20950 Et grans bacons ki furent sain ,
Grans pierieres et mangonniaus ,
Arbalestres et tr^bukiaus.
Atrav^ sont droit a la mue ,
Guill. le Breton, Hist, franc., XVII, 189, A:
Conveniunt proceres illuc properanter ad tpsum ,
Inter quos special is adest Lisinacus ille
Gnufridus, cum militibus quinis quater, omni
Quos sibi de patria socio* elegerat ipsa ,
Et cunt Guillelmo Savaricum Malleo misit
Malleo , e'est-a-dire de Malo-Leone.
Meyer rapporle sur Savari des vers latins en
forme d'epitaphe et qui le peignent sous des
traits odieux. Annal., fol. 67.
20940 Hurepois, voy. la table geographique.
20944 A la mue , motum facere veut dire faire
voiles. Voy. Du Cange , a ces mots m£mes j a la
mue, veut signifier peut-etre ici a la mare'e.
20941-47 Ces vers sont citls par Roquefort an
mot Esjesques, et par Du Cange aux mots Bcssa
et Naca. Cette sorte d'embarcation , appelee
buysen en flamand t est ainsi d^finie par un an-
cien ecrivain , dont Spelmann invoque rautorite :
Nave* pragrandes > quos vocant bussas , tripltci
velorum expansions veii fie antes. Dans le roman
d 1 Alexandre , on lit :
Neset Dromons, buses et barges.
D'apres des passages d'auteurs du XVI e siecle ,
on appelait buysen , du moins en Hollande , de
petits batimens qui n'avaient pas d'autre tillac
que quelques planches et une voile par-dessus ,
ce qui n'est pas con forme au passage allegue
par Spelmann. Reygersbergen, dans sa Chro-
nique de Zeiande , dit , a l'annee 1835 , qu'alors
on commenca en Hollande et en Zeiande, a
couvrir les buysen. Voy. noire Memoire sur le
commerce des Pays-Bos aux XV* et XFI* tiecles,
pp. 238, 259. — Barges, especes de chaloupes;
esne'ques , vaisseaux legers ; dromons fieres , Du
Cange et Roquefort, au lieu de fiere's lisent
fieres ou fiers (feroces), mais il est evident qu'il
faut fieres (ferratos), mot qui indique que ces
batimens de guerre etaient ou revStus de plaques
de fer ou armes a la proue d*un rostrum , comme
les navires des anciens, etc. — Koges, Du Cange ,
lit Roges, et Roquefort Koyes. Voy. le Gloss,
med. latin., au mot hoc a. Wissiers, vaisseaux
de transport pour les chevaux , dit Roquefort.
20950 Bacons , chair de pore , viandes sechees
a la fumee.
20952 Trebukiaus , trebuchets , machines a
jeter des pierres.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
327
Quar li rois son pens£ ne mue ,
20955 Ainc vint par tiere a grant esfort ;
A Bruges traisent pri& del port.
Si manda al conte Ferrant
Qu'a lui venist parler esrant ,
Tous atourn& comme de gierre ,
20960 Passer od lui en Engletiere.
Quant li quens Ferrans i'entendi,
A ses mesages respondi ,
S'Arie et S'.-Omer li rendoit,
Que Lofys ses fius tenoit ,
20965 Dont tort li faissoit et anui ,
Volentiers passeroit od lui.
Et li rois li a remands ,
Par amour et par loiaut£ ,
Qu'il li fera tout plainnement
20970 Droit et raisson, par jugement;
Mais qu'a eel besoin ne li falle ,
Or quesist gent et o lui alle.
Ferrans li remanda apri& ,
Par ses mesages , tous engri^s ,
20975 Ja sour $ou n'i metroit les ptes,
Car de S 4 .-Omer iert iri&.
Cil de Bourgtele o lui estoient,
Ki tout ensi le eonselloient.
Lors fu li rois en grant tod.
20980 Si a trouv^ a son consel
Que toute Flandres saissira.
Lendemain plus n'i demora.
Les Francai* clevaiii
Bruges.
Cooduile du comic
Ferrand.
I'hilippe - Augusle se
prepare a s'emparcr
de la Flandre.
20965 S'Arie, lisez S'Are.
20977 Cil de Bourgiele, voy. 20810. II faut
lire Bourghelles , village de rarrondissement de
Lille , canton de Cisoing. De Guyse, tkl. de M. De
Forlia, XIV, 86 , parle de B our sard ou Bous-
sard de Bourgiselles et le qualifie de vir nobilit
atque notabilis. Plus bas, p. 90, De Guyse
nomme Gilbert de BourgieUet , qui semble etre
de la meme famille.
20979 Toil, agitation. Toy. Guill. le Breton,
Hist, fr., XYll, 232 , et G. Guiart , la Branche
aux roy. lignages, &1. de M. Buchon, I, 245.
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328
CHRONIQUE
La flolte fraocaiie est
battue a Dam.
De $aus de Bruges prist ostages ,
Et tantost, comme preus et sages ,
20985 Ala a Gant, et tant i fist
Que de tous les millors i prist ;
Garder les fist et plus n'i tarde.
Lendemain vint a Audenarde ,
Ostages en prist aus^ment.
20990 Ces nouvieles isnielement
Furent en Engletiere dites.
Li quens Renaus. li preus. li vistes,
Et Hues de Boves od lui ,
Pour le roi faire plus d'anui ,
20995 Prisent galies et esnekes
Bien batilli^s a breteskes ,
Et gens armees f&leneskes ,
Qu'il orent tous eslius aluekes.
De Douvre, al vespre, se partirent
21000 Ainc ne finerent, d6s qu'il virent;
A la mue , la matinee.
Tout quoiement , a rec£l& ,
Se sont en i'estorie f&ru ,
Conques n'i furent perc&i.
21005 Des n& prisent a grant plente,
Tant qu'il fu a leur volenti,
Des plus grandes et des plus bieles .
Des millors et des plus isnieles.
Kados, ki l'estore guardoit,
20995-98 Vers cites par Du Cange aii mot
naca, a?ec cette difference qu'il ecrit prirent
pour prisent, et es lius, pour esluis. Batillies a
breteskes , c'est-a-dire bastilliees , defendues par
des tours ou chateaux. Dans le roman de Blan-
chandin, on lit :
En mer trovasmes an dromont
A bretesches et a chasteax.
Feleneskes , per fides ; eslius , choisis ; aluekes, la.
21002 Quoienpent , tranquiDement ; drece'lee,
a l'improviste.
21005 Estorie , la mesure exigerait estor,
c'est-a-dire l'armee navale.
21009 Kados , Cadoc, seigneur de Gaillon,
en Norma odie, chef de routiers. G. le Breton ,
dans le Recueil des Hist, fr., XVII, 177, 235,
255, etc.
Cumque sua nulli rupta parcente Cadocus.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
329
21010 Sour la rive dolans estoit.
Car li Englois ja sen aloient,
Ki leur gaaing quite enmenoient.
Si com Kados $ou reguardoit ,
D'autre part sour la me voit
21015 Flamens venir tous abrieves.
Ja fu par Tost li cris lev^s.
Watiers i fu de Fourmesieles ,
Armes dunes armes novieles.
As gens le roi se fu menles ,
21020 Mais il i fu moult tost rem&.
Boucars d'Avesnes s'en parti ,
Quar il n'ot pas le giu parti.
Lors fu mand^e al roi de France
Toute l'uevre et la m&estance 5
21025 Et il jura l'arme son pere
Ne laira Flandres n el compere ,
Ainc que past gaires de tempore.
Lors yint al Dem a son estore ,
Comme preudom et bien sen& ,
Gautier de Formiseles.
Bouchard d'Avesnes.
21015 Abrieves, a vec promptitude.
21017 Watiers de Fourmesieles, Gautier
de Formiseles. Ph. de L'Espinoy avait vu des
lettres de Tan 1229, d'ou il resultait que ce sei-
gneur scellait a cheval , comme le* premiers ba-
rons Flamaods. Recherche des antiq. et nobl. de
Fl. y 164. Les otages donnes pour sa delivrance,
apres la bataille de Bou vines , sont au nombre
de dix et tous d'un rang eleve j parmi eux figu-
rant m£me le senechal de Flandre et le comte de
Guisnes : ensemble ils garantissent la somme
considerable de 500 marcs d'argent. Jean de
Formiseles fut aussi prisonnier a Bouvines. L'Es-
pinoy cite encore un Jacques de Formiseles , qui
fut bailli de Furnes , apres Jacques de Ghia-
telles , seigneur de Dudzeele, au XV° siecle.
21018 Armes , armure.
21021 Boucars d'Avesnes , second ills de Jac-
Tom. II.
ques ; le mdme qui Ipousa Marguerite de Con-
stantinople , comtesse de Flandre et de Hainaut.
21022 Giu parti. Dans le jeu parti, un per-
sonnage prend la parole et un autre riposte :
Bouchard n'avait pas eu la replique.
21024 Mese stance , facheux. etat des affaires.
21026 N'el compere, sans qu'elle le paie.
21027 /»a*f,passat.
21028 Dem, le port de Damme, en Flandres.
A cette epoque Damme etait une petite ville tres-
opulente et ou affluaient todtes sortes de mar-
xhandises. G. Le Breton, en fait cette description :
.... falde speciosus erat Dam nomine vicus ,
Lenijluis jucundus aquis atque ubere gleba*,
Proximitate maris portuque situque superbus.
Hie Savaricus opes cunctis e partibus orbis
Navigio advectas , supra spent repperit omnem ,
Jnfecti argenti massas , rubeique metalli,
Stamina Phanicum , Serum , Cycladumque labores ,
42
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330
CHRON1QUE
Philippe parcourt la
FUndre.
Chateau de Darnel oa
d'Icrnau.
21030 Et fist crier havot as nds !
K'il ama mious que si ribaut
En ^uissent liet cuer et baut ,
Que li Englois plus en pr&isent,
Ausi com il les autres fisent.
21035 Esranment furent destrav&s
Toutes les n& et desreubees.
S'i ot d'arses et de brissi&
Teles ki moult furent proisi&.
Lendemain se retraist li rois
21040 Viers Courtrai, a tous ses conrois.
Ostages en prist des bourgois ,
De tous les mellors, a son qois.
Lendemain a Lille tourna ,
De fors les murs se hierbega ;
21045 De buens ostages fu s^urs ,
Et si fist refaire les murs.
Si ferma Diergnau , pour castiel ,
Et quas hue mittit varias Hungaria pelles ,
Granaque vera quibus gaudet squarlata rube re,
Cum ratibus vinoplenls, Vasconia quale
Vel Rupella pafit t cumferro cumque metal lis ,
Cum pannis rebusque aliis quas Anglia vel quas
Flandria contulerat illuc , mitlantur ut inde
In varias partes mundi, dominisque reportent
Lucra stds, quibus est spes semper mixta timori...
Hist, fr., XVII, 254, D j Meyer, Annal., fol. 67,
W. F. Verhoeven, Historiscke tyden, etc., pages
18-21 ; L.-A. Warnkoenig , Sur la ville de Damme
au moyen age, pp. 457-474 du Messager des
sciences et des arts de la Belgique, annee 1855,
4 e livraison.
21050 Havot as tie's, a sac les navires ; anglais :
havock, ravage. Guill. Guiart , &). de M. Buchon,
1 , 247 :
Li rois, ces choses ainsi faites,
Fist les ntfs c'on ot la atrailes ,
Quant vit se* arrerais (arriere-garde?) fair,
A feu et a flambe bruit,
Conune conrageus et bardi.
21051 Ribaut, la soldatesque inferieure.
G. Guiart, parlant de Philippe-Auguste, dit,
1,245 :
Pietons , desquicx il a la tant ,
Yont tout ardantet abatant,
Maisons verssent, les biens deVeurent....
21052 En enssent le coeur joyeux , en profi-
tassent.
21055 Destrave'es, dlchargles.
21047 Diergnau, que Cousin appelle le chd-
teau de Regniau, M. Lebon des Reigniaux. II
etait sous les murs de Lille , Hist, de Tournai ,
IV, 18. G. Le Breton, XVII, 258, C :
In vico nomine Darnel
Rexfabricare novum studuit quantocius arcem.
G. Guiart, I, 249:
Cil de Lille se revelerent;
Grant part des gens le roi ocislrent ,
Et Ferrant en la vile mistrent.
Li Francois qui lew eschaperent
El chattel de Darnel {Darnel) entrerenl.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
331
De mur et de foss^ nouviel ;
De ses Francois bien le garni ,
21050 Et dant Brission de Bari '
Commanda la vile a garder,
Pour ses afaires reguarder.
Puis a ferm^ Ei kinghehen ,
Et dont Kassiel et Bonehen.
21055 D autre part as engin laisa
Girart La Truie, s'ei garda
Entre lui et Girart de Marke.
Ki bien i tiunt et liu et marke.
Et puis manda $aus de Tournai .
21060 K'il se fermasent sans delai
A Douwai traist, si prist ostages
Gerard La Truic el
Gerard de Marckc.
Buzelin , Gallo-Flandria, 1,8, dit que le chateau
de Darnel fut construit a l'endroit ou il y avait
eu une porte appelee des Rigniaux ou d'Ergnau.
Jacques De Guyse , XIV , 88 , 90 , dit : Castrum
de Jeregnau.
21080 Dant } le seigneur; Brission de Bari,
Brice des Barres , dont il a deja ete parle et qui
fut chambellan du roi d'Angleterre.
21055 Er kinghehen , Erquinghem ou Erqu i n-
ghem-le-sec , sur la rive droite de la Lys, a deux
lieues de Lille , a une lieue d'Armentieres. Ge
chateau etait enclave dans le terrain apparte-
nant aujourd'hui a M. le comte d'Eliot. Lebon ,
Mem. sur la bataille de Bouvines, p. 144. Sur
ces evenemens, voir J. De Guyse , 6d. de M. De
Fortia, XIV, 82 et suiv.
21054 Kassiel, Cassel , voy. De Smyttere ,
Topographie hist., physique, statistique et medi-
cate de la ville et des environs de Cassel, Lille,
.1835 , in-8° , figg.; Bonehen, Born hem ou peut-
£tre Tournehem, carau v. 21582, Bonehen sem-
ble designer cette local ite qui est dans le Pas-de-
Calais , a 4 lieues de S'.-Omer. Une chronique
recueillie dans le Corpus chronicorum Flandria*,
offre ce passage , p. 301 : « Comitissn Margaret a
emit ab Hugone, castellano de Gandavo, castrum
de Boornem, pretio /// m P c XXVI lib. XII den.
Flandrensium. Gette vente eut lieu en 1251 . Gf.
L'Espinoy, p. 98, 265, etc. La seigneurie de
Bornhem fut possld^e long-temps par les anciens
chatelainsdeGand. Gette terre passa par la suite
aux maisons de Bar, de Luxembourg , de Bour-
bon-Gonde, de Gonzague-Mantoue et de Coloma.
dont le chef habitait M alines dans les derniers
temps. Voir dans le Suppl. a la Biogr. univer-
selle, t. LXI, notre article coloma.
21055 Engin, les machines de guerre qui
etaient en partie celles des anciens , et dont par
consequent le Poliorceticon de Juste-Lipse pent
donner une idee.
21056 Girart La Truie, appele par les chro-
niqueurs qui ont ecrit en latin Gerardus Scropha ;
il fut un des pleiges de Gautier de Ghislelles ,
prisonnier a Bouvines, pour la somme de 100
livres , et de Robert de Rumes, pour 200 livres.
Hist.fr., XVII, 105, E, 106, B. Dansle Corpus
ehron. Flandria, p. 297, au lieu de Gerardus
Scropha, on lit Stopha. D'autre part, la traduc-
tion de J. De Guyse, publiee par M. De Fortia,
conserve le mot latin Scropha. M. Lebon ecrit
Gerard Scrophe et Serophe.
21057 Girart de Marke, appele Gerard de
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332
CHR0N1QUE
Retour du roi de France
£ Paris.
Son fill Louis reste en
FJandre.
Des plus vallans et des plus sages.
Si fist abatre la yiis tour,
Mais de l'autre fist son atour,
21065 Qui Pteron de Douwai estoit ,
Pardevant S*.-Am^ tout droit.
Comme castiel bien le ferma
Et de bonne gent l'acesma.
Si mist garnison en la vile ,
21070 Tele que point n'i ot de gille.
A Paris s'en est retourn&,
Sainni& i est et sdjourn&.
Adonques ses fius Lo&s
Et li bons mariscaus Henris
21075 Remesent pour Flandres garder,
Que Flamenc n'es puissent grever.
Mais a Courtrai furent ratrait
Flamenc et Hainnuier ; a fait
Fermet se furent et logiet
21080 Et par la vile hierbregiet.
Mesire Lo&s le sot ,
Sor aus ala , com il ains pot,
Moult haut crierent as Flamens
Li trompeour : « Or ens, or ens. »
Marque, pres de Lille. Hist, fr., XVII, 106, B.
Selon L'Espinoy, p. 286, la terre de la Marcke, au
quartier d'Audenarde , a donne son nom a une *
illustre famille , food ue dans celle d'Aremberg.
En effet, Arnoul, seigneur de Marcke ou de la
Marcke , laissa cette terre a sa fille qui epousa
Arnoul, avoue de Hesbaie, seigneur de Lumey, de
Hamale et de Chaumont; celui-ci la laissa a ses
descendaos , qui se sont intitules tanldt de Lu-
mey, tantdl de la Marcke. Les armesdu seigneur
de la Marcke etaient de gueules a un lion d'argent
couronne d'or.
91063 Vies, vieille.
21065 Pie'ron de Douwai , Pierre de Douai
intervint en 1214, dans le traite conclu entre
le roi de France et la comtesse Jeanne , pour la
delivrance de Ferrand. Hist, franc., XVII, 105,
B. Roger de Hoveden le qualifie de miles optimus
et familiaris comitis Flandriae, ib. 598, A.
21072 Sainnie's , repose , remis en sante
(sanus), plul6t que saigne.
21074 Henris, Henri Clement, marechal de
France. Sa famille etait du Gatinois ; elle s'6tei-
gnit des le milieu du XI1I° siecle ; apres avoir
donne des ministres d'Etat, plusieurs marechaux,
un archeveque de Rouen et un eveque d'Auxerre.
La Chesnaie des Bois , Diet. gene'aL, 1757, 1, 480.
21084 Trompeour, ceux qui sonnent de la
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DE PHILIPPE MOUSKES.
333
21085 Esranment la vile asalirent ,
Et Flamenc la vile guerpirent.
Francois i .sont moult tos entr^
Et ont partout le fu boute.
Et quant tout orent desairil,
21090 Si sont a Lille repairie,
Leur gaaing i fisent mener.
Mais li rois vot a aus parler.
Si les raanda et il alerent
Al roi Felippre, et si parlerent.
21095 S'a li fius le roi aconte
Qu'il avoit a Tournai est^.
Entretant fist li quens Renaus
Et Hue de Bove , li biaus ,
Ki le roi ne porent amer,
21100 Tant k'il vinrent de qk la mer,
Et aport&rent estrelins,
Hanas, coupes et maserins.
Tant en donnerent k Ferrant
Prise de Courtrai.
Cette grille est pillee et
incendire.
Intrigues de Renaud,
< orate de Boulogne,
et de Hugucs de
Bovcs.
trompette; or ens, maintenant , dedans ; sus,
entrons.
21089 Desairie , ravage, delruit.
21098 Hue de Bove , seigneur picard de la
maison de Coucy, comme on l'a marque plus
haut. II n'etait pas comte de Boves, ainsi que le
dit M. Lebon, Mem. sur la bataille de Bouvines,
p. 26.
21 101 Estrelins; le troubadour Gaucelm Faidit,
se plaignant des retardemens du roi Philippe-
Auguste , qui aimait mieux faire la guerre en
Normaodie contre les Anglais, que de conquerir
la Terre-Sainte , dit :
Qu'el reys cui es PariU T
Vol mais a Sant-Daunis ,
O lai en Normandia ,
Conquerr' esterlilz ,
Que tot qu'en Saladis
A ni ten en baillia.
Que le roi qui est a Paris,
Aime mieux a 8. Denis
Ou dans la Normandic ,
Conquerir des (e*cui) sterling.
Que tout ce que Saladin
A et tient en sa puissance.
Hist. litt. de la France , XVII ,491.
21102 Maserins, Garin-le-Loherain , public
par M.P.Paris, II, 79:
U m'ont tollu et mon pain et mon vin
Et mon coutel, mon henap maserin,
Sur quoi l'editeur met en variantes mazelin et
mazer in, en remarquant que des diverses inter-
pretations de ce mot , la plus yraisemblable se
rapporte au mot flam and maezer (maeser) , Arable ,
dont le bois servait , chez les anciens peuples du
Nord , a faire des coupes plus 011 moins recher-
chees, suivant les ornemens dont on les char-
geait. Maserin vient plutdt de Tallemand maser
d'ou le flamand maeser, Voy. Du Cange , au mot
MASERinus , Mone , Anzeiger, etc., IV, 538.
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334
CHRONIQUE
Gautier d'Avesnes.
Mortagne.
LcsFUmand* aTournai.
Qu'il lor a juret tot esrant
21105 Sairement contre son signour,
Dont il ot puis grant d&ounor.
Tant doun£rent et tant promisent
Hue et Renaus qu'as& i fisent.
Siergans orent et cevaliers
21110 K'll donnoient avant deniers.
A Valencienes s'atrav^rent ,
Et trestout lor pooir mand£rent ,
Quar il orent le roi quoissi ,
Ki venus estoit a Oiszi.
21115 Gautiers d'Avesnes i estoit,
Qui de lui aidier s'aprestoit
De son core et de.son argent.
Mais li rois avoit poi de gent.
Si sen parti tot droit a nonne .
21120 Rates s'en est dusq'& Pteronne.
Mais ]k avoient tant bras^
Cevaliers , bourgois et cas£ ,
Que Tournais, ki mot n'en savoit,
Al conte Ferrant se tenroit.
21125 Droit a Valencienes entr'aus
Fu pris et bastis li consaus ,
De la s'en partent , si s'en vienent ,
Droit a Mortagne se logierent ,
Et lendemain . tout leur cemin ,
21130 Vinrent a Tournai bien matin ,
Quar Ferrans en iert bien s&irs.
Et li bourgois furent as murs ,
21111 S'atraverent, s'&ablirent.
21115 Quoissi , apercu , decou ver t .
21114 Oiszi, Oisy.
21119 A nonne, la neuvieme heure du jour,
celle de trois heures apres-midi , le soir. L'eglise
a conserve cette division du temps.
21128 Mortagne, sur l'Escaut, presde Valen-
ciennes , qu'il ne faut pas confondre avec Mor-
tain , dans le depart ement de la Manche et dont
il a &e question precedemment sous le nom
de Mortuel, Cette confusion se trouve dans le
tome VI de YHistoire des Francois, de M. de
Sismondi.
Vienent et logierent, rime imparfaite.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 335
Ki de 5011 ne sayoient mot.
Cascuns s'atira, com mious pot.
21135 A desfendre, comme preudom;
Quar la vile ert de grant renon.
Et li Flamenc et Hainnuier,
Bourgois, siergant et ceyalier.
As Pr&-Porcins sont atrav^, LesPrcs-Pordn*.
21140 Maint confanon i ot lev^.
Et la nouviele vint au roi
Qu'il oreat ja fait tel desroi ,
Que $a chite assise avoient
Et que destruire le voloient.
21145 Dolans en fu li rois forment.
Si fist apieler esranment
Gerart la Truie, et il i vait.
Et si estoit encore em plait
Viers lui , k'il iert partis , sans fin ,
21150 De la guarnison de s'engin,
Pour (ou que ses fius Lofys
Ot (aus de Salines remis
A Tornai , dont banit estoient,
Par quoi La Truie moult haoient;
21155 Mais il iert au roi acord&.
A Pieronne en estoit al&,
Apieles fu devant le roi.
« Truie, dist li rois , jou vos proi .
Qu a Tournai droit vous en ales ,
21160 Et mes laitres i porter&.
Dites-leur qu'il auront soucors. »
Girars s'en est partis le cours,
21148 Estoit em plait, en proems, discus- Truie, aurait besoin d'etre £claircie par quel-
sion , disgrace. ques details que nous n'ayons pas trouves dans
21150 Guarnison, defense; des'engin, deses les ecrits du temps. Salines, peuMlre sa lines.
machines. 21158 Proi, prie.
21151 Cette raison du mecontentement de La 21162 Partis le cours , parti au plus tot.
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336 CHRONIQUE
Le pais sot et la contr^e .
Si est passes a mainte estree.
21165 A Tornai vint a rai^nuit,
Dedens entra, qui qu'il anuit,
Ses laitres as borjois livra
Et de par le roi leur jura
Qu'il auront soucors s'il se tienent ,
21170 Quar li Francois durement vienent.
Et c'iert viert^s prouve^ment
Quar li bons rois, tot esranment
Que La Truie sen fu partis ,
A CCC cevaliers de pris ,
21175 Pour Tournai sa cit^ soucorre,
Fist ses mesages avant corre ;
Et li boins mariscaus Henris ,
Li sages , li preus, li petis,
Pour miols destraindre les Flamens,
21180 Fu avoeques; s'orent grans gens.
Tot droit a Lille cevau^a ,
Mais li quens Renaus s'avan^a
Et Hues de Boves esrant,
Et vinrent al conte Ferrant ;
GuiUaume - Longue - 21 185 Guillaumes-Longe-Esp^e ausi .
Epec A parlement traisent ensi
Li castelains et li baron.
Toumai est emporte et Par leur consel , tot environ
saccag par crran Fisent asaillir durement.
21190 Et li bourgois tot esranment
Bout&rent es fourbors le feu ,
Comme gent qui bien furent preu ,
S'il n euissent est^ trai.
21163 II connaissait le pays. du roi Henri II et de la fameuse Rosemonde de
21164 Estree, chemio, flam, straet. Clifford, epousa , en 1196, la fille de Guillaume ,
21176 Corre , courir. comte de Salisbury, dont il fot le succes-
21185 GuMaumes-Longe-Espe't, ills naturel seur.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
337
Cruelment fureut envai.
21195 Fondent maisons, fondent celier.
Fondent loges , ardent solier.
Tot le pais ont mis a fuer
Ausement c'on a giet^ puer.
Tout droit a la porte des Maus ,
21200 La fu grans et fier li asaus.
Hue de Wastine i fu pris ,
Et maint bourgois i ot soupris.
Et s'ont asailli d'autre part ,
Droit a la porte de S*.-Mart.
21205 Et k la porte S*.-Martin
Ot grant barat et grant hustin.
Toute l'abie ont d&iert^e,
Arse, desreub^e et gast^e.
Donques la nuit prisent respit .
21210 Et tant i ot braset et dit,
Par barat et par mesproison ,
Con dist qu'il i eut traisson.
Quar rendue fu la chit& ,
Dont il i eut plusiors retes ,
21215 Sans grevemence k'il &issent.
Hugues de la Woeitine.
21195 Fondent, Guillaume Guiart, decriyant
la prise de Lille , non par le comte 7 mais par
le roi, se sert de la m&ne expression, torn. I,
pag. 249 :
Li v&ssiex ces sales fondrm
Et ces biaus hostiex craventer,
Eofanx et femes dementer ;
Menesteriex braire et crier;
L'un ocire, l'autre lier,
Et la Yile aus Francois pourprendre.
Tous ceux c'on puet ilenques prendre,
Furent apres serf leur a age;
Et leur fist li rois tel hontage,
Que pour les plus tost enseingnicr,
Les fist tous d'un fer chaus seignier,
La , dedans leur vile meisrae ,
Come Ten fait en paie*nisme.
Tom. II.
21196 Solier j chambres hautes.
21197 Fuer, fourrage.
21198 C'on a gielSpuer, qu'on a jete dehors.
C'est-a-dire toute la ville fut traitee comme un
pre dont on jette dehors le fourrage.
21201 Hue de JTastine, Hugues de la Woes-
tine, dont le nom est mal ecril de la Gastine
dans la traduction de Jacq. De Guyse , XIV, 79.
La terre et seigneurie de la Woesline etait une
ancienne baronnie de Flandre , au quartier de
Bruges. Elle passa par mariage dans la famille
de Ghistelles, ou elle demeura jusqu'en 1579.
L'Espinoy, pp. 126,127.
21214 Retes , accuses.
21215 Grevemence, punition.
43
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338
CHRONIQUE
Les bourgeois »ont tra-
nis.
Rasse do Gavre accorde
ua sauf- conduit a
Gerard La Truie.
Ph. Mouskes lemoia
de la prise de Tour-
nai.
Mais volentiers tenu se fusent
Li bourgois , qui mot n'en savoient .
De la traison qu'il faisoient
Cil qui *e d£ussent penser
21220 D'aus et de la cite tenser.
Tant en pesa Girars La Truie ,
Que les Flamens trop en anuie;
Si qu il le menacierent tuit.
Et il a deraandet conduit
21225 Rasson de Gavrfe fors de Tost,
Et on li a liyr^ tantost.
Moult i avoit faites grails pertes.
Les portes lor furent ouviertes :
Bien le savommes ki la fumes.
21230 A teus us et & teus coustumes
L'orent que li rois Tot tenue,
Moult en pesa la gent menue
Et les plu6 haus de la cite ,
Ki de la loi furent giet^.
21235 La traisons par fu si quoie,
Jou ne sai qui blasmer en doie,
Mais Ferrans et li quens Renaus
En esploitierent, comme faus,
Et cil de Boves , par sa gille ,
21240 Qu'esranment qu'il orent la vile,
Des bourgois vorent prendre ostages
(Et) des plus rices et des plus sages.
Mais nus bourgois n'i vot entrer.
21220 Tenser, defendre.
21229 Bien le savommes ki Id fumes, cette
circonstance est remarquable, ainsi qu'on l*a
deja dit , et rend precieux le t&noignage de notre
auleur. Toy. dans ['Introduction de ce volume,
l'analyse de la seconde partie.
21234 De la loi furent giete, J. De Guyse,
XIV, 88 ; dit que Fernand envoya a Gand la plus
grande partie de Fancienne loi de Tournai :
Majore parte legit antiques ad Gandavum in
ostagiis trunsmissa.
21236 Jou ne sai,... On accuse de cette trahi-
son Gandulfe, seigneur de Mortagne-sur-l'Es-
caut , chatelain de Tournai.
21238 En esploitierenl , arrangerent tellement
les choses.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
339
Et li Flamenc , sans demorer,
21245 Pour $ou que Ferrans fu slurs,
Abatirent portes et murs.
Mais adont lor vint teus novieles ,
Qui ne leur fu plaisans ne bieles,
Quar li bons mariscaus Henris,
21250 Ki n'iert pas de cuer amenris ,
Vint a Lille, a tout son barnage,
Preudomes et de grant vaselage.
Et si iert li quens de S^-Pol ,
Gauciers, c'on ne tint pas k fol.
21255 Este-vous atant I mesage,
Moult bien parlant a loi de sage ,
Al mariscal dist souplement
Que Tornais iert vilainnement
Trais et rendus k Ferrant.
21260 — « Or me di , fait-il tot esrant,
Sls-tu point de la tralsson
Qeus gens i fisent mesproison ,
Et quel sanblant i fist La Truie? »
— « Sire , dist-cil, moult Ten anuie ,
21265 Et moult blasma l'afaire anfois.
Atant s'ont disarmi Francois ,
Et La Truie s'en est iscus
De Tornai forment irascus.
Mais conduit li convint avoir.
21270 Et il ot pris, par son savoir,
Rasson de Gavre pour conduire ,
Quar Flamenc li voloient nuire. »
Conduis fu , si s'en vint a Lille ,
Voit maint ceval c'on i estrille.
21275 Devant l'ostel al mariscal
Descent La Truie del ceval ,
21254 Gauciers, Gaucher ou Gaultier de Chi- epouw Elisabeth, fille ainee de Hugues IV,
tillon , 61s de Gui II, de Chatillon-eor-Marne , comte de S l .-Pol.
Les Francais a Lille.
Gaucher de Chdtillon ,
comte de S»-Pol.
La Truie injustement
soupconne de trahi-
jon.
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340
CHRONIQUE
Etat deplorable de la
ville de Tournai.
En la sale s'en est months.
La fu li afaires cont&.
— « Or tost ?a , dit li mariscaus ,
21280 Demain , quant cantera li gaus,
Irouraes les Flamens y&>ir. »
Trestout ensi remest le soir,
Mais une espie s'en torna ,
A Tornai yiunt, si leur conta;
21285 Et il s'armerent par matin
Et lues se misent al cemin ,
C'onques Francois n'i atendirent.
Leur gens ca et la depart i rent.
Et li mariscaus tos arm&
21290 Et ses barnages acesm^s
A Tornai vint a grant conroi ;
Si a yiu le grant desroi.
Si tr&s-durement Tern pesa ,
Que des ious de son cief plora.
21295 Et les dames et li bourgois ,
Qui l'avoient cr&nu an$ois
Li ont cri^e la mierci :
« Sire , pour Dieu ki ne menti ,
Consilli& ceste lasse gent
21300 Qui tant sont iriet et dolant:
Pour Dieu avoec nous demor& ,
Sire . et la cit^ referm^s. »
Et li mariscaus respondi :
21280 Li gaus , le coq, ga(U)us, appele Chan-
tecler, dans le roman du Renard.
21282 Ainsi se passa la soiree.
21285 Espie ,espion.
21294 Des ious de son cief plora. Ces hommes
qui ne s'appliquaient guere a comprimer leurs
passions et se montraient si souvent inexo rabies,
s'abandonnaienl parfois a la pitie et a la douleur
avec si peu de management , qu'aujourd'hui on
les accuserait de faiblesse. Ainsi Gibbon et This-
torien des croisades , M. Michaud , ont observe
que les heros de Villebardoin pleurent el se
lamentent presque aussi souvent que ceux de
Virgil e. Cette observation peut s'etendre a grand
nombre d'auteurs du moyen age, du moins a
ceux qui ont le plus fidelement reproduit la
pbysionomie de leur epoque.
21299 Lasse, malheureuse.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
341
« Del demorer rien ne yos di ,
21305 Mais venes ent manoir en France ,
Quar ci n'a point de recouvrance.
Atant ont leur consel fin£.
Lendemain quant fu ajorn^ ,
S'est armes li bons mariscaus
21310 Avoec ses barons les plus haus.
A S'.-Nicholai fu soupris
Robues de Rume et la fu pris;
Puis en sont a Mortagne ate,
Si ont prise la fermet^ ,
21315 Qu'il n'i estut gaires combatre,
Et il en fist les murs abatre.
Mais en la tour ot cevaliers ,
Cil se rendirent volentiers.
A Tournai s'en sont retorn£,
21320 Et lendemain sont aroute,
Pour a Lisle raler tout droit,
U leur harnas rem& estoit.
Si a loet li mariscaus ,
Primes as bas et puis as haus,
21325 Qua Lisle yoisent u en France :
A Tornai n'a point d'arestance.
Et li bourgois de totes pars
Karaites ont quises et cars ,
Bouroaites , ribaus , soumiers ,
21330 Roncis et jumens et coliers.
' Robert dc Rumes.
Prise duchAteau deMor-
tagne-sur-1'Escaut .
Les habitant dc Tour-
nai se refugient a
Lille et en France.
21312 Robues de Rume, il fut prisa Bou vines,
et Gerard La Truie repondit pour sa rancon.
Rumes est une terre voisine de Tournai et
d'Anloing. — Le vers est trop long.
21314 Fermele, chateau.
21315 Estut, convint , fut necessaire.
21320 Aroute, mis en route.
21323 Loet, conseille.
21324 Aux petits comme aux grands.
21326 Arestance , moyen de rester.
21328 Karaites, charrettes.
21329 Bouroaites, brouettes, tombereaux. Du
Gange cite les vers 21328-30, au mot birotui ;
ribaus, portefaix.
21330 Coliers, b&tes ou personnes de charge;
le mot colis, quoiqu'il ne soit pas admis dans le
Dictionnaire de Vacademie , est encore en usage en
Bel gi que, pour signifier un objet de chargement.
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342 CHRONIQUE
Kioutes , cousins , tapis et dras ,
Caudieres et pos et hanas
Font cargier, et puis lor enfens ,
Les uns petis, les autres grans.
21335 La v&si& moult de borgoises
Plorer pour lor grandes ricoises,
Et pour enfans et pour maris,
Que tristres voient et maris ,
Et laissier lor grans iretages
21340 Pour aler en autrui ostages.
A Lisle vinrent. la demeurent,
Li 1 crient , li autre pleurent.
Ca et la se sont hierbregiet
Et li plusiour se sont logiet ;
21345 Et Tournais et li rice m&
Sont tout seul et gaste rem&.
Li mariscaus lors s'en ala
En France , et le roi si conta
Comment li bourgois, que ?'on die,
21350 Ont toute la cit£ vuidie,
A Lisle sont venut manoir,
A cuer dolant et tristre et noir.;
Et cil en sont fuiant tourne,
Qui gr^v^e orent la cit^,
21355 Dont la forterece estoit r&ze :
Ensi est la cose rem&ze.
Kem.nd se prwcnte Puis avint que la gent Ferrant
p ar c j evan |. S*.-Omer esrant
S'en al&rent, darmes espris.
AmouiddeGavre. 21360 Si fu Ernous de Gavre pris.
Devant les lices , u il vint ,
Le prisent siergant plus de XX,
Et al repairier s'en revinrent
21331 Kioutes, matelas. 21545 Me's , habitations.
21340 O st ages, demeures. 21361 Lices , retranchemens , paliasadea*
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DE PHILIPPE MOUSKES.
343
Pardevant Lille, et la se tin rent.
21365 Alors de Bourgiele broga,
Jusques as siergans apro$a
Lance baisci^ pour f&rir,
Et cil li sorent bien merir.
Pris fii et men& en prison ,
21370 Non pour quant encor Ten prisse-on ,
Puis asisent Erkinkehen .
Sans rien faire ; mais Bonehen
Prisent a force , quar li rois
S'en iert al& et ses karois ,
21375 En Poitou, avoeques son fil
Lofys r le preu, le gentil.
Le conte de S*.-Pol par non ,
Gaucier, ki fu de Castillon ,
Ont laissiet en son liu en France .
21380 Pour faire partout soucourance.
Si garda bien Erkingehen,
Mais ce ne fist-il Bonehen ;
Ainc furent pris a dur asaut,
Quar li soucors rien ne lor vaut.
21385 S'en fu durement air^s
Li quens de S'.-Pol, et blasmes
Del roi et del conte de Gisnes ,
Ki ferm^ Tot pri& des marines.
Tout leste ensi demora ,
21390 Tant que Ferrans a Lisle ala.
Prise de Tournehem (?).
Fernand s'empare de
Lille.
21565 Bourgiele, Bourghelles. Poy.v.20810
et 20977.
21370 Prisse, prise, estime.
21571 Erkinkehen, Erquinghem. V. 21053.
21572 Bonehen, Tournehem plutdt que Born-
hem y puisque plus has il est dit que ce chateau
etait voiein de la mer. Voy. v. 21054 et J. De
Guyse, XIV, 96, Meyer, Ann., fol. 68. Les
Memoires de la Societe des antiquairet de la
Morinie, 1 , 229-251 , contienneot line notice de
M. Pigault de Beaupre , sur le chateau de Tour-
nehem. 11 n'a point dit que ce lieu, dont Anne
de Borselen possedait la seigneurie , eut l'hon-
neur d'etre quelquefois habits par son protege ,
l'illustre Erasme.
21587 Conte de Gisnes, Arnoul 11 , comtede
Guines. Du Chesne , Hist, genial, des Maisons
de Guines, etc., pp. 155 et suiv.
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344
CHRONIQUE
Lcs Francis la prcnnent
A leur tour et la sac-
cagent, 1213.
Od ses Flamens la vile asist ,
Tant que par traison la prist.
Quar li quens Renaus i estoit .
Ki moult durement se p&ioit .
21395 Et Hues de Boyes ausi.
Et si estoit , j'el sai de fi .
Li quens Guillaumes Longe-Espee,
Ki pour aus ot la mer pass£e ,
Et si estoient li Flamenc
21400 Et Hainnuier a eel bestenc.
Tout niaugr£ les omes le roi .
Rendirent la vile a desroi
Li bourgois , qui garder le durent ,
Mais puis ass& greves en furent.
21405 Et Brisses de Bari entra
En Diergnau, que li rois ferma.
Si entrerent si cevalier
Et siergant et arbalestrier ,
Avoeques l'autre garnison,
21410 Dont ass& i ot par raisson.
Et Ferrans et sa compagnie
Ont toute la vile saisie.
Si ont lor cevaus descouviers ,
Hierbegiet sont, ja fu iviers.
21415 Droit al roi vint ceste noviele,
Ki ne li fu de gaires biele.
Sa gent manda moult vistement
Et vint a Douwai esranment.
Et lendemain, bien par matin ,
21405 Brisses de Bari, Brice des Barres.
21406 Dierynau, voy. v. 21047. Le chateau
de Darnel ou d'lernau.
21415 Des couriers, desselles, d£caparaconnes.
Dans la Collection des Memoires relatifs a Vhist.
de France, qui porte un nom illustre, on a
insert une traduction de la Philippide , ou les
mots vidit equos militutn coopertos, sont rendus
par il vit des chevaux converts de chevaliers , au
lieu de chevaux caparaconne's ! Ce conlre-sens ,
qui n*e8t pas le seul ; a ete remarque par
M. Lebon, pp. 5, 131.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 345
21420 Sont Tiers Lisle mis al cemin ,
Et quant les gens Ferrant le sorent ,
De la yile , com il ains porent,
Sont issu , Tiers Courtrai s'en Tont ,
Et li bourgois alet s'en sont;
21425 Et des dames a grant plenty.
Ki n'orent pas leur Tolent^ ,
Cargent enfans, cargent ricoises.
Et li bourgois et les bourgoises ,
Li plusiour furent &s moustiers
21430 Entr^, car il leur fu mes tiers.
Pour le paour de nos Francois ,
S'en furent alet li bourgois ;
Mais il n'i ga£gnierent preu ,
Quar on bouta partout le feu,
21435 Si ont trestout ars et fondu,
Et li mur furent abatu ,
Et Diergnau fu ars et minis.
Lors s'est li rois acemin&,
Vint a Douwai , sans nul sdjour,
21440 Et fist moult bien garnir sa tour.
Brission de Bari manda
Et la Tile li coumanda
A garder, et Girart La Truie ;
Et que de rien ne leur anuie ,
21445 El castiel laissa garnisson
A grant plente et guarisson ,
Et en la Tile a grant plenty
Tant qu'il fu k leur volenti.
Jusqu a Paris n'est ariest&,
21450 Passa iTiers, reTint est&,
Que rosignious , mierle et mauTis
21446 Guarisson, garan tie , precaution; Ca- 21451 ^faut?t# , alouette huppee , petite grive,
pefigue, Hist, de Ph. Aug., 1829, III, 195. mauvietle.
Tom. II. 44
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346
CHRONIQUE
L'empereur Otton IV
a Valenciennes.
Diviers cans font en lor avis,
Et l'aloaite el tans de mai
Les jovenenciaus met en esmai.
21455 Chevalier font reubes novieles ,
Lorain s ont nu£s, escus et sieles.
Hues de Boves et Renaus
Vorrent pourfarnir lor encaus.
Aval tiere s'ont tant p^ne
21460 Qu'Othon , le roi , ont amene
A Yalencienes , sor l'Escaut.
Pour fou que del roi ne lor caut ,
Sdjorner le fisent aluec,
Et le due de Lenbourc a wee ,
21465 Et li dus de Louvaing ausi.
Et li quens de Lus les mi
21452 En lor avis, suivant leur fantaisie.
Nous avons remarque ailleurs que la description
du printemps etait un sujet que traitaient volon-
tiers les trouveres. G. Guiart, au milieu de ses
recits de guerre , dit pareillement, II , 151 :
El tens que fleurissent boscages ,
Que li oisel qui sont es cages ,
Es jardins et es buissonnez,
Enforcent leur jolis sonnes,
Que la mauvis tes chani acoustre,
Et que violcte se moustre ,
Qui a toutc genne (j'eune) personne
Araoureuse leece donne ,
Si com par nature reroir,
Que li tres douz tens fait freooir
Aus amaus la cbar et les os ,
Assemble Phelippe *e$ os.
21454 Jovenenciaus , precedemment ce mot
a &e signale comme trop long , a moins qu'on
ne prononqat jouenenciaus , ce qui est vraisem-
blable.
21456 Lorain* , brides; nues, neuves.
21458 Torrent, voulaient; pourfurnir, ache-
ver; encaus, entreprise.
21459 Aval tiere, se rapporte a Valenciennes;
Aval tiere designe les Pays-Bas.
21460 Othon, Olton IV, qui epousa Marie,
fille du due de Brabant.
21464 Le due de Lenbourc , Henri III et non
pas Waleran , comme dit Meyer.
21465 Li dus de Louvaing, Henri I" (II), dit
le Guerroycur.
21466 Li quens de Lus, peut-6tre celui dont
G. Guiart, dit, I, 255 :
Li quens qui justisoit Lyncestre.
La Chroniqne de S'.-Denia (XVII, 403, B)
donne par erreur a Guillaume-Longue-Epee ,
le titre de comte de Lyncestre et le distingue du
comte de Salisbury , confusion dans laquelle ne
tombe pas G. Guiart. Mais il y a une difficulty,
e'est que Ton ne trouve pas ce titre de Lyncestre
dans les ecrivains anglais , de sorte que nous ne
saurions dire avec certitude , quel est ce comte
de Lus, dont il sera encore question plus bas. Use
pourrait que ce fut le comte appele le Pelu dans
la Chronique de Flandre de Sauvage , et Pilot us
par Le Breton , e'est-a-dire le Raugrave, ou le
comte de Hollande selon D. Brial et M. Capefigue.
Quoi qu'il en soit , le Quens de Lus est rappele*
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DE PHILIPPE MOUSKES.
347
A Valencienes, en la sale.
Et si fu Biernars d'Ostemale ,
Et si fu Conras de Tremougne,
21470 Si com(me) l'estorie tiesmogne.
Enperais des Francais.
aussi dans une inscription mise , en 1214, sur la
porte de S'.-Nicolas , qui fut construite a Arras,
en cette annee. FerreoliLocriiChron., 578. Nous
la transcrirons presque tout entiere , parce
qu'elle se rapporte aux ev£nemens qui vont
suivre :
Maistre Pieres de 1' Abeye
Fit de ce (cest?) oeuvre la maistrie.
En apres 1'incarnation
J&u , ki sofri passion.
Eut XII cent et XIV ans,
Que ceste porte fait ; el tans
Fu quant syre de cet pays
Estoit Messyre Loweys,
Li fieu Felipe, le buen roy.
Flamenc li fisent maint desroy.
Mais DS (Dieu) lc roy tant onora ,
Que as gens que lo (l'on) luy mena,
Cacba de camp en mains d'un jor,
Otbon , le faus empereor,
Et prist V cuentes avec luy,
Ki li orcnt fait maint anuy.
Si ert de vengier desirans ,
Li uns ot non li cuens Fernans (Ferrans)
A qui ert Fl and res el Haynaui ,
Et li autres fu cuens Raynaus ,
De Dantmartin et de Bologne :
Et li tiers fu d'otre {outre) Cologne,
Si ert de Tinkeneborc (Teklenbourg) syre :
Li quart fu cuens de Salebrie,
Ce fu Guillaumes Longespee ,
Qui par la guerre ot mer passee ,
Frere estoit le roy d' Angleterre ,
Ki ja ot nom Jobans-sans-Terre :
Et li quins fu li cuens de Lus,
Et trois cen* cbevabers et pins ,
Que mort que pris , sans nul delay.
Entre Bovines et Tournay,
Avint ceste cbose ccrtaine,
El mois de juil une depmaine {sepmaine) ,
V jors avant aoust entrant,
Et droit XXXVI ans devant, etc.
21467 La Sale, la Salle-le-Comte. Foy. la
XVII diss, de Du Cange , sur Joinyille.
21468 Ostemale, Hostmar, dans l'evechl de
Munster, appele* aussi Ostemare et Hotemare,
Hist, fb., XVII, 98 C, 101 B, 102 N., et Ostre-
male ou Ostemale } dans la Ghron. de S 4 . -Denis,
ib., 405 B, 410 D. Or, Meyer, fol. 68, ecrit
Hostermalus ; Haraeus , de Oistremala et Oostre-
malus , a quelqucs lignes de distance. Oostmalle
est une commune de Tarrondissement d* An vers,
et Orsmael est dans Tarrondissement de Tirle-
mont. On pour rait done croire avec quelque
fondement, qu'il s'agit d'un seigneur brabancon,
encore que , malgre son importance , il ne figure
point parmi les nobles vassaux de ce temps-la ,
enumeres par Butkens, I, SI 9 et suiv. Mais,
dans la traduction de J. De Guyse, XIV, 151 ,
qui a suivi ici la Ghronique en prose de G. Le
Breton , on fait de Gerard de Hostemale , un
comte allemand prepose a la garde de l'empe-
reur $ le texte ne dit pas, il est vrai, qu'il fut
comte, toutefois s'il ne s'explique point non
plus sur le pays de ce personnage ; la table du
XVII* vol. du Recueil des Hist, fr., le designe
formellement comme chevalier teuton , miles teu-
tonicus, Dans G. Guiart, nouslisons :
Si fu li sires d'Ostimale ,
Se geci (je ci) ne di le re vers.
Le m£me auteur ajoute plus loin qvfHostimale
(sic) etait de Yeschiele de l'empereur Otton, il
fut mdme charge de garderlabanniereimperiale,
ce qui semble indiquer un chevalier allemand.
Bernard <T Ostermale , grand seigneur allemand,
dit en efiet M. Lebon, p. 154.
21 469 Conras de Tremougne , mal appele dans
Meyer, Annal., fol. 68 , Conradus Cremonensis,
et, dans la Chron. de Flandre, de Sauvage,
p. 34 , Conrad de Cremonne. La meme faute se
trouve dans G. Guiart , 1 , 254 :
Courrat, le conte de Cremoingne,
Qui gouverna toute Wafale.
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348
CHRONIQUE
Robert deDrenx.
Si fu li quens de Salesbiete ,
Qui li rois vosist iestre en biete .
Lorgne , Flamenc et Hainnuier
Et Braiben$on, pour guerroier.
21475 Venues sont toutes lor gens ,
La fu d^partis li argens.
Vinrent commugnes et vilain ,
Tot Valencienes fisent plain.
Si manderent en Engletiere
21480 Que commencie estoit la gierre.
Passer font le roi en Poitou ,
Mais il n'ot mie de gent pou.
Ains en ot plus la moiti^ toute
Que li fius le roi ne sa route ,
21485 Mesire Lo^ys, &iist,
Ne que nus d'aus faire p&iist.
A La Rociele est ariyes ,
Droit a Nior s'en est ates ,
Si a la guerre commence
21490 Et moult durement effbrcid
Gontre mon signour Lo^ys ,
Qui rem& estoit el pais.
Donques fu pris al pont de Nantes,
A tant de gent , jou ne sai quantes ,
21495 Robiers, fius le conte de Dreus,
Butkens qui, tout genealogiste qu'il elait, ne se
piquait pas d'une grande exactitude sur les
nom8 ; ecrit Conrard, comte de Trimone. Thophees
de Brabant, I, 183. M. Lehon , Memoir e sur la
bataille de Bouvines, p. 29, fait deux personnes
distinctes du comte de Dormont (tic) et de Con-
rard de Tremogne. C'etait Conrad, comte de
Dormund ou Dortmund , en Westpbalie.
21471 Salesbiete, Salisbury. Guillaume-Lon-
gue-Epee.
21472 En biete , en bete, comme Nabucho-
donosor.
21473 Lorgne , ce mot s'est deja present^ au
premier volume et on l'a interpret* conjectura-
lement par habitans du comte de Looz; ne
serait-ce pas Lorrains f Car G. Le Breton dit
(XVII, 248, D) :
Excitat ex alia Lotharingos parle bilingues
Dux SUMS,
21484 Route, troupe, corps d'armee.
21487 La Rociele , La Rochelle.
21488 Nior, Niort.
21 498 Robiers, Robert, fils aine de Robert II ,
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DE PHILIPPE MOUSKES.
349
Ki moult estoit vallans et preus.
Et si fu pris a eel anui
Jehans de Lesdaing avoec lui.
Et li fius le roi ceraucha ,
SI 500 Lo^ys, a mont et en cha.
Plusior des Poiteyins tournerent ,
Et plusior od lui demorerent.
Et quant le sot li rois de France ,
Dolans fu de la m&estance
21505 De son couzin, qui pris estoit.
Et , d'autre part , si entendoit
Qu'a Valencienes estoit Othe ,
Que li quens de Boulogne asote ,
Et Hues de Bores apri&.
21510 Moult par en fu li rois engrtes,
Manda sa gent et toute s'ost ,
Et il i sont yenut moult tost.
Quant il a ses barons y^us.
Jusqua Douwai s'en est venus ,
21515 Et lendemain a Boulain-riu,
Car il i avoit ass& liu.
Lendemain a la matinee
Fu toute Tost acemin^e.
Al pont de Bourines logierent
21520 Et li Flamenc, qui renut ierent
A Valencienes , quant le sorent ,
Jean de Lesdvin.
Le pont de Bouvincs.
comte de Dreux. II porta d'abord le titre de
seigneur de S t .-Valeri , a cause de sou mariage
avec rheritiere de cette maison , en 1210.
21498 Jehans de Lesdaing, Lesdain est un
village a droite de la route de Tournai a Mor-
tage e.
21500 A montet en cha, par moots et par yaux.
21508 Asote, fascine, domine de maniere a
lui 6ter l'usage de sa propre raison.
21515 Boulain-riu, Boulanrieux.
21519 Bouvines, Tillage stir la rive droite de
la Marque, entre Sainghin et Cysoing ; le pont
&ait , a cette epoque , place deux cents pas plus
haut du cdtede Louvil. Mezeray a pris Bouvignes
sur la Meuse , dans la province de Namur, pour
Boil vines sur la Marque. Voy, Lebon, Memoire
sur la bataille de Bouvines.... couronne par la
Societe d' emulation de Cambrai, an cone ours de
1833, Paris, 1835, in-8°, avecun plan. II est pi-
quant de comparer Ph. Mouskes avec G. Guiart.
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350
CHRONIQUE
Le roi de France ricnt
a Tournai .
Consel ont pris, com ains il porent.
Hue de Bove et sa mesnie
Orrent faite une cevaucie
21525 A Bohaing, par le Kambresis.
Si ont gastet tout le pais.
Et li rois Othe avoit tramis
A Cambrai III de ses amis .
Et lor manda qu'il se tenisent
21530 A lui, et le bourc li rendisent.
Mais cil de Canbrai se tenoient
Al roi , dont le confort ayoient.
Nieules d'Arras estoit dedens,
Et s'ot od lui moult bieles gens.
21535 Al roi Othon on rernande
Qu'il se sont au roi commands
De France, et a lui se tenroient.
Othes et cil ki la estoient r
En furent souple et coureci&.
21540 Del roi leur fu dist et nonci^
Qu'a BouTines estoit venus.
Adont fu leur consaus tenus,
Droit k Mortajjne en sont ate ,
Outre l'aigue sont ostein.
21545 Li boins rois Felippres de France
Vint a Tornai, sans d&norance,
21525 Bohaing, dans le departement de
l'Aisne, arrondissement de S*.-Quentin.
21533 Nieules d'Arras, Nesles? Lea Nesles
n*etaient pas d'Artois , mais de Picardie ; et cha-
telains de Bruges. C'est probablement un per-
sonnage de la fa mil I e dont le nom est e"crit
Fieules dans le Guiart de M. Buchon , II , 303 :
Fieules , Guistde , Havenqnerque (Haverskercke) ;
a moins qu'il ne s*agisse du seigneur de Fielles
dont parle l'Espinoy , p. 183.
21535 On, lisez on*.
21539 Souple, ce mot ne pent avoir ici In-
terpretation qu'on lui a donnee precedemment,
et qui est a peu pres celle qu'on lui donne en-
core , car Otton n'est pas plus souple apres cette
reponse , au contraire , il emploie la menace.
Souple, en cette occasion, pourrait signifier
emus.
21544 UAigue, TEscaut; nous avons con-
serve aiguiere , aiguade 7 terme de marine ,
aiguilj rosee en style de venerie et aigayer, laver .
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DE PHILIPPE MOUSKES. 351
Vit le desroi , Tit le bestenc ,
Que fait i orent li Flamenc.
A Nostre-Dame , en sa maisson ,
21550 S'en ala faire s'orisson,
Qu'ele le destornast d'anui
Et tous ses barons avoec lui.
A l'aviesprir fu li consaus
Entre lui et ses barons haus,
SI 555 Quar li boins rois et sa compagne
S'en Toloit aler a Mortagne.
Mais tous li plus en demanier
Ne li sorent que consillier.
Quant dite ot cascun sa raison ,
21560 Selonc al mious s'entension . Cwid f , t « B P ai lc$
' Franca is.
Girars La Truie apri& parla. Daconrs de l- Tmie.
« Sire , fait-il , tous n'ir& la ;
Trop i a maus pas et destrois ,
Et si a grans vilaitea III
21565 Et II riveraites avoec.
Con ne poroit passer illuec.
Mais retrains Tiers Tostre ti&re ,
Et li Flamenc d&irent gierre ,
Se tous ariere repairies y
21570 Si diront que tous enfui^s,
Et lors tos sivront a desroi ,
Com beubancier, sans nul conroi .
Quar cascuns d'aus violt iestre sire.
Et tous, sans couronne et sans ire.
21575 Commandos boine ariere garde,
Si que ja l'os ne s'en esparde.
Et si devises tos batailles,
21557 Li plus en demanier, les plus experi- 21565 Riveraites, petites rivieres,
mentes. 21571 Sivront, suivront.
21563 Maus pas t mauvais pas. 21572 Beubancier, fanfarons.
21564 Vilaites, villettes. 21576 Esparde, ecarte.
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352
CHRONIQUE
Dispositions de 1'armee
* francaise.
Et faites aler vos pi^talles
Pri& de lors armes pour le caut.
21580 S'ierent entais son les asaut.
Lors si yeris Flamens venir ,
Ki se metront al couvenir. »
Trestout ensi fu otroiie
C'onques n'i ot de rien broite.
21585 Dormir s'en Tont et reposer*
Et quant $ou Tint a l'ajorner ,
Li rois devisa ses batailles,
Et fist ordener ses pigtail les ,
Et le karoit et les somiers
21590 Aler avant en dementiers.
Sour le due de Bourgogne esgarde
Toute la cours l'ariere garde.
Atant sen ist eascuns des pres.
Et li rois , qui moult fu tempr& ,
21595 Fist la cite toute widier,
Quar il ne leur pooit aidier
Autrement que par la bataille.
Or n'i a plus raille que Taille :
Trestout de la bataille orden^ ,
21600 Sont Tiers le pont acemine
De BouTines , et tout le pas ,
Et par consel et par conpas.
Et quant li Flamenc Tont 6i
Durement s'en sont esgoi.
21605 Lues sont trait a I parlement ,
21579 Pries de lors armes, ayant leurs armes
pres d'eux , sans etre revStus de leurs armes , a
cause de la chaleur.
21580 Entais, pr6ts, bien disposes, intenti.
21582 Se metront, se rendront; al couvenir,
a I'assignation.
21590 En dementiers, pendant ce temps.
21591 II se reposa sur le due de Bourgogne
de la conduite de l'arriere-garde. Ce due etait
Eudes III , fils de Hugues III et d'Alix de Lor-
raine.
21594 Tempre's , prudent. *
21599 Vers trop long. On peut lire :
Trestout la bataille ordene.
21601 Tout lepas , tout de suite.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 353
Si se sont croiste fausement
Et par grant haste sont arm^
Et tout lor vilain acesm^.
Ne quidi& que de rien vous mente ,
21610 Cou fu main, par I diemence.
Li rois Othes parla premiers,
Com cil ki bien fu coustumiers
De biel parler et gagement.
» A tous a dit communalment:
21615 « Signour, diemence est hui Discoorsduroiouon.
Que nostre Sire a pris sour lui
Con ne doit ouvrer ne combatre .
Mais reposer, deduire. esbatre.
Ja, se Dieu plest , par si haut jor
21620 N'aurai bataille , mais sdjor. »
— « Voire . dist li quens de Bologne ,
Grant hounour nous fait qui s'eslongne
Li rois de France devant nous.
Or les en laissons aler tous
21625 Huimais, et pries l'acostons,
Et demain a lui combatrons.
S'en ait l'ounour qui Dieux le donne. »
— « Ce soit, dist Othe, a eure bonne. »
Quant Hue de Boves I'oi :
21630 « Sire quens, fait-il, je vous di
Que tous av& , com mal apris ,
Les deniers au roi Jehan pris ,
Que nous T^oumes as ious tuit
21606 Sont croisie, ont pris la croix. MA$ « com l'Escriturc tranche,
21608 Et ont arme tous leurs vilains. " se 7° sa * e dbau f c ' ,
Tous bons horns , ce dott-on gloser,
21609-10 Mente et diemence, rime deTec- se deveront hui reposer,
tueuse J main , le matin. M&smement de gens ocire.
21615 Hut, aujourd'hui. Dans Guill. Guiart, 21620 Sejor, repose
I, 280, c'estau contraire Philippe-Auguste qui 21628 Huimais, a present; prie's I'acostons,
tient ce langage : suivons-les de pres.
Diex ouvra toute la semaine, 21653 Nous veoumes OS tOUS , UOUB YOyons de
Tour. II. 45
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354
CHRONIQUE
Bataille de Bouviaes,
27 juillet 1214.
Que li rois de France s'enfuit ,
21635 Et vous Ten laisi& sain aler. »
— « Ass& peuissi^s mious ouvrer,
Dist li quens Hue , cest men^ogne :
II n'en fuit pas. s'il nous eslogne.
Jou connois bien le roi de France
21640 Et ses barons et sa poissance;
11 n'en fuieroient mie tel,
Ainc nos feront anqui tot el ;
Et g'i&re mors u pris , sans faille ,
Comme preudome a la bataille ,
21645 Mais vous en parties fuiant;
Je le sai bien : pour 90U m'en rant.
A tant commencent environ
A rihoter tout li baron.
Et Ferrans et si cevaliers
21650 Se commencent a desrengier,
C'onques n'i ot conroi tenu :
Jusqu'as gens le roi sont venu
Leur arbalestrier abridvd.
nos propres yeux. Cette altercation entre le
comte de Boulogne et Hugues de Boves, est
bien dans le ton de toutes celles que les roman-
ciers supposent entre les chevaliers ; les heros
d'Homere ne se disputent pas autrement. Ici la
querelle etonne d'autant plus par son aigreur,
que G. Le Breton dit (XVII , 249 , C) :
Ast Hugo tibi, Bolonide, junctissimm hsret,
Qui Bobiis fuerat dominari not us
Cujus germanam faciens tibi collateralem
Participemque tori, meretricis captus amore ,
Circumducebas bellorum tempore in ipso.
Au surplus, Guill. le Breton, dans saChronique
en prose , copiee ici par Vincent de Beauvais ,
XXXI, 59, ainsi que par Jacq. De Guyse, XX,
39 , fait tenir le meme langage a ces deux amis,
mais quand le combat se montrait deja defavo-
rable a leur parti. Cum igitur pugna pra mani-
bus haberetur, ipse (comes Boloniae) dicitur
dixisse Hugoni de Boves : « Ecce pugna quam
tu suadebas , ego autem dissuadebam. Tu fugies
tanquam formidolosus : ego autem subpericulo mei
capitis pugnabo, et remanebo captus vel inter-
fed us. » RECUEIL DES HlSTORIERS FBAKCA18, XVII ,
99, A.
21638 Nous eslogne , s'eloigne de nous.
21642 Au con tr aire , ils nous feront la tout
autre chose. G. Guiart, II , 304 :
Ne refont, a moo avis, el.
21646 7W,vante.
21648 Rihoter , s'ebranler tumultueusement.
21651 Con roi , ordre.
21653 Abrie've, venus promptement.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
355
Maint confanon i ot leve ,
21655 Maint quariel trait et maint ceval
Point et estancie contre vaL
Mais li arbalestrier le roi
Lor vinrent devant al desroi ,
Et li visquens de Meteun
21660 Cevaus i estan$a plus dun,
Quar il n'orent talent de fuie.
Ayoec lui fu Girars La Truie
Et Girars de Marque et siergant,
Qui partout aloient argant ,
21665 Et plusiour Francois i estoient,
Ki les Flamens bien encontroient.
La Truie s'est d'entr'aus partis ;
Al roi s'en Tint tous aatis,
(Tout) droit en Tatrie de Borines.
21670 Si mangoit en coupes dor fines
Soupes en Tin , et fist moult caut.
« Truie, dist li rois, Dieux tous saut;
Que font li Flamenc? vienent-il? »
-— « Sire , Dieux tous gaart de p^ril ,
21675 Dist La Truie, et si tos arm& ,
Gomme preudom , et acesm& ,
Quar nos aurons ja la batalle.
V^s-les-ci pri& de nous, sans falle. »
Dont ora li rois Tiers le ciel ,
21680 De cuer, sans amer et sans fiel,
Et dist : « Jh&u-Crist , Fius et P&re
Et S*.-Espirs ., ki tous nos p&re
Le vicomte de Melon.
21654 / ot, le sens serait plus complet s'il y
avait % out.
21656 Point j perc6; estancie , abaltu.
21659 Li vitquens de Meleun , Adam , vicomte
de Melun.
21661 Fuie , pour la rime, fuire.
21664 Argant, bataillant.
21668 Tous aatis, tout Ichauffl.
21669 sltrie, banlieue.
21671 Soupes en vin , petits details conformes
a la Chronique de Flandre, dite de Sauvage, p. 35.
21681 Pere, faitnaitre, parit?
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356
CHRONIQUE
Michel de Harnes.
Gerard La Truic.
Et tous nos fais raorir et virre ,
Vrais Dieux , hui cest jor me d^livre
21685 D'anui , d'encombrier et de mal,
Et ?aus a piet et a ceval,
Que j'ai avoec moi amends ,
Et ma couronae sousten&.
Et tous , sire S*. -Denis , hui ,
21690 Qui om de ma teste jou sui,
Gardes ma couronne et mon cief ,
Que n'i soie mis a mescief .
Vous dev& jyarder la couronne ,
Quar cascuns rois siervage i donne ,
21695 Si com devisa Charlemainne ,
Et jou sui vostre om en demainne.
Si gardes m'ounor et mon droit ,
Quar tous le dey& al destroit.
Et tous , dame sainte Marie ,
21700 Guards que ne soit hui marie
Ma compaigne , ne destourb^e ,
Ne ma couronne desreub^e. »
Lors joinst ses mains , garda el ciel
Et puis fist apieler Mikiel
21705 De Harnes., s'el baissa en foi.,
Et dist qu'il fust le jour od soi.
Et si baissa Girart La Truie ,
21690 Qui, plutot cut; om de ma teste , expres-
sion qui r£pond au capite census des Latins et a
Yhomo capitalis du moyen age. Du Cange, aux
mOtS CAPITALES HOMINES.
21696 En demainne , sous votre domination ,
en souyerainete.
21698 Al destroit } express&nent. On dit en-
core d'etroites obligations.
21702 G. Le Breton, chapelain du roi de
France et son historien , place a quelque distance
derriere lui et accompagne d'un clerc , se mit a
reciter despsaumesa haute voix, non sans £tre
interrompu par des larmes et des sanglots , tant
etait grande sa terreur.
21704-05 Mikiel de Barnes , G. Guiart tra-
vestit son nom en de Barmes, I, 291 :
Parmi piltons et par gens d'armes,
La fu navre* Michicl de Barmes.
II est aussi erronement appele de Harmis, Hist,
fr., XVII, 97, A, 105 E, etc.
21705 S'el baissa en foi, l'embrassa comme
quelqu'un dont on recoit la foi , Thommage.
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^ v**
DE PHILIPPE xMOUSKES.
337
Et proia qu'od lui se deduie.
Guillaumes des Bares huga .
21710 Et moult doucement le baissa,
Et pria qu'il I'^gart en fin.
Si baissa Pieron Malvoisin ,
Et Mahiu de Montmorenci.
Et lors I petit s'avanci ,
21715 Et par le consel de sa gent
Si a fait bailler esranment
L'oriflambe de S t .-Denise
A I cevalier par devise ;
Wales de Montegni ot non ,
21720 Qui moult estoit de grant renon;
En foit Ten a baisiet li rois.
Puis fist ratorner ses conrois ,
Car ja en i ot de logics
Outre le pont, et par congi&.
21725 Et li Flamenc tout desrangte
Se furent ja tant aproci^ ,
Qu en l'ariere-garde ferirent
Et durement si combatirent.
Et li autre yinrent esrant
21730 Aprils la bataille ftrant.
Renaus , qui fu quens de Bologne ,
Se fu arm&, point ne s'eslonge.
Guillaunic des Barres.
Pierre de Muuvoisin.
Malhieu de Monlnio-
rcnry.
L'oritluiiunc.
Grille de Montigni
21708 Se deduie, se deduire , sededuyer, veu-
lent dire proprement se divertir ; en cette occa-
sion il sexnble dire combattre. Voy. v. 22186.
21711 L'e'gart, eut egard a sa personne, ou
bien on peut lire qu'il le gart , qu'il le garde ;
en fin, fidelement.
21713 Mahiu de Montmorenci, Malhieu II, dit
le Grand , seigneur de Montmorency , d'Ecouen ,
Con flans -S lc - Honor ine, Altichy, etc., conne-
tablede France depuis 1218. Du Chesne dit qu a
la bataille de Bouvines il abattit et gagna douze
enseignes imperiales , et qu'en memoire de cet
exploit, le roi voulut qu'au lieu de quatre ai-
glettes ou alerions qu'il . mettait sur son ecu , il
en portal dorenavant seize. Hist, de la maison de
Montmorency , p. 150.
21717 L'oriflambe , voy. la dix-huitieme dis-
sertation de Du Gauge sur Joinville. II y cite les
v. .21715-21720; mais au lieu de Wales de Mon-
tegni, il ecrit Walo de Montigny.
21724 Par congie's , sans qu'on s'y opposat.
21732 S'eslonge, s'eloigne.
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358
CHRONIQUE
Le route de Flandrc.
Lc due de Limbourg.
Le due de Brabant.
G u illaume-Longue-
Epee.
Sor I destrier qu'il ot ferrant
Vint apries le conte Fenrant;
21735 Et li dus de Lembourc apries,
Et li dus de Louvaing engri& .
Et dont apries li quens de Lus :
Cil n'i quist sounes ne delus ;
Et Biernars , li preus d'Ostemale ,
21740 Et Conras de Tremogne avale ,
Et Hainnuier et Braiben$on ,
Tout i Tienent par conten$on;
Si fu Guillauraes-Longe-Esp&.
Mainte ensegne ont desvolep^e.
21745 Et apries si Tint li rois Othe.
Que li quens de Boulogne asote.
Quant li rois sot la v^rit^ ,
Que pour tolir son iret^ ,
Yienent sor lui li faus ret£ ,
21750 D'orguel et non d'umilit<L
Pour tolir sa prosperity ,
Tout son yoloir ot endit^.
L'oriflambe rouva dr^cier,
Puis commanda a cevaucier,
21755 Et les siergans plus aprocier,
Et l'artere-garde avancier,
Pour f&rir de pri& , et lancier
As Flamens, qui sont beubancier.
Caus d'entour lui a apiel& ,
21760 A diestre et al seniestre Ms,
Et dist li rois , comme preudom :
21735 Ferrant, conleur gris de fer.
21757 Li quens de Lus, voy. v. 21466.
21758 Sounes , reves ; de'lus, pour la rime au
lieu de delts, plaisir, qui n'y vint chercher ni
songes agreables ni plaisir, car l'evenement ne
lui fut point prop ice.
21759 Ostemale, voy. v. 21468.
21740 Tremogne, voy. v. 21469.
21744 Desvolepe'e, d^ployee.
21746 Ce vera se trouve repute plus haut,
v. 21508.
21749 FausreU, perfides et criminels.
21752 Endittf, declare.
21760 Z,e*,cdte\
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DE PHILIPPE MOUSKES.
359
« Signour, jou ne sui c'uns seus hora .
Qeus que soie , rois sui de France ;
Garder me dev& sans fallance :
21765 Or me gardes- si fer& bien ,
Quar ja par moi n'i perdr& rien.
Or cevaucies , jou tos si vrai ,
Et partout, apries vous, irai. »
Lors si a fait sonner ses trompes
21770 A grans alainnes et alonges.
Moult sounerent bien les arainnes ,
Et haut as II fois premerainnes -
Pour sa bataille plus douter,
Et moult fu biel a ascouter.
21775 Mais lues que l'oriflanbe yirent
Li Flamenc, et lues qu'il oirent
Sonner les trompes , si tornerent ,
Quar le roi durement dout&rent.
Et non pourquant venu estoient ,
21780 As Campegnois se combatoient,
Qui les tenoient ja as frains.
Bien jousterent as premerains
Watiers , li castelains de Raisse .
Avant les autres s'i eslaisse ,
21785 Et Estasse de Maskeiine;
Gautier de Raisse.
Eustache de Machelen.
21762 Langage noble et ferme.
21769-70 Trompes et alonges, rime rurale.
21771 Arainnes, trompettes d'airain.
21772 Les trompettes sonnerent bien hant, et
d'abord par deux fois.
21773 Pour faire redout er dayantage sa
troupe.
21781 Frains, frein.
21785 Li castelains de Raisse, Raisse , pres
de Douai , ou il y avail jadis un ancien chateau.
Veteris ars operis istic visitur fluvio (Scarpo)
imminent. Buzelin, 1, 197.
21784 S'i eslaisse, s'y elance , s'y distingue
(exult at). Guillaume Guiart, 1, 287 :
Li renc des Champenois destele ;
Contre Flamani , lances bessiees ,
Se sont leur routes eslcssiees.
21785 Maskeiine, Maquelines , Maclines, etc. ,
sans doute Machelen, beau village de la Flandre,
a une lieue de Deinze, dans l'ancienne chatel-
lenie de Courlrai. BI . Lebon lit Eustache de
Marquillies, gentilhomme de la Flandre fran-
caise. Memoire, p. 155. 11 y a, en effet, un vil-
lage de Marquillies a une lieue et demie de La
Bassee. Quoi qu'il en soit, le guerrier fut tue par
Michel de Harnes.
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360
CHRONIQUE
Baudouin Buridan.
Rasic dc Gti vie.
Sohier de Wavre.
Lc coinle de Flandre
est pris par Hugucs
de Mareuil.
Sour I ceval de grant ravine
Si vint Bauduins Buridans .
Com cevaliers preus et aidans.
Si vint bro^ant R asses de Gavre ,
21790 Et aprtes lui Sohiers de Vavre*
Qu'ainc n'i ot batalle orden^e ;
Tout i vinrent a randoun^e.
Le roi quidierent a la fuite .
Mais il le trouv&rent a luite.
21795 Li quens Ferrans sour I destrier
Fu raontes al senestre estrier .
Et vint apri&s les plus sovrains ;
Et non pourquant as premerains
Fu pris de Huon de Maruel.
21800 Entour lui ot moult grant aquel ,
N'i ot Francois le sien n'ahate .
Tous les ont mis a le barate .
21786 Ravine, impetuosite.
21787 Bauduins Buridans , c'est lui qui, au
milieu du carnage , ne songeait qu'a sa dame ,
en vrai paladin. G. Guiart, I, 287 :
Dcvant est Jehan Buridant ,
Qui, commc fol musart, escrie :
« Chascun souviengne hui de sa mic. »
Ces vers ne sont qu'une traduction de G. Le
Brelon, XVII, 259, D:
Capitur Buridanus, qui quasi ludens
Clamabat : Nunc quisque sure mem or esto puella.
Ce chevalier etait probablement de l'Arlois. II y
a eu de m&me a Gand une famille noble de Bu-
ridaen. L'Espinoy , p. 781.
21790 Sohiers de Vavre, cenom ne se trouve
pas parmi ceux des vassaux de Henri I or , due
de Brabant , tels que les donne Butkens , Tro~
phe'es, I, 219-224. Mais le baron Le Roy cite
des lettres d'environ Tan 1220, Roberti abbatis
et con renins Affligemensis Nobili viro Sigero
de Wavera. Topocr. Gallo-Br abahtle , lib. Ill ,
p. 120. C'estevidemmentnotreSobierde Wavre.
21794 A luite, a la lutte, au combat.
21799 Huon de Maruel, M. De Fortia, dans
son edition de J. De Guyse, XIV, 143, ecrit de
Marolles , sous pre*texte que Forigine de la fa-
mille de Mareuil n'est pas aussi ancienne que
celle de Marolles. Mais les meilleures autorites
decident en faveur de Mareuil. G. Guiart, 1, 291 :
A cele heure que ge vous bailie,
Cbai le fes de la bataiile
Du tout sus le contc Ferrant.
Champenois se vont desserrant,
Qui en lone tindrent maintes braces.
A coutiaus, a lances , a maces ,
Et a maintc espee taillant,
Vont ceux de Flandrcs assaillant ;
Ferrant en tel guise debatcnt,
Qu'enmi eus a terre l'abatent.
Comment qu'il ait brait ne crie.
Us l'ont entr'eus pris et lie ;
Hue de Mareuil Yen emmainnc.
21800 Aquel, combat.
21801 N'ahate, n'echauffe, n'aiguillonne.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
361
Ferrant ont pris et son orguel :
Et, se verte dire yous voel,
21805 Li quens de Boulogne Renaus
Se feri de plain vol en aus,
Si com li faucon gentius
A la riviere est ententius
Pour faire as oissiaus gri& asaus.
21810 Bien si prouva. comme vasaus.
A la gent Jehan de Nii&le.
Maint bon ceval lor esboiele.
De sa lance fist raainte astiele .
Mais ne lor Taut une ceniele .
21815 Quar Rousiaus, I sien cevaliers,
Qui moult estoit preus et manriers ,
Al conte Renaut s'amella ,
Son ceTal li esbovela ,
Et li quens est c^us a ttere.
21820 Mais, com om qui moult sot de gierre,
En s&nt se prist a desfendre,
Si bien que nus ne l'osa prendre.
Et Roussiaus. ki fu de pooir.
Se laissa parmi lui c^oir.
21825 Tant il luitierent et tors^rent
Que le conte pris enmenerent ,
N'ainc uns des siens aler n'en pot.
Mais Rousiaus moult grant los en ot.
Mesire Jehan de Niielle
Vaillance du comte de
Boulogne.
Jean de Nesles.
Le comte de Boulogne
e»t pris.
21805 Cette expression ont pris Ferrant et
son orgueil, n'est pas indigne de la grande poesie.
2181 1 Jehan de Niiele , Jean de Nesles , chate-
lain de Bruges, se trouvait dans l'armee du roi.
Dans le J. De Guyse de M. le marquis De For tia,*
XIV, 15 5, on a mal rendu Joannes de Nigella
par Jean de Nivelles.
21813 Asttile, morceaux ou petites lances ,
hasta, hastiola.
Tom. II.
21814 Ceniele, le fruit du houx et de Fepine
blanche. Voy. v. 2167 et 5300.
21813 Rousiaus , il est appele* ailleurs Pierre
de la Tournelle :
Iert uns Pieres de la Tournele.
O. Guiart, I, 306.
21816 Manriers, nous ne connaissons pas ce
mot, qui veut pent-dire dire prompt a faire un
coup de main.
46
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362
CHRONIQUE
Cris de Guerre.
21830 Maint hiaume k or i desniiele,
S'il fu grans , teus cos i feri ,
Con a si fait cors affi£ri.
Souvent oissi& a grant joie
Nos Francois escrier Monjoie y
21835 Et li plusiour crient Bologne;
Mais li quens iert pris qui s'eslonge ;
Et li autre crient Hadnnau >
Quar Ferrans i ot d'amis pau.
Tirant en fu men& as loges ,
21840 Mious li venist estre a Limoges.
Desous I car fu d&arm&
Avoec a C siergans rem&.
Et li rois Tint a la batalie ,
Cainte ot l'esp^e qui bien talle.
21845 Ses arainnes fist haut sonner
Pour les Flamens a estouner:
Quar pour le son tant seulement
Perdirent-il leur hardement.
Li Ayalois hucent Coulogne,
21850 Li dus Louveng. Gonras Trenwgne,
Et li rois Othe, k la par soume.
Vint apro$ant et cria Roume.
21830 Desniiele , c'est-a-dire qu'il en fait dia-
parailre les nielles. Cest dans ce sens que M. de
Martonne en tend ce passage du Roman de Pa-
rise la Ducheste , p. 56 :
Et brandissent les astes des espies noellez.
21832 ^/feW,convient.
21840 Limoges 7 mot amene par la rime.
21841 Car, chariot.
21848 Les Flamands se battirent a Bouvines
avec beaucoup de courage ainsi que leur comte.
Ph. Mouskes en convient lui-meme, mais on
sent percer involontairement sa partialite pour
la France.
21849 Id Avlois , G. Guiart , 1 , 290 :
Tant a de soudolen grant charche
De Breban et de vers Couloingnc.
Voyez v. 7047. Les v. 21892-93, 21849,
21867-69, sont cites dans la onzieme disserta-
tion de Du Cange sur Joinville. Les Avalois , dit
ce savant , dont nous avons deja rapporte le sen-
timent au premier volume , sont ceux des envi-
rons de Cologne. Le passage de Ph. Mouskes ,
semble en effet l'indiquer, mais Avalois pouvaii
aussi quelquefois , dans un sens moins restraint,
s*appliquer a ce qu'on a appele plus tard les
Pays-Bos, Nederlanden.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 363
Et Biernars , ses compaim , avale
Griant par II fois Ostemale;
21855 Lembouro vint escriant li dus,
Mais tost i fu ses cris per dus.
Et Hainnuier et Braibengon
Vinrent courant a con tendon.
Mamte ens&gne oissi& crier ,
21860 Et maint tron$on par l'air voler.
Et si ot ocis maint ceval.
Et , par amont et par aval .
Escus et hiaumes reluisans
V£isi& moult gesir &s kans*
21865 Tant en avoient li ribaut ,
Qu'il en estoient liet et baut.
Et hu$oient k grant alainne ,
Quant on avoit soun^ 1'arainne ,
Monjoie-Dimx et £*-. Denis.
21870 Ferrans iert fi£r& et honnis.
Les commugnes et li siergant
Vinrent a 1'estour atiergant ,
Tuent Flamens , tuent Englois ,
Hainnuiers, Sesnes, Avalois; *
21875 Et quant on escrie Monjoie,
N'i ot Flamenc qui n'asoploie.
Quant il eurent le jour coisi ,
Boucars et Gui orient Oizi,
Avoec l'emper&nir Othon ,
21880 Si haut que tres bien les ot-on.
Ir&ment, lances sor fautres,
Vont asanbler li I as autres.
21870 Ferrans iert fie're's, la Chronique de Et au jour de la Magdalene
S*.-Magloire : Fu 4 Bouvincs la b »taiUe ,
On desrompu ot raainte maiUe.
Li quens Ferrans lies et pris
L'an mil deux cens et vint et qua t re (J 214) En fa amenec a Paris.
S'ala Ferans au roy combattre ,
On mois que Ten sole Tavenc 21872 Atiergant, tardivemeot.
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364
CHROMQUE
Guillaiune - Lougue -
Epee.
Le chnlelain de Malde-
ghein.
Li quens Guillaumes-Longe-Esp^e
Fu retenus a la menl^e.
21885 Et li quens de Lus d^lues
Fu lues apri& , et desnu&
De rices armes k'il avoit.
N'i ot Francois qui ne couvoit
A souprendre les faus croisi&.
21890 Moult abatent des plus premies.
Des Campegnois n'i ot celui ,
Qui ne face Flam ens anui.
A fait k'il vienent a Testour ,
Lor aprendent Francois I tour
21895 Que de ceval vont a karaite ,
Pour le roi ki de tort les raite.
Li castelains de Maudangien
Fu retenus , s'el fist moult bien ,
Et plusiour des millors Flamens
21900 Furent pris quant vinrent as rens.
Maintes fois oissies le jour
21885 Li quens de Lus, voir v. 21466 ; delue's,
pris? L*auteur joue aur Lux, delue's, lues,
desnues , a peu pres comme G. Guiart dans ces
vers, I, 309 :
Ferrant portent dui auferant
Qui toux deux soat de poil ferrant.
Ainsi s'en va lie en fer
Li quens Ferrans en son eufer.
Li auferrant de fer ferri
Em portent Ferrant enferre.
21888 Couvoit, desirait interieurement.
21889 Faus croisies, l'expedition du comte
de Flandre et de l'empereur d'Allemagne etait
considered comme uue fausse croisade.
21895 A fait , a mesure.
21895 Qu'au lieu d'aller a cheval ils vont en
charretle, comme des criminels envers le roi.
Voy. v. 22201. Allusion a un usage don t Chres-
tien de Troyes parle au commencement du roman
de la Charreite ou de Lancelot , en ces termes ,
Hist. litt. de la Fr., XV, 256 :
De ce scrvoit charrete lors
Dont li pilori servcnt ors ,
Et en chascune boene vile
Ou or en a plus de trois mile ,
Wen avoit a eel tans que une ;
Et cele estoit a ces comunc
Ausi com li pilori sont
A ces qui murtre et larron sont ,
Et a ces qui sont chanp cheu ,
Et as larrons qui ont eu
AuLrui avoir par larrecin.
Qui A forfet estoit repris ,
S'estoit sor la charrete mis
Et menes par totes les rues ,
S' avoit tote henors perdues,
Ne puix n'cstoJt a cort oiz ,
Ne cnorez , ne conjolz.
21897 Maudangien, Maldeghem, ancienne
banniere de Flandre. L'Espinoy, 123, 124. II
s'agit de Thierri de Maldeghem .
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DE PHILIPPE MOUSKES.
365
Crier Monjoie sans s^jour.
Cis mos esmaia les Flamens ,
Cis mos lor fu painne et tormens ,
21905 Cis mos les a tous abaubis,
Cis mos abati blans et bis ,
Cil cris les esmaia si fort,
Que foible devienent li fort ,
Et li hardit furent couart.
21910 Les ci& tornerent d autrepart ,
Et quant lensegne S 4 .-Denise
Fu deviers aus drfcie et mise ,
Si leur sanbla que S*. -Denis
Euist deseure I dragon mis ,
21915 Pour aus ocire et d^pecier.
Lors n'orent talent de kacier,
Ainc se misent tout a la fuite
C'onques Francois n'i fisent luite.
Mais cil ki furent ahati
21920 Ne sont pas des Francois parti.
Ainc furent pris , (a dui , ?a troi ,
Comme li oissillons au broi :
Et li cauf et li ktevelut
I furent englu^ sans glut.
21925 Li dus de Louvaing sen parti ,
Quar n'&iit pas le giu parti.
S'Othes avoit sa fille iue ,
La fille au roi estoit sa drue ,
A feme l'avoit espous^e ,
21930 Ainc la guerre li fu donn^e;
L'armee flrnnwnde est
decouragee.
Le due de Brabunt s,v
retire.
21905 Abaubit, 6baubis.
21919 Ahati, animus.
21922 Broi, bois. M. Raynouard , dans son
Glossaire ronian qu'il a laisse inacheve , a donn£
un article etendu sur le mot Bruelh. II y re-
marque que M ura tori, Diss. 55, a tente sans
succes d'expliquer Forigine de ce mot qui parait
venir de la langue des anciens habitans des
Gaules , puisque dans un capitulaire de Charle-
magne , de Tan 800, on lit : Lucos nostros quos
vulgus Bhogilos vocat. Baluz. Capit. reg. Fr. 1 ,
558.
21928 La fille au roi , Marie; sadrue, sa mie,
sa dame, all. treu, fidele.
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366
CHROMQUE
Le due de Ljmbourg le
suit.
So I teg beat.
Bourghcllcs.
Si n'ot cure del roi graver
Pour Othon auques alever.
Partis en est , et sa gent toute
A pries en vait une autre route.
21935 Li dus de Lembourc vait apri&.
Hues de Boyes , li engri& .
N'i osa ires dont arester ,
Qu'il vit les Francois aprester
De leur ounour k d&enir
21940 Et les plus cointes retenir.
Et quant il a v&it l'ens£gne
S*. -Denis , as Flamens l'ens&gne.,
Sa grant paour point ne lor ?oile ,
Quar effondre ne le tonnoile
21945 Ne oriental tant comrae le roi.
Fuiois s'en est od son conroi ,
Al plus tost qu'il pot s'en eslogne.
Si qu'ot dit li quens de Boulogne ,
Quar il connissoit le roi bten.
21950 Lors s'en voat cil de Sotengien
Et cil de Bourgiele batant.
Mais Francois en vont abatant .
Asses en prisent et ocient ,
Tant que S*.-Denis en miercient.
21955 Dont fu pris Watiers de Ktevraing
21942 As Flamens Ventegne, il en arertit les
Flamands.
21943 £b#e,cele.
21944 Effondre, ecroulement; tonnoile , ton-
nerre, rime.
21950 Sotengien, Sotteghem; cette ancienne
terre passa dans la maison d'Egmont , et apres
le supplice de Tillustre victime du due d'Albe ,
ses restes furent mime ensevelis a Sotteghem.
L*Espinoy, p. 103. Chron. Gisleberti, id. du
marquis du Chasteler, 43 , 74.
21951 Bourgiele, Gilbert de Bourghelles, sire
de Reves, est compte parmi les vassaux de
Henri II , due de Brabant. II porta it d'argent ,
au chef de gueules. Butkens , Trophe'es , 1 , 2150,
n» 33. - V. 20810.
21 958 Watiers de Kievraing , Gautier ou Wau-
tier de Quievrain , en Hainaut , fils de Hullin ,
epousa N. de Mortagne, dame de Forest. La
terre de Quievrain passa au XIV* siecledans
la maison de Lalarag. Yincbant et Rutteau ,
pp.209, 210.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
367
Et Ernous d'Aisne et ses compaing.
Que li rois ot autrefois pris.
De 8a guerre sen orent pis,
Quar il avoient fourjur&
21960 Toute la gierre et l'asanbU&e,
Que sor ceval ne monteroient ,
Et, pour 50U , sour jumens s&>ient.
Ki v&st le due de Bourgogne
Com il fcroit a tel besougue,
21965 Bien li peuwt menbrer d'Ogier,
Quar il n'i qu&oit nul dangier,
Ainc feroit 00s pour desmenbrer :
Plusiors en fist d'Ector menbrer.
Li Ponhier et li Campignois
21970 I furent preut, et cil d'Artois
Et li Hurepois d'Outre Sainne
Ne leur font pas menlee saione.
Cil d'Aminois et de Pontiu
Tinrent bien d'autrepart lor liu.
21975 Painne auroit a nommer tous $aus
Sermcot de GauLicr de
Quievrain et d'Ar-
noul d'Csne.
Exploits du due de
Bourgogne.
0*;t'r le Danois.
Les Hurcpoi.s d'Ou I re-
Seine.
21956 Ernous d'Aisne, Esne en Cambresis.
Voy. sur cette localite la notice de M. Le Glay,
p. 6. Cet Arnoul d'Aisne etait Arnoul de Landas,
nomine* mal a propos Eustache par Carpentier,
et qui accorda , en 1195, aux habitant d'Esne ,
une charte publiee par le m^me M. Le Glay. Le
nom de ce personnage reparait encore dans
divers documens authentiques, jusqu'en 1252.
21962 Jumens f les jumens etaient autrefois
une monture derogeante, interdite aux cheva-
liers , et Wautier de Quievrain ainsi qu'Arnoul
d'Esne , ne s'en servaient que par suite d'un de
ces sermens en vertu desquels on se soumettait
a une epreuve jusqu'a ce qu'on se fut acquitte
d'un voeu. La Curne de S te -Palaye rapporte , a
ce sujet, ce joli passage du roman de Perce fo-
rest : u Lors regarde et voit en la moyenne (au
*> milieu) une jeune jument si puissante et si
» grande, comme se ce fut le cheval du roi, el
n pensa, s'il pouvoit avoir celle jument si puis-
» sante et si grande , qu'il monteroit sus j com-
» bien que , a celui temps , un chevalier ne pou-
» voil avoir plus grand blasme que de monter sus
» jument. Ne on ne pouvoit ung chevalier plus
» deshonnorer que de le faire chevaucher une
» jument pour le blasme, et tenoit-on depuis
» que e'estoient chevaliers recreus et de nulle
» valeur, ne ja plus chevalier qui ayma son hon-
» neur, ne joustoit a lui, ne frappoit d'epee non
» plus que un fol tondus. » Mem, sur Vaneienne
ckevaierie, 1826, 1, 17, 42. Voy. dans l'introd.
de ce volume le§de* armes et chevaux celebres.
21964 Feroit, de ferir.
21966 Dangier, precaution.
21969 Ponhier, ceux du paysde Poix.
21975 Aminois , Amienois.
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368 CHRONIQUE
Qui bien fu mi rent lor encaus;
Ne el roi ne p^a de rien
Qu'il ne siyist ses omes bien.
Francois i furent preut par tot ,
SI 980 Et contre les Flamens estout
Orient Monjoie a plainne bouce.
Cis mos abat teus con n'i touce ,
Et quant on crie St.-Denis,
Cis mos les a mors et honnis.
21985 Cis mos les a si esperdus,
Qu'il n'i remest ne quens ne dus .
S'il n'i reraest pour estre emfiers.
Cis mos leur fu mors et infiers.
Bien i ferirent al bestenc
21990 Li Hainnuier et li Flamenc.
Mais li Francois , s'on dire I'ose ,
Sont de tous cevaliers la rose.
RassedeGavre Rasse i fu pris , li preus de Gavre :
sohicr de w«vre. Et Sohiers , li sire de Wavre ,
21995 D'une lance , tout en apiert,
Thomas de Montgom- Ocist Tumas de Mongonbiert.
Pierre Harpin. Pieres Harpins , siergans le roi,
Remest ocis a eel desroi.
Robert de Dki (?) gj f u mors R biers de Dici ,
22000 C'onques n'i pot avoir mierci ;
Eu^iache de Macbeien. Et Estases de Maskelines
I fu de II lances sapines
Abatus et viers& entr'aus :
Esbovetes fu ses cevaus ,
22005 Et Estases i fu estains ,
Qui viunt asanbler premerains.
j> chateiain de Raisse. Ayoec le castelain de Raisse.
21976 Encaut , poursuite. 21988 infiers , enfer.
21987 Emfiers, infir(mus). 22002 Sapines, de sapin.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 369
Bauduins Buridans s'eslaisse , Baudoum Bund™.
As Francois maint cop a doun^ ,
22010 Mais bien li out gueredoun^.
Cil de Flamens qui mious le fist ,
Ce fu Buridans, si c'on dist.
Et cil de Gavre, ainc qu'ocis fust.
Par l'estour oisci^s maint fust
22015 Croissir et maint chevalier braire,
Et maint ceval a la mort traire ,
Mais tous les Francois avanci
Mahius, cil de Montmorenci. intrepidite deM.ihicu
de Montmorency.
Qui que s'enf uie ne ki faille ,
22020 Cil brisse et perce leur bataille.
Que vous iroie-jou contant ?
Des Francois li fisent bien tant
Que jou n'en sai les qeus blasmer,
Mais moult les doit li rois amer.
22025 Othe, li rois, a grant compagne, l« combat Engage avcc
_\ ,V A1 rr lesAUcmands.
Avoec lui sa gent d Alemagne ,
Vint cevau$ant devers le roi.
Mais bien le connut al conroi
Girars La Truie et raviza.
22030 Au roi vint , si li deviza
Que li rois Othe cevau^oit,
Pour venir a lui s'apro^oit.
cc Truie, dist li rois, u est-il?
Connissi^s-le vous? » — « Sire, oil,
22035 Quar il porte, ce n'est pas fable, Armwderempiw.
L'escut d'or k l'aigle de sable ,
Et les banieres autreteus.
II m&smes par est trop preus ;
Mais li destourber le poroit
22040 En son venir, moult nos vauroit. »
22015 Croissir, rompre, craquer. 22037 Autreteus. par ei lies.
22017 Avanci, surpassa. 22040 En son, en somme, enfin.
Tow. II. 47
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370
CHRONIQUE
Philippe-Auguste alU-
que l'empereur.
Guillaume des Banes.
Pierre deMauvoisrn.
— « A Ions , dist li row , cele part. »
Girars La Truie atari t s'en part,
Quar li rois congiet Ten douna ;
Et il a Dieu se coumanda.
22045 Lance baiscie , l'escu pris ,
Com cevaliers d'armes espris.
Vint au roi Othon asanbler.
Qu'en XIII pi&ce* fist yoler
Sa lance, et puis traist le coutiet.
22050 Le ceval fteri el cierviel
Parmi l'uel seniestre tot droit.
U sus Fern per e res s£oit,
Et lues la saissi par le frain.
Li rois Othe pour son r&lain
22055 Cria Raume III fois , s'ens&gne .
Si com proatce li ensegne.
I coutiel ot moult rice a pointe,
D'acier iert l'alemiele jointe ,
La Truie en douna si grant cop
22060 Qu il ne le tient ne pau ne trop ,
Quar li cevaus buisnoit del cief ,
Si qu'Othe en estoit a mescief.
Este vous lues venu atant
Guillaume des Bares batant ,
22065 Le roi Othon a resaissi ,
Pieres Mauvoisins Fa ceusi,
Si l'a repris de l'autre part.
Et li rois Othe leur repart
Cos et col&s a lagan ,
22054 Reclain , cri de guerre pour reclamer
le secours des siens.
22058 Alemiele, lame. Voy. G. Guiart, I,
297.
22061 Buisnoit, faisait des mouvemens extra-
vagans.
22064 Guillaume des Bares, fils de Guil-
laume , comte de Rochefort , et d'Amie de Ley-
cester. Hist, firanf., XVII, 95, C, 236, E,
262, C, 266, A-C, 406, E, etc. II fait dans l'ar-
mee francaise.
22066 Ceusi , keusi, choisi, apercu.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
371
22070 Qu'aioc taut n'en orent en eel an
Biernars d'Ostemale tous seus
Et Hellins de Waurin , li preus .
Broeent entr aus des esporons
Sor led cevaus qu'il orent bons.
22075 Biernars fu yenus a seniestre
Et Hellins de Waurin k diestre ,
Le frain li font yoler des puins .
Ausi com i ferist a quins.
Li rois Othe en fu d&iyr& ,
22080 Mais il i sont andui rem&.
En liu d'Othon prisent Biernart,
Et Hellin de Waurin en part.
L'emper&re atant s'en torna.
Guis d'Avesnes le destorna
22085 Fors de l'estour., si descendi
De son ceval, plus natendi :
« Sire . dist-il au roi Othon ,
Vos cevaus muert, bien le set-on.
Sa cierviele li ciet a ti&re,
22090 Et tous ser& ja pris de gierre ,
Se tous ne months sor le mien. »
— « Biaus sire Gui , vous dites bien ,
Dist Othe , la vostre mierci. »
Tout esranment si deseendi ,
22095 Sor le ceval Guion monta ;
Le roi de France moult douta.
Volentiers r'alast a l'estour
S'il ne doutast lui et s'atour.
Bernard d'Horsltnar et
Hellin de Waurin de-
li vrent l'empereur.
Gui d'Avesnes donne
son cEevala Otton.
22072 Hellins de Waurin descendait de netable de Flandre , par lesquelles il cedait a
Thierri de Waurin, senechal de Flandres Tan Jeanne, la chatellenie de Cassel. De S'.-Genois,
1066. Getle maison possedait les terres de Inv. chron. des Hires des comtes de Flandre,
S'.-Venant et de Malannoy, en Artois. Hellin de p. ccccciy.
Waurin, slnechal de Flandre, fut temoin, en 22078 A quins, dansunjeu de quintaine.
1218, a des lettres de Michel de Harnes, con- 22089 CtW, chiet, tombe, du verbe ckeir.
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372 CHRONIQUE
Gui d'Ayesnes ne l'i laissa ,
22100 Et li rois Othe s'en tourna
Tous coureci& et abosm& ;
Poi lama mains qu'iestre renins.
Torn& en est a poi de gent.
Et Guis monta, voiant aus C,
22105 Sour le ceval son esquier,
Pour i'emper&>ur convoiier.
Mais par l'escum^niement
Estoit-il a destourbement.
N'onques mais n'ot-on 6i dire ,
22110 D'emper&mr a entredire,
Mais $ou fist la pape Innocens
Pour les drois S l .-Piere et ses cens.
Quant de lestour s'en fu partis
Li rois Othe , grains et matis ,
22115 Dolans en fu, bien le vos di ,
Et ses cevaus plus n'atendi.
Devant ses ious ca'i mors jus ,
Quar el cierviel estoit ftrus.
Pour cevaucier et mont et val
22120 N'avoit el mont si bon ceval.
Ensi de grant ire matis
S'en est li rois Othe partis.
Guis d'Avesnes Ten a raene
A loi de cevalier sen^.
22125 Atant, j'el sai trestot de fi,
Furent li Flamenc desconfi.
Mais I poi de siergans a piet,
Qui bien s'estoient arengiet ,
S'i tenoient comme preudome.
22110 Entredire, interdire. Otton fut excom- dise Philippe Mouskea.
munie en 1210. Ce n'etait pas le premier empe- 22114 Grains , grams, triste ; matis, matl.
reur a qui pareille chose arrivait, quoi qu*en 22118 El cierviel, au cerveau.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
373
22130 Ernous (TAudenarde en la somme .
Fu pris entr'aus et relenus.
La Truie si est embatus ;
Si li ont son ceval ocis ,
Mais il les a II fois partis.
22135 Tant i f^ri Girars La Truie,
Que plus de C en mist a fuie.
Cele part fu grans la batalle ,
Ernous i fiert, Ernous i malle.
Audenarde crie souvent ,
22140 Et, bien vous di-je par couvent .
K'lernous en fu a tort blasm& ?
Qu'en bien faisant i fu rem&.
Avoec le signour d'Audenarde
Fu pris, ainc qu'il s'en donast garde,
22145 Hues de Wastines esrant :
Et Girars La Truie ferrant
Son ceval i laissa ocis.
I siens cevaliers , j'en sui fis ,
De son ceval est descendus,
22150 A La Truie s'en est venus,
Si le fait monter sour le sien ,
Dont il fait s'ounour et son bien.
Girars de Grinbierges atant
Arnould d'Audenarde.
Hugues de la Woes tine.
Gerard de Griinkcrghe.
22150 Ernous d'Audenarde, sur les anciens
barons flamands de ce nora , voir L'Espinoy,
pp. 112 et 113. Ed 1214, Ferrand, comte de
Flandre, et Jeanne sa femme, donnerent des
lettres par lesquelles ils promirent d'observer
ce que Gerard de Jauche, Guillaume, son
oncle , chatelain de Beaumont , Arnoul d'Aude-
narde , Baudouin de Comines , le pere , et Gilbert
de Bourghelles, decideraient pour le partage
que Bouchard d'Avesnes devait avoir en Flandre
et en Hainaut , a cause des droits de sa femme
Marguerite de Constantinople. De S t .-Genois,
Invent, chron. des titresdes comtesde Flandre, etc.,
p. cccccu. Voy. encore ; dans le memeouvrage,
d'autres pieces relatives a Am. d'Audenarde,
pag. ccccc , annee 1211 j pag. cccccm , annee
1215, etc.
22134 Partis, separes.
22138 Malle, frapper avec un maillet. Guiart
dit de mime , 1 , 506 :
Rcnaut i fiert, Renaut i maille.
22153 Girars de Grinbierges, Gerard II, sire
et prince deGrimberghe, Ninove, Rumpst, etc.,
epousa Adeline, veuve de Wautier, sire de
Termonde. Butkens, Trophe'es, II, 73.
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374 CHRONIQUE
I f u pris et menes batant ,
22155 Et maint autre , que jou ne puis
Nommer, car el livre n'es truis.
Et non pourquant seroit d&ris
A nommer tans cevaliers pris.
Mais plus en i eut de CC.
22160 Ki paii&rent al roi son cens.
Li rois ot aproismi^ I'estor .
Et ses gens li furent entor.
Pour leurs cors et pour siertir lui ,
Vorrent estre n'i ot celui.
22165 Pri& de lui s'i pri&erent tant ,
L'une eure ari&re lautre avant .
Que li cevaus le roi fondi.
Li rois en c&nt descendi ,
Mais il fu remont& si tos
22170 Qu'a painnes s'en perciut li os.
Viers Othon voloit cevaucier ,
Pour $ou qu'il le vit aprocier.
Mais on li dist qu'il s'en aloit
Et que demorer n'i osoit.
22175 Encor estoit grans, en la place ,
Ca li estours et fa li kace.
Bouchard d'Avewes. Boucars d'Avesne ot esti pris ,
Mais il a ses gardes soupris ,
Fuiois s'en est parmi I bl&
22180 Ausement com s'il fus enbl&.
Et plusiour autre en escap^rent
Qui d'esporons cevaus frap&rent,
Et plusiour ausi par consence.
Caut fist et biel eel di^mence.
22185 Li I sont pris, li autre fuient,
22157 Detris, lemps perdu. 22166 Vers deja employe.
22161 Aproismie, approche. 22167 Fondi, s'abattit.
22165 Si prie'serent , s'y presserent, 22176 Li kace, la chasse.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
375
Et no Francois moult se d&luient
A siergans prendre et cevaliers .
Houbiers et hiaumes et destriers ,
Siergans a piet et eras bourgois .
22190 Kars et karaites et harnois,
Bouges et males et soumiers ,
Vascelemente . dras , deniers ,
Quar tout s'en aloient fuiant
Et li Francois apriea huant.
22195 Ensi fu la bataille faite.
Li rois fist corner la retrake ,
Al pont de Bouvines loga.
Cascuns son prisson li mena.
Garde furent , et lendemain
22200 Furent men^ viers Dowai main ,
Et sour karaites et sour kars.
Enkain&. ) comme lupars,
Fu Ferrans et bien refi^r^s *
De IIII pi£s ; car desfi&^s
22205 Avoit este trop longement.
S'en prist a Paris longement
Pour lui saner . qu'il n'en ot point
En toute Flandres en eel point.
Li quens de Boulogne Renaus
22210 Et Longe-Esp&, li yasaus.
Furent garde et castelain
De maint castiel en France a plain.
Mais il avoient gtes , espies ,
Qu'il ne volassent au gibies .
22215 Et cascuns des autres ausi
Emprisoun£ furent ensi.
JLa vicloire esl decisive
en faveurdes Francais .
Ferrand est enchaine.
Sort de* prisonniers.
22186 Sede'duient, s'amusent.
22204 Car desfieres Cette reflexion est an
moins sin gu Here.
22206 A Paris, G. Guiart, I, 311 :
Lors fu Ferrans , tout enferre,
En la tour du Louvre en serre.
22206-12 Ce8 prisonniers etaient devenus
chdtelains dans plusieurs donjons de France.
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376 CHRONIQUE
AruouidAudeoardeest Ernous d'Audenarde esranment
mis en lihcrte. „ . , »#■• .
Fu ostagies delivrement,
Car il not mie la mentee
22220 Atisste ne embras&.
Et li mort furent enti&^
A Cizoing, et tous li navre
Si furent men£ Tiers Douwai .
Et plusiour aillors , bien le sai.
22225 A Douwai giut li rois a nuit,
Et si prisson . qui k'il anuit.
Lendemain . a tous ses conrois ,
Cevau^a viers Paris li rois.
Et messire Lo^ys fu
22230 En Poitou, si li a pteu.
Quar , en eel mois et en eel an ,
Le roi jean d'Angie- I descomfi le roi Jehan
lerre defait devant la it* ma
Roche-aux-Moines. Tres pardevant la Roce-as-Monnes ,
I castiel qu'ensi apielommes.
22235 Li rois de France i avoit raise
Boine guarnisson a devisse.
Asis les ot li rois Jehans ,
Qui moult lor avoit fait d'ahans ,
Et avoit men& jusqu'al prendre
22240 Qu'il se devoient a lui rendre.
Mais Lo^ys , li jov&nes rois ,
Li desatira ses conrois ,
Atourner fist son estandart
Et fist s'ost aler cele part.
22245 Et li boins mariscaus Henris ,
Grans de cuer et de cors petis ,
Fist l'avant garde et commanda.
mais on avait eii soin d'employer des liens 22222 Cizoing que G. Guiart appelle Ses-
(gie's) et des surveillans (espies) , pour les em- sonne , 1 , 285 :
pecher de prendre la volee. Gibies , gibier. Entre Seguin soni et Sessonne.
22220 Atissie, attise. 22242 Desatira, culbuta.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 377
Li rois Jehans en demanda
A I gar$on ki fu s espie :
22250 £ou fu el tans que bl& espie.
Et quant il sot la v^rit^
Comment Francois sont arout^ .
Desconfis s'en ala fuianl
Et no Francois apri& huant.
22255 Et tr& et tentes et cevaus
I prisent par mons et par vaus.
Cil del castiel furent issu ,
Contre Lo&s sont venu ,
Et il leur douna garisson :
22260 S'i remist autre garnison.
A Cinon s'en est repairi&.
Li mariscaus f u malhaiti& .
Acouga soi petit apri& ,
Fu cumeniies et confies ,
22265 Mais encore pas ne moru :
Li fius le roi dolans en fu.
Dolans en fu li fius le roi
Moult pour son pere et plus pour soi.
Mais li rois Felippes , ses pere ,
22270 Pour sou que sa victore pere ,
Se fu a Paris soujourn^s.
Ses prisons ot emprisonn& ,
Et dist qu'il iroit a son fil
Lofys, le preut, le gen til.
22275 De sa gent ot grant mase o lui.
Par I mardi , ciertains en sui ,
22250 Espie, devient epi. 22264 Cumeniies, communie.
22254 Foy. v. 22186. No (sic). 22267 Ce vers, qui n'est que le precedent
22259 Douna garisson, les admit a capituler. renverse\ oflre une forme metrique assez pi-
22261 Cinon, Chinon. quante.
22262 Malhaities, malade. 22269 Pere, parut.
22265 Acouca soi, s'alita. 22275 Mase, masse.
Tom. II. 48
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378
CHRONIQUE
S'est mis al cemin a grant gent.
Ass& porta or et argent.
Atant es-li-yous I mesage
22280 Moult bien parlant , cortois et sage ,
Qui , par ses lailres , li a dit
Que ses fius avoit desconfit
Le roi Jehan et ses Englois.
Moult en ot grant joie li rots ,
22285 Et a son fil a remand^
Qu'il ot, par la grace de De,
Caus de Flandres fais irascus ,
Et les millors pris et yencus.
S'ot Ferrant mis en doble fier ,
22290 Ausi com diable d'enfier ,
Pour §ou k'il voloit regiber.
Or le fait pestre et soujorner.
Si comme ceyal dessoul£ ,
Pour ?ou qu'il ot Tornai fbul£.
22295 Li quens Renaus, comme renars,
S'estoit en sa prisson enars.
En France ert yenus de Bologne ,
Pour mangier el que car de logne;
S'il fii del plus or la ahiers
22300 D'uns des qui furent a mainniers ,
Et des autres dusqu'a II cens,
Des plus cointes et des plus gens.
Mais li buens mariscaus Henris
22279 Es-U-vouSj lui voici.
22283 Le roi Jehan , que G. Guiart appelle
cuer-de-poupee , 1 , 269.
22287 Irascus, irrites par leur defeite.
22291 Megiber, regimber.
22295 Betmnde, calme\
22296 Enars, enfam£. Renaud fut enferaae
d'abord a Bapaume; mais il s'enftima dan* son
terrier comme renard, en »egociant de la avec
Ottoo. On le chargea done de chaines et on le
cooduisit au chateau de Peronne , ou i) mourut
de desespoir, en 1227.
22298 El que car de logne 7 ou plutftt kelque
car de logne, quelque bon lopin. Le sent precis
de l'expression nous echappe.
22299 Ahiers, pris.
22500 Mainniers, faisant l'office de sergens,
Du Cange (au mot matobiius).
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DE PHILIPPE MOUSKES. 379
En f u de duel si atenris , *«ort du marshal cu-
meDt.
22305 Que moult petit apri& moru :
Moult ricement enti^r& fu.
Li mesages s'en est partis,
En Poito Tint tous aatis.
Mon signour Loeys conta
22310 C° u q ue 8e8 p&*es li manda.
Quinzaine ot que li mariscaus
Estoit mors, li preu§, li loiaus.
Grant duel en demena li rois,
Quant il vint la , et si Francois.
22315 Li rois vot traire, pour lagan,
Viers la Rociele, au roi Jehan.
Mais li abbet et li preudome ,
Si com l'estorie dist et noume ,
Et vesque doi , jou ne sai qeus ,
22320 Reprisent trives entr'aus II
A V ans , et fu fianchie
D'ambes pars, et bien aficie.
Si fu pour le conte Robiert
Lues dllm a & tot en apiert
22325 Li quens Guillaumes-Longe-Esp^e.
Cascuns retrest en sa contr^e.
Petit apri& ceste besongne , Mort da due de bout-
o. i-j j o gogne, Eudes III,
Si moru li dus de Bourgogne. 1218.
Ses jovines fius l'a rec&,
22330 S'ot apri& lui la duc&.
Adont iert li quens de Monfort ,
Simons al cuer loial et fort,
22318 L'estorie, lisez I' est ore. 22332 Simons, Simon IV, deuxieme fils de
22320 Trives, treves. Simon III. L'histoire est loin de lui confirmer
22321 Fianchie, juree. Fepithete de lotal. — La croisade contre les
22322 Aficie , gar ant ie. Albigeois commenca en 1208. Lea chants des
22323 Robiert, Robert II , de Dreux. troubadours sont pleins de derails *ur les exces
22329 Jovenes fius 9 Hugues IV, ne le 9 mars qui l'ensanglanterent. Foy. H n trod uct ion de ce
1212. Recee, regretted second volume.
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380 CHRONIQUE
crois.de contre Us ku En provence sour Albigois.
Chevaliers 1 ot et bourgnois.
22335 Petit apries cou , si ala
Mesire Lo^ys droit la.
pnse de Toulouse et Si li fu Toulouze rendue.
de Narbonoe.
Leur fortoraice a abatue ,
Et si fist des fosses emplir ,
22340 Dont 9a us dedens fist asoplir.
Et le buen conte et ses amis
En castiel Nierbonnois a mis ,
Et la signourie en retint.
Mesire Lo^ys revint ,
22345 Mais jou sai bien que Toulousan
,216 - Se reyelerent en eel an ,
Et le conte en ont fors giet£.
Si refermerent la cit£ ,
Mais li quens Simon de Monfort,
22350 Atant com il i ot d'esfort,
Fu puis en I kastiel assis.
Pteri&res et mangonniaus VI
I dr^ca li rois d'Arragonne.
BauiiiedeMurct, i2ia. p ar [ e castiel grans pieres donne .
22355 Mais li buens quens tous irascus
S'en issi a moult poi d'escus.
II fois hu?a : cc Monfbrt! Monfort! »
S'en orent sa gent tel confort
Qu'ausi comme l'esmerillons •
22360 Kace les petis oissillons,
Ausi par le conte gentil
Si furent desconfi tout cil
Ki la furent a eure bonne.
22540 Asoplir, rendre dociles , effrayer. 22383 Li rois d'Arragonne, D. Pedre II,
22551 Kastiel, Muret. Cet tenement n'ar- Ills aine d'Alfonse II et de Sancie de Caatille. Ce
riva pas depuit la prise de Toulouse, maisavant, monarque cultiva la po&ie provencale et pro-
e'est-a-dire le 17 septembre 1215. tegea les poetes.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
381
Si fu mors li rois d'Arragonne ,
22365 Ki venus iert pour a us aidier ;
Quar n'i iert preus a souhaidier.,
Et maintes fois od sa compagne
Ot vencus les paiens d'Espagne.
La fu-il mors par Aubigois ,
22370 Ki li orent menet angois.
Et si furent . j'el sai de fit .
XX m Aubugois desconfit ,
Et'mort et pris et retenu.
Ensi fu le conte avenu.
22375 Et avint, ne sai quantes fois,
Que , par Dieu et par son d&bis ,
A poi de gent et k mescief ,
I vint de grant victore k cief .
Li quens de Fois et de S l .-Gille
22380 Escapoient tousjors par gille ,
Et li quens ausi de Comminges,
Qui leur fist estreper les vignes.
Cele guerre n'iert pas a geu ,
Con ardoit Aubugois en feu.
22385 Et les crestiiens tren^oist-on
N& et baulevres et menton ,
Et pi& et puins et les orelles ,
Pour esgarder aus a miervelles.
Et pour Frangois destruire mious ,
22390 Lor trencoit-on ausi les ious ,
Fust cevaliers u fust siergans ,
Et gietoient 6s fus ardans.
Mori de D. Pedro II,
roi d'Arragon.
Les comics de Foix ,
de Toulouse et de
Comroinges.
Cruautes commises pen-
dant Ics guerres dcs
Albigcois.
22366 Preus a souhaidier, preux qui laiss&t
quelque chose a souhaiter.
22369 Aubigois, Albigeois.
22379 Li quens de Fois, Raymond-Rogier ,
mort en 1223. De St.-Gille, Raymond VI , comte
de Toulouse, decide en 1222.
22381 Li quens de Comminges , Bernard IV,
mort Tan 1226.
22381-82 Comminges et vignes, rime defec-
tueuse. Estreper, arracher.
22384 Con, puisqu'on...
22386 Baulevres, levres.
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382
CHRONIQUE
Le comte de Carcas-
sonne.
Amaury , 61s de Simon.
Exces dont on accusait
les Albigeois.
Li quens Simons , qui bien i donoe ,
Tenoit Bediers et Karkasonne.
22395 Rogiers et maiot autre haut ome
En ierent mort et mis k some.
Amuriaus ot, par a venture,
Par II ibis grant desconfiture.
Maint fort castiel li quens i tint ,
22400 Siergans et cevaliers d&int,
Quar li pardons de l'apostole ,
Et de kardenaus a estole ,
Et de pr&as et d'arceyesques .
Et des ab& et des ^vesques .
22405 Ki tout i aloient courant ,
Et li viellart et li enfant,
Et i faisoient leur s£jours
Seulement par LX jours ,
Pour essaucier crestient£.
22410 Mais il i eut si grant plente
De mescr&ndise tourn^e
Par le pais enracinie,
Con n'es pot sorber ne destruire.
Ja tant Francois ne sorent nuire ,
22415 Et si estoient sodomite,
Pifle , rawardenc et irite.
Le boin £vesque de Toulouse ,
Qui leur armes sauyer goulouse ,
Kacierent-il fors de la ti&re ,
22420 Quant commencie fu la gierre.
22594 Bediers, Beziers.
22395 Rogiers, Raymond-Rogier , comte de
Carcassonne, monrut, Pan 1209, a Page de 24
ans , dans Petroite prison ou Pavait jete Simon
de Montfort.
22397 Amuriaus , Amaury de Montfort , fils
de Simon.
22401 Li pardons, les indulgences.
22409 II manque quelque chose a la phrase
pour la completer, a moins que quar ne soit
substitue a par.
22413 Sorber, 6ter, enlever.
22416 Pifle, qui s'empiflre, gourmand. Ra-
wardenc, curieux, d'une curiosite impie? Ro-
quefort donne le verbe rewaurder, reswarder,
reswardeir, regarder. Irite , heretiques.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 383
Et si avoit mainte ale &ie ,
Dont la painne ot esti perdue.
Quar dire suelent « male espine
Nourist et traist male sordine ,
22425 Et male brance male flour. »
r* m.* m. l* * Trait satiriqttc contrc
Ce nos tiesmognent h auctor. i es proven^ux.
Ausi avint-il en Prouvence ,
Et par nature et par consenche.
Quar quant li buens rois Carlemainne
22430 Ot toute mise a son demainne
Provence qui moult iert plentive
De vins, de bois, daigue et de rive ,
As l£c&>urs , as manestreus .
Qui sont auques luxurieus .
22435 Le douna toute et d^parti.
Encor sont-il a §ou vierti.
Les estranges et les yoisines ,
Serors , parentes et cousines ,
Tienent a plain cil Aubigois .
22440 Soient cevalier u bourgois :
Et pour ?ou les yot-on oster,
Pour leur afaire d^gaster.
Souvent i alerent et tost
De mainte tiere gent a ost.
22445 Toulouse out autrefois asise
Li quens de Monfort a devise. Men Amende Mom.
Cil dedens terent a reviel , fort • 25 juin ,218
Si gietferent d'un mangonniel,
Et li quens iert a ses engiens
22450 U il faisoit traire mairiens ;
22421 Ale, alleeet venue, efforts, demarches. 22433 Leceours, debauches ; manestreus , me-
22423 Suelent (soient). netriers.
22424 Sordine , de sordre ou sourdre , jet. 22436 Vierti > enclins.
22429 Li buens rois Carlemainne, voy. tome 22442 De'gaster, amender.
I er , pag. 230. 22430 Mairiens , mitraille de ce temps la.
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384
CHRONIQUE
II est consider^ corome
un martyr.
Amaury VI dc Mont-
fort.
Sa mort, 1241.
Troubles en Angletcrrc.
De la rebonbe d'une piere
Fu cons&js el cief deriere
Arifere fu port& bl&i&.
La viespr^e s'est acoucies.
22455 Et lendemain fu enti&&.
Ass& i fu plains et plor& ,
Quar Dieux le vot prendre a martire
S'en ot el cief couronne entire.
Amauris, ses fius, ot la tiere.
22460 Qui moult i ot et painne et gierre ,
Et de proaice et de yist£ ,
Et de largaice et de bont£.
Retraist del tot a son bon pere .
Et si retraist auques ses frere.
22465 Mais en un estour fu ocis ,
C'onques n'i pot avoir miercis.
Pour mariage ne pour foit ,
Ne pour sairement ne pour droit ,
N'i pot onques avoir amour.
22470 Mais gierre et tence et fort clamour.
Ensi demora li cembiaus ,
Et garni cascuns ses castiaus ,
Et gaaignerent par couvent
Les I sor les autres sou vent.
22475 Li rois Jehans s'en fu al&
En Englettere tous ir&.
Et si home point ne I'am&rent.
Encontre lui se releverent,
22451 Rebonbe, ricochet, expression harmo-
nieuse et imitative qui rappelle ces beaux vers
du Tasse , Gerusal. IV :
Chi am a gli abitalor de Vombre eterne
II rauco suon de la tartarea tomba.
T reman le spaziose atre caver ne,
E Vaer cieco a quel rumor rimboroba.
22452 Conse'us, atleint.
22461 Viste , activite.
22465 Retraist, il retraca, rappela en tout
son bon pere. II n'en avait cependant ni le genie,
ni le courage, ni l'activite.
22465 En un estour fu ocis , les historiens le
font mourir de la dyssenterie , a Otrante , a son
retour de la Terre-Sainte.
22471 Li cembiaus , la guerre (cymbalutn).
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gliis, 1216.
DE PHILIPPE MOUSKES. 385
Car et lor femes et lor filles
22480 Bourgoises, yilainnes, gentilles,
Prendoit et a tort et a droit,
Et tant les ayoit en destroit
Qu'il maintenoit ses ceyaliers
Corame vilains et pautouniers.
22485 Adont Robiers, li fius Gautier,
Ki ne vot soufrir eel meatier,
A Lo^ys s'en vint en France,
Et tant i fist , par acordance Lc fils tln<5 de Philip
De par les barons de la ttere, ^tSJC
22490 Qu'il diut passer en Engletiere.
Siergans manda et ceyaliers ,
S'a n& quises et marouniers.
A Londres envoia sa gent .
Si leur carga or et argent.
22495 III cens en i ot tous eslius ,
Haus hommes , vallans et gentius ,
Et si tramist par mer aval
Siergans a piet et a ceval ,
Tant que li Englois a plants
225.00 En orent a leur volente.
Londres gard&rent si tres bien
C'onques li rois ni mesfit rien.
Hue de Boyes vot amer
Le roi Jehan , si passa mer,
22505 M aint chevalier et maint siergant
Prist en Flandres et en Braibant,
Car tant leur douna de deniers
K'il i passerent volen tiers.
En mer se misent a la mue ,
22510 Mais li orages se remue ,
22484 Pautouniers, coquins , laches , mis£- Saer de Quinci, comte de Winchester, et Robert,
rabies , de paver e. fils de Gautier. Le comte de Winchester mou-
22485 Rooters , les barons envoyerent a Louis rut en 1220. Math. Paris, Hist, fr., XVII, 785, B.
Tom. II. 49
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386
CHRONIQUE
RaouJ d'Audcnarde.
Gautier de Soltcgliem.
Thierri d'lrconwex.
Jean Vieillard.
Mort de Ungues de
Boves.
Si leva une grans tormente ,
Par quoi cascuns moult se d£mente.
Radous d'Audenarde i estoit,
Ayoec lui 11 freres avoit,
22515 Watier de Soteoghien par non,
Et I jovene esquier, Baudon.
Si fu Th^ris d'Ireconwis,
Ki fu cevaliers esprouv&,
Et en la nef signour Huon
22520 Ot cevaliers de grant renon.
Jehans Yiellars , qui jovene* ert ,
I fu quant li tormen* apert ,
Et si ot des autres asses ,
Que jou ne vos ai pas nommes.
22525 Devant Gernemue corurent ,
Sor I savelon brissie furent.
La n& de Sotenghien p^ri .
Mais I gallon i ot gari ,
Et 1 priestre par I batiel
22530 U il fu trais , sans nul apiel.
Mais quant la mers est repairie,
S'est toute I'autre gent noii^.
Hue de Boves fist sa nef ,
Malgr^ les mestres ., a plain tref
22535 Sour tiere courre ; s'i brisierent ,
Mais cele nef forment prisierent.
Hue de Bove y fu noiie*,
22525 Gernemue, Gernemua, Matth. Paris,
Hist. />., XVII, 728, B. C'est-a-dire Yarmouth,
ecrit aussi Jernemouth dans des actes anciens.
Harris Nicolas, Proceedings and ordinances of
the privy council of England, 1834, in-8°, 111,
5,3. 116 , 1191. Cette terminaison en mue pour
certains noms geograpbiques , est adoptee par
les trouverea. anglo-normands. Geoffroi Gaimar,
p. 3, 1. 1 des chron. publ. par M. Fr. Michel :
Puis lurnerenl en Brunnemue.
22526 Savelon , banc de sable.
22528 Gari, sauve.
22534 A plain tref, a pleines voiles.
22537 Bove , Boves etait un chateau a deux
petites lieues d'Amiens, appele par G. Le Breton
Castrum Bobarum, et Botua par Robert du Mont.
Chr. de Villehardoin , ed. de M. Buchon, p. 7 ,
nole 7. Voy. v. 20848, 21098.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 387
Qui $au8 de France ot renoii&.
Et bo ins droit fu quant il noia ,
22540 Ki son droit signor renoia ,
Dieu m&sme ot-il anoiie :
Si soufri qu'il sont la noii^.
Phelippes , li bons rois gentius .
En ot grant joie . il et ses fius ;
22545 Quar ses gens a Londres estoient ,
Qui la vile moult bien gardoient.
Mais 1'apOStoleS InnOCenS Lepapeexcommuniele*
— , . . partisans de Louis ,
Escumema toutes gens 1215.
Ki passeroient avoic lui :
22550 Sen ot Lofys moult d'anui.
Non pourquant sest-il atourn&.
N& quist et cevaliers ass& ;
Aprils a l'estet s'i passa ,
Tout droit a Sanguis ariva ,
22555 A si grant gent , a tel nayie
Qu'Englois en orent grant envie.
D'autre part en Fille a Tanet,
U il faisoit moult biel et net ,
La vinrent ses gens apri& lui ,
22560 Ki, par tormente, orent anui.
Li rois Jehans fu d'autre part , Le roi Jean sWuil
Et vit Testorie ki depart ,
A Sanguis n'osa arester,
Fuiois s'en est sans demorer.
22565 Et li joTenes rois cevau?a
Droit a Kantorbie , et prist l'a 5
Girart de Marke el castiel mist,
Et garnison grant i asist.
De li se traist a Rouveciestre ,
22547 Innocent , Innocent III. mite N.-E. du comte* de Kent.
22554 Sanguis, Sandwich. 22562 L'estorie, pour la mesure lisez I'estore.
22557 L'iUea Tanet, UleThanet, a l'extri- 22569 Rouveciestre, Rochester.
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388
CHRONIQUE
Sepulture de l'enchan-
teor Merlin .
Les Flamandspeu fide*
les au roi Jertn.
Baudouin d'Aire.
22570 S'ot la cit<* la tour et Fiestre.
Lendemain avant s'en ala ,
Vint k Londres , ses gens trova ,
Puis cevaucierent par confort.
Si prist Regate et Geldefort,
22575 Et s'ot Fernehem et Winciestre,
Et Portemue et Porciestre ,
Et Odihen prist lendemain ,
U il fait moult biel et moult sain.
Hanstone et Malebierge prist.
22580 U Mierlins, la profete, gist,
Tout partot mist sa garnison
Li fius le roi, k grant fuisson.
Et li Flamenc, quant il pooient,
Par congiet de$a repassoient ,
22585 Et s'orent les estrelins pris
Dont il orent le roi soupris.
Bauduins d'Arie sans besoing
Ausi fist , Jehans de Cisoing ,
Et li f r6re de Sotenghien ,
22590 Et Buridans n'i perdi rien ,
Et plusior autre ki reyinrent ,
C'onques al roi couvent ne tinrent.
Caus de France si fort doutirent,
Que par de$i s'en repassferent ,
22595 Et messire Lofys la
Parmi la tiere s'en ala.
S'ot Nicole et, par le pais ,
22574 Regate, Aotul. Waterl. moit. dans le
Recueil des Hist. fr. , XVIII, 205 , A. Cos-
tellutn de Reigale. Geldefort, ibid., Guildfort.
22875 Fernehem, Arn. Wavbel. t'6., Fernham;
Winciestte , Winchester.
22576 Portemue, Portsmouth; Porciestre,
Dorchester ?
' 22577 Odihen, Odiham, dans le Southamp-
tonshire.
22579 Hanstone, Southampton} Malebierge,
Merleberge.C. Roberts, Excerpt a e rotulis finium,
1855, in-8°, 1,300.
22580 La pro fete, nous avons deja vu la pope.
22582 /Wtt<m,foison.
22587 Bauduins d'Arie, lise* d'Aire.
22597 Nicole, Lincoln.
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^i
DE PHILIPPE MOUSKES.
389
Prist castiaus plus de XXXVI.
A Douvre vint , si l'as^ga ,
22600 Ses engiens par defors dr^a ,
Le premier bailie a force prist.
Girars La Truie mout i fist ;
Et cil de dens furent preudome ,
Si n'es douterent une pome.
22605 Inbiers de Bourc, li castelains,
N'es gardoit pas comme vilains.
Et si iert Pieres de Cr^on ,
Ki preus estoit, bien le cr&rn.
Defors iert li sieges bastis ,
22610 Dont li sire iert bien aatis.
Mors i fu Guicars de Bielgiu ,
Dont il n'i ot ne ris ne giu.
Li cors de lui fu atir^s ,
En son pais fu reports ,
22615 Quar l'apostoles avoit dit
Qu'escum^niet et entredit,
l&rent tot cil qui la estoient,
Qui Lo^ys aidier yoloient.
Mais li rois d'Escoce vint la;
22620 Le jovene roi ass^ura.
Entre $aus de dens et de fors
Furent donees trieves lors.
Si sen est Lo^ys partis ,
Siege deDouvres.
Exploits de Gerard La
Truie.
Imbcrt da Bourg.
Pierre de Craon.
Guichard de Beaujeu.
Le roi d'Ecosse vient
au secours de Louis.
Al eVesque de Nicole avant ala.
F. Michel, Chr. anglo-norm., I, 10G.
Saer fu l'evesque de If icole.
M. Francisque Michel , sur ce vers do Raman
de la Violette, p. 7 , remarque que Lincoln eUit
appele Nicole par les Normands , qui ne pou-
vaient pas bien prononcer le veritable nom de
cette ville , et qu'encore aujourd'hui , une partie
du Swan-Pool porte le nom de NichoLPool.
22601 Le premier bailie, les premieres de-
fenses.
22605 Inbiers de Bourc , Imbert ou Hubert
Du Bourg, senechal de Poitou , chatelain de
Douvres, enfin justicier d'Angleterre.
22607 Creon, ancienne et illustre maison
originaire d'Anjou.
22611 Guicars de Bielgiu, appele par G. le
Breton Bellijocensis Guischardus, XVII, 251, B.
Cert Guichard IV, filsde Humbert III etd'Agnes,
sire et baron de Beaujolais.
22619 Li rois d'Escoce, Alexandre II. Ms de
Guillaume , dit le Lion.
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390 CHRONIQUE
A Londres vint tos aatis.
22625 Pelit apri& , en tel sofrance ,
Sen revint a sa feme en France
Et parler al bon roi, sen pere.
Mais entretant que il i fere,
Si se tournerent contre troi ,
22630 Et moult de barons od le roi
Li rendirent lor castiaus
Qu'il tenoient rices et biaus.
Mesire Lo^ys le sot,
Si repassa, com il ains pot,
22635 Quar si homme tot li plus sage
Li fisent jurer le passage.
Droit a Sanguis est ariy& ,
Si ont descargi& lor n&.
Douyre s'en r'ala ass^gier.
22640 Dun tnftuket fist tr&ucier
Moult grant partie de lor murs ,
Dont joians estoit et s&irs ,
Quar il ot moult des murs perci&.
Mon du roi jean, i9 Li rois Jehans s'iert acouci^s,
22645 D'anui dont il iert envies.
Si est au tierc jour d&ri&.
Et quant tout si baron le sorent ,
Des ses II fius grant pitte orent.
Si se torn^rent esranment
22650 Avoec les enfans bonnement.
Le roi Jehan ont entier^ ,
Mais il ne Font gaires plor^.
H enri hi . son fiu , est Henris , ses fius , ot la coronne ,
reconnu Si com drois et raissons li doune.
22655 Si houme l'ont assluret,
Et li millour i sont tournet.
22640 Tre'bukel , trebuchet , machine de guerre.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
391
M on signour Lofys fu biele ,
Devant Douyre, ceste noviele.
Fort et roit les fist asaillir ,
22660 Quar il n'i quida pas faillir
A 90U qu'ensi fu la parole.
Si sen fu alis Tiers Nicole
Li quens del Perce cevaucier ,
Mais quant il i diut aprocier ,
22665 Mesire Fauke, I cevaliers.,
De Normendie, fbrs et fiers,
Les ot espii& et trais.
Pris i f u li quens et ocis ,
Et tout cil pris ki o lui erent.
22670 Moult petit d'aus s'en escaperent,
Et quant li jovenes rois le sot ,
De Douvre parti , com ains pot.
A Londres vint, la soujorna
Et soucors en France manda ,
22675 Car Englois li fisent y&r
Soucours et par tiere et par mer ,
Con n'i pot aler ni yenir.
Mais non pourquant, pour aus garir,
De Londres partout cevaugoient
22680 Et leur repaire bien gai doient.
D autre part le pas u le cours
Mandoient en France ce soucors
A lor amis , partout cascun ;
Et li yisquens de Mel&m
22685 Fu mors, dont tout furent dolant,
Par Londres , et petit et grant ,
Le comte du Perche
est pris et tue* a la
bataille de LincoJo,
Ie20raai 1217.
Mori du vicomtc
Melun .
22657 Biele, mot pris ici dans un sens ironique.
22659 Roit, roide.
22663 Li quens del Perce, Thomas, fils de
Geoffroi HI. II epousa H&isende de Rethel.
Hist, fr., XVII, 113 A , 184 B, 205 D, 235 C,
285B 9 361B,719£.
22665 Fauke, Foul que*.
22675 Weer, empecher, vetare.
22681 Le pas u le cours, de l'autre cdte du
passage ou d&roit.
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392
CHRONIQUE
llobert dc Courtenai.
Eustache le Moine est
mis a mort.
Quar il avoit estet preudon
Et hardis et de grant renon.
Mais li Englois la mer gardoient ,
22690 A leur galies tout prendoient.
Robiers de Courtenai , li frans ,
A tout C cevaliers , esrans
Son couzin vot aler soucorre ,
Et fist ses nis a Kalais courre ,
22695 Estasses li Mounes od lui .
Ki puis en ot ire et anui.
En mer se misent I matin ,
De yent orent moult grant hustin;
Tot droit devant Sanguis siglerent.
22700 Mais li Englois en lor n& &rent ,
Seure lor ceurent, les ont pris,
A force de gent, et soupris.
Robiert de Courtenai men&rent
A Douvre , si renprisonn&rent,
22705 Et tous les autres cevaliers.
Estasse li Moines , li fiers ,
I fii pris et , sans demor^e ,
Li ont jus la tieste cop^e.
22691 Robiers de Courtenai, Robert de Cour-
tenai, fils de Pierre I er et petit-fils du roi
Louis VI , grand bouteiller de France.
22695 Estasses li Mounes, Eustache le Moine,
Tun des commandans des forces navales fran-
caises. Matth. Paris (Hist . fr., XVII, 740, B) dit :
Clatsis Franeorum Eustachio Monacho , viro /7a-
gitiosissimo, comtnissa est, etplusbas £ : Proditor
regis Anglia etpirata nequissimus. De son cdte* ,
Guil. Le Breton , anime d'un autre esprit , dit
(ib.y in , B) : Euttachius cognomento Monachus ,
miles tarn mart quam terra probatissimus, L'in-
fatigable M . Francisque Michel a publie , avec
des eclaircissemens , le Roman d* Eustache le
Moine , Paris, 1854 , in-8°. Eustache y est re-
present^ comme un voleur, un pirate, une
espece de Robin Hood boulonnois, qui avait
fait un pacte avec le diable.
Dont fu li If oignes bon guerriers ,
Molt par estoit hardis el fiers ,
Puis fist-il raainte djablie
Es isles en l'autre partie.
Le roy Loey fist passer*
A grant navie , outre la mer.
W istasces bien s'en escondi
K'il n'i ot bora me si hardi.
Ki li osast mie aprouver ,
Et ainsi l'ont laissie ester.
Pp.81 , 82.
22708 La tieste copee , le recit du combat ou
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DE PHILIPPE MOUSKES. 393
Par le pais, sour une lance,
22710 L'ont port^e, pour sa viltance.
Robiers de Courtenai ptegi&
Fu lendemain et ostagi&.
A Londres vint al jov&ne roi ,
Si li a contet le desroi
22715 De lui et de ses cevaliers,
Et d'Estase , ki fu gueriers ,
Qu'il cop&rent la tieste an$ois :
Grant dol en orent li Francois.
El pais iert li kardenaus ,
22720 Si a pris parlement a aus ;
Puis fu la pais ensi taillie
Que Lo^ys et sa mesnie Louisrenonceiucou-
r* \ m. m. C*.' ronnc d 'Angleterre.
Repasserent et saur et sain
En la tiere de France a plain ,
22725 Quar autrement n el porent faire.
S'en ot Lo&s grant contraire
Mais ?ou fist faire l'apostoles
Et li clergies ki , par estoles ,
Escumeniierent tous ?aus
22730 Qui passeroient avoec aus.
Sen furent auques destorb^
Li Francois et souvent gab£ ,
Quar li rois Jehans , par parole ,
Iert devenus om l'apostole ,
22735 Pour ?ou que viers le roi de gierre
Li garandesist Engletiere.
Et apri& ont prise la crois,
Pour 50U que plus en ot de fois.
Tout ensi fu-il avenu
22740 De cele guerre ki dont fu.
fiit pris Eustache le Moine, est dans le roman , 22754 Om l'apostole, le 15 mai 1215 , dans la
pp. 82 , 85. maison des Templiers de Douvres.
22721 Taillie, negociee. 22756 Garandesist, gar an tit.
Tom. II. 50
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394 CHRONIQUE
Wort de 1 empereur Li TOis Othe , ki IHOUlt DrCUS fu ,
Otton, 1218. ' r 1
A Brunezvic dont raoru.
Escumeniies ot est£ ,
Si n'i ot gaires conquest^.
22745 Non pourquant il se concorda
* A l'apostole , et amenda.
Sevelis fu com emperere ,
Pour ?ou que sa hautece p&re.
Moult en fu li& li rois de France ,
22750 Quar il li vot faire gr^vance ,
Et fist , tant com il f u en vie ,
Et par outrage et par en vie.
Adont , j'el sai bien sans faillance ,
Uns chevaliers de grant vallance.
piusieurs de* prison- 22755 Felippes , ki fu castelains
nicrs , fails A Bou- * * '
vines , pamennent & j) e Maudanffien . com il pot ains ,
s echapper. %J ' r 1
Et Conras de Tr^mougne ausi ,
Et Biernars d'Ostemale ensi ,
De Paris , u en prison erent ,
22760 Sans raen$on s'en escaperent.
Car il avoient I atour:
Si minerent la cartre entor.
A mi&iuit en sont issut,
Et leur ceval furent venut ,
22765 Si sont tout ensanble monte;
Viers leur pais sont aroute.
Moult en fu li rois courecies.
Mais d'autrepart si fu trop li&
Del roi Othon qui mors estoit.
22770 Tout esranment envoia droit
En Alemagne I sien mesage t
A l'enfant de Pulle moult sage.
22742 Brunetvic, Brunswick. 22762 Cartre, prison.
22756 Maudangien, Maldeghem. 22772 L'enfant de Pulle, Frederic II , roi de
22761 Atour, moyen , disposilioD. Sicile.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
395
Si li manda que couronner
S'alast a Ais . sans deroorer.
22775 Et il si fist a moult grant gent :
Si douna moult or et argent.
S'i fu le vesques de Cambrai :
Li rois li traraist. bien le sai,
Quar il ot moult ami Othon .
22780 Si Fot aidiet, bien le set-on.
Et volt li rois que , sans refui ,
Fust al couronnement cestui.
Ensi , par l'ueyre al roi de France ,
Fu li septres en acordance ,
22785 Quar tout li baron qui la erent
L'enfant de Pulle couronnerent.
£1 puing li ont le septre assis ,
Ki de fin or estoit massis,
Et la couronne sour le cief
22790 Li orent mise sans mescief.
Et il en a Dieu aoui ^ ,
Et s'en a de piti6 plor^.
Ensi ot li enfes l'empire ,
Ki de fine joie en souspire.
22795 De cuer plorant larmes sans fiel ,
A la couronne offierte au ciel ,
Et si prist la crois d'outremer,
Pour l'amende mious afermer.
Albigois furent revels ,
22800 Et s'i ot maint preudome a\6.
Et li fius le roi , Lo^ys ,
I fu ates, si fu trails.
Quar de ?aus qu'il ot \k ensanble
Duist-il avoir, ce me sanble,
Fredczic II , empereur,
1220.
Jean de Bethune, e«r£-
que de Cambrai.
L 'empereur se croise,
1218-1227.
Soulevement des Albi-
geoii.
22774 Ais, Frederic fat couronne a Aix,
en 1215, environ trois an$ avant la mort
d'Otton, mai« son couronnement a Rome eut
lieu en 1220.
22777 Le vesques de Cambrai, Jean de Be-
thune. J. Le Carpentier, Hist, de Cambrai, I, 574.
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396
CHRONIQUE
Kaoul de 1* Tournelle.
Mort da pape Inno-
cent III, juillet 1216.
Lereque de Caqabrai
raeart devant Tou-
louse , 20 juillct
1219.
A mould d'Aodcuarde
prcnd part a la croi-
sade contre les Albi-
geois.
Godefroid de Conde,
eveque de Gambrai.
Cioquieme croisade ,
1217-1221.
22805 Espaigne et Surie conquise.
Mais il ot en Tost convoitise
Et traison et felounie.
Si leur tourna a vilounie ,
Quar il n'i fisent nule rien.
22810 La fu ocis, 9011 sai-je bien,
Raous , li preus de la Torniele ,
Pardevant une porte biele.
Li apostoles Innocens
Fu mors adonques a eel tans.
22815 Apostolie fisent d'onorie ,
Par eslection et par glorie.
Li yesques Jehans de Cambrai ,
Qui fu preudom et de cuer vrai ,
A la seconde ost Lofys ,
22820 Qui pour Dieu s'i fu ob&s ,
Pardevant Toulouze moru ;
Ernous d'Audenarde o lui fu.
Godefrois de Condet f u vesqes ,
Ki plains estoit de boines teqes.
22825 Mesire Lo^ys revint
Sans rien faire, dont blasmes yint.
Mais 50U fu auques par consence ,
Quar entre les barons ot tence.
Petit apri& , sans demorer,
22830 Pour Dieu siervir et onorer,
S'en alerent li p&erin
Droit a Acre ; mais en la fin
Se traisent al roont de Tabor,
U il orent painne et labour.
22835 Mais li soudans tout lues et tost
22811 Raous de la Torniele, nous avons
vu plus haut Pierre de la Tournelle,
22815-16 Lisez pour la mesure apostole,
d'onore et glove. — Innocent eut pour succes-
seur Honorius III.
22835 Mont de Tabor, Malek-Adhel fit elever
sur celle montagne une citadelle que les croises
assiegerent.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 397
As plus mestres signors de Tost ,
Pour leur p&i& faire pesans ,
Douna tant de ses faus besans ,
Que de moot Tabour sont parti.
22840 S'en furent de blasme aati ,
Quar paieo fuscent escarni ,
Ki leur castiel onl rengarni.
Et li signour, pour Tost graver
Et pour leur blasmes aciever,
22845 S'en alereot a Damiaite. segedeDamieucmo.
Cit£ plaisant et forte et naite,
Que li Sarrasin a soujour
Avoient tenue maint jor.
A moult grant mescief ariverent ,
22850 La tour reprisent et fermerent,
Qui sor le flun estoit ferm^e ;
De crestiens l'ont aferm^e ,
Et puis si fisent faire I pont.
Parrai le flun , qui leur respont
22855 A passer outre , et si paserent.
Tant i sisent qu'il afamerent
Caus de dens , et que pris les ont ,
Et puis la vile fermer font ,
Quar d'un malage furent tuit
22860 Et mort et soupris et destruit.
Ce fu grans joie par le monde ,
Mais fortune, qui trop abonde .
Cele joie a duel lor torna.
Quar li rois Jehans s'atorna ,
22841 Car autrement les paiens eussent M fils d'Erard II , comte de Brienne ; il De porta
ud sujet de moquerie. pas la guerre a Baby lone , mais en Egypte , et
22845 Damiaite , voy. Wilken , Geschichte ne reussit point parce qu'il etait sans cesse con-
fer Kreuzziige, VI, 249; Michaud, Hist, des trarie par le legat, qui ne connaissant rien a la
Croisades , HI , 435. guerre, voulait neanmoins la diriger. Au lieu de
22854 Qui leur respont, se rapporte a pont. Babylone, lisezle Caire.Oliv. Scholast. , cite par
22864 Jehans, Jean de Brienne, deuxieme Wilken, VI, 524, dit cependant: Rex Babilonis...
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398
CHRONIQUE
Jean de Brienne , roi
de Jerusalem.
Mori dc Gossuid , eve-
quede Tournai, 1218.
Gautier de Manris lui
succ^de.
22865 Auques par consel del clergte ,
Et toute l'os, par son congi^,
Viers Babilone sen aterent.
Deciut furent quant logiet erent .
Adont; cest v£rit& et fins,
22870 Moru li vesques Gossuins
De Tournai , et mestres Watiers
Fu vesques fais. Li escoliers v
De Tournai fu a Acre eslius .
Comme preudom et clers soutius.
22875 De Damiaite par essone
Furent al£ viers Babilone
Li rois , li kardenaus et l'os ,
Dont il n'orent ne pris ne los;
Quar li fluns s'espart cascun an ,
22880 Entour la fieste St.-Jehan ;
De son kanel ist par la ti&re ,
Si fait ass& anuis et gierre
Par eel pais. Et dont s'avint
Que nostre gent el pais vint ,
22885 Logiet se furent en I val .
Cil a piet et cil a ceval.
fes-vous le flun tost espandu
Que plus ne pot estre a tend u.
A grant malaisse i demorerent ,
22890 Deciut i furent, si plorerent
Et demenerent duel moult grant,
Qu'il ne porent aler avant,
Ne repairier ne s'en pooient,
pedites et equiies de regno suo prcesertim Kairo
atque Alexandria coadunavit in occursum adven-
tantium.
22870-71 Gossuins.... Watiers , sur ces deux
eveques , voir le tome l er , p. 540.
22873 A Acre eslius , nous ne trouvons pas
ailleurs cette circonstance et nous ne compre-
nons pas bien comment Gauiier put £tre elu a
Acre , a moins qu'il ne fut dans cette ville , au
moment de l'election faite a Tournai.
22879 Li fluns, le Nil.
22881 Kanel, canal.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 399
Se Damiaite ne rendoient.
22895 Quar li fluns , qui vint a grans flos ,
Les i ot soupris et enclos ,
Et, pour aus mious prendre en lor bailies ,
Ot li soudans tous les ventailes
De Babilone fors saci& ,
22900 Pour aus avoir plus enlacies
Ayoec le flun , qui teus estoit
Que cascuns ora se desviestoit ,
Ne ni pooit nus son parel
Conforter, ne mailre a consel.
22905 Ass& i ot painne et ahans.
De brieve, li bons rois Jehans,
Cil i fist tant , que que nus die ,
Qu'il n'i fu ret& de boidie ,
Qu'ass& li promist li sodans :
22910 Mais il n'i fu pas entendans.
Ainc pensa moult de calengier
Les drois dou s^pucre , et vengier.
Que vous iroie-je contant?
La furent no crestiien tant
22915 En aventure de morir,
Et de noiier et de p£rir ;
Et Damiaite fu rendue.
S'est no gens arifere venue.
Li vesques d'Acre en fu ostages ,
22920 Et li rois Jehans, ki fu sages.
Revenu sont a Damiaite ,
Qu'il orent faite clere et naite.
La fu preudom li rois Jehans .
22896 Enclos, Petr. de Monte- Acuto, apud chemens.
Matth. Paris, Wilken , VI, 334. Exercitus 22898 Ventailes, ecluses.
Christi inter aquas inclusus, sicut piscis reti 22899 De Babilone, du Cairej fors sacie's ,
includiiur. tir& dehors.
22897 Bailies, defenses , palissades , retran- 22900 Enlacies, enlaces.
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400
CHRONIQUE
Eloge du soudtn du
Caire Malck-Kamel.
Le legal est bl&mt par
lei cro'isit.
L'auteur le defend.
Et biea s'i prouva li soudans ,
22925 Quar a nos gens fist moult de bien ,
Ne de lui ne se plainsent rien.
Et par couyent furent rendu
Tout li caitif et retenu ,
Et li Sarrasin d&ivr^ ,
22930 Qui furent en prison livr^.
Droit a Acre est l'os revenue
Asses dolante et irascue.
Moult en fu blasm& li tegas,
Mais on set bien que ce fu gas ,
22935 Quar li clergies ne savoit raie
Que Tos p&iist iestre traie.
Car en tel liu mainne-on I homme ,
Sour boin-conduit , qu'en la parsomme
L'en anient maus , si l'ocit-on.
22940 Adonques a cil le renon
Qu'il Fa tra'i , si n'i a coupes ;
Et non pour quant Fen fait-on loupes ,
Et moustre al doit com traiteur :
Si re^oit honte pour ouneur.
22945 Ausi fist-on le clergiet la ,
Quar li tegas avant ala.
Si quidierent toute la tierre
A force sour les turs conquierre.
Par tant furent, sans mesproison ,
22950 Mescr^ut de la traisson.
Si n'i eurent coupes de rien.
Ce sot-on par yiriti bien ,
22926 Plainsent, plaignirent.
22928 Caitif, captif.
22935 Li legos , le cardinal Pelage.
22935 Quar les raisons que donne Phi-
lippe Mouskes en faveur de Pelage , ne sont pas
d'une logique bien puissante.
22938 Boin-conduit, sauf-conduit ; en la par-
somme, en definitive.
22942 L'en fait-on loupes, lui en fait- on
souillure, lope, loupe, crasse ou balayure de
metal , dit Roquefort.
22950 Traisson, de quelle* trahisons s'agit-il
si ce n'est de celles de l'orgueil et de l'impru-
dence?
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DE PHILIPPE MOUSKES.
401
Qua eel jor fu li fluns issus ,
Si que li rois en fu d&ius.
22955 Et ensi croist-il cascun an .
Si que plusiour en ont ahan.
Adonques fu , par v£rit& ,
S*.-Tumas en fiertre lev&,
En la cite de Cantorbire ,
22960 Que li rois Henris fist ocire ,
Ki fu pere al boin roi Ricart,
Con ne tiunt onques a escart.
A son lever et a sa fieste
Alerent maint preudome onnieste ,
22965 Clerc et dames et cevalier,
Quar on le fist partout noncier,
Et s'orent tout en Fab&e
Lor plaisir, quar bien fu garnie.
Adont l'estore nos tiesmogne
22970 Qu'en fiertre furent k Coulogne
Li troi roi mis , si com drois fu ,
Ki d'enfance le roi Jh&u
Aour&rent , et lor prousens
Port&rent, or, mire et encens.
22975 Quar l'emper&res Fl&teris
Les ot , a force , a M elans pris ,
S'es ot a Coulogne aport&,
Dont li pais fu conforms.
Mais C tans plus en fu dolans
22980 Tout li pais entour Melans.
Li buens empereres hardis
De Coustantinoble , Henris ,
Elevation du corps de
S'-Thoma* de K»n-
torblry.
La , Iroif rois de Co-
logne.
Henri I , empereur de
Constantinople.
22938 SK-Tumos, canonise en 1173.
28975 FUMrii,FMincJI.
22976 Melans, Milan.
22981 Ici recommence l'extrait de Philippe
Mouskes y plac£ par Du Cange et par M. Buchon
Tom. II.
dans leur edition de Villehardouin.
22982 Henris , Henri I er , frere et successeur
de Baudouin , comte de Flandre. II mourut le
.11 juin 1216 , dans la quarante-troisieme annee
de son age et la dixieme de son regne.
51
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402
CHRONIQUE
Pierre de Conrtenai ,
comte d'Anxerre, de-
vient emperear.
Philippe , marquis de
Namur.
Ses soeurs.
Con avoit apielet d'Ango ,
Fu enierb& et vesqui po
22985 Aprils le conte Bauduin ,
Qui l'empire ot trait a sa fin.
Et li Francois ki \k estoient ,
Pour <jou que le droit otr voloient ,
S'orent mand& sa serour,
22990 Droit a Augoirre, et son signor
Conte Pteron , parent le roi ;
Et il s'en alerent andoi.
II fius orent , bien men sai ciert ,
L'un Felipon^ l'autre Robiert.
22095 Felipes , con tint a *6ur ,
Si ot la cont^ de Namur ,
Que li quens de Namur adonques
Siout tenir, Felipes , ses oncles ,
Et sire fti des Aucerrois.
23000 Robiers, ses frires, ce fu drois,
Ot, entre Douwai et Bomjain.,
Grant tiere et viles tot k plain.
S'orent serour preus et geutius.
Li buens rois de Hungrie , Andrius ,
23005 Ot lainsn^e que moult ama ,
Que Henris d'Ango li douna :
Et la seconde ot Jehanins ,
22983 D'Ango, d'Angre; voy. v. 20466.
22989 Sa serour, Yolande , seconde femme de
Pierre de Courtenai, comte d'Auxerre.
22993 II fius, quatre fils.
22998 Stout, M. Buchoo, scout; Felipes, ses
oncles , Philippe I", dit le Noble.
22999 Et sire fu.... du moins nominalement,
car Herve' , baron de Douzi , gendre de Pierre
de Courtenai , s'etait mis en possession.
29001 Boucain, Bouchain.
23003 Pre**, M. Buchon : prus.
23004 Andrius, Andre* II, dit le Jerosolymi-
tain ; c'est de son fils posthume Etienne , que
les genlalogistes font sortir la maison de Croy.
23003 L'ainsnee, Yolande.
23007 La seconde, cette alliance n'est pas
marquee dans VArt de verifier les dates, IV, 318,
eel. in-8°, ni dans Dn Cange, qui, lorsqu'il y a
lieu , cite si volontiers Ph. Mouskes , Hist, de
Constantinople ,\, 164. Cette erreur de fait se
trouye pareillemeni dans les genealogies de Bau-
douin d'Avesnes et dans Gilles de Roye. Du
Cange , ibid. , 1 , 114, 113; Jehanins, Joannice
ou Jean I", dit ausst Calo-Jean.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
403
Sire des Bias et des Com m ins.
La tierce fu safaris et aspre .
23010 Cele si fu donate a Lascre,
I haut prince de la Turquie .
Qui grant ti&re ot dans sa baillie.
Lor mere fu mise a la voie,
Pour de l'empire avoir la joie
23015 Que si frere avoient &ie.
Et li quens Pieres ot tenue
Une autre voie , ses maris .
Dont il fu dolans et maris .
Quar li Commenios le prist,
23020 A Duras, en prison le mist,
Et tout si ome i f urent mort ,
Par desloiaut^ et par tort:
Gossiaus , li frere Alart d'Antoing ,
Fu pris et mors k eel besoing,
23025 Et la contesse en fu al& ;
Sans son signor fu couronnfc.
Poi apri& s'acou$a d enfant ,
Dont ele iert enfainte devant.
Bauduins ot non pour son oncle.
23030 Li quens Pi&res moru adonque
En la prison dont jou vos di.
Petit apri& moru ausi
L'emper&s , et li baron
Cargi&rent la tiere Quennon
TWodorc Lascaris.
Capii viti de l'empereur
Pierre de Courtenai.
Gaussouin d'Antoing.
Baudouin II de Cour-
tenai.
Mort de Pierre son
pere, Ten 1218.
23008 Bias, Valaques.
23009 La tierce, Marie epousa en 1219
Theodore Lascaris l or , empereur des Grecs,
selon YArt de verifier Us dates. Cf. Du Cange ,
Hist, de Cotutantin. sous let Francois, 1, 163.
23019 Li Commenios, Theodore L'Ange Com-
nene.
23023 Gossiaus, Da Cange en parle d'aprea
notre auteur, Hist, de Constantinople sous Us
Francois, id. de M. Bnchon , 1 , 136.
23024 Besoing, extrtmht.
23029 Pour, M. Buchon : par.
23034 Quennon, voy . le Romaneero de M. Pau-
lin Paris, p. 77 ; et Du Cange, Hist, de Const,
sous Us Francois, I, 163. Du Cange, en eet
endroit, invoqne l'autorite de Ph. Mouskes.
Conon , quesnes , quines ou quens , £tait frere de
Guillaume deB&hune,aYoued'Arras, v. 20431.
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404
CHRONIQUE
Conon de B&hune, ie-
n4chal de Romanic.
Robert de Courtenai.
empereor de Con-
stantinople.
Jean Azan, roi de Bui-
ganc.
23035 De la Bi&une , pour guarder.
Et s'orent consel demander
Le fil la dame pour droit oir,
Et pour droit ure et pour savoir,
Aparilli& fu li mesages ,
23040 Bien parlans et cortois et sages.
Son fil manderent Felippon ,
Et il en a dounet le don
Robiert , son fr£re , par consel ,
Ne faire n'en vot aparel.
23045 Robiers . ses fr&res , s'atorna ,
Viers Hungrie s'acemina.
Venus i est a sa serour,
Moult le reciut a grant ounor
Li rois Andrius , si fist sa suer 7
23050 Et s'ot tout leur avoir a fuer.
Tout l'ivier furent a plente ,
Mais ne porent a volenti
Passer par la tiere sauvage.
Si fist li rois I manage
23055 D'une nie^ain a eel Robiert,
Et si nos fait restore ciert
Que rois Ausens l'ot et ptevie ,
Ki sire iert et rois de Servie.
Et li rois Andrius ot I fil .
23060 Moult preut et valiant et gentil ,
Alixandres avoit a non ,
Et moult l'amoient Esclavon.
Rois Ausens et li rois Andrius.
23043 Robiert, a Robert.
23044 Ne faire n'en vot...., il refusa pour
Iui-m6me le dangereux heritage de Constanti-
nople et le c&a a son frere. Du Cange, Hist, de
Constantinople, I, 166.
23030 A fuer , a sa disposition , a discre-
tion.
23033 Nie'cain , Anne.
23037 Ausens, Jean Azan, roi de Bulgarie.
Du Cange, Hist, de Constantinople, I , 168;
ple'vie, fiancee.
23061 Alixandres , cet Alexandre, mentionne
par Du Cange , I, 168, ne Test pas dans YAH
de verifier Us dates , VII , 422.
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DE PHILIPPE MOUSKES. i0;'>
Et rois Alixandres , ses fius .
23065 Convoiierent Robiert d'Au^uerre.
S ? ot viandes , avainne et fuerre ,
Tant k'il vint en la tiere noble.
Comrae sire en Coustantinoble.
Et l'ot con voiiet , par sa ghille .
23070 Li rois Bilas, sires de Bile.
Bauduin , son frere , trouva
Mesire Robiers, quant vint la.
Jovenes iert , si Tama forment
Et nourir le fist ri cement.
23075 Quant cis Robiers i fu veous ,
Moult hautement fu rectus
I jor de Nostre-Dame fieste ,
Ot couronne dor en sa tieste ,
Et s'ot les dras emp^riaus ,
23080 Et fu empereres roiaus ,
Assures et couroun&
De clers et de barons sen&.
Mais si baron ierent en Tost
Contre Lascre, qui lues tantost
23085 Qu'il sot la mort sa mere en voir.
Vot l'empire par force avoir.
Car il ot sa fille espous& ,
Que ses oncles li ot doun^e ,
Li boins Henris , ki , par solas .
23090 La fille Jehannin le Bias
Ot espous^e , mais nul oir
Ne pot de cele dame avoir.
23065 Aucuerre, Amerce. 23071 Bauduin, Baudouin etait ne a Con-
23067 En la tiire noble, par apposition a la tiere stantinople et n'avait que trois ans au plus.
sauvage, v. 23053. La premiere etait cellehabitee 25084 Latere, Theodore Lascar is. Du Cange
par les Chretiens, dependante de 1* empire. cite Mouskes sur ce fait, I, 171.
23069 Ghille, finesse, adresse. 25085 Sa mere, Yolande, sa belle - mere .
23070 Bilas, B«£la, Tun des fils du roi de morteen 1219.
Hongrie. Bile ? 25090 Jehannin, Joannice.
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406 CHRONIQUE
Par quoi la m&re a cest Robiert
Fu mand& tout en apiert,
23095 Et apri& li, Robiers ses fius,
Qui de l'empire fa gentius.
G rra^ r ,^e ct- Girars La Truie sen p&ia ,
,re La,caris Ki les barons li amena,
D'outre le brae u il estoient ,
23100 Contre Lascre se deffiendoient.
A lui sen vinrent esranment ,
S'el reciurent moult lament.
Couronn& fu sans contredi
En I quaresme, jel vos di ,
23105 Le jour de fieste Nostre-Dame ,
Si qu'en Flandres en Tint li fame
A la contesse , sa couzine.
Joians en fu de joie fine
Pour son couzin et pour son pere,
23110 Ki premiers ot conquis l'empire.
Li quens Felipres de Namur,
Ses fr&re , al cuer lolal et pur,
Refu trop joians de s'ouneur,
Et si loa Nostre-Signeur,
23115 Pour $ou que fais estoit ses frere
De Coustantinoble emper&re.
I/erapereur et TMo- Petit apri& COU , si Ot fait,
dore Lascaris font la
p«i». Pour amender tot le mesfait,
D'entre Lascre et l'emperfour,
23120 Trestout li baron de l'ounour,
Comme preudome et fort et sage,
Et par laitres et par mesage ,
Tant que Liascres, tot sans gille,
Promist Temper^our sa fille
23097 Giran La Truie ; Du Cange le men* 23106 Li fame, lanouvelle.
tionne d'apres Ph. Mouskes , 1 , 171. 23107 La contesse, Jeanne.
23099 Le brae, lebras de S'.-George, 23124 SafiUe, Eudoxie.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
407
23125 Et grant ti&re pour acordance ,
K'il n'i ot point d'outrequidance.
Dune autre feme Tot £ue.
Mais sa suer, qui lavoit a drue,
S'en p^na forment pour son fr&re ,
23130 Qui de la tiere iert emperere.
Et pour Lascre , le sien baron ,
S'en p&i£rent tuit li baron.
Girars La Truie enfua court ,
Si fu Thi^ris de Walecourt ,
23135 Et si ot ass& autre gent.
Liascres les reciut moult gent.
Cevaliers avoit em prison :
Paracorde, sans raenchon
Furent rendu , car l'emperftre
23140 Contre ciaus li rendi son frere.
Joiant en furent lor parent ,
Et par de$a et l'aparent.
Ensi fu fib& la guierre.
Si remest en grant pais la tierre;
23145 Et quant la cose fu outr&,
Cascuns revint a sa contr^e.
Petit apri& moru Liascres,
Qui moult estoit vallans et aspres.
Si tint I'emper&res s'ouneur
23150 Tout entre lui et sa sereur.
Si fu rem& cil manages ,
Qui fais iert par lor hommes sages.
Ceste noviele , sans faillance ,
Ambassade de Gerard
La Truie et de Thierri
de Valaincourt.
Mort de Theodore Lin-
earis , 1222.
25127 D'une autre feme, d*une autre femme
que la soeur de Robert , c'est-a-dire d*Anne Com-
nene, fille de Tempereur Alexis, surnomme
Andronic.
25128 Sa tuer, Marie, en effet, fit beaucoup
d'effbrts pour favoroer cette alliance.
25154 Tkieru de Walecourt, Du Cange l'ap-
pelle Thierri de Valaincourt, I, 175, comme
Ph. Mouskes lui-m&me plus has , et G. de Ville-
hardouin. Walincourt etait une pairie du comte
de Hainaut j voy. ce qu*en dit St.-Genois . Droits
primitifs, etc., p. vm.
25142 Plus qu*on ne pent dire.
25145 Outree, terminee.
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408
CHRONIQUE
La njuprr*' recommence.
ConiliMt de I'eiiiMUiu.
Maraux- de b»«-Mcnc-
honld.
Jlourgeau dc Fiomii.
(robrrt dr Marker.
,Le* dcuxCouuii dc Be-
tliune, Payen d 'Or-
leans.
Pierre de Kit-lcuil.
Si vint en Flandres et en France.
23155 Dont recommenci&rent la guierre
Li Coumain par toute la tierre.
L'emper&res Robiers le sot,
Et cil, plus tost k'il onqes pot,
I envoia ses cevaliers
S3 160 Et des plus preus et des plus fiers ,
A I castiel que , par engagne .
Fermoient en une montagne.
Mais par l'estorie sai de fi
Que nos gens furent desconfi .
23165 La fu mors messire Makaires,
Uns chevaliers de grant afaire.
Si fu mors de Fre$ain Bouriaus :
Ausi fu de Marke Gobaus;
Cevaliers et autres siergans,
23170 Dont l'empereres fu dolans,
I ot ocis a grant lagan ,
Dont la tiere fu pis en l'an;
Quar li vious Quenes estoit mors ,
Et li jovenes Quenes. li fors;
23175 S'iert mors Paiens et Ltenars,
Et des Coumains fisent essars ;
S'iert mors Pi&res de Br&cuel ,
Dont el pais ot moult grant duel.
Moult estoit la tiere afeblie
23161 Engagne , Industrie.
22165 Makaires, Macaire de S te -Menehould ,
chevalier champenois, qui avait donne des
preuves de son courage en diverses rencontres ,
sous les empereurs Baudouin et Henri. Du Cange,
1,181.
23174 Li jovenes, filsdu precedent.
23175 Paiens, Payen d'Orteans, Villehar-
douin en fait mention. II est nomine* Pag anus de
Aurelia , dans une lettre de Henri , frere de
Tempereur Baudouin; parmi ceux qui furent
cites pour se trouver a Parmee du roi de France,
en 1251 , on trouve les hoirs de Monseigneur
Payen d' Orleans. Lienors, chevalier dont parle
Henri de Valenciennes, quil'appelle Lienors de
Helemes ou de Helmet, edition de M. Buchon,
p. 207.
23176 Et, M. Buchon lit qui, ce qui vaut
mieux pour le sens ; essars , destruction.
23177 Pieres de Breecuel, Petrus de Britolio,
Pierre de Breteuil , chevalier de Beauvoisis , si
nous en croyons Dom Brial. V, 20449.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
409
23180 Quant Robiert ot la signourie.
Et puis fist sa gent une route,
Mais a brief tierme fu desroute.
Tigris de Walecourt en fu ,
Li sire quavons-nous ou.
23185 S'en fu Nicoles de Mainwaut,
Mariscaus, quar il ot cuer haut.
Ate furent viers Salenike,
Dont il euissent est^ rike.
Gaitiet i furent et soupris :
23190 Si furent tot et mort et pris.
Pris i furent a eel asaut
De Walecort et de Mainwaut
Nicole et mesire Tigris ,
Qui moult estoit preus et ci^ris.
23195 Puis rot pl^vie cis Robiers
La fille k Lascre , g'en sui ciers.
Si fu Th^ris de Walecourt
D&ivr&, et revint a court,
Et de Mainwaut Nicole ausi
23200 Et toute leur gent par ensi ;
Si ot la tiere de grant bruit
Pais, plenty, repos et d&luit.
Mais cele gent i&rent sauvages :
Si demora li manages,
23205 Qui II ibis eut est<5 pMris;
Si remest la gierre el pais.
Boucars d' Avesnes ot est£ ,
Avant (ou, pris en I est^.
La contesse Tot en prisson
23210 A Gant, pour $ou qu'en mesproisson
Avoit faite de sa serour,
Nicolas de Mainwaut.
Nouvelle negotiation
relatirement a la fille
de Theodore Las-
EUe est rompue une
seconde foil.
Bouchard d'Aresnes ar-
rete par ordre de la
comtesie deFlandre.
25185 Nicoles de Mainwaut, marshal de Ro-
manie. Du Cange , 1 , 182.
23187 £afent*e,Salonique.
Tom. II.
25189 Gaitiet, gnett& ; Buchon : gutties.
23193 Tieris, se rapporte a Walecort.
23206 Si remest, ici , dans l'extrait de M. Bu-
52
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410
CBRONIQUE
Robert de Courtenai
tomhe entre les mains
de Bouchard.
Chateau d'flouffalise.
Sohicr dc Wavre
Pour $ou que il en ot laisour.
Devant l'afaire de Bo vines,
A Mons estoit od ses mescines
23215 Sa suer. et il Ten ot port&,
Et si l'ot a feme espouse.
Sot entre lui et la contesse
Une guierre moult fclenetse ,
Pour tiere quil en demandoit.
23220 Mais la contesse li v&>it.
Tant quil en prist, aprils I jor,
Robiert d'Au$oirre en I estour,
Qui puis ot et tint comme sire
De Coustantinoble l'enpire,
23225 Si com de?ant av& oi.
La contesse point n'el got.
Mesire Boucars repairoit
En Ardane , u men^e avoit
Sa feme droit a Eufalisse ,
23230 I castiel trop fort a devise.
Sohiers de Wavre le gardoit,
Qui monsignour Boucart aidoit.
Mesire Robiers fti d&ivres
Qu'il n'i douna ne mars ne livres .
23235 Et Boucars couru par la tiere.
Si fist a la contesse guierre ,
Pour tiere qu'il li demandoit
De par sa seror qu'il avoit.
Puis fu ocis , et , volant lui ,
ebon , on a omis 1200 vers.
25212 Laisour, de ladere, tort, outrage.
23215 Devant... Le mariage de Bouchard
eutlieu en 1213.
23215 Sa suer, Marguerite; Ven ot porte'e,
J. De Guyee dit positiTenetit que le manage de
Bouchard etde Marguerite se fit du eoosentement
des parent de* parties cootraetaates , XIV, 24.
23220 Veoii, refusait, faisait obstacle.
23229 Eufalisse, Houffalise. Voy. dans nos
Memoires g4ndalogiquetetJUsiorique$ , I, 88, une
suite des seigneurs de ce lieu , et dans J. De
Guyse, XIV, 28 et suiv., des lettres relatives a
«o don detiO livres fait par Bouchard a son cou-
sin Thomas de Houffalise.
23257 Repetition dm v. 23219.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
411
23240 Si fu ocis ses frere Gui
De vilains ki les encontrerent ,
I jour que par Hainnau paserent.
II ans fu a Gant en prison ,
Puis en issi sans raenehon.
23245 Li sires d'Aresnes , ses fr&re ,
Watiers , qui moult rices om ere ,
Et quens de Blois estoit nomm& ,
Pour Guion fu moult abosm^s
Et plains d'anui et de pesance.
23250 Mais, par consel et par soufrance.
L'a tout en oubliance mis ,
Par le consel de ses amis.
Si fu par consel devisee
La mors de Guion pardonn&,
23255 Quar c'est coustume par devis :
Les mors as mors, les vis a vis.
Mais k painnes et a escars
L'otria mesire Boucars ,
Qui pour sa feme iert entredis,
23260 Par $ou qu'il ot est£ par dis
Sous-diakes, ce disoit-on,
S'ot est^ cantres de Loon
Et fu tr&oriers de Tournai.
Mais pour son fr&re , bien le sai ,
23265 Qui de sa feme n'avoit oir,
Et, par $ou, pour la ti&re avoir,
Estoit devenus chevaliers.
Mais ses freres en dementiers
Une fille ot de sa moullier,
Gui d'Avesnes est as
sassinl.
Bouchard sort de pri-
son.
Gautier I!, d'Avesnes.
Bouchard d'Avesnes
excommunie.
23246 ^Tatters , Gautier II.
23247 Quens de Blois , du chef de sa femme
Marguerite.
23255-56 Ge proverbe peignait l'esprit de
vengeance personnelle qui animait les grandes
families et qui rendait Urate une race solidaire
de Toutrage recu par un individu : mort pour
mort , vie pour vie.
23261 Sous-diakes , sous-diacre. J. De Guyse,
XIV, 192.
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412
CHRONIQUE
Bouchard d'AresQes va
a Home.
II rend par son courage
des services an pape.
23270 Si que la tiere ot iretier.
Gautiers d'Avesnes s'en ala
Outre mer , et revint de^ ;
Et puis 8a fillaite sen£e
A 1'enfant de S*.-Pol doun^e.
23275 Et mesire Boucars ot prise ,
Al mious k'il pot et a sa guise,
Serour Jehane, la con tease,
Sans don , sans tiere et sans promesse ,
Et si devoit , par convenance ,
23280 De sa feme querre acordance.,
Si que, par Bourne, i demorast
Et la contesse l'otroiast,
Quar il s'entramoient forment.
A Roume en ala ausement.
23285 II fius en ot, moult les a ma.
Ensi la cose demora ,
Et Boucars s'en ala a Roume,
Mais ains queuist fait sa besougne,
Fu la dame d autre maniere.
23290 Si prist Guillaume de Dampi&re,
Mais ele en fu partot blasm^e,
Quar Boucars I'avoit moult am&.
A Roume f u et pour lui sougne ,
Quar faire voloit sa besougne.
23295 Li pape ot guerre en I castiel ,
Si l'i siervi et bien et biel,
Tant que Boucars, qui fu gueriers,
25273 Fillaite, Marie d'Avesnes , comtesse de
Bloia , epousa Hugues I er de Chatillon , comte
de S l .-Pol , ainsi qu'on en a deja averti.
25277 Serour, Marguerite.
25278 Sans tiire , sur le partage de Bon-
chard , voir S'.-Genois, les Pairies du Hainaut,
pag. ccliij, et J. De Guyse, XIV, 24, 26,
28, etc.
23280-81 II derait faire confirmer son ma-
nage a Rome.
23285 II fius , Jean et Baudouin d'Avesnes.
23290 Guillaume de Dampitrt, deuxieme fils
de Guy II de Dampierre et de Mathilde , heri-
tiere de Bourbon. Ce manage se fit apres le moia
d'avril 1218.
23293 Sougne, songe.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
413
Fu as 03 , comme ceyaliers ;
Del pape et des cardenaus
23300 Fist faire ses enfans loiaus.
Li rois d'Acre et li emper&re
Priierent pour lui , com de frere.
Si li fu jugiet par savoir
Tenir ounour et tierre avoir,
23305 Et de par p£re et de par mire ,
Et de par feme et de par frere.
Mais cil Guillaumes de Danpiere
Tint sa feme en tel maniere,
Qu'entredis en fu lodgement,
23310 S'en ot puis filles voirement.
Aprils, li fius I'emper&mr,
Con tenoit de Pulle a signor.
Par le commant de I'apostole.,
D'arcevesque et vesque a estole ,
23315 Devant les barons de I'empire
Fu couronn^s sans contredire
A Ais, par le commant son p£re.
Pour apri& lui tenir I'empere.
Enf& de Pulle avoit a non
23320 Cis empereres, par sournon,
Si com lempereres Henris
Et I'autres ayant, Ftederis,
L'orent fait as barons jurer
Et l'apostolie confermer.
23325 Si Vot-il com preus et gentius ,
Et pour 90U TOt-il que ses fius
Fust couronaes a son vivant.
Ensi fu fait, ?ou truis lisant,
U fait legitimer *es en-
fans.
Guillauiac de Dam-
pierre, second raari
de Marguerite de
Flandre.
Frederic II, empereur.
23298 Asos al'armee. Acre. C&ait alors Jean de Brienne.
23500 Loiaus, legitimes, reconnua. 23324 L'apostolie, la mesure veut I'apostole.
23501 Li rois d'Acre, le roi de Jerusalem, 23526 Ses fius, Henri, eluroi des Romains, en
qui n'exercait plus guere son autorite* que dans 1220, a Tage de sept ans , et couronne* en 1222.
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414 CHRONIQOE
Qu'il en orent bri& et saiiaus
23330 Des clers et des barons plus haus.
Ensi fu couronn& ses fius .
Qui de linage fu gentius.
Et I'empereres s'en ala
Droit en Sesile , et trouva
23335 Sa ti&re forment d&iert& ,
Que li paien orent gast^e,
Qui par tout Sesile manoient
Et sor crestiiens force avoient.
Mirabiaus ot a non li sire ,
23340 Fors castiaus ot en eel empire.
L'emper&res tant esploita ,
Tant i fist et tant i gaita .
Les Sarrasm. de Sicile Qu'il prist k fOTCe en I CaStiel
Le signor d'aus tos , Mirabiel ,
23345 Et sa feme et tous se^ enfans.
Sen fu trop lies et cil dolans .
Et tout li autre furent mis
A I'esple par le pais-
Mirabiaus , ki leur sire fu .
23350 Fu pendus, le haubierc vestu.
Ensi fu Sesile widie
Des paiens et de leur mesnie.
L'emper&res partot manda
Gent ki Ten i gent manoir \k ,
23355 Et l'empereres demora
Sour la na vie , et atorna
Ses galies sor la marine ,
Douieur que i. perte Tout pour le duel et pour 1'envie
vJ£™° cau " * Que Damiete estoit perdue.
23360 Quar a lui s'estoit atendue
25554 Vers trop court avee l'&ision. et ajoute qu'il fiit peodu avec sea deux fils.
25559 Mirabiaus, Albenc de Trois-FoDtaines fluU frauf., XVIII, 778, E. II place cet eveae-
appelle Mirabel, le chef des Sarrasina en Sicile, sent sous Fan 1212.
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DE PHILIPPE MODSKES. 415
De soucorre crestient&,
Des le jour k'il fti couronn&.
Or estoit rendue sans lui.
S'en avoit ire et grand anui ,
23365 Et disoient les gens partout
Que li emper&res de bout
R'iroit Damiaite conquerre,
Et s'i menroit $aus de 8a tierre.
A II ans fu li tiertnes mis
23370 Del pape et de leur amis.
Ii Albigois par de$& mer L*, Aibigeo.s.
Fisent Toulouze reformer.
Li quens Amauris de Montfort
N'ot pas de gent si grant confort
23375 Qu'il lor p&iist nul si6ge faire ,
Abac li tolirent maint repaire.
Et l'apostoles ot mandl
Au roi de France que, pour Di,
Alast a Toulouze et pr&ist
23380 Toute la ttere , s'il vosist ,
Et fust soie comme oonqueste .
Sans <?ou q' Amauris en ot preste.
Et bien le d&iist li rois faire,
Quar Toulouse est de son afaire,
23385 Et de lui le doit-on tenir.
S'a droit s'en voloit maintenir
Li quens de S*.-Gille, ses om ,
Qui de la guerre ot mal renom.
Mais li rois n'i Tot aler pas ,
23390 Se l'apostoles , par compas ,
Ne li confermoit k irage
Normendie et tout le rivage
85568 Menroit, meoerait. D« U j»pe «t de kur amis.
25570 Pour retablir la meaure,on pent lire : 25591 Irage, iretaje, heritage , propriete.
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416 CHRONIQUE
Et 90U qu'il tenoit en Poito ,
Quil n'en perdist ne grant ne po
23395 De la tiere par deqk mer.
Mais ne li vot pas confermer,
HenH hi, roi dAn- Quar l'en&s d'Engletiere estoit
Ses om . et la crois prise avoit
Pour son p£re, des qu'il fu mors.
23400 Si fu Papostoles remors ,
Tout pour l'enfant, dumilite
Et de raierci et de pit^.
Mais toutes voies li bons rois
Ne vot pas soufrir les d&rois
23405 D'Albigois ; si tramist grant gent
Et leur carga or et argent.
Li quens Amauris et sa m&re .
Qui moult vallans et gentius kre ,
En orent a Paris est^ ,
23410 Au roi Felippre, el tans d'est^.
Petit apri& li rois de France ,
Qui tous jors sainte glise avance .
Od lui maint conte et maint princier,
Lc roi de France arme Fist a Estampes ceTalier
iipp V e et r> rh°bant de 23415 Felipon , son fil , hautement ,
* mpagne Et si Tot fait ciertainnement
De I'apostole fait loial
Pour d&enir tiere roial.
Si ot maint conte et maint princier
23420 Lk ou il le fist cevalier ;
Et l'enfant de Campagne avoec
Et maint franc baceler iluec
Fist ceyalier avoec son fil ,
25418 Felipon, Philippe, dit Eurepel, comte taines, Hist, fr., XVIII , 792, A : Theobaldus ,
de Boulogne, de Mortain et de Dammartin. comet Campaniensis , cingulo militari accingitur
25421 L'enfant de Campagne , Thibaut V, in Pentecoste cum Philippo , regis filio. Ad aon.
comte de Champagne. Alberic de Trow-Fon- 1222.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
417
Qui furent franc ome et gen til.
23425 Done i ot maint garnknent ,
Si ot grant aparellement.
Et li vot douner voleutiers
Li rois, la cont^ de Poitiers,
Et d'Auviergne une grant partie
23430 Qu'il ot prise , par aatie ,
Sor le conte Guion d'Atmergne ,
Qui n'en r'ot le valiant dune iergne
Ne de sotes , ne de restor.
Ainc le tenoit li rois encor,
23435 Qui la roine ayoit reprise ,
Et, pour Dieu et pour sainte glise,
Laiscie l'avoit par lonctans.
Moult en fu li pais joians ,
Et la roine outre , en sa maree ,
23440 Le fist savoir en Danemarce ,
Al roi son fr&re; s'en fu li&.
Mais li rois iert moult ooreei^s ,
Que nul oir n'en pooit avoir,
Et s'avoit aquis grant avoir.
23445 Dont a monsignor Loijs
Tous Boulenois et cil pais
Remest a garder, de son frere ,
Par le lo^ment de son p&re ,
Que , de par sa feme , l'avoit
23450 Felippes , ki bien le savoit.
Et si li ot li rois promise ,
Et Lo^ys , que , par devise ,
Gui II , coratc d'Au-
vergne.
Philippe - Auguste re-
Erend la reine Inge-
urge, ou Isemburge.
Philippe dit Hurepel,
comle de Boulogne .
23451 Guion, Gui II.
23452 Iergne, germe.
25455 Sotes, soutes, paiemens ; restor, dedom-
magemens.
25440 En Danemarce, dans le Recueil tie*
Hist, fir., XIX, 507, on a insere un extrait de
J. Langebek , concernant la genealogie d'Inge-
Tow. II.
burge. Elle descendait $ Harold Blatan, aieul
de Knut-le-Grand.
25448 Loement, conseil, comme Ton disait
her pour conseiller.
25440 Sa feme, Mahaud, fille de Renaud de
Dam martin , pendant la captivity duquel Louis
de France gouverna le Boulonnais.
53
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418 CHRONIQUE
Li aideroient k conquierre .
En leur yiyant^ ouoor et tierre.
23455 Li rois Felippes Felippon ,
Son fil, dona maint rice don.
Jean de Brienac, roi Ll WHS JehaUS de JurSalem ,
de Jerusalem . rient tv o * «. J t* 11 1
en Em-op*, 1223. De Surie et de Belleem ,
Qui quens de Briene avoit est^ ,
23460 Al premier parage d'est^,
I^Acre s'en Tint a Rome droit ,
U li apostoles estoit.
Od lui li mestre principal
Et del Temple et de l'Ospital.
23465 Le vesques d'Acre i vint au$i 5
Si parfcrent , j'el sai de ft ,
A Fempertour siinplement,
Et a le pape voirement,
Pour les afaires d'outre-mer ,
23470 Et le passage confermer
De l'enfant de Pulle sen£ ,
Con ot de l'empire assent ;
Quar bien pooit, k son passer,
Les trives sour paiens quatser.
23475 Con ot prises k Dauiiete,
A tel devise , comme ceste.
Et dont Vemper&res jura,
Pour la ti£re dont il cure a ,
YoUndedeBrieone. La fille al roi Jehan k prendre
23480 A feme, si que, sans mesprendre,
Passeroit outre et seroit rois
Par celi , quar il ert ses drois ,
Quar Jehans iert rois d'Armenie,
23471 L'enfant de Pulle , Frederic IL foi fort scrupuleuse , mais on avait affaire a des
23473 A ton putter, a ton pottage a la Tcire- infidele* !
Saiote. 23479 La fille Yolande epousa eflectWe-
23474 Let trivet, ceci n'est pas d'une bonne meat Frederic II.
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DE PHILIPPE MODSKES. 419
Par la m£re , ki f u sa mie.
23485 Et li fius k 1'empentour
Tenroit de Fempire l'ounor,
Aprils sa mort, quart il ert j&
Couronn&, dont il l'aenga.
Adont si tint-on I cancille,,
23490 Mainte personne i ot gentille ,
Pour la tiire des Aubigois.
Li rois i tramist ses Francois ,
Et si vint uns des cardeoaus
De toute Roume li plus ha us.
23495 Mors estait li quens de St.-Gille, m™* a e luymond vi ,
U, . m m m i . »n corote de Toulouse,
viou8 , ki taut sot mal et gale. 1222.
Romons , li jovenes quens , ses fius ,
Qui de linage estoit gentius ,
I vint , et de sa gent od hii
23500 Haut ome n'i avoit celui.
La parole fii de la pais ,
Tant qua 90U fu Romons atrais .
Que li kardenaus dut aler
A Toulouze , pour esprouver
23505 Les mescr&ns , les Albigois ;
Tout ensi Tot mand£ li rois.
Et li quens devoit les mauvais
Oster et dont tenir la pais.
Et avoit li quens Romons dit ,
23510 O'iant tous sans nul escondit :
« Signar, non fas, per vostre sere,
Que bien m'estave de la gerre,
23484 Lameft, Marie, fillede Conrad deMont- en que celui de Paris , en 1225 . ou Ton se soil
ferrat et d'Isabelle. Cette princesse avait Spouse occup£ des AlbigeoU.
d'abord Humphroi , oonnetable de Thoron. 25496 Li vious , Raymond VI mourut au mois
25488 L'aenga, assura? d'aout 1222, apres le concile de Latran , tenu
25488 / Concilia, il n'est pas aise" de recon- au mois de novembre 121 5, et ou il assiata arec
naitre quel conoUe vent designer Ph. Mouskes, son fils.
puisqu*apres la mort de Raymond VI, il n'y a 25512 M'estave , dVstovotr. Ph. Mouskes ?eut
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420
CHRONIQUE
Guerre en Bretagnr.
Pierre Maaclerc , Si
rari de Mauleon.
Invasion des Tartarcs
en Ruitie.
Avant lo fas , per Deu amor. .
Et non qer far a negun jour,
23515 Rendon sie crestiiens faus. »
Adont s'atorna li cousaus
Al cardenal que il i aille ,
Et il si fist, sans nule faille.
Mais de trestot lor convenent
23520 Ne fisent Albigois noient.
Et tiesmougua li cardenaus
Qu'il estoient crestiien faus ;
Et commanda que s'atoroassent
Tout li croisiet et s'i alasent.
23525 Adonques 1'estore m'ensagne
Que gierre ot li quens de Bretagne
Viers Savari de Maulion,
Ki moult estoit de grant renon.
Mais li quens Pieres de Bretagne
23530 Fist une cevaucie estragne
Sour Savari ; comme guerriere,
Prist CC de ses ceraliera.
Et dont fu la nouviele esparse
Que tout li Tarsiien de Tarse
23535 Furent issut de leur contr^e ,
Et orent Rousie guast&.
Et <jou avint , bten le set-on 7
Si que de voir le cr^e-on.
Dont si ot I concille a Sens ,
23540 Pris et asis par boin asens,
Pour cele gierre d'Aubigois ,
encore employer le dialecteprovencal.
23514 A negun jour, autrement ane'sun jour,
jamais. '
23819 Cbnvenent , accord.
23826 Li quens de Brettyne, Pierre Manclerc,
fils de Robert II , comte de Dreux , qui etait
petit-fib de Loui*-le-Gros, roi de France.
23534 Tarsiien , Thraeiena , Tartares.
23536 Rousie, Ruaaie.
23538 De voir, comme vrai.
23539 I concille a Sens. Le cardinal Conrad,
eve^que de Porto , legat en France , arait d*abord
indique" un concile a Sena , contre lea Albigeoia,
mais il ee tint a Paris, le 6 juillet 1223.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 421
Dont on avoit parte an^ois.
Vesques et arcevesqes rices
I ot, et barons haus et princes ;
23545 Et tout leur consel abouterent
A $ou qu'al roi Felipre alerent.
Si li ont cont& la guise
De leur consel et la devise.
Et li boins rois tot otria ,
23550 Quan que cascuns d'aus li pria ,
Que tout se deyoient croisier
Pour Aubugois a desgraisier.
Et li bons rois d'Acre i estoit ,
Ki tout son consel i metoit.
23555 Congi^ prisent , si s'entorn£renl.
A Paris tot joiant alerent ,
Et li rois d'Acre od son conroi
Se fu partis ausi del roi ,
Qui moult grant joie en ot men&.
23560 Or o'i& quele destin&
De mort et de fortune isniele
Qui sou vent torne sa roiiele.
Lues apri& 90U que je di ore .
Si avint-il qu'en petit d'ore,
23565 Devant aoust , el mois de jun .
._ _ . _ Mori du roi Philippe-
Dont 11 doit ramenbrer cascun , Auguste, u ju.iict .
Concile de Paris, 1223.
VIII jors devant la Mazelaine ,
Que la mors , geule de balainne .
Et fortune , qui ne voit goute,
23570 Pour tot le mont remetre en doute.
Nos abatirent par sainnie .
Ki soit el ciel de Dieu sainnie ,
23552 Desgraisier, degraisser, expression 25567 Mazelaine, Madeleine,
naive et qui rend trea-bien l'idee des exactions 25568 La mors, geule de balainne , la mort a
et des pillages dont les Albigeois etaient victimes. la gueule de baleine.
25562 Roiiele , roue. 25571 Sainnie , saignee. La saignee , comme
1223.
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422 CHR0N1QUE
(Qu'en France n'est-ele pas sainne ,
De duel en d&iist s&ier Sainne)
Eiogedecc pnnce. 23575' Le bon roi de France Felippe,
Le poisant, lesage, te tiste.,
Qui fu noris k la Gounesse ,
Ki Dieu amoit et sainte messe .
Le campion de sainte glise,
23580 Hiaume, escu, lance de justice.
De clergie, et toutleur s&lut ,
Ki par tout leur atoit valut
Lor viertu et lor soustenance ,
Qu'il n'i avoit point de balance;
23585 Sainte glide deyroit plorer,
Mais ele violt an$ois orer
Et main et soir , et nuis et dis ,
Que s'arme soit en paradis ;
S'i est-ele, nen dout& ji.
23590 Sainte ^giise qu'il aranga
L'avancera d'ore en avant,
Je l'os bien dire et si m'en tant.
Quar nostre sire diet sans gille,
Ce trouvons-noua en 1 ^yangilk :
23595 Qui part a moi, je pare a lui.
Et cis roifc n'atna tant nului ,
Ne nus espeus itant s'espeuse ,
Tant fust biele ne d&iteuse ,
Com cis rois ama sainte glise.
23600 Et qui bien le glose et derise ,
Sainte glise est m&smes Diem
Con tient et sacre sour auteus.
Et quant il sainte glise ama ,
A Dieu se mist et r&lama ,
on le verra plus bas, devint funesle a Philippe- 25595 Pari, partage; a mot, avee moi.
Auguste. 25597 Espeus, epoux.
23577 A la Gounesse, aGonefcse. 23598 De'liteuse, deled able.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 423
23605 Et par taut a'ai de voir apria
Que S te glise et Dieux Font pria
A leur wes , oomme leur ami.
« D'itant Youa ten& bien a mi .
Quar cil eat faus tot a deviae
23610 Qui n'aimme Dieu et S te glise. »
Cia iert roia teua que de I'empire
N'eatoit pas l'emper&re pire,
Quar il le gardoit auai bien ,
Com lemperere en toute rien :
23615 Et si Tot fait emper&nir
Par aa force et par sa valour.
Cia n'eatoit mie rois de gas ,
Ne rois de fierges , ne d'eacas ,
Aina iert a droit fina rois entira ,
23620 Rubin*, eameraude, et safira.
Cis rois ot aanblet Carlemainne,
De bien garder tot son demainne ;
N'onquea om ne le priat de gierre ,
Qu'il n'ei Yenquiat et miat en aierre,
23625 Ceat roi doit-on bien comparer
A C6zar-Auguste , et parer
Ses fais et sea dia voirement,
Qu'auai com Cezar quitement
Tint et r^gna . ausi fist-il ,
23630 Tout \k u il dut sans pfeil.
Cia roia amoit trop aea amis,
Cia deatruiaoit aea anemia;
Cia maintenoit ai bien aa tierre ,
Qu'il n'i ayoit tence ne gierre ;
23635 Cia ounouroit lea cevaliera ,
Bourgoia, aiergana, arbaleatriera;
23605 S'ai , fai alnau on a fait depuis la vierge, puis la reine.
23608 A mi, c'ett Dieu qui est cdnse* parler. 23624 Mitt en tierre, fit prisonnier.
23618 Fiergv, piece du jeu de* eoheot doDt 23631-32 Vers rep&&.
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424 CHRONIQUE
Cis faisoit les cemins s&irs,
Cis estoit kampions et murs
De marcies et de marc&ns;
23640 Cis destruisoit les mescr&ns ,
Cis gardoit les vaus et les mons,
Cis iert li sages Salemons
De garder sa tiere par sens ,
A droit compas , a boin asens ,
23645 Tres Lombardie dus qu'en F land res.
Artu, et Alexandre. Iert-il Artus et Alixandres.
Li rois ot iue quartainne ,
Qui moult li ot est^ gr^vainne.
Issus en iert, la Dieu-mierci.
23650 Soujourn^ ayoit a Paci ,
Sainnler se fist maugr^ ses mestres
Li boins crestiiens , li boins pestres ;
Et manga en ferme viande ,
Tot maugr^ aus , en fu engrande;
23655 Li bras esranment li enfla ,
Et li rois , quant perc&it Fa,
Cevau^a pour venir a Manle,
Ses fius o lui, barons XL.
Lo^ys iert et Felippres,
23660 Qui mout en iert dolans et tristes.
Mais il fu lues si agr^v& ,
Qu'il fu en liti^re lev&.
A Mante vint , la fu couci^s ,
Moult agr^v^s et coureci&.
23665 Et non pourquant moult simplement
Soufri son mat et docement.
Et quant li rois fu apriess&,
Et de la mort f u engri&& ,
23639 Marciet, marches. 23654 Engrande , empresse.
25630 Pact, Passy. 23667 Aprtesses, oppressed
23632 Pestres, pasteur. 23668 Engriese's, attaque, ingruere.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
425
Confi^s fu , et tout son service
23670 Fist li rois faire bel et rice,
Et devisa son testament
Moult biel et moult honnestement.
N'onques mais de mort si haster
N'issi teus fais ni teus penser.
23675 Volant son fil , o'iant sa gent ,
L mile mars d'argent
Devisa-il a l'Ospital ,
Pour s'arme gieter de traval,
De bon cuer et de bon exemple ,
23680 Et puis L mil al Temple ,
Et L mil al roi d'Acre.
Et li manda k'il fust au sacre
Son fil, car il i ot parte
Tierc jour devant et acote.
23685 Et si commanda que cil dons
Pour s'arme aquerre guerredons ,
Fust dfyartis as saudoiers,
Quant besoms seroit et mestiers,
En la grant ti&re de Surie ,
23690 U Jh&u-Cris ot mort et Tie.
Et X mile mars ot Felipes ,
Ses fius, qui sages ert et Yistes;
Et XX mile mars la roine,
Qui sa feme ert loiaus et fine.
23695 Et si fu mand^e al siervice ,
Si Tint a compagne moult rice.
. Et , se viert^ dire vous voel ,
Felippes mena trop grant duel ,
Quar il i ot moult grant damage.
Testament da roi.
25673 Haster, h&tee.
23681 Al rot d'Acre, G. Guiart, I, 515 ;
Au cors duquel 14 enterrer
Fu lors li rois Jouhan sans doute
Tom. II.
De Jerusalem , et sa route,
Qui pour Dieu l'iert venu requerre
Qu'il alast en la sainte terre,
EtilliavoitotroXe,
Se mort ne l'eust desrole.
54
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426 CHRONIQUE
Loui., viii 23700 Mais li rois li fist faire omage
Monsigoor Lo^ys . son frere .
Et il le prist , voiant son pere .
Qui l'amoit tant com rien el mont.
Philippe son frere, ob- Et dont la cont^ de Clermont
ciermont c 23705 Li douna-il par amistie ,
Par sa dou^our et par piti£,
Quar il n'avoit mie cuer sot.
Et li rois moult grant gr^ Ten sot ,
Et si li loa durement
23710 Que son consel entirement
Retenist, car il Tot trouy^
Boin et loial et sain prouv^.
Et toute sa maisnie ausi
Li rouva-il tenir ensi.
23715 Et il les retint a I mot,
Quar son pere forment amot.
Apries , son grant tr&or de pteres
Pr^ciouses digoes et cieres.
Si douna-il a S*.-Denis,
23720 Viers qui il s'iert moult abonnis ,
Quar il iert ses ora , s'el devoit
Avoiier, et il i avoit,
Pens& et cuer en avant Dieu
Et 6s saintuaires del lieu.
conseiis du monarque 23725 Et si k>a moult bieleroent
mourant a son sue-
cesseur. Son fil et moult oiuuestement
Que il gardast et retenist
Son tr&or., al mious qu'il p&jist.
Quar Sao* tr&or et sans douner
23730 Ne puet-on bien ttere garder ,
Ne ounourer ses boins amis .
23709 Loa, exhorU. 23720 Abonnis, attach^, devoue.
23715 A I mot , mot a mot. 23722 Avoiier, d&endre, oomme avoue , ad-
23716 Amot, anaait. vocatus.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 427
Ne destruire ses anemis.
Et s'il en prendroit al besoing ,
Aprils &iist et cure et soing
23735 Qu'autretant en i remisist,
Lues que sa pais avoir peuist.
Et loa qu'il tenist justice
Sour bas et haut et povre et rice.
Et si li proia doucement
23740 Que 50 u qu'il avoit vistement
Gaaigniet et pris a l'espee ,
Od s'ensegne desvolep^e,
Tenist et gardast comme sien ,
Quar il l'avoit ga^gniet bien
23745 Sour ses homes qui le fausoient
Et de France oater le yoloient ;
Et, pour s'ounour, gardast moult bien,
Que a nului n'en rendist rien.
Et de la roine ausement,
23750 Li proia-il moult simplement
Que il l'ounourast com celi
Qui tousjors ses fais abi&i ,
Non com marastre , mais com mere ,
Or li fust fius et vrais am&re.
23755 Et tous les dons qu'il ot doun& ,
Comme rois poisans et sen& ,
Fist-il a son fit otroiier ,
Qui ne s'en fist gaires broiier;
Ainc li otria tout son don ,
23760 Que s'arme en ait piu gueredon.
N'ainc de Ferrant k desfi&rer
N'ot espoir de rien esp^rer,
25735 Et s'il en prendroit, dn tresor. 25758 Broiier , prefer ; c*etUa-clire qu'il
25742 Eoseignes dlployees. ratifia , sana te faire prier, let does de son
25745 Fausoient, trahissaient. pere.
25754 Jmere, quiaime. 25760 Put, de pro.
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428 CHRONIQUE
Ne de Renaut le Boulenois ,
Qui, sans renart, li fist anois.
23765 Ainc les rouva bien enlaisier .
Et com teus prig k mort laisier.
Et tout £Ou li Tint de haut cuer
Qu'it n'es pot amer a nul fuer.
Petit an$ois qu'il d^via ,
23770 Sainte glise le renvia
Et soumonst k'il protest son fit
Lo^ys , le biel , le gentil ,
Qu'il amast sainte glise et Deu ,
Pour s'arme avant et pour son preu.
23775 Et il Ten proia doucement
Et loa , car ja autrement
Ne rois ne autre om ne tenra
Sa ti&re, bien ne maintenra.
Quar ki sainte glise maintient .
23780 Dieux lavance et Dieux le sostient.
Ensi li ot-il dit souvent ,
Et il li ot bien encouvent.
Or li doinst Dieux force et pens& ,
Qu'il Taint et ait a droit tens& .
23785 Si com ses peres le tensa,
Ki nuit et jour pour li pensa.
Li rois 4uist dit mainte cose ,
Mais li maus qui l'argue et cose ,
Le tenoit et hastoit de pri& :
23790 Dont si fil erent moult engri^s
D'ire et de tiuel , et sa mesnie ,
Qui pensoit iestre desgarnie
23764 Sans, sang; sans renart, sang de re- signifiait augmenter, encherir tur quelqu'un,
nard j jeu de mots sur Renaut et Renart. Voy. mettre un prix plus baut?
plus haut v. 22296; anois, ennui, peine, chagrin. 23784 L'aint, l'aime ; tense'e, protegee.
23763 Enlaisier, de kedere. 23788 L' argue et cose, l'aiguillonne, le tour-
23770 Renvia, terme du jeu de des, qui mente.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 429
De bon signour et soufraitouse ;
Car onques bacelers sa touse
23795 N'ama tant , com il les araoit :
Et par amours tous les cremoit ,
Et $aus de son consel ausi
Cr^moit-il et amoit ensi .
Et si iert cascuns pri£s de lui.
23800 Et moult haoient eel anui.
Mais quant li rois parler pooit .
Aucune aumosne devisoit.
Mais la mors . qui tot met en sauf ,
Bas et haut , ki^velut et cauf .
23805 Lues sa v&ie li toli
Et la parole li failli.
Et on a remand^ atant
Le roi de Jursalem batant .
Et li clergies revint avoec ,
23810 Ki presens iert encore aluec.
Mais an$ois que venisent la .
Moult bielement s'arme en ala .
Et qoiement et tout em pais.
Et 90U fu drois k'il ert rapais
23815 De sainte glise et adreciere .
A cuer jo'iant , a baude ciere :
S'il iert de pais , en pais ala ,
Et s'arme em pais adevala :
Et pais, e'est Dieux et paradis.
23820 La ala , il la soit toudis.
Et qui bien a droit s'i remort.
Dieux li fist ounor a la mort
Qu'il i ot seulement de vesques
XXIII et II arcevesques ,
25814 Rapais, rapaise. 25818 Adevala, parti I.
25815 Adreciere, redresse , fortified 25824 XXIII, G. Le Breton, dans sa chro-
25816 A baude ctere, a visage serein. nique en prose, dit seulemenl vingt eveques et
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430
CHRONIQUE
Les douze pairs d'Alc-
xandre-lc-Grand.
23825 Et si ot avoec II U%as,
Ki n'i yinrent mie pour gas.
Ainc li ot sa mort poury^ue
Dieux , qui tos jors avoit s^ue
Et la pens^e et la devise
23830 Que li rois ot a sainte glise ,
Et d'ounourer et d'avancier
Et de garder et d'ensaucier;
Si le yot prendre a si fait tor
Que tot i furent cist pastour ,
23835 Pour s'arme ounourer et son cors ,
Qu'il iert pius et miserioors.
Et li rois de Jb&rusalem ,
De Surie et de Bell&m ,
U Dieus reciut et mort et vie ,
23840 Par sa dou^our. non par envie ,
I fu , li preus Jehans de Briene .
Qui Dieux ait , gart et maintiegne ;
Quar il est pors et vraie estace .
U sainte ^glise et Dieux s'atace.
23845 Et de venjance et de consel
II et li rois i&rent parel.
Quant rois Alixandres fu mors ,
Ne fu mie li dious si fors
Des XII pers , com si barons
23850 Fisent et partout environ
La pais, et li bas et li haut ,
Quar il iert li ars ki ne faut.
Li rois Jebans d'Acre et de Sur.
deux archeveques. Hist, fr., XVII , 115 , E.
25832 Entaucier, exhausser.
23833 Tor, tour, occasion, circonstance.
23843 Venjance, il ne s'agit pas ici du sen-
timent de la vengeance , mais de la sagesse et de
la fermete a punir.
23849 Des XII pers, les romanciers donnent
aussi , on se le rappelle , douze pairs a Alexandre.
23831 Ne faut-il pas lire plutdt :
Le pais , li bas et li haut.
23832 Li an, Viae.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 431
Cil faisoit duel et aspre et sui\
23855 Et mainte larme en plora grose:
Et tOUt a SOn COl , a la foSSe Funeraillcs de Philippe-
Avoec les autres le porta. tipisle
Et de fou mout s'i esporta .
De I'anui k'il en ot al cuei\
23860 Quar il n'el vosist a nul fuer.
Et fu couriers d'un dras a or ,
Et par desous si fu encor
Viestus , et moult bien et moult biel ,
Da ma tide et de tunikiel ;
23865 Et s'ot septre et rice couronne,
Si com drois et raisons li donne :
En lui porter se d^porterent
Si baron , et si l'aport&rent
Tout a lor cos a S*. -Denis .
23870 En liu qui fu biaus et ounis ,
Plorant , criant et batant pauraes .
Et li clergies en disant saumes.
Et, se parmi le yoir envois , Constance par t,cu-
Doi arcevesque a une yois
23875 Canterent la messe a seniestre.
Fu li uns et li autre a diestre .
Et li clergies ki s'atendoit ,
Les arcevesqes respondoit.
Et de 90U ne $oii& engfande
23880 Que moult ne fust rice i'ofrande.
23858 S'i esporta, il s'y porta, ii tint a A Stint- Denis , au bout du cucr.
prendre part a cette cer&nonie , a canse de la L t gi8t COUTert ' sans esch «S cnt .
. . ... r . D'une bde torabe (Tarrant
douleur qu il eprouvait. ,„ f . 5 ,
* r L on a puts fait iluec serrer.
23864 D'amaticle, d'une dalmatique ; tunikiel,
petite tunique. 23873 Et si je marche dans la route de la
23870 Ounis, uni , bien dispose? G. Guiart , ▼*>ite\
I ; 313 : 23874 Doi arcevesque , cette eirconstance est
E«terre fu , a pieurs noUsn. , rapportee par G. Le Breton , dans sa cbronique
Cil qui tant a»oit en cuer, en prose. Hist, fr., XVII , 116, A.
lierede c«\s obst'quos.
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432 CHRONIQUE
Si ot maint cierge espris de fu ,
Et quant la raesse dite fu ,
Pour ?ou que sa hautece pere ,
L'ont seveli jousle son p&re.
23885 Et, se vert£ dire vous voel ,
La roine fist trop grant duel ,
Sa feme , qui Ruesele ot a non ,
Qui moult estoit de grant renon.
Ausi fist ses fius Lo&s ,
23890 Ki tous s'iert a lui ob&s.
Et 90U forment Ten avan$a
Qu'ainc a nul jor n'ei coure$a.
Et, 50U que vaut, trop en fu tristes
Hirecies li siens fius Felipes,
23895 Et Carles , ses fius , li sen& ,
Ki par sa m&re ert d' Arras n&.
. Et la feme al due de Louveng,
Sa fille , se le voir n'en feng ,
Quant la mort de son p&re sot,
23900 Grant dol en fist et bien droit ot.
Ausi fisent partot a plain
Clerc, chevalier, bourgois, vilain.
Cou fu partout con le plora ,
Si com drois fu; et cestora
23905 Diex, mort a mort, les vis a vis.
Que vaut §ou que tant vos devis;
S'il est mors tot ausi morrons ,
Nous qui apri& lui de morons.
Or pro'ions tout , n'i ait celui ,
23910 Que Dieux maintiegne s'arme o lui
En paradis avoec ses sains ,
23887 Ruesele, Ingeburge, ou Isemburge; 23894 Hirecies , m£me sens que kurepel ?
prononcez Rush, pour la mesure. 23895 Carles, Pierre-Chariot.
23893 <7<w que vaut, comme il en valait la 23897 La feme al due de Louveng, Marie,
peine. 23898 Feng , feins.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 433
Com cetui ki fu fers et sains ,
De sainte glise et Dieu aroer ,
Partout , deqk et dela mer.
23915 S'ot en lui largaice et plente
D'avancier la crestient^ ,
Sans fausete et sans boisdie.
Amen, amen, cascuns en die.
Moult puet lids iestre S*. -Denis ,
23920 Qui tel oste a pri& de lui mis.
Plorer en d&iist qui k'en rie
Qu'il n'a pas sa ti&re amenrie ,
Ainc la creue plus qu'al double.
Et que vaut que jou tant i comble?
23925 On n'en poroit mie trop dire.
Sen doit li mons estre plains d'ire.
Mais bien sav& tant des meatier
Con lait en aitre u en mostier
Les mors; et dont si sen repaire
23930 Cascuns vivans a son repaire.
Aprils , en v^ritet vous di ,
Qu'ausi com Dieux par yenredi
Moru , si fist li rois Felippes
De Gounesse, li preus, li vistes,
23935 En jung , a grant devotion ,
En l'an de linearisation
Le vrai Dieu qui moru en crois,
M et CC et XX et trois.
S'ot XLVI ans regnet,
23940 Quant a la mort l'a Dieux menet;
Et s'ot li rois, con tiunt a sage,
23924 Et a quoi bon accumuler (combler) tant avons lu aitre, qui tignifie cimetiere. Lait,
de details ? Fay. v. 25906. laisse.
25926 Li mons , le monde. 25955 Enjung, e'est-a-dire le 14 juillet,
25928 Dans le man user it il y a un mot qui a 25959 XLVI ans, il Itait dans la 45° annee
ete* gratte et dont l'a initial seul est visible. Nous de son regne.
Tom. D. 55
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434 CHROMQUE
LVIIII ans par £age,
Moult petit plus et petit mains :
Or tiegne Dieux s'arme en ses mains.
23945 Mesire Lo^ys, ses fius,
Li biaus, li sages, li gentius.
S'en fu repairing a Paris ;
Mais il n'i ot ne giu ne ris.
A ses barons et al clergiet ,
23950 Qui prendroient a lui congiet ,
Dist et agist jor, eure et point,
Qu'il n'i aroit de respit point,
Si c'on le sauroit jusqu'al Rin ,
Par le consel fr£re Garin ,
Frta Garin, Barth^- 23955 Et par le Bietremer de Roie
lemi de Roie, Pierre y* • i ■ j • > i
Tri$un. Qui del roi s agrieve et desroie ,
Et par le los Pteron Tristran ,
Ki pour le roi iert en tristre an ,
Et par ab& , princes et contes ,
23960 Dont tant i ot qu'il nen fu contes;
D'iestre couroun^ et enoint,
Si com raisons et drois l'engoint.
Et par laitres a ses marcis
Manda qu'a gr& et a miercis
couronnement de 23965 Veniseiit a Rains, a son sacre.
Et si le manda al roi d'Acre ,
Qui de valour iert Alixandres ;
Et a la contesse de Flandres
Jehenne , sa proisme couzine ,
23970 Le manda-il par amour fine.
23942 LFIII, cinqnante e* huit. 23955 Bietremer de Roie, Barthelemi de
23934 Frere Garin , de l'ordre dea Hospita- Roie , chambellan de France , aussi executeur
Hers de S'.-Jean de Jerusalem , eveque de Sen- testament aire. Le , sous-entendu conteil.
lis, conseiller du roi et Tun de ses execnteurs 23957 Le los , le conseil; Pie'ron Tristran,
testamentaires , comme on pent le voir dans le Pierre Tristan sauva Philippe-Auguste a Bou-
testament meme de Philippe-Auguste , Hist, fr., Tines. Hist, fr., XVII , 97, D , 409, £.
XVII , 115, B. 23962 L'engoint, l'enjoint.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 435
Ensi ies laitres ajoraerent
Toua ses amis ; si soujournerent
Tant que ricement a soujour
Sen vinrent a Rains , k son jour.
23975 U il devoit son sacre prendre.
Ne n'avoit cure de mesprendre
Enviers lui ne Tiers sainte glise.
Ainc voloit r^gner a la guise
Son p£re , et si ot volenti
23980 De maintenir crestient^.
Aprils 6i& en ramenbrance
Del bon roi Felipe de France
Haute miracle et grant miervelle.
Al venredi que la gent velle
23985 Entour le roi qui mors estoit ,
Et ses barnages le gaitoit , Apparition de sunt-
. -. • t / Denis a un cenateur
A Roume avoit 1 senatour, roma«.
Moult haut ome et de bon atour,
Del linage des Froiepains ,
23990, Qui soloit iestre au roi pro$ains.
Tout droit a eel point et a i'eure
Que li rois a la mort labeure ,
Si qu'al plaisir Dieu d^via,
Vint I fors maus qui renvia
23995 Le s&iatour a Roume droit,
Qui parens roi Felipre estoit.
Li maus fu grans , s'el mena tel,
K'il s'acou$a en son ostel ,
Qu a paines i prist nus parole.
24000 Li maus entor le cuer li yole.
Et cil senators iert parens
L'apostole, et s'ot moult de sens.
25976 N'avoit, n'avoient? 23989 Froiepains, Fraogipani.
25984 Velle, veille. 23994 Renvia, voy. v. 23770.
23986 Gaitoit , gardaU. 24002 L'opo stole, Honoriua III, Gencio Savelli.
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436 CHRONIQUE
Par grant haste l'a demands
Et, pour paour de mort, mande.
24005 Et li pape i vint tous iri&,
Devant lui s'asist sour I si& ;
Mais a painnes li respondoit
Li senators , quant il parloit ,
Quar li maus Tot si agr^v^
24010 K'il n'avoit espoir de sant^.
Toutes voies ie confiessa
Li pappes, qui moult Fengri&a;
Et apri& fu cum&iii& ,
Et lues esrant enolii& ,
24015 Car on quidoit k'il d^viast
Ains que li pappes s'en r a last.
Et quant il ot fait le siervice
Al s^natour et biel et rice ,
Si s'en est li papes rales
24020 Et li senators est rem&.
Moult se plaint et moult se d^mente ,
Quar li maus le tenoit moult ente,
Et sa maisnie et si parent
Furent moult tristre l'aparent.
24025 La nuit i yellent si ami ,
Tant que d'anui sont endormi ;
Et li senators travelloit
Si k'il ne dormoit ne velloit.
En ?ou k'il estoit plains de some ,
24030 Este-vous, a guise d'un ome,
Une sanblance grant et biele
Le s&iatour huce et apiele :
« Diva ! dors-tu? parole a moi. »
24005 Fries, afflige\ olea, enhuile.
24006 Sies, siege. 24022 Ente, languisaant.
24012 L'engriesa , le pressa. 24033 Diva ! exclamation.
24014 Enoliiety administr^ des saintes huHes, p lt , a / qutr w estcr tt j angl e,
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DE PHILIPPE MOUSKES. 437
— « Qui est 50U , Dieux, que parler oi? »
24035 Fait li malades moult baset.
— « Jou sui de par Dieu, » entreset
Fait l'image, « or esgarde-moi. »
Et li s^natours entour soi
Regarda , et Tit en estant
24040 Devant lui I home moult grant .
D'une viest^ure vieslu
Toute blance, a fin or batu:
Et si ot coulour rouvelente
Ausi comme la flors sor l'ente .
24045 Et tenoit en son brae devant
Ausement q'un petit enfant
Couronn^ d'or, contre son pis.
Biaus iert li enfes a devis.
Et li grans om a basse vois
24050 Dist al senator : « Tu me vois ,
Parole a moi et lifrve sus. »
— « Dieux , fait cil , jou me gis tous jus ,
Et fui ier soir cum&iii^s ,
Confi&& et enolii& ,
24055 Et sui de la mort tous atains.
Li pappe i vint qu'il ne pot ains. »
Et l'image a dit : « Li&ve tos. »
Et li senators , a ces mos,
I petit amont se dr£$a
24060 Et l'enfancon moult esgarda
Que cil om devant lui tenoit,
Et moult souef le manioit.
Si li abi&i moult tres fort,
Si tc t» seoir en eel angle , 24037 Fait l'image, repond le spectre.
Nos n'.von. de u j.ngle cure. um £n €gtant deb<mt
A. CM. Bobkrt, Fabliaux «w/w* n ,
inidits, P . 16. 24043 Kouvelente, vermeille. H<§cart, Diet,
roucki, p. 417.
24035 Baset, (Tun ton trea-bas, a demi-voix. 24044 Sor l'ente, sur la tige.
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438 CHRONIQUE
Et sen ot auques desconfort,
24065 Et dist : « Pour Dieu le glorious .
Ki iestes et dont ven&-vous ,
Sire preudom , qui eel enfant
Tenes si biel? j'el tous demant.
Si le me dites de par Dieu. »
24070 Atant si se quoissa I peu.
Li grans om l'ot bien entendu .
Si l'i a moult biel respondu.
« Amis , or sac& sans dotance ,
Que jou sui S*.-Denis de France ,
24075 Et cis en&s que jou tieng ci
Entre mes bras , la Dieu-mierci .
C'est l'arme del bon roi Felipre ,
Le sage , le poisant , le viste .
Qui sainte glise a maintenue
24080 Et la couronne soustenue
De France , dont il est mes om.
S'a bien gardet jusques a som
Son ro'iaume et crestient^ ,
Tant que Dieux , par sa yolente ,
24085 Viout avoir s'arme, et jou li pore ,
Quar li boins rois dont je recorc
Est anuit mors et d^vies
Et viers paradis envies.
A ces ensegnes or m'esgarde. »
24090 Atant li grans om ne s'i tarde ,
S'a-il m&smes son cief pris
Del col, entre ses bras l'a mis,
En remenbrance que cop^e
L'ot par Clo^vis d'une esp& ,
£4095 Al tans qu'il praiega en Gaille,
24085 Pore, porte. Voy. t. 25770 et 25994.
24087 Anuit , aujourd'hui. 24089 A ces ensegnes, a ces signes; on dit
24088 Envies, en vie par le ciel a la terre? main tenant a telle* etueignes.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
439
Qui France est or dite, sans faille.
Li s^natours qui bien villa
De £OU forment s'esmervilla ;
Et li grans om li a redit :
24100 « Li&ve-toi , sans nul contredit. »
Li s£na tours dist : « Je ne puis. »
— « Si feras , fait-il , j'el te ruis ,
Vies-toi et cauce et pren ta cape ,
Et Ta matin dire le pappe
24105 Qu'il face demain le service
Del roi Felippon , haut et rice ,
Quar il est mors et d^vi^s
Et s'iert en paradis gui&.
V^s-ci s'arme, j'el pore en glore.»
241 10 Atant li preudom, pour m&nore,
Son cief a lues remis a droit ,
Voiant celui ki la gisoit,
Ki s'esmiervilloit durement.
Et li grans om tout esranment
24115 Li dist : « S&iaus, joii te castoi.
Lieve sus , aparelle-toi ,
Di la pape qu'il ne s'effroie ,
Mais a ces paroles t'en croie .
Que Dieux t'a de ton mal cur^ ,
24120 Ki ta d£s ier si fort dur£. »
Tout esranment sesvanui
L'image, et cil ne s'esbahi,
Dr£$a soi et senti tout sain ;
Sainna soi de sa destre main .
24125 Et ?aus d'entor lui esvella ,
Dont cascuns moult s'esmervella.
24097 Villa 7 ▼eilla.
24102 Ruis , demande , ordonne.
24103 Viet-toi, habille-toi.
24108 Guie's, conduit, guide.
24115 Senaus, senateur; castoi, ordonne.
exhorte.
24117 La pape, plus haut li poppes.
24124 Sainna, signa.
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440 CHRONIQUE
J a estoit li jors aparus ;
Ses dras demanda , s'est vestus ,
Et puis esrant si cau$a soi
24130 Et monta sour I palefroi.
Uns esquiers o lui ala ,
Vint a la pape , et si parla,
Et tout ensi li a conte ,
Com li preudom ot endit£ ;
24135 Et de l'enfant et de son cief
Li a cont£ de cief en cief ,
Et del mal dont il ert gar is.
Li pape n'en fu pas maris ,
Ainc le cr£i pour ?ou qu'il voit
24140 Que de tel mal guaris estoit.
Al moustier vint et le siervice
Fist mortuore haut et rice,
Pour le roi Felippe de France,
De la Gonnesse dit d'enfance.
24145 Et fisent ausi maint preudome
Par toutes les glises de Roume
De canter, de souner, de lire.
Si haut c'on ne pot plus eslire.
Moult petit apri& , sans doutance ,
24150 Vint k Roume li m& de France ,
Pour le pappe dire et retraire
Qu'il fesist le siervice faire,
Pour l'arme del bon roi Felippe ,
A S*.-Jehan lewangeliste.
24155 Fait li pape: « Amis, non ferai,
Paset a quinzainne, j'el sai ,
S'el fis et partout le fis faire ,
Et ferai son anniversaire. »
Et quant li raesages l'oi ,
24142 Mortuore , mortuaire. 241 44 Surnomme de Gonesse depuis son en fa nee.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 441
24160 Miervelle en ot, et s'el goi.
Si fu trouv^ a v^rit^
Cou que li s^naus ot cont^ ,
L'eure et le jor atierminerent
Si que la v^rit^ proverent
24165 Que li s&iaus not point gabe.
Arcevesque , vesque et abi
Le sorent , et li haut barou
Par tout le pais environ.
Or aie s'arme joie et repos ,
24170 Quar il ot au si&cle bon los.
Et ses fius sot ceste provance,
Quaut li mis vint ariere en France ,
Ki moult ot est^ travillies.
Sen fu li rois joians et li& ;
24175 Et s'el fist reconter avant
Li rois en la sale plus grant.
S'en furent joiant a miervelle
En la sale u li rois conselle,
U il s'iert venus ordener
24180 Et ben&r et courouner.
Al prin diemence d'aoust , sacre de Louis vni a
A grant baudorie et grant coust,
Yin rent et I et autre a Rains.
Ne sai li queus f u premerains ,
24185 Mais cascuns i vint enfbrcis,
Conte, due et prince et marcis,
Abet, moine, kanonne, £ vesque,
. L^gat , prelat et arcevesque ,
Et li rois Jehans d'Acre i fu.
24190 Mainte reube i ot de boufu.
24169 S'arme j Fame de Philippe-Aoguste. En 1225, la lettre domiaicale etait A, par con-
24171 Cesteprovance f cetactede la providence, sequent le premier dimanche tombait le 6.
24181 Prin, premier. Le 6 ou 8 aout 1223 , 24182 Baudorie, rejouissance.
dit YArt de verifier le$ dates, il fotsacre' a Reims. 24190 Boufu, espece d'etoffe.
Tom. II. 56
Reims.
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442 CHRONIQUE
Et de pourpres et de samis,
U il avoit bons orfrois mis.
Et si avoit ass& encor
De rices dras batus a or,
24195 Et de dras tains et d'escarlates ,
D&renei& a grant barates ,
Sables, ermins, et yairs et grig.
As jovenciaus et as vios gris.
Tant i ot fieste et envoisure ,
24200 Qu'il nen estoit fin ne mesure.
Ce sanbloit que $ou fust une os.
Li keu n'i orent nul repos
Ne del venir ne del aler;
Des viandes n'estuet parler.
La saintc ampoule. 24205 Mais pour l'anpoule envoia Ton
A St.-Remi; et, sans ten£on,
A CC cevaliers arm&
Et moult cointement acesm& ,
Ki tout estoient boin ami ,
24210 Vint li atas de S*.-Remi ,
En mi liu d'aus tous reviestus.
Si par est jusqu'al roi venus
Aportant l'ampoule et le cresme .
Ki D4 par son angle m&sme
24215 Envoie, quant il est besoins,
Pour ?ou que rois en soit enoins.
D&s le premier roi crestiien ,
Clo^vi , ce savommes bien ,
24196 Barates , ce mot ne parait pas devoir Kt Unt m"tnne S etermins.
....... . . . Et vair et grix et sebelins.
cowerver ici la signification de trompene ; pent- *„*«p.„ de Bids, 11 , 196.
dtre a-t-il celle d'adresse , d'elegance.
24197 Sables.... termes du blason ; ermins, * 4198 Fios 9™ > *«"«<»• <jri»onnans.
, 24199 J?it90tf tire, divertissement.
waM Ot,armee.
La veist-on bon garniment ...
De rices palies {pailes) de cend.u., * 420 * Keu > COlSimers.
A or, a pieres, a esmaus, 24214 Ki , plul6t he.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 443
Al viespre , par I samedi ,
24220 L'envoia Dieux, pour voir le di.
Et quant on doit le roi sacrer ,
S'en i trueve-on sans arester ,
Et a cele eure et a eel point .
Et plus sans mestier ni a point.
24225 Ensi li abbes , eom jou di ,
A porta 1 ampoule a eel di.
Et mesire Loeis vint ,
Si atir& eom li couvint,
Et sa feme de l'autre part ;
24230 Et l'arcevesques leur depart
Del cresme ; si les a saer& .
Et b&i&s et orden&.
L ampoule lues reporter font.
A eest roi XLV sont.
24235 Fais fu et fin^s le siervices
A moult grant joie, haus et rices;
Et si l'oirent jusqu'a som.
Li rois d'Acre , comme preudom ,
Les hounoura al plus k il pot ,
24240 Cora oil qui bien faire le sot.
Et s'ot mainte cose nommde
Pour porter lensegne et l'esp&.
Mais . pour oster ire et desroi ,
Le porta li fibres le roi.
24245 Tant i ot yiandes et roes
Qu'anuis seroit del conter mes.
Al quint jor , vinrent a Senlis.
Si ot ass& giue et ris.
Ses ainsn& fius ot non Felipres,
24229 Sa feme, Blanche , fille d'Alphonse IX, 6t6 'accordl, Fan 1215 , avec Agnes, fille d'Her-
roi de Castille. ve* IV, seigneur de Donzi, et mourut avant le
24249 Felipres , Philippe , ne Fan 1209, aYait mois de juillet 1218.
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444 CHRONIQUE
24250 Cours fu , sen ert li rois moult tristres ;
Li autres ot non Loeys .
Li tiers Robiers , ce m'est avis ,
Jehans li quars , gen sui tous ciers ,
Li quins Felipes Dagobiers,
24255 Li sistes Alfons li senes ,
Sietmes fu Carles li mainn&.
Et s'orent une fille avoec :
Tout terent a Paris aluec.
Dtf.ite de, Albigeois. A ce8l ^p^ ^ ^1 de fi ,
24260 Qu'Aubugois furent desconfi,
^^dTn'kterte ™ ^ ^ J OT snes ro * s d'Engletiire
M anda Lo^ys , que sa ti&re
Li rendist, si com il devoit.
Et li rois dist que non feroit,
24265 Ne de $ou qu'il trouva tenant
Son pere , a nul jor en avant
Ne rendroit, valiant 1 fromage.
Atant s'en partent li mesage.
Li rois d'Acre , sans demorer,
24270 Manda lues sa fille outre mer.
Manages de jean de A l'emper&mr le douna ,
Brienue et de l'em- r\ • i %
pereur Frederic ii. Qui de^a mer lues 1 espousa.
Et li rois Jehans prist adonqes
Celi qu'il n'avoit v&ie onqes ,
24275 Seror la roine de France
Blan^ain, qui fu gentius et frauce.
Rois Lo^ys li fist avoir ,
Et s'ot avoec li grant avoir.
24250 Court fu, sa vie futcourte. 24287 Une fide, Isabelle, devenue celebre
24252 Robiers, Robert , comte d'Artois. par sa saintete.
24253 «/eAant,mortpeudejoursapres8onpere. 24261 Rois, Henri III.
24254 Felipes Dagobiers, enleve' au berceau. 24262 Sa Here, la Normandie.
24255 Alfons, Alphonse , comte de Poitou. 24270 Sa fille, Yolande, morte en 1228.
24256 Carles, Charles , comte d'Anjou. 24275 Seror la roine, Berengere de Castille.
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Trev^entre le$ rois de
DE PHILIPPE MOUSKES. 445
Et puis vint-ele, k grant ri?our,
24280 V^oir en France sa serour.
Si ot a I jour, ce me sanble.
V roines adont ensanble.
Li rois Jehaus puis sen ala
En Lombardie , ca et la .
24285 A l'emper^our pour parler ,
A quant il voroit cr^anter
Son pasage , et il ausement
Moult volen tiers, par convenenl,
Kepasseroit avoeqes lui.
24290 Devis^ fu , puis ot anui
Entr'aus II et corine grant,
Si com vous ores en avant.
Donques fu la trive reprise
Entre les II rois par devise , ta^iM5 d ' A " gle ~
24295 S'en diut li rois de France avoir
Moult grant cose et moult grant avoir,
Et si diurent r avoir lor pertes
Les gens de France , tout a cerles ;
Mais la trive fu corrompue ,
24300 Quant la perte ne fu rendue.
Albugois furent resvillte.
Adont s'orent moult travillie
Le conte Amauri le poisant.
Qui avoirs aloit decroisant .
24305 Tant que sa gens de lui partirent.
Mais Aubugois les poursuirent ,
S'es asaillirent a I pas ,
Si fors qu'il ne fu mie gas.
De 111 batailles fu Tune outre ,
24310 Et les II soustinrent l'encontre ,
24279 Ricour, porape. 24504 Qui avoirs, don I l'avoir.
24503 Amauri , Amauri VI, fil« ain<§ de 24509 Batailles, corps de troupes.
Simon IV, de Montfort. 24310 L'encontre, le choc.
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446 CHRONIQUE
Apostasies. Mais una abbes s'i reno'ia ,
Qui comme tegas estoit la ,
Et uns biaus cevaliers de France
Ki la perdi force et cr&nce :
24315 De leur renoi moult anoia
Jh&u-Crist., si les d&io'ia.
Puis avint que sans joie et ris
S'en Tint li bons quens Amalris
Fors de la ti&re d'Aubigois,
24320 Ki moult lavoit pen& an$ois.
S'en aporta les os son pere
En II coffres , et de son frere ,
Quar il n'es vot laisier entr'aus ,
Pour ?ou qu'il ierent ftlon faus.
Traite de Paris, ferrier 24325 A PaHS Tint et tOUt ll sien .
1223.
Que d'Aubigois ne retint rien :
Ensi fu-il fors de lor trape.
Adonques Honories , li pape ,
Si manda al roi Lo^ys
24330 Qu'il fust k Dieu tant ob&s .
Qu'il alast conquerre Provence
Et Aubigois tout en penence .
Tot conquesist et tout fust sien ,
Gar ainsi l'otrioitril bien.
24335 Li rois tout ensi l'otroia
Quan que li pappes li proia ,
Et fist mesages acesmer
Pour a Roume ce confermer.
Mais pour desfaire cele gierre ,
Les Aibigeois ct les An- 24340 Cil d'Aubigois et d'Engletiere
Sou* deVomeXo- Dounerent tant as cardenaus
Et a l'apostolie, qu entraus
24316 Denoia , rejeta , cessa de reconnaitre 24328 Honories, lisez Honores on Honories.
pour siens. 24330 Obeis, obeisoant.
24322 Son frere , Gui , comte de Bigorre. 24342 L'apostolie , lisez I'apostole.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 447
Heraanderent al roi de France
K'il laisast cele convenance ,
24345 K'il en vendroient bien a cief .
S'el tint li rois a grant mescief .
K'il en ot faite grant coustenge
Et pour Dieu et pour sa loenghe.
Tant fort en fu iriis li rois
24350 Que pour lui , que pour ses conrois .
K'il fist as clers widier la sale
Dont cascuns ot la ciere p&le :
Quar moult ot gent a eel concille
Ki tinrent leur afaire a gille ,
24355 Qu a poi de cose gille pert.
Quar li tegas ki venus ert ,
Si vot pour le roi d'Engletiere
Triuwe prendre u ravoir sa tiere ,
Mais li rois en fu si maris
24360 K'il n'ot en lui joie ne ris :
Triuwe douner ne rendre tiere
Ne volt, ainc dist qu'il voloit giere,
Qu'Engletifere devoit soie iestre;
Or gardast bien cascuns son iestre.
24365 Et fourjugi& en ot est<5
Li rois Jehans em poesl^.
Comme traltre et desloiaus
Yiers son p6re ki fu loiaus.
Et ses oirs n'i avoit nul droit
24370 Si qu a brief tans li atendroit.
Ensi li parlemens fina
24347 Coustenge, expense. 24355 Gille pert, la ruse, la mauvaise fui
24551-52 Ciire , mine; sale et pale , cette parait , «e trahit.
rime se retroave dans Gautier de Coinsi. 24362 Ainc, au contraire.
24563 Soie, sienne.
La dame iert tin ior eu la sale , atxaa r L i n*
a . ' . . . .. a43oo Jehans, J ean-sans-lerre; em poeste, en
Son serorge voit taint et pfile. m ' ' * '
M*ON . Nout>. recueil defa- vassalite.
bliaujc, ii, io. 24368 Son per e 7 Henri II.
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448
CHRONIQUE
Ifugues X, cotntc dc la
Man he.
Isabelle d'Angoulemc.
Et li cardenaus cemina.
Aprils icel tiermine 1 po,
Sen ala li rois en Poito,
2-4375 Avoec le conte de la Maree ,
Maint escring, maint tonniel en maree
Plain de deniers li fist mener,
Pour la grant gierre mious finer,
Quar li quens "de la Maree avoit
24380 Espous& , com bien savoit ,
La mere a Fenfant d'Engletiere ,
Dont avant ot est^ la gierre ,
Quar li p&re a cest conte Tot
Jur^e, et avoir ne le pot,
24385 Qar li rois Jehans li toli.
Ensi par le roi et par li
Ot la guerre estet si gr^vainne ,
Com Testorie dist premerainne.
Uge-li-Bruns a vie nete
24390 Si moru devant Dami&te ,
Et ses fius en ot la cont^.
La ro'ine, pour sa bont^,
Quant le sien pere avoir ne pot,
Le prist a mari et droit ot.
24395 Bourdiaus demandoit en doaire ,
Dont ses fius li faisoit contraire
Et moult d'autres coses avoec ,
Dont li quens s'acorda pouroec
24375 Le conte de la Maree , Hugues X , du
nom de Lusignan.
24576 Tonniel, tonneau.
24581 La mere , Isabelle , fille d'Aimar, comle
d'Angoule'me , que Jean-sans-Terre ayait enlevee
en 1202, quoiqu'elle fut promise au fils de
Hugues IX.
24588 L'estorie , lisez restore.
24389 Uge-li-Bruns, Hugues IX, suivant
YArt de verifier les dates, en revenant de la
Terre-Sainte , se fit religieux au monaslere de
l'Ecluse ; ou il mourut.
24595 Le sien p&re , les historiens modernes
disent qu'elle ayait &e promise non pas au pere,
mais au fils.
24396 Ses fius, Henri III, roi d'Angleterre.
24398 Pouroec, pourvu , ecrit ailleurs pour-
voec.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
449
Al roi , k'il i ot encouvent
24400 Qu'il li rendroit, dit fu souvent.
Arceveskes , veskes manda ,
Et tous ses homes coramaada
K'il venisent et il si fisent.
Niort et la Rociele prisent,
24405 Et la ttere en li et de lone,
Qu'il n'i remest valiant I gone.
Savaris adont le garda,
Ki maugr^ sien s'en aeorda.
En pleges douna ses castiaus,
24410 Et les plus fors et les plus biaus ;
S'es garda li quens de Bretagne ,
Puis les r'ot-il comment k'il pragne.
Li rois s'en vint et s'a ferm£e
La tiere et moult bien acesm^e.
24415 La suer le roi, ki feme fu
Le due de Louvaing, dont moru.
S'ot li quens de Namur, par droit,
Le doaire qu'ele tenoit.
Poi apries , pour 1 bos , fondet
24420 Droit entre Blaton et Condet,
Guerroia li quens de Namur ,
Gautier d'Avesnes, ki s&ir
Se faisoit que li bos iert siens.
Trencier i fist lagne et mairiens ,
24425 Quar il estoit quens poestius
De Blois , et sa feme iert gentius.
Triuwes en fist prendre li rois,
1224.
Mort de la duchess* de
Brabant, 1238.
Discussion du comte
de Namur et de Gau-
tier d'Avesncs.
24406 Gone ,jonc.
24407 Savaris, Savaride Mauleon, Hist.fr.,
XVIII, 120, D 5 508, C, Dj 522, E.
24411 Li quens de Bretagne, Pierre Mau-
elerc.
2441 5 La suer le roi, Marie mourut le 1 •* aout
1238. Elle eta it veuve da comte de Namur.
Tom. II.
24419 Fondet, situe\
24420 Condet, Cond6, dans le departement
du Nord.
24424 Lagne, bow 5 mairiens, materiaux.
24425 ( Poestius, puissant.
24426 De Blois, par sa femme , com me on l'a
deja dit.
57
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450
CHRONIQUE
Moralite
Ensi demora leur desrois.
Entre 90U canga moult li tans
24430 De divierseries entrans ,
Qar fortune, ki sa roiele
Tourne , comme la plus isniele
Chose ki soit , gou de deseure
Ramena desous en poi d'eure ,
24435 Et maint joious ferment ira ,
Ensi com l'estorie dira ,
Et maint irie refist joious .
Quant fou deseure fu desous ;
Quar et loiaut^s et droiture
24440 Yont souvent a mal a venture,
Et fauset& et d&evance
Portent escu et hiaume et lance ,
Et courtoisie et gentillece
Hardemens , honors et largece ,
24445 Solas et joie et boine vie,
Par ayarisse et par envie,
Pierdent et muerent k lagan.
Siecles enpire cascun an ,
Li rozier devi&nent s&rt ,
24450 Tant voi le monde dess&it.
Li eskamiel vont sour kaiere,
Tout 90U devant torne deri&re ,
24430 Divierseries, chose* diverse*, change-
mens, revolutions; entrant, apparaissant , se
succeclant.
24431 Roiele , des manuscrits du Renart le
nouvel, sont termines par une grande figure
allegorique , dont Prosper Marchand donne ainsi
la description : « Ceste figure derniere est une
» grande roue maniee par Fortune, sus le haut
*> de laquelle siet maistre Regnard, adextr£
» d'Orgueil et asenestre de dame Guille, qui l'as-
» surent que jamais ne cherra , ayant pour cod-
» seillers deux sortes de gens de religion....*
Mbobi , Le roman du renart , avertiss., p. x.
24432 Isniele 9 diligente.
24435 Ira, affligea.
24436 L'estorie, lisez I'estore.
24437 Irie, afflige.
24449 Sent, sureaux. Heeart, Dictionnaire
rouehi-francai* , p. 431 .
24450 Desseut, decu.
24451 Eskamiel, escabeau , l'escabeau Tern*
porte sur la chaise.
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DE PHILIPPE MODSKES.
451
Car li telier sont cevalier.
Et li cevalier sont telier ;
24455 A ?ou que cascuns se desfait
Prueve , jou le dit et le fait ,
Quar li gen til d'ariere am^
Sont d'avarisse envenim^
Et li sierf voelent gentil iestre
24460 Et sourmonter aus et lor iestre ,
Car li mondes est baretere.
Or revenrai k ma mature.
Vous av& bien 01 pi£?a ,
XXV ans a en es£& ,
24465 Que Bauduins li preus , li buens ,
De Flandres et de Hainnaus quens ,
Li sages , large* et proissi&,
Se fu pour l'amour Dieu croisi&.
Ala s'ent, et mena gent noble,
24470 Gadres prist et Costantinoble,
Couroun& emper&re i fu .
Combali soi , puis i moru ,
Qu'a la mort n'a point da vantage.
Ses filles orent l'iretage.
24475 Jehenne Fainsn^e ot mari
Ferrant, c'on enfi^ra mari.
La contesse fu del sien dame ,
Mais ass& fu qui Ten adame.
Si ne sai pour qui decevoir,
Baudouin IX de Con-
sUntinople, 1202.
24453 Telier, tisserand, tela.
24455 Se desfait, se metamorphose, preuve
que chacun change de forme , je le dis et je le
demon tre, le gentilhomme, etc.
24457 D'arUre , ci-devant.
24460 Iestre , condition.
24461 Barethe , trompeur.
24463 Ici recommence l'extrait de Du Cange
ou de M. Buchon , p. 354.
24464 En escd, en deca.
24469 S'ent, M. Buchon, s'en, ala s'ent, sen
alia.
24470 Gadres , Jadres , Zara en Esclavonie ,
toy. v. 20386.
24473 Qu'd, M. Buchon quar.
24475 Mart, affiige.
24478 L'en adame, lui cause dommage. M . Bu-
chon : Ven a dame.
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452
CHR0N1QUE
Histoire da faux Bau-
douin.
24480 Mais avenu estoit , pour voir,
Qu'a Valencienes ot I home
Qui moult d'avoir, n'en sai la some ,
Douna, et d'ariere et d'avant,
A mainte gent, par contravant,
24485 Quant li quens Bauduins venroit
En Flandres et sire en seroit,
Qui Goustantinoble ot ja prise.
Teus l'oi ki moult poi le prisse :
Qu'il savoient bien et cr^oient
24490 Que mors estoit, et voir disoient,
Car li emperere Henris ,
Ses frere , ki fu atenris
De sa mort et del querre engri& ,
Ne vot en HI ans en apri&
24495 Couronne pour soi d^porter ,
Ne dras emp^riaus porter,
Jusques k tant qu'il sot de fi
Con l'avoit mort et desconfi.
Or of& com fortune vole
24500 Et refait Fun, et l'autre afole ,
Com cele ki trop est isniele
Tourne et retorne sa roiiele ,
Ne de tourner ne s'umelie ,
Quar ele est sorbe et aveulie,
24505 Si com vous por& ]k entendre ,
Se vous oses I poi atendre.
Jou ne sai pourquoi ne comment
A Valenciennes ensement
Dounoit cil om teus contravans ,
24510 Ne pour aideurs ne pour gr^vans.
24485 Douna, s'engagea a donner.
24484 Contravant, promesse.
24488 Prisse, prise.
24495 Et empresse a le chercber.
24500 Refait l'un, reUblit Fun; et l'autre
afole , et meurtrit l'autre.
24504 Sorbe, ivre, ouplutdt sorde, gourde;
aveulie, aveuglee.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
453
Ass& i prisent et clerc et lai.
Or ne metrai plus en delai
Mon conte, ainc l'aurai tos conte.
La contesse iert en sa cont^ ,
24515 Jehane , et s'ot a Margerie ,
Qui biele estoit com margerie ,
Sa serour, grant tiere asenee ,
Et si Tot a feme doun&
Signeur Guillaume de Dompiire.
24520 Et Boucars iert veaus ariere
De Roume , et si estoit rasos
Com cevaliers a prendre s'os.
Mais la mire ne les enfans
Ne pot r'avoir dont a eel tans.
24525 Bauduins et Jehans avoient
A non li enfant L'il ayoient,
Et sot une autre fille eue
A Danpiere u s'iert ag&ie.
S'il est ki d'ascouter se vant ,
24530 Si com l'estorie dist a vant,
O'ir por& une miervelle
D'autres non pers et desparelle ,
Si comme Tait et rient fortune
Et partout le monde est commune.
24535 Si com mes corages aesme,
Retour de Bouchard de
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24515 Margerie, Marguerite.
24516 Margerie, perle , pierre precieuse,
margarita.
24521 Rasos , ahsous , c*est-a-dire qu'il etait
dispense de sea premiers engagemens et autorise
a suivre le metier des armes comme chevalier.
M. Buchon lit :
Com certliers A prendre sos.
Sos, signifie paiement d'un homme de guerre,
ainsi prendre sos ou s'os, sigoifierait egalement
se livrer au metier des armes.
24527 Une autre fille, Marguerite eut de Bou-
chard trois fils et deux filles.
24528 Ageue , accouchee.
24529 Se vant, se vante.
24530 L'estorie, lisez I'estore.
24532 Non pers, non pareille; desparelle,
dissemblable.
24535 Com mes corages aetme , comme j'es-
time, je crois. M. Buchon lit a esme, ce qui
forme le meme sens.
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454
CHR0N1QUE
Alexandre, Art us.
Tout droit al entrer duo quaresme ,
Ne sai par quele anontion ,
En Tan del incarnation
Mil et XXV et II cens,
24540 Ne plus ne mains , si com je pens ^
Droit entre Mortagne et Tornai ,
Dont jou rien encor parle n'ai,
Avint que el bos de Glan$on ,
U il a maint jov£ne plan$on ,
24545 Vint convierser uns p&i&ns,
Auques p&i&re et mescr&ns,
Par l'ayisance et par sanblant,
Mais il aloit les cuers emblant
De $aus ki l'aloient v^oir
24550 Et d'encoste lui ass^oir:
Par parole et par contenance
Preudom sanbloit estre a sanblance ,
Et saci£s que puis qu'Alixandres
Regna tr£s Gr&se jusqu en Flandres,
24555 Ne puis qu'Artus France conquist
Con nommoit Galle, si c'on dist,
Ne Julius-C&ar r^gna
Ki mainte tiere gaegna ,
Ne Augustes-C&ar , ses ni& ,
24560 De qui les estores teni^s .
Ne Clo£vis ne Carlemainne ,
24557 Anontion, annonce.
24539 XXV } prononcez vingt et cinq.
24543 Glancon , voy. l'lntroduction de ce
second volume et Du Cange , Histoire de
Constantinople , edition de M. Buchon , I ,
190.
24544 Plancon, plant.
24545 Convierser, habiter; pe'neans , peni-
tent.
24546 Peciere, pecheur.
24552 A sanblance, Du Cange : a sa san-
blance.
24554 Flandres , l'empire d'Alexandre sur la
Flandre , peut aller de pair avec la conquele de
la France par Art us.
24555 Ne puis qu'Artus , Du Cange : ne pus
quartus, M. Buchon : ne plus qu'Artus.
24559 Ses nits, sa mere, Attia etait fille de
Julia , soeur de Jules-Cesar.
24560 Tenie's, tenez.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 455
Qui taut conquist a son demainne ,
N'avint ?ou que dire en convient ,
Si com Festorie dist ki yient.
24565 Si YO8 en ramenlevoi encor,
I roi NabugodonOZOr, Exemple de Nabucho-
¥r . « , . , « . donosor et du due
Ki fti perdus plores et plaint , Gisbicrt.
Et parmi bos et parmi plains
Ala et vesqui comme bieste ,
24570 Ce nos raconte et dist la gieste :
Puis revint-il , et son empire
Tint comme rois et comme sire.
S'av& 01 d'un due Joisbiert,
Con ne tenoit mie a bobiert,
24575 Con quida mort outre la mer.
Dont ses gens orent duel amer ,
Et sa moulliers a cuer mari
Redevoit prendre a cuer mari
A espous I ftlon gagnart,
24580 Ki moult estoit de male part.
Comme paumiers fti revenus
En sa cite povres et nus.
Entr& s'en est en son palais
U on cantoit et sons et lais.
24585 Dementres qu'el palais bourdon
Estous k'il hau$a le bourdon ,
Fiert le signor, tant s'esviertue
Que, voiant tous, esrant le tue.
Si ot grant dol , mais plus grant joie
24590 I ot apri&, s'il est ki l'oie,
Quar reconn&is fu li dus ,
24564 L'estoric ,\i*ei I'estore. 34577 A cuer mart, ce* mots riment avec
24565 Ramentevoi, litez pour la meaure ro- eux-mdmes.
mentoi. 24581 Paumiert , Du Cange : paums, M . Bu-
24571 Et $on empire, M . Bachon : en ton em- cboo : pawner, pelerin.
pire, 24585 Bourdon, bourdon ne.
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456
CHRONIQUE
Ki n'estoit fos ni esperdus.
Sa feme et sa tiere r'ot quite.
Qu'il n'i ot corine ne luite.
24595 Mais de toutes ces riens ensanble
Noiens a ceste ne resanble.
Venus fu el bos de Glangon
Cil om querre sa nore$on.
Une fontaine ala querant.
24600 Quant Tot trouv^e, tot esrant
De fteci&res et de genieste
Fist une loge auques onnieste ,
Et puis fors del bos s'aparu,
Tant q'uns enfe$ons Pa \&u.
24605 Avoec lui traist la u il maint ,
Et puis i alerent tamaint.
Renounce, c'on dist nouviele,
Ki plus tot vole qu'arondiele ,
Et as lointains et as roisins
24610 Dist que c'iert li quens Bauduins.
Li quens de Namur i parla ,
Mesire Boucars i ala ,
S'i fu li kastelains Radous.
Partout fu quens nomm& de tos,
24615 Mais il n'i vot respondre a rien,
Fors c'on i'apieloit Crestiien.
Pour ses p^ci^s iert renus la,
Ensi remest, ensi ala.
Mais il n'iert de rien esperdus,
24592 Fos, M. Buchon : sos.
24594 Corine, Du Cange et M . Buchon : cozine.
24596 Ne, Du Cange : me.
24598 Norecon, nourriture. Du Cange : no-
reton.
24601 Fle'cieres , branches d'arbres entrela-
cees j genieste, gen&t.
24602 Onnieste, honn&e. Du Cange : on i
este , il ajoute sic , ce qui annonce qu'il ne com-
prenait pas ce mot.
24604 Enfeeons, M. Buchon : enfancon.
24613 Radous, Du Cange etM. Buchon Rados.
Evrard , surnotnme* Radoux. Randulpkus. Guill.
Le Breton, Hist, fr., XVII, 240, C.
24619 Esperdus, Du Cange et M. Buchon
espardus.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
457
24620 Ainc disoit bien que rois ne dug
Ne quens n'iert-il , n'onques ne fu.
Tant qu'a lui sont el bos venu
Cil de Valencienes apri& ,
Et moult estoit cascuns engri&
24625 Qu'il desist k'il estoit lor sire.
Mais il le noioit bien et sire,
Et dissoient que Breton estoient
Ki Artu encore atendoient.
Et quant il plus s'escondissoit ,
24630 « Vous iestes quens » cascuns dissoit.
Et dist li uns a l'autre a tence :
« Ciertes , il parfait sa p^nence ,
Mais il Fara parfaite lu&. »
Ensi fu jusqu'al blanc diwes,
24635 De Valencienes i revinrent
Grans gens , et a conte le tinrent.
A Valencienes I'ont men<£,
Et il leur a dit et gra^ ,
Pour ?ou qu'il aloit goulousant
24640 Tel signourie, en doulousant,
Qu'il estoit quens. Lors si ot joie
Si grant, que dire n'el poroie.
A fonteniele fu bagnios
Layes . tondus et roiQuiis
24645 Et acesm<§ Font comme conte.
Art us atlendu par Us
Bretons.
24626 Bien et sire (sur), fort et ferme. Du
Cange ecrit sire avec une majuscule.
24627 Dissoient, Du Cange et Buchon : disoit.
24629 Et quand il s'en defendait le plus.
24633 Luis ou lues , bien tot, promptement.
24634 Blanc diwis, le second dimancheapres
Paques , appele Dominica mapparum albarum ;
cette expression manque dans les Glossaires.
24638 Grae\ agree, ayoue.
24639 Goulousant, convoitant.
Tom. II.
24640 En douhusant, doit se rapporter a
a dit et grae, il leur dit en gemissant.
24643 Fonteniele, petite fontaine. Du Cange
et M. Buchon ecrivent ce mot par une majuscule,
comme si c'etait un nom de lieu. Dans ce cas ce
serait Fontenelle , a une lieue de Valenciennes ,
ou il y avait un abbaye de femmes , fondee Tan
1212, par deux nobles demoiselles, Giles de
Hellin , seigneur d'Aunois.
24644 Roe'gnies, rogne, rase.
58
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458
CHRONIQUE
Lo faux Baudouin se
fait des partisans par-
mi les nobles.
A mould d'Audcnarde
est envoye" pres de
lui par la comtesse.
Or ol& com enables monte.
« Signor. fait-il , a tierme court
Venra Mahiu de Wallaincort,
Et si venra Greh& de Trit ,
24650 N'i fera mie lone d&rit,
Et autre ass& dont or me tais. »
Lors s'i ot joie. Sans d^lais^
Cil de Reumont et de Ktevreng ,
Baudris et Brougnars de Deneng ,
24655 Ernous de Ga vre , et Boucars ,
Sohiers d'Aiengien , et Polars ,
Ernous d'Aisne et raaint baceler
L'ont ass^ur^ sans c£ler.
Et li paumiers , qui sot de gille .
24660 La eontesse comme sa fille
A noum^e , et si envoia.
Ernous d'Audenarde estoit la ,
Viers la eontesse la tramis ,
24647 Fait-il, e'est le faux Baudouin qui
parle.
24648 Venra, Du Cange, vera; Mahiu de
Wallaineort, croise avec Baudouin, J. De Guyse,
XIII , 275.
24649 Grehe's de Trit , Villehardouin nomine
parmi les croises qui conquirenl Constantinople,
Renter de Trit, qui prenait son nom d'un cha-
teau pres de Valenciennes. On trouve aussi dans
les historiens Jean et Gilles de Trit.
24653 Reumont et Kievreng sont des com-
munes du Hainaut. Gaulier, seigneur de Quie-
vrain, epousa une fille du sire de Mortagne,
dame de Forest. Vin chant et Ruteau, p. 309.
Arnould de Quie>rain figure avec Gautier , parmi
les nobles du Hainaut en 1200. J. De Guyse,
XIII ,269.
24684 Brougnars, Brognard; Deneng f De-
nain. Etienne de Denain est oompte parmi les
vassaux du corate de Hainaut , en 1200. J. De
Guyse, XIII, 261, 269.
24656 D'Aiengien, cTEnghien. Sohier, sei-
gneur d'Enghien, etait fils d'Englebert, seigneur
d*Engbien et d'Ide , fille de Jacques d'Ayesnes
et d f Adeline de Guise. II se disait aussi seigneur
de Sotteghem , du chef de sa femme Alix , heri-
tiere de Gautier de Sotteghem , qu'il epousa en
1250. Foy. Tex trait de la genealogie dressee par
Dom Jean d'Assignies , tel que le donne le comte
de S l .-Genois, Pairies du Hainaut, p. xxxti. II
est a remarquer que le mdme Englebert d*En-
ghien dont on vient de parler, fut un des nobles
qui jurerent d'observer les lois et ordonnances
du comte de Hainaut, en 1200, et que la trad,
de J. De Guyse, XIII, 259, rend EngUbertus
de Angia par Anglebert d'Ange.
24657 D'Aisne, d'Esnes.
24662 Ernous d'Audenarde, Arnould d'Aude-
narde, mal appele Arnold d'Aldenard, p. 451
du t. XV de Ved. de Jacques de Guyse, par
M. le marquis de Fortia.
24665 Furs, a Termite.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
459
Quar il estoit moult ses amis.
24665 Mais par sanblant malades fu;
Et mesire Ernous l'a creu ,
Quar cil de Lobes et plusior
Disoient auques. a laisor,
Que teus entresains ot mostr&
24670 Que c'iert li quens en v&rit&.
Et dissoit k'il ert escapes
De prisson u fu atrap^s,
Et tant ot est^ mesprisi&
Con li ot les ortaus brisi£s ,
24675 Mais tant i ot de mespresure
Qu'as ortaus ne paroit cousture
Ne riens k'il ne fust ensi nes.
Or oies com les ot menls ,
Et dist qu'il ert VII fbis vendus
24680 Et alouw& et despendus.
Vious et jovenes ensi d^ciut
Qu'a painnes nus om 1'aperciut.
Mesire Ernous pour la contesse
Sen ala sans autre promesse .
24685 Quar si malade sen fagnoit
Qu a painnes ja vir le quidoit.
Et quant deyant le paumier yiunrent ,
Ne il ne ele n'el connurent.
Girars de Jauce et li baron
Gerard de Jauche.
24667 Cil de Lobes , dans le Livre de Baudouin,
p. 56, ed. de Brnx., 1836, I'abbe de Loz est un
de ceux qui croieot au retour de l'empereur.
Loz ou Looz, est un village du departement du
Nord , a une lieue de Lille, et ou il y avait jadis
une abbaye d'hommes de l'ordre de Citeaux,
dont M. De Rosny a public l'histoire. Lobes etant
dans le pays de Liege , il nous parait preferable
de choisir un lieu situe en Flandre.
24668 A laisor, de maniere a nuire a la com-
tesse Jeanne , lade re.
24669 Entresains, indices.
24674 Ortaus, articulations, or teils.
2467b Jf espresure , mauvais traitement.
24678 Com, Du Cange : eon.
24680 Alouwes, allou6; despendus, depense,
mis a prix.
24682 L'operciut , soupconnat le mensonge.
24686 Ptr,Toh\
24689 Girars de Jauce, Gerard de Jauche
intervint au traite* conclu pour la delivrance du
comte Fernand. Hist, fr., XVII, 108, B. Dans ce
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460
CHRONIQUE
La comtesseeUe-m&ne
donne dans le piege.
Elle assemble son con-
seil auQnesnoy.
24690 N'el connurent se moult poi non ,
Le yesques de Cambrai de cuer
Ne le vot connoistre a nul fuer.
Mais li telier et la pietaille
Disoient que c'iert il sans faille.
24695 A Valencienes fu reciute
La contesse , et si f u d&iute ,
Quar ele manda a premiers
Con le rec^uist yolentiers ,
Puis raanda-ele a tous pour bien
24700 Con eel home ne cr&st rien.
Mod signour Ernoul anoia
Qui fu d&ius , s'el renoia ,
Quar ne en bras ne en faiture
N'iert-il pas quens, n'en estature.
24705 A Haimon-Kesnoit simplement
Prist la contesse I parleraent,
Pour connoistre s'il iert ses p&re.
An$ois que la cose plus p&re
La roine , madaine Blance ,
24710 Li manda qu'en tele sanblance
Ot ses a vies est^ d&ius ,
Et quant l'afaires fu percius ,
Si revint fausetes a point,
traite" il est appele* Girardus de J ace. Dans la
trad, de J. De Guyse, t. XIII , p. 259 , on tra-
duit erronement Gerardus de Jacea par Gerard
de Jassi. Cette fautecependant ne seretrouvepas
p. 269. Sur la terre de Jauche , voir le baron
J. Le Roy, Topographia Gallo-Brabanlice , pages
239-241 . Ce Gerard de Jauche fonda dans sa ba-
ronnie en 1216 , une abbaye de femmes dile de la
Ramie , dont Tem placement est possede* aujour-
d'hui par M me Claes , de Lou vain , et dans le
dipl6me de fondation , il s'intitule Girars , par
la grace de Dieu, sires de Jauche. La terre de
Jauche passa a la famille de Gottereau.
24693 La pietaille, les petiies gens, mot en
opposition avec celui de chevalerie, pedites et
equites.
24703 Bras, brace, dans le poeme cite an
1. 1", p. 613 :
Mes pere» qui a la brace fiirc.
Que veul dire ce mot? Signifie-t-il les qualites
morales , le caractere ou le signalement physique?
24703 Haimon-Kesnoit, Le Quesnoy.
24709 Blance, la femme de Louis VIII , fille
d'Alphonse IX, roi de Gastille.
24711 J vies , lisez aves.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
461
Et cil not de la liere point.
24715 Ains fu pendus et cil od lui
Ki esleve orent celui.
Or gardast la contesse bien
Qu'a tort ne perdist riea del sien.
Li parlemens fu al Kesnoit ,
24720 Mais li paumiers, qui k'il anoit,
S'ot fait a sairement jurer
Valencenois et asseurer.
Issus en est et cele part
S'en rait , et la parole espart.
24725 La contesse s'en est atant
Issue , et li autre batant.
Pour $ou le fist, que que nus die ,
Con ne connuist sa boisdie ,
Quar s'il ne fust des ars l&r&
24730 Ja en tel fait ne fust entr& :
Car el bois ses livres avoit
De la mani&re k'il savoit,
Et si dissoit qu'en la prison
Ot-il faite cele aprisson.
24735 Mais ainc li quens , ce set-on bien .
Ne sot laitres qui valust rien ,
Ne si petis d'ass& ne fu.
Or ot en aus espris le fu
Que cil ki onques ne le virent ,
24740 Disent que c'iert il : s'i mesprisent.
Ignorance da veritable
Baudouin.
94719 Parmi les vers qui suivenl , 27 sont
transcrits pp. 689-670 de la Constantinopolis
Belgica de P. d'Outremann , Tornaci, 1643,
in-4°. Du Chesoe , dans son Histoire de lamaison
de Montmorency, p. 138, en cite 29 vers, mais
non pas tout d'une suite.
24720 Qui k'il anoit. Du Cange : que k'il
anoit.
24722 Ce vers serait trop long , si , comme
ailleurs, onlisait :
Valenenois et asseurer.
24729 Des ars lelres , instruit.
24734 Aprisson, action d'apprend re.
24737 Ne si petis, le veritable Baudouin etait
plus grand de taille.
24738 11 les avait si bien echauffes.
24740 Mesprisent, M. Buchon : mesprirent.
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462
CHRONIQUE
Le faux Baudouin re-
cherche l'amitie des
petites gens.
Malhieu II de Mont-
morency.
Thomas de Lamper-
nesse.
Michel de Harnes.
Gautier de Courtrai.
Povre gent, telier et foulon
Estoient si privet coulon ,
Et li mellour et li plus gros
En orent partot mauvais los.
24745 Et dissoient la povre gent
Qu'il en orent or et argent,
Et k'il le conte traSsoient ,
Et empertour l'apieloient.
Mahius , oil de Monmorenci .
24750 1 fu venus , tant s'avanci ;
Et , pour consitlier la contesse ,
I Tint Tumas de Lanprenesee,
Mikios de Harnes , sans desroi ,
Et plusiour autre homrae le roi ,
24755 Que li rois i faisoit venir
Pour la oose a droit maintenir.
Et mestre Watiers de Courtrai
L'ala v<k)ir . de fi le sai.
Ses clers avoit este lone tans,
24760 Mais del connoistre fu doutans.
Et Bauduins, ki ses qens fu,
Le yit, si ne la coun&i.
Et maint ki jusqes en la fin
Furent al conte Bauduin
24765 Et si privet familiier,
Clerc, siergant, vilain, escuier,
Et dames vielles et joies ,
24742 Coulon, pigeons, colombes et figure-
ment amis.
24749 Mahius, cilde Monmorenci, MathieuII,
dit le Grand.
24752 Voy. Du Cange, iftst. de Constanti-
nople, ed. de If. Bucbon , p. 191 ; Lanprenesse
ou Lampernesse , beau village de la Flandre ,
dans l'ancienne cbatellenie de Fumes. Un Re-
nelmus de Lamprenesse fut fait prnonnier a Bou-
vines, voy. la lisle des prisonniers, Hist, fr.,
XVII, 101 B, E; 102 A.
24755 Harnes , Du Cbesne : Harmes.
25757 Mestre Watiers de Courtrai, l'epitbete
de maitre indique un clerc.
24761 Qens , comte , Du Cange et M . Bucbon
quens.
24767 Joies , Du Cange conserve ce mot au-
quel M. Bucbon substitue jolies. Joies , rejouies
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DE PHILIPPE MOUSKES.
463
Qui ftirent aroec lui nories ;
Mais tot le virent si encoistre
24770 Que ne la porent reconnoistre.
Et li bobiert et li vilain
Disent que e'iert li quens a plain.
Et , ki bien voroit dire voir,
II ne faisoient pas savoir
24775 Con doit amer sor toute rien
Son droit aignour. tant di-jou bien.
Et c'il n'iert pas si conn&is
Qu'il deust iestre rectus.
Se ce fust li quens Bauduins ,
24780 C'eat la y<frit& et la fins,
On n'en p&ist mie trop faire;
Et si r'ont pris trop a mesfaire
S'il i'ont fait , saci&-le de roir,
Pour I faua conte recevoir,
24785 Car piciis est d&areter
Son droit oir ne d&ireter.
Et cist I'aloient en sa tiere
Requerre, pour tenir en sierre.
De Haimon-Kesnoit fu partie
24790 La contesse toute amortie ;
Ne sot ki li fu avenu.
Valencenois i sont venu ,
La tour saisirent et garderent.
A Valencienes retornerent ,
a la Douvelle du re tour de leur prioce.
24769 Si encoistre , de si pres. Du Cange et
M. Buchon : encroittre.
24770 Que nela,Bu Cange : qui ne /a, M. Bu-
chon : que ne le,
24774 // ne } Du Cange : s'ils ne. Ils ne fai-
saient pas savoir, ils ne prouvaient pas qu'ils
etaient penetres de la verite de cette maxime
qu'ondoit car cil n'iert, etc.
24781 Et ils ont commis une action tres-con-
damnable si, au contraire, ils ont accueilli un
imposteur.
247815 Debar eter, Du Cange et M. Buchon :
de bareter,
24788 En sierre , en captivity , c'est-a-dire le
droit oir, Du Cange : enserre, M. Buchon : en
serre.
24790 Amortie, consternee.
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464
CHRONIQUE
Meiure de rigueor prise
par la conotesie Jean-
24795 Et la contesse, a cuer estout,
En Flandres sen ala par tout.
Mais il l'ont partout renoiie.
Sen fu dolente et esbahie,
Quar on crioit les bans le conte.
24800 S'en avoit duel et ire et honte ,
Pour 50U qu'ele savoit de fi
Con l'avoit mort et desconfi ;
Qu'ele en fust plus joians que nus ,
Se il fust yiyans revenus.
24805 Car tres le tans conte Carlon,
Si grant outrage ne vit Ton
Que lor dame del sien gietoient
Cil ki si home et sierf estoient.
Et si l'avoient doubleraent
24810 Asseur^e Yoirement;
Or lavoient si degiet^e
Qu'ele estoit com ourse bies&.
Esvous es estoupes le feu ,
A duel retorn&rent li geu
24815 Qu'ele a fait lues ardoir Ki^vreng,
Baudri et Brougnart de Deneng ,
Et de tous $aus ki d^guerpie
L'ayoient, com me fole espie.
Et li paumiers lors s'arouta ,
24820 Hairon-Fontainne desrouta .
S'a Viler abatu et pris ;
24795 A cuer estout , le cceur trouble.
24797 Renoiie, reniee.
24799 On crioit let bans le conte , on reclamait
le service militaire au nom du comte, 00 faisait
les proclamations officielles au nom du comte.
24805 Carlon, depuis Passassinat de Charles-
le-Bon.
24812 Com ourse bie'see, comme ourse blessee
ou traitee en be'te comme une ourse , un animal
sauvage. Biesse, en wallon, se dit pour bite. —
Plus bas , biecer est mis pour blesser.
24813 Voila le feu qui prend aux etouppes,
esvous , Du Cange : es vers.
24819 S'arouta, se mit en campagne. Duces
fuerunt catervos quam rutam vacant, dit Mathieu
Paris, a Pan 1196. Le mot route a £te grecise^ et
se trouve dans Nicetas , in Balduino , c. 5.
24820-21 Hairon-Fontainne; Viler ouVilers,
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DE PHILIPPE MOUSKES.
465
S'en fu la novele en grant pris.
Crois fist porter devant sa face ,
Pour 90U c'on plus d'ounor li face ,
24825 Et baniere demper&mr
Et de conte , par grant fierour.
De Mods s'en vint viersant , batant ,
La contesse et li sien atant.
A Tornai Tint k mi&iuit,
24830 Ne pot iestre ne li anuit
Quant li sien ensi le ka$oient
Pour I estrange, et gierpisoient,
Et li faisoient s&irt£
Par diablie et obscurt^.
24835 Mais atendre pas ne l'osoit,
Quar tous li mons si abondoit.
Si fist garnir Flosbierc encontre ,
Et li pelerins passa outre ,
N'onques mais , par Saint-Esperite .
24840 N'ot-on t^u si fait hiermite
Qui fist ardoir gent en moustier,
Qui ne d^uist avoir mestier ,
Et mist le pais k lagan.
Si rot Bauduin et Jehan ,
24845 Les II fius Boucart, je sai bien ,
Par Giliebiert de Sotengien.
Impudence du
Daudouin.
faux
Flobecq , rayitaille' pour
register au faux Bau-
douiu.
Celui-ci parvient a se
rendre maftre de la
Sersonne de Bau-
ouin et de Jean
d'Avesnes.
Gilbert de Sotteghein.
villages du Hainaut. Voy. dans J. De Guyse ,
XII , 338-388 , les turns des paroisses et colleges
du comte de Hainaut, par doyenne's :
24826 Fierour, orgueil.
24827 Viersant, batant, a grande hate. Du
Cange et M. Buchon : vers At (la ville d'Ath).
24830 II ne pouvait arriver qu'elle ne s'affii-
geat point de se voir ainsi chassee par les siens.
24834 Diablie, diablerie; obscurte, intrigues
obscures, embrouillees.
24837 Flosbierc, Flobecq, dans le Hainaut.
Du Cange et M. Buchon : Flosboc.
Tom. II .
24837-38 Encontre et outre, rime en goret.
24843 A lay an, au pillage?
24844 Bauduin et Jehan, Du Cange se trompe
en nommant ces en fans Jean et Burchard d'Aves-
nes et leur pere Baudouin, C'est sans doute une
transposition decopisle. Hist, de Constantinople,
ed. du Louvre, 1637, in-fol., p. 507.
24846 Giliebiert de Sotengien, Gautier de
Sotteghem jura les ordonnances du comte , en
1200. J. De Guyse, XIII, 260. II est appele
Galterus de Stotenghen, Recueil dbs Hist, riu,
XVII , 47, D. Gautier de Sotteghem epousa Bi-
59
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466
CHRONIQUE
Bouchard d'Aresnes.
Reception brillantc faite
en Flandre a rimpos-
lenr.
Partisans de la comtesse
Jeanne.
Cousins et neveus les clama ,
Et, par sanblant, moult les ama;
Et Boucars Fiert venus sienrir,
24850 Pour ses enfans r'avoir et vir.
Or Tint en Flandres li paumiers
Qui n'en fu mie coustumiers.
Se Dieux fust en tiere venus ,
Ne fust-il pas mious rectus
24855 D'abes , de moines et de clers ,
* Quar li pais iert moult emfers.
Rices presens li aportoient
Li fol buisnart, qui tot perdoient.
Trop fu la cose fclenesce,
24860 Quar a Tournai fu la contesse
A mienuit. Li doi prouvost
L'i orent laisci^ moult tost.
Plorant et plagnant sospiroit ,
Quar sa cose moult empiroit.
24865 Ciertes ce fu pies et grant dious
Que gentius dame ne pot mious ;
Que son cierf , sans force grignor,
Yoloient faire son signour.
Se ne fust Ernous d'Audenarde .
24870 Ki sa dame avoit prise en garde ,
Mikious de Harnes et Radous ,
Et Rasse de Gayre , li dous ,
childe, fille d'Evrard, surnomme Radoux , cha-
telain de Tournay.
24856 Emfers, corrompu, en mauyais etat.
24858 Li fol buisnart , les in senses.
24864 Ce vers manque dans Du Cange et
M. Buchon.
24865 Pies, pitie.
24867 Cierf, Du Cange et M. Buchon : sierf
(servus).
24871 Radous, le chatelaki de Tournay.
24872 Rasse de Goitre, le diplome de prince ,
accorde le 17 juin 1736, a Charles-Emmanuel-
Joseph de Gayre , dont la maison ytent de s*e-
teindre , rappelle qu*un Rasse de Gavre fut tue
a la bataille de Bou vines, et que ses trois fils y
furent faits prisonniers. Le personnage men-
tionne ici est Tun des trois. C. De Francquen ,
Recueil his tor., gene'alogique , ckronoiogifue et
nobiliaire, Gayre, p. 5. Le nom de Rasse etait
aflecte a cette famille illustre.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
467
Et li doi freres deGrinbierghes,
Qui bien gard£rent leur hierbierges ,
24875 Et Gilles, cil de Barban?on ,
Watiers de Gistiele par non ,
Et Gillebiers de Solengien ,
Et Felippres de Soubrengien ,
Et li boins castelains de Gant ,
24880 Wa tiers de Fontaines avant,
Et Fastres et Watiers de Ligne ,
Qui de grant ounor fussent digne,
Et li £vesques Godefrois
De Kanbrai, et li quens de Blois,
24873 Li doi frtresde Grinbierghes, Gerard II,
mort avant Tan 1201, eat troi« fils, Gautier
fierthout, nomine* ensuite Gerard III, Guillaume,
sire d'Assche et Arnoul. Troph. de Brabant, II, 75.
24874 Hierbierges, demeures, postes.
24875 Gilles, cil de Barbancon , dans la ge-
nealogie des seigneurs de Barbancon , donnee
par Vinchant et Ruteau, p. 208 , on ne voit pas
de Gilles, Mais Gilles de Barbancon figure sous
le nom de Gilo de Berbunchero , dans le traits
pour ladelivrance de Fernand. Hist, fr., XVII,
105 , B. II y est avec Arnould d'Audenarde et
Basse de Gavre , qu'on vient de nommer, Gau-
tier de Fontaines et Gautier de Ligne , cites aux
v. 24880 et81. Gilles de Barbancon, Mgidius de
Barbenchon intervint egalement a une charte de
Fan 1223. Hist, fr., XVIII , 591.
24876 Watiers de Gistiele; il se signala a Bou-
vines , et G. Le Breton , dans sa Chronique en
prose, fait un brill ant eloge de sa brayoure.
Galterus autem de Guistella et Buridanus (qui
cum essent admirandm virtutis et quasi imperter-
riti, reducebant militibus tnemoriam suarum ami-
carum, non aliter qnam si tirocinia luderetur).
Hist, fr., XVII , 96, C, 101, B, 102, A, 105, E,
258, £, 259, C, 408, A. Le beau nom de Ghis-
telles est tombe , au XVII siecle , dans la famille
d'Affaytadi , originaire du ducbe de Milan , a ce
que dit le NobUiaire des Pays- Bos, I, 483.
24878 Felippres de Soubrengien, parmi ceux
qui allerent a la croisade de Constantinople,
Yillehardouin cite Bernarz de Soubrenghien (ed.
de M. Buchon, p. 8), ou de Somerghem, en
Flandre.
24879 Castelains de Gant, Sobier, seigneur
de Bornhem , fils de Sobier et de Petronille ,
epousa Beatrice de Houdain. L'Espinoy,p. 156.
24880 Watiers de Fontaines, voy. v. 24875.
24881 Fastres et Watiers de Ligne, voyez
v. 24875. Vautier ou Gautier II , epousa Mar-
guerite de Fontaines. Son frere Fastre, sei-
gneur de Montreuil, &ail, comme lui , fils de
Vautier I", baron de Ligne. Sa mere n'etait pas
Mabaut de Rumigny , comme le disent Vincbant
et Ruteau, p. 213 , mais Mabaud, fille de Gos-
win de Mons , seigneur de Baudour , et de Bea-
trice de Rumigny. De Francquen , Recueil hist.,
genealog., etc., Ligne , 1 , 2. II est a remarquer
que Vinchant et Ruteau donnent pour seconde
epouse a Vautier II de Ligne, Alix de Florennes,
tandis que Pontus Heulerus fait contraeter ce
mariage par Hugues de Ligne , fils de Vautier II.
24883 Li evesques Godefrois, Godefroid de
Conde et de Fontaines, sacre en 1220, succes-
seur de Jean de Betbune. Le Carpentier, I, 377.
24884 Li quens de Blots , Gautier II d'A vesnes.
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468 CHRONIQUE
24885 Et li quens de Namur , le grant,
Et plusiour autre ne sai quant.
D&iret& fust la dame.
Partout en fu et oris et fame
Mais avant tous , pour saint-Marciel ,
Amouid dAadenarde 24890 Ernous qui garni son castiel
tres-utile a la com- __- - . i i» .
tessc. Flosbierc, comme hardis et preus,
Li Talu miols, et ce vot Dieus.
L« roi de France iu. Mais sor tous li bons rois de France
prcle iecour». ~, j« i - i*
Garandi la contesse trance.
24895 Consel ot qu'al roi s'en iroit ,
Son signour, son couzin tot droit,
Mierci proiier et querre ale
Del paumier et de sa maisnie,
Et des Valencenois ausi
24900 Ki traiie I'orent ensi.
Mikious de Harnes et Radous
Vont od li, et mesire Ernous.
Plainte s'est et li rois Vox .
Confortde Va , s'ei go'i ,
24905 Et dist qu'il li rendra sa ti&re ,
* Car il estoit ci& de la gierre ,
Si que Flandres tenoit de lui :
Si l'osteroit de eel anui .
A Tornai manda ses bourgois
24910 Qu'il l'ounourassent plus qu'an^ois;
Et li rois , ki point ne targa ,
Viers sa ni^ain s'acoraga.
Tout esrant , pour yeoir le giu ,
24885 Li quens de Namur, Philippe II de tesse Jeanne, Itait l'oncle du roi Louis VIII,
Courtenai , qui refiisa le trone de Constanti- fils d'Isabelle , soeur deBaudouin.
nople. 24912 Tiers sa niecain , Du Cange : vers Sa-
24889 Pour saint Marciel, Du Cange : par niecain , M. Buchon : vers Saniencain, comme
son martiel, M. Bucbon : par saint Marciel. si e'etait un nom de lieu. S'acoraga, dirigea sa
24896 Couzin, Baudouin IX , pere de la com- pensee.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
469
Fist la contesse de Biel-giu ,
24915 S'anlain, aler a eel termite,
Et moult bielement li endite
Qu'ele soit od lui tempre et tart.
Et , pour connoistre le regart ,
La dame mut et si Tint \k ,
24920 Et fr&re et conte 1'apiela ,
Et reubes et guiaus en prist ,
Mais de fr&re rien n'i aprist ;
Ne connoistre ne raviser
N'el pot, tant s^uist deviser.
24925 Et non pourquant larges estoit
Et ?ou qu'il ot as siens partoit.
Mais fos estoit en contenance
Et en parler et en sanblance.
La dame de Biel-giu, ki vit
24930 Que tout l'orent si encouvit ,
Triuwes i prist par convenant
Que , sauf alant et sauf Tenant ,
Trairoit al roi , sen droit signor,
Lb dame <le Beaojcu,
soeur de l'empercur
Baudouin , est cn-
voyee vers l'ermit e
deGlan^on.
Elle ne le reconnait pas.
Alors elle 1' engage a se
rendre aupres du roi
de France.
24914 Biel-giu, Beaujeu.
24915 S'antain , sa tante , Du Gange et
M. Buchon : Santain. II faut entendre Sybille ,
fille de Baudouin VIII , comte de Hainaut et de
Flandre, laquelle mourut le 9 Janvier 1226
(v. 8.), veuve de Guichard IV de Beaujeu. Quel-
ques-uns font £pouser a Sybille, Gerard de
Ligny , mais Du Ghesne est conforme a Philippe
Mouskes. Voy. Du Gange, Tablet chronolog., a
la suite de son Hist, de Constantinople , &1. du
Louvre , 1657, in-fol., p. 507. Sybille etait tante
du roi de France, Louis VIII , par sa soeur Isa-
belle, femme de Philippe-Auguste. Cefut, dit
une chronique, une tret -bonne et tret- devote
dame, et e'est ce qui l'aura fait choisir dans la
circonstance presente, ainsi que sa quality de
soeur de Baudouin IX.
24917 Tempre et tart, tdt et long-temps.
24919 Mut, se mit en route.
24921 Reubet, ce mot signifie proprement des
habits ; il designe aussi quelquefois des meubles
en general. Honore Bonnor, dans son Arbre det
bataillet, se pose cette question : Si juttement
on pent demander a un pritonnier finance d'or
et d' argent , ne de robet a ta volonte. De la le mot
de rober, piller. Du Gange, Villehardouin, eel.
in-fol., p. 568. Des presens de robet sefaisaient
non-seulement par les superieurs a leurs subal-
ternes , mais par les plus grands personnages a
leurs egaux.
24925 Raviser, reconnaitre.
24927 Fos, faux.
29850 Si encouvit , mis en si bonne situation ,
si bien servi j convine , couvine, est explique par
Du Gange par rerum ttatut, Glossaire de Ville-
hardouin, ed. in-fol., p. 558.
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470
CHRONIQUE
Les dues dc Brabant ct
de Limbourg vien-
nent trouver le faux
Baudouin.
Le roi de France lui
fait subir un ex a men.
Et de lui recevroit s'ounour :
24935 C'iert ses oncles et il ses ni&.
Otria li, tant fu proii&.
A quinsainne fu li jors mis
A Pteronne, par leur amis.
Mais l'enpir&te de Glancon
24940 Cantera la d autre lanfon.
A C ceyaliers prist ostel ,
Si boin qu'en la vile n'ot tel
De viande et de luminaire ,
Pour la truandisse mious pi aire.
24945 Es-vous le pais esm&i :
A la quinzainne sont mlu.
Le due de Louveng ot mand£
Et s'a Waleran anient ;
Et d'emper^our et de conte
24950 Ot fait saiiel a fause monte.
Et quant prest furent de mouYoir,
Pourciession a Dieu le voir
Pour le droit oir fist-on maint liu.
Cevalier rauevent et cour liu ,
24955 A Pteronne sont ostein ;
S'ot li rois ja tant aval^
Qu'en sa sale estoit a Pi^ronne.
Tout droit entre midi et nonne
Sont asambte a parlement,
24960 Et li rois la moult doucement
24959 L'enpirele, par derision l'empereur,
comme nous disons princillon 7 roiielet ; Du
Cange : Vempirere.
24944 Truandisse, pour mieux plaire aux
truauds , a la canaille. Le roman des Mauvais
Gordons a rendu le sens de ce mot familier
m£me aux femmes.
24947 Le due de Louveng , Henri I er ou II ,
dit le Guerroyeur.
24948 Waleran, Waleran III, due de Lim-
bourg , de 1221 a 1226. Du Cange : JTalecan.
24950 A fause monte, a Causae empreinte.
24952 Dieu le voir, le vrai Dieu, Dieu auteur
de toute virile.
24954 Chevaliers et cour changent de lieu ,
cour liu , Du Cange et M. Buchon : Courliu.
24956 Ja , Du Cange et M. Buchon Id; avale ,
descendu , fait du chemin.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
471
A raisniet; se li demanda
U c'iert que sa femme espousa ,
Et il ne Ten sot dire voir.
Puis li demanda , par savoir,
24965 U li rois Felipes fait Tot
Cevalier, et dire n'el sot.
Et puis li demanda, sans plait,
U il li ot homage fait;
De ces III riens ne sot-il une ,
24970 Et s'est une cose commune ,
Ne point ne l'estevoit cr&nir ;
Ainc disoit k'il voloit dormir
Et disner, et puis revenroit
Et sa demande li diroit.
24975 Li rois li dist : « Vous dormir&
Dedens ma cambre, et disner&. »
Quar il ne vot q'allors alast ,
Pour 90U qu'autres ne li nommast.
Et comment li &iist-il dit ,
24980 Quant rien n'i sot ne rien n'i vit?
Et non pourquant disoit li buens
K'il estoit emperere et quens.
Moult a de barat sour le trosne.
Atant li ab& de l'Aumosne
24985 Fu hucies, si Fa conn&i ,
(Cou li a moult gri^ment n&i ,)
Qu'il Tot en la fbriest d'Argonne
Y^ut p&iant, s'en ot la gonne,
L'ermite est rcconnu
* la cour de France.
34961 A raisniet, s'est mis a raisonner, ratio-
cinari. M. Buchon : araisniet.
24964 Par savoir, M. Buchon : pour sa-
voir.
24969 De ces III riens, de ces trois choses.
24970 Et pourtant e'etaient choses faciles.
24978 De pear qued'autres ne lui apprissent
ce qu'il ignorait.
24981 Li buens, les bonnes gens.
24984 Li abe's de VAumosne, l'abbe de l'Au-
mdne ou du Petit Citeaux, pres de Blois.
24986 Griement; en deux syllabes seulement.
Ne'u , nui.
24987 La foriest d'Argonne , dans la Cham-
pagne et le Barrois.
24988 Pe'nant, penitent; la gonne , Thabille-
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472
CHRONIQUE
Et cil de Keu li ot preste
24990 I haubierc, la u ot este;
Et I ronci , quant il f u la ,
Prist-il, et k tout s'en ala.
Li paumiers a conn^u tout
A fier sanblant, a cuer estout;
24995 Et le vesques d'Orliens ausi
La bien reconn^ut ensi ,
Qu'il s'avoit fait conte de Blois ,
Par son barat et par genglois.
Le vesques de Biauvais atant
25000 La reconn^ut maintenant,
Quar il l'orent en leur prison.
Andoi par tele mesproisson ,
Voiant tous , Font ensi prov£;
Et li rois la lues cong& ,
25005 Si l'a de sa ttere bani :
Ensi ont le paumier honni.
Mais , comment que il li anuit ,
A Valenci&nes Tint par nuit.
Lor osteus wident renc a renc.
25010 Li Hainnuier et li Flamenc
A la contesse s'acorderent
Et boins ostages li donnerent.
Li rois s'en ala Tiers Paris :
Si a moult de la gille ris ,
25015 Mais Yalencenois s'ont turki^ ;
ment, I'accoutrement de penitent. Dansleroman
(VEustache le Moine, p. 16 :
Vest une goune k lees manches.
ibid., p. 19 :
Rouges sollers et blancLc gonnc.
24989 Cil de Keu,\e seigneur de Queue? Un
Anselmus de Keu est nomme par Jacques De
Guyse parmi les croisea de Tan 1200 , XIII, 276,
Id. de M. De Fortia. Mais dans les textes r as-
sembles par Dom Brial , il est appele Anselmus,
Anser ou Ansiau de Kayeu , de Keu , de Caieu ,
Chaeu, de Catena. Hist, fr., XVIII, 97, £,
569, E, 454, A, 449, E, 471, A, etc.
24999 Le vesques de Biauvais, d'autres disent
Teveque de Liege.
25009 Lor osteus, leurs domiciles.
25015 Valencenois, P. D'Outreman qui, dans
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DE PHILIPPE MOUSKES.
473
S'ont leur iermite rehucte
Et autre fois rass&ir^.
Mais a eauis Font endur^.
Li rice bourgois qui le sorent ,
25020 Prendre le vorent , si ne poreat ,
Quar la menue gens s'escrie.
A S*.-Jehari, en I'ab&e,
L'ont mis et les enfans Boucart.
Ensi leur annates depart,
25025 Quar il erent desmesur£.
Despoz^ furent li jur£;
Sire fisent jur& noyiaus ,
Ce fu outrages et reviaus.
Et si ont commugne jur&,
25030 Ne sai comment ele ert dur^e ;
Et si ont bien lors murs hourd&,
Et de nouyiel fais et fond&.
Valenciennes jure la
commune.
son Histoire de Valenciennes, 1639, in-fol.,
pp. 154-157, invoque, a propos du faux Bau-
douin, le temoignage de Ph. Mouskes, ne dit
rien de cette obstination des habitans de Valen-
ciennes, croyant sans doute l'honneur de ses
compatriotes interesse a son silence. S'ont turkie,
les glossaires romans ne sont d'aucun secours
pour comprendre cette locution , dont il est
peut-etre possible de trouver Implication dans
le dialecte de Valenciennes et du Hainaut en
general. Dans ce dialecte, truque , signifie finesse,
fraude, imposture, et semble yenir de l'alle-
mand trug, qui a la meme signification , ou de
trugen, triegen, tromper. S'ont turquie ou
s'ont truquie'j voudrait done dire ont intrigue',
ont voulu jouer de finesse (?).
25019 Le sorent, connurent rim posture.
25022 A S l ,-Jehan , on fait remonter l'origine
de cette abbaye a Tan 687. Parmi les reliques
qu'ony conservait, on cite V index de saint Jean-
Baptiste , apporte par un gentilhomme qui
disait l'avoir eu en don de Baudouin , empereur
Tom. II.
de Constantinople, celui-la meme pour qui se
faisait passer Termite de Glancon. Ce gentil-
homme retournant par mer, de la Grece , ou il
avait suiyi ce prince , et se trouvant a la mort , en
fit present a un bourgeois de Valenciennes, ap-
pele Pierre ; celui-ci le donna a I'eglisedeS*.- Jean,
Tan 1221 j ce qui est exprime dans ces vers :
A Balduino Grarcorum rege latino
Baptist* petiit digitum , sumensque petitum
Miles: dum veheret, reditumque perarquor haberet,
Mortis ibi subiitfatum , digitum que sacratum
Attulit hunc nobis , nostras Petrus accola gentis.
Donation nobis A. XXI mille ducentis.
P. D'Outreman , Hist, de Valenciennes , p. 409.
25024 Depart, distribue ses fayeurs.
25026 Jure, magistrats municipaux.
25027 Sire j seigneurs, administrateurs de la
yille. Une charte de Baudouin et de Richilde,
donne aux magistrats de Valenciennes le titre de
seigneurs de ceste ville. D'Outreman, p. 555.
25028 Outrages, exces ; reviaus, f^tes bruyan-
tes.
25051 Hourdes, renforces.
60
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474
CHRONIQUE
Arnoul deGavre, Bou-
chard de Gierre, Bar-
ras d'Estrepy.
Arnoul d'Esne, Nico-
las et Gautier de
Quicvrain, Baudri et
Brogoarddc Denain,
les seigneurs de Yen-
dcgies ct de S*-Au-
berl.
Les rices ont pris et raiens;
Ce ne fu pas raisons ne biens.
25035 La vile ont li raillor widie ,
Ki de par aus n'iert rien aidii.
Ernous de Gavre en est partis
Et Boucars de Gierre aatis ;
Baras d'Estr^pi sen ala ,
25040 Ki mariscaus ot est<* la.
Pour a'ie ne pour avoir,
Ne pot Boucars set fius r'avoir.
Ernous d'Aisne, qui vit I'afaire,
Se tint par lui a son repaire ;
25045 Nicole et Watiers de Ki&rreng,
Baudris et Brognars de Deneng,
De Vendougies , de Reumont
Et maint autre rem& i sont .
Et si ot tel de S*.-Obiert,
25033 Raiens, ranconnes.
23038 Boucars de Gierre , de la m&me famille
probablement que le Gerard de Geri , mentionne
par Gislebert. Chr. ed. du marquis Du Chasteler,
p. 139, Hist, fr., XVIII , 578, D.
23039 Baras d'Estrepi, sous Pan 1182, Gis-
lebert cite Baudouin et Renard d'Eslrepy, ou de
Strepy , parmi les chevaliers du Hainaut. Hist,
franc., XVIII, 368 A, D. Alard de Strepy in-
tervient a une charte de Fan 1223, ib. 9 391, A.
Quant au nom de Baras, on le trouve dans le
roman d'Eustache le Moine, p. 11 :
Travers, ne Barra, ne Haimes
Ceversn'est, au surplus, qu'une allusion au
fabliau de Barat et de Hairnet, ou des Trots
larrons, par Jean de Bores, imprime dans les
Fabliaux et Contes , ed. de 1808, IV, 235.
Li uns avoit a non Haimes,
Et Baraz , ses frercs germains , etc.
23043 Kievreng, cette terre passa au com-
mencement du XIV siecle , dans la maison de
Lalaing, par le manage de Simon IV, grand-
bailli de Hainaut en 1558, avec Mabaud d'As-
premont, dame de Quievrain, filledeGeoffroi HI,
sire d'Aspremont et d'Isabelle, dame de Quie-
yrain et d'Amblise. Suppl. au nobil. des Pays-
Bos, 1420-1555 , p. 90. De Francquen, Recueil
historique, Lalaing, p. 2.
25047 Vendougies, Robert de Vendegies ftit
prevdt du comte a Valenciennes en 1417. II por-
tait d'or a la roue de gueule. Reumont, dans
la liste des prevdts du comte a Valenciennes
(D'Outreman, Hist.deValenc., p. 563), on trouve
en 1366, Gilles, seigneur de Ruymont et de Berel-
le. II porta it bandd de six pieces d'or et de gueule.
25049 &.-0biert, on trouve Gilles, Gerard
et Hugues de S t .-Aubert ou Obert, Hist, fr.,
XVIII , 368, C , 590 et seq. 419 n., 425, 549 n.
A, B, 591. A, 629 n. Cetait une famille du
Hainaut , qui poss^dait des terres dans l'Ostre-
vant. Gerard de S'.-Obert est appele cousin du
comte. Jacques de Guyse , t. XII , p. 417, fait
d'apres Gislebert , le recit d'un duel soutenu en
presence du comte Baudouin , par Gerard de
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DE PHILIPPE MOUSKES.
475
25050 Con ne tenoit pas a bobiert.
Et la contesse a pris consel ,
D'aus asegier fist aparel
Ses provos Watiers de Foriest ;
Menu et souvent , sans ariest,
25055 £aus qui sa dame orent gierpie
Pr&, guerroia et espie.
Quinzainne demora ensi;
Mais li hiermites s'en issi
Par nuit , sans perde et sans ahan ,
25060 O lui l'abet de SWehan
Et d autre gent jusques k X;
A1& sen est et nuis et dis.
Mais la contesse le fist sivre;
Si li vot a Niviele nuire ,
25065 Mais Nivelois Font ddivnS,
Si li ont sauf-conduit livr£.
Yiers Coulougne s'est adr&i&.
Moult fu regards et huci&.
Et non pourquant a ostel vinrent ,
25070 Auques hautement se maintinrent.
Et quant on avant le conta,
Li faus ermites ki doula ,
Pour Farcevesque se tapi ,
Quar il n'ot bourdon ne espi ;
25075 A son aM dist sinplement
Que il iroit a parlement.
Le prev6t du comte a
Valenciennes.
Le* habitant de NireUe*
favorables au fanx
Baudouin.
II se rend a Cologne.
S'.-Obert , contre Robert de Beaurain.
25055 Watiers de Foriest, sous l'an 1262 , le
prevdt du comte, a Valenciennes, est appele* par
D'Outreman Watier de Ferieres; sa liste ne com-
mence qu'en 1257, c'est-a-dire douze ans apres
Faventure de Termite de Glancon. Da Cange et
M. Buchon, Forest, arrest.
25054 Menu, JUL. Buchon, qui change toutela
ponctuation de ce passage , ecrit mena. Menu,
en detail et sans s'arr6ter.
25060 L'abet de S*.-Jehan , l'abbl , en 1225,
s'appelait Andre* ou Adam. D'Outreman , Hist.
de Valenciennes , p. 412.
25065 Sivre, Du Cange el M. Buchon : suire,
ce qui rime avec nuire.
25074 Bourdon ne espi, ni bourdon , ni 6pieu ,
figurement defense. II est question d'un pelerin
et d'un ermite.
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476
CHRONIQUE
Llmpotteor s esquire.
Les cl& des coffres li douna,
Mais a vant cop tous les vuida ,
Qu'il vot aler outre le Rin.
25080 Or oi& com fait pterin
De sa gent qu'il ot asanbtee
S'est partis la nuit a embtee ,
Et quan li abb& yuis trova
Les coffres , a fol se prouva ,
25085 Or i paru sa boine fois.
Dementrues si ont a d£fois
Yalencenois mis lor pais;
Prendent Taces , pors et brebis ,
Garni se sont , si ot hustin
25090 Souvent al yespre et al matin .
Et gent ocise et prisons pris.
Si fu la Tile de grant pris
Tout ensi atendant la b£e ,
Ont la ttere entour aus reub^e.
25095 Et l'empereres afustis,
Ki les gi&rais avoit rostis,
Se mist empirant en l'empire ,
Ne sai s'il i cante u souspire.
Li I I'apieloient Norman ,
25100 Li autre Raoul l'Aleman,
Et li plusiour Gierri de Mi& ,
Le fil Biertin, tout al plus pri&.
Ce fu miervelle trop facte
25079 Qu'il, parce qu'il.
25085 Fnis, yides.
25084 A fol se prouva, reconnut sa folie.
25086 Dementrues , dans l'intervale; a de-
fois, en defense.
25095 La bee, Tobjet de leur desir, le succes
de leur entreprise.
25094 Entour aus reube'e, Du Cange et M. Bu-
chon : entre aus reube'e, le dernier, pour la me-
sure, ecrit reube'e, ce qui est contraire a la
prononcialion du temps.
25095 ^/u#*t*,fute,ruse.
25096 Gie'rais, guerets ; rostis Us gierais ,
bruler, comme on dit, la politesse.
25097 En I'empire, sur les terres de l'einpe-
reur d'Allemagne.
25101 Jfu*,Metz.
25105 Fae'e, qui tient du sortilege.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
477
Duns hate, d'autres amfe,
25105 Qu'il ne sayoit de rien canter,
Si pot tant de gent encanter.
Vesque et abbi le virent nut,
N'onques om par gou n'el connut.
Se $ou fust li quens Bauduins ,
25110 C'est la Y<5rit& et ia fins,
Dieux euist fait pour lui miracle ,
Autre tant com pour S*.-Fiacle;
Et s'il fu truans ne leciere ,
Trop est de haut cuer, par S*.-P6re,
25115 Qui duc^e, cont&, empire
Vot gainer a tel mestire.
Et les sages fist comme fos
Croire ses dis et ses boins cos.
Caus de SWehan l'ab&e
25120 Fist-il muser a la fblie.
Ses grenons r£re li faisoient ,
Pour saintuaires les guardoient ;
Et cil de Bine, sans nul desdaing,
Burent plus d'un mui de son baing.
Credulite de ceux tie
l'abbaye de S'-Jean ,
a Valenciennes, et des
habitans de Binche.
25105 Canter, repondre sur les questions
qu'on lui adressail.
25107 Nut, nu.
25109 Rep&ition.
25112 &.-Fiacle, S'.-Fiacre.
25115 Leciere, ayenturier , d£bauche.
25114 S*.-Pere, S'.-Pierre. Du Cange et
M. Buchon*: St.-Piere.
25116 Mestire, pour mestier, a cause de la
rime.
25118 Ses boins cos , ses boos coups, ses bona
tours.
25120 Muser a la folie, iJ en fit des musards
et des fous.
25121 Grenons, moustaches ou favor is. Du
Cange laisse ce mot en blanc et met en marge
gueneux. M. Buchon : guernons. M. Francisque
Michel en illustrant le texte du joli roman de
Gerard de Nevers ou de la Fiolette, a cherche
dans le bas-breton, granus, greno , l'etymologie
du mot grignon. M. Raynouard (Journal des sa-
vans, avril 1855 , p. 210), la tire , plus naturel-
lement selon nous, du latin crinis, d'ou crin,
langue d'oc , gren , poil, moustache.
E donsel barbut *hgren.
Le moine de Montaudon.
puis greno, grigno, grino. Dans le Roman du
Renart, on trouve cette imprecation :
Que Dex maudie ton grenon !
P. Chabaille , Sup pi., p. 161.
25122 Saintuaires, reliques.
25125 Bine, Binche. Ici Ph. Mouskes joue
sur les mots.
25124 Baing , l'eau ou il se lavait.
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478
CHRONIQUE
Conferences au Qaes-
noy.
Les habitant de Valen-
ciennes cherchent a
etendre leurs fran-
chises et droits de
commune.
25125 Sagement entr'aus s'enbati ,
Et plus sagement s'en parti ,
Quar nient plus, com s'il fust nuituns ,
Ne sorent qu'il derint cascuns.
La despendirent $ou k'il orent;
25130 Revenu sont, al mious k'il porent,
Li ab& et si eompagnon
A Louraing, de fi le sot-on.
Ne la n'en sot rien qui li plaisse,
Ainc fu honteus et k malaisse
25135 De $ou qu'il avoit tant cr&i
Le faus ment&mr descr&i.
Et la contesse , ki quidoit
Ses hommes ratraire k son droit.
Des Valencenois docement
25140 Fist commencier I parlement.
S'ont li Valencenois eslius
XII houmes, trestous k lor kins,
Et si ont jur£ k'il tenroieat
Cou que cil XII leur diroient.
25145 Ceraliers IIII et VIII bourgois
I tramisent k biaus conrois.
A Haimon-Kesnoit asambl&rent,
Et d'un et del ass& parterent.
Cil de Valenci&nes, a ciertes,
25150 Et leur damages et leur pertes
A la contesse demanderent,
Et en apri& si deviserent
Que leur kemugne fust eatable
25127 IVuituns, latin. Voy. l'lntroduction.
25138 Ratraire a son droit, ramener a l'ob&s-
sance envers elle.
25142 tftu*,cbo«.
25147 Haimon-Kesnoit ,Le Quesnoy , comme
on l'a dit pins haut. Cette designation vient
d'une legende qui attribuait la fondation de ce
Ken a Aimond ou Aymon , pere des qnatre preux
si c&ebres dans les romans. L'ancien sceau de la
ville portait pour inscription : SigiUwn Querceti
Aimundi.
25153 Kemugne, commune.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
479
Qu'il orent prisent del doable ,
25155 Ki decius les ot et soupris,
Et quan qu'il orent et partout pris
Vorrent k'il fust quite clam^,
Ne mur n'i &iist entam^.
Oiis com il se desfaisoient ,
25160 Que des grans maus que fais avoient,
Dont il estoient enivr^ ,
Voloient iestre d^livr^.
Mais la contesse et ses consaus
Respondi tot bri^ment a aus
25165 Qua sa mierci entirement
Seroient , u ja autrement
N'auroient pais a li nul jour,
Ne concordance ne amour ;
Qu'il avoient Flandres honnie
25170 Et tout Hainnau, par leur fblie.
Mais Valencenois disent bien
Ce ne feroient-il pour rien ,
Quar il auroient lor signor
Tout prest a leur besoing grignor.
25175 Atant s'en partent d'anbes pars.
Si fu li parlemens espars.
Lk se sont entre desf&
De mortel faide et afil.
En Valenctenes s'en rentrirent,
25180 Et pour desfendre sapresterent.
Faim et avainne et orge et bte
Par le pais ont asambte ,
Et si fisent bien lor besogne
Beponsc de la comtesse
et de son conseil.
LVssemblee du Qucs-
noy u'a pas de re-
sultat.
25172 Ce , Du Cange : li, M. Buchon : et.
25176 Espars, disperse.
25178 Faide, voy. ce que M. Willems dit sur
ce mot , dans rintroduction de Van Heelu, p.m.
II rapproche faida des mots teutoniques veete,
wierre. — Ph. Mouskes veut dire que dans cette
assembles on se voua reciproquement une baine
mortelle, et que les person nes du mdme parti
s'engagerent leur foi.
25181 Faim, foin.
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480
CHRONIQUE
Foiie des habitaDt de
Valenciennes.
Allusion au roi Artus.
En l'ab&e de Vicougne ,
25185 Et de haubiers et de bacons.
Par foi (ou ne fu pa* raisons
Qu'il ont leur dame d&*eub&.
La contesse ot par tot mand&
Sa gent, et pour aus as^gier;
25190 Mais ce n'iert pas fait de tegier,
Cil qui quidi&rent faire geu
Ont mis &s estoupes le feu ,
Qui des estoupes saudra fors ,
Quar petis estoit lor confors.
25195 Li vilains en reprouver dist :
Tant grate ctevre que mal gist.
Del faus truant qu'il atendoient,
Qu'entr'aus as&iret avoient ,
N'avoient confort ne mesage :
25200 Si les gaboient fol et sage.
A Valencienes l'atent-on ,
Ausi comme funt li Breton
Artu , qui ja ne revenra,
Trestout ensi leur avenra.
25205 Yalencenois sont devenu
Breton, ensi est avenu.
Mais Breton atendent folie.
Quar Artus ne revenra mie.
Cil de Valenci&nes ausi ,
25210 Comme fol, atendent ensi,
Quar se Dieux vint de mort a vie ,
£ou ne fera lor sire mie ,
25184 Vicougne , abbaye de Fordre de Pre- chon ecrit bacons.
montre , a environ une lieue de Valenciennes.
D'Outreman, Hist, de Valenciennes , p. 120.
25185 Bacons, il semble qu'il vaudrait mieux
batons, armes offensives de Unite espece, puisque
ce mot est voisin de haubiers , armes defensives.
Bacons, signifie chaire de pore, jambons. M. Bu-
25187 Qu'il ont, Du Cange et Buchon : si ont.
25195 Saudra fors, proprement jaillira de-
hors.
25195 En reprouver, en mauvaise part.
25196 Cievre, chevre.
25202 Li Breton, proverbe deja cite.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
481
Li quens Bauduins,ki mors est;
Quar il ne puet n a Dieu ne plest.
25215 Puis avint que par aatine ,
Par leur outrage et par corine ;
S'en ala d'Audenarde Ernous
Et ses couzins avec, Radous ,
Pour la contesse ki lor proie ,
25220 Et fisent aquellir leur proie.
Et Valencenois s'en issirent,
De$a et dela s'entreprisent.
Si fu mors Pi&res de Lausnoi,
Uns boins valtes, par grant anoi ,
25225 Et si ot des Valencenois
Mors , jou ne sai , u II u trois.
Si se d^partirent atant.
Mais puis i vint souvent batant
Watiers de Foriest, li provos,
25230 Et , tout si com cou fust hayos ,
Prendoit et reuboit le pais
De caus que sa dame ot hais.
Petit apri^s sa gent manda
La contesse, et s'es ass^ga.
25235 Si avint que fait fu ensi
Que descauc vinrent a mierci
Let partisans de la
comlesse en viennent
aux mains avec ceux
de Valenciennes.
Pierre de Launov.
Gautier de Forest.
25215 Aatine , animosity.
25219 Proie, prie.
25220 Aquellir, attaquer; proie, troupeau
pris en delit , dit Roquefort.
25225 Pieres de Lausnoi, Giselbert , dans sa
Chronique, parle de Gilles, de Simon et de
Gautier de Launoy, que M. Du Chasteler appelle
de Aunoit, traduction de De Alneto. Voy. pp. 80,
112, 252. Villehardouin dit que Gilles d'Aunoi
fut tu£ devant Thessalonique. Hist, fr., XVIII ,
467, D. Guillaume de Launoy, fut aussi de cetle
croisade. J. De Guyse, XII, 274.
25224 Uns boins voiles , un bon ecuyer. Du
To*. II.
Cange dit qu'il semble que la troisieme figure du
jeu de carles appelee valet, repr&ente le fib du
roi et de la reine el leur principal heritier , Vil-
lehardouin faisant assez voir que de son temps
on appelait ainsi le prince et successeur a l'em-
pire. Villehardouin, edition du Louvre, page
570.
25250 Havos, sac, pillage. Voy. v. 21050.
25256 Descauc, Du Cange et M. Buchon :
de caus. Descauc, discalceati, nu-pieds, comme
on dit encore carmes de'chaux. Quand on de-
mandait merci on se presentait pieds nus, quel-
quefois meme en chemise et la corde au cou.
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CHRONIQUE
Paix accordeca Valen-
ciennes.
Le faux Baudouio est
pris.
Erard de Cassenai.
Qui etait effect! vement
Termite de Glancon.
Li VII** houme et li jur£
Ki yiers li furent parjur^ ,
De Valenci&nes a S* .-Sauve ,
25240 Pour «jou que sa ptt& les sauve ;
Et si fu la pais deYis&
Et otroii^ et conferm&~
Entretant Tint une noviele,
A la eontesse fbrment biele,
25245 Que pris estoit li baret&re ,
Li faus quens, It faus emper£re.
Mesire Erars de Cassenai
L'avoit retenut par assai ,
A Rouges-moos en I oetel,
25250 U il cantoit et dun et del.
Et saci& k'il ert manestreus,
En son pais vallans et preus ;
Et moult l'amoient el pais.
Sot a non Biertrans de Rais ;
25255 Et s'ot a non Biertrans li Clos.
Pour ses dis et pour ses boins cos ,
Not tel gilleur jusqu a Bordiele.
25237 Li FII** houme, les sept-vingts hommes,
college de 140 citadins, dontne fait pas mention
D'Outreman, dans son Histoire de Valenciennes.
25259 A SK-Sauve, Du Cange : a grant sauve.
S'.-Sauve etait une abbaye voisine de Valen-
cienDes. D'Outreman, pp. 413-421.
25247 Erars de Cassenai, J. De Guyse, XIV,
418, et Cousin, Hist, de Tournai, IV, 59. disent
de Parthenay. Mais Parthenay est en Poitou et il
s'agit ici de la Bourgogne. Ce meme individu est
appele Erard de Chastenay, dans la Chronique de
S k .-M&lard de Soissons* Hist fr., XVIII, 722, B.
Un Erardus de Chancenaio, fut tue devant Acre,
en 1191, suivant Alberic de Trois-Fontaines ,
ib., 755 , A.
25248 Par assai, par essai , pour le mettre a
Tepreuve.
25249 Rouges-mons , il y a de ce nom un
bourg dans le departement du Doubs et un vil-
lage dans celui du Haut-Rbin. C'est du premier
qu'il s'agit , car Termite de Glancon fut pris en
Bourgogne.
25251 Manestreus, me'nestreus, menetrter.
25255 Li Clos ou Clots, le boiteux. Clss, dit
P. D'Outreman, Constanzmopelis Belgiea, p. 650,
significat jocos , lepores. Gette interpretation n'est
pas dans Roquefort j D'Outreman ne l'a donnee
que parce qu'il explique le v. 25255 , par le sui-
vant ; mais si on les separe par ua point, comae
nous Favons fait , li clos signifies a le boiteux , car
il boitait en eflet, ainsi qu'on le dira tout a
l'heure.
25257 Bordiele, Bordeaux, le pays des gti-
leurs.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
483
Ses pere ot non Ptere Cordiele;
S'iert om monsignor Clarembaut
25260 De Capes , ki moult set et vaut.
Et cil Clarembaus moult lament,
Pour ?ou que boos gilli&re estoit;
Qu'il ert souvent com p&ieans
Par hiermitages abitans,
25265 Et la prist-il une froidure
Qui fu tren$ an$ et aspre et dure.
Si pierdi leg ortaus des pi& ,
Qu'il disoit con li ot brissi&.
Et quant auques avoit aquis,
25270 Si revenoit en son pais ,
A son signor en repartoit,
Parquoi moult durement l'amoit.
Quant arieet& fu li truans ,
La contesse en fu trop joians;
25275 Et puis fist taut c'on li livra
Celui ki sa gent enivra.
Si le feroit, si com on doit,
Partout com tel moetrer au doit ;
Si vot que sa fauset& p£re,
25280 Quant il s'oza nommer son pdre.
S'el fist sour I ronci troter,
Haut escourcte pour le eroter,
Pour moustrer ks pi& sans ortaus
Cl^rembaud de Chappes.
Chtftiment da faux Ban
douln.
25259-60 Clarembaut de Capes, ne veu de Guy,
so croisa avec lui a la suite du comte de Cham-
pagne, ainsi qu'on le voit dans Villehardouin ,
£d. de M. Buchon , p. 5 , et dans J. De Guyse ,
XII, 274. Clerembaud , seigneur de Chappes,
4tait fils de Cl&embaud IV, et d'Helisande de
Trainel. Sod pere mourut en France, pendant
l'exp&lition de Constantinople , et lui-meme en
£tait de retour en 1205. Du Cange , sur ce pas-
sage, cite Ph. Mouskes, ed. du Louvre, pp. 254-
255. J. De Guyse au lieu de faire Clerembaud V,
neveu de Guy, en fait son frere. Le traduo-
teur traduit mal Guido de Capis par Gut de
Capis.
25265 Com pe'neans, comme penitent. Du
Cange et M. Buqhon : compeneatu,
25271 En repartoit, en faisait part.
25282 Haut eseourcie, fortement retrousse $
pour le eroter, Du Cange et M . Buchon : pour
recroter.
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484
CHRONIQUE
Ses homes et ses s&iescaus.
25285 Or li valu petit sa gille.
Amends fu jusqes a Lille ,
Loiies , sans nule autre mierci ,
Les pi& par desous le ronci ,
Et s'ot descouvierte la tieste ,
25290 Quant plus pleniere fu la fieste ,
Et fu mis en I pellori ,
Si qu'el virent si alori
Et par les mains et par le col ;
A guise de faus et de fol ,
25295 S'ot dapries lui une barboire,
Com diable cornue et noire ;
Et s'ot II ciens pendus encoste ,
Pour ensegne c'on d'ounour l'oste.
Entre le barboire et les ciens
25300 L'ostent d'ounour et de tous biens.
Apries si fu jus amends
Et par la vile pourmenes ,
Tot ausement com on fait Fours ,
Pour les lourdes et pour les lours;
25305 Et tout la u on le menoit
Disoit que m&iestreus estoit.
Tant que par le commant del roi
Fu jugi& pour son fol desroi.
S'a li jugemens despondu,
25310 C'on l'a trainet et pendu.
25284 Set homes, a ses hommes.
25291 Pellori, pilori.
25292 Alori, attach*.
25295 Barboire , masque. Ce masque n'etait
qu'aupres de lui, car youlant prouver au peuple
que Termite de Glancon etait un imposteur , il
eut 6te* plus que siugulier de lui mettre un mas-
que sur la figure.
25510 Pendu , D'Outremau , Constantinopolis
Belgica, p. 660, cite le passage suivant du Ro-
mant de Baulduin :
En le Halle de Lille fut le contc pendus :
Dont mout furentles gens dolens et esperdus.
A le salle S 1 .-Pierre sont les bourgeois courus;
Le contesse trouverent su un banc scant jus ;
Le fait luy nt conic, de quoy ils sont esmeus ;
Mais elle leur respond : « N'en donray-je un fetu. »
Ains estoit mout liee , s'en gracioit Jesus ,
Que ainsi fu pendu Bertrand li malostru.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
485
S'en doivent ieslre moult honteus
Si homme , qu'ainc ne f u maus teus ,
Que de leur dame , la gentil ,
Yoloient faire anciele vil ,
25315 Et d'un sierf avote, puant,
Boisteus , faus hiermite et truant ,
Yoloient faire emper&mr,
Conte et prince de grant ounour;
Et viestoient dras d'escarlates
25320 Ki sas deuist vestir et nates.
Pour ?ou se doit cascuns retraire
De mal penser et de mal faire ,
Quar de mal ne vient se maus non ,
Et li biens a tousjors fuisson.
25325 Adont s'ayint que Femperere
De Roume et de Pulle, pour rere
Les Sarrasins fors de Sesile
Ki n'el doutoient une bille.,
Ne Dieu ne voloient amer,
25330 Ot de la voie d'outremer
Respit II ans , par tel enkor
Qu'il douna II mil onces dor
Outre mer , al siervice Deu ,
Et M cevaliers a leur preu ,
25335 A son coust et a ses deniers ,
Et a II mil en dementiers
Liverroit pasage k son coust ;
Deviset f u a I aoust.
L'empercur Frederic II
retarde son depart
pour la croisade.
Et pins bas :
Jhenne la contesse , sam nul arrestement
Le prevost de Tournay fit lever vistement ,
Et ceux qui ocis furent avec luy easement ,
Et les fit enterrer avec lay noblement.
Et sen pere despendre fit-elle pleinement ,
Dcssns nne karette le mit-on pauvrement,
Et dales I«os l'abie le fit-on pendre au vent.
Oncques prince ne futtrahi plus faus semen t.
25515 AvoU, insense.
25520 Sat, sac.
25524 Fuisson , foison. A ce vers finit 1'extrait
de Du Cange et de M. Buchon.
25528 Bilk, bouleet non pas baton.
25550 La vote d'outremer, le voyage d'outre-
mer.
25551 Enkor, accord.
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486
CHRONIQUE
Le cardinal Roman
legal en France.
Et M galies autoesi,
25340 De tous biens garnies enai ,
A ses deniers i trametroit.
Que nus fors lui rien n'i metroit,
Et M wissiers, par leur consaus,
Pour passer armes et cevaus
25345 I liverroit a son avoir :
Ensi fa pour respit avoir.
Et apri& les II ans^ sans faille ,
Sen iroit fatre as tours bataille ,
Pour soucorre Jerusalem
25350 Et la tiere de B<*httem,
Aprils V mo is, ne plus ne Mains.
I kardenaus , mestre Roumains ,
Qui d&rist iestre sages pestres ,
Vint a Paris, nianda les mestres,
25355 Qui d'w&e f ramcise parleient,
Dont privilege ban aioient,
Conferral de II apoatoles
Et d'arcevesques a estoles.
Mestre Romams lor commanda
25360 A aporter <et demanda.
25343 Wittier* , e'est ainsi , dit Du Cange ,
en citant ces vers , FiUehardouin , in-ftfl., p. 265,
que les Francois appelaient les embarcations des-
tinies a passer les cbevaux, et que les Grecs
nommaient hippegi, kippagozi, hippagonet. Ces
navires sont appeles naves utaria , dans la
lettre de Hugues, comte de S*.-Pol, sur le pre-
mier siege de Constantinople. Godefroid , moine
de St.-Pantaleon de Cologne , sous Tan 1224,
les appelle utteria , et dit que cinquante de ces
navires suffisaient a transporter deux mille che-
valiers avec leurs ^destriers , et dix mille com-
battans , d'un ordre inferieur , avec armes et
bagages. Du Gauge croit que ces embarcations
ont reduce nom de ce qu'elles avaient des portes,
comme on le voit dans Joinville et dans Villehar-
douin. Le premier de ces auteurs dit en effet :
Et fut tmverte la porte de la nefpour faire entrer
not chevaux. De la vient que dans l'histoire du
marechal Boucicaut on se sert de l'expression
galies huittieret, de huts, porte.
25545 Liverroit, livrerait ; d ton avoir, de son
•avoir.
25552 Roumaint, Romaic, cardinal-diacre de
S t .-Ange. II vint en France , comme legat,
en 1225.
25353 Pettret, prettret, pr&tre ou pasteur.
25354 Let mettret , ces troubles provenaient
de ce que l'universite de Paris usait d'un sceau
different de celui de Teglise de Paris, ce qui en-
trainait la perte de droits fiscaux assez conside-
rables. Chron. Tunm., Hist, fr., XVIII, 309, D.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
487
Et H mestre li aporf&rent ,
Tout ensanble si li mostrerent.
Li cardenaus , en leur despi ,
Devant leur ions lor d&rompi ,
25365 Par son orguel et par folage;
Et li mestre ftirent yolage,
Arm£ se sont, si l'asalirent,
Et I sien home li ocisent.
Mais li rois Lo&s le sot;
25370 Si tramist al plus tos k'il pot
Ses siergaos et ses cevaliers,
Et avoec ses arbalestriers.
A force les out d^partis.
Ensi demora li estris,
25375 Et se ne fust blous pour le roi ,
Ocis l'&iissent a desroi.
Mais il iert des plus haus Romains ,
Del linage des Froiepains ;
S'iert parens le roi d'auqoes loing.
25380 Or li aida k son besoing ,
Quar petit li valust sa gille.
Droit a Bforges al concille
S'en ala, et li arcevesque
I ftirent, abb£ et &resque.
25385 Et si Tint li quens de S*.-Gille,
Ki n'i fist yallant une tille
De sa besougne, quant vint la ,
Qu'escum&iii& s'en r'ala,
Ausi com il i fu venus ,
Trouble* a Paris:
Concile de Bourges ,
1225.
Le comte de Toulouse,
Raymond VII, vient
inutilement y plaider
25365 Folage, deraison.
25566 Folage, legers , peu mode>es.
25575 Blout , seulement.
25378 Froiepains, Frangipani.
25582 Beorges, Bourges. Le concile de Bour-
ges se re unit a la Saint-Andr£, sous la pre-
sidence du legat Romain , assistl d'environ cent
evequesde France.
25385 Liquens de S'.-GiUe, Raymond VII,
fils de Raymond VI et de Jeanne d*Angle-
terre.
25386 Une tille, encore une comparaison
attenuante. TiUe , corde , ficelle , et aussi
douve.
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488 CHRONIQUE
25390 Voire plus, s'il pot estre plus.
Quar il ot tantes fois menti ,
Que nus a lui ne s'asenti.
Par trives fu aconduis la ,
Et par trives lues s'en r'ala.
25395 Et I et autre et li clergi&,
Ki la furent aparilli^s,
Se traisent tot a une corde ,
Pour Dieu et pour mis^ricorde ,
Que les Aubugois destruiroient
25400 Et grant pardon sour aus feroient.
I escrit fisent lues entr'aus,
Et s'i pendirent leur saiiaus;
A l'apostolie Font tramis,
Que li siens saiiaus i fust mis.
25405 Et l'apostolies otroia
Quan que li clergies li proia.
Quant on ot le brief despondu ,
Si a lues son saiiel pendu
Li pappe , et tantos li mesages
25410 S'en vint ari&re, comme sages,
A Mel&in , u li baron
Furent od le roi d'environ ;
Et s'i furent li arcevesque
Abbl, pr&at et li ^vesque.
25415 Si ont tuit de leur volenti
Au roi Lo^ys cr£ant£
nouvcii* crouadc can- Que d'Aubugois la crois presist ,
trelcsAlbigeois.1226. ^ ^ ^ ^^ ^ conque8 i dt ^
Tout quitement lui et son oir,
25596 Furent d 'accord. combattraient les Albigeois.
25398 Misericorde, ce mot rapproche* de des- 25403 L'apostolie, lisez Vapo stole et plus bas
truiroient , dans le vers suivant , et surtout des Vapostoles.
vers 25422—25426, est d'une extreme naivete. 25409 Li pappe, la regie voudrait li pappe s.
25400 Pardon, indulgences pour ceux qui 25418 Conquesist, conquerrait.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
489
25420 Cit& et castiel et avoir ,
Fors 90U que sainte glise monte ;
Et n'i tenist-on plait ne conte
Des Aubugois a espargner,
Clerc ne yilain ne chevalier,
25425 Ne feme ne petit enfant ,
Mais tout tuast-on raaintenant :
S'iroient li boin devant Dieu,
Et li mauvais en mauves lieu.
Et ki sour le roi mesferoit ,
25430 Entretant com il la seroit ,
N'i auroit nul si haut de lui
Qu'autel pardon n'&iist sor lui,
Com d en Aubugois a aler,
Et c'iert autant com d'outre mer.
25435 Et dut tenir li rois sans gierre
Tot en pais deqk mer la tie re.
Ensi Tapostoles manda ,
Et li rois ki sen amenda ,
Prist la crois et tout si haut conte.
25440 Et si , com la v^rit^s conte,
A tout le clergiet dut avoir
254215-28 Cette barbarie, avouee avec tant de
simplicity et presentee comme une chose louable,
est un trait caracteristique de l'lpoque. Qu'im-
porte qu'on egorge les femmes et les en fans?
Les bons iront devant Dieu. Quelle logique !
C'etait celle de ce bon moine de Gteaux qui , au
sac de Beziers , en 1209, s'ecriait dans son zele :
Tuez-les tons , Dieu connait ceux qui sont a lui,
Millot , Histoire lilteraire des troubadours , I ,
193.
25428 Le meme mot est ici sous deux formes
differences :
Ahi, mors, con ies desdcignouse ,
Ahi, con ics contralios.se ,
Ne deignes prendre les malves ,
Yivre les laisses tot ades
Toh. II.
Mais quant ti oel, li envios,
Yoient enfant bel et gignos ,
Ou baccler pro (preus) et vaillant ,
Ja n'el lairont jor Yivre avant.
Crapelet et Robert , Parte nope us de
Blots, II, 14.
Voyez plus bas un passage analogue de Philippe
Mouskes.
23431 Si haut de lui, quel que fut son rang.
25432 Aiitel pardon, semblable indulgence
serait accordee a celui qui le coin bat trait, comme
s'il avait com bait 11 les Albigeois memes ou les
infideles d'outre-mer.
25433 En Aubugois, dans le pays des Albi-
geois.
62
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490
CHRONIQUE
Asxassinat cle l'arche-
veque de Cologne,
7 novcmbre 1225.
L'eroperear fait la guer-
re en Italic.
Li roi$ le disme de l'avoir,
Tant com il i seroit en tasque.
Et diut raouvoir apri& la Pasque ,
25445 Et jusqu a VII ans la manoir,
II u ses gen*, par estavoir;
Et gens mener tout a son coust ,
An$ois que venist a laoust ,
Pour la tiere faire pupler
25450 De gent crestiene, pour capler.
Madame Blance l'otroia ,
La roine, c'on moult proisa.
En France vint dont tens noviele ,
Ki ne fu ne plaisans ne biele ,
25455 C'on avoit a Coulogne ocis
L'arceyesque. Gens dou pais,
Et li clergies fist autre lues,
Si com mestiers lor fu et w&s.
Puis fu-il pris et enroes,
25460 Et sour une estace encrues.
Sot sor lui fait I abitacle ,
Pour T^oir yenjance et miracle.
Droit a la porte de Coulogne.
L'empereres pour sa besougne
25465 S'en ala donques a eel tans
A force sour Qaus de Melans.
Ceste nouviele fu seue
En Aubugois et conneue ,
Qu'il ierent pris en tel haor.
25442 Le disme, la dime.
25445 Tasque , taxe.
25450 Capler, combattre.
25454 Vers repete souvent et qu'on trouve
dans d'autres ecrivains.
25456 Varcevesque , Engelbert de Berg, flit
assassine par lea ordres du comte d'Isenbourg ,
son parent.
25460 Enerue's , crucifie.
25461 Abitacle , espece de tabernacle . de
fierte , car le cardinal de Porto le fit mettre , le
25 fevrier 1225 , dans un tombeau", oik, dit-on ,
il se fit des miracles , et Henri de Molenark ,
successeur d'Engelbert, obtint que celui-ci
serait mis au nombre des martyrs.
25469 Haor, haine.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 491
25470 Si se croissi&rent de paour, Le$ Aii.gco.s eux-me-
_ . mes veulent se croi-
Comme pour aler outre mer, «*.
Con n'es p&jst de rien blasmer.
Mais cele crois k'il orent prise
Fu fause et de tous maus esprise.
25475 Car il douterent les Francois ,
Ki gr^v& les orent an$ois.
Toutes voies fist-on le don ,
Par la contr^e , del pardon ,
Tel com li pape Favoit dit ,
25480 Mais il i ot I contredit
Des kapiteles pour le disime
Que refusoient il m&sme,
Et non pourquant s'aparilloient
D'aler, cil qui croissiet estoient.
25485 Adonques vint uns arceveskes Arriv ^ e d »un archerc-
De $h mer, plains de bonnes t&ques , ^p/ 6 N '
Par samblant, et fu d'Armenie,
Une ttere de tout garnie ,
Outre la tiere d'Andioce.
25490 U il a maint castiel sor roce ;
Et s'iert arcevesque de Nique ,
La tr&s-grant , anciiene et rique ,
Et or I'apielon Niniy^e ;
Et si est v£rit& prov£e
25495 Qu'al tans anciien qui fu ja,
Ot tant de mauyaise gent la
Et de mescr^ans et de faus ,
Que Jh&u-Cris ot pitte d'aus.
Si lor fist noncier et savoir,
25481 Kapiteles, lisez kapittles , chapitres. 25493 Ninivee, Ninive. Nicee et Ninive ne
25482 II meirme , les memes. sont pas la meme ville. L'une est une ville de
25487 Par tmmblant, en apparence. Bithynie , 1'autre une ville d'Assyrie. Outre cette
25489 Andioce j Antioche. faute de geographie, il y a ensuite confusion du
25491 Nique, Nic^e. nouveau et de l'ancien testament.
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492 CHRONIQUE
25500 Par son engien, que tot pour voir,
Dedens XL jors sans plus ,
Seroienl destruit et confus
Et leur cil^s toute fundue ,
Se il , tout sans plus d'atendue ,
25505 Viers Jh&u-Crist ne s'amendoient ,
Et par biens fais ne sen ostoient.
Et il, qui Dam-el-Dieu douterent,
Fisent astinence et junerent,
Et fisent leur biestes juner
25510 Et toutes leur gens aiiner,
A bien faire et a Dieu proier,
Que pais lor yosist otroiier.
Et tr&s donques , j'el vous di bien ,
Ont-il este bon crestiien.
25515 Ensi cis om de Niniv^e
Fu venus en ceste contr^e ,
Com pour faire p&erinage ,
A loi de preudome et de sage ,
A St.-Tumas de Kantorbire,
25520 Dont il ot grans biens ois dire,
Et puis a monsignour S*.-Jake,
VII semainnes devant le Pasque ,
Et si vot aler as III rois.
Auques petis fu ses conrois ,
25525 Que l'arcevesques ot od lui ;
Legended!! juiferraot. Et dist qu'il Ot V&l Celui
Ki fu a Dieu crucifiier.
Cou li oi-on tiesmougner.
Et cil om , quant li faus Judeu ,
25530 Menerent crucefiier Deu ,
25809 Juner, autrement je'uner. 25520 Ou ; conform e au man uscrit.
25525 At III rois, a Cologne.
Renars, et si n'iert p»$ meryelle fl „ tfflrt r , T .«
Qu'a otmoult/eWle jour. **»» '«*« > Julf »-
P. CHABA.1LLE, Sup. au rom, du Renart, p. 2.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
493
Lor dist : « Atendes-moi , g'i vois ,
S'iert mis li faus profete en crois. »
Et li vrais Dieux se regarda ,
Si li a dil que n'i tarda.
25535 « Icist ne t'atenderont pas ,
Mais saces. tu m'atenderas. »
Et encor a tent cil eosi ,
K'il ne moru puis ne transi.
A} cief de C ans le voit-on
25540 Rajoyenir en eel roion ,
Et la , dient , teus gens i a ,
Qu' Ananias le baptisa,
Ki fu li uns des vrais profetes.
S'atendera cil ses d&ertes ,
25545 Et ne morra pas voirement
Jusques au jour del ju gem eat.
A Tournai , si com je l'aesme ,
Prist l'arcevesques son quaresme ,
Et d'aus XXX k'il ot, pour voir,
25550 De sa mesnie, a l'esmouvoir,
N'ot-il pas V ; ainc ierent mort
Et desreubet souvent a tort.
Outre Andioce V journ&s
Et plus , estoient leur contr&s ,
25555 Et li ^vesques de Tournai
Li douna del sien , bien le sai ,
25535 Icist, ceux-ci.
Iceste Tie , icest ahan
Mena plenerement un an.
Grapelkt ct Robert, Parte nop t us
de Blots, II, 12.
25558 Transi , passa.
25539 Alcief,<m bout.
25540 Rajavenir ou rajouenir, rajeunir.
25544 De'sertes, ce que Ton a merite. Eusta-
che Deschamps a fait une ballade qui a pour
refrain :
Quant fruit fault , desserte s'en va ,
ed. de M. Crapelet, p. 201. Dans ce vers desserte
signifie recompense j dans Ph. Mouskes ; punition.
25546 Sur la l^gende du Juif errant, con-
suiter Tlntroduction de ce second volume.
25550 A I'esmouvoir, au depart.
25555 L'eveque de Tournai &ait alors Gau-
tier de Marvis.
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494 CHRONIQUE
Et li kanonne , j'el vous di.
Ill jours i fu, puis s'en parti.
Deiivrance du comie Donques apri& cest tierme esrant ,
Ferrand. n
25560 Diut-on r avoir conte Ferrant.
Mais parmi L mil livres
Devoit Ferrans estre d^livres ,
Mais il demorroit comme pris
Tant qu'on auroit tout Fa voir pris.
25565 Et dans Roumains , ki li plus haus
Estoit de tous les cardenaus ,
Ot fait le pape confermer
Par son saiiel et aflfermer
Armtc dirigte contrc La meute sour les Aubugois ,
les Albigeois. r\wmt\ n» ■• • i
25570 Si com li rois le vot an$ois ,
Con tint k sage et a proissiet.
Li rois atant et si croissiet
Se traisent a Beorges droit ,
U li kardenaus l'atendoit.
25575 Et la se traisent tout de bout.
Povre et rice , li croissiet tout ;
Et de la traisent a Lions.
Sour le Rosne , bien le savons,
Si pass&rent communalment ,
25580 Et tout ensanble voirement
Les crisis devant Se traisent droit Tiers Avignon .
vfB018 * U il a maint rice dognon.
Mais saudoier ki la estoient ,
Pour le gaaing k'il couvoitoient,
25585 A esporon de \k torn&rent
Et dedens Avignon entrferent ,
U li bourgois qui les cr&rent ,
25565 Dans, damp, le seigneur Dom(inu$). 25582 Dognon, sice mot est de la meme famille
25569 La meute, Texpedition. que dognoier, s'ebattre, il signifie Ibattement.
25571 Proissiet, pris£. Peut-etre dognon est-il mis pour dongon , donjon.
25575 Toutde bout, tout dWtemps. 25587 Crtirent, craignirent.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 495
Contre le roi bien se garnirent ,
Et disent que parmi leur tiere
25590 Ne passeroit li rois sans gierre.
A XV liuwes entour aus,
Ne remest vile ne casaus ,
Dont il n eussent lor voloir,
U par voellance u par doloir. auwd« Avignon*.*
25595 Et de traison s'aatirent.
S'el deviserent et bastirent
An^ois que li rois i passast ,
Pour tant que de rien les outrast.
Viers Avignon se traist li rois
25600 Et si baron et ses karois ,
Et cil ki la dedens esterent,
Pour 50U que trop le roftloutdrent ,
S'apenserent de traisson
Enviers le roi , par mesprisson,
25605 Par outrage, non par savoir.
Traisent a lui pour pais avoir,
Moult sagement et par mesages,
Biens parlans et yisseus et sages,
Sans plait, sans corine et sans tence.
25610 Et 1'os iert venue a Valence.
La refu lor pais devisee .
Ki moult ot puis courte dur&.
A pries vint li rois a Orenges.
Dont Dieus ot grades et loenges.
25615 La revinrent cil d' Avignon,
Tout li plus sage , a esligon ;
25592 Casaus , Tillages, habitations. Casa , de Tours, ib,, XVIII, 514 et suivantes.
d'ou derive anssi case, qui tient un fief. 25615 Orenges, Orange. Cette ville apparle-
25594 Par voellance, volontairement ; par nail a la maison de Baux. De La Pise , Tableau
doloir, par necessite; doloir, souftrir, dolere. de Vhisioire des princes et principaute d' Orange,
25595 S'aatirent, se haterent de former un LaHaye, 1639, in-f'ol., pp. 75 et suiv.
complot. Voy. Matthieu Paris , Historiens /ran- 25614 Grades , lisez graces,
cais, XVII, 66 et suivantes, et la Chronique 25616 A esUoon, k chotair.
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496 CHR0N1QUE
Et amenerent leur consel ,
Garni de moult rice aparel ,
Et , tout ausi com me coulon ,
25620 A jointes mains , dusqu'al talon.
Pour ?ou k'il doutoient leur ti&re,
Au roi de France vinrent quierre
Mierci, dont il n'avoient point ,
S'il v&sent et liu et point;
25625 Car f&on i&rent et engri& ,
Si com vous or& en a pries.
Al roi furent venu de loing
Cil d'Avignon , a moult grant soing ,
Et disent qu'il voloient tuit
25630 Sa pais avoir et son conduit ,
Et passSsent en pais la vile ,
K'il n'i euist barat ne gille.
Et li consaus le roi fu sages :
Si demand^rent C ostages ,
25635 Et cil , ki tout le mal savoient
Et de lone pourv^u s'estoient,
Disent : cc S iff nor 1 mais la moitie. »
Ensi fu fait et esploitid.
A Avignon sont revenu ,
25640 Tuit le sorent grant et menu,
Ensanble traisent li signor,
Leur poestas et li grignor.
Si proumisent a povre gent >
Cevaus , dras et or et argent ,
25645 Et tousjors aquiter lor gages ,
Pour aler au roi en ostages ,
Et tost seroient d^livr^
Cil qui la seroient livr^.
25619 Comtne coulon, avec une feinte hu- 25624 Pour voir Tetat des lienx et de 1'armee
roilite. royale.
25620 Dusqu'al talon, courbesjusqu'a terre. 25642 Poestas, podesta.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 497
Or 60s des faus mescr&ns
25650 Qui li boins rois estoit cr&ms:
Et ses consaus lor ot requis
Que li millour i f usent quis ,
Et il en orent requis ?aus
Qui n'avoient valiant V S.
25655 Mais li povre vallet n'oserent
Cou refuser, s'el cr^anterent.
Viestus de vair et de samis ,
Les ont sor rices cevaus mis.
Et sour palefrois et sour murs
25660 Joiant s'en issent fors des murs ,
Comme fil des plus haus bourgois.
Or o"i& des faus Aubigois ,
Qui faisoient leur convenences.
Od $aus vinrent droit k Orenges ,
25665 Devant le roi les amenerent,
Et comme ostages les dounerent.
Que vous feroit-on autre conte ?
Par sanblant iereat fil de conte,
Et, pour mious acouvrir lor gille,
25670 Unes cles fauses de lor vile
Li aport&rent sagement ,
Et disent : « Biaus sire , esranment
Ven& en la vile et prend^s ,
Tant del nostre com vous voles. »
25675 Et quant le roi les vit tant simples
Comme pucieles a leur guimples,
Les ostages fist recevoir
Et garder auques par savoir.
Cil d'Avignon , sans plus rien faire ,
25680 Se sont tantos mis el repaire,
25650 Qui, a qui. lui donne Du Cange au v. 25224 , mais a peu
25654 PS, cinq tot, cinq sols. pres celui que nous lui avons conserve.
25655 Fallet, ici ce mot n'a pas le sens que 25676 A leur guimples , avec leurs guimpes.
To«. II. 63
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498 CHRONIQUE
Et li boins rois , fius Filippon ,
Qui n'i eatendoit se bien non ,
I vot de sa gent envoiier
U lui mesme gaus envoiier,
25685 Et por la cit£ recevoir,
Qu'il quidoit tot de fit avoir.
Mais fr&re Garins les gari
Et Difeux , qu'il n'i furent mari;
Et si vous dirai bien comment.
25690 Li rois Lo&s doucement
Gautier d'Avesnes, Ot le COUte de Blois maild^
comtede Blois. r4 . ,. .. j#
Et si li avoit coumande
Qu'a poi de gent avant alast
En Avignon et s'esgardast.
25695 Et li quens se diut aceemer,
Ne n'ot pas sa gent fet armer ;
Mais frere Garins esranment
Les rouva armer durement
Desous les dras , et efforcier
25700 De gent , et puis la cevaucier.
Armet se aont et si ont prise
L'ensegne au roi , de S'.-Denise.
Viers Avignon, u moult ot tors,
S'en vont apri& les traito rs .
25705 Et li ostage demorerent
En Tost, c'onques mot ne sonn&rent.
Uns povres om i ot I fil ,
Ki le cuer ot auques gen til.
Pour son fil iert moult irascus.
25710 De la cit^ s'en iert issus,
Al roi s'en vint ki l'ascouta ,
Et cil la traison eonta.
29684 Envoiier, ©onvoyer, accompagner. comble cette dignite, en faisant ordonner que
25687 Frere Garins , Feveque de Senlis , le chancelier aurait seance parmi les pairs,
qui fut chancelier de France et porta a son Voy. v. 23954.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 499
Mais li boins roi ne croi mie
Qu'il pensasent tele aramie
25715 Pour sa gent ocire n'atraire:
Et cil s'en est mis el repaire.
Mais toutes voies s'en douta
Li rois, qui celui ascouta.
Si le fist al conte savoir,
25720 Pour ?ou qu'il alast par savoir.
Li quens de Blois et sa mesnie
Et III mil d'autre baronnie,
D'Avignon , ki trop rice fu ,
U il estoient ja venu ,
25725 Pas£rent le pont et la porte .
Aprils l'ensegne al roi c'on porte,
Et l'ens&gne del kardenal.
Qui faite ert dun rice cendal.
Et quant tout furent entr£ ens ,
25730 Uns traitres de la-dedens .
Pour Francois prendre et afoler.
Laissa la porte jus couler,
Et s'ont deri&re aus I pont frait
Pour millour gage avoir d'ei frait.
25735 Lors quidi&rent le roi m&sme
Avoir li traitour en crisme,
Pour sa bani&re c'on portoit
Avoec sa gent ki la estoit.
Et quant no gent s'en fu perciute
25740 C'on l'ot ensi prise et d&iute ,
Lues ont lor capes deffubl&s
Et leur mains misent as esp&s.
Mais quant li traitour coisirent
Les armes , si s'en esbahirent ,
25715 Croi, le vers serait trop court s'il n'y 25755 Frait, rompu fract(us).
avait ere'i ou croioit. 25754 Frait, canal , fosse , pour £tre plus sur
25720 Par savoir, avec circonspection. qu'on ne franchirait pas les fosses? Trahison?
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500 CHRONIQUE
25745 Dedens la Tile s'enfermerent,
Et li nostre el bailie remesent
Entre la cit^ et I pont,
Si comme voirs le nos despont ,
Et crierent si haut Monjoie,
25750 K'il n'ot en Tost si sourt ne l'oie;
Quar l'os iert ja si aproismie,
K'il n'i ot pas Hue et demie.
Li quens de Blois bien s'i prova ,
Sa gent avant traire rova ,
25755 Maisons desfisent et trencierent,
Pins et sapins qui la pri& ierent
Deviers la yile si hourd&rent,
Que Qaus dedens petit douterent.
Et sacies k'il le fisent tost.
25760 Mais ki y&st le dol en Tost
Del roi avant et des barons ,
Ki cr^us orent les larons ,
Sougis al d&bles d'infier,
S'il n'^uist cuer plus dur que fier,
25765 Si le convenist a plorer
Et pour leur gens a Dieu orer.
Donkes fist li rois partot traire
Pour n£s avaler et atraire
A Qaus rescoure qui la ierent,
25770 K'il n'i burent ne ne mangierent
I jour et plus, il et lor biestes;
Et s'orent nuit et jor les tiestes
Armies pour aus a desfendre
Con n'i p&iist lor cors souprendre;
25775 Et s'orent, pour le grant forfait,
28746 El bailie, dans les fortifications. 25760 Dol, deuil.
25748 Voirs, ve>ite\ 25763 Sougis , sujels.
25751 Si aproismie , si proche. 25769 Rescoure, secourir.
25757 Hourderent, se fortifierent. 25771 11, enx.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 501
Par devers aus I pont desfait.
Et li rois ki n& ot mand&s.,
Les ot ]k si trfes bien hashes ,
Con les atournoit pour passer.
25780 Moult i couvint de gent lasser
Pour sa gent qu'il doutoit a perdre ;
Et fist les ostages ahierdre.
Poi failli k'il n'es fist ocire ,
Mais si baron l'ostferent d'ire.
25785 Par la tihre est li cris m&is
Que li rois estoit la yenus.
Lors yint as nos Martins d'Olive Marim <roiive.
Qui gent leur amena jolive
De bien aidier, et s'aport^rent
25790 Viandes ki les confbrt^rent.
Li quens de Blois , si com il dut ,
Le cr& et biel le re$ut.
Autresi fist-il sa mesnie ,
Et li autre, sans &lounie,
25795 Si commencierent esranment
Caus devens a graver forment.
Or furent no Francois refait ,
Et s'ont , a force , autre pont fait ,
Pour venir en l'ost et aler.
25800 De joie i v&st-on baler.
Puis furent as^giet a force sieged Avignon.
Pour tout prendre , et fust et escorce .
Et par la tiere et par le Rosne.
S'ot dedens mainte rice dosne .
25805 Cevaliers et siergans ass&.
25780 hatter laiSSer. Duce Martino cui dat cognomen Oliva.
25782 Ahierdre ,saisir. 25796 Devens, de dedans.
25787 Martins d' Olive, Alberic de Trois Fon- 25800 Baler, danser, d'ou bah
taines qui l'appelle Martinus de Olit, ajoute qu'il 25802 Et fust et escorce, expression prover-
etait espagnol. Hist., fr. XVIII , 781, A. Nicolas biale.
de Braie, ib. 9 XVII , 559 , C, dit : 25804 Dosne , de dosnoier?
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502
CHRONIQUE
Moult d'avoirs i ot amases ,
Quar tous li pais i iert trais.
Ass& i orent fait datrais ,
Et s'ierent garni a tos maus ,
25810 Gomme fol mescr&nt et fa us ;
Et li rois pour Tost ayancier,
Ot fait tous ses engiens drfoier.
Et commencierent a gieter
Nuit et jour, pour aus abiter.
25815 N'onques li rois pour raen$on
N'es vot prendre s'i mierci non .
Pour qou que lor Qens fu tensee
Et s'orent traison pens^e.
S'ayoient fait al roi savoir
25820 S'il poroient miercit avoir.
Pour $ou , se dist voir ki se dist :
Tant grate cievre que mal gist.
Et cist avoient si grat^
Et cunchii^ et barete
25825 Trestout le pais environ,
Qu'il estoient clam^ laron ;
N'apostole n'emper^our
N'avoient doute a nul jour.
Le signor d'Orenges ont-il
25830 Exilliet et mis a escil,
Et leur voissins, rices et poyres ;
S'es tint-on a fos et a offres.
Et, quant une n& i passoit.
25808 Atrais , preparatifs.
25814 Pour aus obiter, pour se loger dans la
ville.
215822 Ce proverbe a deja ete cile v. 25196.
25829 Le signor d'Orenges , De La Pits ne dit
rien de cela dans sa yolumineuse histoire.
25832 Offres (?), peut-etre (mais nous nous
defions nous~m£me de cette explication) pour
auffres {qui aufert) , ravisseurs , voleurs. II
semble que cette expression ait quelque analogie
avec ce passage du Renart :
Et tu seis plus barat et guille
Que nul truans , ne ft Anfreville .
M. Chabaille (Suppl., p. 384), al'air de prendre
ce dernier mot pour un nom de lieu , mais le
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DE PHILIPPE MOUSKES.
503
Le tierce part del sien laisoit
25835 Et li alant et li Tenant :
Dont ii ierent rice et man ant.
Et li rois et tous li pais
Les en orent moult eahais.
Et , si com Tos iert environ ,
25840 La-dedens ierent li kenon
Con apiele gargons ribaus ,
A tous maus aprest^s et baus.
Sen issirent a mienuit .
Dedens Tost se f&rirent tuit,
25845 Chevaliers et siergans tu&rent,
Et li Francois al cri s'armerent ,
Qui perdus orent lor amis ;
A force ont $aus dedens remis.
Dont jura li rois que jamais
25850 N'auroient a lui triuwe ne pais.
Asaillir les fist une fois ,
Et cil se misent al d&bis.
Mais li ribaut et la pi&aille
Lor tolirent a force I balle.
25855 Des cevaUers La moult poi ot ,
Ltes en f u li rois quant le sot ;
Et toutes voies cousta-ii ,
Des mors i ot et em p^ril ;
Mais plus i perdirent li lour,
Rfbaud*.
sens general de la phrase reprouve cette inter-
pretation , et je serais tente* d'ecrire :
Que nul truans ne d'aufre-ville
on offre-ville , sans cependant assigner de sens
precis a ce terme.
25840 Kenon, peut-etre kie'non, de kien,
roquets , chiens hargneux , canaille.
25880 Vers trop long. Lisez triu.
25852 Aldefotiy sur la defensive.
Onques por $ou n'eustes dejom
Que li caus sour vous ne kaist.
Lai d'Ignaures, p. 12.
M. Fr. Michel ; propose de snbstituer effroi a
defoit, mais ce dernier mot forme nn sensclair :
il signifie ici defense, protection contre letonnerre.
25854 Balle, barriere, porte avancee.
25857 Toutefois cet a vantage couta cher.
25859 Li lour, terme de mepris , qni signifie
moins ici la maladresse que la grossierete.
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504
CHRONIQUE
Amanry, chef tics in-
genieurs cl mincuts.
Machines He guerre.
25860 Qui furent faus et traitour.
Et non pourquant s'en renforcterent ,
Si que les nostres fors kacierent.
Ass^s en ont dit et bourde ,
Et puis leur bailie ont rehourd^.
25865 Apries n'i ot ne giu ne ris ,
Quar li boins mestres Amauris ,
Li sire des engign&nirs ,
Commandere des min&mrs ,
Et larges en mainte maniere ,
25870 Si yallans k'il portoit baniere ,
S'en fu al& droit as engiens ,
Et faisoit la douler mairiens
Pour adamager ?aus devens ,
Dont moult estoit faus li couvens.
25875 Et pour leur vies k'il doutoient
Moult asprement se desfendoient.
N'onques mais n'orent ^u si&ge
Dont il dounasent une friege.
Engiens et engign^ors orent ,
25880 Pour faire al mious de quan k'il porent:
Dont il gietoient $a defors
Pieres grosses a grans effors ;
215863 Bourde , lance des bourdes.
25866 Amauris, il est appele Amaury Co-
peau, dans la Ghron. de Tours. Hist, fr., XVIII,
315, E.
25867 Engigneours, ce sont les ingenieurs
d'aujourd'hui.
25868 Mineours, mineurs. Les vers 25866-
25872 , sont cites par Du Gange au mot ikgeniosi
de son Glossaire $ seulement au lieu de quar il
ecrit quant, et de mine'ours, il met minourt.
Daniel en rapporte seulement les trois premiers.
Hist, de la milice francaise , Paris , 1721 , in*4°,
I, 196. Les attributions d'Amaury passerent,
sous S*. -Louis , au grand-maitre des arbaletriers.
25872 Douler, unir, polir, travailler avec
une doloire , dolare : '
El une plainche bien dolee
Ont en I re les deus cron assise.
P. Chabaille, Suppl. au roman dm
Renart , p. 14.
Mairiens , pieces de bois , bois de construction ,
materiaux, materia.
25878 Friege, fraise, frag urn? Plus bas Phi-
lippe Mouskes dit :
S'orcnt £ut XII fois siege,
Mais a la troisieme sans friege
Furenl mate....
Dans ce passage, il est impossible d'expliquer
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DE PHILIPPE MOUSKES.
505
Qu'il orent ass& mangonniaus ,
Et tr&mk& et tumeriaus.
25885 Et s'orent moult ruiste pteriere ,
Ki gietoit avaut et ari&re,
Et par defors en ot ass& ,
Et duns et d'autres amas& ,
Si que defors et la-dedens
25890 En ont mors souvins et adens.
Mais I engien dedens avoit
Ki VII pieres u X gietoit.
Gieter le fisent a espars
Pour aler en diyierses pars ,
25895 Tant qu'une si s'en adr&a ,
Qu a mestre Amauri adr&a ,
L'engign&>r, le valiant omme ;
Si I'afronta et mist a somme
Que mors kai en la kariere.
25900 Et si fu lues port& ariere.
S'en fu li rois dolans forment
Et toute l'os en grant tourment.
Mais uns autres mestres i fu ,
Ki maint engien avoit seu
25905 D'uevre parant et afaitie.
S'en fu toute l'os rahaitie.
Et cil estoit n& de Marselle.
S'el retint li rois et conselle.
Sour II1I ruees fist engiens
L'iogenieur Araaury
est tu&
fridge de la m6me maniere , a moins que ce ne
soit un non-sens complet.
25884 Tumeriaus, machine de guerre propre
a lancer des pierres. Ces vers sont cites par
Du Gange , dans son Glossaire , au mot tombrel-
lcm.
25890 A dens , le contraire de souvins, su-
pini, c'est-a-dire renverses le visage contre
Tom. II.
terre. Ad denies?
25896 Les vers 25896-97, sont rapportls par
Du Gange, au mot ingeriosi.
25898 L'afronta, le fracassa; mist a somme,
et le mit au terme de la vie.
25905 Parant et afaitie, belle et bonne.
25906 Rahaitie, ranimee , rejouie.
25909 Ruees , roues.
64
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506
CHRONIQU E
Machines <le guerre.
25910 Et de cloies et de maidens,
Et pons torn&s a mantiaus,
Et kas et truies et castiaus ,
Et tumeriaus et tr^buk&,
Teus que nus ne valoit a ces.
25915 Mais cil de dedens, ki hardit &rent,
Quant il porent , leur enbraserent
Teus ki n'i furent pas rescous.
Si en pesa $a fors a tous.
Mais autre engien i furent fait
25920 Et avant et artere trait.
Mais li rois , pour plus seurs iestre
Contre Aubigois et pour leur iestre ,
Fist faire entre la vile et Tost
Boin palic et fosse moult tost ,
25925 Que cil mescreant renoii^
Fussent enclos et anoii£ ;
Et , par defors Tost , autresi
Fist palic et foss^ masi ,
Pour $ou que defors ne venisent
25930 Foles gens qui l'ost asalisent.
Et si fist li rois entremetre
De galies el Rosne metre
25910 C/ot>*,claies.
23910-13 Ces quatre vers sont transcrhs par
Du Cange, au mot tumbrellcm ; mais il alt ere le
texte en mettant :
Et pons torneis el casliaus,
Et tumeriaus et trcbukes.
25911 Pons torneis a mantiaus , ponts tour-
nans et converts.
25912 Kas, chats; truies, truies. Eustache
Deschamps dans sa ballade de la malediction sur
eeuls qui requierent a faire armes (p. 132 de
Ted. de M. Crapelet) , dit :
Dc canons , de pierres (et) carreaulx ,
D'espingales, du feu second,
D'engins , de truye , des mereaulx, etc.
Dans cette meme piece, il parle ainsi des fa-
meuses piques de Flandre , qui firent tant de
ravage a la bataille de Courtrai et sur lesquelles
on connait le passage de G. Guiart :
Des maces de Damas , de fliaux ,
Des piques que les Damans ont, etc.
Castiaus , chateaux ou tours mobiles.
25915 Vers trop long d'une syllabe. Lisez
comme plus haut :
Mais cil dedens , ki hardit erent.
dedens, de dens, de d'ens,
25924 Palic, palissade.
25925 Que, afin que.
25928 Masi, considerables?
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DE PHILIPPE MOUSKES.
507
Et pons desous faire et deseure.
Qu'aucuns dedens defors n'aceure.
25935 Et lors ayint que nos galies,
Moult ruistement aparillies ,
Gaitoient a celes dedens,
Ki plus tost s'aloient que yens
Quant eles veoient lor liu ,
25940 Quar yiseus irent et soutiu.
Mais parole en dis et en fais
Ot est^ eel jour de la pais ,
Et tant qu'a 50U furent venu
Que cil dedens , grant et menu ,
25945 Et les dames et les pueieles ,
Dont moult i ot hautes et bieles ,
Enfant et clerc et li conyiers,
Dont moult i avoit de diyiers ,
Se durent de la vile issir,
25950 Tot bielement et par loissir,
En pur lor braies, par devises.
Et les dames en leur cemises.
Et tout perdre lor remanant
Diurent li povre et li manant ,
25955 Et prendre la crois doutremer
Et de la tiere fors aler,
Que jamais nus n'i reyenoit
Se li rois cong& n'en dounoit.
Ensi fut fait , ensi f u dit ,
25960 Et li boins rois qui Dieux ait ,
Roumain le kardenal manda,
Ki I'afaire point n'amenda.
Quar li rois vot as poyres gens
Partir les plus vius garnimens ,
Avignon acccpte les
conditions les plus
durcs.
ParUge propose du
butin.
25934 Tf'acetirejii'accourt.
25947 Couriers, moines, religieox.
25951 En pur, expression conserved dans le
patois wallon , oil Ton dit aussi en purete , pour
signifier eire habit bas. Hecart, Dictionnaire
roue hi, 1835, in-8°, p. 572.
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508
CHRONIQUE
Louis VIII s'emporte
contre le cardinal
Romaic a l'occasiou
de ce partage.
25965 Caudrelac, paieles et pos.
Et, pour iestre mious a repos,
Vot repartir as chevaliers ,
As siergans et as saudoiers ,
Le vair et le gris et la soie,
25970 Et li clergies a la mounoie
Partist a moitiet contre lui.
Si s'en loast n'i ot celui.
Mais li kardenaus ki l'oi ,
De nule rien ne s'en goi.
25975 Ainc dist qu'ensi ert esploiti£
Qu'il aroit partot la moiti^
Et cascuns partist sa partie ,
v A son plaisir, sans aatie.
Et quant sa partie presist ,
25980 Dounast del sien la u vosist.
Mais li boins rois, ki sa devise
O'i , et sa grant convoitise ,
L'arme de son pere jura
Que la cose autrement ira.
25985 Et, pour qou qu'il avoit dit mal,
S'aira trop al cardenal
Et s'el clama faus et lanier,
Ne jamais n'en auroit denier.
Et dist li rois que , maugr^ sien ,
25990 Toute sa ttere r'aroit bien,
25965 Caudrelac, ustensiles de cuivre. La
Complainte de Dignant, dont nous avons cite un
passage dans nos notes sur la Recollection det
merveilleuses de Chastellain et de Molinet , pre-
sente ces vers :
Cy caudreliers , metier cha vos caudrous.
Dans cette meme Recollection , vers 553 , on
lit
J'ay veu la chaudreliere ,
Orgueilleuse Dinaot.
Et non pas chaudreliere, comme dans les aulres
editions.
25987 Lanier, M. Fr. Michel , dans une note
sur ce mot (Del conte de Poitiers, pag. 15),
dit que dans le MS. de la bibliotheque royale ,
n° 7218, fol. 256 recto, col. 1, on lit une piece
sur cette espece de faucon et sur la comparaison
qu*on fait avec elle de l'hoinme lache ou non-
chalant.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
509
Que ja Roume ne s'en menlast ,
Et s'il voloit si s'en r'alast.
Partant la pais , sans demote ,
Fu Qaus dedens contremand^e.
25995 Et dist li rois ki s'avanci ,
U il les auroit a mierci
U jamais a lui pais n'aroient ,
Ja cler denier n'en balleroient.
Et quant cil dedens qou oirent ,
26000 Moult durement sen esbahirent
Que plus ne fusent agr^v^ ,
Tant qua I main se sont \e\i.
Lor sodoier d'autres pais,
Que li rois ot moult enhais ,
26005 Pour qou que cil si faus estoient
Qu'avoec mescr&ms se tenoient ,
Arm^ se furent qoiement ,
Al rivage tot esranment
Sont venu , s'orent perc&ie
26010 Une galie rem^ue
Des nostres, qui gaitoit angois ,
Et toute plainne ert de Francois.
S'iert la galie forte et biele.
Pieres i fu de la Torniele,
26015 I ceyaliers preus et vallans;
S'en i ot autres ne sai quans,
Que mis i ot li rois m&smes.
Si f u Clarenbaus de Solesmes ,
L'accord avec la ville
est roropu.
Resolution dcsesperec
des habitant.
J'icrrc de la Tournellc.
Clcrcmbaud de Soles-
roes.
25998 Balleroient, bailleraient.
26002 I main, un matin.
26010 Remeue, restee?
26014 Pieres... de la Tomiele, ce nom figure
dans le* recits de la bataille de Bouvines ; il est
appele* Petrus de Turella ou Torrella, par G. Le
Breton, Hist, fr., XVIII, 99, B, 268, D, et Pierre
de la Torneles, dans les Ghron. de S*. -Denis, ib.,
411, E. Voy. v. 21815 et 22811.
26018 Solesmes, le bourg de Solesmes , chef-
lieu d'un canton de l'arrondissement de Cam-
brai, et oude jeunes ecclesiastiques , amoureux
de la science , ont voulu ressusciter Tordre sa-
vant des Benedictins, faisait partie du Pag us
Fanomartensis. On lit dans Aubert Le Mire , I ,
144, un dipldme du roi Ghlldebert III, qui
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510
CHRONIQUE
BrabanfODs dans les
rangs des Avignonais.
Mort de Pierre de la
Tournelle .
Qui siergans ert vallans et preus.
26020 Esvous atant des faus crueus
Et X et XV et XX et trente ,
Arm& de mainte armure gente ,
Et de Braibant et d' Avignon
Et del pais et d'environ ,
26025 Asaillie ont nostre galie
Ki n'iert encor aparillie :
Ainc quidoient bien que des leur
Fusent cil mauy&s bareteur,
Qui tout ausi comme laron
26030 Vinrent nagant sans aviron ,
Tant qu'il se sont as nos ahiers ,
Et par d'encoste et en traviers.
« Tra'i ! Tra'i ! )> hucent, et prendent
Les uns , et les autres pourfendent:
26035 De coutiaus , despees , de maces
Trencent bras, jambes, cos et faces.
Pteron de la Tornele ocisent.
Mais cil ki la v^rit^ quisent ,
Tiesmognent qu'il en ocist XX.
26040 Si com i'uns avant l'autre i vint,
Tot li autre i furent ocis
C'onques n'en pot avoir miercis ,
Fors Clarenbaut tant seulement
De Solesmes , ki durement
Domme celieu villa nostra, et le donne a l'abbaye
de S'.-Denis , en France. Ce dipldme est date*
de la douzieme annee du regne de Childebert ,
c'est-a-dire de Tan 707, et non 709, comme Fa dit
Colvener, on de 705 a 706 , comme la preteudu
Aubert Le Mire. LeGlay, Chren.de Balderic,
1834, p. 468. L'inventaire de Godefroy donne
706.
26020 Crueus, cruel* , se diaait autsi au fe-
minin singulier :
Li doux semblant qu'en ma dame veoie ,
M'ont plus greve qu'el nc me veuille aidier.
Cele me fut crueus a l'acointier.
F. Michel, Chansons du chatelain
de-Coucy, p. 76.
26025 Nostre galie, Ph. Mouskes parle comme
an francais , Tournai reconnaissant 1'autorit^ du
roi de France.
26051 Se sont as nos ahiers , ae sont preci-
pites sur nous.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 511
26045 Se desfendi , mais cii ki furent
Net de Braibant le reconnurent ,
Si le sauverent de la mort
Viers les autres , par lor effort.
Mais quant li rois le sot YiYant,
26050 Si a fait commander esrant
Con li envoiast a mangier
Tot largement et sans dangier.
Quar la-dedens ot si cier tans
Que denr& qk fors coustans ,
26055 Vausist dedens XX deniers bien ;
Et si n'i ot pour ardoir rien
Que le mairien de leur osteus.
Adont fu leur afaires teus
Que quant li fort engien le roi fclrfn5li o4 se lrou .
26060 Brisoient leur mur k desroi, a"ti g „ r ^ wits ceux
Si restoupoient de mairiens
Les traus encontre les engiens.
Et gaitoient et jour et nuit ,
Qu'il n'ot si cointe ki n'anuit ,
26065 K'il nierent onqes a s^ur
Dedens ostel ne dedens mur,
Et si leur ot-on , sans falue ,
Par fosses la Rosne tolue ,
Si k'il n'orent , bien le set-on ,
26046 Net, nes. Les Brabancons entrete- Le mot ostelerie est meme pris pour celui de
naient des relations avec la Flandre. monastere, dans ces vers :
26053 Si cier tans, une telle chert e.
^ 26057 Osteus, ce mot signifiait simplement 'itLl^J ^b^!^ ^
gite permanent ou temporaire et n'emportait pas Se li fist-on criever les ex.
l'idee d'opulence et de superiority sociale qui s'y *<>«■ amender $a laidc vie
joint aujourd'hui. Fu mise cn une °* telerie -
F. Michel , Roman du comte de
Lor osteus siet b«i asieri Poitiers, p. 51 .
E. » bo. erbo, « fl.ri ^^ ^ oupoientj bouchaient.
11 n ont pas hostel en maison , e\arva
Ains l'ont cn un bel patellon. 26062 Traus, trOUS.
Parte nopeus de Blots, li , 96. 26064 Cointe , se rapporte a nuit.
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512 CHRONIQUE
26070 La-dedens s'aigue de puc non.
Et si fisent grant yilounie
Li Aubugois , et felonnie
Braban 9 on5 et fu- As Braiben§ons et as Flamens,
raands dans Arignoa. — ,
Et as autres estranges gens ,
26075 Qu'il tenoient en lor saudees ,
Quar il les orent fors bout^es
De la plus grande forterece ;
Si qu'il erent a grant destrece
El darrain bailie $a defors.
26080 Et s'iert en aus tous lor confers
De garisson et de desfense.
Et leur sire , ki tous maus pense ,
Li poestas, par leur gar$ons
Leur faisoit porter livrisons.
26085 Ne pour morir ne pour bi^cer,
N'en p&iist uns dedens entrer ;
Ensi villement se gardoient
Cil estrange ome et deffendoient ,
Et n'ierent pas itant s&ir
26090 K'il ne vosisent estre a Sur,
Et ki de la vitaille avoit
Sel gardoit al mious qu'il savoit.
Amba M ade du rot de Puis avint que li rois de France,
FranceH'empereur. p ar ^^^ ^^ ^ par ^ ^^ ^
26095 Pour 90U que sa cose n'empire ,
D' Avignon, ki fu de l'empire,
Ot tramis a l'emper^our
III clers , haus omes de s'ounor,
Lefcqu. dcBeaurais. Dont l'uns fu Teskes de Biauves,
26100 Ki n'iert aviers, fos ne mauves.
26070 Puc , puits. 26081 Garisson , salut.
26084 Livrisons, vivres et autres choses ne-
Et vont au puc de l'ewe traire.
P. CHABAILLE, Suppl. an roman du Ce88aire8.
Renart , p. 120. 2608b Biecer, blesser.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
513
L'autres, le vesques Godefrois,
Ki pour Dieu ot el pis la crois ,
Et s'ot a force de Canbrai
Les Canbrisiens torn& el brai ,
26105 Et de la noisse et del triboul
Que , des le tans conte Raoul
Et de la contesse Aielais .
Ki pour Dieu ot fait tous ses lais ,
Et pour l'arme Raoul , son fil ,
26110 Le hardi, le preu. le gen til,
A 1'^glise de Nostre-Dame;
Dont puis ayoient fet grant dame
Cil de Cambrai a son clergte.
Or en ot le vesques congil
26115 De commugne et de cloque abatre ,
S'en ot contre lui XXXIIII.
Mais privilege et yrai saiiel
Abatirent si leur flaiiel ,
Que l'emper^res , lor drois sire ,
26120 Retorna sor aus tote sire,
Et manda Lo&s , le roi ,
Que le vesque otast de desroi.
Ensi rega^gna s'ounour
Tout par devant Femper^our,
26125 Godefrois, ki cuer ot fondl.
S ert del linage de Gond^.
Pour le roi et pour lui ausi
Cclui de Cambrai.
Raoul , comte dc Cam-
brai , et Adelaide sa
mere.
Suppression de la com-
mune de Cambrai.
26101 Godefrois, Godefroid de Condi.
26102 El pis la crois, la croix sur la poi-
trine.
26104 El brai, dans les larmes.
26107 Aielais, Adelaide.
26108 Lais, legs.
26112 Dame, dommage.
26115 Commugne, ce fut en 1076, que s'eta-
blit , par insurrection, la commune de Cambrai,
Tom. II.
mais il y avait deja long-temps que les bourgeois
avaient fait des efforts dans ce sens. A. Thierry,
Lettres sur I'hist. de France, 8 e edit., lettre XIII.
Cloque, outre la cloche de la commune, il y en
avait une appelee Aldegonde, specialement af-
fectee au service de l'eveque. Le Glay , Chron.
de Balderic, p. 467.
26118 Flaiiel, fleau.
26125 Cuer fonde, ame ferme.
65
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514 CHRONIQUE
lert-il alls la outre ensi ,
Et raporta cartres et bri& ,
26130 Dont ses capitles fu moult li&,
Quar en Canbrai lor ot-on fait
Maintes fois et damage et lait.
L'abb^ des>-Deni S . Tiers fu l'abb& de S*. -Denis ,
Glers , d&onnaires et ounis ,
26135 Et de tous les biens ayoii&
Que li rois ot la envoii&.
A l'emper&mr, sans desroi ,
Disent la besougne le roi.
L'empereur abaodonnc Et l'empereres s'amenda ,
Avigaon £ la ven~ rxr*t #/\ m i i
geance du roi de 26140 Tant qu al roi Loeis manda
France. *
Que d'aus fesist sa volente ,
Quar de mauvais i ot plente.
N'onques a nul jor d' Avignon
N'ot siervice ne bon renon;
26145 Ausi n'ot ses pere en demainne,
N'autres se ne fu Garlemainne ,
Ki yiers aus fu crueus et fiers.
Ensi fu dit as mesagiers.
Repaint sont et, comme sage,
26150 Redisent al roi leur mesage.
Et, quant li rois ot le congie ,
Si commanda con fust logte
Pour remanoir jusques k tant
Qu'il venisent a son commant.
26155 Quar devant ?ou, savoir ne fal ,
Crioit-on : « Bas le kardenal ! »
Pour cou que li rois ne voloit
Brisier I'usage c'on soloit
Tenir del roiaume k l'empire ,
26154 Ounis , uni. Qui biau sel dirc cl rimoier
-^.-j, * ... ,. -rv 1 »>. » t* ** Bien doit sa science «i*>/er
26135 Avoties, gardien. Dans le Dit du Buffet A ftre chow o6 Vqq aprenge
avoiier a le sens de diriger : Barbara* et Mot, Fabliaux, hi, 264.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
515
26160 Qu'en leur laitres sont, al voir dire,
Frere , li rois et l'emperere ,
Ce ne puet-on oster et r£re.
Et quant l'emperere otroia
Cou que li cardenaus proia
26165 Et li rois et tous li Francois
Pour destruire les Aubugois ,
Les faus , les fbs , le$ mescr&ns ,
Ki duret avoient lonctans ,
Si cria-on , a droit conroi ,
26170 Les bans par Lo&s le roi,
Qui lues fist faire , sans falir.
Engiens engignous d'asalir.
Mais li sire des Campegnois
N'i esploita yallant 11 nois ,
26175 Car en la vile et l'aparent
Manoient auques si parent;
N'onques el castiel d'Ayignon
Cevalier, siergant ne yignon
N'i closent pour lui porte u bare ;
26180 Quar fille ert au roi de Navare
Sa m6re , s'en devoit oirs iestre ,
Si vot garder aus et lor iestre
Et moult souvent a aus parloit
Et disoit leur $ou qu'il voloit.
26185 S'en estoient plus fiers ass&.
Quar raout en i ot amas&
Qu'oumes que femes en la Tile ,
Qui , doit-on , bien L mile ,
Tot sans biestes et sans enfans.
Thibaut IV, comle de
Champagne, favorise
sous main ceux d'A-
vignoo.
26160 Laitres, lettrea.
26172 Engiens engignous, machines ingl-
nieuses.
26178 Fignon , cabaretiers , vignerons.
26179 Bare, tonte espece de cldture, warden.
26180 Navare , Blanche , fille du roi Sanche-
le-Sage, que Thibaut III epousa en 1195.
26184 Et disoit leur, pour et leur disoit, an-
cienne construction digne de remarque.
26188 Doit-on, dit-on.
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516 CHR0N1QUE
26190 A aus parloit li quens tostans
Et moult souyent al roi disoit
Qu'al si&ge n'avoit point d'esploit ;
Tant que li rois, ki n'el cr& ,
Le blastenga et mescr&.
11 quitte r.rmw de 26195 Et li queiis s'en est courecils,
Louis VIII. Z 1 1
Par deyant le roi s'est drecies ,
Si a pris congiet par courous :
Et li rois li dist , oiant tous ,
Que , s'il laisoit ensi sa gierre ,
26200 Jamais rien ne clamast a tiere
Qu'il tenist de lui a nul jour.
Puis i fu HI jours a soujour
Li quens Tilbaus , et puis en fist
A mienuit, si com on dist.
26205 Son harnas mener coiement ,
Et puis sen ala voirement ,
Comme marc&ms, fors de Tost,
II liuees, ainc jour moult tost.
Et lendemain si sen alerent
26210 Si cevalier, ki dolant erent.
Mais li ribaut et li boucier,
Vallet, gar$on et gavetier
Les ont de tost aler semons
A $avates et a poumons ,
26215 Et les clam&rent fos et faus.
Si fu yiertes que, par consaus,
Fu li quens d'esrer si destrois
Qu'une jornle fist de HI.
Li rois remest awec sa gent
26220 Et douna moult or et argent,
Et tant fist aporter d'atrait
26194 Blastenga, blama. 26214 A cavates et a poumons, a coups de
26208 Liuees, lieues; ainc jour, avant lejour. savattes et a grands cris.
26212 Qavetier, savetier. 26217 D'esrer si destrois , si presse de partir.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
517
Qu'avant furent li engien trait.
Et furent tot prest d'asalir.
A 90U ne pooit-on faillir,
26225 Ensi que li mestre disoient.
I et autre s'i acordoient ,
Et la menue gent , sans faille ,
Yoloient avoir la bataille ,
Quar li sieges leur anuioit ,
26230 Pour la vile ki forte estoit .
. Et s'orent dedens ausi fors
Engiens, com il avoit defors .
Et ausi boins engign^ors ,
Et mineurs contre min&wrs.
26235 Or 60s qu'avint de Fortune,
Ki par tout le monde est coumune .
Et sa roie joians et mourne
Tourne adies et tourne et retourne .
Ne voit goute , ainc est aveule ,
26240 Si va partout et revient seule .
Sans compagnon et sans parel ,
Et sont k li tout si consel ,
L'un fait roi , l'autre emper^or,
Due u conte de grant valor,
26245 Et quant tout a, si le rabat,
De poverty le fiert et bat ,
K'il n'a que prendre ne douner,
Ne rien ne puet gueredouner.
Aprils dun sierf felon , puant ,
26250 Mauvais, aver, faus et truant.
IWflcxious stir l'insta-
bilite dc la Fortune.
36232 Engiens, enjambement remarqua-
ble.
26234 Mineurs, tnineours, encore deux for-
mes du meme mot.
26233 Fortune, Jean Martin Le Franc, prieur
de Lausanne (dont on a faitXetize, en Hainaut),
ecrivain done* quelquefois d'une imagination
poetique , est auteur d'un ouvrage intitule
YEstrif de Fortune et de Vertu, Paris, 1303 et
1319, in-4° goth. Fauchet fait naitre cet ecri-
vain a Aumale, mais Jean Le Maire place son
berceau a Arras.
26237 Mourne, morne.
26239 Vers trop court d'une syllabe.
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518 CHRONIQUE
Fait prince et roi , par son avoir;
Si n'a sens force ne savoir.
Et puis apri& ne garde l'eure
Que desous torne ?ou deseure.
26255 Par cest afaire me remort
paraiieieentrcia Mon Que entre Fortune et la Mort
el la Fortune
Sont et d'un pere et dune mere.
Quar la Mors ki moult est amere
Prent rois, emper£ours et contes,
26260 Qui tous biens ont , de ce n'est contes ,
Sages, larges, vallans, hardis;
Et les povres , Tious et mendis ,
Contrais, langerous et truans,
Tra'itours, faus, avers, puans,
26265 Fait vivre, et tant lor en abonde
K'il anuient partot le monde.
Pour ?ou vos di, k droit consel,
Que Fortune et Mors sont parel ,
Et par maniere apartenant,
26270 Si com vous or& maintenant,
K'il n'i aura fors d'anui coust.
Le premier samedi d'aoust
Pour les engiens fu li consaus
Teus que cri& fu li asaus.
26275 Si alerent et sage et fol ,
Quar on avoit tot a plain vol
Le pardon doun£ voirement ,
De par Jh&u-Crist plainnement.
Et de pr&as et d'arcevesques ,
26280 De moines, d'ab^s et de vesques:
Mais k'il fusent loial confies.
Et li plus en furent engri&
Pour metre cuer et cief et col.
26258 Nous avons cM des vers de Gautier de 26262 Mendis , mendians.
Coinsy , qui ont le meme sens. V. 28428. 26263 Contrais, contrefaits , contractu
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DE PHILIPPE MOUSKES.
519
Mais li vallans quens de S t .-Pol ,
26285 Gui, cil qui quens ert de Nayiers,
Si prist k Fortune entrayiers.
A luitier si li mesk& ,
Quar Fortune sor lui kei ,
Et Mors , ki sa compagne estoit ,
26290 De lui aidier moult s'aprestoit.
As engiens furent acoupl£
Siergant tierce foies dobte ,
Et quant I'engiens avant caroie .
Esvous qu'en brisa une roie ,
26295 Et li quens i Tint tous armes .
De toutes armes acesm&,
Et sa gens i iert avoic lui ;
Moult bien arm^ n'i ot celui.
A lui parloient a bas ton .
26300 Et li quens tenoit I baston ,
Pour semonre d'avant mener
Les engiens , pour $aus formener
Ki Ik dedens se desfendoient ,
Comme cil qui la mort doutoient.
26305 Et tierce foie devisee
Orent mierci quisent et fa usee.
Dont ayint, par grant mal&ir,
Que la dedens I kaillau dur
Misent adonques en la fonde
26310 D'un leur engien, qui Dieux confonde .
Et 9a defors 1 cop gieterent .
Par quoi le jour sans roc materent
Mort da comte d«i
S«-Pol.
26285 Gui, Gui II , successeur de Gautier de
Chatillon , sod pere ; Naviers , Nevers, toy . v.
1593^. Gui a?ait epouse , en 1225 , Agnes, fille
de Mahaut , comtesse de Never*, et d'HenreJV,
baron de Donii , de Gien , de Saint-Aignan et de
Perche-Gouet.
26292 Tierce foies doble', on fit servir chaque
machine par six hommes.
26295 Caroie, est traine comme un chariot.
26509 Fonde, la culasse d'une machine de
guerre, la partie ou etait depose le projectile.
26510 put, que.
26512 Sans roc, sans pouvoir roquer pour
eviter le mat 5 termes du jeu des echecs.
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520
CHRONIQUE
La rose de ceyalerie
Et Pounour de bacelerie ,
26315 Et courtoisie et loiaute,
Vallandise, sens et biaut£,
Et largaice dont trop ayoit
En celui ki pas ne sayoit
Que Fortune tant le haist
26320 Ne que Mors si tost l'envaist ,
Ki sour lui avoient enyie,
De ?ou qu'il ert en bonne Tie ,
Et de cors et d afaitement.
Si tous dirai com faitement
26325 Quant de la fonde sen ala
La piere, de haut s'avala;
Dont jou di bien et yoirs me sanble.
Que Fortune et la Mors ensanble
S'acompagnierent a eel colp ,
26330 D'envie qu'eles orent trop.
S'amenerent la piere al conte ,
Si com la y&rit& aconte;
S'ocisent a cele eure tost
Le non per de trestote Tost.
26335 Si mesca'i trop le preudome,
Meskai , non fist , e'est la somme ,
Quar bien sai et di sans mentir
Que Dieux le yot ayoir entir,
Et s'est a gou tous mes recors
26340 Qu'il fu martirs d'arme et de cors ,
Et si prouyerai bien comment
26513 La rose de cevalerie, expression sou-
vent employee et qui revient a celle-ci :
C'est li plus gens ;
Ignaure a non, jlors de damage.
L.-J.-N. MoNMERQui et Francisque
Michel , Le Lai d' Ignaure s, p. 1 1 .
26324 Faitement , effectivement.
26335 Mescat , m£chut, tourna a mal,arriva
mlchef.
26321 Sour lui avoient envie, ce vers expli-
que les expressions la mort Va r envie, le ren-
vie , etc.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
521
II fu martirs entirement.
Li boins quens fu martirs ensi
De cuer parfait , vrai et raasi .
26345 De l'arme qu'il prist le pardon
Par bonne cr&nce et par don
D'apostole et de cardenal ,
U tout li bien sont communal ,
De Jh&u-Crist et de sa mere,
26350 De ?aus qui n'ont pensee amere.
Ensi fu-il d'armes martirs ,
Parfaitement organs entirs;
Et de cors tous di qu'il le fu ,
Plains d'esperite et de vrai fu ,
26355 Quar li quens son cors i offri
Tout entirement. et souffri
La painne et les travaus en l'ost ,
U la piere le tua tost ,
Par le consentement de Dieu
36360 Ki vot avoir le conte preu ,
Pour paradis k efforcier,
Et pour tous sains eslaiecier.
Et pour S*.-Pol et pour S*.-Piere,
Pour 50 u qu'il fu tu& de piere.
26365 S'est martirs ensi voirement
D'arme et de cors entirement ,
Et pour les biens k'il siolt, de voir
Le vot Dieux tot entir avoir.
Esvous l'asaut lues demor^ ,
Que le comic de S*-Pol
fat an martyr.
26344 Matt, solide.
26345 Pardon, conserve ici le sens qu'il a
encore j pins bas il signifie indulgence*
26348 Communal, communs a tous ceux qui
n'ont pensfe amere.
26351 D'armes, d'ame.
26354 Esperite, esprit divin ; fu, feu, ferveur.
26361 A efforeter, fortifier. Les motifs que
Tom. II.
l'auteur suppose a Dieu , doivent e'tre rapproches
de ceux qu'il lui prfite en faisant mourir Roland.
Foy. t. I, p. 331.
26363 Le comte de S'.-Pol fut tue par une
pierre pour faire plaisir a saint Pierre ! Voila
une explication bien satisfaisante.
26367 Siolt, le bien dont il avait la coutume,
solere.
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522 • CHRONIQUE
26370 Si ot maint cri et moult plore ,
Quar ja ierent en V parties
Lea escieles al mur drfcies ,
Et li fosset auques empli.
Mais cil cos tant les asoupli
26375 K'il furent plus mat et restanc
Que cascuns fust nayr^s el flanc.
Et li bons quens en son escu
Fu raport& , dont irascu
Furent partout et povre et rice.
26380 Repairiet sont dedens la lice ,
En son tref fii couci& et mis,
Si ot grant duel de ses amis,
Et les engiens convint ratraire.
Si laisierent lancier et traire ,
26385 Mais li bons rois fu si plains d'ire ,
Con ne Fosoit penser ne dire.
Et pour fou que tant Tern pesa ,
Par sairement si entesa ,
Jusqu'a VII ans enqui le siege,
26390 An$ois que d'aus s'ire n'aliege.
Et cil dedens, quant il le sorent,
Moult grant dol et grant ire en orent ,
Quar bien sorent ciertainnement
Qu'ire en auroient et torment.
26395 Mais en l'ost en ot si grant duel
Que n el sai descrire ne yoel.
Et sou leur gr^va doblement
Qu'il savoient parfitement
Que la Tile fust mise a honte ,
96572 EscUUs, echelles. 26380 Lice, retranchement.
26375 Restanc, abattus. 26381 Tref, pavilion.
26376 Que cascuns, que si ohacun. 26588 Entesa, ajusta.
26577 En son escu, sur son bouclier, oomme 26589 Enqui, la.
les Spartiates. SW390 #'«■*> °ontre eui ; n'aUege , n'aliege.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
523
26400 S'il n'&issent ocis le conte ,
Que par ivier ne par est£
N'avoit onqes si baus est^ ,
Ne de tous biens si fort ounis ,
Ne de comfiesse si gam is.
26405 Or oies que del conte avint.
Deyant $ou XV jors u XX ,
Tout droit en sa tente , el sablon ,
Dist-il Gobiert de Mont^ablon
Et proia que s'il \k moroit ,
26410 El liu ou ses p&res gisoit,
Pour Dieu , le portast enfoir,
Quar aillors ne voloit gesir.
Et tant doucement Ten pria
Que cil Gobiers li otroia ,
26415 Quar il estoit de sa mesnie
Et moult l'amoit sans f&ounie.
Lor engien furent atant mis
Et li asaus fu estourmis.
Si com jou tous ai dit avant,
26420 Bien s'i maintinrent li auquant,
Et quant li quens yint a l'asaut :
« Gobiert , dist-il, se Dieux tous saut,
En non de Dieu et de p^nence ,
N'oubli& pas ma convenance. »
26425 — « Ha ! sire, dist-il, n'i pens&,
De Dieu soii&-vous hui tenets, »
Et li quens respondi : « Gobiert,
Jou ne me tieng pas k bobiert,
Et bien te di, Gobiert, os-tu?
26430 Jou ne pris ton dit I festu ,
Gobert de Montsablon.
Dernieres paroles du
comte de S*-Pol.
26405 (hints, ce mot a ici le sens d'orne,
dolt.
26408 Dist-il Gobiert, il dit a Gobert....
26418 Estourmis 9 commence' avec rumeur.
26426 Tenet's , deTendu , protege.
26429 Os-tu? entendft-tu. Foy. l'lntroduc-
tion du premier volume, p. cczxxi.
26450 Pris f prise.
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524 CHRONIQUE
Qu'ainc mais nul jor ne fu si biaus ,
Ne d'armes rices si nouviaus ,
Si confiess& ne si guarnis ,
Et ki faut a Dieu s'iert honnis ,
26435 Quar devant Dieu tot li&nent
Doit-on aler et naitement
Plus que on puist a nes I fuer ;
Et g'i ai tout et cors et cuer,
Et averai jusques a som. »
26440 Tout ensi moru li preudom ,
Que de Jh&u-Crist s'iert remors
A eel assaut, ou il fu mors.
Parquoi jou di que S*.-Micious
L'enporta tot entir es cious .
26445 Et la est-il couroun& d'or,
S'i vit et vivera enkor.
Autel di de mestre Ainauri ,
Se de cr&roce n'amenri ,
Et de tous ki , sans repentance ,
26450 I prisent mort et mesestance .
Qu'il n'estevra jamais orer
Pour aus, ne plaindre ne plorer,
Mais en Tost ce ne pot faillir
Con Tint plorer et asaillir,
26455 Et main et soir, petis et grans.
Les Aubugois, les mescreans.
Et saci& que li quens de Blois
N'i siervi mie de genglois.
Deviers la Rosne se ioga ,
26460 Et souyent les adamaga ,
26451 Qu'ainc mais..., car jamais. 26445 Mieious, Michel.
26452 D'armes, d'&mes. 26447 Autel di, j'eo dis autant.
26455 Liemenl, de trois syllabes , tandis que 26451 Qu'il n'estevra jamais, qu'il ne sera
lie's est quelquefois compte pour une. jamais necessaire.
26457 A nes I fuer, d'une maniere nette. 26458 Ne se contenta point de bravades.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
525
Qu'ausi trouverent Turc a Acre
D'asalir et felon et aspre
Jakemon d'Avesnes, son pere;
S'iert drois qu'al fil auques i pere
26465 Et de valour et de bontcS
Cil fu princes . cis aconte ,
Si doit son afaire doubter ,
Et si fait-il voire et combler.
Souvent les fist adamagier
26470 En Avignon et laidengier.
Apries et donques et an;ois ,
Les voloient tuer Francois,
Quar li mescreant , g'en sui tous fis ,
Gieterent jus leur crucefis
26475 El fosse t, et tout par despit ,
Et apri& misent , sans respit ,
Une crois rice qu'il avoient ,
Droit u li engien gietoient ,
En despit de crestient^ ,
26480 Dont il n'avoient volenti ;
Mais non pourquant il li metoient
Pour $ou qu'en avanture estoient;
Ausi qu'il i cr&ssent bien ,
Mais de creance n'i ot rien.
26485 Et quant l'asaut tot prest savoient
D'un vi& manliel que il avoient ;
Ki fu daine Aiien d' Avignon ,
S'enviroient tot environ ,
Puis ne quidoient avoir garde ,
inijtietes reprochees aux
Avignonais.
Aye d'Avignon.
26461 Turc a Acre, Jacques d'Avesnes s'etait
distingue en effet dans la croisade , comme on
l'a vu plus haut.
26466 Cil, cis, celui-la , celui-ci ; aconte, fait
comte.
26468 Voire , veritablement.
26473 G'en sui tous fis, pour retablir la me-
sure , on peut mettre g'en suisfis.
26482 Avanture, danger.
26487 Aiien d'Avignon , personnage de ro-
man,deja mentionne au premier volume, p. 332,
26488 Enviroient, environnaient.
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526
CHRONIQUE
Puissance des Avigno-
nais.
Guillaume IV et Guil-
laume V de Baux ,
princes d 'Orange.
26490 Qu'asaus n'engiens ne fus le8 arde.
Qu'il navoient autre er&nee ,
Ne ne doutoient Roume et France.
Tot entor aus navoit pasage
U il n'&issent signourage :
26495 N'apostole, n'emper&mr,
Due, roi, ne prince, ne contour
Ne tenoient-il a signeur,
Mais tout li pais estoit leur.
Guillaume d'Orenge orent-il
26500 Mort son pere et mis k exil.
Et li fius iert al roi yenus,
S'estoit cevaliers deyenus
De la main ie roi proprement .
Qui I'adouba moult ricement ;
26505 Et puis maint autre baceler,
Ki ne s'i vorent pas c^ler,
Quar valiant ome erent et rice.
S'ierent en Tost & son sierviee
Et moult forment &rent dolant
26510 Del conte, qu'il virent gisant
Mort. deyant le roi en present.
Ki n'&jst soing de tel present.
Moult fu dolans eel saraedi
Li rois, ensi com jou vos di ,
26515 Et non pourquant, pour acieyer,
Ne Tot ses preudomes grtver.
Si jura que tant fermeroit,
26490 Fus, feu.
26491 Qu'il, parce qu'ils...
26496 Contour, comte.
26499 Guillaume d'Orenge, Guillaume IV,
pere de Guillaume V, de la maison de Baux ,
obtint le titre de roi d' Aries, en 1214. Ennemi
des Avignonais, il tomba entre leura mains; ils
Tecorcherent vif et le couperent par morceaux ,
au mois de juinde Tan 1218.
26501 Li fius, Guillaume V.
26504 Adouba, expression consacree dans les
rites de la chevalerie et qui signifie armer quel-
qu'un chevalier.
26511 Devout le roi en present, en presence
du roi.
26517 Fermeroit, bloquerait.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 527
Que dedens les afameroit ,
Ausi com fait la prise aloe .
26520 Se ses consaus ensi li loe.
Et, pour qou mios estre vengi£,
A lues mancte tot le clergW
Pour savoir que cascuns dira
De la cose dont tant d'ire a.
26525 Et furent mand^ li baron
Par 1'ost et dela environ ,
Et povre et rice et fol et savie ,
Pour $aus d'Avignon metre en kavie ,
Ki l'un de ses mellors amis
26530 Li avoient en biere mis.
Mand^ furent, tost sont venu,
Clerc et baron , grant et menu.
En la tente le roi s'asisent.
N'i ot giue , ne point n'i risent ,
26535 Quar dune Hue a droit lignie
0*ist-on crier la lignie ,
Le conte avoec ses cevaliers ,
Bourgois, gallons, keus, escuiers.
Mais li rois fist le duel laisier
26540 Pour les estranges apaissier,
Et pour les barons de sa tente,
U li rois parla sans a tente.
« Signour. dist li rois al derate, Diicoun
¥ . . . , France, Louis VIII,
Jou vmg ci par vostre congie, «» cierg^.
26545 Pour Dieu vengier et pour sa honte ;
S'i sont mi baron et mi conte.
Et sactes bien tout voirement
Que jou n'i ying pas autrement.
26519 Laprise aloe, l'alouette priae. 26544 ring, vins; par vostre congie, sur
26527-28 Savie , liaez save et have ; kavie, cave, votre invitation .
oaveau , tomheau, ou peut-£tre vassalitl. 26545 Et pour sa kontt, et pour venger les
26555 A droit lignie , en droite ligne. outrage* qu'on lui faiaait. Villehardouin se sert
du roi de
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528
CHRONIQUE
Traits satiriques.
Quar j'ai ass& tiere et avoir,
26550 Et se j'aim Dieu , jou fas saYoir
Et ferai tousjors, sans mesprendre.
Si me fesistes la crois prendre.
Or tourne si la cose a mi ,
Qu'al monde n'ai si bon ami ,
26555 Com g'i ai perdu hui cet jour;
Et sui encor ci a soujour.
Si roil savoir rostre plaisir. »
Lors se sont pris tout a taisir,
Quar li rois estoit plus dolans
26560 Con ne poroit dire C tans ,
Et li clerc et li kardenaus ;
Quar li rois se fioit en aus
Pour le commendement de Rome,
Ki de tous maus est flece et somme ,
26565 Ne ne ciesent par couvoitise
D'aquerre avoir ki les atise ,
Et voelent a ?ou repartir,
Dont les autres font maus sentir.
Et il s'aaissent as osteus ,
26570 Si despendent autrui cateus ,
Quil ont et soupris et conclus.
Mais d'aus ne voil or dire plus ,
Ne del clergte ki la estoit,
U li boins rois a aus parloit
e cette expression de mfime que Guillaume
Guiart :
Outremer, en la terre sainte
Ont la souffert maintes mesaises ,
Pour Jherusalem chalengier
El pour la honte Dieu vengier.
VlLLEHARDOUtN de Do Canoe, p. 263.
26553 Or la chose est tournee tellement pour
moi....
26558 Taisir, se taire.
26564 Ki de tous maus Ph. Mouskes,
ecclesiaslique, parle sur les vices clu clerge de
son temps , comme les troubadours et les trou-
veres , mais il separait les hommes du miuistere
sacre dont ils etaient investis ; flece et somme,
corable; flece, fleche, plutot que flacon, vase,
flaische.
26566 Ki les atise , qui attise leur cupidite.
26570 Autrui cateus. biens d'autrui.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 529
26575 Et lor avoit ensi moustr£
Communalment, dedens son tr£,
Et as clers et al cardenal ;
Quar s'a Roume sont tot li mal .
Jou vos di pour roir une rien,
26580 Que ausi i sont tuit li bien ,
Quar la crdance i est assise ,
Dont l'arme est sauv^e a devise,
Quant li cors a tout par ate.
Tout ensi ot li rois parte
26585 Devant le cardenal Romain
Ki fu del linage roumain.
Et sour I siege s'acouta
Pour le roi ki bien ascouta.
Et bien le devoit ascouter,
26590 Quar par raisson doit-on douter
France et le roi par tot le monde, Eioge de u France.
Quar c'est la couroune plus monde
Et plus naite et plus d&iteuse
Et adies plus ce vale re use.
26595 France a les cevaliers hardis
Et sages, par fais et par dis.
France tient et porte l'espfe
De justice , et desvolep^e
L'ens&gne S*. -Denis de France,
26600 Ki Francois oste de soufrance.
Et sarins bien , et j'el vos di ,
Que , puis le tans roi Clo^vi ,
Ne Dagobert ne Carlemainne ,
Ne Pepin , son pere en demainne ,
26605 Ne pot, parmi son grant renon,
26578 Si tout le mal est k Rome, tout le bien 26588 Ki, ke.
y est aussi. 26605 Parmi ton grant renon , malgre son
26583 A tout par ale, a disparu , trantivit. grand renom , Rome n'a jamais rien pu sans la
26587 S'acouta , s'appuya sur le coude. France.
To«. II. 67
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530
CHRONIQUE
Discours de I'archeve-
que de Reims.
Roume sans France se poi non.
Si doit moult bien Rome otro'ier
Cou que France li viout proier,
Quar Aubugois, 90U est del mains,
26610 Doutassent petit les Romains,
Se ne fust pour le roi de France
Et pour sa gent bardie et france .
Ki partout ont pris et yictorie ,
Largaiee, ounor, loenge et glorie.
26615 De cest afaire ensi lairans.
Li rois ert entre ses barons
Et entre son clergiet avoec ,
Ki l'orent ascoul^ illuec.
Atant l'arcevesques de Rains
26620 Si se leva lous premerains ,
Et dist al roi : « Sire , li quens
De S*.-Pol, ki tant par fu buens.
Qui n'avoit en lui qu'amender
De faire ne de commander,
26625 Est hui mors el siecle 5a jus.
Mais jou sai bien k'il vit la sus
Avoec le roi ki lot justice ;
Et li quens a rostre sierrice
N'avait que XV cevaliers ,
26630 A son coust et a ses deniers ,
26609 Del mains, du moins.
26615-14 Victorie , glorie , lisez victore ,
glore.
26619 L'arcevesques de Rains, Guillaume de
Joinville , de la m^me maison que l'historien , fils
de Geoffroy IV, sire de Joinville , et d'Helvide
de Dampierre. II fat premierement archkliacre
de Chalons et professeur en theologie , puis Cut
elu eveque de Langre et enfin promu a Parche-
veche de Reims. II mourut Tan 1256 , au retour
de la guerre contre les Albigeois. Du Cange ,
Gene'alogie de la maison de Joinville , p. 9. Ce flit
ce prelat qui sacra Louis VIII et la reine Blanche.
26625-24 Qui n'avoit en lui qu'amender de
faire, qui n'avaiten lui que desir de mieux faire j
cette expression explique celle-ci :
Qui n'avoit en lui qu'cnscigner.
et indique qu'il faut l'expliquer par : qui n'eut
en lui que bons enteignemens , plutdt que par :
qui n'avoit pas besoin d'enseignement. Voy. t. I ,
p. cxci et 255.
26625 fa jus, ici bas.
26627 Ki tot justice, qui gouverne tout.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
531
Et jou XXV en avoie ,
Dont en lost Dieu et yous servoie.
Or ferai tant qu'avoec les miens ,
Pour Dieu et pour vous , prenc les siens ,
26635 Et jur le siege tout autel
Comme tous. selonc mon katel. »
Et li kardenaus autresi
S'en effor^a tout lues ensi ,
Et le vesques d' Arras apri&
26640 Dist al roi : « Sire , tous engri&
Me Ting ci de Dieu a sierTir ;
Si m'avint, par Tostre plaisir,
Qu'i tous racatai mon regale.
S'ai moult despendu en ceste ale ,
26645 Ne de rien sierTir ne tous doi ,
Mais , pour $ou que dolant tous voi,
Et pour Dieu ki me fist croisier,
Pour tous ounourer et proissier,
De ceTaliers m'effbrcerai
26650 Et avoec tous ci demorrai.»
Et puis le Tesques de Noion
A dit : « Sire , pour qoi noion
Que del roiaume et de l'empire
Ne soiies adr^ciere et sire ?
26655 France le doit , et tous pour li
Ki rois iestes , bien le tos di.
Adr£ci&-i crestiente
C'onques ausi grant Tolent^
N'en ot rois com li rois Felipes ,
L'evequed' Arras prend
la parole a son tour.
Oi scours del'ereqoe de
Noyon.
26635 Jur le siege , je jure le siege , de pour-
suivre le siege ; tout autel, tout de meme.
36656 Selonc num katel, selon mes moyens.
36659 Levesquesd' Arras, Ponce, archidiacre
d' Arras, successeur de Raoul, en son vivant
cardinal du titrede S 10 . -Sabine. II devint ev&que
en 1220. Ferreoli Locrii chronicon, p. 585. De
Castillion, Sacra Belgix chronologia , p. 366.
26645 Racatai , rachetai.
26644 En ceste ale, en cette occasion.
26649 J'aurai aussi ma force militaire.
26652 Noion, nions.
26654 Adreciere, gouverneur.
26657 Adre'cie's-i , retablissez-y.
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532
CHRONIQUE
Les comtes de Foil et
de Comminges.
26660 Vos pferes , li sages , li yistes ,
Ki sainte ^glise sostenoit,
Et Dieux en bien le maintenoit.
Souvi£gne-vous de sa bont^ ;
S'ierent vostre anemi donti.
26665 Vengi& Dieu ci , g'i demorrai ,
Ja sans vous ne men partirai.
Et si prenc bien I mien ami ,
Le Tesque de Tornai sor mi. »
Cil de Canbrai et cil d'Orliens ,
26670 Cil de Biauvais et cil <f Amiens ,
Et tous li clergies ausement
Demorerent communalment ,
Et puis conte , due et marcis ,
Dont li rois ot gr& et miercis.
26675 Lues lor rendi et tout poruec
Rejurerent le siege ayoec.
Et fist cascuns loge et maisson ,
Pour soujorner a la saisson.
Et s'iert en Tost li quens de Fois ,
26680 Ki nos ot grivis maintes fois.
Al roi s'en vint , et davantage ,
Li dona sen fil en ostage.
Et si fu li quens de Couminges ,
I cevaliers a guerre vistes ,
26685 Et moult des barons de la tiere ,
Qui devant faisoient la gierre .
Et orent faite s^urte ,
Del roi siervir en loiaute.
26667 Prenc... sor mi, jereponds pour....;
le vetquede Tornai, Gautier de Marvis.
26669 Cil de Canbrai, Godefroid de Condi.
26675 Poruec, done.
26679 Li quens de Fois, Roger-Bernard II,
surnomme' le Grand, fib de Raymond-Roger,
combattit d'abord les croises; apres avoir fait
d'inutiles sou missions a Louis VIII , en 1226 , il
renouvela sa ligue avec le comte de Toulouse.
26683 Li quens de Couminges, Bernard V
succeda, Tan 1226, a son pere Bernard IV, dans
la partie de ses &ats que les croises n'avaient pu
lui enlever. Au mois d'aout de la m&ne annee, il
fit sa paix avec le roi Louis VIII et le legat.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 533
Et s'ot li rois en lor maisons
26690 Et partout mises garnisons ,
Si ses consaus li conselle ,
Et a S'.-Gille et a Marselle ,
Et a Bielkaire et a Nierbonne ,
A Tiermes et a Karkasonne .
26695 Et partout , fors qu a Toulouse
Dont il se complaint et doulouse ,
Pour 90U qu'il sont de son afaire ,
Ne rien ne voilent pour lui faire.
Et de $aus d' Avignon se plaint ,
26700 Ki ne se sont pas Tiers lui faint
De faire tra'ison et honte ,
Et sont mort son cousin le conte ,
Ki gisoit encor en la tente ;
Dont li rois se plaint et d^mente.
26705 Lors yint de Mont$ablon Gobiers ,
Ki n'iert par&eus ne bobiers ,
Au roi plorant , et li a dit :
a Biaus dous sire , se Dieux m' ait , Demure voionte du
•a* • i* ) comte dc S*-Pol.
Mesire h quens m esprouva
26710 D'amour, et par 90U me rouva
Que , se il en l'ost demoroit ,
Quil par aventure i moroit ,
Com cil ki ne vot Dieu fuir,
Que jou l'enportasse enfoir,
26715 Sans nul relais, avoec son pere.
Et jou voel que m'amours li pere ,
Et ma fois et la couvenence
Quil me commanda en penence.
26691 Vers trop court. 26695 Vers trop court d'une syllabe.
26695 Bielkaire, Baucaire; Nierbonne, Nar- 26702 Le conte, le comtede S'.-Pol.
bonne. 26716 M'amours, mon amour ; mamour se lit
26694 Tiermes, Termes; Karkas onne, Carcas- encore dans Moliere et dans d'autres ecrivains
sonne. plus recens.
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534 CHRONIQUE
Si l'i porteroi-je g&ir,
26720 S'il vous venoit, sire, a plaisir. »
InlerpreUUon donaee (( Gobiert , dist U TOM, lOU Sai Men
par lc roi Louis VIII n J »
dascimcntducomte Q ue VO us l'ami£s sor toute rien ,
Et il trop vous, corame celui
Ki cuer et cors ot mis en lui.
26725 Mais el cuer me gist une cose
Ki pour lui me destraint et cose.
Li quens le siege o moi jura,
Si fu tant com s'arme dura;
Et se Dieux m'a Tarme tolue ,
26730 Jou vos di bien , et sans falue ,
Que li cors od moi remanra
Tous quois, et le si£ge i tenra.
Ja n'en fausera sairement ,
Ainc demorra ci voirement.
26735 Ja sans moi n'en d^partira .
Mort et vie o moi partira.
Quar, se jou l'amai en sa Tie ,
Jou Toel encor aToir enTie
De lui amer ausi morant.
26740 S'el Toil aToir ci demorant
Que quant en France puisse entrer,
Que jou soie al cors entiArer. »
Et quant le roi cascuns 6i ,
Grant duel i ot, nus n'el goi.
26745 Dont commanda li rois con aille
Oster del conte la coraille ,
Et fust port^e en Aliscans.
Si fti-die k cris et a cans ;
26726 Cose , inquire. rappeler un des passages prinoipaux oik il a ete
26746 Coraille, entrailles. employe. Aliscans , £liscamps ou Cbamps-Ely-
26747 Aliscans, cen'estpas la premiere fois sees, fameux cimetiere d' Aries, ainsi appele a
que ce mot tombe sous les yeux du lecteur, cause des tombesromainesqu'oiiytrowe encore,
et Ph. Mouskes prend soin lui-m£me de nous On y entendait bruire sou vent des genies mal-
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DE PHILIPPE MOUSKES.
535
La ont-il l'entraille enti^ree
26750 En vaissiel rice , et ensieree .
Avoec moult de nobles vasaus ,
Ki furent mort en Rainscevaus ,
El siervice Dieu , nostre pere ,
Dont li quens est compains et frere,
26755 Par martire et de cuer errant ,
Qu'ocis I'ont cil faus mescreant.
Et li cors est tous cois retnes
le roi et enbausem&.
Si fu mis en une capiele,
26760 U li clergies souvent apiele
Tous sains Dieu et Sainte Marie
Que s'arme ne soit ja marie;
Si n'iert-ele mais, tote voie
La proiere avant c'on le voie;
26765 Et si prent-on buen exemplaire.
Moult par ot rice luminaire
Entour lui , que bien le valoit ,
Et li rois ensi le voloit.
Si croi que pour 90U yoirement
26770 Sauva li quens son sairement
Del siege qu'il tint vis et mors.
Et pour 90U que la fu ses cors ,
Tout si ome avoec demorerent ,
Ki les Aubigois point n'amerent.
26775 Et li rois ki douta la soume
C'on n'i tuast aucun baut ome .
Lor deffendi qu'il n'asausisent .
faisanset moqueurs, nommes par le peuple les
Hellequines ou la mesnie Hellequin. C'est en
Eliscamps que le brave Guillaume au Court-nez
avait ete force de fuir devant les Sarrasins;
e'etait la que Vivien avait perdu la vie, afin
fait de ne jamais reculer d'un pas devant les
pai'ens. P. Paris, let Manuscrits fran^ais de la
bibliotheque du roi, 1, 522.
26758 Enbauteme't, enbaume.
26760 Apiele, invoque.
d'accomplir le serment temeraire qu'il avait 26777 Asausisent, assaillissent.
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536 CHRONIQUE
Mais la-dedens les enclosisent ,
Ausi com l'oisiel en mue ,
26780 Quar Tiande faut et remue.
S'es vot li rois atorner teus ,
K'il morusent en leur osteus ,
Et de dissaite et de famine ,
Et d'ordures et de yermine ,
26785 Et des engiens ki, cop a cop,
Nuit et jour en tuoient trop.
Leur poestas et leur baillius
Iert ja mors et d'infier eslius.
S'orent des nos ass& ocis ,
26790 Mais cil nos ont adevancis ,
Quar Dieux les a, avoec ses sains,
lui mis tous saus et tous sains ,
La sus en permenable glorie :
Ce doit estre nostre m&norie.
26795 S'il morurent vrai repentant ,
Et furent pour Dieu combatant,
Pierre de u Towoeiie Si com Pieres de la Torniele ,
Dont I'arme fu sage et isniele ,
Ki la de cest siecle escapa
26800 Et devant Dieu s envolepa.
Or fu II rois demor& la ,
Et yiande viunt et ala ,
Et fu Tost partout si plentive
Que nus ne s'en plaint ne estrive.
26805 Pain , car et yin i ot ass& ,
Mais li traraus les ot lases ;
Et li rois fist devant lor portes
Faire foss& et bares fortes ,
26778 Enclosisent, enfermassent. 26790 Adevancis, avances, elev&.
26780 Faut, manque; remue, change. 26795-94 Glorie, memorie, lisez glare, me-
26785 Dissaite , disette. more ; permenable , eternelle .
26785 Cop a cop, coup sur coup. 26808 Bares , cldture , barriere.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 537
Pour ?aus dedens si desairier
26810 Qu'il i puist son duel esclairier.
Et fist li rois a tous jurer
Que s'il ne pooit la durer,
Qu'il i morust , son fil mandasent
L'ainsnet, et la le couronnasent,
26815 Et jurast le siege autresi;
Et se cil moroit, I'autre ensi ,
Et puis les autres d'oir en oir,
Ainc qu'il n'es p^ussent avoir.
Ensi fu li rois demor^s.
26820 S'avint ?ou , que dire m'or& ,
Que li soudans de Babilone Le »oud«n dc B.byione
r, ,, i • . • . i /^ <* * e sultan d'IcoDium.
Et 1 amiraus ki tint le Cone
* Sorent de voir que li Francois
Furent alet sour Aubigois
26825 Pour conquierre toute lor ti&re,
Et moult estoit crueus la gierre
Con n'i ka$oit vaces n'oelles ,
Mais tren?oit-on pi& puis orelles,
J\ 7 ds, baulevres, et crevoit ious.
26830 Qui Tun sauvoit, cil avoit mious.
Sorent si les Francois lasses
Aubugois, que guerre ont ass&;
Quar li Francois , quant il prendoient
Les Aubugois , si les ardoient.
26835 Et sorent Turc que l'emper&re
De Roume , ki de tot est mfere ,
Et d Alemagne et de Saissougne ,
Pour faire sor aus la besougne ,
Ot la fille al roi Jehan prise ,
26840 Ki drois oirs estoit a devise
26809 Desairier, resserrer. 26827 Kac oit, chasser (venars); vaces n'oelles,
26810 Esclairier, dissiper (en se vengeant). ni vaches ni brebis.
26822 Ki tint le Cone, le sultan d'Iconium. 26859 Jehan , Jean de Brienne.
Tom. II. 68
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538
CHRONIQUE
Les Musulmans devant
Acre.
De Jerusalem la chit£ ,
U Dieux s'aroit r&uscite ,
Et qu'il iert croisi& a grant gent
Pour passer moult hastivement.
26845 Si sorent que li rois Jehans ,
Ki moult lor avoit fet d'ahans ,
Ot prise a feme la serour
Blan^ain , la roine Francour,
Ki fille fu le roi d'Espagne ,
26850 Et la r'iroit a grant compagne ,
Comme croissies , pour Dieu amor.
Tout ensi , pour cele cr&nour,
Si semonst li soudans ses os
Et l'amiraus ausi moult tos.
26855 Tout le sorent grant et menu ,
Parderant Acre sont venu ,
Et demand&rent s'il tenroient
Les triuwes que prises avoient
Al roi Jehan , a Damiaite ,
26860 U a i'emper&)ur, par daite ,
Et s'il renoncier les quidasent,
A court tierme les renongasent.
Quant li Sarrasin 90U oirent,
Sans plus faire s'en d^partirent.
26865 Li patriacles esranment
Si passa de ca yoirement ,
Quar le vesques d'Acre i estoit.
A Avignon vinrent tot droit ,
Et dounerent de leur deniers
26848 Blancain , Blanche ; Francour , des
Francais, Francor(um).
26860 Par daite, par dette, par obligation.
26865 Patriacles , patriarche. Geronde ou
Giraud, abbe de Cluni, depuis evequede Va-
lence, fat nomine en 1224 on 1225, par le
pape Honorius III , patriarche de Jerusalem.
26867 Le vesques d'Acre, le celebre historien
des croisades , Jacques de Vitry , qui assista a
la mort de l'eveque de Liege, Hugues de Pierre-
pont , lorsqu'il deceda a Huy, en 1229. Hist, fr.,
XVIII, 637, E.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
539
26870 A siergans et a cevaliers,
Qui pas&rent lues k Marselle,
Quar li cardenaus leur conselle;
Et, se pour Tost graver ne fust,
Moult plus croissi& en i Aist.
26875 Autresi de Coustantinoble
L'emp^rial, la citi noble ,
Vint nouviele que tot perdoient,
Se pro$ain soucors n'atendoient.
Et li buens rois, pour son cousin,
26880 Kil n'avoit mie pri& voisin ,
Quar il iert emperferes \k ,
Dist que tantost, com il pora,
Li trametroit a se& deniers
11° u III cens cevaliers,
26885 Mais il tenroit son sairement
D'Avignon tot entirement.
Et d' Arras li buens kastelains ,
Ki yenus ert la premerains ,
De Grese , comme leur mesages ,
26890 L'en a merciiet comme sages,
Et Tiers Arras s'en iest yenus ,
U il fu moult biel rectus.
Toutes voies qu'il lor anuit
Gietoient engien jor et nuit
26895 En Ayignon , qu'asis ayoient
No Francois , et moult Ies haoient.
Or sorent bien cil d'Avignon
Que li rois et si conpagnon
Orent aM leur torment.
26900 Si s'en esmaierent forment ,
Nuit et jour furent a consel
Affiaiblisscment des La-
tins a Constantinople.
Secours promis
Louis VIII.
par
Lechitelain d 'Arras.
Continuation du siege
d'Avignon.
• 96875 Autrt »%.... En cet endroit Du Cange et
M. Buchon reprennent leur extrait de Philippe
Mouskea.
26892 A ce vers a'arr&e l'extrait de Du Gauge
et de M. Buchon.
26899 Afii leur torment, jure* leur perte.
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540 CHRONIQUE
Li plus haut et tuit lor f£e\ ,
Comment al roi puissent ciever,
Ainc c'on les i p&iist graver.
26905 Quar la puors^et la viermine,
Moult leur gr^voit et la famine
Et li mort , dont tant i avoit
Que nus aciever n'en savoit .
Et $ou qu'il orent de viande
26910 Tenoient li plus rice en grande ,
Que li povre peu en avoient ,
Et li autre cier l'acatoient.
Toutes voies li soldoier
En avoient pour leur louier,
26915 Et gardoient les murs deters.
Dont moult petis iert li contors.
S'av& maintes fois o'i dire :
Ki contre aguillon escaucire
Tierce foies se blece et mort.
26920 Et cist avoient double mort
De siervir pour leur trair.
S'es devoit tos li mons hair .
Bien perciurent par le jurer
Que plus ne poroient durer
26925 Cil d'Avignon. Si ont mand<5e
Leur pais au roi et creant^e
Tout a son voloir, sans rakat,
Et tout au plaisir del legat ,
Et moult de coses ont offiertes ,
L. ville d'Avignon ou- 26930 Puis si OIlt IeUr P 0rteS OUVierteS ,
vrc scs portes aux
croisis , 10 septem-
brel226. '\ ^ A „
26902 Feel, amis, feaux. 26910 hn grande, avec soin.
26905 Ciever, venir a chief, en finir avec le 26918 Escaucire, se frolte.
roi. Roquefort donne chever ; chevance et chever 26921 Trop court ou Hsez siervir.
doivent appartenir a la meme famille. 26925 Cil d'Avignon , le siege, commence le*
26905 Puors, infection , corruption. 10 juin 1226 , ne finit que le 10 septembre sui-
26908 Aciever, plus haut ciever. vant.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 541
Et li rois s'en est consillies.
Quant si les vit aparilli& ,
Lues s'en ala li quens de Fois, lc comic deFo.xnepeui
Moult anguissous et moult destrois, are sa ra '*
26935 Quar, pour homme ne pour avoir,
N'en vot li rois miercit avoir,
Pour ?ou k'il ot les nos gr^v&,
Menbres tolus et ious crev^s ,
Comme faus mescr&nt et fol.
26940 Mais le boin conte de St.-Pol Lccorps a u comte a c
i-i* . 1- • . • r» S«-Pol est porte ;'i
Fist li rois porter Tiers Pans, s*-De D i S .
Et commanda qu'i S*. -Denis
Fust enfouois joste son pere ,
Pour 50U que sa valors i pere.
26945 Et li rois et si cevalier
Se prisent lues a consillier ,
Quar cil d' Avignon , ki dotoient
La mort que d&iervie avoient ,
Del tout el tegat s'otriierent ,
26950 Pour ?ou que seur et fit i&rent
Que priestres ne pooit jugier
Nul home a morir de Wgier.
Si ne s'oserent entremetre
Del tout el roi de France metre ,
26955 Quar priestres puis canter ne puet
Qu'oume a mort jugier li estuet.
Lors devisa li kardenaus
Et li communs clergies entr'aus
26948 De'siervie, meritee. Dans le Jfouveau le pellbtier.
PatheltHj r&mprime' en 1748, on lit, p. 6 :
II seroit bien a desservir.
PATHBLIIf.
26949 El leg at s'otriierent, s'en rapport erent
J 'en scai fort bien tels cinq ou six . ,
De qni cent ct cinquante francs 8 *"
Viendront en votre main toot francs. 26950 Sfar et fit, SUM et persuades.
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542 CHRONIQUE
Toute la pais . et fti escriute
26960 Et devant les barons reliute.
Si fu la pais teus devisee
Que d' Avignon , sans demor& ,
Tout ayant les armes rendisent
Et les destriers, et il si fisent;
26965 Et puis les portes ouvrist-on.
Si mesist li rois garrison ,
Par le consel del cardenal :
Si fist-on amont et aval ,
Les cevaliers des arcevesques
26970 Ki la terent, et des &resques,
Pour oster auques leur desroi ,
Et s'en i eut de par le roi.
Dont il furent moult asoupli ,
Quar li fosset furent empli ,
26975 Et, pour iestre plus adent£«
Furent tot li mur cravent^,
Et CCC des millors maisons,
Quar il fu bien drois et raisons.
Et sot li rois CCC ostages
26980 Des mellors, $ou fu a vantages.
Et s'ot li rois avoec enfin
Leur poestat et le dalfin ,
Raymond Berengeriv, Pour ?ou que li quens de Provence
comte de Provence. T . ....
Li ot consilliet sour penence.
26985 Et saci& que li paisant .
Ki devant qou furent taisant.
Leur abatirent tot premiers
26959-60 Escriute, reliute, ecrite, lue. dauphin d'Auvergne, mort Ie22 man 1234.
26972 Eut, monosyllabe, v. 27279. 26983 Li quens de Provence , il poasedait par
26975 AdenU, humiliea, punia , abaiaaea. indivis , avec le comte de Toulouae, la aeigneurie
26976 Cravente, demolis , d&ruits. de la ville d'Avignon , maia cette cite n'obeiaaait,
26982 Dalfin, Andre ou Gui VI , dauphin de dans le vrai , qu'a aon podestat.
Viennois , mort le 5 mars 1237, ou Robert, 26986 Taisont, tranquillea, neutres.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 543
Mure et foss& moult volentiers ,
Quar on haoit $aus d' Avignon
26990 Partout le pais environ.
S'en orent C tans plus grant joie
Que jou dire ne le poroie .
Et li pardons en iert assis
Et grans et larges et masis.
26995 Si alerent et clerc et lai
Communalment, sans nul d&ai,
Et si diurent cil d'Avignon ,
Outre mer, a leur liyrison ,
A III ans , XXX cevaliers ,
27000 Garnis d'armes et de destriers ,
Et VI mile murs dut avoir
Li rois de leur milor avoir,
Si comme de nu£s estrelins :
Ensi fu pourtraite leur fins.
27005 Et de ces deniers feroit-on
Par deqk l'aigue d' Avignon ,
A l'ab&e S'.-Andriu,
I castiel u en autre liu ,
A oes le roi, en son pooir,
27010 Pour Aviiens faire cr&noir.
Et s'en orent clerc et baron
Et li cevalier d'environ ,
Et sot li rois tous lor engiens.
Si les tramist avoec les siens ,
27015 Par le Rosne, en I fort castiel,
U on les gardast bien et biel ,
Pour r'aler apri& viers Toulouze ,
Que li bons rois vaintre goulouze.
96991 C tans, cent et cent fois , cent fait au- 37004 Pourtraite, achevee.
taut. 27010 Aviien*, Avignonau ; cremoir, craio-
27001 Murs, rnuleU. dre.
27005 Nuesestrelins, aehnouvellemoxmaie. 27018 Vaintre, vainer e.
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544
CHRONIQUE
Dont raena H rois ses barons
27020 V^oir toutes ses garrisons ,
A INimles et a Karkasonne
Et a Tiermes et a Nierbonne ,
Et a S f .— Gille et k Marselle,
Et puis a Arle et a Bielkaire ,
27025 A Tierascons et a Orenges ,
Et partot mist painne et costenges.
S'ala aillors u sa gent sot ,
Et les garni si com lui plot.
Et, pour iestre d'aus plus seurs,
27030 Leur abati castius et murs ,
Que viers sa gent ne r£velasent
Et plus seur la demorasent.
Adonques si prisent congi&
Et li baron et li clergies.
27035 De teus i ot, si repairierent,
Mais le roi moult d'armes laisierent;
Pour mious garnir ses garnisons ,
S'orent armes et livrissons.
Par Avignon si faitement
27040 Gaegna le rois quitement
Tout le pais : ce f u grans cose ;
Mais Toulouzans goulose et cose ,
Pour Avignon ki ci& estoit
De tout le pais la en droit.
27045 S'orent chit XII fois siege,
Mais a la traisime , sans friege ,
Furent mat^ et amati
27021 IVimlet, Nismes.
27025 St.-Gille, le Recueil de Barbazan et de
Meon , HI , 569, contient un conte intitule : La
chastelaine de £*.-(rt7/e.
27025 Tierascons, Tarasconne.
27026 Costenges, depenses.
27058 Livrissons , munitions.
27046 Traisime, treizieme; friege, voyex
y. 25878 ; ce mot ici ne serait-il pas la traduc-
tion de freda , fridus , fridhgildum , la composi-
tion au moyen de laquelle on se rachetait?
27047 Amati, accables, mates.
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avorUe.
DE PHILIPPE MOUSKES. 545
Et leur mur a ti&re flati.
Mais Dieux le fist tout proprement
27050 K'il 6rent trop fort durement.
Mais on a cont£ maintes fois :
U viout li rois la va li lois
Et Dieux. Li rois les retorna .
Ki leur fblie bestourna.
27055 Ki plus couvoite k'il ne doit,
Sa couvoitisse le d&joit.
Et cist orent tant couToitte .
Qu'en la fin ont mal esploitte,
Quar puis le tans rois Carlemainne,
27060 Ki tout conquist k son demainne,
Ne furent mais a <?ou men£ ,
Dont il sont ore fburmen^.
Adont s'oi de la Rochiele tuvoiie de u EocheUe
Li rois trop vilainne noviele ,
27065 Que li bourgois trair le vorent ,
Mais s^u fu si qu'il ne porent.
Ses castelains les avoit pris
Et en leur traison soupris.
Et Ricars, ki Bistars ot non.
27070 Estoit en l'isle d'Orion
A III C cevaliers et plus.
S'estoient la II jors repus ,
Fuiois s'en est en sa galie ,
Qu'il avoit bien aparillie ,
27075 Quant il sot que cil pris estoient,
Ki la Tile trair devoient.
A Baione s'en est raids,
Et Tiers Bourdiaus, ki siet dal&.
27048 Flati, abattus. glais Richard Giffart?
27055 Couvoite, convoke. 27070 L'isle d'Orion, Hie d'Olfam , dans
27066 Mais sen fu, mais on le sul.... l'Aunis.
27069 Ricars Bistars, n'est-ce pas Fan- 27072 Repus , caches.
Tom. II. 69
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546
CHRONIQUE
Reflexions sur la ruine
d'Avignon.
Difficultes que fait 1 em-
Jiereur pour allcr a
a croisade.
Et li rois , ki grant joie en a ,
27080 Partout le pais cemina ,
Mais de $aus fist emprisonner
Et plusiors pendre et trainer.
Ensi . pour Toir le sai et truis ,
Fu Ayignon r& et destruis .
27085 Ki, pour force ki lor abonde.
S'en apieloient kapemonde ,
Ciert a dire, ki le despont.
Qu'Avignons ert li ci& del mont.
Mais s'il fu ci&, or est si amples .
27090 Qu'Avignons puet douner examples
Qu'a droit est gr£r& et desfais
Ki viout porter plus que son fois ,
Si com fisrent cil d'Avignon ;
Ki furent rice, or sont vignon.
27095 Quant abatus fu leur desrois .
Si revint Tiers France li rois.
Or dut l'emperires passer
Avoec sa feme , outre la mer :
Mais de (ou forment s'abaissa .
27100 Que sa feme auques tos laissa.
Si se prist k sa kanboriere .
27082 Pendre et trainer, comme on Yu vu ,
ces mots sont , pour ainsi dire , inseparables ;
pendre et ecarteler, c'etaient des supplices vul-
gaires. Le proces du comle deLancastre, en 1322,
offre ces mots : Thomas comes non trahatur neque
suspejdatur; ou Fon retrouve pendre et trainer.
Voy. Du Cange, au mot trahere.
27086 Kapemonde , capo di mundo.
27089 Amples , peut-etrepour ambles , a cause
de la rime, et ambles serait mis pour amble'e,
ravagee , pillee , car le mot amples , avec la si-
gnification que nous lui donnons, semblerait
former un contre-sens , a moins qu'il ne signifie
une vaste solitude.
27094 Pignon, pauvres comme de simples
vigneroos, de miserables cabaretiers. Voyez
v. 26178.
27101 Kanboriire, chambriere. La continua-
tion de Guillaume de Tyr, entre, a ce sujet,
dans des details plus que nai'fs : « Li diables,qui
o vit le grand amor entre Fempereor et le roi
» Jehan , si fu mult dolens , et entra au cors de
» Fempereor, et li fist amer une niece du roi
» Jehan, qui estoit venue avec sa fille. II la
» depucela , et sa fame enbait ; dont il avint un
v jor que le rois Jehan ala veoir sa fille ; si la
» trouva en sa chambre mult corociee : il li
» demanda qu'ele avoit , et ele li dit que tout
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DE PHILIPPE MOUSKES.
547
Et si dist qu en nule maniere
Outre la mer ne passeroit ,
Se les Lombars vencus navoit.,
27105 Quar rien ne faisoient pour lui#
S en ot grant ire et grant anui
Li rois Jehans et laposLolies.
IN iert mie a son acort Honories ,
Dont li rois d'Acre fu lonctans
27110 A Boulougne-le-Crase estans :
S'el sorent et conte et baron
Et ii rois derant Avignon.
Or ot li rois pris Avignon ,
Si ot abatu maint dognon.
27115 Mais ce nos tiesmogne les tore,
Qu'en eest ost ot trop grant mortore ,
Car gens morurent a millers.
Et si ot mors C oevaliers.
Voire CC portans baniere ,
27120 Quar l'os estoit grans et pleni&re.
S'en fu li rois las et duellans ,
Quar li rois ert lor bien yoellans.
JVouveaux details sur
Avignon.
» ainsi avoit fait Pempereor de sa niece, qu'il
» l'avoit depucelee et la tenoit , et li enhaissoit.
» Quant le rois o'i, si fu mult dolens, etconforta
» sa fille , et puis prit congie , et s'en aia a
» l'empereor. Quant il Tint la, l'empereor se
* leva contre lui et le salua ; el le roi li dist qu'il
» ne le saluoit pas , et honni fuissent tuit cit par
» qui il estoit empereor, fors le roi de Franoe;
» et se por pechie ne fust, il Tocciroit. Quant
» l'empereor Toi, si ot grant paor et lui com-
» manda qu'il vuidast sa terre. Le rois Jehan dit
» volentiers, et qu'en la terre de si desloyal home
» ne demorroit-il ja. II vuida la terre et ala a
» Rome. » Michaud, Bibliotheque des croisades,
1 . 376. La chose n'est pas comptee moins cru-
ment dans la Ge'ne'alogie avecques les gestes et
nobles faiiz d'armes du trei preux et renomme
prince Godeffroy de Boulion. Paris, Lenoir, 1511,
in-fol. min., fol. Pi. Nous ne citerons que ces
lignes : « El moult humblement se plaignoit la
» noble dame de cet obprobre et vil peche en
» le remonstrant courtoysement a sondit sei-
» gneur et mary. Par quoy il la traictoit moult
t> mal et tellement que pour ce batit et frappa
» pittsieurs foisicelle sa femme.... »
27107 L'apostolies , lisez Vapostoles.
27108 Honories , la mesure demande Honores,
ce qui forme une mauvaise rime. II est question
du pape Honorius III.
27110 Boulougne-le-Crase, Bologne-hnGrasse.
27114 Doguon, doojon.
27116 Mortore, mortal He-
27121 Duellans, ajllige.
27122 Lor bien voeHani, bienveUlantpoureux.
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548
CHRONIQUE
Humbert IV, sire de
Beaujeu.
Amauri VI de Mont-
fort.
Si ot mors clers , priestres et contes .
Et basses gens , doni ne fu contes.
27125 Mais tout li castiel environ
Furent rendu par Avignon ,
C'onques, puis le tans Carlemainne ,
Ne tint mais France en son demainne.
Et quant li rois ot regarnis
27130 Tous les castiaus et renforcis,
Monsignour Tibiert de Bielgiu ,
Son cousin, laissa en son liu,
Et de M ontfort conte Amauri .
Ki son cuer en ot atenri ,
27135 Et cevaliers autres ass&,
Tous de sa tiire estrais et n&.
Lors se remist li rois ariere ,
Viers France , la droite cariere ,
Pour rev^oir Blan$ain , sa feme ,
27140 Qui d'autres ert safirs et gemme,
Et ses fius dont il avoit VI
De leur £age bien asis,
Et une fille bele et gente,
Ki moult leur plest et atalente .
27145 Quar il s'entr'amoient si fort
Que tout ierent a I acort.
N'onqes mais roine n'ama
Son signor tant, ne r&lama ,
Ne tant ses enfans autresi.
27150 Et li rois les ama ausi.
Si que pour la roine france
S'en repairoit li rois en France.
27128 R4p&iti<m.
27151 Tibiert, lisez Humbert, fils aioe de
Guichard IV et de Sibylle , fille de Baudouin-le-
Courageux, comte de Haioaut et de Flandre , et
soeur d'Isabelle, femme de Philippe- Auguste.
De la la parentequi fait employer a Ph. Mouskes
le mot cousin.
27140 Vers deja mis en ceuvre.
27141 F/,sept.
27144 Atalente, est agreable.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 549
Mais fortune qui ne Toit goute
Ot sa kaine a force route ,
27155 Et mauvest£ et couardise ,
Pour vaintre ounour et gentelise ,
Et pour le mont maitre en balance ,
Dont li rois iert escus el lance ,
Si com ses pkre avoit esti.
27160 S'ot cis apri& lui poest^,
Par droit et par afaitement ;
Si yous dirai com fakement.
Felippres , li quens de Namur, pi,ii» P pe n , CO mu d e
Con tiunt a preut et ass^ur,
27165 Et s'iert couzins le roi germains,
Si m'ait Dieux et S l .-Gier mains,
Qu'il estoit et vallans et sages ,
Hardis et corageus et larges ,
Fius le conte Pi^ron d'Au^oirre ,
27170 De ceste ost repairoit en oire
AToec son signor, son couzin ,
Le roi, qui l'amoit de cuer fin.
Mais la mors , qui nului n espargne ,
Ne ne tient valiant I escargne ,
27175 Pour I'eime qu'ele ot de lui,
Ne n'iert envious de nului ,
L'ariesta et prist par le frain ,
Et si clama part et r£clain ,
Tant k'il estut morir le conte ,
27180 Dont li peules maint bien aconte.
Et en ces eures fglenesqes,
Moru de Rains li arcevesqes, Mor t de rarche^ue
de Reims et de Bou-
chard de Marli.
27154 Jfatfte , chaine ; rou te, rompue. bagatelle. E scars , chicbe; escarceUe, bourse.
27169 Pieron d'Aucoirre, Pierre de Cour- 27178 Clama part, reclama sapart; re'clain,
tenai. pretention , droit que Ton fait valoir.
27170 Oire, erre, voyage, eUt, disposition. 27181 En ces heures malbeureuses, en ce
27174 Escargne, vae eeonomie d'ayare, une temps fatal.
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550
CHRONIQUE
Guillaumes , ki fa deGenvile.
D'une gent haute et moult gentile.
27185 Si moru Bocars de Marli,
Dont la cose point nabieli ,
Quar il estoit sages et preus.
Ne de sa mort ne fu nus preus
Se qou ne fu a Dieu la-sus ,
27190 Quar il avenoit bien fa-jus.
Et quant li rois la 01 dire ,
S'en fti si plains d anui et d'ire
Con ne le poroit aconter,
Et maus seroit del acouter :
27195 Quar la mors Guion de S*.-Pol
Li ot d'anuis cargi^ le col ,
Et 90U k'il ert grevfe en paine .
II mois apries la quarentaine ,
Sor les anemis Jhesu-Crist ,
27200 Si com Tapostoles nos dist.
Ke vaut ^ou que plus en diroie ,
Ne moo conte en asloogeroie?
EnTie et mors awec fortune ,
Et haine et leur gens commune .
27205 Et bataille , ki les semont
Pour plus acimciier le moot,
Qu'il voloit em pais deraorer ,
27183 Genvile, Joinville, voy. v. ^6619.
27185 Bocars de Marli, Alberic de Trois-
Fontaines parle de ce chevalier. Hist, fr., X VIII,
782, A. II jura, en 1214, la treve conclue a
Chinon avec les rois de France et d'Angleterre.
Ibid., XVII , 104, E. La maison de Marli etait
use tranche de celle de Montmorency , dont le
chef fut Matbieu, fils de Malhien I er et d'Aline
ou Aiix, filie natnrelle de Henri I or , roi d'Angle-
terre; ce Thibavt qai se crcdsa Tan 1175, mou-
rut vers 1190, moine de N.-D. du Val, ordre
de Citeaui. — Bouchard I cr de Marli, dont parle
le teste, seigneur de Montreuil-Bonnin, Saissac,
S l . -Mar tin en Languedoc , Picanville, etc., etait
fils de Mathieu de Montmorency et de Mahaut
de Garlande. Andre Du Chesne , Hist, de la mai-
son de Montmorency, pp. 666 , 670. Du Chesne
transcrit les vers 27185-27194. Voy. eo outre
r Introduction de ce volume.
27198 I / mois Sur la longueur du siege
d'Avignop, voir v. 26955.
27296 Acwndier, aconchier. soailler.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 551
Et sans doloir et sans piorer,
Celui ont ahier* a lors mains ,
27210 Ki plus gardoit et plus et mains.
Et 90U fu fait , a vert^ dire ,
Pour crestiente entredire
Et sainte eglise ad&evoir ,
Ki s'iert ahierse , tot pour voir ,
27215 A Lofys , fil Phelippon ,
Ki toute avoit s'entension
Mise a crestiente garder .
Et de cuer et d'ious regarder.
Or 60s quel malaventure
27220 Et com fole desconfiture
Qui tous les maus ont tous les biens ,
Si desconfis que n'i faut riens.
La mors m&smes , qui tot prent won a« Louis vm , 8
„ if. novembrc 1226.
Et tout degoit et tout souprent .
27225 Avant tous les autres , sans doute ,
S'est adi^cie enmi la route ;
Si ahiert Lofys le roi ,
Par son outrage et par desroi ,
Que plus n'el laisa cevaucier ;
27230 Ainc Varies ta a Monpancier.
Et quant li rois se vit ahiers
Par tout, de lone et de traviers,
Si devisa son tenement
Moult bien et moult assisement ,
27235 Et dona en maint liu del sien :
Pour s'arme et pour Dieu si fist bien.
Puis apiela ses compagnons .
27209 Ahiers, saisi. 27233 Devisa, partagea; tenement, avoir.
27214 Ahierse, attaches 27237 Les vers 27237, 27243, 27231-27234
27221 Qui , de qui. sont transcrits par M. De Fortia , dans son edi-
27230 Monpancier , Montpeosier , pres de tion de Jacques De Guyse et de Jean Lefevre ,
Clermont, en Auvergne. XVI, 142. II y a dans cette citation quelques
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552
CHRONIQUE
Mathieu II He Montmo-
rency.
Exeeuteurs des dernie-
res volontcs du roi.
Louis ordonne en mou-
rant de continuer la
guerre contre les Al-
bigeois.
Et son ciergiet et ses barons ;
Si lor fist esranment jurer
27240 De s'ainsnet fil assurer,
Et de couronner a quintainne .
Pour oster d'anuis et de painne
Et la contree et le pais ,
Et pour $ou qu'il ne fust trais.
27245 Et il li orent encouvent ,
Plorant et rec&nt souvent
Sa vallandise et sa bonte ,
Et sa largaice et sa biaut^.
Et li rois , ki bien les ooit .
27250 Les aparloit quant il pooit.
Et Mahiu de Monmorenci
Proia-il que , par sa mierci ,
Presist en garde son enfant;
Et il l'otria en plorant.
27255 Et Jehan de Niiele aToec .
Le commanda li rois illuec ,
Et fr&re Garin , le savant ,
Ki s'aloit de duel esragant,
Et tout li autre aval l'ostel ,
27260 Pour la doutance d'un et del.
Mais tot esrant en Aubugois
Commanda renvoient li rois
legeres variantes d'orthographe, et aumot esran-
ment on a substitu^ esrancant qui De signifie
rien. Andre Du Ghesne transcrit toutle passage
v. 27237-27254 , p. 140 de YHitt. de la maiton
de Montmorency.
27246 Receant, regrettant?
27255 Jehan de Niiele , Jean de Nesles , fil 8 de
Jean I cr , seigneur de Nesles , de Flavy et de la
Herelle , chatelain de Bruges , et d'lhisabelh de
Lambersart. Voy. Du Chesne , Hut. yene'al. de
la maiton de Bethune, pp. 272-276. II etait issu
des comtes de Soissons. Jean II , vendit la cha-
tellenie de Bruges , en 1224 , a la comtesse de
Flandre , ainsi que nous 1'avons deja dit et que
le contera Ph. Mouskes lui-meme. Voy. l'edition
de J. De Guyse, par M. De Fortia, XVI,
209-212; Warnkoenig, Hist, de la Flandre, II,
129-49, et v. 28553.
27257 Frere Garin, le chancelier, ainsi appele
parce qu'il avait ete frere hospital ier de S'.-Jean
de Jerusalem.
27258 Esragant, desesperant.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
553
Siergans ass& et cevaliers ,
Cevaus et armes et destriers.
27265 Si fu lues fait par son acort,
Quar li rois en parla moult fort ,
Com cil ki leur ot encouvent
Ki les soucorroit yoirement.
Et fii mandet as garnisons
27270 Que leur cors et leur garisons
Gardasent bien avoec I'enfant ,
Quoi que del roi fust avenant,
Quar il auroient a plain cours
Et gens et deniers et soucors.
27275 Petit apri& que li mesage
S'en al&rent s&ir et sage ,
Si Tint la mors , ki desfia
Le buen roi , et il s'afia
En Dieu , s'eut toute sa droiture ,
27280 Plainnement, a bonne aventure;
Et lues esrant si devia ,
Car la mors a mort 1'enyia.
Si quida-on par verity
Con reuist \k envenim^ ,
27285 Et les autres barons de Tost ,
Qui mort i estoient si tost.
N'ainc pour emper^or ne roi
N'oi-on tel duel a desroi.
Puis fu mis en une liti&re
27290 Pour raporter en France ari&re.
Et tout ensi com il yenoient ,
8oupcons d'empoison-
nement.
27279 But , ce mot. eUit aussi de deux syl-
labes , e'ut. Voy. encore plus bas v. 27594. Alain
Ghartier ecrivait au XV siecle :
Gens lasches et recreuz,
Defiles et mescrlus,
Et de rertu descr&is,
Tom. II.
Qui a souffirir ne s'apprennent :
Et les biens qu'ils ont iuz,
Et par grice rectus ,
Ont Irop tost descongnlns ,
Sans 89a voir dont ils les prennent.
De legier vers Dieu mesprennent.
£d. d'AMDKi Du CHE8NE , 1617,
in-4o, p. 332.
70
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5&4 CHR0N1QUE
Les gens trop grant dol demeaoient.
La relne Blanche Tient Or eStOlt dlt & la rOlDe
aa-devant de son ^ ,. . •
man qu'elle croit v.- Que ll 1*018 YlCIlt SaillS et CeilllDe ,
v " nt 27295 Si ot fait 1 car atorner,
Pour ses fius encontre mener ;
Et li ainsn& , ki ceYatif a ,
Cele part moult tos en ala.
Mais frere Garins qui Tencontre
27300 N'el laisa plus cevaucier outre,
Ain» a fait retorner I'enfant.
Et la roine maintenant ,
Ki se fust ocise de duel ,
Son n'el tenist outre son voel.
27305 Si fu dire et d'anui Yiermelle ,
Et 90U ne fu mie miervdle ,
Qu'il li fu tout adi&s preudom ,
Del commencement jusqu'a som.
Mais que Taut ?ou? Envie et mors
27310 L'orent a naort perciet et mors.
pb.i.ppccomtedeBou- Sen mena trop grant dol Felipres ,
° gae " Ses freres, li sages, li vistes;
1 Quar la roine pk>roit tant
Que tuit en furent d£mentant.
27315 Dont jou di bien T et fis en sui ,
Que Dieux ama plus soi qu'autrui ;
Quar tout le bien qui 9a jus ert ,
Trest avoec lui , si com il pert.
Et qui bien sa yallance glose,
27320 C'est ™>laite, lis et rose,
Pour tous les biens a remirer.
27299-300 Encontre et autre, rime en goret. 27316 I/auteur revient encore a cette idee
27304 Outre sonvoel, malgre elle. que Dieu en enlevant a la terre lea hommea au-
27307 Qu'il U fa , poiaqne Louia lui fut perieurs , songe a son propre interet.
toujoura..... 27319 Glote, explique , apprecie.
27311 Felipret, Philippe ,comtede Boulogne. 27321 Remirer, admirer.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
555
Or en a fait son peule irer.
Mais S l . -Denis , pour mious cotnbatre,
L'a fait la-sus el cid cnbatre.
27325 S'en sera plus doutfe s'ire
La-sus a tons, quar cu ert sire
De la plus valiant region
TiAriiine-, et la legion.
Dieux n'enpira pas Lo&s^
27330 Ains iert ses compains ob&s;
S'iert tos de sa loi avancier.
Et ses eommans a enfbrcier,
Qu'il iert boins aumosniers et sages ,
D^bonnaires, hardis et large*,
27335 N'en Clerivaus , a droite somme ,
N'avoit nul si bon errant orae.
Ensi a dious , a plours . a cris ,
Si que petis fu li d&rk.,
L'ont a S*.-Denis aport^:
27340 Mais n'i ont gaires d^port^ ,
Si que par lui preus et braidis
Que tout li sains de paradis
I&rent desconfit et kaci^
S'orent tant a Dieu pourkaci^ ,
27345 Pour force dont il n'orent point,
27322 Irer, s'affliger avec violence.
27328 TieriiSne, terrestre.
27333 Clerivaus, Clervaux, chef-lieu d'ordre.
27358 De'tris, retard, delai.
27340 N'i ont gaires deporte, n'y ont guere
£te satisfaits. Deporter a aussi un autre sens ,
comme on le voit dans ce quatrain qui date du
XV« siecle :
Smige felon doit-on cremir,
Bt sot felon bien tost fulr,
Sot del>onnaire deporter,
Et sage debonnaire amer.
M«« De 8«.-Sobih , VHdtel de Cluny
1835, p. 109.
27341 Braidis, ce mot, qui a de l'analogie
avec le flam and breed, large, semble £tre une
forme de barde, fort, vigoureux, suivant Ro-
quefort. Le passage tout entier n'est pas sans
obscurity. En voici le sens :
lis n'y furent guere satisfaits de ce que
tous les saints du Paradis , qui semblaient avoir
&e deconfits et mis en d£route , avaient instam-
ment pri^ Dieu, pour les remettre en point
et leur rendre la force dont ils manquaient,
d'enlever Louis, ce monarque preux et fort a
oeux d'ici-bas , pour le donaer a ceux de la-
htut.
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556 CHRONIQUE
Si que pour aus remaitre en point ,
Le toli Dieux ?aus de ga-jus ,
Si le douna ?aus de la-sus ,
Pour lui aToir en compaignie.
Que ie roi Louis euit 27350 Quar H rois iert de la lignie
de la lignec des com- _ _. - __ .
te* de Fiandre et de Des Mamens et des Hamnuiers,
Que tout ausi , com faus gruiers ,
Prent sa proie as cans et as bois ,
Prisent la contr^e as Grijois ,
27355 Et la cit<$ Tallant et noble
Con apiele Coustantinoble ;
Et \k furent emper^our ,
Comme preudorae , tamaint jor.
ce que Ton perdit a ia Or aToient leur Yolent&
mort dc Louis VIII. a«o/»/\ o •
27360 Samte glise et crestient&
D'une estace u il s'apuioient ,
Que nule rien mais ne dotoient;
Or est l'estace a lui brisi^
Et desrompue et defroisi£;
27365 Or avoient cevalier pais ,
Qui guerre auront et painne et plais;
Or esroient li marceant,
Ki seront quoit et mesc&mt.
Quar cis faisoit les plains marci&,
27370 Comme rois en droiture et ci&.
Or ga^gnoient laboureur,
Ki seront quoit et en doleur,
Or n'oseront issir des rues ,
Qu'il ne pergent cors et ci^rues ,
27375 Quar li rois Felippes et cis
Les orent ost& de miercis.
Mais triuwe et pais , a ceste fois ,
27552 Gruiers, aergent, garde forestier \faus 27368 Mesceant , malheureux.
^mtVrt neserait-ilpas uneespece de braconnier? 27374 Pergent, perdent; cieruet , charrues.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 557
Sont partout pri& mis en d&ois ;
Se Dieux n'i mait et ious et cuer ;
27380 Pries sera yenu a cest fuer,
Se li valiant baron de France
Ne font l'oir et sa tiere france ;
Quar France est roiaumes sofrains
Et des premiers as daerrains.
27385 Mais pour la ti&re entremeller,
Viles ardoir et gens fouler .
Vot guerre morteus cevaucier,
Pour pais destruire et encaucier.
Et haine fause et laniere
27390 Ot ]k lev& sa bantere,
Quar Dieux iert I poi endormis
Pour asaiier ses anemis ,
Qui Font gr^v^. Se $ou ne fust
Qu'el ciel de roi mestier £ust ,
27395 Et pour itant si le Yolt-il
Pour son regne oster de p^ril ,
Quar Lofys , li rois proissi^s ,
S'iert pour Dieu de la crois croissi&
D'Aubugois , et si eut e&ti
27400 Tres le commencement d'est^
Jusqu'entor fieste S*. Martin ,
A bonne eure et a bon destin ,
Par le commandement de Roume ,
Qui de crestiiens est la soume.
27578 Pries, presque; mis en de'fois, mis en 27592 Asaiier, eprouver.
defense , defendus , interdits.
fl -- OA » T f i . i , Un rei aveit un socn serjant
27380 Nou. en seron* pre»que reduit. la s. g e et con™ «i biea ™il.nt :
SI. • . Bien aveit li reis essaiez
27585 Sofrains , SOUverains. Que del side ert moult ensengniez.
27584 Du premier au dernier. Le Chastoiement, public par la
o-r*OK v *_ i» • » j l c • Sociite des bibliophiles fran-
27585 Entremeller, jeter dans la contusion, cais 1824 u ,j 2
le desordre.
27591 Dieu est endormi ! 27599 Eut, voy. v. 27279.
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558 CHRONIQUE
27405 S'iert si \aw4* de ses p&ies ,
Qu'il n'iert mais de nul entecies.
Ainc estoit plus que safirs fins ,
Ne esmeraude ne rubins.
Et Dieux , qui bien en sourenoit .
27410 Le quoissi tel com il yoioit.
Si le retoli convoitisse ,
Et fauset^ et couardisse ,
Et haine et mort et envie ,
Qui l'avoient giet^ de vie;
27415 Auqae* par son assentement,
Pour le roi prendre naitement ,
Quar nait le savoit et Urn*.
Si Fa od lui el ciel lev£ ,
A la seniestre S*. -Denis.
27420 Quar ses pire iert A destre mis.
Pour qou vot-il qu'o lui entrast,
Que jamais $i jus ne pecast.
Pour c est li rois sains et entirs .
Poses el repos des martins,
27425 Car il fu martins et confi& ,
En painne et en aumosne apri&.
Si est bien raisons qu'il i p£re ,
Qu'il ait ounour si com ses pire.
Dont jou di, et c'est mes recors ,
27430 Que paradis en est si fbrs
Qu'il n'aintme mais le remanant ,
Qu'il a $a jus laisci^ manant.
N'ainc paradis ne bargigna
Si bien , ne tant ne ga^gna ,
27435 N'ainc mais France n'ot tel desroi
Puis Carlemainne le bon roi ,
2741 5 Son assentement, l'assentiment de Dieu. qu'il dedaigne lout ce qui est reste* en ce mo ode.
27417 Nait, net, pur. 27455 Bargigna, negocia, marchanda. Nous
27450 Le Paradis eat si fier de sa conquete , avons encore barguigner.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 559
Com del pere cestui et cest ,
De vallandise ne d'aquest ;
Quar li pere ert de haute afaire,
27440 Et li fiua , bout et d&onnaire ,
S'amoit sa gent autant com lui ,
Et haut et bas n'i ot celui.
Et sa marastre li iert mere
Et il li iert et fius et pere.
27445 Sen fiat tant dire et dlplorer
Con n'el puist dire n'esp&er.
Et la rome iert feme et dame.
Oir oiis com Dieux nos adame,
Ki tel aignor nous a tolu
27450 Ki moult valoit et a yalu.
Enmi la glise S t .-Denis
Fu rieement couviers et mis ,
Trop fu li dras rices et gens.
Si vinrent de partout les gens.
27455 Et la contesse, sa couzine,
Jehane en plora d'amor fine ,
Flora ! voire , se Dieux i fust ,
Di-jou que plorer I'est&ist,
Voire et tout li sains par raison ,
27460 Quar Ik en ot liu et saisson.
Mais toutes voies li plus sages ,
Pour Tenfant qui n'ayoit d'&ge
Que XII1I ans et petit plus,
Si com il est coustume et us ,
27465 Quant parfines fu li sierrices,
Si com il diut et haus et rices ,
Au los de Dieu et de sa mere ,
27445 Samarmiire,lDgeberge,9ecODde(tmme 27456 Jehmme, la o— Ueaie de Flaadre et de
de Philippe-Augutte , decedee a Gorbeil , le 29 Hainaut.
juillet 1236, sans avoir eu d'enfaii*. 27458 Festeust, lui eta cottvenu.
27446 Oir, or, ore. 27460 Saisson, aaiaon.
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560 CHROMQUE
L'ont seveli jouste son p6re.
Lors fu li dios tant enforcing,
27470 Qu'il en i eut pri& desragi&.
S'en furent li moine dolant
Trop durement et trop joiant,
Joiant de ?ou que si haut oste
Giurent la-dedens coste a coste ,
27475 Dolant de $ou que si boin roi
Ne ti&nent encor lor conroi.
S'en deyroit plorer tous li peules ,
S'il n'est et d'ious et de cuer yeules;
Quar par aus iert la tiere toute.
27480 De $a mer et de la sans doute.
Mais 90U que vaut , trestot morra ,
Ja riens vivans n'i demorra ,
N'onques mais teus dious ne fu fes
Ne ne sera ciertes james ,
27485 Com il ot a Venturer
Et en apri& au d&eyrer
Et des dames et des barons ;
Mais tant i a , tout le sivrons.
Louis ix , on saint- Le roi laisent, sans nul delai •
Louis, roi de France. »/\/\ «-,
27490 Et cevalier et clerc et lai.
Mais des barons li plus sen£
Ont a Paris l'enfant men^ ,
U li plusiour lass^urerent,
Ki son taiori et peu amerent.
27495 La contesse Jehane iert la
De Flandres , ki l'ass^ura ,
Et apries Ernous d'Audenarde ,
27473 Otte, hdtes. Com Hi ot a l'entierer.
27478 Veulet 7 paresseux , lache , dit Roque- 27486 Au detevrer, deseurer, au depart, au
f° rt « moment oil il fallut quitter les depouilles mor-
27485 Ce vers est trop court; on le retablit telle* de Louis,
en lisant : 27497-98 Audenarde et Gavre, rime rurale.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 561
Et mesire Rasses de Gavre . B«n^>n an comte de
_ . Flandre Fernnd.
Qui porterent et mars et byres ,
27500 Dont Ferrans diut estre d&ivres.
Mais li consaus les fist atendre
Tant que l'enf& peust sacre prendre.
Lors manda-on les arcevesques
Et les ab& et les ^vesqes ,
27505 Et les contes et les marcis ,
Ki tout a grit et k miercis
Fuseat prest a Rains , en haut liu,
Le jour de fieste S'.-Andriu.
Et les commugnes manda-on
27510 Partout le pais environ ,
U toute la gens crie et pleure;
Et li clergies , & cascune eure ,
Ki pri& ierent mat desconfi.
Quar nos savons moult bien de fi
27515 Que, de ci jusques en Surie.
Amoit-on et doutoit sa Tie.
Et cil de Gresse voirement
S'i fioient trop durement .
Et Alemagne et Engletiere
27520 Doutoient le roi et sa gierre ,
Et la haute cit& de Rome
Ne li pappe n'aroa tant ome.
Mais li reubeur et li larron
Vorrent bien la mort del baron ,
27525 Qui voldrent reuber et tolir,
Mais il i poront bien falir ,
Se Dieux sauve les XII pers
II est parte plus haut d'Arnould d'Audenarde et savant , M. C.-A. Walckenaer, que vient 1'ex-
de Rasse de Gavre. pression une bonne robe , pour exprimer one
27499 Mars, marcs. femme jolie, gaillarde, complaisaDte. Bonne
27525 Reubeur, voleurs. C'est de rober, reu- robe, c'est-a-dire bon butin. Note sur la tervanie
ber y suivant un philologue aussi iogenieux que justifie'e, de La Fontaine.
Tom. II. 71
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362
CHROMQUE
Louis IX est sacre &
Reims, 29 novembre
1226.
Le due de Bourgogne.
De France, del sieele non pen.
Si di , et pour voir le set-on ,
27530 Qu'en Fan del incarnation
M et CC Tint et sis
Si moru cis row Lofys,
El novembre qu'iriers ombrage.
S'ot XL ans sans plus d'^age
27535 Et s'ot estl li rois sen&
III ans et demi couronn&.
Ne puis le tans roi Dagobiert
N'ot roi en France mains cirriert,
Ne puis que moru Carlemainne,
27540 Ne quist tant roi k son demainne
Ne ki de tant fust rois tenans ,
S'&iiat encor vescu XX ans.
Al jour ki fu pris et donnas
Que li enfts fu couronn&,
27545 Vinrent a Rains plusior baron
De lontains pais environ.
Et li jovenes dus de Bourgogne ,
Ki dolans fu de la riergogne,
I vint volentiers et de gr«S ,
27550 Quar ses p£re ot le sien am6,
Ausi fist li bons rois Felipres ,
Quar il li fu pri& k Bo vines.
Si ot pr4las et arcevesqes ,
Ab& et kanonnes et yesqes ,
27531 Pour que ce vers ait sa mesqre, il
faut lire :
M et CC et Tint et sis.
17533 Iviets, hirer; ombrage , attriste.
27554 XL ans , il Itait dans sa trente-nen-
vieme annee.
87536 /// ans et demi, Irois ans et qua t re
mois moins six jours.
37538 Mains cuviert , moins doue de mau-
vaises qu allies , de vices iudignes de son
rang.
27540-41 Qui fut plus zele pour Fagrandisse-
ment de ses £Mb et qui ftendit plus loin sa
domination.
27547 Lijovenes dus de Bourgogne, Hugues IV,
age alors de quatorze ans environ , &ant n£ le
9 mars 1212.
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DE PHILIPPE MODSKES.
563
27555 Et li patriaclee i Tint
De Jurealem, ensi avint.
Li cardenaus i demora,
Ki pour le rois ass& plora :
Si mist al sacre de l'enfant .
275.60 Et de confort se mist entrant.
Mais ne fu mie en la compagne
Li quens Pi&res, qui tint Bretagne,
Qui , pour conyoitisse de guierre ,
Al fr&re le roi d'Engleti£re ,
27565 Ricart, ot promise sa fille ,
Si nota-on barat et gille ;
Mais li quens Robiers i ala
Pour faire oumage, quant fu la;
Et ses frere li tr&oriers
27570 De Biauvais , ki secons u tiers
Fu noum^s de l'arcevesqui^
De Rains , mais on lot atargte.
Si n'i ot encor nul e&iiut,
Pour Me roi ne faire n'ei Hut,
27575 Que li en&s n'en fust gr£v&.
Anfois que il fust aciey&.
Maint rice ostel ot pris a Rains ,
Darrains, moiiens et premerains.
Et la roine i amena
27580 Son fil, ki duel et joie en a;
Le patriarche de Jeru-
salem assiste au sa-
Le* comtes de Breta-
gne, de Cornouailles
et de Dreux.
27588 Li patriacles , Gerond ouGiraud, deja
mentionnl.
27557 Li cardenaus, le cardinal legat Romain.
27559 Al sacre, Louis IX fut sacre, suivant
l'opinion commune, par Jacques de Basoche,
eveque de Sotssons, le stege de Reims eUnt
vacant , mais Ph. Mouskes dit que ce fut frere
Garin , eveque de Senlis. Foy. v. 27645.
27562 Piires, Pierre Mnuclerc.
27565 Ricart, Richard , comte de Cornouail-
les, frere de Henri III. Sa fille, Yolande de
Bretagne, fut mariee a Hugues XI de Lusignan,
ills aine du comte de La Marche.
27567 Robiers, Robert HI, dit Gate-bled,
comte de Dreux depuis 1218.
27569 Ses frere, Henri de Dreux, archereque
de Reims, en 1227, mort le 8 juillet 1240. II
etait fils de Robert II et d'Yoknde de Gouoi.
27572 Atargie, retarde.
27574 N'el Uut («** licuiQ.
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564 CHROMQUE
Et fu sour I kar amends ,
En tour lui des barons asses.
Mais, a l'entrer de la cite,
L'ont sor I grant destrier mont£.
27585 Descendus est el droit palais,
Mais n'i ot sons ne cans ne lais.
Lecomte d« Champa- S'ayint que li quens de Campagne,
De sa gent et de sa compagne
Ot envoii^s tous premerains
27590 Prendre rices osteus a Rains ,
Et il meismes i venoit ,
Si qu'a II Hues pri& estoit.
Mais quant la ro'ine le sot
Et ses fius . moult grant joie en ot ,
27595 Pour son signour qu'en Aubugois
Avoit relenqui sour d^fois
Mauvaisement et auqes tost.
Si dist la ro'ine al prouvost
De Rains et as kemugnes totes
27600 Que de Rains ostassent ses nutes ,
Ne que ja li quens n'i entrast
Pour prendre valiant I repast.
La suite du comte de Et li prouvos vint as siergans
Champagne est chas- . .
« C Tiofemment de Le co nte , o lui aus ne sai quans ,
27605 Si leur commanda a issir
Tout bielement et par loisir,
Et cil disent que non feroient ,
Li quens venoient , si l'atendoient.
Et quant li maire ot lor respeus ,
27610 Si fist entrer en lor osteus .
27887 Li quens de Campagne ; Thibaut IV, le quement le siege d' Avignon. Voir t. 96197.
posthume , surnomme* le Grand , et dont il a ete Sour de'fois , malgre la- defense ?
question plusieurs fois precedemment. 27600 Routes, bande* armees.
27596 Relenqui, abandonee. On se souvient 27602 Repast, repas.
que le comte de Champagne avait quitte brus- 27609 Respeus, reponse.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 565
Et lor banieres fore gieter,
Et trestout lor harnois oster.
Si les kacierent si de Rains ,
Que tous lies fii li premerains.
27615 Et li quens sa mesnie esta ,
Ki toute sa yoie outre outra.
Si lor a dit com faitement
Furent d&nen^ laidement,
Et li quens s'en est retorn&
27620 Tous coureci& et forsen&.
Quar tot esranment li manderent
Li baron, qui od 1 enfant erent,
Qu'il ne fermast castiel ne tor,
Ne Canpagne , ne la entour ,
27625 Et sluist bien, s'il le faissoit,
Toute France sor lui iroit.
Petit apri& fu commences
Li sierrices, et adr&i&
De cardenaus et d'arcevesques ,
27630 D'ab&, de kanonnes, de vesques.
Et si tramist-on pour l'anpoule l. samte Ampoule.
A S'.-Remi; si ot grant foule,
Quar plus de CCC cevaliers
I ot arm& sor les destriers.
27635 Si l'i a 1'aWs aportfe
A Nostre-Dame , et pr&ent&
El liu, pour l'enfant ordener
Et b&i&r et courouner.
Et li arcevesques de Sens
27640 Le reciut a droit et a sens ,
Quar d'arcevesque n'i ot point
Fait a Rains donques a eel point.
Mais ses loiaus amis et fins ,
27615 Esta, arr&a. 27617 Si lor a dit, plut6t si lui out dit.
27616 Sa 9oie outre outra, pasaa outre. 27618 Laidement, outrageusement.
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566 CHR0N1QUE
Cil Fa enoint frire Garins ,
27645 Et des ^vesques li doiiens ,
Frere Garins , ki fu moiiens.
Quant li enoindres fu fin& ,
Si com il diut , et tiermin& ,
Si as^urerent Ienfant
27650 Cil ki la furent maintenant,
Qui qu'en rie ne plort ne grogne,
Et li joT^nes dus de Bourgogne ,
Et tous li clergies k mierci ,
Et li troi fr&re de Couchi ,
Le. sir« s de Coud, ie» 27655 Li quens de Bar et cil de Blois ,
comtcs de Bar el de .
Btoiv • Et li Normant et Hurepois,
Et trestout cil de la conqueste
Le roi Felipron , et de ceste.
Et fu rnande, $ou sai*»je bien,
27660 Partout c'on n'en doutast de rien ,
Mais gardassent Tiles et bors,
Et cit& et castiaus et tours *
Gomme ktial , avoec l'enfant
Qui couronn& fu maintenant.
La comtesse dc Beau- 27665 Et la cotitesse de Biel-giu
I fu venue sans nul giu ;
Et , pour le p&re et pout l'enfant ,
I mena duel et joie grant.
Ensi , sans noisse et sans d^tris ,
27670 Fucou rounds et b&i&s.
A cest roi Ienfant Lo&s
Po& conter XL et VI ,
Uns et autres , al regne esiius ,
27644 Frere Garins, voy. V. 25687. 27685 li queni de Bar, Henri II, fils de Thi-
27646 Moiiens, intermediate, baut I et et d'Isabelle, fille de Gui, comte de
27654 Couchi, Enguerand III , dit le Grand, Bar-sur-Seine ; et cil de 2?/otr,Gautierd'Avesnes.
Thomas , seigneur de Vervins et Raoul , qui 27656 Hurepois, voy. la Table g£ographiqne.
embrassa Tetat ecclesiastique. 27665 La conUsse de BieLgiu, voy. v. 24914,
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DE PHILIPPE MOUSKES.
567
Que paiens, que oirs, que ballius,
27675 Puis qu'en France ot premiers roi fet.
Mais jou cone avoec eatreset
Caus ki perdirent par foibl&ce
Leur roiaute., tout par perece,
Dont mains om a est^ hounis.
27680 Si dist restorie a SVDenis
Qu'a cest roi sont XXX orden^
Et b£n& et couroun^.
Et si vos di et cone sans plet
Que des oirs roi Huon-Kapet,
27685 Que sans nul droit aquist le resne,
Est cis neuvismes , dont je resne :
Blons f u et s'ot visage blau ,
Ausi com U oir de Hainnau.
(km f u en Fan , ce dist 1'esciis ,
27690 M et CC et Tint et sis
De Tincarnation Jh&u,
Et par I di&nence fu,
A le S l . -And riii yoirement.
Mais a tot le mont proprement
27695 Fu grans anuis et grans desrois,
Qu'en France ot en III ans III rois :
Felippron et puis Lofy ,
A qui Avignons otai,
Et Lotys , le celui fil ,
27700 Ki fu del linage gentil,
Et de par p&re et de par mdre ,
Dont li enffo la mort compere ,
Quar il n'^uist encor que faire
Chroniques de S'-Dcuis
de nouveau citees.
Hugnes'Capet considere
co mm eun usurpateur.
27674 Que oirs, que ballius, soit qu'ils aient
regne par la loi de rher&lite , soit qu'ils aient
eu le gouvernement de fait.
27676 Cone, eompte.
27680 L'estorie, lisez I'estore.
27683 Cone, conte ; sans plet , positivement.
27685 Que, qui j resne, regne, regne, royaume.
27696 /// ant, ce terme doit £tre quelque
peu depasse*.
.27702 Compere, paie.
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568 CHRONIQUE
De maintenir si haut afaire.
27705 Et quant cis , par bonne aventure ,
Ot acoraplie sa droiture ,
Rivaiitc cntre ics com- Si Tint la dame de Caropa&ne
leases de Champagne m r U
et de Fiandre. Et Tint la contesse Jehane
De Flandres, qui sa niece estoit.
27710 Si fisent demander, pour droit,
A porter l'espfo le roi.
Mais pour abaiscier le desroi ,
Saus tos drois , le porta m&smes
Le comte de Boulogne Li quens de Boulogne Felipres,
*^5$?ifT 27715 Ki fu oncles k eel enfant.
S'el tenoit-on a moult valiant.
Et lendemain si cemina
La roine , et si remena
Lo&s, son fil, a Paris.
27720 N'a Rains ne la n'ot gu ne ris;
Et quant la roine i parrint ,
Pour le roi dont il li souvint ,
Son signour, se desconforta .
Mais pour son fil s'en esporta .
27725 Quar s'ele ot duel pour son signor,
Joie ot d'el fil et de s'ounour.
on apprend 4 Paris la Lors Tint nouYjele que Francois
defaitedes Alhigeois. ^ - _
Orent desconns Aubugois.
S'ierent souvent devant Tolose ,
27730 Pour le roi que cascuns goulouse ,
Et pour ?ou que par leur desroi
Ne doutassent l'enfan$on roi.
Et de 5a fu recommence
27706 Sa droiture , ce qu'il devait faire. 27712 Abaiscier, apaiser.
27707 La dame de Campagne 7 Agnes , fille de 27715 Saus tos drois, sauf tons droits.
Guichard IV, sire de Beaujeu, avec laqoelle 27720 Gu,jeu.
Thibaut se mariaen 1222, et qui mourutle 11 27730 Goulouse , desire ardemment , en-
juillet 1251. vie.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
569
La noisse grans et efforcie
27735 Deviers le conte de Canpagne ,
Et viers le conte de Bretagne ;
Et li quens de la Marce ausi .
Revenoit gueroier ensi ,
Et Savaris de Maulion ,
27740 Od lui Poitevins et Gascons ,
Et Ricars, li engl&s, a wee,
Ki pour el n'iert venus aluec
De la Henri , roi d'Engleti&re ,
Ki voloit commencier la gierre ,
27745 Et demandoient Tiers l'enfant
Cose dont n'i&rent pas tenant.
Mais li clergies et ses consaus
Les en clamoient fos et faus.
Et li tr&oriers de Biauvais
27750 Fu darrains arcevesqes fais,
Si aati que ja desroi
Ne feroient si fr&re au roi ,
Qu'il ne leur gr^vast autresi ,
Comme son mortel anemi.
27755 Ensi touella li pais :
Si ot d 'am& et de hais.
Adonques en eel point esrant ,
S'ont d&ivret conte Ferrant
Si Hainnuier et si Flamenc ,
Guerre contre l'Angle-
terre et les comtes de
Bretagne, de Cham-
pagne et de laMarche.
Sayan de Mauleon.
Delivrance du comte
Ferrand. 1227. Nou-
veau style.
27536 Le conte de Bretagne , Pierre Mauclerc.
27737 Li quens de la Marce, Hugues X de
Lusignan. Sur ces guerres , voir Jean Lefevre a
lasuiteduJ.DeGuysedeM.DeFortia,XVI, 150.
27741 Ricars, voy. v. 27565.
27746 Tenant, propri&aires , legitimes sou-
verains , legitimes pr&endans.
27750 Arcevesqes, de Reims. Voy. v. 27559.
27751 Aati, sizzle.
27753 Autresi, pareillement.
Tom. II.
27755 Touella, ce verbe semble £tre pris
dans le sens neutre. Ainsi fut trouble , dechire\
On dit encore en patois toullier, toulier, pour
signifier mettre en desordre , ce qui prouye que
Interpretation de Roquefort, salir, souilUr,
n'est pas la veritable. Hecart , Diet, rouchi-fran-
cais , 1833, p. 459. Des asufs touilles, en wallon ,
veut dire des osufs brouille's. H. Delmotte, Scenes
populaires montoises , 1834, p. 74.
27758 Sur la delivrance de Ferrand, consulter
72
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570
CHRGN1QDE
27760 K'il n'i ot noisse ne bestenc.
La ro'ine Ten aida mout :
Sierent paiiet li denier* tout,
Et li quens de Blois Ten aida ,
Ki moult movent pour lui plaida.
27765 Mais avant douna-il ostages,
Et fist jurer tous les plus sages
De Flandres que, se il jamais
Viers le roi brisoit cele pais,
II seroit esqumlnii&
27770 Et de ses oumes renoites.
Si se trairoient tuit al roi ,
Pour lui aider en bonne foi.
Si rot l'Ecluse et s'ot Doai ,
Fors le castiel , de fit le sai ;
27775 La doit-il maitre garisson,
A oes le roi . et garnisson ,
Jusques au tierme ki fu mis.
Lors Tint Ferrans en son pais,
Et moult Tint de gent a sa cort ,
27780 Si ot ass& plus grant behort
Qu'encontre Biertran , le pendu ,
Leur faus conte , et plus despendu
Pour les haus omes dou pais ,
Ki n'iert pas Tenus de rahis ,
le marquis De Fortia, ed. de J. De Guyse et de
J. Lefevre, XVI, 217 etsuiv.
27764 Plaida, travail la, sollicita en sa faveur.
27775 L'Ecluse , ville maritime de la Flandre.
En 1340 , il se livra prea de cette ville entre les
flottes de Philippe de Valois, roi de France et
d'Edouard III, roi d'Angleterre, un combat naval
ou la flotte franchise fut entierement defaile. Ce
flit la aussi que Charles VI, roi de France,
fit, en 1386, contre les Anglais, un armement
prodigieui. Les Anglais assiegerent vainement
l'Ecluse , en 1405, et les Brugeois, en 1436. Les
Hollandais , commanded par le comte Maurice ,
la prirent en 1604.
27775 Gariston, silretes.
27780 Behort, rejouissanoe.
27781 Biertran, le pendu, Berirand de Rais
ou de Rains.
27784 Rahis , nous ne trouvons pas ce mot
ailleurs. Peut-£tre est-ce une forme de rache ,
qui , selon Roquefort , signifiait gale , teigne ,
rogne, ou n'esfr-ce pas le mot de lieu Rais?
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DE PHILIPPE MOUSKES.
571
27785 Mais de la prison forte et grant.
U il fu pris en combatant ,
A Bouvines , de-ca le pont ,
Si com Testore nos despont.
Mais ainc qu'il o'ist tierce messe.,
27790 Trestous les dons que la contesse
Avoit doun& , fist resaisir,
A son oes et a son plaissir.
Par quoi li sires d'Audenarde
Fu moult hais, qui Tot en garde.
27795 Henri , li dus . £ou sai-jou bien ,
Ot dont guerre a qaus d'Aiengien ,
Et Hubiertmont, droit a la lune,
Mist a feu Jehans de Bi&une.
Si fust le pais touelli&.
27800 Mais d'autrepart fu consilli^s
Li jovenes roi, k'il s'en iroit
Droit a Cinon , et la parroit
As Poilevins , et si fist-il
Pour la Rociele oster d'escil.
27805 U si homme el castiel estoient,
Ki pour Ricart bien se gardoient.
Quar puis arriere et puis avant
Aloit par le pais courant ,
Et Savaris de Maulion,
27810 Par l'otroi le conte Pteron
Et le conte Ugon de la Marce ,
Ferrand ne tient pas set
promesses.
Guerre da due de Bra-
bant contre le fire
d'Enghien.
Jean de Bethune.
La Rochelle.
Savari de llauleon.
27795 Henri, Henri I«, due de Brabant.
27796 Aiengien, Haraus ne dit rien de cette
guerre contre ceux d'Enghien > qui doit £tre
placee en 1226 ou 1227, et dit des annees 1227
et 1228 : Anni duo sequenies vacant, Diyaeus,
Butkens , P. Colins et M. De S l .-Genois, ne nous
en apprennent pas davantage sur cette guerre
d'Enghien, qui etaitalors un domaine de la mai-
son de Luxembourg.
27797 Hubiertmont, Hubertmont.
27798 Jeham de Bie'tune , Jean de Bethune ,
fils de Guillaume II , dit le Roux , seigneur de
Bethune, avoue d 1 Arras, et de Mahaut de Ter-
monde. II epousa Isabelle, comtesse de ^.-Pol ,
veuve de Gaucher de Chatillon, comte de S'.-Pol.
Andre Du Chesne, Hist, geneal. de la maison de
Bethune, 1659, in-fol., p. 178.
27802 Cinon, Chinon; parroit, parlerait.
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572 CHRONIQUE
Ki d'aus tous estoit li estace ,
Tres la de jusques Engolesme ;
Et tout qou fu Tiers le quaresme.
MortdeRmaud,com(e 27815 Et li quens Renaus ot tant m&
de Boulogne. r* • 1
Ed prison que mors est remes.
Non pas lonctans apries cest sacre ,
L'ereque d f Acre v.ent Si avint que li vesques d'Acre
prechcr 1« croisade. _ %
Vint de^a mer et praie$a
27820 Par le pais, et anoncha
Que l'emper&re passeroit
A la S t .-Jehan ki yenroit,
Pour calengier Jerusalem
Et la tiere de Bell&m ,
27825 Dont l'emper&re rois estoit ,
De par sa feme qu'il avoit,
Ki fille estoit au roi Jehan.
Sierent acorde en eel an.
Car il ot sa feme reprise
Lapaixestrtfubiieen- 27830 Et laisci£ sa male guise,
trel'empereuretJean n • 11
de Bnenne. lit si anonga , $ou me sanble ,
Qu'andoi paseroient ensanble.
Li jovenes rois adont I po
Si mest a Cinon Tiers Poito ;
27835 S'ot parlement as Poitevins,
As Bretons et as Angevins ,
Le comte de chempa- Et li quens de Canpagne ot faite
^ * palx ' Sa pais, dont auques se rehaite.
Adonkes si fu droit a Ais
27840 Parlemens establis et fais ,
Pour courouner comme signor
27815 Engolesme, Angouleme. 27818 Li vesques d y Acrt, Jacques de Vitry.
27815 Li quens Renaus, nous ayons dit que, 27858 Se rehaite , se rejouit.
suiyant Alberic,ilmourutdedesespoir,enl227, 27841 Courouner, Henri, fils ain£ de Frederic,
vers le temps de Paques , ce qui est conforme fut couronne roi des Romains, en 1222, et
aurecitdePh. Mouskes. mourut captif, en 1242. Conrad, son second
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DE PHILIPPE MOUSKES.
573
Le fil a cest emper&>ur,
Et assurer de la ti£re ,
Qu apries lui n'en f&st-on gierre.
27845 Si furent mandet li baron
De tout le pais environ ,
Et fii mand& li quens Ferrans.,
Ki n'iert encor gaires esrans ,
Ainc ert nouvielement issus
27850 De la prison , et reyenus.
Et la triuwe fu adont prise
Jusques en Pasques , par devise ,
De Ricart et de Lofys.
Puis est en France reviertis ,
27855 Quar pris i orent li evesqe
1 concille et li arcevesqe ,
K'il feroient des Aubugois ,
Des Poitevins et des Englois.
Puis fu la triuwe , par devise ,
27860 Jusqu'a la S'.-J&an rassise ,
De Lofys , le petit roi ,
Pour oster Tire et le desroi ,
Et des Poitevins, une part,
Ki se tenoient, par esgart ,
27865 A Ricart, ki \k se tenoit
Et moult grans dons leur prometoit ,
De par son fr&re et de par lui.
Si que Savaris , par refui,
Se tint a lui , et grans partie,
27870 Des Poiteyins, par aatie.
Mais par aus moult poi i conquist .
Quar li quens de la Marce i fist
Sa pais al jovene roi de France ,
Le fib de l'empereur
est couronne' a Aix.
Le comle de FUndre
assiste & cette cere-
monie.
Trete entre les Fran-
r«ij et les Anglais.
Les coroles de U M arche
et dc BreUgoe se sou-
metteot.
fils, fut elu en 1257. Je ne aais done point de
qui veut parler Ph. Moutkes , qui place cet ^Te-
nement peu apres la delivrance du comte de
Flandre Ferrand . Fay. v. 28070.
27867 Son frire, Henri III, roi d'Angle-
terre.
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574 CHROMQUE
Sot La Rociele mains doutance ;
27875 Et li quens de Bretagne ausi
Refist sa pais au roi ensi ,
Com l'arceyesques li loa,
Ses fr£re, ki yenus ert la,
Comme vallans clers et discr&.
27880 Et petit apri& fu sacr& ,
Quar li rois et toute sa gent
Vinrent en France yoirement,
Et Ricars laissa cele guierre ,
Si repassa en Engletiere ,
27885 Pour consel de son fr&re avoir,
Et auques pour requerre avoir,
Qu'il Toloit rendre as sodoiers ,
As siergans et as cevaliers ,
K'il pensoit encor revenir
27890 A Bourdiaus , pour guerre estourmir.
Ensi demora l'estriyance.
Lors si revint noviele en France
Mon du pape Hono- Que mors estoit tiers pape Onories
riusUI. jf. . ^
Si refu fais pappes Grigones ,
Grrf g oirerx,i227. 27895 Des autres Grigores nu£yimes,
Si com en l'estore y&smes,
Qui lors , par I m& a ceval .
Manda Romain , le cardenal ,
Qu'encor en France demorast ,
27900 Et le jovene roi consellast
Viers Poitevins et yiers Englois
Et contre les faus Aubugois.
Et si fist pardon anoncier
27874 Mains 7 moins. 27890 Estourmir , exciter , recommencer.
27877 L'arcevesques , Henri de Dreux , frere 27891 Estrivance, dispute,
de Pierre Mauclerc, comte de Bretagne. II 27895-94 Onories, Grigories, lises Onore,
deviot archev^que de Reims , en 1 227 , et ntourut Griff ore.
Ie8 juillet 1240; loa, conseilla. 27905-04 Pardon des crois, indulgences
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DE PHILIPPE MOUSKES.
575
Des crois sour aus et praiecier.
27905 Et grant avoir i tramist-on ,
Et cevaliers et guarnison.
Garins , £yesques de Senlis ,
Fu mors adont et sevelis
(Si ot li joy&nes rois damage,
27910 Quar il l'amoit de fin corage,
Pour son talon et pour son pere ,
Et pour la roine sa m£re ,
Ki pour ses enfans ert pensive
Et al jovene roi ententive ,
27915 Que n'el gr&rassent si baron).
En Tan del incarnation
M et CC et yint et siet,
Et fu cascuns a son reciet.
Lues si fu la trive reprise
27920 Jusques a I an, par devise ,
Des Poitevins et des Englois,
Et des Normans et des Francois.
Donques Romains, li cardenaus,
Sen r'ala par mons et par vaus ,
27925 Et mesire Inbiers de Biel-giu
Tint bien en Aubugois son liu.
Et tant fu fait que Toulousan
I furent entr^ en mal an ,
Quar Toulouse fu d&iert&,
27930 De murs et de portes gast& ,
Et tous li pais esranment
Se tiunt al roi d&ivremebt.
Et Grigories, qui dont fu pape,
Ki les paratraist a sa trape ,
27935 Manda que , sans point d^trier.
Mort de Garin , eve-
que de Senlis.
Proloogeiucnt des tre-
Humbert de fieaujeu.
Succes obtenus cootre
les Albigeoii.
pour la croisade.
27917 Siet, sept.
27918 Reciet, enterrement , recipere.
27925 Inbiers, Humbert IV, tils aine de Gui-
chard IV. II mourut en Egypte, en 1250.
27933 Grigories , lisei Grigore$.
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576
CHRONIQUE
Gautier de Marvis ,
Ireque de Tournai.
Mecontentement des
grands da royaume
de France.
Lamereduroi LouisIX
disposee a abaisser
les grands.
Accusation d'empoi-
sonnement dirigee
contre le corote de
Champagne.
Le comte de FJandre
reste fidele an roi.
Le comte de Bretagne
appelle les Anglais.
S'en ala la pour praiecier
Gautiers li vesqes de Tournai.
Et il i ala tons delai ,
Comme tegas , et tant i fist
27940 Que le pais en grant pais mist;
Et puis a Tornai s'en reyint .
Car par mal faire li convint ,
Mais il ot ains a Roume esli.
Et li rois , par sa poest^ ,
27945 Fist Aubugois sogire a lui.
Mais en France ot I pau d'anui ,
Quar li baron se descorderent
Al roi , et forment s'airerent
Pour le conte des Campegnois
27950 Que durement cr^oit li rois ,
Tout par le consel de sa mere
Qui viers les barons iert ara£re.
Felippres , li quens de Bologne ,
Entreprist moult cele besogae ,
27955 Et dist que li quens de Canpagne
Lui et tous les barons desdagne ,
Et savoit son frere empuisniet
Le roi Loeys , et laissiet
Mauyaisement a Avignon
27960 Et faite en ayoit traison.
Trestout li baron , k I mot .
En dist cascuns au pis k'il sot.
De toutes pars li ceurent seure ,
Mais li quens Ferrans, a cele eure,
27965 Se tiunt a l'aide le roi
Et as Campignois de grant foi.
Mais li quens Pieres de Bretagne.
27945 Sogire, soumettre.
27950 Creoit, croyait.
27952 Amere, severe.
27956 Desdagne, dedaigne.
27957 Empuisniet , empoisonne.
27961 A I mot, en un mot.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
577
Qui le conte Ti^baut desdagne,
Fist les Englois paser de$i ,
27970 Et Ricars les i amena ,
Ki fu freres le roi Henri.
Et quant li rois de France ol
Teus nouvieles. si pourca$a
Que triuwes furent par de$a
27975 Des Campignois et des barons.
Et tantos si les a soumons
D'aler sour le conte Pi^ron
Et sor Ricart, son compagnon.
Li quens de Boulogne i ala
27980 Et li baron , et si mena
Li rois le conte de Ganpagne ,
Que tous li mons al doit ensagne.
Quant li quens Felipres ce sot
Que li rois amenet Fi ot ,
27985 S'a tant atendut par loisir
Que la triuwe diut pri& falir.
Lors si a pris congiet al roi
Et fist repairier son conroi ;
Partout li baron aussement ,
27990 Cascuns traist a son casement.
Gens raanderent de totes pars ,
Viles pr&rent , bors ont ars ,
Voiant le conte de Canpagne,
Qui venus iert et sa compagne 5
27995 Mais n'osent h aus asanbler,
Quar tout le yoloient tuer.
Mais li quens Ferrans d'autre part
Fist grant damage et grant essart
Sour la tiere al conte Felippre ,
28000 Qui moult en ot cuer et cors tristre,
Haine des barons con-
tre le comtede Cham-
pagne.
Le comte de Flaodre
ravage le comt^ de
Boulogne.
27982 Al doit ensagne, montre au doigt.
To«. II.
27990 Casement, fief, domaine.
73
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578 CHRONIQUE
Et li rois fist ses anemis
Adont de ses mellors amis ,
Tout pour sa mere la roine ,
Ki des barons graver ne fine.
28005 Mais toutes voies li baron
Vesquirent, Yosist-ele u non.
Mais li rois, ki n'es cr&nt onques,
A dit al conte : « Biaus sire oncles .
Je Toel que triuwes me donnas. »
Lapaixcstreubiie. 28010 — « Aukes en iert fait yostre gr&. »
Et li quens as barons parla ,
Par leur consel triyes dona.
En cele triuwe fu pais faite .
Quar la roine fu entaite,
28015 Mais li quens de Bologne en ot
Quan que demander sot et pot.
Et li Englois sen repaserent ,
Quant li baron s'entr acorderent.
Droit a eel point et a eel tans ,
28020 Si fu mand£s li rois Jehans
D'Acre, de la pape Grigore,
Si com jou le truis en estore;
Car Tempereres Fled^ris ,
puintesdeGr^goireix Ki lenfes de Pulle estoit dis,
28025 Faissoit le pape tort et honte ,
Et il et si due et si conte.
Et li rois Jehans i ala
De France u il iert, et trova
L'apostole droit a Perrouse ,
28008 Al conte, an comte de Boulogne; A la pape vint tout esnnt,
oncles , il eUit frere en effet de LoaU VIII, pere L * roenaceli dlst aUnt *
, T . ¥V De celui qui espouse Vymage de
de Louis IX. pUrre ^ utoH Nouv ncueii
28014 Entaite(intenta). u v so7.
28021 La pape , nous avons deja remarqu^
cette maniere de parler, qui n'est pas particu- 28029 Perrouse, PeVouse. Les Romains re-
liere a Ph. Mouskes. voltes contre le pape , l'avaient force* a se reTu-
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DE PHILIPPE MOUSKES. 579
28030 Ei moult est forte et orgil louse.
L'apostolies al roi se plainst
De 90U que I'emper&re against
Sa ti&re et tort li faisoit-il,
Ki St.-Pi&re tenoit si vil,
28035 K'il li Toloit tolir son fief.
« Sire, fait li rois , par moo cief ,
II ro&smes m'a fait anui ,
Tel c'onques si dolans ne fui ,
Qu'il avoit ma fille espous& ;
28040 Et si le m'a si mal men£e
Qu'ele en est morte et sevelie.
I fil en a ki m'atenrie .
Si men souferrai pour itant ,
Mais toutes voies vous errant
28045 Qu'encontre lui, k mon pooir,
Tourt a folie u a savoir,
Vous aiderai quoi qu'en aviegne. »
— « Biaus fius, S*.-Piires vous maintiegne,
Fait li pape , et je vous doins quite
28050 Toute cele ttere sans luite ,
Que pape Honories vous dona. »
Ensi li uns l'autre afia.
L'empereres guerroia Rome , i/emperaur frit u guei-
Et l'apostoles et si home , n au p * pc '
28055 Par l'a'ide le roi Jehan,
Tinrent la tiere d'an en an ,
Tant que pais fu faite partout ,
Quar la pais avoit dur£ moult.
Puis passa mer, ce m'est avis ,
gier dans cette ville. Ce fut la, qu'en 1228, il 28045 M*en souferrai , je m'en contenterai , je
excommunia Frederic II. passerai la-dessus a cause de 1'enfant de ma fille.
28031 L'apostolt'es , lisez l'apostoles. 28046 Tourt, tourne.
28032 Against ou a gainst, envahit. 28031 Honories, lisez Honores ou Honories.
28042 M'atenrie, m'attendrit, me touche. 28039 Passa, l'empereur s'embarqua le 8
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580
CHRONIQUE
L'empereur consent en-
fin A se rcmbarquer,
1228.
Ketour de l'empereur.
Jean de Brienne invite
a se rendre a Cons-
tantinople, 1229.
Baudouin II.
28060 Cis emper&res Fl<kl<$ris,
Et tant a fait que li soudans
Reprist triuwes jusqu'a X ans ,
Si c'on p^uist tout, par loisir,
Au s^pucre aler et venir.
28065 Mais li mur ierent abatu ,
Tres 90U que Damiaite fu
Prise, que moult petit dura.
Ensi l'emperere esploita .
Si sen revint sans demorer.
28070 Et puis si a fait courouoer
I fil que il quida avoir
De sa feme comme droit oir ;
Tout droit a Ais fu amends
Cis fius , et si fu couronn&
28075 Et, ass^ur^s d'Alemagne.
Aprils , si com li voirs ensagne ,
Par mais et par bri^s saiel^s
Si fu li rois Jehaas mand&
Pour garder l'empire de Gr£se 1
28080 Quar Costantinoble ert remese
A Bauduin I enfan^on ,
Ki fius iert al conte Pieron
D'Augoirre , et fius k la seror,
De Bauduin l'emper&nir,
28085 Et de Henri d'Ango (son) fr^re,
Ki fu a pries lui emperere .
Et puis Robiers , frere a cestui
Bauduins , dont racontans sui.
septembre 1227 ; mais incommode par la naviga-
tion , il relacha au port d'Otrante et ne se rem-
barqua qu'au mois d'aout 1228.
28070 Si a fait courouper, ces details ne sont
pas plus exacts que les precedens. Voy. v. 27841 .
28077 Mais, messagers.
28078 Du Cange et M. Buchon recommen-
cent ici leur extrait , qu'ils poursuivent jusqu'au
v. 28104 inclusivement.
28081 Bauduin, Baudouin II , fils de Pierre
de Courtenai et d'Yolande. II mourut fugitif en
Italie, l'an 1273.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
581
Quant li rois Jehans fu raand& ,
28090 Teus fu li consaus ordeals
De l'apostole . et les barons
De Grese , dont ne sai les nons ,
Que , se cis Bauduins moroit
Li rois empereres seroit ,
28095 Et toutes voies le sien oir :
Ensi fu fait, al dire voir,
Mais li rois Jehans par avant
Tenoit l'empire k son yiyant;
Se de son gr£ ne le rendoit
28100 A Bauduin , se teus estoit
Que il p£ust garder l'empire ,
Comme drois oirs et loiaus sire ,
Passes en est li rois Jehans
Et garda l'empire tostans.
28105 Or avint puis que l'emper£re
Feld^ris , ki moult soutius ere ,
Tous les Sarrasins de S&ile
Fist yenir en une grant vile ,
A plains cans et sans fbrter^ce :
28110 Li se garist cascuns et tr&ce.
Et il a S&ile ferm^e
Tout environ et acesm£e ,
Et cil , ki ses fius devoit iestre .
Garde Alemagne u on l'adiestre.
28115 Puis prist feme gentil et rike,
Fille fu al due d'Osterike.
Cooduiie de )'empe-
reur en Steile.
Henri.
28093 Cis, ce.
28106 Felderis, ailleura Flede'ris.
28110 Garist, se met en suretej se trece,
s'arrange.
Les eschaJlarts alloy e avaiodre ,
Poyr , tercet, faire uo fosse ,
Les provins relier et ceindre ,
Jusques le fruict si fust dresse.
Mabtial dc Pabis, e*d. de Coustelier, I, 78.
28113 Fius, Henri , elu roi des Romains, en
1220, couronne* en 1222 , et revoke contre son
pere,en 1234.
28114 L'adiestre, se joint a lui. Adextrer a
ete longtemps employe pour accompagner, sans
distinction de la droite ni de la gauche.
28116 Fille, Marguerite, fille de Leopold,
due d'Autriche.
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582
CHRONIQUE
Mort de Sanchc VII,
roidc Navarre, 1234.
Thibaut, com tedc Cham-
pagne lui suceMe.
Mort de Philippe, comte
de Boulogne, 1234.
Thibaut est soupconne
de l'avoir empoison-
ne.
Blame auquel est expo-
see la reine Blanche.
La mors , ki partot met sa bare.
Prist adont le roi de Navare
Tout maintenant, et il mora.
28120 Comme drois oirs de tous i fu,
Li quens de Canpagne mand& ;
Quar il iert de sa fille n&.
En France vint et soujorna
Avoec le roi , ki leur conta
28125 Quks barons petit se fioit.
Li quens Felipres i estoit
De Boulogne, et tous ses cogsaus.
Mais tout esrant li prist li maus
Dont il fu durement eraflfe ,
28130 Si c'on dist qu'il fu enierb^s.
Mors est, n'i a eel ne le plagne.
Mais sour le conte de Canpagne
Maitent sa mort tout li baron
Et tous li pais environ .
28135 Pour ?ou qu'il l'ot hai an^ois.
S'en furent dolant li Francois ,
Cev&lier, bourgois et yilain
Et trestous li pais a plain.
Mais la roine en fu blasmee,
28140 Et la cose fu tant al&,
Que la pais demora ensi.
A S*. -Denis l'ont seyeli ,
Mais n'i fu pas li quens Ttebaus ,
Ki de sa mort fu li& et baus.
28145 Toute Campagne al roi laisa
28129 Etnflet, les historiens modernes disent
que transports de jalousie , ayant assassine dans
un tournoi, Florent IV, comte de Hollande, le
comte de Cleves le tua sur la place; mais la
chronique d'Andre ne convient pas de ce fait ,
et rapporte . comme Ph. Mouskes , que le comte
de Boulogne fut empoisonne. Ph. Mouskes ne
dit pas non plus que le comte de Boulogne tua
Florent IV. Foy. v. 28769. Albert de Stadese
contente de dire que Florent, revenant de la
guerre des Stadings , perit dans un tournoi a
Nimegue.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
583
Pour guarder, et si sen ala
A Nayare , s'est couroun& ,
El pais est sire clamps ,
Et si prist la crois esranment .
28150 Ki demora si faitement.
Aprils , si com jou truis escrit,
Ne demora fors qu'un petit
Que la mors Tint et prist esrant
A Douwai le conte Ferrant,
28155 Et fu seyeiis a Markete,
Une ab&e petitete ,
Que sa feme i ot estor^e
De fors Lille , et bien atorn&
De dame de religion ,
28160 Qui la tenoient mansion.
La contesse une fille avoit
De Ferrant , qu'ele moult amoit.
Aprils son p£re poi vesqui;
Le cors ont la enseveli.
28165 Guillaume de Dampiere ert mors
En Tan devant , non mie lors .
Et la contesse d&ivra
Le II fius sa seror, ki ja
Avoient este en prison
28170 VII ans et plus, sans mes prison.
Bbucars d' Ayesnes sen pena ,
Qui les enfans forment ama.
Mesire Erkenbaus de Borbonne
Lor ayoit faite prison bonne.
Le comle de Champa-
gne se croise, 1235.
Mort de F errand, comte
de Flandre, 27 juillet
1233.
Mort de Guillaume de
Dampierre, 1241.
Les tils de Bouchard
d'Avesnes sont deli-
vr^s de prison.
Archambaud de Bour-
!)On.
28154 A Douwai, d'autres disent a Noyon.
28155 Markete, Marquette.
28161 Une fille, XArt de verifier Us dales
assure qu'elle mourut saos enfans.
28162 Qu'ele moult amoit, on a soutenu Vopi-
nion contraire, mais M. De Fortia la rejette,
ed. de J. De Guyse, XVI, 151.
28166 En Van devant , non pas un an avant
Ferrand, mais environ huit ans apres.
28168 Le II fius, Jean etBaudouin d'Avesnes.
28175 Erkenbaus de Borbonne, Archambaud
IX, sire de Bourbon, frere de Guillaume de
Dampierre , qui epousa Marguerite de Flandre
et de Hainaut.
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584
CHRONIQUE
Troubles dans le dio-
cese de Breme.
Heresie des Stadings.
28175 Et si ot Margerie enfans
De son fr£re, jou ne sai quans.
Ensi Bocars et la contesse
De leur haine f&lenesse
Sont acord£ , et li enfant
28180 La contesse aloient siervant
Corame lor dame , et si aloient
A leur pere , quant il Toloient.
Donques si estoit avenu
Que l'eyesques de Braismes fu
28185 Desconcord& a une gent,
Que il haoit moult durement ;
Quar son fr£re avoient ocis ,
Qu'il avoit en lor ti&re mis
Manoir en I fort castiel sien.
28190 Et le castiel, ce sai-jou bien,
Avoient abatu ausi :
Si demora la noisse ensi
Que pour le vesque ne faisoient
Rien, se cou non que il yoloient,
28195 Ne de cele tiere m&sme
Ne paioient rente ne disme.
Sen furent escum&iii^
Lonctans par toute la vesqute,
A cloke , et a mal&$on ,
28200 Tant k'il n'i ot clerc ne cler^on,
Ne ne disoient cose voire.
Tot commencierent a mescroire ,
Et autre mescr&mt i vinrent.
28075 Margerie, Marguerite.
28176 Joune tax quant, trois fils et deux filles.
28185 Desconcordes , endiscorde; d une gent,
il s'agit ici des Stadings ou Stadingert, habi-
tant de la ville de Stade, au diocese de Breme,
qui s'etaient revoltes a l'occasion du paiement
des dimes, contre l'archeveque Gerard de Lippe,
Foy. Butkens , Trophees de Brabant, 1 , 226 ,
Gar. Mm. Scharling , De Stedengis commentatio,
Gopeoh., 1828 , in-8° de 155 pp.
28199 Male'icon, malediction.
28200 Clercon, diminutif de clerc.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 585
Parquoi maftvaise loi maintinrent.
28205 Et s'aucuns preudom i alast,
Ki la foi Dieu lor anon$ast,
II l'ocesisent maiatenant.
Ensi furent communalraent
A l'anemi obeisant.
28210 Ausi li petit com li grant
Par nuit ensanble conviersoient
En 1 celier, et la siervoient
L'anemi en wise de kat ,
Par vilain plait et par barat.
28215 Lor venoit et dont le baisoient
Enmi le cul , et puis aloient
Tot ensanble communalment
Homes et femes laidement;
N'i avoit serour ne couzine,
28220 Con espargnast a eel ti ermine.
Le vesques ne yot plus sofrir
Cel afaire; tout par air
Ala sour aus il et sa gent:
Maintes fois i mist son argent
28225 As cevaliers et as siergans.
Mais diables, qui bien ert grans,
Leur faisoit la victore avoir
Sor le vesque et sor son pooir,
Tant que le vesques sen ala
28230 A Roume , et le pape conta
La mescr&ndise de $aus.
Et l'apostolie et ses consaus
I envoia pour praiecier
Et pour la gent faire croisier;
28207 L'ocesisent, le tuerent. 28231 Mescre'andise, her&ie, impi&e.
28209 L'anemi, le diable. 28232 L'apottolie, lisez Vapostole.
28213 En wise dekat, en guise , sous la forme 28234 Croisier, le chef de cette croiaade fut
d'un chat* Henri , fib de Henri I or , due de Brabant.
To«. II. 74
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586
CHRONIQUE
Croisadc con t re les S la-
ding! ou Ca tiers.
28235 Et moult i douna grant pardon.
Mais pour manace ne pour don
Ne se vorent-il repentir
De lor malise maintenir ;
En 90U k'il erent d'aiwe fort
28140 Ont bonne cr&nce et confort.
Armes quisent, si se fermerent
Moult cointement, et atornerent.
Et li jors Tint et aproisma
Que le yeskes a tous nomma.
28245 Cil ki pour Dieu furent croissiet ,
I sont alet , et pour quidiet
D'aus agr^ver fu jors asis ,
A la bataille se sont mis.
Li mescr£ant furent nommet
28250 Katier, pour le livre nommet ,
Et furent grant et orgilleus ,
Plains d'anemis et vigereus.
Par orguel , sans nule destrece
Sont issut de Ieur forterece .
28255 A plains cans, contre les croisi&
Dont moult i avoit de proissi&.
Tant en i eut c'on en ot hisde.
Mais li Trais Dieux, ki bien d^livre
Les siens, i souffri a aler
28260 A folie pour aus fouler.
Li croissiet furent ordenet
De bataille , comme senet.
28239 D'aiwe, eau , riviere ; le Weser.
28246 Pour quidiet, pour pensee.
28250 Katier, parce qu'ils rendaient un
culte an diable sous la figure d'un chat. Cotters
et bougret, etaient des £pithetes insultantes que
Ton donnait aux Albigeois on Vaudois ; pour le
livre nommet, ces mots de remplissage, man-
quent de clarte. L'auteur a l'air de s'appuyer
sur le livre, Vecrit, comme il dit lui-meme , ou
Yestorie, qu'il a consul tes. An lieu de pour il fau-
drait peut-etre sour ou par.
28257 Hisde, derive de hispidus, quelque chose
de hideux, horreur; mais ce motne rimant point
avec delivre, on ponrrait peut-etre lui subati-
tner livre. II y en avail tant que de leurs noma
on ferait un livre ?
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DE PHILIPPE MOUSKES.
587
Quant il vinrent , teus diablois
Ne leur sanbla mie jabois ,
28265 Nient plus n'en fu la I wkire,
Com me a Sarrazins ne a Turs.
Ass& i fu Dieux praieci&
Et renoum& et anonci&.
Et li croisiet Dieu r&lam&rent ,
28270 A la bataille s'en alerent.
Cil vinrent outrageusement
Fore de leur pooir vistement.
Et li nofttre les ont v^us
Auques par outrage venus.
28275 Si fisent samblant de fuir,
Pour aus mious a plain consuir,
Et quant il furent fors al plain ,
Si lor ceurent sus tot de plain.
Ernous de Gavre , en son venir.
28280 Ne pot de plain sor aus fi&rir,
A reculons i fist entrer
Son ceval , pour mious d^bouter,
Quar li cevaus iert tous couriers
De fier, grans et fors et a piers.
28285 A force &s Catiers s'enbati ,
Moult en ocist et abati.
D'autre part Ernous d'Audenarde
D'aus a tuer pas ne se tarde ,
Et Robiers de Bi&une ausi.
Bataille del crouds et
de* Stadiogs.
Arnould de Gavre.
A mould d'Audenarde.
Robert de B6thune.
28265 Diabhis, endiables.
28264 Jabois, plaisanterie.
28279 Ernous de Gavre, Butkens mentionne
parmi ceux qui prirent part a l'expeclition con-
tre les Stadings , Rasse de Gavre, et Arnould,
aire de Materne , son frere. Trophies, 1 , 226.
Le sire de Materne est appel£ U sire de Maerine,
dans la traduction nouvelle de J. De Guyse.
28282 Debouter, repousser.
28287 Ernous d'Audenarde, personnage sou-
vent nomine et cite 1 aussi dans cette circonstanee
par Butkens.
28289 Robiers deBietune, Robert deBlthune,
septieme da nom, second fits de Guillaume-
le-Roux et de Mathilde de Termonde. D'Oude-
gherst , Meyer et Du Chesne, disent que la com-
tesse Jeanne envoya con t re les Stadings, trois
cents chevaux et six cents homines de pied, sous le
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588'
CHRONIQUE
Let Statlings oa Catiers
jont dlfaits.
28290 Bien s'i prouva, tant i feri ,
K'il en fist form en t a loer.
Nul des nos n'en doit-oa blasaier,
Moult en i eut de bien faisans.
Mais qu'alongeroi-je mon tans ?
28295 Ernous de Gavre s'i lasa
Tant que tos les autres pasa.
Bien en i ot II1I mil mors
Ki de lonctans £rent amors
A bien siervir , sans nul racat ,
28300 Le diable en guise de kat.
Et n'en diot espargnie nul
Ki n'el baisast enmi le cul ;
M&re, ne sereur. ne cousine
N'espargnoient a eel tiermine .
28305 Que cascuns n'en f&st son buen ,
Tot autresi com $ou fust suen ;
Et ki d'une part mesist Dieu ,
Et d'autre part fesist grant feu ,
Al feu traisisent de plain vol,
28310 Tant ierent mescr&nt et fol.
Mais Dieux n'el vot plus endurer,
Ocis furent sans ra cater.
Et cil ki sor cevaus esloient
De lor gent, entrufes s'enfuioient
28315 Par bos par pr& et par mares,
Dont moult i ot et 1& et fres.
commandement de Robert de Betbune , de Guil-
laume, son frere, d'Arnould d'Audenarde, de
Rasse et d'Arnould de Gavre, de Tbierri de
Beveren, seigneur de Dixmude, et de Gilbert de
Sotteghem. D'Oudegherst, ed. de M. J.-B. Les-
broussart, II, 126, Meyer, fo). 73, A. Du
Gbesne, Hist, gen. de la maison de Bethune, 208.
28299 Racat, rachat, resipiscence.
28301 Diot, dut; espargnie, exemption.
28305 Buen, bien.
28306 Suen, sien.
28307 Mesist, mit.
28309 Traisisent, entrainassent. lis placaient
une image de Dieu devant le feu , puisl'y jetaient
de plain vol.
28312 Sans raeater, sans possibility de ra-
cheter leur vie.
28316 Les (last) ; fres (fracti).
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DE PHILIPPE MOUSKES.
589
Moult i ot ga^gnte davoir.
Cascuns retrest a son manoir
Des croisi&, et li vesqes rot,
28320 De son droit, quan que dire en sot.
Aprils I pau , ?ou dist Tescris ,
Failli la trive et li respis
Dou roi de France et de Pteron ,
Qua signor tienent li Breton.
28325 Et li rois et tous ses cons a us
I ala , s'i prist Castiel-Saus
Et OEdon , raais aidans i ot.
Li quens s'i fist ?ou que il pot ,
Quar li quens de Dreus estoit mors ,
28330 Ki auques estoit ses confors ,
Et li quens Hurepiaus Felipres ,
Ki iert assls vallans et vistes.
Pour ?ou fist li quens pais al roi ,
Et ses fius reciut son conroi
28335 Del roi , et ses ora en devint ,
Et li quens sa partie en tint.
Li rois s'en repaira en France.
Petit apri& , sans demorance ,
Trest Mikios de Harnes a fin,
28340 Ki le roi ama de cuer fin ,
Et le pere siervit avoit
Et son taion , que moult amoit ;
Et Mahius de Monmorencin
La guerre recommence
entrele roi de France
et le comte de Bre-
I a/roe.
Mori de Mtclicl do Har-
nes, de Mathieu de
Montmorency et de
Uertrand de Roye.
28326 Castiel-Saus , ce doit £tre un nom de
lieu.
28327 OEdon , Hede ou Rhedon en Bretagne ?
28329 Li quens de Dreus, Robert III, mort
le 3 mart 1234 (nouv. style).
28331 Hurepiaus Felipres , Philippe Hurepel,
comte de Boulogne, tu£en 1234,ainsi qu'on l'a dit.
28334 Ses fius, Philippe n'eut qu'un fils,
Alberic , qui , selon l'opinion g£ne>ale , s'ltablit
en Angleterre. Mahaut, femmede Philippe, lui
survecut long-temp* et ceda pour dix ans la
garde de ses £lats au roi de France, en se reaer-
vant les revenus. On voit que ces details ne sont
pas tout-a-fait conformes au texte de Philippe
Mouskes.
28343 Monmorencin, il deceda le 24 novembre
1230 , a ce qu'affirme Du Chesne , qui copie les
vers 28343-46.
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590
CHRONIQUE
Jean de Ne&les vend la
chatellenic de Bruges
a la comtesse de
F land re.
L'empereur fail la guer-
re 4 son 61s Henri ,
1234.
Fu trais , k eel tenpore, k fin.
28345 Cil fu preus et de bon consel
Qu'il n'ot en France son parel;
Et Biertremius de Roie ausi
Aprils ?aus gaires ne vesqui.
Jehans de Niiele, li grans.
28350 Estoit encore repairans
A wee le roi et consilliers.
Et s'ot vendue en dementiers
De Bruges sa castelerie ,
Ki siene estoit d'anciserie.
28355 Mais blasm& en fu durement
Par Flandres, par France ensement.
Dont avint-il que l'emperdre
Fl&teris, ki tant sages hre,
Manda as barons dAlemagne
28360 Que tout entresait ne remagne
Pas sire ne rois couroun&
Cil ki par lui i fu alls,
Car il n'estoit raie ses fius ,
A l'envoier i fu d&ius ,
28365 Et ki pour signor le tenroient
Ne ftaut^ li porteroient ,
Jamais ses amis ne seroit
Ne par lui aidi& ne seroit .
Ainc seroit adi& leur nuisans
28370 En tous lius , et leur mal voellans ,
Et s'il jamais la revenoit ,
28547 Biertremius de Roie, de la famille de
Jean de Roye, qui fut pris a Azlncourt, et de
Gui de Roye , chevalier de la Toiaon d'or.
Maurice , Le blason des armoiries de tons let che~
valiers de I'ordre de la Toison d'or, 1667, in-fol.,
p. 66. Bartbelemi de Roye etait grand-cham-
bellan de France. II se distingua a la bataille de
Bouvines. Hist, /r., XVII, 40, C, 52 n., 53, C,
59, A, 95,C,98,B, 102, B, 115, B,257, C,
251, C, 406, E,410,D.
28555 Castelerie, nous avons mentionne ce
fait plus baut, v. 20809 et 27287. Cetle vente
se fit pour le prix de 24,545 livres, 6 sols, 8
deniers parisis. A. Du Chesne, Hist, genealog.
de la maison de Be'thune, p. 274.
28569 Leur nuisans , leur ennemi.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 591
De male mort les ociroit.
Cascuns de eel mant s'esbahi
Et li plusiour en sont parti.
28375 Et 8i eut teus ki s'aatirent
De lui aidier, si eom il fisent,
Pour $ou qu'as^ur^ lavoient
Et si homme tot lige estoient,
Par le comraant l'emper&mr,
28380 Qu'il leur envoia par amor,
Et fist eourouner comme fil
Et feme li douna geatil ;
N'onques mais ee n'ot est£ fait
Que $ou qu'il fist orent desfait.
28385 Et si ot aucun ki pensoit
Que jamais par n& I endroit
Ne reyenroient en eel liui
Que il ne leur fesist anui
L'emperire, que que nus die.
28390 Eosi cascuns, par enresdie,
Fisent l'enfant castiel former
Et bours et Tiles acesmer,
Et quist amis et nuit et jor
Contre le mant l'emper&mr,
28395 Qui sdgnour et roi l'avoit fet ,
Comme son fil , et sans mesfet
Lor commandoit a desposer
Et fbrs del roiaume gieter.
Or YOUS dirai COmment Ce fu Henri designe comme
28400 Qu'ensi leur en est ayenu.
L'emper&s jadis I jour,
La feme a cest emper&Hir,
28573 Mant, mandement, ordonnance. 28596 Sans mesfet, e'etait la seconde fois que
28575 S'aatirent, s'empresserent. Henri se revoltait contre son pere.
28576 £mi asdier, Henri , filt de l'enperetir. 28401 L'empereit , Constance, fille d'Al-
28589 L'emperere, plutdt I'empereres. phonse II, roi d'Arragon.
un enfant suppose.
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592 CHRONIQUE
Fu de lui en^ainte et porta,
Tant que d'un fil se d&ivra
28405 A son droit tierrae , et fu joie
Et ounor^e et bien seme.
Mais ainc qu'ele ait g&i ses mois,
Li vint de l'enfant grans anois ,
Quar il est mors a mienuit.
28410 L'emper&s, sa mere, et tuit
En font grant dol, mais ce que Taut?
Morir estuet qui mors asaut.
L'emperere iert del pais loing ,
Si ne sot mort : de eel besoing
28415 L'emper&s ne fu pas lie,
Moult se deplaint, moult sum i lie.
As dames et as camborieres
En quiert consel et fors proteres ,
Tant qu'ele trouva a consel
28420 Con presist I enfant parel
A celui ki mors fu d'^age ,
Et bien le gardast feme sage.
Et li mors fust tot esranment
Enti&& , mais c&&ment.
28425 Del mort fu pais , mais tout de plain
Fu li fius ne sai quel vilain ,
Gardes et par nuit et par jor
Ausi com fius d'emper^our.
Quar lone tans eut , j'el sai de voir,
28430 Nala 1'empires d'oir en oir,
Jusqes a cest emper^our
Que tenoit ceste grant ounor.
Quant ses drois oirs fu d&alis
28412 Qui pour que. 28413 L'emperere, le» regies de l'orthographe
28412 II convient mourir a celui qui brave la du temps veulent l'emperere$ , mais la mesure a
mort. fait retrancher IV
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DE PHILIPPE MOUSKES. 593
Et enti&r& et soupoulis ,
28435 Si fist l'emper&s cest kange,
Qu'ele n'i qu&roit autre blange.
Son tierme jut tot plainement ,
Et servie fu li&nent,
Et si noblement et si bien
2844Q Con ne sen pierciust de rien
Que ja ensi fust avenu.
Tout oublte et c6U fti ,
A messe ala , s'est repairi£
Et fu hautement conjoin.
28445 L'emper^res de PuIIe yiunt;
L'emper&s biau se contiunt,
Comme simple dame et onniestre
Con ne pierciust de son i est re.
Et l'emper£res demanda
28450 L'emper&s , et coumanda
Con li aportast eel enfant.
Et on l'aporta maintenant
Si ricement , com on deyoit ;
Et quant I'emper&res le yoit ,
28455 Si le sainna et b£n& ,
Et coumanda et desfendi
Que l'enf& n'^uist noure$on
Se des plus frankes dames non.
Se I'emper&res i manga ,
28460 Ne se il biut ne cou$ai ,
Ne tos irai pas acontant.
Mais tant nori-on eel enfant
Qu il eut XVII ans , petit mains ,
Mais sauyoir dire ne me fains.
28454 Soupoulis, enseveli. 28446 Contiunt, cootint.
28455 Range, eehange. 28448 Iettre, eUt.
28456 Blange, artifice. 28455 Sainna, fit «ur lui le sigoe de la croix.
28440 Pierciust, faperqut. 28464 Sauvoir, savoir.
Tom. II. 75
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594 CHRONIQUE
28465 Et nuit et jour on li disoit ,
Si que pour voir cascuns disoit,
C'onques n'issi de franc linage.
Toutes yoies en eel £age ,
Fust u volentiers u envis ,
28470 Fu-il ounour& et siervis ,
Comme drois oirs d'emper&>ur
Et de I'erapire son signor.
Cis afaires fu si c#&
Et del tout a nient torn&,
28475 Qu'ains de la court ne fu s&ie,
Descouvierte ne perceue.
Or oi&& de la mort amere,
Ki a tous est commune mere ,
Et cascun remue et cascune,
28480 Et mait del tout en sa commune.
L'emper&s entra en sain ,
Moult trova son cuer fort et sain ,
Mais malhaiti^ senti le cors ,
Dont ce li fu grans desconfors .
28485 En soi-mesme moult s'amati.
Et quant l'emper&s senti
Si grant dolour, moult se dota,
Et moult forment s'en esma'ia.
I yiel priestre a tantos mande ;
28490 Tout coiement k recil6
Est a li li priestres venus.
Isnielement, sans dire plus,
S'est comfiess^e et li gehi
28469 U volentiers u envit, ou de gre" ou de 28485 S'amati, ful consternee.
force. Envit, invi(tu)t.
28480 Mait, met. D * n * * es fcveurs (le sort) il u'« point de mosure*.
28481 Entra en tain , pfa&ra dans le sein de Dans son courrottx de ™ mc tt n ' omet rien
,. , . Pour noiu mater.
1 imperatnce. La F oNTAiBB,'r0fw/i<m de
28483 Malhaitie', abattu. JWvJtoi. "
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DE PHILIPPE MOUSKES. 595
De son enfant qu'ele enfoi ,
28495 Ki de sa mort par nuit moru,
C'onques de rien gr&r& n'i fu.
Et quant ele vit eel damage
I enfant prist de tel &ge ,
Si le fist norir corarae sien ,
28500 Et tout qou ffct-ele pour bien ;
Quar trestout Font ass&iret,
L'emper^our orent juret
Sour sains et fiancie par foi ,
Sains tr^cerie et sains desvoi,
28505 Que $ou qu'il ont fait par tendon
Et par commune eslection ,
A tosjors mais , sans remanoir,
Iroit i'empires doir en oir.
S'iert mors ses fius et sevelis ,
28510 A qui Temper&re iert falis
De droit oir, et pour tel gr&rance
Et pour nouviele acoustumance
De tel cose, com de l'empire,
Aucuns par courous u par ire ,
28515 S'avoit-ele fait itel cange.
L'emper&s de rien ne blange
Son priestre , mais tot li a dit
Et trop envis li a gehit
Geles ki sorent son consel ,
28520 Qu'eles n'en furent en toel .
Jusques a tant que dit li a
Li priestres que c£U sera.
Morte est la dame et sevelie ,
Jou ne sai que plus vous en die ,
28525 A tele ounor, com ele diut.
L'emper&res n'ot pas s&jt
28504 Saint, sans. Desvoi, detour, ruse, * 28516 Blange, trompe.
fraude. 28520 Toel, trouble.
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596
CHRONIQUE
Suite do lTiistoirc de la
supposition de Henri .
Son afaire , k'il estoit loing ,
Et teus horn a souyent besoing.
Dit li fu que morte ert sa feme,
28530 Ki des autres ert flora et gemme,
Mais de l'enfant li ont t£ut,
Et l'emperere a duel &it
Del fil cangiet ki ja fu grans ,
Com d'&ge de XVII ana;
28535 Mist le en garde de ceyaliers
Et de siergans et d'esquiers.
Mais gros estoit , cors et maufes ,
Comme yilains ki porte fes ,
Et bien disoient li plusior,
28540 Qu'ainc ne fu fius d'em pernor.
Un jor de Roume revenoit
L'emper&res, ki poinne ayoit,
Qu'as^s conyient celui penser
Ki si grant ti&re doit tenser
28545 Com a l'empire de Romagne
Et al roiaume d'Alemagne.
S'eut consail qu'il envoieroit
En Alemagne, et s'i feroit
Cel fil porter couroune la.
28550 Ensifufait,ciliala
Et avoec lui conte et baron ;
Et d'empire et de region ,
28527 JT'tJ,parce qu'il.
28528 De tela hommes ont souvent besoin de
s'absenter.
28530 Repetition ; gctntne, la prononciation
de ce mot se prouve par ces vers de Michel
Marot , fils de Clement :
Trop plus que Tor aymer doit toute dame
Honnestele, car c'est la perle etgemme
Que les Dieuz ont enchase" en noblesse.
L* Doctrinal des princesses et nobles domes,
a la suite des poesies de Jean Marot , Cous-
telier, 1723, p. 177.
28537 Cow, court; fiuro/e* , mal fait.
28538 /^#,faix.
28540 Empereor, empere'our rimerait mieux
avec plusiour, mais on a eu prec£demment beau-
coup d'exemples de ces negligences.
28542 Poinne , peine.
28545 L'empire de Romagne, l'empire re-
main.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 597
Par mans, par saiiaus et par bri&,
Par proii&res et par congi&
28555 D'emper^our et d'apostole
Et d'arcevesques k estole ,
Et d'^yesques , courounls fu.
S'a plainnement son droit 4n.
Rois fu et prist feme gentil
28560 DOsterike, $ou dient cil,
Fille le due , mais puis li Tint
Tel cose c'onques mais n'avint.
Li sages om ki confiessa
L'emper&s, moult apri&a
28565 De yiellaice et de maladie ,
IN en sai plus qu'encor vous en die.
La mors , qui nule rien n'espargne ,
Ne ne orient yallant I escargne,
Li vint, et il s'est confiess&
28570 De tel afaire , et a mand&
nil haus oumes del consel
L'emperlour, et si &el
Estoient cil ki vinrent la.
Uns abb& , ki le confiesa ,
28575 Li ot command^ et enjoint ,
Et il ne leur en c^la point ,
Sauf qou que les dames n'aroient
Nul mal, ki la cose savoient,
Quar cascune fist et c&a
28580 C°u q ue * a dame li rouya.
Tout conta li priestres a $aus
Par tiesmougnage , et li consaus
Refu dit k l'eraper&Hir.
S'en ot grant ire et grant fWor.
28585 Mors fu li priestre, si crii
28564 Aprieta, 8*afiaissa. 28568 Escargne, chose sans valeur.
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598
CHRONIQUE
Afort d'Yolaotlc de
Brienne, 1228.
Frederic II epouse Isa-
belle d'Angleterre.
Mort de Ilenri I, due
de Brabant , 5 no-
yembre 1235.
Cascuns ?ou que il en oi.
Si fist leraperere ausement ,
Qui mout s'en esbahi fbrment.
II eut puis autre feme 6ue ,
28590 Sage . valiant et continue .
Ki fu fille le roi Jehan
D'Acre , et si fu morte en eel an.
I fil en ot ki jov&nes fu.
S'a de cestui grant duel eu ,
28595 Et pour la cose perilleuse
Et del c£ler plus dolereuse ,
Cest afaire renouvela
As Alemans et saiela ,
Et commanda par cru&et
28600 Con 1'euist del roiaume ostet,
Et bien manda s'on ne 1'ostoit
Qu'il m&smes Ten osteroit.
Adonques manda puis eel jor
L'empereres en grant amor,
28605 En Englettere, au roi Henri,
Qu'il li envoiast . sans d&ri ,
Sa sereur, il l'espouseroit
Et emper&s en feroit.
Et par commant cele besogne
28610 Fist l'arcevesqes de Colougne.
Si fu li vious dus de Louveng
En cele Toie ses compeng,
Et autre baron avoec aus.
28593 I fil, Conrad.
28594 Grant duel, bien loin d'agir comme le
dit notre auteur, Frederic II fit el ire Conrad roi
des Romains, dans la diete de Spire, en 1237.
Conrad n'avait alors que neuf ans.
28599 Par crue'tet, par cruaute, avec s£verite\
28607 Sa sereur, Iaabelle mourut le 10 d£-
cembre 1241.
28610 L'arcevesqes de Colougne , Henri de
Molenarck, elu le 15 novembre 1225 , mort le-26
mars 1238. — UArt de verifier Us dales dit, a
Particle Akgletbrbb , que ce manage eut lieu le
20 juillet 1235 , et a Particle Brabant, le 22 a out.
2861 1 Li vious dus de Louveng , il avail en-
viron 77 ans et nonobstant il alia chercher Isa-
belle en Angleterre.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
599
Li row Henri s et ses consaus
28615 Furent liet de eel mandement
Se ii tramist tot esranment.
Ricars, ses fibres, o lui vint,
Et haut baron jusques a XX
La mer repaserent de ca.
28620 Droit a Coulogne cevau?a
La damoisiele et ses conduis.
Fiestes i ot et grans d&iuis.
Et l'emperere avoit semons
Ses barons, si pasa les mons;
28625 Viers Alemagne en est yenus ,
Et l'arceyesques et li dus
Qui Torent jur^e a son o£s ,
L'en ont encontre men^ lu£s.
Et il l'a prise et couronn^e ,
28630 Si fu emper&s clam^e.
Sarrasin avoit amends
L'empereres, ki de tous lis
Le gardoient plus qu'autre gent.
Lors si fu mand& esranment
28635 Gil rois, ki diut estre ses fius,
Et il n'en fu de rien eskius.
Mais par cornel., i est al&.
Mais tout ausi com ayol&
Fu pris et livr& esranment
28640 Pour emprisonner fortement
Al due , ki la fu de Bai wiere ,
Et il en fist moult laide ciere
Qu'il estoit moult laide personne.
L'empereres prist la couronne,
L'empemir Frederic II
*e fait garder par ties
Sarrasins.
Henri est mis sous la
garde du due de Ba-
viere.
28636 Eskius, detourne* , excis us. tiers de Paris, Recueil de Barbazan et Meon.
Et saint Magloire n'en eschieu. * > ****'
28640 Emprisonner, dans un chateau de la
Et je n'en excepte pas saint Magloire. Les mous- Pouille , disent les historiens.
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600
CHRONIQUE
Godefroi tic Conde ,
eveque de Cambrai.
Gautier et Faslre de
Ligne.
A mould d'Aud«n»rde.
Sobier de Bethunc
28645 Sour son cief Fa mise pour voir
Et n'i laissa rien remanoir ;
Quant que cil terioit, tout saisi,-
C'onques n'en yot ayoir mierci.
Dus , contes , abb& , arceveskes
28650 I ot, et pr&as et ^vesques.
S'i fu de Karabrai Godefrois ,
Quant li consaus fu plus estrois ,
Et Watiers de Ligne et Fastr&.
S'i ot d'autres barons ass& ,
28655 Et s'i fu Ernous d Audenai de
Que l'emper&re moult regarde,
Qu'il en avoit 61 parler.
Et la contesse i fist aler
Pour Hainnau, Sobier de Bi&une.
28660 S'i ot moult d'autre gent commune ;
Tot a ceval de fier couyiers ,
I conduisent les m&s diviers ,
Li cevalier et li siergant ,
Tot ausi com a remanant ;
28665 Quar cascuns envoioit son keu
Pour prendre la yiande al feu ,
Tel com avoir le voloient.
Congiet ont pris , si s'en partoient
Au nuit , et lendemain repaire
28670 Cascuns ki yot a son repaire.
L'emper&res s'en est al& ,
Et li roiaumes est rem&
En sa main et la main de $au$
28656 Regarde, considere, honore.
28659 Sohier de Bietune, fils de Walon de
Bethune et petit-fils de Sicher de Bethune , sei-
gneur de CareDcy. Du Chesne, en disant qu'il
fut envoye par la comtesse Jeanne , au couron-
nement d'Isabelle d'Anglelerre , invoque 1'auto-
rite de Ph. Mouskes, et transcrit ses paroles
parmi ses £preuves, vers 28649-28659. Hist.
gene'alog. de la maison de Bethune, p. 561 ,
preuves, 571.
28662 Met, mets.
28664 Comme le reste.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 601
A qui atorna ses cons a us.
28675 Et li pris , pour tel mesprison ,
Demora pris en la prison
Al due de Baiwiere ki Tot.
Lk not-il pas le millour lot
De eest afaire ; le lairons ,
28680 Droit a Festore reyenrons.
Li rois de France Loiys ,
Ki del tout s'estoit ob&s
As voloirs sa m&re Blan$ain ,
Ki le tenoit auques pro$ain ,
28685 Et tant lament que nule m£re
Pooit araer ne fil ne frere ,
Viout que si baron li mandasent
Gentil feme , et le mariasent
Si que sa m&re le loast.
28690 Et ele a dit c'on li mandast Louis ix *pou»e ufiiie
- />11 i Tk <*u comte de Pro-
La fille au conte de Provence. vence, im.
Quar ele estoit de tel nassence
Qu'il n'avoit feme plus gentil
Entre II mers , ce dient cil
28695 Qui le connoisent , ne plus biele
Ne plus courtoise damoisiele.
Et li rois en a pris consel
A $aus ki furent si feel.
Lo^ li ont, si l'a mand£e
28700 Et on li a , sans demor^e ,
Envois trop lament ,
Del tout a son commandement.
Quar l'arcevesques i ala ,
Cil de B<k)urges , ki fu la ,
88675 Li prig , le priaonnier, Henri. mdme d'Alphonae II , auquel il succeda en 1809.
88688 S'estoit obeis , s'etait soumis. 88698 Nassence , naissance.
88691 La fille au conte de Provence , Margue- 88698 Si feel, ses feaux.
rite, fille ainee de Raymond-Berenger IV, fila lui- 88704 Beourget , Bourgea.
Tom. II. 76
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602
CHRONIQUE
Mariage de Henri III,
roi d'Angleterrc.
28705 Bien yenus de tous environ
S'i furent li autre baron ,
A grant fieste l'a congee
Li rois, et si fu couronn^e.
Adont fu li pais em pais ,
28710 Tout ausi com ?ou fustsohais,
Et recommencierent tornoi
Et les fiestes et li dosnoi.
Or o'i& fa^e miervelle ,
Jamais n'ora-on sa parelle.
28715 Li rois de Castiele navoit
Point de feme , jovenes estoit ,
L'autre fille al conte manda
De Prouvence, et on li dona.
Moult volentiers car ce fu drois
28720 Et la tierce manda li rois
Henris d'Engletiere moult to*,
Quar li quens iert de trop bon los.
Oils miervelle et grant ounor
C'uns povres quens en poi de jor
28725 De HI fiUes fist III roines.
Pour lui fist Dieux miracles fines ,
Qu'en mains de II ans , a droit conte ,
Ayint $ou a I povre conte.
Mais de linage estoit gentil ,
28730 Et si avoit I valiant fil.
Ensi aiue Dieux son homme .
Quant loiautes et biens le nomme.
Et que n'auroit or li celers?
28710 Sohais, souhait.
28715 Fae'e, d'ou le mot fee.
28717 L'autre fille, ce mariage est dementi
par l'histoire.
28720 La tierce , la seconde : iheonore. La
troisieme fille da coarie de Provence, Sancte,
epousa Richard , due de Cornouailles , frere de
Henri III. La quatrieme , Beatrix , epousa Char-
les , frere du roi de France.
28730 / valiant fil, U n'eut point de 61s.
28731 ^Hw, aide.
28735 XtceZm, a- quoi bon le cekr?
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DE PHILIPPE MOUSKES.
603
28745
Puis vint grans dios as bacelers
28735 Et a $aus qui d'armes vivoient
Et qui le si&cle raaintenoient.
Li quens Willekins de Hollande,
Ki vesqui en proaice grande ,
Avoit I fil quant il moru ,
28740 Ki Florekins apietes fa.
Gentillaice l'avoit nouri
Et largaice I'ot encari.
Quant il ot aage , bri&nent
Cevaliers fa fais hautement.
Grant fieste fist et grant nobl&ce.
Largaice maintiunt et pro&ce ,
Par toutes ti&res tournoia
Et despendi et dosno'ia.
Quant il ooit I cevalier
28750 Nouraer, ki faisoit k premier.
Si le retenoit de mesnie
Et dounoit a sa compaignie
Les grans dons, et as bacelers
Qui soupris avoit li esrers
28755 Et li tornoi k'il poursiyoient :
Et pour ?ou toutes gens l'amoient.
Quan que sa ti&re li valoit
En II ans , en I despendoit :
Et s'il estoit larges doun&re.
28760 Ausi iert-il biaus despendere.
Guillaume l«r, comte
de Hollande
Florent IV, ion fits.
Se% brillantes qualitls.
28737 WilUhins, diminutif de WilUm, Guil-
laume de Nangis oomme Guillaume II aussi
JTilliquins. Dans la Philippeide , on lit, liv. IX,
v. 419 :
Jnvat indagare recessus
Et populos gelidam y/m Flandria respicit a re ton ,
Qua se Brabaneis procul hinc conterminal arv is,
Qua Guilliquino./far** contermina regno.
Dom Brial croit, avec raison ,que GuiUiquinnm
regnum est la Hollande , ainsi appelee a cause de
Guillaume I er , son souverain.
28739 Quant il moru, le 29 juillet 1218.
28742 Encari, cheri.
28784 Li esrers, les voyages; Fldrent donnait
aui jeunes eeuyers qui voyageaient et recher-
chaient les tournois qu*il ainait comme eox.
28759 Dounere, qui donne.
28760 Despendere, qui depense.
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604 CHRONIQUE
Et del sien as povres dounoit
Moult volentiers en bon endroit.
Dieu sour totes riens r&lama
Et les tornois forment ama,
28765 Les bieles armes , les noblece* ,
Les signories, les proeces.
Fiorent iv f iw dan* Mais fortune et envie fole ,
un tournoi.
Qui moult de gent vaint et afole,
Le souprisent k I tornoi
28770 Qu'il ot fait prendre, par dosnoi.
Tant i mena , a ses deaiers .
Et banieres et cevaliers ,
Si qu'il eut fait par maintes fois ,
Que sor lui fu tous li tornois.
28775 Et tout le tornoi par sa main
Venqui-il au soir et au main ,
Et de tous en eut-il le pris
Qu'il n'i fu ni bl&i& ne pris ,
Mais il perdi pri& sa gent toute.
Robert deBoTw. 28780 Robiers de Boves et sa route
Anseau d iie. Et Ansiaus d'llle duel en ont ,
Simon de ciermont. Ausi ot Simons de Clermont.
Si com ses gens r'alet en furent
Viers leur osteus , si com il durent ,
28785 Et li quens deriere venoit ,
Si com cil ki las& estoit,
Pri& d'un bosket seure li ceurent .
Et li gr^verent quan k'il pen rent,
Cascuns a son harnas tendi .
28790 Et Florekins plus n'atendi.
28769 A I tornoi, des ecrivains modernesont ment la chose. Voyez v. 28127.
dit qu'il futassassine par le comte de Boulogne, 28780 Robiers de Boves, an autre Robert de
dans un tournoi donne suivant les uns a Corbie , Boves fut tue a la croisade, en 1190. Benoit de
suivant les autres a Nimegue; mais Philippe Peterborough, dans le Recueil des Hist, fr.,
Mouskes et les contemporains racontent autre- XVII , 512 D.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 605
Son hiaume prist et rela^a,
Et $aus rapiele c'on ka?a .
A aus s'eslaise , si fiert ens ,
Pour resceure lui et ses gens ,
28795 Mais trop en i avoit sor lui.
Si li fisent ass& d'anui ,
Quar son harnas et ses gens prisent
Et lui-m&smes tant batirent
De son hiaume , k'il se pasma
28800 Dont li peules moult les bias ma.
A son ostel en fu port& :
S'en fu moult grans dious d&nen& ,
A poines que vif demoroient
Li baceler, ki la estoient.
28805 C'estoit lor dieus et lor confors,
Et tant estoit li diols plus fors ,
Qu'il avoit CC ans et plus
Que si large ne trouva nus.
Mors est, moult fu plains et plor&,
28810 En son pais fu reports
Et sevelis a tele ounour,
Com on doit faire tel signour.
Del gentil conte me tairai ,
A ma matere retrairai.
28815 Or oi& aventure estra&ne Linquisiuon a c<>-
U logne.
Qu'ayenut fu par Alemagne.
Uns begins mestre sermonnere ,
Corans eut non , et I siens fr&re
Jacobin, par la trespassoient ,
28794 Resceure , defend re. Ont lc siecle honi.
28817 Begins , e$pece de moines, qui furent Recueil de Bamaian ,/ d, m*oj ,
condamnls aux conciles de Cologne, en 1260,
et de Vienne , en 1311. Rutebuef on Rntebeuf , Mu§n sermonneref maitre pr edj C aieur.
dans sa Chanson des ordres, dit, pour refrain : gggjg Corans, Corradin?
papdart et beguin 28819 Jacobin, voici ce que Rutebuef dit de
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606
CHRONIQUE
Exces rlu cardinal Otton.
II est oblige de fuir a
Tournai.
On preche de nouveau
la croisade.
28820 Ki laitres de Bourne aportoient
Con presist $aus qu'il nommeront,
Quar mescr&ns les prouveront ,
S'es arsist-on tot esranmeot.
Ensi fu fait tot plainnement.
28825 A Coulougne et par le pais
En fu li peules esbahis,
Moult en arsent et conviertisent,
Mais ainc que del pais partisent
Fu Corans gaiti& et ocis
28830 Et ses compains en est fuis.
Donqes remest cele complote.
Puis i vint I cardenaus, Othe,
Ki vot les clers desprovender
Et les auquans desordener.
28835 Et raiembre les ab&es.
Asses moustra de felonnies ,
Mais tart li fu , de fit le sai ,
Qu'il s'en fu fuiois a Tornai ,
Sains nule joie et sains conduit.
28840 Et cevaugoit adies par nuit.
Et de Tournai s'en rala-il
Tout droit viers Roume , sans p&ril.
Adonques droit en eel tempore ,
Vint de l'apostole Grigore
28845 Grans pardons et commans des crois ,
eel ordre :
Li jacobin soul si preudommc
Qu'il ont Paris et si ont Romme ,
Etsi sontroi et apostole,
Et de l'avoir ont-ils grant somme;
Et qui se muert , s'il ne les nomine
Por executor, s'ame afole;
Et sont apostre par parole,
Buer fu tel gent mise a escole.
Nus n*en dit voir c'on ne l'assoume ;
Lor hatne n'est pas frhrole,
Je qui redout ma teste fole ,
Ne vous di plus mes qu'il sont hommc.
Les ordres de Paris , dans le Recucil de
Barbazan et de M£on , II , 294-95.
28831 Complote , complot.
28833 Desprovender, depouiller de leur pro-
vende.
28834 Desordener, degrader.
28855 Raiembre, ranconner.
28838 A Tornai, ce fait a echappe a nos his-
tori ens.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 607
Oont la gent furent en effrois.
Quar haut et bas moult se croissi&rent ,
Ki Dieu am&rent et proisi&rent ; Trait satire.
Et des clers se croisierent moult,
28850 Ki tout voelent avoir par tot.
De Rome aporta ces novieles
Frere Willaumes des cordieles. Frere Guiiiaumt.
Car on disoit que li soudans
Se feroit batisier par tans ,
28855 Ainc con l'alast plus asaillir ;
Et la triuwe devoit faillir
Con eut prise tres Damiaite ,
Ki nos fu par p&iet soustraite.
Blasm& en fu I cardenaus,
28860 Ne sai se ?ou fu ses consaus.
Del soudant et de son batesme ,
Ne de son corage m&sme
IN en set nus encor dire voir.
Mais on ot parte del movoir,
28865 II ans diut la triuwe durer
Ne plus n'es vot-on creanter,
Partout fu la meute anoncie,
Si fu de mainte gent joie ,
Mais des femes ot , ne sai quantes ,
28870 Par ample le pais dolantes.
Puis revint par France 1 Robiers, L, nq uisue«rRober.
1 jacopins trop mal apiers ,
Et dist qu'il ot mes a M&aris.
Et si eut esti par X ans
28882 Be$ cordieles y cordeliers. Le nom pro- 28864 Movoir, se mettre en mouvemenl, re-
pre de ce moine pouvait Aire aussi De$ Cordelles. prendre les armes.
Rutebuef , dans le recueil de Barbazan et de 28867 Meute, guerre.
Meon , II , 295 : 28868 JoSe, accueillie avec joie.
28870 Par ample le pats, dans tome Pet endue
Se li cordelier por la corde * M
Pneent avoir le Dieu accorde f de$ dtyeTS V*Y 9 '
Buer sont de la corde encorde, elc. 28873 Mes f demeure.
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608
CHRONIQUE
Grand oombre d'iadivt-
dus mis k mort pour
accusation d'heresie.
28875 En la loi de mescr&mdise ,
Pour connoistre et aus et lor guise.
Ardoir en fist ass& en oire
Droit a la Carit^-sor-Loire ,
Par le commant de l'apostole ,
28880 Qui li ot enjoint par estole
Et par la volenti dou roi
De France, ki Ten fist otroi.
S'en fist allors ardoir et prendre ,
Teus IIII n'es s&ist soprendre.
28885 L'arcevesques et li clergies
Les ont enquis et empesci&.
A Pi^roune , dedens la vile ,
U men& orent ceste gille ,
Fist ardoir Pi^ron Malkasin .
28890 Robiert et Mahiu de Lanuin ,
Et avoec ces III si arst-on
Les femes Mahiu et Pteron.
Et lendemain, ainc qu'il s'en tort,
IIII signours a Heloincourt.
28895 Et Bauduins , fius Markasin ,
A Valenci&nes I matin
S'enfu'i , mais la fu-il pris ,
Et si fu a Cambrai remis.
Puis le manda li rois , si Tot
28900 Et si en fist $ou que lui plot.
28878 Carite-sor- Loire, Charite-sur- Loire ,
petite ville da Nivernais.
28885 L'arcevesques, de Reims, parce qu'il
etaitjaloux de sa juridiction.
28888 Gille, ce mot semble indiquer que
Ph. Mouskes n'approuvait pas ces rigueurs.
28890 Lanuin , Le Garpentier cite une famille
patricienne de Cambrai, nommee Lainvins ou
Lauwin , et qui portait d'azur a la croix azuree
d'or. Ce pourrait bien Stre celle-ci.
28895 S'en tort, s'en retourne.
28894 Heloincourt, Honnecourt, autrefois
Hunulcort, Hunol-Curth, Hunulphi - Curtis ?
Voir le Balderic de M. Le Glay, Table des noms
delieux , p. 891.
28895 Markasin, plus haut Malkasin.
28896 Valenciknes, les dominicains, investis
de la recherche des he>£tiques , s'&ablirentdans
cette ville en 1235. D'Outreman, Histoire de
Valenciennes, p. 137.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
609
La fille Mahiu de Lanuin
Fu prise avoec, par tel couvin.
En$ainte estoit, ne fu pas arse,
Mais ainc que fu la cose esparse
28905 Si le respria la roine,
Qu'ele estoit biele dame et fine,
Et feme estoit de cevalier,
Ki fist ass^s pour lui proiier,
Qu'ele ot encouvent loiaument
28910 Qu'en Dieu kerroit entirement.
De Pteronne a Canbrai s'en vint
Cil Robiers, o lui siergans vint,
Quar li rois le faisoit conduire,
Pour 50U c'on ne li vosist nuire.
28915 Li vesques Godefrois ausi
I ot siergans, j'el sai de fi.
Une feme avoit en la vile ,
Qui d&iut ot tout, par sa gille,
Le pais , quar on quidoit bien
28920 Que lo'iaus fust sour toute rien.
La contesse fille clamoit ,
Et del sien , qant ele voloit,
Recevoit pour aumosne faire ;
C'on quidoit qu'ele vestit haire ,
28925 Non faisoit, ains ert vis diables.
Qui la gent d&evoit par fables.
Conneute fu jusq'en Auguerre ,
Et faisoit Dieu barbe de fuerre.
Cil de Vaucieles et de Los
28902 Couvin, pour convent, convention.
28905 Respria, pria instamment.
28909 Encouvent, promis.
28910 Kerroit, croirait.
28921 La contesse fille, elle se faisait passer
pour fille de la comtesse Jeanne.
28925 Vis diables , diable vivant.
Tour. II.
28927 Aucuerre, Auxerre.
28928 Barbe de fuerre, faire a Dieu barbe de
feure, expression proverbiale, employee avec
succes par La Fontaine , et qui signifie se mo-
quer de Dieu.
28929 Vaucieles, abbaye d'bommes , dans le
Cambresis, fondle en 1152; Los, Looz, abbaye
77
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610 CHRONIQUE
28930 Li portoieut partout bon los.
Et li yesques et li clergies
Durement iert joians et li&
Qui pooit iestre ses acointes ,
Fussent bourgois u dames cointes.
28935 Et quant om u feme moroit.
Trestout $ou que pour Oieu dounoit ,
Avoit la diablaise en main.
A&ais ot non li erbi&re.
Cele ?ious desloiaus sorciere
28940 Prise fu, et tout esranment
A regehi , oiant la gent ,
Que , plus avoit de XL ans ,
INe crei Dieu et &es com mans.
Et autres de moult bonne ci&re ,
28945 Fins courtois en toute maniere ,
Fors tant que en Dieu ne creirent ,
Prist-on asses lors et enquisent.
Mais anemi si les tenoient
Qu'a Dieu repairier ne voloient.
28950 Grant dol i ot d'aus ne sai quans ,
Qu'il en i ot III moult vallans
Ki furent estievin esliut.
Or o'ies com ont end^ciut
Le siecle , et si ont femes prises.
28955 Ne puis de tous conter les guises ;
XX en i eut , si com j'aesme ;
Ce fu le jour de grant quaresme.
Li arcevesques, bien le sai ,
Et Watiers , yesques de Tornai ,
28960 Et cil d'Arras et de Noion
d'hommes, fondee en 1 147, et silueepres de Lille, aujourd'hui des honn&tes gens.
28935 Ses acointes , admis dans sa socieie. 28948 Anemi , le demon.
29958 Erbiere , empoisonneuse. 28958 Li arcevesques, de Reims.
28945 Fins courtois, ce que nous appellerioos 28959 Watiers, Gautier de Mar vis.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
611
Furent k l'enquisision.
Ausi doi frere de Masteng
Fureat ars pour tel entreseng.
Si ot III femes ensignies ,
28965 Ki furent a Dieu conyierties.
Et XVIII en laissa-on
Encore ariere en la prison.
Et sen eut men& k Dowai ,
U pris en avoit , bien le sai ,
28970 Quar il feisoient adies gierre.
Cil ki furent pris a Valtiere
Etoient Catier apiete ,
Qui trop avoient rev£l£.
Cil ki furent ars k Cambrai ,
28975 Et a Pteroune et a Douwai,
Et aillours par frere Robiert ,
Ars en poure tout en apiert,
Si estoient Bougre nomm^ .
De fause loi pris et prouv£.
28980 Que vielles femes , que yiellars ,
En i ot a Douwai X ars ,
Et s'en i eut de conviertis ,
Femes et houmes del pais ,
Calien.
Bougres .
28962 Matteng, Mastaing en Hainaut, dans
I'Ostrerant , poaaede par la famille de Jauche.
Le Carpentier, Histoire de Cambrai, II, 701.
D'Outreman, Hi$t. de Valenciennes , 527.
28963 Entreseng, indice.
28964 Ensignies ,pr&ch&ez, catechiaeea.
28971 A Valtiere, aval Hire, pays des Avaloia ,
et Ton a vu que lea Avaloia criaient Cologne. Ce
nom nous a paru conveoir eo general aux Pays-
Baa , qnoiqu'il ait pu designer plus specialement
qaelquea cantons ▼oisins dn Rhin.
lluec ariveot march^ant d'jivaltirre.
Les enfances Vivien, M8cite par M. Fran-
cisque Michel.
Dana la chanson de Roland , publiee egalement
par eel infatigable philologue, on lit Valterne,
st. XIV, v. 7, st. LXXIII, y. 1 , st. XCV1II, v. 3.
Pris ai Saltern* et la terre de Pire (p. 8).
Del altre pari est Escrenus de Valterne ,
Sarrasins est. (p. 37).
Si rait fenr Escreiois de Valterne.
M. F. Michel pense que Valterne et Val terre ou
Avalterre sont la meme chose. II est neanmoins
constant que dans ces citations il ne pent e'tre
question des Avalois de Philippe Mouskes , et
qu'il s'agit d'une locality du Midi.
28972 Catier, v. 28249.
28978 Bougre, bogreoa bougrin.
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613
CHRONIQUE
Vengeance perionnelie
de l'inqnititcur Ro-
bert.
Qui furent biea haut rodgnte
28985 Devant et derriere croissi£.
Et si en fist-on enmurer
Pour repentir et pour durer.
Et a Lille ot pris marc&ns
De fieste en fieste ad6s esrans.
28990 Robiers i fu de le Galie
Pris, retenus a cele fie.
Mais Dam-el-Dieux Ten delivra ,
Qu'il moult docement empria,
Quar il avoit preudom est£ .
28995 Mais les femes avoit am£.
Pour une dame de Melans
Li fu frere Robiers nuisans ,
Et dist qu'encor le comperroit
En son pais, s'il i venoit.
29000 Robiers Le Fri del Esprivier,
Que puissedi compra moult cier,
Envoii&* en fu en escil,
Droit en Coustantinoble ensi.
S'en ot pris a Ask et k Lers .
29005 Et en la vile de Touflers.
S'en i ot denmures et d'ars
Plains de cele malise et d'ars.
Ass& en ot ars par la tiere .
Qui Dieu faisoient ire et gierre.
29010 Moult i eut grant duel a l'ardoir,
Mais $ou fu grans joie , pour voir.
Quar il luissent enpuisnte
28984 Roegnie, rognes.
28985 Croissie, revelus d'un vehement ana-
logue an san-benito des inquisiteurs espagnols.
28990 De le Galie , Robert de la Galere ,
aiosi appel£ , sans doute , a cause de son ea-
se igne.
29000 Del Esprivier, de l'epervier, probable-
ment le nom de son enseigne , ▼. 28990.
29001 Compra, pay a.
29004 Atk 7 Ler$, on trouve tout pres de
Lille Asque et Flers ; il est clair qu'il est
question dans le texte de ces localites.
29005 Touflers , Toufflers , village a 2 Heues
de Lille.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 613
Tout le pais, et engigni^.
Et Dieux maintiegne si son peule,
29015 Que mais u'aient cr&nce aveule,
Ainc soit k cascun vrais recors
Que Diex fu pour lui vis et mors.
Et mariage et vrai batesme
Doit cascuns croire pour lui-mesme ,
29020 Et le sacrement a l'autel ,
Que nus n'en poroit faire autel ,
Se priestre et Dieux m&smes non :
Tel le commanda-il par non :
Qui n'el croit n'est preus ne sen& ,
29025 Ainc sera perdus et dampn&.
Entre cest crois et cest arsin
Si avint grant joie sans fin ,
Qui j&, se Dieu plest, n'iert remese.
Pour guarder lempire de Gr6se
29030 S'en fu al& li rois Jehans. K^nedejcandeBr, en -
La ot esti ne sai qans ans,
Qu'il n'i ot pais faite ne gierre;
Ainc perdi pri& toute la tierre.
Son or garda et ses deniers .
29035 Aler laissa les sauddiers
U en lor tieres u aillors.
S'empesa et les plusiors ,
Quar ce ne fu ne preus ne sens.
Mais Vatace et li rois Ausens,
29040 Li Micalis et li Coumain,
Et li Blac ausi tout de plain ,
29026 Crois, action de croiser, de mitrer; 29037 Plusiors, si ce mot n'est pas compte
arsin , brnlement. Ici Du Cange et M. Buchon pour trois syllabes, le vers est trop court,
reprennent leur extrail. 29059 Vatace, Jean Ducas Vatace , empereur
29031 Ne sai qans ans, deux annees entieres. grec, a Nicee; Ausens, Azanll, roi de Bul-
Du Cange cite Ph. Mouskes , a propos de cette garie.
inaction. Hist, de Constantinople, ed. de M. Bu- 29040 Micalis (?), Coumain, Cumans.
chon , 1 , 213. 29041 Blac , voy. plus hant.
ne A Constantinople.
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614
CHRONIQUE
Faiklesse de 1'arnaee de
Jean de Brienne.
EJUc est cependant vio-
torieuse.
Bravoure de ce prince.
Et li Toldres , uns om poisans .
L'oirent dire aus ne sai quans ;
Venut sont Tiers Costantinoble .
29045 L'erap^rial cit^, la noble,
Pour le roi Jehan ass^gier.
Tant i vinrent C et milier,
Qu'encor n'est nis qui les peuist
Nombrer. ja tant n'es connuist.
29050 Et quant li rois Jehans le sot .
Des siens manda quan que il pot ,
Si n'ot blous que VIH" ceyaliers ,
Et cil orent leur esquiers.
Et si eut siergans a ceyal
29055 Moult poi , mais il furent loial.
Les armes de tous lor Grios prisent
Et leur gens bien armer en fisent :
La pietalle remest dedens.
Et li rois fist lors de ses gens
29060 III batalles; s'en issi fors.
Et li rois Auscqs , par effors ,
XLV batailles fist.
Lues asanbl&rent, si con dist;
Les HI isi bien i f&rirent
29065 Que le XLV yenquirent :
III seulement en escap&rent,
Q'Ausens et Vatace menerent.
N'ainc Ector, Rollans , ne Ogiers ,
Ne Judas Macabeus , li fiers ,
29070 Tant ne fist d'armes en estor.
29042 Li Toldres, Du Cange : li Toidres ,
Theodore Comnene , empereur de Thessalonique.
29048 Nes,ni,natus.
29052 Vers trop long. Blous, Du Cange :
olous, et il ajoute sic.
29056 Grios, Grecs.
29060 Batalles , corps.
29065 Asanhlerent, attaquerent.
29064 Isi bien , si bien.
29065 Le, Du Cange et M. Buchon : Us.
29068 N'ainc.... Da Cange, parlant de la
valeur de l'empereur, cite Ph. Mouskes, 1 , 222.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
615
Com fist li rois Jehans eel jor.
Et il de fors et il dedens.
La paru sa force et ses sens
Et li hardemens qu'il avoit.
29075 Et cascuns des autres estoit
Si preus , con diut a tel mescief
Et pour la tiere et pour son cief.
Jehans de Bi&une et li sien
Et li autre le fisent bien.
29080 Or dies que li Griu penserent,
Quant Tiers la cit£ s'en alerent.
Si disent que ja cil dedens
Ne se tenroient a lor gens ;
Mais entrues qu'il se combatroient.
29085 Les n& quamenees avoient ,
Plus de CCC et bien garnies ,
Seroient lues aparillies;
A tout lor Grifons et lor Turs,
S'iroient par la mer as murs,
29090 U pour le prendre u pour I'ardoir ;
C'en quidereut faire , pour voir.
Mais quant la pi&aille dedens
Vit defors bien faire lor gens ,
S'al&rent as n& gaegner.
29095 Gent i avoit de maint mestier,
Que cil defors et cil dedens
I prisent taut avoir et gens ,
Qu'il ne fu se miervelle non ,
Ce fist Dieux proprement par non ,
Jean de Bethune.
Les Latins s'eniparent
d'une partie de la
flotte de lours ennc-
29076 Con, comme.
29078 Jehans de Bietune, Du Cange soup-
conne qu'il etait 61s de Conon , 1 , 222 , mais
Andre Du Chesne ne donne pas a Conon de fils
de ce nom, 163; nous ne voyons de Jean de
Bethune , qui ait vecu de ce temps , qu'un fils
de Guillaume II , dit le Roux , et donl il a ete fait
mention plus haut. C'est celui qui epousa la
comtesse de S'.-Pol ; et chose remarquable, Du
Cange, plus loin, I, 256, reconnait que c'est
ce chevalier que veut designer notre auteur.
29088 Grifons, Grecs.
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616
CHRONIQUE
Lc comte tie Cham-'
pagoe s'aliie avec le
due dc BreUffne ,
1235.
29100 Qui la vot garandir son peule,
Quar la cit& fu auqes seule,
Car cil del castiel , de la flame
Quant nouviele sorent et fame
Que desconfis venoit Ausens ,
29105 A 9011 qu'il ot od lui de gens,
Fors de son castiel sen issi ,
Mais il le laissa bien garni ;
Les fuians encontre devant
S'en ocisent et prisent tant,
29110 Con n'en sot ne conte ne fin.
Mort sont de eel darrain venin.
Cel castiel orent trespass^ ,
Pour 90U qu'il sorent , de vert^ n
Que li rois Jehans i ot mis
29115 Ass& de ses mellors amis.
Cist aidierent si leur signor
K'il en orent preut et ounor.
Des preudomes doit-on parler
Et les mauvais laisier ester.
29120 Qu'en mauvais n'a point de saison ,
Mais li biens a tousjors fuisson.
Lors avint que li Canpegnois ,
Qui de Navare ert nouviaus rois ,
Ot de sa feme , ki fu bonne ,
29125 La fille Erkenbaut de Borbonne ,
Une fille, si com Dieu plot.
Et il, au plus tost c'onques pot,
Parla au conte de la Marce
29101 Seule, l'infanterie I'avait abandonnee
pour piller. Da Cange , Hist, de Constantinople ,
1 , 223.
29102 De la flame, nouvelle de la flamme, de
l'incendie que se proposait l'ennemi. V. 29122.
29108 Fuians, Du Gauge et M. Buchon :
fuiars.
29109 Ocisent, au v. 28206 on lit ocesisent.
291 21 Interruption dans l'extrait de Du Cange
et de M. Buchon.
29124 Sa feme, Marguerite, fille d*Archam-
baud V11I.
29128 Conte de la Marce , Hugues X , de Lu-
signan ou Luzignan.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
617
Et a sa feme , ki fu large ,
29130 Qui dame ot est<* d'Engletiere ,
Et bien voloit Tire et la gierre.
Et li quens Jehans de Bretagne
La fille al conte de Canpagne
Prist a feme, et si l'espousa,
29135 Si que l'uns lautre asslura ,
Et li baron au roi de France
Se tinrent a lor seu ranee.
Ti&)aus, li quens des Canpenois,
Ot puis en France moult d'anois ,
29140 Quar il ot le roi encouvent,
Une fois et autre sou vent,
Que sa fille n auroit baron
Se par le congiet del roi non ,
Et cartre Ten avoit doun^e
29145 Sour HI castiaus de sa contr^e.
Mais li quens, qui en ot engagne,
Au fil le conte de Bretagne
Le douna , que li rois n'el sot ,
Mais il s'en tiunt apri^s pour sot,
29150 Quar li rois, sans faire autre tence,
Le resoumonst de convenence,
Et si soumonst ses os pour lui.
Mais li quens, qui douta l'anui,
Vint a niierci, car la roine
29155 Li consilla, pour l'aatine.
Mais li rois en ot 111 castiaus
A sa volenti, fors et biaus.
Mrcontentement du roi
de Frauce.
Le corate do Champa-
gne rentre en grice.
29129 Sa feme, Isabelle , fille d'Aimar ,
comte d'Angouleme , veute du roi Jean d'An-
gleterre.
29132 Jehans , Jean , fils et hentier du due
de Bretagne.
29144 Cartre, charte , engagement par £crit.
Tom. II.
29146 Engagne , tromperie.
29151 Resoumonst, sornma de remplir sa con-
venance , sa promesse.
291 82 Soumonst, convoqua, appela.
29155 L'aatine , a cause de l'empressement
qu'elle mettait a servir Thibaut.
78
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618 CHRONIQUE
Et si diut aler outre mer
Et en Navare demorer
Affront 4 ue Boben , 29160 VII ans. Mais H fr£re le roi,
wmte u «u° ch f am P a- Mesire Robiers, eel desroi
gne ' Ne li vot pardoner ne s'ire.
Aine eommanda et si fist dire
A ses vallais qu'il li f&sent
29165 Trestout le honte qu'il p^uisent.
Et quant li quens s'en dut aler,
Cil li vinrent & Tencontrer ,
Si fu giet& de palestiaus
Et de cinces et de bo'iaus ,
29170 Et si li trencterent-il doi
La keue de son palefroi.
Et il al roi le remanda ,
Ki tous a prendre les rouva
Et dist que tos fussent pendu.
29175 Mais se^ freres la desfendu ,
Mesire Robiers , et si dist
Qu'il-m&smes ses cors le fist.
Dilivri furent , et li quens
De Campagne enmena les suens,
29180 Et li rois les fist convoiier
Ses barons . et , pour desvoiier,
L'enmena li quens de Bretagne
Jusqu'a Nantes, a grant compagne.
En une galie en enlra ,
29185 Droit viers Navare s'en ala ,
Et Campagne pour son desroi
Remest en la garde le roi.
N'onques mais n'oi-on parler
29161 Robiers, Robert, comte d'Artois, fils 29169 Cinces, gueoilles.
de Louis VIII et frere du roi regnant. 29170 Doi, deux 5 il serai t ce pendant plus
29164 VaUais, valets. simple de lire droi, droit.
29168 Palestiaus, haillons. 29177 Ses cors, en personne.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
619
D'ensi roi et conte mener,
29190 Mais il estoit partout hais ,
Pour la raort del roi Lo&s ,
Qu'il laissa devant Avignon
Et pour le conte Felippron
De Boulougne , ki mors estoit,
29195 Et disent qu'enpuisnl l'avoit.
Le vesques de Biauvais mom
Lors , dont France entredite fu .
Quar li rois ot de Biauv&s pris
Moult des bourjois et moult ocis ,
29200 Pour I sien prouvost k'il ocisent.
Ass& cruel escange i misent.
Le vesques de Cartres ausi
Fu mors : si demora ensi.
Et li rois tiunt $aus de Biauves
29205 En prison, com faus et mauves.
Avenut estoit cidevant
Que croisiet furent li enfant
De maint pais , maugre lor peres ,
Maugret parens et maugret meres.
29210 Sen i ot tant con n'en sot nombre.
Mais d'aus fu ausi com de I'ombre.
N'i ont nul confort atendut ,
Par le pais sont espandut ,
Cascuns sa crois bien atacil ,
29215 Portoient banieres lacie.
Ca X ca XX se hierbegoient
As boines gens que il trovoient ,
Et s'eurent deniers li auquant.
Preventions populaires
contre le comte de
Champagne.
Interdit.
Ooitade des enfant ,
1212.
29301 Escange, represailles.
29202 Cartres, Chartres.
99207 Li enfant, Michaud , Hist, des Crop-
sades, 5° &lit., HI , 380. Cet auteur rapporte un
memoire de feu Jourdaio. Alberic de Troia Fon-
taines et Mathieu Paris entrent dans beauooup
de details sur cette croisade , dont parle aussi
J. De Guyse. Cf. F. Wilken, Gesehiehte der
Kreuzziige, 1830, VI, 71-81.
29215 Lacie, attaches.
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620
CHRONIQUE
Le cordelier frere Guil-
laume preche U croi-
sade.
Geoffroi de YiDehar-
douin va au secoors
de Constantinople ,
1236.
De jour en jor alerent tant,
29220 Qu'ii sont as pors de mer venu.
Si leur est ensi avenu
Que faus marounier les paserent.
Vendus les ont quant ariverent.
De X mile n'en revint XX.
29225 J'el di pour $ou qu'ensi avint.
Frere Willaumes des cordieles
Viunt et parla des crois novieles
Pour Jerusalem d&ivrer.
Mais que vaut de gens enivrer
29230 Par parole . et faire croissier?
Cou fait moult petit a proisier,
S'il n'i a kief de signorage ,
Qui gart le port et le voiage
Et Tost, quant ele sera outre;
29235 Peu vaut l'afaires sans le coutre.
Se cil enfant eussent kief,
N'euissent pas si grant mesquief .
Donques revint novele noble
Que no gens de Coustantinoble
29240 Soucoru a moult grant hustin
Jofrois de Vile-Harduin ,
Et Pissant et Venissiien
Et li Genevois moult tr&s-bien ;
Quar li rois Jehans i estoit .
29245 Ki moult grant mestier en avoit.
Par avarisse avoit laissi^s
Les bons siergans et d&aci& ,
29232 Kief de signorage , chef d'un haut
rang.
29235 Coutre , gardien , celui qui veille.
29238 L'extrait de Du Cange et de M. Buchon
recommence.
29241 Jofrois de Vile-Harduin, Geoffrey de
Villehardouin II , •urnomme le Jeune , prince
d'Achaie. 11 descendait de Jean de Villehardouin,
oncle de l'historien. Du Cange, £d. de Villehar-
douin, in-fol., p. 243.
29242 Pissant, Pisans.
29243 Genevois, Genoia.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 621
Et des cevaliers grant partie ,
Ki passerent outre en Blaquie :
29250 Quar ensi fait ki mious ne puet,
Par convenant faire lestuet ,
Ce nos ensegne li escris.
M et II cens et XXXVI
Del incarnation , passa
29255 De Coustanlinoble deca
Li jov&ies enf& Bauduins , Baudouin u «c read i
De p6re et de mere orfenins ,
Qui l'empire ot de Gresse la.
Eskeu li estoit pi&ha
29260 Doncles et de fr6re et de m6re ,
K'il estoit drois oirs de Tempore.
Et la fille au roi d'Acre avoit ,
Qui pour lui l'empire gardoit
Et garda lonctans, comme preus.
29265 S'il vesquist encor, fuse preus
S avarisse ne l'&iist pris ,
Quar il ot este de grant pris.
Or ierent ceus en grant langor;
Si lodrent si consillour
29270 Qu'a Roume l'enfant envoiast .
Et le pappe miercit criast ,
Grigorie , pour soucors avoir ;
Quar il n'eut force ne pooir
D'iestre contre ses anemis :
29275 Perdut avoit tout le pais.
A Roume ert li enf& venus ,
Moult ricement fu rectus ,
Et la pappe , qui moult fu biel ,
Li douna laitres et saiiel ,
29289 Eskeu, echu. 29265 Fuse preus, fiU-ce avantage.
39262 La fille, Marie, fille de Jean de 29269 Consillour, conseiMers.
Brienne , mariee en 1234. 29272 Grigorie , Hsei Grigore.
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622
CHROMQUE
Baudouin II va & Paris.
Le* cbiteaux Sanson
et de Borignes.
29280 Con li rendist, de par son pere ,
Tous ses drois , et de par sa mere .
Et ki del sien li difauroit,
Escumenii& en seroit.
Et fist pardon c'on s'i croisast ,
29285 Grant et large, s'on i alast,
Autel u plus com d'outremer,
Pour le roi Jehan d^livrer ,
Et pour la tiere qu'il perdoient,
Quar Sarrasin i marcisoient.
29290 Ensi fu devis<§ a Roume.
Bauduins sen part et si orae
A Paris vint , s'el congoi
Li rois , qui sa complainte oi ,
Si que , sains point d'aler en fuerre ,
29295 Li rendi la conte dAu^uerre
Et tout son droit ; et la contesse
Ne Ten fu mie felenesse,
De F land res, mais la Vienoise
Ne viout pas qua Namur adoise ,
29300 Ne k trestoute la cont£.
C'est sa suer, si l'a fourcont^.
Sanson et Bouvines garni ,
Et Namur lonctans fu ensi.
D afotes i ot et de mors
29282 De'fauroit , enleverait, retiendrait.
29289 Marcisoient, etaient proches , voisins ,
limitrophe*.
29294 Sains point d'aler en fuerre, sans aller
fourrager, sans guerre.
29295 La conte d 9 Aucuerre , Du Cange remar-
que que saint Louis ne put rendre a Baudouin
ce comle qui appartenait pour lors aux comtes
de Nevers, auxquels il etait retourne par le
deces de l'empereur Pierre , son pere , qui n'en
avait eu que la jouissance et non la propri&e.
Hist, de Constantinople, I, 250.
29296-98 La contesse.... de Flandres , Bau-
douin passa en Flandre au mois d'avril 1237, et
cette princesse lui fit rendre tout ce qui lui
appartenait de droit dans les comtes de Flandre
et de Ilainaut. Mais Marguerite de Courtenai ,
soeur de Baudouin et comtesse de Vianden (dans
le Luxembourg), ici appelee la Vienoise, refusa
de lui restituer le marquisat de Namur, et voulut
meme le faire passer pour un imposteur de la
trempe de Termite de Glancon.
29299 Adoise , louchat.
29301 Fourconte, com pie pour rien.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 623
29305 Et grant arsin , mais ce fu tors .
Quar la suer n'i devoit avoir
Casliel ne tiere ne avoir,
Puis que ses frdre ert revenus
Et des barons reconn^us.
29310 Et tous li peules se tenoit
A l'enfant qui drois 90 u estoit.
Et s'en ierent entredit bien
La contesse et trestout li sien.
Mais en la fin ensi couru ,
29315 Que sour la contesse mis fu
De Flandres; mais ele juga
Que li en&s tout son droit a ,
Parmi VII mil livres d'acorde.
De tant i ot mis^ricorde
29320 Pour son despens et pour sa gierre.
Ensi r'ot li valles sa tiere ,
Et ses garnisons partot mist ,
Ensi com ses consaus l'asist.
Mesire Robiers , f r6re al roi , Marine de Robe* ,
_ . . frere du roi de
z93zo Prist adont feme et grant conroi , Fr aD <*, 123:.
Ki fille ert al due de Louveng ,
Et, se del voir dire ne feng,
11 ot Arlois et S*.-Omer,
Et s'el fist li rois adouber
29330 A jour denoumet et onnieste ,
Moult hautement et a grant fieste ,
A Compiegne , en la praierie.
Moult i ot grant bacelerie.
39311 Qui drois, a qui droit.... 29323 L'asist, le clecida. Da Cange et M. Bu-
2931 K Mis fu, on s'en rapporta a l'arbitrage chon, en cet endroit , passent 66 vers.
de la comtesse de Fiandre. 29326 Fille, Robert , dit le Noble et le Vail-
29318 Du Cange adopte cea details d'aprea larit, ne au mois deseptembre 1216, epousa en
Ph. Mouskes, I, 231. 1237, Mahaut , fille ainee de Henri II , due de
29321 Valles , l'beritier du trdne imperial , Brabant,
le jeune prince, autrement Yenfes. 29330 Denoumet, denomme.
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624
CHROMQUE
Son frere Alphonse in-
resti du comle de
Poitou, 1241.
Le Vieux de la Mon-
tague en voiede* erois-
saires pourassassiner
le roi de France.
Les Templiers en rela-
tion avec le Vieux de
la Montagne.
Le chef des Ismaeliens
change dc resolu-
tion.
Mesire Alfons pas n'en doulouse ;
29335 Cil ot le droit oir de Toulose ,
Et grant liere et grant casement
Amende fu ricement;
Mais a Compiegne fu doblee ,
La fieste, et partot depuplee.
29340 Or 60s miei velle autresi.
Li Vious de la Montagne ol
Dire que li rois ert croisi^s
De France , si n'en fu pas lies
II siens Hakesins apiela
29345 Et II coutiaus si leur balla .
Et commanda mer a passer
Pour le roi Lo^ys tuer.
Ass& li fist liyrer avoir ,
Et si fist al Temple a savoir.
29350 Al Viel de la Montagne ale rent
Et eel afaire li blasmerent ,
Quar li rois pas croisies n'estoit
Et freres 1111 encore ayoit.
A sa mort ne conquerroit rien ,
29355 Tant li disent qu'il les crut bien.
Dont prist li Yios II amiraus ,
Nes de sa tiere les plus haus ,
As Templiers dist quil lor cargoit
Pour aler apri& $aus tout droit ,
29334 Alfons, Pan 1241 , le 24 juin (ou d'a-
pres les auteurs de YArt de verifier les dales,
en 1240, le 25 juin), le roi tint a Saumur, une
cour pleniere, dite nonpareille, a raison de sa
magnificence. 11 y arma chevalier son frere Al-
phonse et l'investit du comle de Poitou, de celui
d'Auvergne etdesterres des Albigeois, cedees,
en 1229, par le comte de Toulouse. 11 semble
que Ph. Mouskes met de la confusion dans les
dates.
29339 DepupUe, parait elre ici substantif : il y
eut par tout depopulation pour assister a la fete.
29344 Hakesins, que nous appelons assassins
ou istnae'liens. Voy. Petition de Joinville, in-fol.,
par Du Gange, pp. 83, 86, 87, 88 et observa-
tions 87, 88. Dans cette note, Du Cange , apres
avoir rapporle les difTerens noms donnes aux
lsmaeliens , n'oublie pas de remarquer que Phi-
lippe Mouskes les designe sous celui de hakesins.
29356 Amiraus, emirs.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 625
29360 Et pour faire artere torner
Sains le roi de France tuer.
Et li Temples les prist sor lui
Pour destorner si grant anui ,
Et mand&rent au roi de France
29365 Tout l'afaire et la con venance ,
Et que cil doi le garderoient ,
Tant que sa mort ost^e aroient.
Cil doi paien en France vinrent,
A leur guise bel se maintinrent,
29370 Siervi furent et ounour^,
Et s'ont le roi de pri& guard e.
Quant mangie et beu avoient ,
Par les rues adies aloient,
Les Hakesins pas ne troverent.
29375 Par congiet a Marselle al&rent ,
Trouv& les ont, et si lor disent
Dei Viei ensegnes et cil risent.
Ans II lor coutiaus lor dounerent ,
Et dont en France s'en r'alerent.
29380 Petit apries ont congi^ pris ,
Le roi disent qu'il ert garis.
Li rois moult biaus dons lor douna
Et sau Yemen t les renvoia ,
Et a leur signor., par ses gens ,
29385 Envoia trop rices pr&ens.
Mer repass&rent tout ensi
Li doi paien , com jou vos di ,
Et si furent , foi que tous doi,
L'uns a Compiegne , u ambedoi ,
29361 Sains, sans. 29381 Le roi disent, ils direot au roi j garis,
29367 Ostee, empechee. hors de danger.
29377 Del Fiel ensignes, ce que voulait le 29383 Sauvement, en surety.
Vieux. 29389 Et Fun ou me* me tous les deux assiste-
29378 Lor, leurs; lor, alors. rent a la ffcte de Compiegne.
Tom. II. 79
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626
CHR0N1QUE
Mort de Jean de Brien-
ne, 23 mBrs 1237.
Jean <le Belhunc.
Siege de Milan.
29390 A la fieste, et li Hakeais
Furent bien gardl a Paris.
Adont en eel tempore avint
Qu'en Costantinoble conviat
Morir le roi d'Acre Jehan ,
29395 Ki tenue l'avoit maint an.
Si remand£rent Bauduin ,
Le jov^ne empereur orfenin ,
En France u il al& estoit,
Qui son droit reciut i avoit,
29400 Quar il ot consel de gent sage ;
Et si r'atendoit le passage
Et le soucors de gent commune.
S'iert o lui Jehans de Bietune ,
Qui droit al marc en repaira ,
29405 Et o lui grant gent enmena.
Mais Temperere . que con die ,
S'iert adont trais viers Lombardie;
Si ot $au» de Melans assis.
A tous les pors fu contredis
29410 Li passages , mais tote voie
Jehans de Bietune i envoie ,
Et en apri& il i ala ,
Et tant I'emper&nir dit a ,
Que il laisa sa gent paser.
29415 Mais son cors estut demorer
A son consel ensi encor ,
Mais n'el vosist pour C marcs d'or.
En Coustantinoble manda
29390 Hakesit, pour la rime, au lieu de
Hakesins.
29392 Nouvel extrait de Du Cange et de
M. BuchoD.
29403 Jehans de Bietune, ce personnage, au-
quel on a consacre pree&lemment une note,
avait ete donne pour gouverneur et pour
conseil a Baudouin, par l'empereur Jean de
Brienne.
29404 Mare, marche, dans ce caa-ci la Ro-
manic ou la Grece.
29413 Son core, &a pertonne.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
627
Que tout asslur fusent la,
29420 Car il aroient soucors gent
A la St.-Jehan, et grant gent. ♦
En ceste saisson yoirement.
Ce D08 dist Testore brilment ,
Vot Simons de Monfort avoir
29425 La contesse et son grant avoir,
Mais il ot I point tr&ailli
Viers le roi , par quoi il failli.
D'autre tel lignage et grignor
Eut puis la contesse signour.
29430 De Flandres madame Jehane .
Le fil au due de Moriane ,
Qui quens iert ausi de Savoie.
Moult i emploia bien sa voie.
Tumas ot non , pas n'el savoie .
29435 Quant boine eure vient, Dieux avoie
Tout ?aus que il violt avoiier.
Ce ne poroit nus desvoiier,
Et Dieux cestui bien avoia .
Quar parmi Flandres s'avoia ,
29440 Et par Hainnau s'est avoids ,
Voii& s'il n'est bien avoids.
Biaus fu de menbres et de cors .
Mais en la fin , e'est mes recors
Qui bien en viout dire le voir,
Simon de Montfort ara-
bitionne la main de
la comtesse de Flan-
dre.
Celte princesse epouse
Thomas de Savoie,
1237.
29419 Asstur, ceux qui lui avaient engage
leur foi.
99420 Gent, epithete doot nous n'employons
plus guere que le feminin.
29421 lei s'interrompt de nouveau l'exlrait
de Du Cange et de M. Buchon.
29424 Simons , frere d'Amauri VI , offense^
de ce que le roi de France et la reine, sa mere ,
avaient traverse ce mariage , il passa en Angle-
terre ou il devint comte de Leicester.
29426 Tresailli, saute par dessus. 11 avail
manque* en un point enyers le roi. Trans
salire.
29434 Tumas, Thomas de Savoie, fils de
Thomas , comte de Maurienne et de Savoie , et
oncle de Marguerite, femme de saint Louis.
29435 Dieux avoie, Dieu nous trace le chemin,
quand le bonheur vient, quand la bonne heure
sonne. L'auteur joue sur un mot dans des vers
consecutifs.
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628 CHRONIQUE
29445 Gentius om a petit d'avoir.
Oncles la roine de France
Dut bien avoir contesse france ,
Et oncles celui dEngletiere ,
Qui les estrelins mait en siere ,
29450 Et oncles a cele d'Espagne.
En ces III a biele compagne.
Bien doit avoir quens de tel conte ,
Fil d'emper^our u de conte,
Voire s'ele ^uist III cont& ,
29455 Se li drois est a droit cont&.
Mais la contesse et il ayant
Fisent al roi tel con Tenant
Que , se jamais li forfaisoient ,
Ne il ne oirs, se il Vavoient,
29460 Ne autres quens , s'il l'i venoit ,
Toute la ttere demoroit
Deviers le roi et li baron
Et li esktevin d'environ.
Et tout 90U fu d'aus saielet
29465 Et d'apostole comfermet ;
Et se li rois emprist avoir,
Ja n'en quier le nombre savoir.
Quaiite* et poiiuoo de Ass& estoit s^urs et fers ,
Thomas avaot son . _
manage. Et si ot lonctans estet clers ;
29470 Ctere ot hardie com lions ,
Et s'iert tr&oriers de Lions.
Et autres guarissons avoit ,
Mais de rien orden& n'estoit,
Et s'atendoit aucune rien
29475 Dont il venist a grignor bien ,
Quar en sa tiere tenoit pau.
29449 Qui serre les livres sterling dans son dit de tel acabit.
epargne. 29472 Guarissons, a vantages.
29452 De tel conte, de tel compte , comme on 29473 Ordene's, il n 'avail point recu les ordres.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
629
Asslur& fu de Hainnau
Et de Flandres , dont le roi plot :
Duns ne d'autres n'i ot dit mot.
29480 Godefrois , vesques de Cambrai ,
Moru adonques , bien le sai ,
K'il les ot adies espouses.
Dolans en fu ses parentis ,
Quar il les amoit durement,
29485 Et s'en pesa moult d'autre gent.
Li arkanceliers de Paris
Fu adonques vesques eslis.
Bas om iert et bon clers soltius ,
Sen fu li capitles decius.
29490 Sor III fu , s'en prisent envie ,
Hais en fu toute sa vie.
A Vaucieles enfouois fu
Godefrois , nus n'el socoru
Contre la mort. Dieux en ait l'arme.
29495 II fu larges et de bon famle.
Ensi fu ^vesques Guiars .
Com jou vos di la , leur guiars
De clergie , et de Loenois
Fu nes , u mains om loe n'ois ;
29500 Non pourquant si fu de Loon ,
Fors de clergie n'el loon.
Clers qui set la devinitet
Mort de Godcfroid dc
Conde , evequc de
Cambrai , 1238.
Gui on Guiart de Laon
lui surcedc.
29482 Espouses, maries.
29486 Arkanceliers, chancelier de Paris. Phi-
lippe Mouskes dit qu'il etait bas hotnme , tandis
que Le Carpentier assure qu'il tirait son extrac-
tion de Caribert , comte de Laon , dont la fille
Ber trade avait epouse Pepin , pere de Charle-
magne. Hist, de Cambrai, 1 , 379.
29490 Sor III fu, cela signifie-t-il qu'il y
avait trois concarrens?
29492 Vaucieles, l'abbaye de Vauxelles.
29495 Famle, renommee.
29497 Guiars, guide.
29498 Loenois, Laonois.
29499 N'ois, du verbe oir, oui'r.
29800-801 Quoiqu'il fut de Laon, nous ne
le louons que de ses connaissances en theolo-
gie.
29502 Devinitet, les Anglais ont conserve
cette expression : docteur en divinity , pour doc-
teuren theologie.
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630
CHROMQUE
Danger ou *e Irouvc
Constantinople.
Le comte de Bretagne
jirend la croix.
Les comtes de Bar et
de Soissom.
Ne doit porter iniquitet,
Ainc doit estre ausi com fins ors.
29505 S'il n'el fait, est vilains et ors.
Dont fu commande de par Rome
Qu a la S t .-Jehan fu la somme
De passer en Coustantinoble .
Quar li Blac quierent fine pople ,
29510 Et la ti&re ont rega^gaie.
Dolante en estoit la lignie
Le conte Bauduin de Flandres ,
Qui fust I nouviaus Alixandres ,
Se mors ne l'eust avanciet.
29515 Alornet se sont li croissiet,
Pour mouvoir s'en i ot de meus.
Petis et grans, couars et preus.
Et li ends qu&rpit amis,
Pour aler sour ses anemis.
29520 Li quens de Bretagne ert croisies ;
Si s'atorna, comme proissi&.
De soucorre Coustantinoble .
Qu'asise avoient li Turcople
Et li Blacois et li Coumains ,
29525 Et tempre et tart et soir et main.
Papes Grigories li douna
Del sien, et moult promis li a.
Li quens de Bar trestot ensi ,
Et li quens de Sessons ausi
29530 De passer a la St.-Jehan
S'atornerent. L'ari&re-ban
29506 Reprise des extraits de Du Cange et de suivaot Carpenlier. De la vient le Dom d*un
M. Buchon. Remarquezque Du Cange transpose
les deux derniers passages qu'il transcrit. Dont.,
ces deux ecrivains : done.
29515 Fust, eut ete\
29525 Turcople, troupes legeres des Turcs,
grand dignilaire de Make.
29526 Grigories , lisez Grigores.
29528 Li quens de Bar, Henri II.
29529 Li quens de Sessons , Jean II de Nesle ,
dit le Bon et le Begue.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
631
Et la gent menue ausement
Commande fut estroitement
Et de I'apostolie et del roi ;
29535 S'atorna cascuns son conroi.
Lors vint nouviele , g'en sui fis ,
Que li Temples fu desconfis
Viers Damas , la u il alerent
Pour gens prendre, ki leur fauserent.
29540 Qui cele part i&rent fuioit.
A cele quoite , sans esploit ,
Fu mors Garins , li Alemans .
De tous cevaliers plus yallans
De tout le pais environ ,
29545 En Tan del incarnation
M et CC et XXX et siet ,
Quar lone furent de lor reciet.
VII" Templiers i eut ocis ,
Et perdus M cevaus de pris ,
29550 Et M haubiers , et des Turcoples
V c des plus vallans et nobles.
Cil de Melans furent ausi ,
A cest tempore , descomfi.
Folement contre leur signor
29555 Furent issut, l'empereour.
Mais l'emperere les a gainst,
Ass^s en ocist et atainst
A I aigue, pri& d'un pasage.
Ne seurent preut de tel usage 1
29560 Leur karougne et leur estandart
Defaite des Templiers
en Orient, 1237.
Garin l'Allemand.
Les MiUnais vaincus
par Teniperear Fr£-
drric II.
Carroccio des Milanais.
29535 Interruption dans les ext raits de Du
Cange et de M. Buchon.
29540 Fuioit, fugitifs.
29541 Quoite, rencontre.
29547 Reciet, habitation , forteresse. Comme
ils etaient loin du lieu qu'ils habitaient...
29556 faintt , de cingere.
29560 Karougne, leur carroccio. Voy.TIntro-
duction de ce volume , a l'article consacre au
faux Turpin ; on y cite la description du carroccio
de Milan, tireede l'historien de Verone, Girolamo
della Gorte.
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632
CHR0N1QUE
Le comte de Gnisoes.
Mort de Jean de Be-
thane, 1238.
I orent amende en dart.
V mile ou VI et encor plus
I of que mors que retenus ,
Et li remanans escapa.
29565 A force a Melans s'en r'ala,
U li grans force soujornoit.
Mais de 50U que venu estoit
Furent dolant et plus engri&.
Si manderent lor voisins pries ,
29570 Et l'emper^res perdi moult.
Ensi furent qt6\6 par tout,
Et fu la bataille pl^vie
Droit al mi-mai, etaramie.
Li quens de Flandres fu mand&
29575 Et li quens de Gisnes dal& ,
Et cevalier et baceler,
Mais il n'i vorent mie aler,
Et la sus ont parte de pais.
Mais jou n'el sai , pour ce m'en tais.
29580. Oi& miervelle de fortune.
Mesire Jehans de Bi&une
Droit en Venisse s'en ala ,
Pour croissi& faire passer la ,
Dont il ot men6 une mase.
29585 Mais la mors, ki rien ne trespase,
29561 En dart, en forme de pique?
29572 Ple'vie , convenue.
29575 Aramie, promise.
29575 Li quens de Gisnes, Baudouin III, file
aine d'Arnoul II el de Beatrix , sceur et heritiere
de Henri II, chatelain de Bourbourg, la per-
sonne la plus accomplie de son siecle, si Ton en
croit Lambert d'Ardres. Dans un fabliau deGau-
tier de Goinsi, un chevalier dit a l'imperatrice,
qu'il ne connait pas , qu'elle fait la grande dame,
comme si elle eiait la comtesse de Guisnes , ce
qui donne une idee de la consideration dont
jouissait cette maison :
Se contesse estiea de Guisnes ,
Si fetes rot trop loa norrois.
MioN , JNouveau Recueil ,11,47.
29580 Vers transcrits par Du Gange et M. Bu-
chon , qui les placent beaucoup plus bas.
29584 Mase, masse, multitude.
29585 Trespase, epargne.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
633
L'a prise au frain en sa prison
Et pris le tient sans mesprison ,
Dont li croisiet fisent grant duel ,
Ki n'orent mie tout lor vueh
29590 Sevelis fu trop ricement.
S'el fisent sayoir esranment,
Par I raesage , en France ari&re ,
L'emper&>r ki , sans maniere ,
En fu dolans , car il l'avoit
29595 Amenet , et bien s'i fioit.
Si frere en furent trop dolant,
Mais soufrir le convient atant.
Et li croisiet ki demorerent ,
Li plusior a Roume en al&rent,
29600 Et s'eurent li povre congiet
Par le pape et par le clergiet.
Auquant traisent en la Mor&,
La est leur voie demote ,
Une partie outre pasa ,
29605 Qui li anuis et mers lasa.
Li dus de Vine acesma
XII galies et arma ,
Jofrois de Vile-Harduin
En d'arma X, por Bauduin
29610 L'eraper^or jov&ne soucorre.
Outre les font aler et corre ,
Car Vatace et si ome la
Secours amenes aux
Latins de Constanti-
nople.
Geoffroi de VUlehar-
douin.
29586 Va prise, lisez Va pris. Du Cange et
M. Buchon : la prise.
29595 Sans maniere, sincerement.
29596 Sifrire, les freres de Jean de B&hune
furent Daniel, seigneur de Bethune et avoue*
d' Arras, deced6 en 1226; Robert VII du nom,
avou£ d 1 Arras , seigneur de Bethune et de Ter-
monde, mort en 1248, etGuillaume de Bethune,
seigneur de Molenbeeke et de Locres ou Loke-
ToM. II.
ren, mort en 1245 , le 24 aout. A. Du Chesne ,
Hist, gene'alog. de la maison de Bethune, pp. 178,
191-198,245-250.
29602 Moree, Du Cange, tfttf.cfe Const. 1, 256.
29605 Qui, que. .
29606 Li dus de Fine, le doge de Venise.
Manque nne syllabe.
29608 Jofrois de File-Harduin, prince d'A-
chaie et de Moree, mentionne plus haut.
80
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634
CHRONIQUE
Merveilleuse multitude
de chiens, qui finis-
sent par s'entrc-de-
truire.
Orent deviers la mer de 14,
Coustantinoble asise entour
29615 De galies de grant atour,
Et de grans gens deviers la ti&re :
S'avoient nuit et jor grant giere.
Li uns rit , li autres plora ,
Ensi fu , ensi demora.
29620 Si refu promise a lautre an
La yoie de la S'.-Jehan.
Puis que Dieux fist et ciel et nues ,
Sont maintes coses avenues ,
Et encor moult en avenra :
29625 Ki pora yirre , s'es yera ,
Comment que siecles soit doutans :
Quar il n'a mie encor lonctans
Que de C liuwes s'asanbl&rent
Trestout li kien et attn&rent
29630 Viers Mont-Huimer, petit et grant.
Et saci& qu'il en i ot tant,
Que li paisant s'en dout&rent
Et a C mile les esmerent.
Et quant \k furent embatut ,
29635 Si se sont entre combatut,
Si que li uns lautre estranla,
A painnes que nus s'en r'ala.
Toutes yoies X en al&rent ,
Qui moult malmis en escap&rent
29621 L'expedition fixee pour la S'.-Jeanfat
remise a ranneesuivante. Icis'interrompt encore
l'extrait de Du Cange et de M. Buchon.
29625 (Test noire proverbe : qui vivra, Terra.
29626 Comment, done.
29650 Mont-Huimer , Mont-Aiml, en Cham-
pagne.
29652 S'en demterent, s'en effirayerenL
29655 Esmerent, ettiniarent.
Combien que s'il veut que J6 prie
Pour lui , foy que doy mon baplesme ,
(Obslant qu'a chascun ne le crye)
Il ne faudra pes a son esme.
Le grand testament de flllon , id. de
Formey, La Haye, Moetjens , 1742 ,
p. 28.
29656 Estranla, e trauma.
29659 Malmis, mal traitea.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
635
29640 Et cil furent kien d'abaies;
Ce tiesmougnierent les mesnies :
Cil yenquirent, et ausi fait
Li clergies partout entresait.
Les ceyaliers ont si plumbs
29645 Qu'ass& leur est petit rem& ;
Et les bourgois et les vilains,
Tous li moos ya parmi lor mains.
Jou di que dedens CC ans
Sont v&ies coses plus grans
29650 Qu'en C mil deyant : li clergies
En d est partout li mious logics.
line cose grteye et ali&ge,
J'el di pour le vesque del Li&ge,
Ki deyant Poileyaque sist,
29655 Par sairement, mais pas n'el prist,
Ainc i moru , ensi qu a nonne
N'i requisent barat n'&onne ,
Ne n'en furent couart bobiert,
Mais tous les omes S t .-Lanbiert
29660 Mand&rent , et s'ont ass^gi^
Le castiel, et pau damagi£,
Et si n'orent pas de gent pau.
Li quens Tumas gaus de Hainnau
I mena, yoire les Flamens,
29665 Qui mise lussent la flame ens,
Traits satiriqiies.
L'ev£que de Liege as-
siege le chateau de
Poilrache, 1238.
11 raeurt.
Le comte Thomas se
joint aux Liegeois-
89642 Allusion a la puissance du clerge et
trait satirique dinge" contre sa cupidity et con-
Ire le caractere des moines. II ne faut pas oublier
que Ph. Mouskes £tait un pr£tre respectable.
29651 En d'est, en est.
29652 Aliege, qui allege , qui rabaisse. Voy.
v. 29795.
29655 Le vesque del Liege , Jean (II) d'Aps,
fils de Hugues d'Aps , seigneur de Rumigny et de
Marguerite de Pierrepont , neveu de son pr&le-
cesseur Hugues (II) de Pierrepont*
29654 Poilevaque, Poilvache , pres de Dinant.
II en reste des mines.
29656 I moru, le 1" mai 1258.
29657 E tonne, dispense. Cest-a-dire que les
Liegeois ou gens de S'.-Lamber^malgrlla mort
de leur eveque , ne se crurent pas dispenses du
serment qu'il avait fait, et ne chercherent point
a Tenfreindre par barat, mais pousserent yigou-
reusement le siege. Toy. Alberic de Troie-Fon-
taines , a l'annee 1258. Get auteur ne dtt pas
precisenient la meme chose.
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636 CHRONIQUE
Par samblance de gent asses ,
Se pries leg euist amas&.
Mais dune pais i ot traitiet ,
S'en furent tot moult rehaitiet ,
29670 Congiet orent , si s'en repaire
Cascuns a son pro-am repaire.
Li quens remest et ses consaus ,
Or garge k'il li soit bien saus.
w«ier«n, sdgnear de Non sera-il , car Walerans
Fauquemont et de
Poiirache, viem se. 29675 Ne li fu mie trop soufrans.
coorir cette forte-
«j«e. Devant Poilevaqe sen Tint,
lui de cevaliers VIII";
Caus manda qui furent devant
De Hui , de Liege et de Dinant ,
29680 Que il s'en allent, mais il disent,
Qu'ains le prendroient, el n'i quisent.
Et Walerans feri entr'aus :
Relaci^s i ot maint poitraus.
Toutes Toies , par leur afi ,
29685 Sont cil des loges desconfi.
Cil del castiel isirent fors ,
Quar ?ou fu leur joie et confors.
Plus que ne portasent , XX cars
De Tin , d'aigue , de pain . de cars
29690 Ont dedens le castiel rem is.
S'en fu le castiaus regarnis ,
Et renmures et renforcis.
Les engiens de fors ont tous ars .
Con ne menast mie a XX cars ,
29671 Procain repaire, asyle le plus proche. pas , qu'ils n'en demandassent pas davantage.
29675 Gorge , poor carge, charge. 29683 Relacie's , relache, perce; poitraus,
29674 Walerans y Waleran I eT , seigneur de poitrail.
Fauquemont, fils de Waleran HI, due de Lim- 29684 Par leur a/!, par leur confiance.
bourg et d'Adelaide de Fauquemont. 29685 Cil des loges, les assiegans, cenx de
29681 El n't quisent, qu'ils ne s'en melassent Liege. Foy. v. 29705.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 637
29695 Et s'en ont pris, a leur plaisir,
Fust par haste, fust par loisir.
Et li quens de Flandres moult tos
Remanda ses gens et ses os.
Entrues que les os sont mand&s ,
29700 Douna li quens Tumas saudees.
Cil del castiel sont fors issut ,
N'i laisent filet ne tisut.
La furent cil de Hui huet ,
Et cil de Dinant raal disnet.
29705 Cil de Liege sont dealogiet ,
N'i atendirent pas congiet.
Poilevake ensi les pela ,
Quant Walerans les apiela.
Mais quens Tumas et sa costume
29710 Viout que Poilevake jus tume.
Mais Walerans le siot amer,
Si le laira envis turner.
Toutes Toies ce fu la somme .
En parlerent tant li preudome.
29715 Jusqu'a l'aoustfu pris respis,
Con peust froiier les espis.
Mais li quens Tumas garnisons
I mist, et s'orent garisons.
S'i fu Rasses de Gavre mis.
29720 Sont dune part et d'autre mis,
Ensi con dut, par jugement,
Rendre al droit oir le tenement.
Car sans droit faire , ce dist-on ,
29703 Hui huet, Huy hue's; il y a dans ce pa§- itlees de poil et de vac he.
sage quelquesjeuxde mots de tres-mauvaisgout, 29709 Et sa costume, suivant sa coutume.
mats le gout n'appartient qu'aux litteratures per- 29710 Jus tume , tombe.
fectionnees et savautes. 29712 Envis, malgrelui.
29704 Disnet, dine. 29715 La somme, la fin.
29705 Voy. v. 29685. 29716 Froiier, faucher, frangere.
29707 Pela, m£taphore en harmonie aveclea 29722 Tenement, propriety, fief.
IU*se de Gavre.
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638
A qui apparlenait legi-
timcment Poilvache.
Erroessinde de Luxem-
bourg et son fils
Henri.
Arbitrage du comte
d'Axtois.
CHRONIQUE
En fu mis en possession
29725 Walerans , et s'en fist hommage
A la contesse sans damage ,
Que li quens Tumas ayoit prise :
Pour tant s'ot-il la cose emprise.
La dame de Misselebourc
29730 Deyoit le castiel et le bore
Avoir par raisson , et ses fius,
Henris, ki ass& fu gentius.
Mais Walerans i fu entr& ,
S'en iert envis d&afeutr&.
29735 Ensi atendirent le jour :
Si traist cascuns a son sojor,
Mais , par le droit au roi de France ,
Fu li respis et la souffrance ,
Quar il le manda gaus de Ik ,
29740 S'el commanda a gaus de ?a,
Li jors aproisma et li rois ,
Ki n'ot cure de leur desrois ,
Ne qui lor gr^vast I festuc ,
Manda Galerant et le due,
29745 Et le conte Tumas manda.
Messire Robiers i ala ,
Li quens d'Artois : moult i ot gent.
Et quant gou vint al parlement
D'en droit Poilevaque, fu tout
29750 Sor le conte Robiert debout.
Et sot son consel plainnement
D'une part et d'autre ensement.
29724 En possession , Waleran s^tait mis en
possession de Poilvache , on ne sail quand ni a
quel titre. Ce chateau devint ensuile la pro-
pri&e du comte de Luxembourg.
29729 Misselebourc , pour Lusselebourc, Luxem-
bourg. Ermansette ou Ermesinde, fille de Henri
l'Aveugle, comte de Luxembourg.
29752 Eenris, Henri III, dit le Grand et le
Blond.
29734 Desafeutres, deponille.
29744 Le due , le ducde Limbourg, Henri IV,
i'rere de Waleran.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
639
Et il leur a tost despondut :
Qui pierdi tout , si ait pierdut.
29755 Mais, par conyeoance et par ban,
Remest par deyiers Waleran
Poilevake , li fors castiaus ,
Ki silla mices et gas ti a us.
Li dus de Lemborc Tot frem£ ,
29760 Ses p£res, et bien acesm£
Et s'el fist nommer Esmeraude.
Mais la gent enyiouse et baude ,
Cil de Hui et cil de Dinant,
Ki la entor ierent manant,
29765 Le tenoient a mal yoisin ,
Ne n'el prisoient I roisin.
Si l'apieloient . par corine ,
Poilevaque, et par grant haine,
Pour qou que deyant leur estaces
29770 Prendoient lor pors et lor yaces
Et trestoute lor autre proie.
Par itant Tuns k l'autre proie
Qu'Esmeraude soit apiel&
Poileyake d'aus en tous Us.
29775 Mais en la ti&re Waleran ,
Tr&s 90U qu'il fti fond& par ban ,
Fu-il Esmeraude noum& :
Ensi est li castiaus rem&.
Et li capitles des Li^gois ,
29780 Ki raout l'orent halt arnjois
Et Poileyake le clamoient ,
Ausi com li autre cr^moient ;
Et s'en ot M liyres des otes
Le cbiteau de Poil-
vache appele jadis
EmerautU.
Origine da notn de
Poilrache.
29758 Ki sill*, sans doute pour ki si a,
c'est-a-dire qu'il est bien approvisionne.
29766 Roisin , un grain de raisin.
89770 Pors, pores.
29771 Proie, prie.
29785 Des otes, des botes.
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640
CHRONIQUE
Henri de Luxembourg.
DifficuJtes pour I'elec-
tion dc I'^veque de
Liege.
Guillaume de Savote.
Pour aquiter toutes les totes.
29785 Ne Henris de Misseleborc
N'en r'ot valiant I arc d'auborc ,
Ains fu d'autre case paii&.
Ensi fu li cris apaii&.
Puis r'ot Walerans son castiel,
29790 Qui cousta Flandres maint gastiel.
Li quens Tumas de toute rien
Al conte Robierl se tint bien.
Li dus sen r'ala com amis :
Plus perdi ki plus i ot mis;
29795 Iceste pais de rien n'altege :
L'orgillos capitles de Li&ge
A jor nourn^ , si com moi sanble ,
Avoient tot est£ ensanble
Pour eslire Tesque a lor o6s ,
29800 I de Tuns et puis I di oes.
Une partie et non tuit pas
Li frere a eel conte Tumas
L'esliurent et nomerent bien.
Mais li autre n'i fisent rien ,
29805 Et noumerent le provost d'Ais ;
Pour iestre le pais empais ,
Et cil de leur capille estoit,
Pour 50U mious estre le devoit.
Donques avint que li eslius
29810 Fist grans amis de lius en lius ;
Et par Flandres et par Hainau
Ass& quidoit avoir pour pau ,
29784 Totet, impots, redevances, exactions.
29785 Misseleborc, pour Luisseleborc, Luxem-
bourg.
29786 / arc d'auborc, un arc de bois d'aubier.
29787 Case, fiefs.
29788 Apaiies , apaise\
29800 / di oes, le sens de la phrase aulorise a
traduire ces mots par I del* autre. II y avait par-
take parmi les electeurs.
29802 Li frere, Guillaume de Savoie, ev£que
de Valence.
29805 Le provost d'Ais, Otton , prevol de
Maestricht.
29807 Cil, celui-ci.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
641
Pour son frere , ki quens estoit ,
Et aa niece It rois avoit.
29815 Si pensa qua lempereour
S'en d'iroit a I pro$ain jour.
Viers son pais s'en est r'ates.
Li capitles est asanl&
Et toute la force del siege
29820 De la grande vesquie de Liege ,
Pour faire leur eslection.
Des II ki furent pris par non ,
De l'esliut et del provost d'Ais ,
Si s'acorderent, por la pais,
29825 Que evesques fu li prouvos ,
Ki fu haus ora et de bon los.
A 90U se sont tenu sans tence ,
Si Ten ont raene a Maience.
Quar l'emper^re i ot laissiet ,
29830 Qu'il n'i &iist droit abaisiet
Le vesque en la dissention.
Si Font mis en posession.
Li dus de Braibant i ala ,
Et li quens de Gelres fu la,
29835 Et l'arcevesques de Coulogne.
Bien fu parfaite la besogne.
Reviunt et fu ass^ures
Et del capitle et des fi£v&.
Mais puis apri& , c'est v^rit& ,
29840 En fu despos& et ost&,
Par le coumandement de Roume ,
Otlon, prevol d'Aix oo
de Maestricht.
Le due de Brabant, le
corate de Gueldre et
l'arcbereque de Co-
logne.
29816 S'en d'iroit, s'en irait.
29825 Que evesques, sans elision.
29833 Li dus de Braibant, Henri II (III), (lit
le Magnanime.
29834 Li quens de Gelres , Otton III on IV,
sur nomine* le Boileux, fils et successeur de
Tom. II.
Gerard IV et de Marguerite de Brabant.
29835 L'arcevesques de Coulogne, Conrad de
Hochstad.
29837 Reviunt, M. Dewez dit positivement
qu'il ne prit pas possession de son eveche. Hist,
de Liege , 1 , 156.
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642 CHRONIQUE
, Ki tout acomplist et asoume.
Poi i eut li prouvos d'ayiaus.
Si recommen^a plais nouyiaus.
29845 Aprils a la fieste Toussains,
S'iert encor a Roume tous sains
Li eslius ^yesques del Liege ;
S'el prist la mors a Roume al stege ;
S'el seut ses frere et si parent ,
29850 Et cil del Li&ge et l'aparent,
Paitout le disent li corliu :
Sen eut doi et joie en maint liu,
Joians en fu li prouvos d'Ais ,
Qu'il quida mious avoir sa pais.
Aff«ire* dc cowuinti- 29855 li drois emper&re orfenins ,
nople.
Marcis de Namur, Bauduins,
Estoit a Paris , s'atendi
Nouvieles et si entendi
Le» sdmnuiiqucs pro- Que Todres , Vatace et Auscens
raettent fausseraent a/\/\^/\ t-i «• ^ •
de se toumettre »u 29860 Et tout li Gnu et leur assens
stfge de Borne.
Orent mande 1 empereour
De Roume , par moult grant amor,
Qu'il li feroient tout ommage,
Comme visseus et rice et sage,
29865 Et tenroit l'empire de lui
Tousjors Vatace , et non d'autrui :
Mais que i fesist, sans plaidier,
Gostantinoble as Frans vuidier ;
Et Bauduins traisist en France,
29870 Et menast la sa mollier france ,
29842 Asoume, termine. Viterbe , en revenant de Rome, disent les his-
29843 Avians , satisfaction , plaisir ( quod toriens.
avemus). 29851 Corliu, messagers, courriers.
29847 Li eslius, Gnillaume de Savoie , com- 29855 Li drois.... Extrait de Da Gauge et de
petiteur du prevot d'Aix. M. Buchon.
29848 A Roume, au mois d'octobre 1259, a 29859 Todres, Theodore Comnene.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 643
Et tout son or et son argent ,
Et tot k lor plaisir sa gent ;
Et il kerroient et lor oume
L'apostole et la loi de Rome.
29875 Mais par fausetl le disoient,
Pour la ti&re qu'ayoir yoloient ;
Mais la haute cit£, la noble,
Con apiele Coustantinoble
Se tenoit encor yistement
29880 A 90U qu'il ayoient de gent,
Et gardoient bien la marine
Pour Grius et pour gent Sarasine.
Et Vatace ot mandl ensi
A l'empertour Fted&i ,
29885 Droit Tiers Melans , u il estoit ,
Et tout essiller les roloit.
Quant l'empereres entendi i/emp«reur Fr*i*>ic
-. . »eut forcer Bau-
Que Vatace ot mande ensi , douin 11 & im r«ire
hommage.
Moult forment s'en esla3e$a.
29890 Et I'aulre empereur mane$a
Bauduin , s'il n'estoit ses om ,
Se de Melans yenoit a som ,
Coustantinoble li toroit
Et sa volenti en feroit.
29895 Lors fist desfendre les pasagee
Partot , et as fos et as sages,
Si qu'en Gresse ne en Surie
Ne pot aler nule navie.
S'en fu mors Jehans de Bi&une jmo de BeUmoe.
29900 D'anui, ce yot Dieux et fortune;
Des croisi& Id o lui al&rent
Demora , et s'en retorn£rent,
Et s'en vint ass& viers Melans ,
39875 Ktrrount, reoonnaitraient , croiraient. 99893 Twoit, enldyerait.
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644 CHRONIQUE
U lemperere ert moult dolans ,
29905 Que il n'es pooit plus graver
Et leur fist batalle mander,
Al jour S*.-Jehan d&olasse :
N'en orent plus jor ne espasse.
Et cil de Melans s'atornerent
299 10 Pour desfendre, et lor gent mand&rent.
A lapostole orent mand£
Se de rien furent descord^,
Dorenavant bien le kerroient
Et tous les mauvais osteroient
29915 Et les mescr&ns plainnement ,
Et Dieu kerroient fermement ,
Par si que de l'emper&mr
Les ostast et de sa cr^mour.
Li apostoles le manda
29920 L'emper^or, mais n'i aida ,
Rien ses mandemens ne vaiu ;
Dont l'apostoles se doulu.
Ensi lemperere remest
Par le pais, ca et la mest,
29925 Manda princes et ceyaliers ,
Manda siergans et saudoiers;
Le comte de Guisnes. Li quens de Gisnes fu mand& ,
Petit apri& s'en est al&.
Mais il enquist au roi de France
29930 An$ois et congiet et soufrance :
Et li rois congiet Ten douna.
Moult bielement o lui mena.
Renoumee, qui partout cort.
Vint en France, droit a la cort,
29935 D'Ausent de Vatace et de Toldres,
29907 Decolasse , la decollation de saint Jean. 29922 Se doulu, s'affligea.
29918 Et, ce monosyllabe a ici la force qu'on 29924 Mest, sejourna.
donne quelquefoia a Vet des Latins. 29927 Li quens de Gisnes, norome au v. 29575.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
645
Qu'il voloient sa tiere toldre
Le joy&ie empereur orfenin ,
Marcis de Namur, Bauduin;
Et que l'emper^re prendroit
29940 Lor omage , quant il vodroit.
Caus de Melans pris et vencus
Ot , dont moult (il) iert irascus.
Li rois consella son neveu ,
Et pour s'ounour et pour son preu .
29945 Que droit a Roume sen alast
Et a lapostole en parlast,
Si com drois estoit et raisons.
Et quant revenroit la saisons ,
II i metroit tout son consel.
29950 L'en&s a pris son aparel ,
Droit a l'aoust trest cele part.
Quar moult li est quisant et tart ,
K'il r'ait sa feme et sa ti&re ,
Que contre les Bias soit en giere .
29955 Et, s'il en avoit le pooir,
Ass& li est tart del mo voir.
Qui bien commence , bien define :
Or avint lues miervelle fine.
Vous av& o'it le hustin
29960 De la mort conte Florentin,
I frere avoit de lui mainn^,
Ass& et valiant et sene.
Pour $ou que si enfant n'avoient
Eage droit et peu savoient.
Le roi de France con-
seille a Baudouin
d'aller a Rome.
Guillaume , lutear des
enfanide Florent IV,
com to de Hollande.
89937-38 Repetition des v. 2985536.
29952 Quisant, cuisant.
29953 Vers trop court :
K'il r'ait et sa ferae et sa tiere.
29956 Lacune dans l'extrait de Du Cange et
de M. Buchon.
29960 Florentin, Florent IV, comte de Hol-
lande.
29961 I frere, Otton, d'abord comte de la
Friseorientale, puiseve'qued'Utrecht, troisieme
du nom, fut tuteur des enfans de Florent et
eut pour adjoint son frere Guillaume , le troi-
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646 CHRONIQUE
29965 Fu cil de la tiere ballius
Et gard&re de lius en lius .
Et si fu garde des enfans ,
Dont moult jovenes fu li plus grans.
Les detres son frere paia
29970 Dont le pats moult apala ,
Et si asanbla meuble ass&.
Droit en Flandres s'en est pas&
Et amena biele compagne.
Drois et nature li ensagne
29975 Qu'il vot cevaliers devenir
Comment qu'il Fen doie ayenir.
Al conte Tumas est venus.
Moult bielement fu rectus,
l« tuteur du comte a« S'el fist & Courtrai cevalier,
Hollande armc che- <anno/\ tvt l? . *.
vaiier k Courtrai. 29980 Ne 1 en eslut gaires proier.
Grant fieste i ot et grant dosnoi.
Tournoi 4 Neuss. A NuSe Ot CT\6 I tomoi I
Petit apri& s'i est r'al& ,
Des banieres retint ass&,
29985 Tornoler vot, car il amoit
Le tornoier, et s'el cr&noit ,
Pour son frere ki mors i fu.
Li cevalier sont fors isu
Et il-m&smes , a grant gent ,
29990 S'en est issus et biel et gent.
Mais fortune ki ne soujorne,
Quar nuit et jour sa ruee torne ,
Del jour li a faite la nuit.
sieme des fils de Florent, qu'on fait, sana que Otton.
preuve , comte de Kennemerland. 29980 11 ne lui fut pas necessaire de beaucoup
29966 Gardere , garde. sollicker pour eel a.
29969 Detres, dettes. 29982 IVuse, Neuss, dans l'archeveche de
29971 Meuble , effets mobiliers. Cologne , si celebre par le siege qu*y mit Charles-
29975 Cevaliers f ceci doit se rapporter au le-T£m£raire , due de Bourgogoe.
jeune Guillaume 11 et non pas a son onclel'lvS- 29992 Ruee, roue.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 647
Or ne quidi& pas qu'il anuit
29995 As cevaliers ki si&cle amoient
Et en eel liu se r&damoient,
Qu'il Toloit son fr£re sanbler ;
Et biel le voient asaubler, ou.n.ume, troisitae
. i.ii fils dc Floreot IV,
Et b»el joster et biel combatre , comtc de Hou.nde,
**/\/\/\/\ r* t* ■ i est ta< d«ns an tour-
£0000 Quar fortune le viout aba t re. noi.
Enmi aus tous se prist al frain ,
Qude ot de lui enyie et fain.
Mors est et li tornois remaint.
Ass& i perdirent tamaint.,
30005 Ass& fu et plains et plor&.
N'i a plus cevalier mor&,
Quant la mors a ces II ocis,
Ki des armans orent miercis
Et ?aus faisoient resbaudir,
30010 Qu av arise faisoit gaudir
Et desfendre les biaus tornois ,
Doat fieste venoit et dosnois ,
Si com del conte Florekin
Et de son frere Willekin.
30015 Sains Dieux asost p&eur n& I ,
Si ait-il miercit de cascun.
Ne reponnoient pas I'avoir,
Ains orent largaice et savoir.
En toutes costes furent-il
29996 Se reclatnoient , se rappelaieot. M« bourgeoises, sans nul sejour,
30006 Mores, rested. Partent * m mctlent en T °y c '
*AAftft ,rf— „-. m , Am .; AM Ungpeudefantle point du jour,
50008 Armans, guerriers. Affin que nimg nc lc$ voye
30009 Resbaudir, rejouir. Coquillart , Le monologue des
50010 Gaudir, rejouir. lis faisaieut par- pemujues , id. de Coustelier,
tager ces nobles divertissemens a ceux pour P* 17 °*
qui TaTarice on Teoooomie avaient seules des
charmes. 50016 Si ait-il.... qu'il ait au moins merci...
50015 Sains Dieux, saos que Dieuj asost, 50017 Reponnoient , cachaient.
absolve; ne's I, nesun , aucuu pecheur. 50019 En toutes costes, sous tous les rapports.
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648
CHRONIQUE
L'empereur Frederic II
veut rlduire Milan.
Anseau de Wismes.
Combat enlre les habi-
tans de Plaisance, le
cointe de Guisnes et
Teveque dc Valence.
30020 De linage et de cuer gentil.
Adonqes s&)it, sans consence,
L'emperere deyant Plaisence,
Sans rien faire s'en est partis ,
Sor Breske ala tous aatis.
30025 Ses bons amis et ses tenans
Manda et ses apartenans ,
Et jure bien que par sa force
Torra Melans , fust et escorce.
Ansiaus de Wismes i ala ,
30030 Dune meltee ot grant pris la.
I jor ayint que Plaisentin
Oirent dire tel hustin ,
Qu'aucuns , et Francois et Flamenc ,
Ierent venu a eel bestenc ,
30035 En l'a'ide l'emper&rar,
Ki les avoit mis en fr^or.
S'en prisent gent esliute et bonne
Et cevauciferent sour Cr&nonne.
Bien connissoient le pais
30040 Et les orent lonctans hais.
L'ariere garde orent laisci^
En une bruelle bien plaiscie :
Et durent par aus revenir,
Quoi que leur d&iist ayenir.
30045 Des esporons fiert i'ayangarde ,
Le pais trouv^rent sans garde ,
Moult i fu petis li d^pors;
Prisent yaces, brebis et pors,
Prisent dras et Tor et l'argent ,
30024 Breske, Brescia, ville du royaunie
Lombard o-Venitien .
50028 Torra, enlevera.
50029 Ansiaus de Wismes, un Renter de
Wismes fut pris a la bataille de Bou vines. Hist.
franc., XVII , 101 , D. Wismes ou Vismes etait
une ancienne baronnie , relevant du comte de
Ponlhieuetqui fut porteesurlafin duXIV°siecle,
par Jeanne de Cayeu, dans la maison de Mouchi.
50042 Bruelle, bocage; plaiscie, situe.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
649
30050 Prisent ceyaus, mules et gent.
Et trestoute leur noure$on.
Ausi cargiet com yre$on ,
Qui bien se carge el bos de pruns ,
Sen repaire cargi& cascuns.
30055 Venut i estoient bien main ,
De toutes pars fuient yilain ;
Vienent as cans , yoient I'ayoir
Tel que plus n'en yoilent avoir,
Si que tous leur consaus esgarde,
30060 Que la yoie a Fari&re garde
N'iront mie , qu'il lor toroient
Cou quk force conquis ayoient.
Une voie ceusirent autre,
La se misent lance sor f autre.
30065 Cel jor si avint , sans fallence ,
Que li drois eslius de Valence
Et li dalfin de Vtenois ,
Et Prouyenciel et Tourenois ,
Ayoient tenu lor signour
30070 Deyens Pavie, tamaint jour.
Et si estoit li quens de Gisnes
Tout ausi comme sour espines ,
De (ou qu'il ne pooit paser
A l'emperfour, ki lasser
30075 L'ot fait d'aler k son siervice.
Months ert sour I ceval rice
L'eVeque de Valence.
Le dauphin dc Vien-
nois.
Le comte de Goitnes.
50052 Yrec on, herisson.
30055 Prunt, prunes sauyages.
30058 Foilent, veulent.
50059-61 lit furent tous d'accord d'eyiter
Tamere-garde.
30061 Qu'il lor toroient, parce qu*ils leur
eoleveraient leur butin.
50065 Ceusirent, choisireot.
50064 Lance tor fautre , expression souyent
Tom. II.
employee,
50066 Drois, legitime; eslius, 1'eveque de
Valence.
50067 Li dalfin , Guy VII, succeda, en 1257,
a son pere, Gui-Andre\ II £pousa Beatrix , fille
de Pierre , comte de Sayoie.
50068 Tourenois, Tourangeaux.
50074-75 Lasser l'ot fait, l'avait fatigue de
solicitations.
82
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650
CHRONIQUE
Sentiraen* chevalere*-
Bravoore d« l'rfveqoe
de Valence .
Et dist a l'esliut de Valence ,
Comment qu'il li tort a p^nence ,
11 voroit cevaucier le jour
30080 Pour paser k l'emper^our :
Trop i avoient soujorn^.
A $ou se sont tous assent.
Armi se sont et cevauci&rent,
Et leur guieur les adreci&rent
30085 Droit en la voie u il aloient,
Qui cargiet et laset estoient.
Tantost , com il les ont percius ,
Escus et hiaumes ont re$us ,
Des palefrois is ceyaus montent,
30090 Leur escuier lances lor donnent.
Qui dame ama ne damoisiele,
Son cuer de bien faire en oisiele.
Gunes escrient et Valence :
Autre conte ne autre tence
30095 N'i eut; seure lor sont courut,
Des leur furent bien socorut.
La yalu bien eel jor Valence
Sor les Plaisentins de Plaisence.
Sous lui ocisent son oeval
30100 Et li eslius cai aval.
Mais li quens de Gisnes Ten guie ,
Rempntl la sa compagnie ,
La fu-il cevaliers , non clers ,
50078 Tort, tourne; penenee, repenttr. En-
core qu*il d&t Ven repentir.
30084 Guieur, chefs, capitaines, guides.
3008$ H uloient, ceux de Piaitanoe.
50088 Us quittent leurs palefrois on cheyaux
de parade , pour des chevaux de combat. Pas-
sage remarquable , qui determine la significa-
tion do mot palefroi.
50089-90 Montent et donnent, raw rural*.
50092 Oisiele, se rejonit.
50094-95 Autre conte ne autre tence n'i eut,
on ne s'amusa point a de vaines paroles.
50099 Sous lui, sous Vela , Vereque de Va-
lence.
50101 L'enpue, Temmene, le tire de dan-
ger.
50105 L'eveque se oonduisit en chevalier et
non pas en pretre.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
651
As armes tos s&irs et fers.
30105 En aus refiert, crie Valence,
Del branc lor carge grief p&ience.
Li quens de Gisnes i rebroce ,
Bien les ataint bien les aproce.
Gisnes au conte les esmaie ,
30110 Mious amasent estre k Nimaie.
La u il torne son ceval ,
Les fait tous enbroncier aval ,
Chevaliers prent , cevaus gaagne ,
Bien si trouya cele compagne.
30115 Jehans de Ferlingehem point,
Bien i tint son liu et son point.
Entre Ferlingehem et Gisnes
Ne lor mostrent pas amors fines ,
Maint en retinrent en prison ,
30120 Si qua tos jors les emprison.
Gisnes les a le jour guies
Parmi plagnes et parmi gu^s ;
Sans $ou que nus om lor en proie,
Leur font gierpir et place et proie ;
30125 Et li dalfin de Vtenois
Lor font damages et anois.
Grant noise i ot et grant hustin ,
N'i plaisent mie Plaisentin ,
Trestout se sont mis a la fuie.
30130 Li quens de Gisnes siut et huie,
Jean de Ferlingehem.
50106 Branc , bran, brtnc , £pee , glaive.
Voy. Muratori, Dim., et Raynouard, Nouveau
choix, etc., 11,249.
50107 Rebroce , pique son cheval pour re-
venir a la charge.
50109 Gisnes au conte, cri des gens clu comle
de Guisnes; les esmaie, les effraie.
50110 Nimaie, Nimegue.
50112 Enbroncier aval, tomber, enbroncier
a le sens a peu pres de broncher, mais Roquefort
1'explique uniquement par obumbrare, cache r,
baisser, couvrir.
50115 Jehans de Ferlingehem, il y a dans les
environs de Lille un village appele Ferleugehem,
et un peu au-dessus d'Armentieres on trouve la
commune de Frelinghien; point, (pungit).
50128 Encore un jeu de mots.
50150 Huie, hue, crie.
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652
CHRONIQUE
Anseau de Noheront.
Allusion k Ogier-le-Da-
nois.
Et de Ferlingehem Jehans ,
Qui les a mis en dure ahans.
Avant, apri& Gisnes l'aconte,
De ses cos n'i retient nus conte ,
30135 Gisnes les ocist et afronte,
Gisnes les adoucist et donte ,
Si k'il ne se pueent desfendre ,
Mais con les d^uist parmi fendre.
Del ti^roit des Gisnes i ot
30140 I ceyalier, ki d'armes sot ;
En Coustantinoble et dedt
Sen fu-il garis grant pi&;a.
Larges fu, s'ot petit davoir,
Mais ass& ot cuer et savoir.
30145 Ansiaus ot non de Noheront,
Cuer et core et armes partot
Mist-il sour aus, et fiert et malle,
II nes prisse tous une malle.
Cil les desront , cil les descire ,
30150 Ausi com s'il fussent de cire.
Se 90U fust li danois Ogiers ,
Si fiu-il la preus et legiers.
Ansiaus en a tant mors et pris ,
Que il en ot sour tous le pris.
30155 Esyous l'estour recommenciet ,
Maint tron$on i ot si trenciet,
Mainte targe estor^e et frainte ,
N'i eut parlet de trive enfrainte,
Mais de prisons , rescoure et proie :
30133 L'aconte , pour Vacointe ou let acointe,
a cause de la rime et de la mesure ? Les aborde.
30136 Adoucist, dissipe leur ardeur.
30139 Tieroit, territoire.
30142 Garis, sauve*, echappe' aux perils;
grant piecd, grande piece a, il y avait long-temps.
30148 Malle , maille , petite monnaie de cui-
vre qui valait la moitie d'un denier.
30187 Estoree, si ce mot vient d'estorer, il
doit signifier reparee, ce qui est contre Tin ten-
tion de l'auteur; s'il derive irregulierement
d'estordre, il signifiera arrache'e, ce qui convient
mieux a la phrase 5 frainte, brisee.
30139 Prisons, prisonniers.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 653
30160 Et cil qui volenti emproie
D'amors et d'armes et dounour,
Graindre ass& not mie a I jor
Ector, pour arescoure Troie.
Si com los d'armes l'i otroie ,
30165 Le re^oivent as fiers des lances,
Lor yies maitent en balances ,
Gitnes ayant , Gtsnes api ies :
Cis mos lor fu fel et engri&.
Et Jehans de Fellingehera ,
30170 S'il fust rois de Jerusalem ,
Si tint-ii son liu plainnement.
Valence i yalu doublement ,
J a fust-il a yesques eslius.
Bien i tint Valence ses lius ;
30175 Et de Vtenois li dalfins
I fu ass^s yallans et fins.
Et cil ki furent ayoec aus ,
N'i ot nul pareceus de 9a us.
Mais li Guisnois , par son escu, i/hooneur de u jour-
30180 A le plus de i'estour yencu. comt/SeGufin^.' 11
S'il &iist quatorze chil& ,
Si fu-il com preudom cont&.
L'ariere garde et li premier,
Ki n'estoient pas costumier,
30185 A cele foie ne an$ois,
D'dtendre Flamens ne Francois ,
Sen partent, pris et desconfis,
Qu'il ne yirent mais nul afi.
50160 Emproie, empreod , a la ferme vo- oe croyait pas , eo ce jour, Hector mdme assez
lont£. redoutable, Hector, lorsqu*il secourait Troie.
50162 Graindre at$e'$, assez grand , assez re- 50181 Gomme s'il avait eu des etats plus
doutable , grandior. 6tendus.
50165 ^re*c<mre ; »ecourir,etcelui qui voulait 50188 Afi ou dfi, que nul ne songea plus a
remporter le prix d*amour , d'armes et d'honneur , son engagement .
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654
CHRONIQUE
Let Turttres rarftgent
la Ensile, 1289.
Viers Plaisence sen vont fuiant ,
30190 Et li Flamenc apries huant.
Si fait li eslius de Valence ,
Li dalfin et cil de Provence.
Repairiet sont par leur sayoir,
Les prisons prisent et Favoir.
30195 Li quens de Gisnes, sans mesage,
Li d&ivra bien son passage ,
Si fist li eslius de Valence;
De tous retinrent de Plaisence.
Viers l'emper&mr cevauci&rent,
30200 Sans gr&rance s'i adr&i&rent,
Lament i sont parvenu ,
Quar bien leur estoit avenu.
Si porent bien canter ensi
Doit Von aler a son ami.
30205 Qu'il orent avoir et prisons ,
Cest drois que nous les en prisons ,
Quar il fisent leur apr&ure
D'armes , sans nule mespresure.
A cest tans, ne tempre ne tart,
30210 Vint noviele que li Tafart,
Une gent de tiire lontainne
(Jhesus lor doinst honte pro$ainne) ,
S'adr&i&rent parmi Rousie.
Si Pont pra& et dtfroisie,
30215 Et ne sai quante autre cit^ ,
Dont pas ne me sont records
Li non, ne recorder n'es sai.
50204 Paroles d'une chanson do temps.
50205 Qu'il, puisqu'ils.
50207-08 A pre'ture d'armes, emprise d'armes.
50210 Tafart, Tartares ou Tatars. Us ren-
trerent, en 1259, dans la Rnssie meVidionale,
sons Jaroslaf II , Vselodowitch. lis Itaient sous
la conduite de Batou-Kan. M. Michaud a parle
avec detail des conquelea de ces peuples et de
l'impression qiTelles avaient faite en Europe.
Hist, des Croisades, &• edition , IV, 105 et sui-
vantes.
50214 Prate, pillee; de'froisie , ravagee.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 655
Mais moult destruisent sans asai.
De mal faire n'orent repos ;
30220 N'es tenoit riviere ne bos,
Nest n& ki nombrer les s&ist. Fabie repandue par
_ , 1'igtiorance et la
Ja tant pener ne s en peust , peur.
Et disoit-on que il venroient
Droit a Coulogne , et si voroient
30225 R avoir Tun des III rois, sans falle.
Et cil rois , sans adeviaalle ,
Fu de leur ti&re rois et sire ,
Ki Dieu , ne sai d'or u de mire
Et d'encens , ala aourer
30230 Et sienrir , et puis onorer.
De Tarse fu li uns des rois.
Ensi passoient li destrois
Et sen venoient viers Cologne,
Pour acomplir ceste besogne.
30235 Gens i avoit de mainte guise,
Mais n'en sai mie la devise.
Or Yous dirai-jou que l'emperaire
S^oit encore devant Bresque , i/«npemir devant
Iri& et destrois et dolans m °*"
30240 K'il ne pooit avoir Melans.
De $aus de Bresque avoit asses
Deviers lui prisons amas&.
Devant les portes les fist traire ,
Fourkes i fist dr&ier et faire ,
30245 Et dist que tous les penderoit .
Se la cit& tantos n'avoit.
Et cil respondirent a lui
Que n'i auroit valiant I glui ,
50218 Sans asai , sans se rassasier ? reres. Ce mot ne rime point avec Bresque.
30228 Mire, myrrhe. 30244 Fourkes, fourches, potences.
30257 Ce vers ^Unttrop long, il ftut effacer 30248 Glut, gerbe, botte de paille ou de
jou pour le r&ablir 5 l'emperaire, ponr I'empe- settle.
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656 CHRONIQUE
Des prisons fesist son yoloir.
30250 L'empereres, pour aus doloir,
Les fait trestot pendre esrament.
Puis les asist destroitement;
Mais sans rien faire s'en parti.
Del reyenir moult s'aati,
30255 Quar li iyiers estoit entr&
Et de leste fu moult lasses.
condemnation de jean Mesire Jehans de Cisoing
,SOII,g Ot dont est^ en plus grant soing
Que yilains ki sa tiere ahane,
30260 Enyiers la contese Jehane ,
Ki l'ot fait , pour sa mesprison ,
Prendre et maitre en grant prison.
Et fu par se court forjugi£s.
De cors et d'avoir mespl£gi&
30265 Fu de son fil ki tint prisson
Pour lui , mais a poi d'oquoison
S'en issit sans congiet ; li fius
De sa prison rompi li fius ,
Et li p6res tant pourka^a
30270 Par ses amis et ca et la,
Qu'il pot et aler et yenir.
Si laissa le sien convenir.
Al roi traist, le souvrain signor,
Pour ?ou qu'il yot r'ayoir s'onor.
La comtesse Jeanne et 30275 S'en fu la contesse ajourn^e
le comte Thomas . . . * . j ,
sont ajoumes dans A plait et a jour de journee ,
la cause dece baron. —. .. m ,.
Et li quens Tumas ayoec li ,
50255 friers, Liver. ahan. On disait terre ahanable , pour terre
50257 Citoing , le seigneur de Cisoing etait labour able,
un des bers de Flandre. L'Espinoy, 97, 145 , 50262 Maitre, sans elision.
Warnkoenig, Hist, de la Flandre, II, 94 et sui- 50264 Mesplegies, mal cautionne.
vantes. 50268 Fius , bois , portes.
50259 Ahane, travaille avec fatigue, avec 50272 Convenir, s*accorder.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
657
Qui la cose point n'abi&i.
Contre lui disent mainte bare.
30280 La estoit li rois de Navare ,
Ki, por le signour de Niiele,
Le conte en fist proiere biele,
Et la contesse premerains ,
Voire larcevesqes de Rains ,
30285 Et li troi frere de Couchi.
Puis li couvint crier mierci
A la contesse , et puis al conte
Ki de son mesfait sot le conte.
Cil de Boves , cil de Clermont
30290 Proiterent a val et k mont.
Et cascuns parens sen offri
De proier, et li rois soufri.
Mesire Jehans s'en taisoit
De Niiele, qui moult plaisoit
30295 La proiere de tant baron
Et puis de tous $aus environ.
Tant ala puis que sour le roi
De Navare fu li desrois
Et sor l'arcevesque Henri ,
30300 Ki son cuer en ot atenri ,
Quar il ot 6u grant damage.
Mais li quens reciut son omage.
Ensi fu es diseurs la pais.
De son afaire a tant me tais ,
30305 Mais tant vous di-je bien , pour voir,
Jean de Nesles.
Let freres de Coucy.
Let seigneurs de Bares
et de Clermont.
50278 (>«!,* qui.
50279 Bare, exception; ils lui opposerent
plusieurs exceptions , plusieurs moyens declina-
toires.
30289 Clermont, Gaucher de Chatillon , fils
de Gui, comte de S l .-Pol, devint comte de
Clermont en Beauvoisis , par son mariage avec
Mahaut, fille ainee de Philippe, dit Hurepel,
Tom. II.
ills du roi de France Philippe-Auguste et comte
de Boulogne.
50293 Tant, si grand.
30297-98 Sour le rot..., fu li desroir, la faule
de Jean de Cisoing futsoumise au jugement du roi
de Navarre et de Farcheveque de Reims , Henri.
30502 Mais le comte de Flandre recut Thorn-
mage de Jean de Cisoing.
83
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658 CHR0N1QUE
V&ites fu sans mescrfoir,
Jehans de Cisoing pot bien dire
Qui contre aguillon escaucire ,
II fois se point ; si se doit-on
30310 Oster d'encontrer aguillon.
Deroin dun nobie On doit son signor foi porter
homme envcri son ,. u *
seigneur et sa dame. Et souploiier et d^porter.
Ciertes ausi doit-on sa dame ,
Et ki n'ei fait souyent s'adame ,
30315 Quar dame est dame, et sire est sire.
Cascun doit-on douter et sire ,
Pour faire droit son bon signor
Et dames moienes, grignor.
Ja n'est-ii oisiaus si hardis ,
30320 Quant li aigles est escandis
Et il est months en son tour
Pour v&r entour son atour,
Ki dont ost a sa proie tendre ,
Quar il le viot avoir et prendre,
30325 Mais quant il a la soie prise ,
Lors puet faire cascuns se prise.
S'on ne doutoit les signorages ,
Trop feroient li fbl de rages.
Qui trop enbrace et trop entoise
30330 Cil se desbrace a plainne toise.
Moult se griere ki trop s'avance,
Ki s'umelie moult s'eslance.
Or oii& d'autre avission.
En Fan del incarnation
30508 Gelui qui se frotte contre unaiguilloD, 50323 Ost, oterait.
se pique deux fois. 50525 La soie, la sienne.
30312 Souploiier, soumission; exporter, pa- 30526 Se prise, sa prise,
tieoce. 50529 Entoise, saisit. Ce proverbe revient a
50520 Escandis, monte , scandere. celui-ci : Qui trop embrasse, mal etrtint.
30522 A tour, aire. 50555 Avission, objet.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
659
30335 Mil etCCet XVIII
Si al&rent totes et tuit
Cil d'Alemagne , sans essogne,
lsi com restore tiesmougne,
A S t .-Tumas, le Dieu amis,
30340 Qu'ocire fist li rois Henris.
En fiertre estoit mis et pos&.
I^ou fu fine yerit& ,
Et S t .-Quentins de ti&re ost& ,
N'i demora os ne cost&
30345 Qui ne fust mis , volant la gent ,
En rouge or et en blanc argent.
Or est uns autres avancis
Par de la Roume, sains Francis.
A Perrouse gist li core sains
30350 Ki n'ot mie mains ne pi& sains
A sa mort, mais ausi perci&
Com Dieux les ot k cleus fici&.
II le proia, Dieu si l'oi,
Et li cors «ains moult s'en goi.
30355 Mors fu et fait miracles grans
Qu'il fu passlens et soufrans.
Gil fu umles, Diex lavanfa,
Et il-m&smes commen^a
L'ordine de ces frfcre menors
30360 Qui laisent ti&res et ounors.
Dont revint uns autres consaus,
Car li Temples et l'Ospitaus
Et tout li baron de Surie,
Voire et tout cil de l'Aberrie ,
30365 Par le consel de l'apostole,
Felerinage a S*-Thomas
Becket,
A S«-Quentin,
Et a S'-Franfou d'As-
•i*e*.
Origine de* fibres mi-
neon. Stigmates de
ce saint.
Appel a la croisade.
50549 Perrouse, taint Francois fut inhuml,
suirant son T03U , sur une montagne hora et a
proximity dea murs d'Aasise, qui fut depuis
appelee Colie del Parmduo, au lieu du nam de
Colle d' Inferno , qu'elle portait.
50552 Cleus, cloux.
50557 Unites, humble.
50564 L'Aberrie, V Arable?
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660 CHRONIQUE
Ki le conferma par estole ,
Manderent en France et partot
Princes et barons sans redout ,
Et rois et contes et marcis ,
30370 Ki , pour avoir gri& et miercis
De Jh&u-Crist, ierent croisiet;
Puis qu'il lavoient tant proisiet ,
Qu'aparillet fusent ains l'an ,
Droit a la fieste S*.-Jehan :
30375 Et sou fu dit decant Noel,
Seut el mandement entor el
Et de TOspital et del Temple.
Quar il manderent, par exenple,
Que puis la mort Salehadin ,
30380 Le preut , le large Sarrasin ,
Ne fu la ttere en si boin point
Pour avoir les cit& a point.
Par deyant le roi Lofys
Fu cil mandemens bien jois ,
30385 Qu'il ni ot ne respit ne bare.
Le roi de Navarre se Si jure le roi de Navarre
croise, ainti que le T . .
due de Bourgogne, Le passage pour la besogne ,
lecomtedeBaretRi- _ • # i- i ■ t>
chard d'Aogieterre , fct apries li dus de Bourgogne
50368 Sant redout , 8an8 peur. De tort et de mesprison ,
30376 Ce vers est obscur et la repetition de San , x bicn ct sans corto » ie »
• i» i_ r\ .. „. , , . Qu'enlre nos, barons, faisons
el lembarrasse. Un pourrait 1 interpreter de t tl " l
cette maniere : cognito tali tnandato circa hone q uc je voii escumenier
rem, Ceaus qui plus offrent raiion
30378 Quar, done. Lors vuil dire me cnanson -
.a-Oi t .. •n* . . I/bYESQUE DK LA RAVALL1EIIE, les
30584 Jots, accueillir avec joie. „ . . . . . w '
7 u Foe sits du rot de Navarre, II,
* 50585 Bare, obstacle, retardement. 134.
50586 Leroide N avarre, Thibant IV comte Dans ce couplet , il paralt faire allusion a Tex-
de Champagne. Tbibaut fait souvent allusion , communication lancee par le pape Gregoire IX ,
danasesvers, aux evenemens de la croisade et contre remperear Frederic II. Voir aussi les
juge ces expeditions avec bardiesse. chansons LVI , LVII , LIX.
Au tens pleiu de felouie, 50588 Li ** ** Bourgogne, Otton III ou IV,
D'enrie et de tralson , dit le Jeune.
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DE PHILIPPE MOUSKES. 661
Et li quens de Bar li jura ,
30390 Et tout croisiet ki furent la,
Et li rois Ricars d'Engletiere
Manda que sour trestous dessi&re
Pour mener V c cevaliers
Et siergans et arbalestriers.
30395 Ge noncierent li arcevesqe
Et li abet et li ^yesqe ,
Quar lempereres i manda
Qu'avoec aus outre s'en ira ,
Et yolra iestre ci& de Tost,
30400 Mais ne sera mie si tost.
Mais al jovene due de Bourgogne
Se tinrent franc de la besougne.
Mais, pour l'amour et pour la pais,
L'est li rois de Navare fais.
30405 Lors reyint une autre noyiele D-marches de rempe-
v . , i, . t rear Baudouin II ,
Ki les cuers a auquans renoviele , poor obieoir da se-
Que Temperires Bauduins ,
Marcis de ISamur orfenins ,
A l'apostole ou il estoit
30410 Sa besougne bien apointoit.
Et Si iert IbierS de Biel-giu , Humbert de Beaujeu.
Ses cousins, pour faire son liu.
Et li preudom papes Grigores ,
Ki n'ot cure de yainnes glores ,
30415 Cou que devant fu anonciet
Par les tieres , et praieciet.
Lor coaferma pour Dieu l'autisme ,
50589 Li quern de Bar, Henri II. commencent leur exlrait , eo le transposanl tou-
50591 Li rois Ricars d'Engletiire, Richard tefois.
n'&ait pas roi, mais frere du roi Henri III. 50406 Renoviele, ranime.
50592 Sour trestous , pins que toua lea autre*; 50411 Ibiers de Biel-giu, Humbert de Beau-
dessiire , dessert , merite . j eu .
50405 Lots..,. Du Cange et H. Bucbon re- 50417 L'autisme ,\e tres-haut , alti(s)sim{us).
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662
CBRONIQUE
Le coratc de BreUgne.
Et leur otroia le vintisme
De HI yesqui& que il vaudroit ,
30420 Et partout la voie vaudroit
Des ceyaliers ki croisiet furent
Et des boines gens qui s'en durent
Aler soucourre et dilivrer
Coustantinoble sour la mer,
30425 Quar il orent k eel tiermine
Poi de gent et moult grief famine.
Et si com il s'en repairoit ,
Et uns l^gas , qu'il amenoit ,
Le conte Pi^ron encontra
30430 De Bretagne et tout li conta,
Sans afaire de son demaine.
Et li quens esrant Ten ramaine
Od le l^gat ari&re a Roume,
Pour son afaire traire a soume.
30435 Puis revint-il en France artere,
Sot laitres de mainte mani&re.
Droit al entrer de mi-quaresme,
Si com l'estore al voir aesme ,
Revint cis emper&re mesme
30440 Bauduins de Roume , et s acetme
Droit a la fieste S'.-Jehan.
Mainte painne ot et maint ahan
Pour aler en Gresse soucourre
Caus u ses cuers ne poroit corre ,
30445 Mais ses cuers i ert tot adi£s,
30419 /// vesquies, le pape donne ordre que
tous les deniers des crois&des dioceses de Lyon,
If icon et Chalons, qui avaient rachete leurs
vceux pour des empechemens legitimes qui leur
etaient survenus, fussentmis entre les mains du
comte de Macon, pour etre employes a la solde
des gens de guerre , et permet a son secretaire
de lever sur les ecclesiastiques des archevech&
de Patras , de Gorinthe et de Thebes , la troisieme
partie des revenus de leurs eglises. Du Cange ,
Hist, de Constantinople, 1 , 847.
30420 Faveur qui durerait pendant toute
i'exp&iition....
50433 Le Ugat, l'erftque d'Agnani. Du Cange ,
Hist, de Constantinople, I, 963.
50443 Mais son cceur eiait en Grece.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
663
S'iert del cuer lone et del cors pri&.
A Mel&m, u la cours jouste,
Fu cevaliers a Pentecouste
Et mesire Alfons avoec lui ,
30450 Li frere au roi , ciertains en sui ,
Et mains autres , par grant amour.
Pour joie de l'emper^our.
Sa ti&re engaga de Namur,
Son castiel fort, u il n'a mur
30455 Qui ne soit en la dure roke ;
Desous , en I'aige , a mainte roque
Et pesfon autre, et si a port
U les gens font maint grant aport.
Si l'orent li Templier en garde ,
30460 Pour le roi , ki son preut regarde.
Et s'ot enkagiet Aucesrois,
Tout ensi li loa li rois ,
Ki del tout li f u bona amis ,
Al tierme meut k'il avoit mis
30465 A V c cevaliers senis ,
Qu'il ot de ses deniers doun& ,
Quar l'apostoles li faisoit
Grans biens et del sien li dounoit.
Siergans k ceyal et k piet
30470 Ot ass&, dont moult bien li siet.
Par Alemagne s'en a la ,
Sour conduit con li ot quis la
A l'empertour, pour le roi
Baudouin engage son
comte de Namur au
roi de France.
Ce monarque en confie
la garde aux Tem-
plier s.
Baudouin va en AUo-
magne.
30447 A Meleun, Du Cange, Hist, de Con-
$Umtinople,l 9 265.
50456 Roque, roue, eapece de petit poisaon.
50457 Peeeon, poiaaon.
50461 Aueetrou, Du Caoge a remarque que
cela ne pouvait Aire , attenda qae Baadoain ne
fat jamaia poaaeaaear da comte d'Auxerrois.
50464 Al tierme meut, Da Cange et M. Bu-
chon, altermement.
50468 Dounoit, Da Caoge et M. Bochon :
donoit.
50472 Conduit, le sauf- conduit avail ete
exp&lie a Cr&none, le 7 decembre 1258. II fut
obtenu par Pentremiae du roi de France , que
Tempereur redoutait plus qu*aucun autre prince
de rEurope.
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664
CHRONIQUE
Thomas de Couci.
Le cfaalelain de Ban-
mez.
Guillaume de Keu.
Watins de la Haverie.
Succwseurs de l'eveque
de Liege.
Ki n'i voloit faire desroi.
30475 Q'uns qu'autres ot pris C omes
Ainc qu'en sa tiere li prist sommes ,
Mesire Yviers, cil de Bielgiu ,
Tint en son ost moult bien son liu ,
Ses couzins , et moult de sa gent ,
30480 Ass& i mist de son argent.
Et s'i fu Tumas de Couchi ,
Et pour Dieu et pour sa mierci ,
Et li castelains de Biaum£s ,
Od lui son fil i fu rem&.
30485 Et s'i fu Guillaumes de Keu,
Uns cevaliers c'on tint a preu,
Et Wetins de la Haverie ,
Et moult d'autre bacelerie.
Droit a la Dun^e passa
30490 Parmi Hungrie s'arouta ,
Bien i fu venus hautement
N'i soujorna pas longement.
Del prouvos d'Ais av& di ,
Ki moult durement s'esjoi
30495 Com esliut pour vesque del Liege ,
Mais il ne s'avoit preu del siege ,
Quar li drois eslius de Valence ,
Ki fu nomm& o lui par tence,
S'en fu tout droit a Roume al&.
30475 C, la mesure demande CC.
30477 Triers, Humbert.
30481 Tumas de Couchi, Thomas, fils de
Raoul I er , dit de Marie. II eut en partage les
seigneuries de Vervins , de Fontaines et de Lan-
dousies. Sa branche a subsiste* dans les Couci*
Polecourt.
30483 Biaumes, Baumez.
50487 Wetins, M. Buchon : Wertins de la
Haverie t Du Cange : de le Haverie, Cet auteur cite
avec ces chevaliers , Josserand Gros , deuxieme
du nom , seigneur de Brancon , au duchi de
Bourgogne, et Guillaume de Cahieu. Hist, de
Constantinople, 1 , 269.
30489 Dunie, Danube.
30492 Longement, lacune dans les fragmens
rapportes par Du Cange et H. Buchon.
30497 Eslius de Valence, Guillaume de Sa-
voie , celui-la meme dont on a vu les exploits
contre ceux de Plaisance.
30493 Tence, rivalite, dissension parmi les
electeurs.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
665
30500 Pape Grigores fu ir&
Del prouvos d'Ais que, sans congiet,
Del liu ot mis par lui son piet.
Si reciut l'eslius de Valence ,
Et le prouvost mist en faience.
30505 Si commanda qu'il fust souspens ,
Et cil de Valence fust ens ,
Comme sacr& et drois eslius ,
Et qu'il fust al Liege recius ,
Si qu'escumenii^ seroient
30510 Tout cil ki contre lui seroient.
Li yesques Watiers i ala
De Tornai , ki bien leur dist la
De par I'apostole de Roume ;
S'i furent de Liege maint ome.
30515 Li dus de Braibant en aidoit
Le prouvost , et si guerioit
Dont larcevesque de Cologne,
Ki pour lui gaires ne seslogne.
Bours et viles i ot moult arses,
30520 Par quoi les gens furent esparses.
De Coulougne n'osoit issir
Nus om, ne aler ne venir.
Tous li pais fu en grant noise,
N'iert om qui s^jorner i loise.
30525 S'iert avenu al Mont-Wimer
C'un jornel i orent amer
Li faus, li mescr&mt bobiert :
Par le commant frere Robiert,
Lc pape se prononce en
fareur de GuilUume
de Savoie, e>6que de
Valence.
Le due de Brabant au
contraire protege le
prevdt d'Auc.
Executions d*Albtgeois
en Champagne.
50504 Mist en faience, declara qu'il avait
failli.
50505 Souspens, suspendu.
50511 Watiers, Gautier de Marvis.
50515 Li dus de Braibant, Henri II (III).
50516 Guerioit, guerroyait.
50517 L'arcevesque de Cologne , Conrad I" de
Tom. II.
Hochstad.
50524 Loise , laisae , poor la rime.
50525 Mont-Wimer, voy. v. 29650, Mont-
Aime, en Champagne , pres de Vertu.
50526 Jornel, journee.
50528 Robiert, $ur cet inquisiteur , voir vers
28871.
84
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666
CHRONIQUE
Manage d'AIphonse de
Portugal et de Ma-
haut de Boulogne,
] 238 (d'autres disent
1241).
L'embarquement des
croises fixd a Mar-
seille.
Nuef XX et VII en i ot ars,
30530 Qui la vinrent de toutes pars;
Et s'i fu li rois de Navare
Qui n'i mist deffense ne bare ,
Quar il iert sire de Canpagne.
Da u Ire gent i eut grant compagne.
30535 Arcevesques, yeskes i ot,
C'onques nus foi trover n'i pot.
Mesire Alfons. qui fu d'Espagne,
Venus a moult rice corapagne ,
Prist la dame de Boulenois.
30540 Cest manage fist li rois ;
Ses cousins fu de par sa mere ,
Parens Ferrant de par le pere.
Felippes , fius roi Felipon ,
Lot £ue , bien le set-on ;
30545 II filles de la dame avoit,
Dont li rois sire et garde estoit.
Oi aves que lemperere
De France et Namur partis 6re
De soucorre Costantinoble ,
30550 L'emperial cite^ la noble.
Tout droit a cest point, par congiet,
Si sen alerent li croissiet.
A Marselle fu li pasages,
Devises de tos les plus sages ;
30829 Neuf vingt et sept, c'eat-a-dire 187.
UHistoire des comtes de Champagne et de Brie
(II , 70) dit 183, et ajoute qu'il y eut 700,000
personnes presentes.
30535 Lieu commun dun fWquent usage.
30356 ffusfoi, nullesfois.
50537 Alfons, Alphonse , finere de Sancfae II,
roi de Portugal, et de Ferrand, comte de
Flandre ; neveu de Blanche , mere de saint Louis,
et roide Portugal, en 1248.
30539 La dame de Boulenois , Mahaut , veuve
de Philippe , dit Hurepel.
30545 // filles, VAri de verifier les dates ne
designe qu'une fille, Jeanne, mariee a Gau-
cher IV de Chatillon.
30547 Oi aves,., Nouvel eatrait de Du €ange
et de M. Buchon , qui, nous le repetons , ne
suivent pas Pordre de 1'original.
30549 Z>e,pour.
50554 Devise's, selon l'avis....
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DE PHILIPPE MOUSKES.
667
30555 Quar en l'emperfor de Roume ,
Con mescr&nt adonques noume .
Ne s'osoient de rien fier,
Qu'il traissoit sans desfier.
Escumenii& fu partout ,
30560 En la pape vot mil ascout;
V esques , ab& osl& avoit
Et leur drois a force tenoit.
A Sarrasins avoit couvent
Une fois et autre souvent ,
30565 Et dus et contes qu'ot mand&
Sour conduit , ot-il desmenbr& ;
Et d'Alemagne ot-il son fil
Desposet et mis a exil ;
Boulougne-le-Crasse assdga
30570 Et Lombardie guerroia.
Ensi passerent a Marselle
Li croissiet , que li rois conselle ;
Li rois de Navare i ala,
Li dus de Bourgogne i pasa ,
30575 Si passa li quens de Montfort ,
De qui il orent grant confort ,
Li quens de Bretagne autresi ,
Mais li quens de Bar s'en parti ,
Droit a l'emper&mr ala;
30580 Par congiet a Brandis passa.
Quant remperere Bauduins
De Coustanli noble , orfenins.
Par le consel del roi Jehan ,
Se fii de la partis I'autr'an ,
Depart def croisls.
30558 Toutet ces accusations contre Frede-
ric II sont loin d'etre fondees. Toy. v. 30418.
50560 En la pape, M. Buchon : en le pape;
aecont, action d'ecooter. II ne vouhit rien
ecotrter de la part dn pape.
30566 Destnenbres, fait perir.
50567 Son fil, Henri.
30580 Brandts, Brindes, cette ville si c^lebre
dans l'antiquite et qu'Horace n'a pas peu contri-
bu£ a rendre f amende.
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668
CHRONIQUE
La couronne du sau-
reur est mist en gage.
Ellc est doonee an roi
de France.
Fetes a l'occasion de la
renue de la sainte
couronne en France.
30585 Cele couroune proprement
Dont couroun& fu asprement
Li vrais Dieux, quant en croix fu mis,
En aporta de eel pais ,
L'eroperere , et s'el mist en gages
30590 A £aus de Yenise plus sages,
Par le consel de son elergiet,
Qui Ten orent doun^ congiet.
Al roi , son eousin , l'otroia
Ki moult durement Fen proia.
30595 S'envoia pourvec en Venisse,
Mais grande ricoisse i ot mise.
Mout fu sagement aport^e ;
Li rois par toute la contree
Fist crier c'on alast encontre,
30600 Et il-meismes tous les outre;
A piet et descaus i ala.
N'onques mais nus tant n'&iit la
De fieste , com ot a Paris ,
Et canler et d&luis et ris.
30605 A son col l'aporta li rois
Et ses freres , li quens d'Artois ,
Et s'i ot moult des haus barons ,
Dont jou ne sai dire les nons.
S'i fu madame la roine,
30610 Ki mout par est loiaus et fine,
Et s'i fu la roine Blance ,
Ki tant par est et sage et f ranee.
30585 Cele couroune, voy. 1. 1, p. 432 et suiv.
30589 En gages, e\\e fut engagee a divers par-
ticuliers, pour la somme de 13,134 perpres,
monnaie de l'empire , savoir , a Albertin Moro-
sini , podestat ou bail de Veniae a Constanti-
nople , et a qui elle fut don nee en dep6t , pour
4175 : a l'abbesse de Notre-Dame, surnomm^e
Periulepte, pour 4300} a Nicolas Cornaro et
Pierre Zanni, nobles v£nitiens, pour 2200, et
aux Genois pour 2459. Du Gauge , Hist, de Con-
stantinople , 1 , 287.
50595 Pourvec , en consequence.
30599-600 Encontre et outre , rime en goret.
30600 Outre, depasse. Sur les pompes de
cette reception , M. Michaud cite Ph. Mouskes.
Hist, des Croisades, IV , eclaircissemens, p. 538.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
669
S'i fu cele de Danemarce,
Ki lant par est courtoise et sage,
30615 S'i fu ii clergies de Paris
Tout a I mot le tos devis.
S'i ot bourgois et cevaliers.
Trestous Ii pais en fu lies ,
Atant le vos lairons ester.
30620 D'autre cose vorrons parler.
Nouviele autre que ne soloit ,
Dont gent furent en grant soloit,
Reyint d'Acre nouvielement,
Que li quens Ricars bielement
30625 Avoit esploiti^ en Surie
Et la pais faite et enforcie,
Et li dus de Bourgogne ausi;
Et que la pais iert faite ensi
Que X ans les triuwes seroient,
30630 Et que tous les prisons rendroient.
Mais li Sarrasin , qui n'entiervent
Fors que mal, trestos les enierbent;
S'es renyoient a moiti^ mors,
A ?ou se sont tousjors amors.
30635 Mais toutes yoies I castiel
Biau fort rendirent , ce fu biel ,
Mais la tour David abatirent ,
Exploits dc Richard
a'Angleterre en Sy-
ric.
La tour de David a
Jerusalem est abat-
tue.
30613 Cele de Donemarce, Du Cange (I, 262)
citant Ph. Mouskes, remarque qu'il y a peu
d'apparence , que la rerne Ingelberge assista a
cette ce>emonie , vu qu*elle etait decedee trois
ana au para van t, ainsi que le porte son epitaphe.
Danemarce et sage , mauvaiae rime , M. Buckon
ecrit Danemarge.
30616 Le vos devis , je vous le dis.
30618 Lie's. Interruption dans les extraits de
Du Cange et de M. Buchon.
30621 Ne soloit, n'etait coutume.
30622 Soloit, solas, consolation.
30631 Entiervent, du rouchi entervir ou d'en-
terver, que Roquefort explique par soustraire,
enlever adroitement. Ici il semble signifier son-
ger, chercher, brasser.
30632 Enierbent, empoisonnent.
50634 Amors, attaches; deVaamorcer.
30637 La tour David, uoe chronique MS ,
citee par M. Michaud, I V, 73, en fait cette des-
cription : « Les pierres estoient si avant, que tous
» s'esmerveilloieot j elle esloit si fort maconnee
» a chaulc et a ciment , et les pierres soudees a
» plomb et a grosses bandes defer et a crocs, et
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670
CHRONIQUE
La forleresse de Krak
an pouToir des Mu-
sulmans.
Mort da comte de Mont-
fort, 1241.
Le comte Richard d'An-
glcterre veut r^con-
cilieiTempereuravee
le pape.
Invasion des Tartares-
Mongols.
De quoi nos gens moult s'esbahirent ,
A la porte de St.-Estiev&ie,
30640 De quoi on cante mainte entiev&ne ;
Et li felon , li desloial
Tinrent le Crak de Monroial.
Li quens Ricars est reposes ,
Ass& travelling et lasses ,
30645 Et li dus de Bourgojyne aprtes ,
Et tout li autre moult engrtes.
Li Temples et li Ospitaus
Regarnirent la tiire entr'aus ;
Et li quens de Monfort moru ,
30650 Quant parde^a repasses fu.
A Roume vint li quens Ricars ,
Ki ne fu avers ne escars ,
De pais faire k l'emper^or
Viers le pape mist plait et jor ,
30655 Et moult durement s'en p&ia.
La pape as Romains en parla
Et s'en parla as sinatours ;
De ^ou refti asisn& jors.
Et li Tartare , fort et rice ,
30660 Gueroii&rent viers Osterice
Et viers Hungrie durement.
Mais apri& avint autrement ,
Car leur souverains rois Kaam ,
Et ses peres ot nom Turkam ,
« d'une part et d'autre, que a trop grant peine
» et a trop grant forces le porrent abatre jus. »
30642 Le Crak, cetle demolition de la Tour
de David, fut operee, lors de la rentree des Mu-
sulrnans a Jerusalem , sous la conduite d'un
neveu du sultan Malek-Kamel , Daoud , prince
de Carac. Tontefois par Krak de Monnfial, Phi-
lippe Mouskes n'a pas entendu le nom de ce
prince , raais une forteresse appelee Karak ou
ATrcrfc-el-Schunbek , ou Montroyal, situee sur
les fronlieres de la Judee et de FArabie P&ree.
F. Wilken, Gesch. der Kreutzuqe, III (I),210n.
50649 Li quens de Montfort, Amauri VI , fils
aine du fameux Simon. II mourut a Otrante,
ainsi qu'on l*a dit en note.
50658 Asisne's, assignl.
50663 Kaam, Oct ai-Kan , fils de Gengis-Kan,
eta it alors le chef supreme des Mongols.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
671
30665 Kam commanda, pour goujoraer,
Toutes leur coses atraver,
Pour demorer a iretage.
Atorner figeut maint e*tage ,
Quar il hreal yenut de long ,
30670 Sen quidoient avoir besong.
Tieres ahanent et semenceut ,
Leur biesles garden t et bos trencent.
De ces geus ici vous lairai
Et d'autre cose parlerai.
30675 A Nuse ot dont I tornoi prig,
Moult i eut cevaliers de prig ;
Mais Jacobin et Cordelois,
Ki n'orent cure de desrois ,
I parlerent des Tartarans ,
30680 Dont crestiien orent ahans;
Se desfendirent le tornoi ,
Que cevalier font par dosnoi.
Mais li cevalier par effors
Se misent de Nuse as cans fors;
30685 S'en i ot qk et la par leus
Mors et esting quarante II ,
Et bien de varlais autretant.
II i eut pourre et caure grant,
Dont record^ fu en maint lieu
30690 Que sou fu venjance de Dieu.
Cig rois de France Lo^ys ,
Ki de toug s'estoit obeis
A Dieu , de cuer loial et pur,
Tournoi de Nuiss.
Les Jacobins et les Cor-
deliers lc defendent.
lis ne sonl pas ecoutcs.
Chevaliers et ecuyers
devores pardes loups.
30666 Atraver, etablir.
30668 Atorner, disposer; estage , habita-
tion.
50670 Besong, besoin.
50675 A Nuse, voy. v. 29088.
30678 Encore de la satire.
50681 Se, pour si.
50685 Leus, loups.
50686 E stint 7 eteints, exstin(eti).
50688 Pourre, poudre , poussiere j caure,
50677 Cordelois, ailleurs frere de la cordeUe. chaleur.
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672
CHRONIQUE
Cour pleniire He Sau-
raur, juin 1241.
Princes qui y furent.
Le roi dc France pro-
da me confrere comte
de Poitiers.
Le
e pape Ten I deposer
Charles, Iveque de
Noyon , conxin de
saint Louis.
Autre distension a pro-
pos de l'^Tecbe de
Soissons etdel'arche-
?eche" de Reims.
A grant gent se treat a Sauraur.
30695 Li rois de Navare i ala ,
Quar li rois par non le man da.
Et si Tint li quens de Saint Gille ,
Qui n'amoit mie l'^vangille ,
Et li quens de la Marce apri&,
30700 Et cevalier et lone et prtes.
Si fist li rois son frere conte
De Poitiers , qui la tiere donte ;
Ass^ur^s en fu par droit
Des marcis , li fibres le roi.
30705 Li rois , ses frfere , en fist grant fieste ,
Moult fu l'aeors grande et onieste.
De ces ne voil or plus parler,
A autre cose voil penser.
Li papes de Roume Grigores ,
30710 Ki n'ot cure de vainnes glores,
Toli la vesqute de Noion ,
Par ire , a monsignour Carlon ,
Pour ?ou que ses couzins li rois
Ne voloit commencier desrois
30715 Pour lui contre l'emper^our,
Ki li grevoit et nuit et jour.
Et li rois moult s'en d'a'ira;
Si li dist qu'ass^s li donra ,
Ne n'i auroit autre que lui ,
30720 S'il n'i estoit a grant anui.
Et li ^vesques de Ses$ons,
Ki dont sans faire autres sermons,
50694 Saumur, yoy. v. 29554, et Joinville,
ed. de Du Gange , p. 20 et suiv.
50697 Li quens de Saint Gille , Raymond VII,
comte de Toulouse.
50701 Son frere , Alphonse.
50702 Poitiers, voy. v. 29554.
50710 Repetition.
50712 Carlon, Pierre Charlotte ou Chariot,
fils nature! de Philippe -Auguste, mort en
1249.
50721 Sescons, Somons.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
673
Fu eslection ost&
Des u il s'iert acost& ,
30725 Et tout ?ou li fisent b£ghin
Et papelart et Jacobin;
Li capitles de Rains apri&,
Ki du signeur furent engri&,
Refisent autre eslection.
30730 Li millour, par d^vosion ,
Noum&rent l'^vesque del Li&ge.
Si le manderent k lor si^ge,
Mais li Wghin et papelart
Furent encontre d'autre part :
30735 Si vorrent I Wghin avoir
Pour les autres a d^cevoir.
Ensi demora moult grant pitee ,
Et fu manc& a Rome , al siege.
De ?ou ne vos dirai or plus ,
30740 A autre cose sui venus.
Adont la mors , qui tot atrape ,
Prist Grigore , le uueme pape.
Aprils fu pappes C&estins,
Mais k XVII jors vint sa fins;
30745 Ce savommes-nous , entresait
En ptece apri£s n'i ot plus fait.
De Coustantinoble revint
Nouviele, ki moult bien ayint,
Que mors estoit li rois Ausens ,
30750 Ki moult ot valor et haus sens.
Mort de Gregoire IX.
Celestio IV lui succede ,
1241.
Mort d'Attn, roi des
Bulgares, juin 1241*
50725 Dans ce vers et le suivant , il y a des
lettres effacees; ils se retablissent aisement :
Fa de Teslection ostes
De cans A il s'iert acostes.
50755 Papelart, hypocrite. Ce mot est egale-
ment accoU a celui de be'ghin , dans le refrain
de la chanson de Rutebuef , deja citee.
Papelart et beghin
Tom. II.
Ont le siecle honi.
Foy. le Rabelais de MM. £loi Johanneau et
Esmangart, IV, 75, et celui de M. de L'Aulnay,
111-8°, III, 314.
30745 t\u pape a la fin d'octobre 1241 , il
mourut le 17 ou le 18 novembre, avant d'avoir
&£ consacr£.
50747 Extrait de Du Cange et de M. Buchon.
85
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674 CHRONIQUE
L'eraper&re en ot joie au cuer,
Ki ne Tama ja a nul fuer.
D'autre part remoru ausi
NorjotdeToucj. Mesire Norjous de Tursi,
30755 Ki cevaliers iert preus et biaus
Et de la ttere eut estet baus.
Sen fu l'empereres dolens,
Et li canga moult ses talens.
Partout en ala la nouviele,
30760 As uns vi& as autres noviele.
Et li rois Ricars revint d'Acre
En une nef courant et aspre ;
Ass^s i eut fourment et orge.
A l'emper&Mir, sen serorge,
30765 Sen ala , n'i peut faire pais
De l'anui , ki tant ot est£ lais
Entre Fl&leri et le pappe.
Months est , s'es lait en la trape;
Au roi de France est revenus,
30770 Ass& i fu biau rectus.
Petit apri& s'en repassa
En Engleti&re, et remest la.
Mais encor duroit li estris
Et la grans noisse et li d&ri*
30775 Del pappe et de l'emper&>ur ,
Ne n'i pooit nus metre amor.
si<t g e de Rome. Et ciessa li sieges grant piece ,
Qu'il n'i ot pape mis en siege.
Et cil de M&ans a lor pais
30754 Norjous de Tursi, Norjot de Toucy, Cornouailles.
gentilhomme champenois , bail {baus) de Con- 50766 Vers trop long j lais , laid,
stantinople. 50768 Monies, embarque; s'es last, il les
5071(8 TtUens , dispositions. laisse j en la trape , oieme sens que de nos
50760 Vies, ancienne. jours.
50761 Li rois Ricars, Richard, comte de 30770 Biau receus, bien recu.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
675
30780 Orent tos les Lombars atrais ,
Ne lerapereor ne doutoient ,
Sa ses mains non, k'il ne soloient.
Et li fius k l'empereour
lert en Alemagne a s£jour :
30785 Et voloit garder le ro'iaume ,
Mais on li lisoit autre saume ,
Con i fesoit petit pour lui ;
S en avoit ire et grant anui.
Li arcevesqes de Coulougne.
30790 Qui faite avoit mainte besogne ,
Fu de guerre empris a ^aus d'Ais ,
Ki bien quidoient avoir pais.
A I jour les contregaita ,
Tant i fist et tant esploita
30795 Qu'en sa tiere les a soupris.
Sen d'a ass& et mors et pris
Et desconfis et tous raiiens ,
Si qu'a painnes lor remest riens.
Li quens de Julers les laissa ,
30800 De quoi son pris moult abaissa.
Mais il avint petit enpri^s
Que li quens de Julers engri&
Et dolans fu des bourgois d'Ais ,
Ki n'orent encor mie pais.
30805 L'arceveske waita, s'el prist.
Mais miervelles d armes i fist.
La Lombardie souleree
contre 1'cmpereur.
Guerre de l'archeveque
de Cologne et de la
▼illc d'Aix-la-Cha-
pelle.
Le comte de Julien
fait ce prelat prison-
nier, 1242.
50782 Soloient (sokbant).
50784 lert.... dsejour, sejournait.
50786 Saume, ptaume. On lui chantait sur
une autre note.
50787 Paroe qu'on y faiaait peu detention a
lui.
50789 Arcevesqes de Coulougne , Conrad de
Hochstadt, Hostade on Hochstatten. Voy. Des
meisters Godefrit Hagen Reim-Chronih der stadt
Cdln, ouvrage publie par M. E. Von Groote,
1854 , in-8*, p. 24 et suiv.
50795 Contregaita, guetta de son cdte.
50799 Li quens de Julers, Gnillautne IV, fils
aine et auceesseur de Guillaume III , et d'une
fille de Waleran III , due de Limbourg. Voy.
Butkena , Trophies de Brabant, 1 , 255 et Preuves,
67.
50805 Waita, guetta.
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676
CHRONIQUE
Mort de l'imp&atrice
d'AUemagne.
Vacance du siege tpos-
tolique.
En prison le tint-il et autre.
Si ami, a lance sor fautre.
Sor le conte de Juler traisent
30810 Et sa tiere moult li d^giaisent,
Quar il tenoit plus a signor
Le jov&ne fil l'emper^our,
Ki n'estoit mie rois en cor.
Et k eel tans dont jou di or,
30815 Le disent par vert^ plusior,
Que la feme a Temper^or
Estoit morte en cele partie
U ses sire iert, par aatie.
Dolant en furent li Englois ,
30820 Mais ce ne furent pas Francois.
Li quens de Julers , qui moult sot ,
Tint l'arcevesque al mious k'il sot
Et voloit r avoir I castiel,
Sour le Rin s^ant fort et biel.
30825 Qu'il toli devant a I jor
A I houme 1'empereour,
Et le diut cil tenir dou roi
DAlemagne, par boine foi.
Mais cil estoit om d'autre tiere .
30830 A l'arcevesque faisoit guierre.
A eel tans ot II cardenaus
Pris Varcevesques , des plus ham ;
Si ne porent li autre eslire ,
30810 De'graisent , degraissent , ravagent.
50811 li tenoit plus a signor, il voulait sub-
stituer a Frederic II , son fils Henri , re volte
contre lui et mort en prison , au mois de fevrier
1242, suivant la Chronique de Richard de
S*. -Germain.
50816 La feme a Vempereor, Isabelle , fille du
roi Jean d'Angleterre , mourut le 10 decern bre
1241.
50818 Par aatie, victime de son empresse-
ment.
50820 Mais ce, mais dolens...
50855 Eslire, les historiens, en general,
imputent la cause de cette yacanoe du siege de
Rome , les uns aux cardinaux , les autres a
l'empereur Frederic II. Elle dura du 17 au 18
novembre 1241 , jusque vers la fin de juin
1245.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
677
Dont li Roumain &rent plain d'ire,
30835 Ensi ciessa li sieges moult;
L'emperere i gr^va partout.
Et s'terent encor li Tarlaire ,
Dieu anemi, Dieu aviersaire,
En la grant liere de Roussie
30840 Et yoloient destruire Austrie.
Adont avint apri& la Paske ,
De cuer boislour et de laske,
Li quens de la Marce et li sien ,
Ki le roi n'amoient de rien .
30845 Manderent au roi d'Engletiere
Qu'il passast , il r'aroit sa ti&re.
Li rois d'Arragonoe en estoit
Voellans . et bien s'i asentoit ,
Et li rois de Navare audi
30850 Et li quens de Toulouse ensi ;
Cestoit auques sor la fiance
De l'erapereur, maid defiance
N'ot pas mand^ a Lofys,
Et s'iert avec ces ob&s.
30855 Li quens de Bretagne monta,
Ki I seul point ne s oublia ,
Au roi raconta tot le fait.
Si li pardouna son mesfait ,
.Et li douna tiere moult tost,
30860 Sen fist mariscal de son ost.
Or avint-il que Bauduins ,
Li empereres orphenins,
Tartares on Htusie et
co Allemagne.
Ligue coutre le roi de
France.
Lc comte de BreUgne
chefdel'srinee royale.
Reliqne* envojrees par
1'empereur de Cons-
tantinople an roi de
France.
30849 Boise'our, Irompeur, per fide; lathe y
lache.
50843 Li quens de la Marce, Hugues X de
Lusignan. II refusa de faire hommage au frere
de saint Louis , devenu comte de Poitou.
30847 Li rois d'Arragonne , Jayme ou Jac-
ques I er , surnomme le Conquer ant.
30852 Defiance, defi, declaration de guerre.
30853 Monta, vint.
30861 Or avint-il. Extrait de Du Cange et de
M. BucLon. Voy. Du Cange , Hist, de Constan-
tinople , 1 , 280.
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678
CBRONIQUE
Tramist rois Lofys en France .
Par droit consel et par soufrance ,
30865 La viesture que Diex avoit,
Quant on a la crois le menoit ;
Et li vasciaus li fu livr& ,
Dont en la crois fu abevres .
Et li fiers de la lance avoec,
30870 Qu'ot ferut el cosli aluec;
Et s'eut de la crois pri& dune ausne ,
Tot ausi comme cipri& gausne.
Nue sains or et sains argent ,
I fu mostr^e a mainte gent.
30875 S'eut la couroune eue an$ois
Dont moult s'esjoirent Francois .
Et la crois ausi , com vous di ,
U Dieux en Jursalem pendi.
Et si vos dirai dont ce vient :
30880 Al tans pape Selviestre avint
Que Vempereres Coustentins ,
Fius Elenains, ki Sarrasins
Et tous les Juis justi$oit
Et crestiiens , quan qu'en d'estoit ,
30885 Voire tout le monde a I mot,
Une si grant maladie ot
Que m&iaus tous poris devint.
Pappe Selviestres a lui vint.
50864 Soufrance, necessity.
30872 Ciprie's gausne , cypres jaune.
50873 Sains , sans.
30878 Lacune dans les extra its de Du Cange
et de M. Buchon.
30887 Mesiaus , tepreux, Ge mot rappelle un
des passages les plus touchans et les plus naifs
de Joinville. « Or vous demande-je , fist-il (le
» roi), le^uel vous aimeriez miex, ou que vous
» feussies mesiaus, ou que vous eussies fait
» un pechie* mortel. » Et je qui onques ne li
» menti , li respond i que je en ameroie miex avoir
» fait trente , que estre mesiaus. Et quant les
» freres s'en furent partis , il m*appela tout seul
» et me fist seoir a ses piez , et me dit : * Com-
» ment me deistes-vous hui ce? » Et je li diz que
» encore li disoie-je, et il me dit : « Vous
n deistes comme hastis musarz ; car nulle si laide
» mtzelerie n'est comme d*estre en pechie mor-
» tel, etc.* t<\. de M. Paul Gervais, 1829,
in-12, p. 8.
30888 Selviestres, Silvestre , pape en 314.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
679
Qui tel mal li vit endurer
30890 Dont nus ne le pooil curer ,
El dist , se il en Dieu cr&it
Et lues batisier se faisoit ,
Que voirement seroit garis.
Et l'empereres fist I ris .
30895 Qui moult volentiers otroia
Cou que Selviestres li proia.
Lors fu batisi& en uns pr&.
Si fu tot esranment cur&
En une aigue , ks pr& desos Roume :
30900 Bien Font vine tamaint houme.
Onques mais n'ot est£ si sains ,
Sen gratia Dieu et ses sains.
L'empire de Roume et tot Tiestre
Douna Coustentins S^-Selviestre,
30905 Et tout quant qu a Roume apendoit ,
Pour ?ou que Dieux garit I'avoit.
Comme sages et bien apris ,
A ses houmes a consail pris
Et dist que \k mais ne raanroil,
30910 En Gresse manoir sen iroit.
Cel tiere a-il esl&ie ,
Va sent et sa gens est mine ,
Donation de Const a n-
tin.
Fondation de feni^uc
d' Orient.
30904 Douna Coustentins , la donation de Con-
stants est au commencement du recueil d'a
Tbymo, et plus complete dans Vincent de Beau-
vais et Jacques de Guyse, V, 212-227. Danale
Fasciculus rerum expetendarum et fug ten durum ,
Londini, 1690, in-fol, t. I, pp. 124-161, on
lit cette donation, la preface d'Ulric de Hutten,
sur la dissertation ou Laurent Valla en d&-
montre la faussete, cette dissertation m£me et
les opinions du cardinal Nic. de Cusa et d*autres
personnages pieui et inslruits sur cette ques-
tion. Cf. De Potter, Esprit de I'eglise, III , 41,
Raynouard, Journal des Savant, novembre 1854,
p. 650. Cette piece, evidemment fabriquee,
existait certainement avant le X e siecle. Malgre
la refutation de Laurent Valla, publiee vers
Tan 1440 , cinq personnes furent brulees , en
1478 , a Strasbourg , pour avoir doute de Fau-
thenticite d'un pareil monument, et lors que
Louis XI envoya des ambassadeurs a Rome , a
Toccasion du proces du cardinal La Balue , le
pape Paul leur parla de la donation de Constan-
tin, comme d*une v&rite inattaquable. Notices et
extraits des tnanuscrits de la bibl. royale (de
Paris), IV, 17.
30911 Cel pour cele a cause de la mestire.
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680 CHRONIQUE
Son or et son argent emporte.
Quant il vint la , moult s'en conforte ,
30915 Si fonda lues Coustantinoble ,
Pour Coustentin , le signor noble .
Et plus grande le fist que Roume.
De tous les biens i mist la soume
Et les III pars des saintuaire ,
30920 Qui furent el mont de Cauvaire .
Voire et partout Jerusalem
Et la ti&re de Bell£em ;
Et d'apostles et de martirs
I ot seulement IX entire.
30925 Car il i ala mainte fie.
S'en fist ouneur S^.-Soufie ,
Et sa mere la crois songa ,
An$ois que ses fius alast la ,
Qui Dieu cr& et S t .-Selviestre.
30930 Or ne puet avenir ne iestre
Que l'apostoles cevauf ast
Partout le pais ne alast ;
Emper£or fist d'un haut ome
Et tout quan qu'il avoit a Roume ,
30935 Mais ses om liges en estoit
Et quant son sacre pris avoit.
Tout ensi douna-on Fempire ,
Dont l'apostolit& empire.
Guerre en Poitou. Or revenrai a ma mate re.
30940 De Poitau, u jou premiers £re,
En France s'en revint li rois ,
Et si engien et ses carois
Demorerent la ti lui plot.
Li rois Henris , ki mious ne pot .
30938 L'apostotite's , la papaute. 50944 Li rois Henris, le roi d'Angleterre ,
50940 Poitau , Poitou. Henri III.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
681
30945 Tous quois a Bourdiaus demora ,
Et sa feme, ki l'ounoura.
Poi de gent avoec lui remest,
A son plaisir qk et \k mest ,
Et Ricars trest en Engleti&re,
30950 Ki toute vot saisir la tiire.
Li arcevesques de Coulogne
Fist adonques bien sa besogne ,
De Nid'aigle issi de prisson ;
N'i douna pas grant raen?on ,
30955 Que li rois d'Ais, pour nul avoir,
N'el pot en sa prison avoir;
Ainc Ten giet&rent si parent
Et li haut homme l'aparent.
Des Tartares revint noviele,
30960 Ki par tot le monde fu biele ,
Que li rois de la tiere as Bias
Les ot descomfis a I pas ,
D'autre part li dus de Baiwiere ,
II et sa route et sa baniere
30965 Les ot descomfis ausement.
D'ambes pars perdirent grant gent,
Et fu par le monde retrait
Que l'emper&res par son trait ,
Fl&teris , les ot fait venir
30970 Pour crestient^ ahounir.
Et fist si Lofys , le roi ,
Par son outrage et par desroi,
I/arctiereqae de Co-
logne recourre •• li*
berte*.
Defnites des Tartares*
Calomnie eonlre l'em-
pereur Frederic.
50946 Etsa feme , Eleonore de Provence.
50953 Nid'aigle, une des portes de Cologne
conserve encore ce nom.
50954 Raeneon, 4,000 marcs d'argent.
50955 Li rois d'Ais, par le rois d'Ais (Aix-
la-Chapelle) , Ph. Mouskes doit entendre l*em-
pereur. Foy. v. 50828.
50958 L'aparent, I'i aparent, qui en depen-
TOM. II.
daient?
50961 Li rois de la tiere as Bias, priced eminent
Jean Vatace a 6l6 nomine ainsi , mais il ne battit
pas les Tartares.
50965 Lidusdt Baiwiere, c'et&italorsOttonU,
Fillustre fils de Louis I 6 *.
50970 Ahounir, d hounir, deshonorer.
50972 Par, pour.
86
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682 CHRONIQUE
Le comtc de Toulouse Le conte de S*.-Gill6 en prendre,
et de la Marclie. >-v • ■ • - • » • 1
Qui laitres en vint au roi rendre.
30975 Et li quen* de la Marce ausi ,
Ki laitres en d'avoit en*i.
Et Ricars, pour avoir *aud&* 7
En avoit laitres aportee*,
Par quoi li roi* Henri* pa*a ,
30980 Qui le* denier* en destasna.
A ccu..tioncontreiem. Or oi& del grant traitour,
p ~ r F * d * ,c ll Com il trawsoit tot entour
Li roi*, ki dut iestre *e* frere,
Comme de roiauine et d'emp&re ,
30985 Et se$ prousens li envoioit ,
Par quoi le roi moult dewoioit ,
Mai* il ne s'i fioit de rien;
Quar *e* oonsau* li disoit bien.
Cil de Lombardie entresait
30990 Ki vier* lui s'estoient re trait,
S'en retornerent a Melan* ,
Quar perciu* orent ses talans
Et ses mali*e* et *e* tor* ,
Par quoi de lui *e *ont e*tor*.
30995 Cil de Roume , ki le hairent ,
II foi* a lui *e combatirent
Et II foi* I'orent desconfit
Et moult grevet, j el *ai de fit.
N'encor n'avoient apostole
31000 Ne pape ki portast e*tole.
II an* avoient ja cie**et
Et *'en ierent moult apri&et.
30075 Enprendre, entreprendw. 50085 Prouieni, preseii*.
50976 ITovU, forme deja employee. 10994 Estor*, detache*.
50980 Destassa , dftourMU 31001 // •«*, voy . »ur la dure* de U vaeaoce
50981 Grami iraitour, il doit Aire question de du siege apostolique , v. 50855.
Tempereur Frederic II. 5100* Jprieset, opprim& , a4*ables.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
683
Encor tenoit-il sans congiet
De Dieu em prison le clergiet.
31005 S'iert mors l'arcevesques de Ruen,
Ki moult i despendi del suen ,
Et des autres i ot moult mors ,
Ki n'i&rent pas de $ou amors.
Ensi iert encor li contans
31010 De France et de Roume k eel tans.
Dont vint noviele mioudre d'autre ,
Tant com li jors vaut mious d'espiautre ,
Ki ne fu ne sure ne aspre ,
De la tiftre de Sur et d'Acre;
31015 Ainc fu souhais et bons exemples.
Quar li Ospitaus et li Temples
Eurent tant mors de B&luins
Qu'il n'en fu mesure ne fins :
Li trace en fu une grant Hue ;
31020 Qu'il eurent brisste la triue
Par le consel Pemper&mr,
Qui del monde et de \k entor
Voloit iestre par force sire ,
Et par son avoir et par s'ire ,
31025 Et , par outrage et par boufoit .
N'a clerc n'& lai ne portoit foit ,
Ainc faisoit partot les desrois.
Dont fu cis asis des II rois ,
Cil d'Englettere et de France ,
31030 Al mi quaresme , par soufrance ,
U de la triuwe u de l'acorde ,
Quar moult ot dur£ la descorde ,
More d« l'arcbeireqne
de Eouoa et d'autrcs
prelats.
AvaoUges oblenus par
les chevalier* du
Temple et les Hos-
pitallers de saint Jeau
de Jerusalem.
Nouvelles accusations
contre Frederic II.
51003 Tenoit-il, Fr&eric II, toujour* ca-
lotnnie' , mats qui nVlait pas irr£prochable.
31011 Mwudtt d 9 autre f meilleur que d'au-
Irea.
51019 Espiautre , crepuscule ?
31013 Sure, aigre , ainsi qu'on le dit encore
en wall on.
51028 iitf ; 8omm^?
51029 Vers trop court , lisez :
Cil d'Engletiere et cil de France.
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684
CHR0N1QUE
L« roi de France iou-
lient son fr^re le
comle de Poitou .
Soldats tournaiMens
dans Tarmee fran-
faise.
Jean Des Barres.
En rincarnalion de Deu
Mil et II cens XLII.
31035 Or sen va de France li rois
Et, sans gr^vance et sans desrois ,
Jusques a l'aigue de Ta rente ,
Ki devoit et oumage et rente
Son fr6re , conte de Poitiers ,
31040 Ki del pais iert iretiers ;
Car de Flandres jusqu'a Bordiaus
Est li rois souvrains damoisiaus ;
S'est de la cont£ de Poitau ,
Dont mesire Alfons devant pau
31045 Ot del roi, son fr6re, le don.
Pour $ou vint li rois a bandon
Aidier et son bourne et son frere,
Et, quant li rois sor Tarente ere,
Ses gens fist paser la caucie.
31050 La fu grande la cevaucie ,
Et si ot gent a piet ass& ,
Si ot d'entais et de lasses,
Et si furent cil de Tournai
Li troi G, tout de fit le sai.
31055 D'autre part erent li Englois ,
La valu petit leur genglois
Ne leur winse, j'el sai de fit,
Quar tout i furent desconfit,
Et mis jusqu'as portes de Saintes,
31060 Gracie a Dieu et a toutes saintes.
Jehans Des Bares i fu pris ,
31057 Tarente, pour Carente, Chareote.
31039 Son frere, a son frere.
31043 S'est, ilest aussi roaitre
31047 Houme, vassal.
31049 Caucie, chaussee.
31052 Entail, actifs (inteusi)?
31057 Winse , guenche , finesse.
31059 Saintes, capitale de la Saintonge.
31060 Gracie, pour la mesure lisez grace.
31061 Jehans Des Bares, un Jean des Barres,
frere de Guillaume , fut noy£ en Normandie ,
Tan 1198 , dans les guerres entre les Francais et
les Anglais. Hist, fr., XVII, 590, B. Foy. en
outre le recit de la bataille de Bouvines.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
685
Et d'autre part en eut le pris
Mesire Simons de Monfort.
Mais li rois ot mellor confort ,
31065 Quar d'Englois ot plus de LX ,
Et lendemain mon ensiantre
Ot-il Saintes a son voloir.
Comment k'il Ten delist doloir,
Partis en est li rois Henris
31070 Et Ricars , sans gu et sans ris.
Et li rois Lo&s , com sages ,
Les poursui jusqes a Blares.
A Bourdiaus se fist repaser,
Pour aaissier et reposser.
31075 Li quens de la Marce ot consel ,
S'ot de larmes ploret I sel ;
II et sa feme et si enfant,
Tot a pte , grant dol demenant ,
Vinrcnt au roi crier mierci ,
31080 Et li rois moult s'en avanci ,
Quar il les reciut docement.
Si fisent omage esranraent
Au conte son frire et a lui.
Et li rois , pour le grant anui ,
31085 Les malades de se grant ost
Viers Cinon retorna moult tost ,
Et si garni bien ses castiau* ,
Les plus rices et les plus biaus ,
Si com li quens li ot rendus;
31090 De son gret iert a lui venus.
Et s'enyoia en Aubugois
Siergans , cevaliers et bourgois ,
Simon de Montfort.
\jt comte de la Marche
obtient con pardon .
51065 Simons de Montfort, second fib de
Simon IV, lequel devint en Angleterre comte de
Leicester.
51066 Mon , pour lor* ; ensiantre , Roquefort,
renvoyant a ascientre, explique ce mot par avec
connaissance, scienter, ne serai t-ce pas sic inter ?
51072 Blaves, Blaie.
51076 J sel, u o seau.
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686 CHRONIQUE
Quar H quens Romons de S*.-Gille ,
Ki ne croit mie en l^vangille .
31095 Estoit rentes et li autre,
Et aloient , lance sor fautre ,
Devant les garni sons le roi ,
Et faissoient bonte et desroi.
En ceste ost se fist l'emper&re
31100 Prousens au roi , com a son fr&re ,
Et li manda amour et pais
Et soucors de guerre et de plais ,
Au conte, son fr&re , et k lui.
Liet en furent n'i ot celui.
31105 Li rois Henris et quens Ricars
D'estrelins n'i&rent mie escars.
Exploits deo«offroide Mesire Jofrois de Ranscone ,
" n?on " Fist en Tost sa partie bonne ,
Le roi Henri fist deslogier ;
31110 N'i eant&rent mie d'Ogier
Li Englois en bevant cierroisse ;
Mais . tote France s'en revoisse ,
Onques ne ji , bien l'adevin ,
Ciervoisse ne passera vin ,
31115 Qu'ele n'est pas de tel con roi.
Mesire Jofrois , au desroi ,
La tente le roi ga^gna
N'onques a lui ne bargigna .
Et apri& lui , j'el sai de fi ,
31120 En alerent tout desconfi.
31093 Romons, Raymond VII. 51111 CiervoitH, bierre. G. Guiarl, La bran-
31094 Repetition. che aux royaux lignaget , M. de M. Bucbon,
31107 Jofrois de Ranscone, il est sou vent 1,304:
question de Geoffroi de Rancune ou de Rancona, Angloig qai de boirre 4 ^^j
dans le Recueil des Historiens francais , XVII, A grans hena* plains degodale...
52,B,61,B,575, B, 479, D, 307, n, 370, B,
• 647, B, D. 51112 Revoisse, con vainque.
31110 Ogier, Ogier ou Oger le Danois. 51115 Adetin,}* devine , je precis.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
687
Preudom i fu T&baus Cabos
Par tout, et a cans et a bos,
Et maint des autres Poitevins
Qui les abatirent souvins.
31125 En ceste ost, Dieux ait l'arme en garde,
Moru mese Jernous d'Audenarde;
Et partout faisoit boine ciere,
Et moult estoit boins justici&re.
Par proaice et par grant savoir,
31130 Viunt de petit en grant avoir.
Duel en ot li rois et besoing ,
S'en furent si ami en soing,
Et fu bien de rois et de contes ;
De $ou ne puet estre faus contes.
31135 A Ehem se fist aporter,
Pour sa tiere rcconforter.
Quiti fu la cars et li os ,
Par vertri dire le vos os ,
Aportes fu trop ricement
31140 Et enfouois moult noblement.
Ses cevaus i fu tous couriers
De ses armes, moult biel offiers,
Et uns vailed sist sus arm&,
De ses armes tous acesmes :
31145 Siotclers, dames, ceyaliers,
Tant que tous plains fu li mostiers.
Mesire Erkenbaus de Bourbonne .
Qui tenoit grande tiere et bonne ,
I moru, s'i ot petit m&;
Thibaot Chabot.
Mort d' A mould d'Au-
denarde. Son eloge.
Ses fun era i lie j.
Mort d'Archambaud de
Bourbon et des ch4-
telains de Baumes et
d' Arras; 21 juillet
1242.
31121 Tiebaus Cabot, Thibaut Chabot inter-
vint avec Geoffroi de Rancon , a la treve conclue
en 1306 , entre le roi Jean d'Angleterre et Phi-
lippe-Augiute , roi de France*
51136 Vert trop long :
Mom mm (mtiir*?) Brsonl d'Audemrde.
31155 Ehem, Eenaem ou Eynham , a une lieue
et demie d'Audenarde.
31138 0*,oae.
31142 filers, representee*.
31147 Erkenbaus de Bourbonne, A r chain-
baud IX fut tue a la bataille de Taillebonrg ou
lelendemain.
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688 CHRONIQUE
31150 Et li castelains de Biaum&
Et puis li castelains d'Arras ,
Dont il ne fu ne gus ne gas ,
Et maint autre de mort non d'armes,
Li verais Dieux en ait les armes !
31155 Li rois les i ot fait venir,
Pour crestient^ soustenir.
Divisions parnii les croi- Dont revint noviele et exemples
.ftd.uTwsri.ie. Que H 08pilau8 et u Temples,
Li saudoier et li baron
31160 De toute la tiere environ
Avoient entr'aus fait I roi
Pour loutrage et pour le desroi
Que l'emperire en estoit sire ,
Ki sor aus ot mostr^e s'ire ,
31165 Et moult l'avoient trouv^ sur;
Mais tout cil d'Acre et cil de Sur
Ne le yoloient plus souffrir
Ne mais nule amendance offrir,
Car ses fius en devoit rois estre
31170 Et sires et drois oirs et mestre.
Et li fius a lemper^our
Qu'il ot emprison par fr&mr,
Estoit mors en cele prisson ,
Dont mains l'emper£or prise-on :
31175 Et li autres fius ert sen&.
Si fu recius et assents ,
Et l'emper^res mandet ot
Qu'a Ais venroit, com bien le sot,
A la Pentecouste, sans faille.
31180 Si quist-on et viande et paille.
31165 Sur, aigre. deric II et cTYolande de Brienne, fut couronne"
51171 Li fius, Henri. roi des Romains, an moisde Janvier 1237.
31174 Mains, mows. 51180 Vera de remplissage, amene* par le
31175 Li autres fius, Conrad , fils de Fre- besoin de trouver la rime sans la cbercher.
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DE PHILIPPE MODSKES.
689
De viers Grisse revint noviele
Ass& p^ri House et non biele ,
Que mors estoit li emperere
Bauduins, ki fu Robiert frere,
31185 Lempereour mort devant lui.
S'en ot sa feme grant anui ,
Qui fille fu au roi Jehan,
Qui pour Dieu ot painne et ahan.
I fil avoient moult petit.
31190 Or fu mestiers c'on li ait.
Jofrois , ki la seror avoit
Lempereour, ki mors estoit,
Grant gent i mena de mains lius .
Quar il en vot iestre baillius ;
31195 Et, pour sa feme et pour Tenfant .
Avoir et gent i mena tant ,
Et par galies et par nis ,
Quar larges ert, preus et sen&.
La sentense pape Grigore
31200 Sour Flederi duroit encore;
Ausi faisoit la Celestin ,
Ki moru tern pre, a bon destin.
Et S^nesbaus , li Geneyois ,
Ki eslius ert a plainne void
31205 Et fais apostoles de Roume ,
Bons clers estoit et fius de conte.
Le bruit se repand de
U mort de I'empa-
reur Baudouin.
Geoffroi de Villehar-
douin s'apprcte a
prendre la regence.
Innocent IV ,
1243.
pape,
31181 Grisse, Grece. Du Cange el M. Buchon:
Gresse. Ici reprend leur dernier eitrait.
31183 Mors estoit, Du Cange, Hist, de Con-
stantinople, 1 , 285.
31189 I fil, Philippe, mort Fan 1274, avec
le vain litre d'empereur de Constantinople.
31191 Jofrois, Geoffroi II de Villehardouin ,
prince d' Achate ; seror, Eleonore de Courtenai,
fille de Pierre et d'Yolande , soaur des empereurs
Baudouin et Henri.
To*. II.
31194 Baillius, voy. le Glossaire.
31198 Quar.... Fin des extraits de Du Cange
et de M. Buchon.
31201 La Celestin, la sentence du pape Ce-
lestin.
31202 Tempre, premalurement.
3 1 203 Senesbaus, Sinibalde de Fiesque , noble
genois, profesaeur en droit, a Bologne, puis
cardinal du litre de S l . -Laurent, enfin pape sous
le nom d'Innocent IV.
87
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690 CHROMQUE
Estoit apiells Innocenses
Li quars des autres; k& sentences
ses demei^s avec rem- Avoit l'emper&)ur doubles ,
percur. r
31210 Ki painnes en avoit combines,
Namender n'el pot a nul fiier,
S'en avoit grant ire k son cuer.
Cis apostoles Innocenses
N'ot encor gaires de licenses
31215 De Roume dont il estoit sire,
Ainc en avoit au cuer grant ire
Qu'entrer ne issir n'en pot nus ,
Ne rices om ne povres nus.
Et si eut jors de pais asis ,
31220 Jou ne sai I1II ou V ou VI.
Et si fu en France nonciet
Et de maint frire praieciet,
Et prioit-on en mainte guise
Que Dieux soucourast sainte glise.,
31225 Ki moult estoit en grant balance ,
Qu'autre escu n'orent n autre lance.
Li rois Lo&s maintenoit
Sa tiere, et em pais se tenoit.
Nai T<^te d d U A a r^*, du Mesire Robiers , quens d'Artois ,
31230 Qui moult ert vallans et cortois ,
Ot adonques I noviel fil
De sa feme, qu'il ot gentil.
Li rois , ses fibres , le leva
De fons et son non li dona.
31235 Li dus de Louveng, quant le sot,
Pour sa fille grant joie en ot,
Et puis fist fieste et d'un et d'el.
31207 Innocenses, Innocent. environ sept moi* apres le deces de ton pere , et
51 SI 4 Licenses, pouvoir. le seal que nomme YArt de verifier Us dates.
51225 Balanee, danger. 51256 Pour sa fille, Malhilde, fille ainee de
51251 / noviel fil, Robert II, qui naquit Henri II , due de Brabant.
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DE PHILIPPE MOUSKES.
691
Adont apri&, devant No8l,
Revint de sa tiere en 8a roie
31240 Li quens Tumas, toute sa voie,
En Flandres dont il estoit quens ,
Quar il avoit entre leg suens
Ass& plus dun an demor^.
N'i fist pas soupes en mor£,
31245 Mais , par cr&nance et par bestenc ,
I fist former Castiel-Flamenc :
Pour Flandres Flamenc lapiela.
Tous les deniers ot port^s la
Qu'il ot pris en Flandres k tence.
31250 Et la contesse de Prouvence,
Sa serour, fist venir en France
Pour y&)ir la roine france,
Sa fille, qui moult estoit biele.
S'eut une fille jouvenciele.
31255 Bien fu venue et hautement;
Je ne sai com plus ricement
P&iist-on dame receyoir,
Ne pour biaut^ ne pour avoir,
Ne pour nule autre signorie.
31260 As dames, as bacelerie
Et k sa fille mesmement
Et au roi sour tous li&nent ,
Li rois le viout et tot le yoelent ,
Si font fieste et plus k'il ne suelent.
31265 A son plaissir i soujourna,
I jour apri& quant ajorna ,
Yiers Engletiere en est al&.
Retour de Thomas de
Savoie en Flandre.
Castel-Flamand.
La comtesse de Pro-
vence rient en France
voir sa 6lle.
Elle ra de la en Angle-
terre.
51239 /tote, raie , ligne, sillon, chemin..... marine, en 1220, a Raymond-Be>enger IV,
51240 Pote, route, voyage. com te de Provence.
51244 More, boisson compotee de miel et 31253 Sa fille, Marguerite, femme de saint
d'eau. Louis.
51230 La contesse de Prouvence, Beatrix, 31264 Suelent, latin solent.
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692 CHRONIQUE DE PHILIPPE MOUSKES.
Quant ele eut tans , s'a mer pasee,
Pour 8 autre fille la roine
31270 D'Engletiere , et pour sa couvine
V&>ir et savoir a ses ious.
A l'ariver not mie dious
Ne cris \ev£s , mais joie tant
Que nus poroit dire en can tant.
31275 A eel tempore, parsouffrance,
Le comte do la Marckc Vint li quens de la Marce en France
vient egalement k la *
cour de saint Loui$. Et mains des Poiteyins o lui.
Li rois manda n'i ot celui ,
(km fu tout droit devant Noel ,
31280 Parlet i eut et dun et d'el.
Dures conditions qui En la fin com manda li rois,
lui sont imposecs. .
Pour l outrage et pour ses desrois ,
Que tous ses castiaus abatist
Li quens , que plus n'i atendist ,
31285 U li rois les feroit trestos
Abatre et s'en rendroit les cos.
51269 S'autre fille, 6l eon ore. 31271 A ses ious, de ses yetix.
51270 Cownne, situation. 51286 Let cot ou pent-etre Vescos.
riN DE LA CHRONIQUE K&TRIQUE DE PHILIPPE MOUSKBS.
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APPENDICES.
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WWVWWWXfcWVVVVWVWW
APPENDICES.
GODEFROID DE BOUILLON ET LES CROISADES.
EXTRAIT8 DU ROMAN DU CHEVALIER AU CYGNE ET DE
GODEFROID DE BOUILLON.
Cornumarant , fiU de Cordabas , fr&re de Luoabielet rot de Jerusalem, vient a S^Ttond, sous le
dtyuisement d'un pelerin et accompagnb d'une seule personne.
Ly rois Cornumarans s*en vint a Sainteron.
Ly boins abds Gerars et de moines foison
Estoit devant le porte en consolasion ,
Fol. 49, verso.
Gerard , abbe de S«-
Trond.
1 Cornumarans. A Fe*poque det croitadet, Jerusa-
lem ^tait sous la domination det Turct depait la con-
quete qu'en atait faite tor le oalife d'&gypte , le
Yitir du tulian Halek-Schah , fiU et tuccetteur
d'Alp-Artlao, de la race det Seldgio'noidet. Gette
ville fui prite pendant le califat de Mottadher-Billah.
SainieroH. Let PP. Hartene et Durand ont intere*
dans leur Spicilegium, 1723, in-fol. t. II, pp. 659-708,
la ohronique de St-Trond de 1'abbe* Rodulphe , de
laquelle on pourrait donner une nonvelle Edition
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696
APPENDICES.
En ung tres biel praiel ou d'arbres ot foison.
8 La furent de le ville venut li compaignon
Esbattre a pluisieurs jeus sans nesune tenson ;
Ly uns de la balestre , li autres d'un boujon ,
As boules et a tables , de maint jeu de baron.
Ly bons abes Ge>ars laissa les jeux ester,
10 Enviers les pelerins commencha a aler
Et dist a l'aprochier : « Dieux vo voelle garder,
Ces gentils pelerins que je voi la ester.
Seigneur, bien vegnies-vous, se Dieus me puist sauver;
Vous ne poves huy mais l'abie trespasser,
15 De mon vin vous donray a boire dou plus cler.
Car je volray a vous nouvelles demander.
Que fait Cornumarans ? ne le voeilids celer. »
Et dist li latiniers : tc Ne le devons fausser.
Dedens Jherusalem le laissay , au scvrer ,
20 Ne fasoit se bien non ly pay ens d'outremer. >»
— « Rien me plaist , dist li abbes , Dieux le voelle garder !
Jadis me Gst grand bien, je le doy bien amer.... »
Vabbe Gerard conduit Cornutnarant a Bouillon, ott le due Godefroid tenait une cour spleti-
dide. En approchant de Bouillon, Cornutnarant roit une magnifique chevaucie, ce qui donne
au trouvere Voccasion de faire un recensement a la maniere d'Hom&re et de Virgile.
D'abord parait la suite de Godefroid, mais sans ce prince que Cornumarant br&le de voir;
puis vient VMque de Liige.
Ly vesques y estoit qui Liege dut garder.
plat complete d'apres les manuscrits de H. De Earn et
de la bibliotheque de l'uniYcrsite de Lie*ge. L'abbe* de
ce monastere, a Fe'poque de la croisade , ne a'appelait
pas Ge*rard,maisThe"odoricouThierri; Spicileg.,1.1.,
p. 675; liste des abbe's de S'-Trond, d'apres l'histoire
manuscrite de Jean Latomus , Bulletin de la socUU de
VHistoire de France , t. II, p. 632. Hais en 1145 on
Toit parmiles abb<Ss Ge*rard, flls da comte Gislebert
qui deineurait a Cluny. C'est peut-etre lui que le
romanciera eu en tue, par consequent bon ouvrage se-
rait postdrieur au milieu du douiieme siecle. Nous lo
croyonsnous, dutreisieme.
4 Praiel , pre* , d'ou pre" au.
6 Nisune , aucune. Les Italiens disent encore
nessvno ; les Espagnols ; Ninguno. On trouve aussi
dcrit n4s un :
Laiens enlra sans nes un contrcdit.
A JubinAL, Le fablel dou Die* d' amour,
1834, in-8°,p. 16.
7 Balestre , maniere d'dcrire plus pres de' Te*ty-
mologie balista qu' a rbalSte. — Boujon , grosse fleche.
— Ces divertissemens sont tout-a-fait dans les raoDurs
beiges.
11^ Paprochier, en approchant.
18 Latiniers, trucheman.
19 Au sevrer, au moment ouje m'en separai.
20 Fasoit, faisait. Se bien non , pas aussi bien.
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APPENDICES. 697
II a dit a l'abet : « Or puis bien esperer
25 Que vechy Godefroid qui me doit con quest er. Virile de jjeg«.
— « Non est , ce dist li abbes , foy que doy Saint-Omer ,
C'est ses priestres qui doit par devant ly canter ,
Et s'est li aumoinners pour les biens aumosner. »
Et dist Cornumarans : « Miervelles os couter,
30 Puet li priestres d'un due si fait estat meuer.
Vechy grande miervelle et qui fait a loer. >»
Atant evous l'evesque qui ne vot arriester,
Et ly abbes Gerars Test ales encliner
Et les autres prelas c'on avoit fait parer.
35 Et quant Cornumarans les prit a remirer,
A dont li commenca tous li sans a muer.
« Aby , dus Godefrois , que tu fais a douter ,
Quant uns priestres qui n'est que pour toy honnourer,
Maine sy faitte gent et les puet gouverner.
40 Ly califfes qui est de Baudas outre mer
IS'a mie tel conroy quand il s'en va juer. »
Atant evous Robiert de F land res le pays fol. S4.
A bien VI flamens viestus de dras partis ,
D'un gaune et d'un royet a miervelles jolis.
«
Cornumarant prmd encore Robert pour le due Godefroid et Men est de mSme de tous lee autres :
mats a cheque fois on lui rkpond que ce ne sont que des vassaux du due , moyen adroit
de donner une haute idke du personnage principal. Dans les Nibeluhgih, Sigfrid se rend a la
cour de Worms suivi de douse chevaliers. Hag en de Troneck, qui neVavait jamais vu, le re-
connattd sa haute stature, a son port majestueux, au feu de ses regards ainsi qu'a la richesse
de ses vHemens. On se rappellera fyalementun passage du moine de S'-Gall, cM dans V Intro-
duction de ce volume. Vauteur du Chevalier au Cygre soutient heureusement la comparaison.
45 Ly rois Cornumarans ot le cire marie fol. 64, verso.
Voit venir noblement ung aultre compaignie.
Cil estoient Frison , une gent bien hardie ; Fnsons et Holland*!!.
Et Hollandois i ot en ycelle establie ,
Grande gens et poissans , de jouvente furnie.
20 Li abbts ,comme plat haut pour rabbis. 42 Evous, esvous t voioi.
28 Enelinsr , taluer. 44 Gaune, jaune, royet, rouge.
40 Baudas , Bagdad. 45 Ot, avec , cire , pour oUre, visage, mine.
Tom. II. 88
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698
APPENDICES.
Les eomtes de S«inl-Pol
et de Ntmur.
Fol. 67, verso.
50 Une aultre compaignie vit roys Gornumarans;
C'ett li quens de Saint-Pol o son fil Engerans.
Ly contes de Namuer y aloit chevauchant ,
Haynuier i estoient et pluiseur Aiemant.
Contre Fun I'autre vont de lanche behourdant ,
85 L'un Fautre des cheraus vont a tierre abatant.
Ou Gastel a Bullion entra la compaignie.
En une salle avoit mainte table drecie
Pour digner lea barons la ou li dus se fie ;
La table Godefroid et toit plus haut drecie
60 Que lea aultre n'estoient , et si trea bien garnie
D'une riche nef d'or qui luisoyt et reflambie.
Enfin Cornumarant est assis a la table de Godefroid.
Fol. 69, recto.
Moult fu noble la court (de) Godefroid de Buillon.
Moult furent bien siervit (tout) li noble baron.
De gantes et de grues , de maint riche capon ,
65 De tous mes gracieux asses aportoit-on.
L'ahU de S'-Trtmd expose le motif du voyage de Cornumarant. Dans une assemble des
rois et princes patens d Jerusalem en Fhouneur de Mahomet, la reins Calabre d'Olifierue,
qui lisait dans Vavenir, avait predit que Godefroid, comme descendant du chevalier au
Cygne, devait porter la couronne de Jerusalem (*). Or Cornumarant avait passS la mer pour
voir si en effet la puissance de Godefroid rtpondait a cette prediction* Co prince retoume dans
ses Hats aveo un sauf-conduit et Von prtehe partout la croisade.
Fol. 74, recto.
Ghe fu en Fan de grasce dc Dieu le fil Marie
69 Plus hautdricie, ce tempt que Ton croit de*-
peindre d'un seul trait en disant que c'eHait un Age
naif, tftatt difficile tur 1'eHiquette et en oonnaissait
toutes les subtilit&.
61 Nef , ou se mettaient les epices dont on se ser-
vait a table. Voy. Essai sur la statietique ancienne de
la Belgique, 2« part., p. 130 : ce vers et trop long; Uses :
Qui luit et reflambie.
ou
Qvi luisoyt tt Oambie.
04 Gantes , oies, flam, gans , gancen Lcsoies de
Yiset, dans le pays deLie*ge, sont encore connuesdes
gastronomes.
(*) Pierre a Thymo, transcrit, p. 704 : Sarra-
cenorum astrologi Jherusalem civitatem sane-
tarn tunc cito a Christianis capiendam prcedixerunt.
Les rabbins preHendent , de leurcdte* , avoir eu l'hon-
neur de lire dans l'a? enir les viotoires de Godefroid
de Bouillon. L'auteur du SciaUceletk ffmkkaUala
n'affirme-t-il pas que Salomon Jerohi avait predit a
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r'-l
x
fit* I
* ,>
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APPENDICES.
699
M an* et iiij** et XV, sans falie,
Que roys Cornumarans a fait le departie.
II y avait ung homme ou regne d'outre mer,
70 Preudons de bonne vie qui voloit Dieu amer.
De maint pelerinage vot le sien corp pener.
Cieus sains horns , biau seigneur, dont vous m'oe* center,
Pieres l'iermite ot non , bien le puis afremer.
Dans Pires ly hiermites sur son asne monta ,
75 Le pays de Surie tantos achemina ,
Le langage savoit de ck mer et dela.
Au bras saint Jorge vint , tout oultre le passa ,
Dam Pires ly hiermites tellement s'esplola
Que droit & Romme vint ou le pappe trouva
80 Qui bien le reconnut , v£ut Tot de pick ;
Ly hiermites Piron devant li s'ariesta ,
II se mist & genous et sy le salua.
Quant ly pappes oy l'iermite dam Pteron
Et i'estat qu'il li dist dou temple Salemon,
85 Au cuer en ot pitet et grant confusion.
Ly papes fist mander en France le royon
Que tout cil qui volroient avoir devotion
Pour aler oultre mer sans nule ariestison ,
De son riche tresor leur volroit faire don ,
90 Adont s'est mut ung ost ou de gens ot foison.
Avoec Pieron Tiermite alerent maint baron.
Bauduins de Biauvais y fu, bien le set-on ,
Et ses freres Jernoulx , ung chevalier de non ,
Et Ricars de Caumont , qui cuer ot de lion ,
95 Et de Bourges Harpin , qui , par devotion
Fol. 82, recto.
Pierre l'Ermite.
Fol. 82, verso.
Fol. S3, recto.
Baudonin et Arnould
de Beaurais , Richard
de Caumont et Har-
pin de Bourgef .
Godefroid, partant pour la conquete de la Terre-
Sainte, qu'il la reprendrait sur lea Musulmans, qu'il y
regnerait troit jours et qu'il retiendrait incontinent
dantta patrie atec un chetal et trois hommes ? Mal-
heureusement pour la narration, Godefroid de Bouil-
lon e*tait mort plusieurs annexes avant la naissance
de Jarchi* D'ailleurs lea faits ne se passerent pat
mime oomme on a suppose' que le rabbin let avait
prlditt. Uist. Hit. de la France, XVI , 360.
66 Falie , erreur, fallere.
73 Afremer, affirmer.
80 De pica, de pikca , il y ay ait long-tempt.
94 Ricars de Caumont, il en est faittres-soutent
mention dans le reste du poeme.
95 Etde Bourges Harpin,*. Meyer, Ann. Flemd.,
fol. 33, le nomine Arpinue Bituri*.
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700 APPENDICES.
Vendy son hyretage au bon roy Phelippon
Pour aler oultre mer sur la gieste Mahom.
La vilk de Jerusalem est prise.
Pol. 806. A la porte qui est de Bethleem nominee
Furent ly XXX engien levet en le valee
100 Et furent tout gietant devant prime sonnee.
Moult furent esbahy celle gent deflate.
Ly uns a r autre dist : u Vecy gent foursenee ,
Toute nuit ont ouvre* jusques a la journee.
Ains ne fu cette gent veue n'esgardee.
105 Qui les a conseillies il ait male duree.
Moult ont par boin conseil bien leur cevre ordenee. »
Enssy passa ly jours , s'est no gens reposee ,
Etlendemain matin, c'est vdrite prouyde,
I ot contre val Tost mainte trompe sonnee ,
110 Et trompettes d'arain qui Tost (1') ont esievee ,
De naquaires y ot faite mainte alevee ,
Et de mainte buisine y fu Ik d6men£e.
Escuyer vont criant tout hault a le volee :
« A l'assaut , a l'assaut ! francque gent honnouree. »
115 Ahy ! Jherusalem , boine cite loee ,
Com tu ies environ de rices murs frumee ,
Comment poras-tu iestre prise ne conquestee ?
Au jour d'uy y ara mainte tieste espautree,
Maint puing , maint bras brisiet , mainte gambe quassee ,
120 Or est a ce matin , a boine destinee ,
Mains chevaliers tous vis et en force doutee ,
Qui gira sur les camps tous mors ains la viespree.
Mainte dame sera a nuit veive appiellee ,
Mainte terre sera de seigneur esgaree.
fol. sio. 125 Oncques si loyaument ne fu ville assaillie
Ne ne sera jamais en n&une partie.
Ly uns y crie Flandres, ly autres Normandie,
Et ly aultres Haynau et ly quars Picardie ,
Et Liige et Namurois, sy crie-on Lombardie,
ISO Toscane et Stsillois, Bouloigne et Rommenie ,
97 Gieste , race , nation. batterie ?
110 Eslev4e,6i9i\\6e, appelee. 118 Espautrie, couple, meurtrie, eoratee.
111 Naquaires, tambours ou timbalet , alevie, 130 Sisillois, Sicile.
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APPENDICES.
701
Monjoie P-Denis, Bertaigne le Garnie,
Et Bullion et Bokays et Biauvais le Jolie.
La ot ung chevalier hardit et combatant ,
Thumas de Marie ot(a)non , on le treve lisant ;
135 Cieusya Jherusalem tellement assalant
Con ne vit oncques mais chevalier faire tant
D'armes qu'il fist ce jour, par le mien ensciant x
Qu'il se fist ravaler X fois en ung tenant ,
C'oncques ne resorty pour nul homme vivant,
140 Ausy com Godefroid viers le ciel regarda ,
Vit un chisne volant , ensy qu'il ly sembla ,
Sur le cief Godefroy par iiij fois vola ,
Et quant il ot vole , ung petit s'esleva.
Deviers Jerusalem chus chisnes s'en ala
145 Et vint sur une tour et iluec s'ariesta,
Et se fii une tour par ou depuis entra
Godefroy de Bullion en le cite de la.
La vient Hues li maines que ly roys engenra
Et Robiers ly Normans ou boin chevaliers a
150 Et ly contes de Flandres qui les Flamens mena,
Et Robiers ly Frisons point ne s'y oublia,
Ly contes de Saint-Pol ne faly mie la ,
Et Engherans , ses fieus , qui maint mal endura ,
Li contes de Toulouse qui noblement regna ,
155 Estidvenes d'Aubemarle qui sagement parla ,
Et Robiert de Namur qui l'assaut commencha
Bauduins Cauderon qui bien les escouta,
Et ly rois des Ribaus qui entr'iaus se bouta.
S'estoit la tour David noblement bretesquie,
160 Bien pourveue fu de boine artiilerie,
Mais de vitalle fu petitement garnie ,
Et ly dus Godefroy a le ciere hardie
Estoit de\6s Robiert , le due de Normandie ,
Et le contes de Flandres ou tant ot courtoisie ,
165 Ly bers Hues ly maine" qui les francois mestrie,
Fol. 312, verso.
Thomas d« Marie.
Fol. 314 , recto.
Un cygne apparaic a
Godefroid.
Fol. 314, verso.
Hugues de France, le
comte de Flandre,
Robert le Frison , le
comte de S*-Pol et
sou fits , le comte de
Toulouse , ]£lienne
<T Albemarle, Robert
de Namur , Bau-
douin Cauderon.
Le roi des Ribaudi.
Fol. 317, recto.
131 £*r/aty**,Bretagiie.
188 Rohcys, Rojct?
1S8 Ravaler, detcendre; tenant, potte ?
141 Un chisne, ce cygne rattache , quoique d'une
maniere e'loigne'e, let eXiiement de la croitade a
ceux de la premiere partie.
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702
APPENDICES.
Bohemond el Taucre-
de.
Baoul , comte dc Per-
che, Raimbaud Cre-
tan, Raimond, comte
do S'-Gilles , Helie,
comte dc Toulouse,
Rogier du Rosoy.
Fol. 317, verso.
Execs des cliretiens
dans Jerusalem.
Ly contes de Saint-Pol et son fil ciere lie ,
Buinemont et Tangre* qui sont d'une lignie,
Li quens Raoul du Pierche, ychus ne faly mie ,
S'y fu Rainbaus Crdtons que Jhesus ben&e ,
170 Et Raimons de Saint-Gille ou ains n'ot couardie,
Ly contes de Toulouse c'on appielloit Helie ,
Et Rogier du Rosoy qui du talon clopie.
Dedens Jherusalem , la cite* souffissant ,
Entrerent ly Ribaut, qui moult furent joiant ,
175 As Sarrazin se vont flerement demenant ;
II vont par les maisons isnielement courant ,
II n'y ont deporte* ne femme ne enfant.
Les petis enfancons vont huers des biers tirant
Et encontre les murs les vont si fort gtetant
180 Que des tiestes en vont les ciervelles filant.
Fot. 318, recto.
Prise est Jherusalem la cite honnour^e...
169 Rainbaus Criton, nous ne yoyons put dans lei
historiens d'autret personnagea du nom dc Raimbaud
que Raimbaud d'Orange M. W ilk on cite avec lui
Conon et Lambert de Montaigu, Boudouin du Bourg,
Gerard de Roussillon, Robert de Normandie, le comte
de Flandre , etc. Gsschichie der Kreussuege, I, 230.
177 Deporti, e'pargne*.
178 Zluers, bora; biers, berceaux.
II semble que tout soit terming , mais on n'est qu'au feuillet 818 et il y en a 528 !
Quelques feuilles manuscrites de la main meme d'Aubert Le Mire et que nous conservons
dans notre cabinet , contiennent ce qui suit :
Belgm in belli* sacris clari prater enumerates *.
Adelbero, Conradi comitis Luxemburgensis
filius, 1096.
Albertus, Albert i III comitis Namurcensis filius.
Anselmus de Ribodimonte, fundator Aqui-
cincti, 1096.
Arnulfus, dominus de Ardres, 1096.
Balduinus , comes Hainaucorum (sic enim le-
gendum est apud Tyrium) hoc est comes
Hannoniae.
Balduinus de Gandavo, dominus Alosti et
Wasiae, 1096.
Balduinus, dominus de Ardres, Arnulfi II
Glius, 1146.
Balduinus , dominus de Hennin - Lietard ,
1259.
Balduinus de Insula.
Balduinus de Tauns (?), castello Flandriae.
Balduinus de comitatu Godefridi Bullonii ,
1 La liste de J. Meyer est beaucoup plus longue , Annal. Fland , fol. 31 v° et 32. Aubert le Mire en dottne
lui-memeune. Chronicon Belgicum, 1636, in-fol., p. 300, 301. Cf. I'extrait d'a Thymo.
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APPENDICES.
703
post archiepiscopus Caesareae.
Bernardus de Wistrach , Frisius.
Bierftitani in obsidione urbis Constantinopo-
litanae.
Cono, Roberti Betunii domini filius, 1204 in
expeditione Constantinopolitana.
Cono seu Cuno , comes Montis - Acuti cum
duobus filiis Lamberto et Goielone.
Engelbertus de Tornaco frater Ludolfi.
Fredericu* Alberti III, comitis Namurcenais
nepos , archiepiscopus Tyri.
Gaufredus de S. Audomaro Artesius.
Guermondus de Picquigny , patriarcba Aero-
sol. , 1096.
Henricu* V, dux Limburgi, 1227.
Hugo de Oisy, castellanut Cameracenais , fun-
dator Cantiprati.
Ingelramus, comes S.-Pauli , filius Hugonis,
1006.
Ingelratnus, dominus de Frezins.
Ludovicus, comes de Chiny , Alberti filius,
obiit 1191.
Manasses de Hierges , constabularius regni
Jerosol.
Odo, dux Burgundiae, nindatorCistercii, obiit
1102.
Otho II, comes Gelriae , Henrici filius, 1 190.
Rainaldus, comes Burgundiae , obiit in Syria ,
1100.
Eomelinus de Crequy , fundator Rinovillae in
Artesia.
Rudolfus de Alosto seu Gandavo, 1096.
Stephanus, comes Burg*, Reinaldi frater,
1101.
Theobaldus, Barri et Luxemburgi comes.
Theodoricus, comes Olivia? , 1 188.
Theodoricus , comes Hollandiae , obiit 1190,
Antiochiae.
EXTRAITS DE LA CHROMQUB Ilf^DITE DE PIERRE A THYMO OU
VANDER HEYDEN 1 .
PARS III, TITULUS VI.
Capitvlov sbcuhdcv. — De Godefrido de Buliione, duce Lotharingiat et de genealogia ipsius.
Godefridus Gibbosus , dux Lotharingiae a quodam Ghiselberto , siccario , per secreta naturae
letbaliter sauciatus, exspiravit, anno Domini millesimo septuagesimo sexto. Post cujus mor-
tem imperator ducatum Lotharingiae Godefrido de Buliione , nepoti ex sorore Godefridi pe-
rempti , donavit. Sane Machtildis , filia Henrici senioris comitis Bruxellensis , nupsit Balduino
comiti Lovaniensi , cui peperit (Uium nomine Eustacium.
1 Sur cet auteur toir rintrodaction da premier volume , peg. yi et ccclxxvi.
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704 APPENDICES.
Hie Eustacius, comes Boloniensis, fitius Machtildis, sanctam Ydam, filiara Godefridi re-
bellis et sororem Godefridi Gibbosi , ducem Lotharingiae duxit uxorem. Ex qua genuit tres
filios, scilicet Eustacium, postea comitem Boloniensem , Godefridum de Bullione, et Bal-
duinum fratrem ipsorum. Ex altera autem parte Lambertus secundus , qui cognominabatur
Baldricus , comes Bruxellensis , fuit frater praedicti Henrici senioris , et duxit uxorem nomine
Odam , filiam Gocelonis et sororem Godefridi rebellis , ducum Lotharingiae. Ex qua genuit
Heinricum secundum, comitem Lovaniensem, patrem Heinrici tertii et Godefridi-cum-Barba.
Patet itaque primo quod Heinricus senior et Baldricus , comes Bruxellensis , erant fratres et
quod Heinricus fuit proavus Godefridi de Bullione et Baldricus fuit avus Heinrici tertii , co-
mitis Lovaniensis et Godefridi-cum-Barba, suifratris. Et ita Godefridus de Bullione et Heinricus
tertius , comes Lovaniensis, atque Godefridus , frater illius , attinebant ex eo capite sibi invicem
in quarto gradu inaequali consanguinitatis. Secundo patet quod Godefridus rebellis, dux
Lotharingiae , avus Godefridi de Bullione , et Oda , uxor Baldrici comitis Bruxellensis , avia
Heinrici tertii, comitis Lovaniensis, fuerunt frater et soror. Et sic ex eo capite Godefridus de
Bullione et Henricus tertius , comes Lovaniensis , ac Godefridus-cum-Barba , frater ejus , erant
conjuncti sibi mutuo , in tertio gradu aequali consanguinitatis. Godefridus de Bullione fuit
enutritus in quadam villa, nomine Bassin 1 , in confinio Genapiae, castelli ducis Brabantiae.
Qui cum adolescentior fieret , avunculo suo Godefrido Gibboso , Lotharingiae duci , adhaesit.
Sub quo , in armorum ac militaris excercitii disciplina studiose proficiens , in clarissimum
virum evasit, sic quod ob suae merita probitatis praefatus suus avunculus castrum de Bul-
lione cum omnibus suis pertinentiis primo , et deinde opidum Antwerpiense , cum ipse id
obtinuisset , eidem Godefrido suo nepoti donavit. Fuit ergo hie Godefridus , antequam du-
catus Lotharingiae sibi daretur, dominus de Bullione et de Antwerpia , sed caetera loca quae ad
marchionatum Imperii pertinere noscuntur, comites Lovanienses tenuerunt.
PARS III, TITULUS VII.
Capitclcm secundum . — De institutions profectionis in Jherusalem.
Sarracenorum astrologi ante haec tempora Jherusalem civitatem sanctam tunc cito a Chris-
tianis capiendam praedixerunt 2 , prout Robertas Friso, comes Flandriae, aliique principes
1 Basin ,Baisy. Paquot, Mim, litt, in-fol., Ill, I, fait naftre Godefroid dans ce lieu. D'autres veulent qu'il
•oit ne au chateau du Wast, dans le Boulonais; d'autres encore au chateau de Long-Villiers; Malbrancq
pre*fere S l -Omer. Mais M. P. Bedouin est venu Ibranler ces diffe*rentes opinions, enapportant des raisons
spdeieuses en faveur de Boulogne-sur-Mer.
Voy. Magnum Belg, Chron. public par Pistorius, p. 132; J.-B. Detaddere, Traite'def origins des dues et
du duchS de Brabant, e*d. de Paquot , I, 304; Yillenfagne, Recherche* sur I'ffistoire de I'ancienne principautt
de Ltige, II, 549 ; P. Hedouin , Dissertation sur le lieu de naissance de Godefroid de Bouillon, lue a la fiance
publique de la socilte* de Boulogne-sur-Mer, le 19 septembre 1832, p. 171—180 des Memoires de cette
socieHe\
3 Voy. plus haut Textrait du roman du Chevalier au Cygne , p. 698.
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APPENDICES. 705
Christiani se id ibi audisse, cum inde redirect , testati sunt; at dum indignari et irasci jam
Christus inciperet, haereditatem propriam tarn diu suis et nostris ab hostibus conculcari, non
alicui regum christian or urn pingues somnos in pi u mis purpuraque captantium, non ro-
mano pontifici Urbano, gravi licet ornato viro *, occupato tamen, sed Petro Eremitae 2 , qui Petrus Eremita.
olim in territorio Ambianensi solitariam vitara duxit , viro inopi , otioso et humiliore graba-
culo quiescenti , quid fieri vellet aperuit , primo quidem inspirans ut transmarinae peregrina-
tion i se festinus accingeret, praesenti miseriarum spectaculo , pio promptior negotio futurus.
Deinde, dum quo jussus fuerat pervenisset , etSymeonis, qui tunc patriarcha Jerosolymi-
tanus erat caeterorumque fidelium miserando servitio , et sacrorum Christi ludibrio locorum
contusus ac gemens , et orationes vigtliasque nocturnas agens , tandem super nudum ec-
clesiae pavimentum somno succubuisset , consopito iterum Christus apparuit, jubens ut ad
vindictam sui nominis pastores et principes catholicos excitaret. Tantam quippe legationem
tamque supra vires suas, quam devote susceperit, quam impigre quamque fideliter exsecutus,
Ghristoque piis conatibus aspirante, quam votive successerit ex aliis vol u minibus, etiam in
populis res nota est. Nam Urbanus, papa secundus, primo apud Claremontem 3 in Alvernia et
deinde Turonis concilia celebrat, ubi crucem praedicans , pene totum Occidentem provocat in
Terrae-Sanctae subsidium , quae a Sarracenis conculcabatur, sic quod innumerabiles una aspi-
ratione moti ducis , comites potentes , nobiles et ignobiles , divites et pauperes , liberi et servi
episcopi et clerici, monachi, senes, et juvenes, etiam pueri et puellae, et breviter cujusque
ordinis aut gradus omnes , uno animo , nullum ullo angariante , undique concurrunt , ab
Hispania et Provincia , ab Aquitania et Britannia , a Dacia et Scotia , ab Anglia et Norman-
nia , a Francia et Lotharingia , a Burgundia et Ger mania, ab Italia et Apulia , et ab aliis regnis
et provinciis totius Occidents, et virtute ac signo sanctae Cruris armati ultum ire parant
injurias Dei in hostes christiani nominis. Et quanto quisque hactenus ad exercendum militiam
saeculi erat pronior, tan to nunc ad excercendam , ultro Dei militiam fit promptior. Itaque
hujus viae conspi ratio et conjuratio sancta, dextris datis inter potentissimos , crevit, in
quorum affirmatioue , terrae motus raagnus factus est , nil aliud portendens quam diversorum
regnorum iter moturas legiones. In hoc igitur Dei excercitu eminebant Godefridus de Bui-
lione, dux Lothario giae, etEustacius atque Balduinus, fratres ejus, Robertus, comes Flandriae, Robertus, comes FUn-
Balduinus, comes Hannoniae, Stephanus, comes Blesensis, Hugo , comes sancti Pauli, Hugo, Ba iduinu» "come* Han-
frater regis Francorum , Robertus , comes Northmanniae, Raymundus, comes sancti j£gidii seu nomas.
° 71 j u Hugo, comes 8. Pauli.
1 II terait mieux de lire : Gravi licet ornatoqus viro,
9 M. Grandgagnage comrouniqua le l er mars 1834 a Pacade*mie royale de Bruxelles (yoir les Bulletins des
•dances du l ,r mars et du 5 avril), 1. 1, p. 120-22, one note ne*crologique con9ue en ces termes :
Jolii viii id. — Obiit domnus Petrus pie memorie venerabilis sacerdos etheremita, qui primvs predicator
sancte cruets meruit declarari. Hie post acquisitionem sancte terre cum reversus fuit ad natale solum, ad
petition em quorumdam viro rum nobilium et ignobilium fundavit ecclesiam istam (de fleufmoustier pre* de
Huy, ville appele'e Guy, dans l'Aht de ViaiFiEi les dates, ed. im-8<>) in honore sancti Sepulchri et beati
Joannis-Baptiste. In qua idoneam elegit sibi sepulturam.
M. Grandgagnage incline a croire que les mots natale solum signifient que Pierre I'Ermite e*tait n4 dans
le pays de Lidge.
3 Clermont.
To*. II. 89
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706 APPENDICES.
provinciae, Boemundus, dux Apuliae, Tancredus, nepos ejus, et plures alii principes, co-
mites , barones, nobiles et viri potentes.
Capitulum sbptimuh. — De Godefrido de Bullions, duce Lotharingia , et deprofectione sui exercitus
per Ungariam.
Gloriosus Godefridus de Bullione , dux Lotharingia et dominus Antwerpis , vir nobilissi-
mus, cujus Machtildis Bruxellensis avia , Antwerpiae , in honore beatae Mariae Virginia colle-
gium canonicorum pro salute animae suae fundavit. Huic erat etiam castrum, Bullio nomine,
quod ex magna devotione vendere voluit , ut cum aliis principibus cruce signatis profecturus
in Jherusalem pretium secum ferret. Et quia fratres sui et agnati eidem peregrinationi se
devovissent et ob hoc ab hujusmodi emptione desisterent , ipse castrum illud Oberto , episcopo
Leodiensi , vendidit pro tribus marchis auri et pro mille trecentis marcbis argenti purissimi,
subea conditione, ut ipse aut sui haeredes illud, infra tempusad hoc praeGnitum, pro eodem
pretio simul solyendo redimere possent l . Et quia dux ipse infra diem redemptioni praefixum
Jherusalem obiit , cui Balduinus frater ejus in regno illo successit , nee alter frater ipsorum
Eustacius, comes Boloniensis, castrum illud luebat, ipsum perpetuo jure cessit ecclesiae
Leodiensi , quae illud tenet usque in diem hodiernum. Anno itaque Domini millesimo nona-
BaiduinusdeBmxeUa, gesimo sexto Balduinus de Bruxella, Werde, Orsmale, Reynerus de Graven et Heinricus de
Key nenlide Graven i Asscha, qui dominum suum Godefridum-cum-Barba, comitem Lovaniensem, ante triennium*
Heinricus de Aischa. fa bello Ungarico amiserant, in hac profectione Jherosolymitana cruce signati cum aliis multis
clarissimis principibus, militibusque fbrtissimis, sub Godefrido de Bullione, duce Lotha-
ringiae, medio mensis Augusti , viam recto itinere versus Jherusalem facientes , apud Tollen-
burch 2 civitatem, in finibus Austria; , curriculo trium ebdomadarum Septembris resederunt.
Godefridus dc Asscha. Mittens interim ad regem Ungariae Godefridum de Asscha, fratrem predicti Heinrici. militem
prudentem , eo quod notus erat regi , pridem ad ipsum ex legatione ducis Godefridi missus
pro liberatione Godefridi, comitis Lovaniensis , sui nepotis, qui legationem sibi injunctam hoc
modo proposuit regi Ungarorum : « Kalamanno * Godefridus, dux Lotharingorum, et caeteri
» comprimores Galliae salutem et omne bonum in Chris to. Mirantur domini et principes
>» nostri , cum christian* professions sitis , cur tarn crudeli martvrio excercitum Dei viventis
J Fog, Bulletins de la Commission royal© d'histoire , p. 188 Werner Titien , auteur dea annales de Nuys {An-
nales WovesieuseSj publ. dans 1'A.mplissima collect**) de DD. Martene etDurand), adit qae Godefroid vendition
eomte' de Bouillon a l'e>eque de Liege pour 1300 marcs d'argent qu'il dspensajoyeusement dans la saints
espidition. Cette lente est rapportee a peu pres dans les memes termes dans I'Histoirs du Monasters de Saint-
Laursnt de IMas, que contient la meme collection j excepts que cette histoire ajoute comme ici, trots marcs
d'or aux treise esnts d'argent fin. Onpeut voir a ce sujet une dissertation de Don Calmet , dans son Histoirs ds
Lorraine, la Bibliotheque des Croisades de M. Hicbaud, 1,331, et les Recherckes de feu le baron de Villen-
fagoe, surl'histoire de la ci-devant principauU ds Liige, 1, 103, p. 646.
9 Tollenburch, Tolienburg, Wilken, I, 103.
5 Kalamannus, Kalemanus , Kalmaun ou Colo man.
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APPENDICES. 707
>» interemistis, regnum vestrum pertransire interdixistis, et variis eos calumniis affecistis,
» quapropter ipsi Tollenburch moram facere decreverunt, donee ex ore regis intelligant ,
» cur tarn crudeli facinus a Christianis Christianorum persecu tori bus commissum sit. >»
Rex autem , uni verso ccetu suorum audiente , respondit : u Nod christianorum persecu tores
» sumus , sed quidquid illis crudelitatis ostendiraus nimia necessitate compulsi fecimus. »
Et cum haec dixisset , fecit rex Godefridum de Asscha cum suis collegis in palatio suo
honorifice hospitari, et post dies octo, remisit rex legatos ducis , cum legatis de domo sua ,
ut sua responsa ferrent hoc modo : « Rex Kalamannus duci Godefrido et omnibus conchris-
» tianis, salutem et dilectionem sine simulatione. Audivimus de te quia vir et princeps
» potens tua sis in terra , et Gel el is inventus ab universis qui te noverunt , et idcirco te
>» semper diligens , ex sola bona faraa , nunc te videre et agnoscere optavi , et exinde con-
» silium accepi, ut descendas ad nos, in castellum nostrum Cyperon, sine opinione alicujus
» periculi , et utraque l ripa paludis residentes tutum colloquium teneamus de omnibus
» qua; a nobis requiris , et quorum nos reos arbitraris. » Hoc Regis nuntio audito , dux
Godefridus, fratrem suum Ralduinum apud Tollenburch rectorem excercitus constituens,
trecentis tantum militibus secum assumptis, ad regem ipse profectus est. Et tandem dux
fidei regis se credens duodecim milites ex trecentis, alios remittens, secum suscepit cum
quibus in Pannoniam descendit, ubi honoriGce a rege et primatibus suis susceptus est,
convenitque inter regem et ducem ut dux regi obsides daret quos peteret , ne aliqua oc-
casione assumpta in virtute tarn copiosi excercitus fortiter armati rex terram suam amit-
teret, hac tamen conditione ut ultra peregrinorum excercitus , tarn prasens quam futurus, per
regnum ejus transiret sine obstaculo et paciGce mutuaret vita? necessaria. Nee mora rex et
universi regni sui primores percusserunt feed us cum duce in jurejurando non ultra peregrinis
nocere transituris. Quibus fide utrimque firmatis , rex petiit Ralduinum fratrem ducis
obsidem fieri quod dux sine ulla contradictione concessit. Dux ergo reversus ad suos ,
fratrem suum Ralduinum admonuit , ut obses fieret pro populo. Qui vehementer coepit reniti ,
donee dux , haesitatione illius turbatus , constituit , ut ille curam excercitus Dei gereret et
ipse pro fratribus obses fieri non dubitaret. Tandem Ralduinus constituit obses fieri et exilio
pro fratrum suorum salute transferri. Igitur tam praeclaro principe jam obside facto et
uni verso excercitu in Ungariam intromisso , Godefridus dux per singulas domos et
tentoria acclamare constituit, sub judicio mortis, ne quidquam violenter in regno Ungariae
raperent et nullam seditionem commoverent , sed omnia aequo pretio mutuarent. Similiter et
rex universum regnum acclamare praecepit, ut omnem copiam rerum necessariarum sub
justa venditione exercitus reperiret. Sic ergo per singulos dies in silentio et pace, in
men sura aequa et justa venditione, dux totusque excercitus regnum Ungariae, usque ad
Mallevillam 2 pertransierunt , ubi rex in manu ducis Ralduinum fratrem suum restituit ,
ac dehinc, nimia dilectione commendato duce, fratreque ejus, in donis plurimis et osculo
pacts , rex in terram suam reversus est. Dux vero et omnis comitatus ejus , in villa Belle-
1 In. | 9 Maleville , nom qn'on ne rencontre dans aucun g^o graph t , remarquent let auteort de VArt d*
virifierles daft, 2* partie, Id. in-8° de 1818, t. VII, p. 410.
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708 APPENDICES.
grava ', Bulgarorum hospitio, pernoctaverunt , quam Petrus Eremita et illius excercitus non
longe ante depraedati combusserant.
Capitdlum octavum. — De profectione Godefridi, ducts Lotharingia, etsui exercitus per Grmciam.
Legati imperatoris Graecorum Godefrido duci a Bellegrava silvas Bulgarorum ingresso
occurrerunt , in haec verba nuntia deferentes : « Alexis , im per at or Constantinopolis regni
» Graecorum, duci Godefrido suisque sequacibus integram dilectionem. Rogo te, dux
» christianissime , quatenus regnum et terras meas quas ingressus es . gen tern tuam vastare
>» et depraedari non patiaris, sed emendi necessaria licentiam obtineas, et sic omnia
» sufficienter ex nostro imperio emenda et vendenda tui reperiant. » Hanc itaque impera-
toris benevolentiam dux intelligens , suis universis indixit , ne deinceps quidquam aliqua
injusta vi contingerent praeter pabula equorum. Sic ergo paciOce transeuntes Niz 2 , posthaec
Sterniz 3 , dehinc Phinepopolim 4 , civitatem praeclaram , pervenerunt. Ast ibi duci nuntiatur
quoniam imperator Hugonem magnum , fratrem regis Franciae, et quosdam secum , in vin-
culis et carcere detineret. Quo audito , dux imperatori legationem misit quatenus hos prin-
cipes terrae suae , quos captivos tenebat , libertati restitueret , alioquin se (idem et amicitiam
illi servare non posse. Deinde dux Andrinopolim et hinc Salabriam, cum suo excercitu
profectus est , ubi reversi nuntii ducis ab imperatore retulerunt quoniam captivos prin-
cipes minime reddidisset ; unde statim, ex praecepto ducis , omnis terra ilia in praedam data
est peregrinis. Imperator autem intelligens regionem graviter depopulari, per nuntios
suos ducem rogat, ut exercitum a vastatione regni cohibeat, et captivos quos dux petebat
reddet sine dilatione ; cui legationi dux acquievit, cum uni verso comitatu peregrinorum, ten-
dens Constantinopolim. Et ecce in occursum ejus Hugo, frater regis Francorum , Drogo ,
Clareboldus et Wilhelmus Carp en tat or, Jaxati ab imperatore , duci adfuerunt in amplexus
suos et caeterorum principum, multo gaudio plurimoque osculo, corruentes. Similiter et
legati imperatoris duci occurrerunt , rogantes eum ut intraret palatium cum aliquibus primis
de exercitu ut audiret verbum imperatoris. Ast vix hanc legationem dux accepit , et ecce
quidam advenae de terra Francorum occulte commonuerunt ducem ut caveret versutias et
verba dolosa imperatoris. Dux ergo sic permotus ad imperatorem minime introivit, quapropter
imperator emendi et vendendi licentiam exercitui interdixit , donee per praedas regni sui
coactus , licentiam emendi et vendendi omnibus iteraret. Rursum imperator per suos legatos
ducem admonet ad eum ingredi et verba ejus intelligere , cui dux viros egregios direxit
Cono do Monte-Acuto. nuntios, Cononem comitem de Monte-Acuto, Balduinum de Burgo et Godefridum de Asscha ,
Baidninus de Burgo. ut excusarent ipsum dicentes : « Godefridus dux imperatori magniGco fidem et obsequium.
Libenter et optato ad te ingrederer, honores et divitiasdomus tuae considerarem, sed terruerunt
1 Bidligrad ou Belgrade, antrement Stuhl- Wiessembourg ou en hongrois Szekes-FeyeM-Var.
2 Niz , fttua , WUken , 1 , 80, 84, 88, IV , 64.
9 Sterni*, Straliiium , Stralitce, WUken, I, 87, IV , 67.
4 Phinepopolim, VhHipipoipoUn.
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APPENDICES. 70D
me mala plurima quae auribus meis de te innotuerunt. Nescio tamen si vel invidia aut odio
tui haec adinventa sint et vulgata. » Rex siquidem haec audiens plurimum de omnibus se
excusavit. Regressi autem nuntii ducis omnia quae ab ore imperatoris audierant , in bonum
retulerunt ; verum dux mellifluis promissis ejus adhuc non credens , ipsius colloquium refu-
tavit, ob quod imperator non solum licenliam emendi et vendendi subtraxit, sed etiam
constituit in brachio maris quingentos Turcopolos arraatos , arcentes sagittis suis a littore
peregrinos, ne illisemereex solito alimenta liceret. Tunc inter Balduinum, fratrem ducis, et
gentes imperatoris ventum est ad praelium, in quo hinc et hinc plurimi ceciderunt, sed
Balduinus praevalens carapum et victoriam potenter obtinuit, et tunc ex praecepto ducis
populus terrain imperatoris perlustrans curriculo sex dierum graviter depraedatus est. Quo
cognito, imperator duci et suis legationem misit in haec verba loquens : « Cessent inter nos et
vos inimicitiae, et dux ad me ingrediatur, (iduciam et obsides a me recipiens, quod sine aliqua
dubietate incolumis veniat et redeat certus de omni honore et gloria , quam sibi suisque
facere poterimus. Quod benigne dux annuit, si tales darentur obsides quibus ipse de vita et
salute sua credere posset. Conventum est tandem ut imperator (ilium suum , Johannem no-
mine , obsidem daret ; dux igitur Cononem comitem de Monte-Acuto , et Balduinum de Burgo ,
viros nobilissimos , ad suscipiendum obsidem imperatoris (ilium confidenter direxit. Adducto
autem obside imperatoris Clio ac in potestate ducis suorumque fideli custodia constituto ,
dux sine mora per brachium maris Gonstantinopolim advectus est , et assuroptis principibus
caeterisque egregiis viris, audacter imperatori facie ad faciem adstitit ut audiret verbum ejus.
Imperator autem, tarn honorifico duce viso et ejus sequacibus in splendore et ornatu pretiosa-
rum vestium, quibus Gallorum principes praecipue utuntur, admiratus et honorem et decorem
illorum , primum ducem in osculo benigne suscepit, dehinc uni versos primates et collaterals
illius eodem pacis osculo honorare non distulit , et posthaec imperator duci in haec verba lo-
cutus est : « Audivi de te quoniam miles et princeps potentissimus tua sis in terra , et vir
» prudentissimus et perfectae fidei , quapropter te in Olium adoptivum suscipio , et universa
» quae possideo in tua potestate constituo , ut per te imperium meum et terra a facie prae-
>» sentis et adfuturae multitudinis salvari possit. » Et iis pacificis et piis imperatoris sermo-
nibus dux placatus non solum se in (ilium , sicut mos est terrae , sed etiam in vasallum junctis
manibus reddidit cum universis primis , qui tunc aderant et postea subsecuti sunt. Et sic
dux ad suos rediens, imperatori Glium suum restituit. Nee mora, ex aerario imperatoris
allata sunt dona inaestimabilia duci et cunctis qui convenerant. Sic vero imperatore et duce
perfectae fidei et amicitiae vinculo confeederatis , a tempore Dominicae nativitatis quo hsec con-
cordia contigit , usque ante paucos dies Pentecostes , per singulas ebdomadas , quatuor viri
aureis Bysanciis onerati , cum decern modiis monetae Tartarii de domo imperatoris duci mitte-
bantur quibus milites sustentari possent. Posthaec in principio quadragesimae , ad preces
imperatoris , dux et omnis excercitus , trajecto flumine , in pratis Cappadociae castris positis
commoratisunt. Postea Boemundus, princeps Apuliae , Cecil iae et Calabriae decern millia habens
equilum et pi u rim as copias peditum , descendit , et ante muros civitatis Gonstantinopolis
adstitit, qui etiam homo imperatoris faclusest et ab ipso honoratus. Brevi dehinc intervallo.
adfuit Robertus, comes Flandrensis, cum immensis copiis, quern imperator etiam in suum va- Roberta, comes Flan-
drensis.
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710 APPENDICES.
sallum recepit. Sane non multo post tempore, tarn egregiis viris in pratis Cappadociae in unum
collatis , placuit ex communi consilio quatenus viam conlinuarent versus civitatem Niceam ,
quam gentilis Turcorum imperatori injuste ereptam suo subjugavit domino. Eadem siquidem
die, qua castra moverunt, Rufniel 1 applicuerunt, ubi Petrus Eremita prsstolans principes cum
paucis reliquiis suae attritae multitudinis excercitui adjunctus est. Tatinus etiam vir truncati
nasi , imperatoris Gonstantinopolis secretorum conscius, cum auxiliari manu militum ab eodem
imperatore ductor christiani excercitus, eo quod loca regionis sibi nota essent , deputatus est,
promisitque imperator principibus quod ipse personaliter cum omni sua virtute sibi assiste-
ret, si eos Anthiochiam contingeret obsidere.
Capitulum ifonuM. — De bello ante Niceam et de captione urbis, de bello in VaUe-OreUU.
Principes una cum toto exercitu, anno Domini millesimo nonagesimo septimo, in principio
quadragesimae , Nicheam urbem descenderunt , quo Godefridus dux primus obsidionem, ante
majorem portam urbis positis castris, constituit fieri. Subsecutis vero principibus festinato
itinere , et ipsi castra metati, circa eamdem urbem, quae insuperabilis videbatur, in decreta sibi
parte consederunt. In hac urbe antiqua et munitissima Solimannus, princeps Turcorum , vir
nobilissimus sed gentilis, domino praeerat, qui, audito Christianorum intentionis adventu,
omni armatura fortium virorum civitatem munivit, quam et alimenta copiosa undecumque
intulit collecta, et portas undique firmissime obstruxit, sic quod a praesidio Niche a? egressus
propter auxilium quingenta millia virorum equitum pugnatorum contraxit , cum quibus ad-
veniens christianos peregrin os grave bellum commisit, sed de gratia Dei, victoria populo
catholico cessit, anno Domini millesimo nonagesimo septimo, tertio nonas Marti i. Unde Soli-
mannus cum suis superstitibus in montana luga versi sunt, nulla ulterius pugna in hac obsi-
dione populum Dei aggredi audentes. Christiani vero ex hac victoria gaudentes, conjurant,
se non recessuros quousque urbs capta imperatoris Graecorum potestati restituatur qui illam
in dolo Solimanni amiserat. Post longam obsidionem , post multos assultus et gravia damna ,
turris fortissima , magistra civitatis capta est ; post cujus contritionem , node sequenti , uxor
Solimanni fugiens, a militibus christianis capta et in custodiam principum cum duobus tenellis
filiis reposita est. Tunc Turci desperantes claves urbis offerunt , si ipsis vita donetur, quod ita
actum est. Et quia principes christiani juramento promiserant castra vel civitates de regno
Graecorum se non alias quam ex imperatoris voluntate retinere , Niceam captam quae haeredi-
tario jure ad regnum Graecorum pertinebat, in manus Tatini truncatae naris ad opus sui
domini imperatoris Constantinopolitani reddebant, et insuper mittebant eidem imperatori
captivos , salva vita illorum. Nobilissima uxor Solimanni , cum duobus suis teneris filiis nee
non et omnes , qui cum civitate Nicia venerant in deditionem , et multi christiani de exercitu
Petri Eremitae, qui apud Niceam captivi tenebantur, relaxati sunt. Porro exercitus Dei, capta
Nicea , securus et nihil metuens per mediam Romaniam communi agmine iter faciens , post
1 Plus ba» Ravenel.
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APPENDICES. 711
biduum divisionem ejus fieri decrevit, ut liberius, et spatiosius in castris tantus populus ha-
bitaret ; itaque Boemundus, cum suis sequacibus , a dace Godefirido , dissociatur, sic tamen ut
amplius miliiario ab invicem non elongarentur. Qua siquidem facta divisione, Boemundus cum
suis(processit) in vallem Borgamam, quaedicitur Orellis, circa horamnonam, utcastralocaret.
Capitulux vigbsixgx septihvh. — Qualiter Oliverus de Leefdale {ilium imperatoris Romanorum
et Godefridum-cum-Barha , comitem Lovaniensem, liberavit 1 .
Liberata nunc ex manibus Sarracenorum sancta urbe Jherusalem, stylum nostrum ad stre-
nuum militem Oliverum de Leefdale convertamus , qui parum temporis ante hanc , de qua
locutisumus profectionem Jerosolymitanam , cum quatuor sociit sub specie mercatorum , Hein-
ricum, (ilium imperatoris Romanorum, et Godefridum-cum-Barba , comitem Lovaniensem, fuit
quaesitum. Uic post longos labores multaque viarum pericula cum sociis suis , sub salvo con-
ductu regis, etobtenta licentia, ut licite posset negotiari , intravit Armeniam, in qua sunt
plures magnae et ditissimae civitates , in quibus de singulis mercibus et praecipue ponderabi-
libus inaestimabilis fuitmercatura, inter quas Taurisium est famosior. Uanc civitatem et plures
alias in regno Armenia?, foraque et nundinas illarum Oliverus ut mercator saepius visitavit,
§ed merces suas videlicet arma bellica , quae illuc adduxerat , adeo care appretiavit , ut pro
quarto denario vix aliquis quidquam ex illis emere voluisset. Contigit ergo ut Oliverus qua-
dam vice rediens ad civitatem magnam et bonam , nomine Artyron , quae ad unam dietam
prope fluvium Eufratem sita est , aliquot ibi diebus moraretur, et dum una noctium post
coenam de diversis cum bospite solus colloqueretur, quaesivit Oliverus de potentia regis
Armeniae , et an ipse multos principes haberet sibi subjectos, cui hospes respondens , regem
suum magnificavit. Ast tunc quaesivit Oliverus , an rex ipse in bello Ungarico quod ante tres
annos habuit contra imperatorem Romanorum , aliquos de suis magnatibus amisisset. Cui
hospes respondit quod sic; quodque in vindictam necis eorum ipse teneret duos nobiles
Romanos perpetuae captivitati damnatos. Haec audiens Oliverus , ore laeto ait : « Pro Deo die
» mihi, bone hospes, qui sunt illi nobiles captivi, et si tu etiam videris illos. » At illi hospes res-
pondens , dicit : u Etiam, eos vidi hie in hospitio, dum rex de praefato bello rediret , quorum
» corpora , gestus et mores ipsos nobiles esse docebant , sed qui fuerint , etiam rex ipse tunc
» ignoravit. » Tunc Oliverus ait : a Rogo , mi hospes, die quo in loco ii detinentur. » Quod
contra hospes : « Et tu , rogo , die mihi cur de iis tarn studiose inquiris ? » Cui Oliverus subri-
dens ait : « Quod petis , libenter edicam ; ego ut mercator diversas terras percurrens , didici
>» quod quisque magnifica gesta ex remotis partibus libenter exaudit , unde sicut tu grate
w accipis tibi referri quae in aliis regionibus contigerunt , ita et aliarum provinciarum incolae
» attentas mihi aures praebebunt , dum coram eis ex hoc regno aliquid magni narrare vo-
n lam. » Quibus auditis , dixit hospes Olivero : « Scito quod in Rages , civitate quondam Me-
1 Ce qai suit temble *trc tradait de quel que romtn ; let nombrcax dialogues , les formes du style , tout
retrace la maaiere des trouteres.
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712 APPENDICES.
)» dorum , quam rex Armenia? conquestam tenet , est castrum regium , in littore fluminis
)» perfluentis, cui adjacet turns fortissima, undique in flu mine sita, et rex jurejurando fir-
). mavit nemini ex iis quos ibi mitli juberet, gratiam impertiri, et, me audiente , rex in suo
» regressu de bello Ungarico supradicto, praefatos duos nobiles .mittens hinc ad Rages,
>» in iJJam turrim detrudi mandavit, et ita, etiam si adhuc vivant, de quodubito, nulla
» ipsis superest spes evadendi. » Haec autem intelligens, dicit Oliverus : « Gum regum
)» conditio piissima sit , miror cur rex hos nobiles viros , quibus quod sibi cum suo imperatore
>» occurrerunt in bello , solum et non aliud crimen sit , perpetuae captivitati subjecit. » Cui
hospes respondens dicit : « Quantumcumque nobiles sint , qui capiuntur in bello , servi sunt
» regis, in cujus manu vita et mors illorum dependet. Magna est itaque pietas regis, qui
» ipsis vitam etsi non liberam donavit; quod autem redimi nequeant, non severitati ad-
» versus illos debet adscribi , sed suae pietati , qua oblenire cupit dolores parent um quorum
» proximi magnates in praedicto bello ceciderunt. » His itaque pertractatis , dixit hospiti
Oliverus : u Sicut jam regis tui virtutes intelligo , ita et gloriam ejus ad aures longe hinc
» commorantium referre conabor. » Sane poslhaec , opportunitate captata, Oliverus cum suis
ad civitatem Rages se conferebat , et ut dispositionem ac situm turris , de qua praefertur,
perfectius consideraret , in quodam hospitio stante extra civitatem supra littus, seu ripam
fluminis , se locavit. Etsi manens ac semper ad idem hospitium rediens in Rages, et in aliis
civitatibus vicinis fora et nundinas frequentavit per medium annum , antequam alicui quid-
quam de suo secreto detegere vellet. Tandem autem ex divina conversatione sui hospitis ,
qui nomen Simarus habebat, audacior factus quadam vice, ipsis duobus solis existentibus ,
dixit i II i Oliverus : « Die mihi, Simare, si recte videam, tu nostri ritus homo es christianus. »
Cui Simarus : < Equidem quoniamet Armeni christiani sunt.» Astilli Oliverus: uScio, sed non
per omnia nostri ritus et sectae Romanae , ut tu mihi videris. » Tunc Simarus hospes suspirans
ait : u Recte judicasti , ecce ego ex regno Angliae natus traxi hie moram per annos viginti, in
)» hoc flu mine solus ex auctoritate regis piscaturam exercens, per quam admodum dives factus
» sum ; sed quia liberis careo, post mortem meam , rex omnia sibi toilet , et hinc valde dolens, ad
» patriam natalem tota mente suspiro, dummodo salva vita , et bonis quaesitis , illuc pervenire
» valerem. » Illis auditis, gavisus est Oliverus et ait ill! : « Si fidem mihi geras , et earn vice versa
» mihi servare promiseris, rem secretam tibi pandam, ad quam si cooperari volueris , re-
» dibis ad patriam et ibi multo amplioribus, quam hie divitiis et honoribus perfrueris. »
Quid moror ? Adstipulata hinc inde mutua sibi fide , dixit Oliverus : « Ecce ante annos qua-
>» tuor habuit rex Armenia? , cum suis complicibus , bellum in Ungaria contra imperatorem
» Romanorura, in quo duos nobiles milites quorum unus comes et alter filius imperatoris,
» est, cepit, quos, ut audivi, in turri hujus castri jussit retrudi; quod si industria et ope
» tua illi possent liberari, scias te , ad multa potiora , quam hie habes, in natali tua patria
» promovendum. :> Quibus auditis, respondit Simarus : « Scio duos ibi captivos detineri ,
>» sed an isti sint, quos tu quaeris ignoro ; quod et si illi essent, scias regem juravisse nulli se
» gratiam facturum quern ad illius turris captivitatem damnaverit; nihilominus loquar
» ipsis , si potero , et qua arte vel ingenio extrahi possent inquiram. » Porro altero mane
Simarus cum sua navicula vadit piscatum , jecitque rete subtus turrim , tarn prope ut cap-
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APPENDICES. 713
tivos,siprospicerent, percancellosalloqui posset. Illi autem, ut captioni piscium intenderent ,
ad fenestram se dederunt, quibus dixit Simarus : « Salus vobis, domini, et si unus vestrum
» comes Lovaniensis et alter filius est imperatoris Roma riorum , sermone brevi mihi edicito ,
» quia diu vobiscum non audeo confabulari. » Qui respondentes dixerunt : u Et quis misit
» te aut de his ioquirere jussit ? » Quibus ait Simarus : « Crastino mane ad ortum solis,
» ilium vobis adducam , ut sibi loqui valeatis. » Et sic Simarus a turri abscedens , in medio
fluminis rete projecit, et captis piscibus, qui sufficere poterant , domum reversus, quid ac-
tum sit , Olivero narravit. Ast sequenti diluculo , Oliverus vestem induens piscatoris cum
Simaro, hospite suo, ivit piscatum, quern duo captivi , a longe videntes, dixerunt ad invi-
cem : « Quis ille sit ignoramus, quia veste dissimulata venit. » Cumque Simarus rete penes
turrim jactasset, dixit captivis piscator dissiraulatus : « Sal vet et liberet Deus dominos meos
» captivos , quos ego Oliverus de Leefdale longo et multo labore quaesivi. » Sed quia spatium
Ioquendi ipsis furtim cessit, breve id faciunt ne fieret suspectum. In quo tarn an gusto tem-
pore de instru mentis et ingeniis quibus captivi evaderent et de aliis multis ad id conferentibus
mature concludunt. Itaque limas et alia instru men ta , seu ingenia opportuna , Simarus postea
captivis adduxit , qui illi certum signum dandum constituerunt , per quod dum ipsi elabo-
rassent, ipse cognosceret. Interim autem quo captivi effractioni intendunt, Oliverus cum
Simaro student quo modo post effractionem ipsi melius evadere possint, prae videntes quod si
ipsi cum illis simul abirent , statim ministri regis eos insequerentur, et si sic contingeret eos
deprehendi, rex omnes mala faceret morte perire, et ob id statuerunt, quod praedicti duo cap-
tivi dum evasissent , deberent praecedere usque in civitatem Lathiam , sub imperio Tartaro-
rum ibique ipsos exspectare, donee rumor in Rages sedaret. Quippe dum praefati captivi
cum instrumentis sibi allatis per magnos labores cancellos ferreos effregissent , signum praes-
titutum dant piscatori, qui proxima nocte illos ex turri in sua navicula recipiens, in do-
mum suam, ubi Oliverus erat, adduxit. Quanta autem tunc ipsi redemptiet Oliverus hinc inde
mentis exultatione plaudebant, vix aliquis etiam lingua disertus brevi posset stylo describere.
Sed quia mora saepe nocuit, praefati redempti, post modicam cibi et potus sumptionem, patriae
vestibus induti et pecunia ab Olivero accepta, iter versus Lithiam, civitatem Tartarian, carpunt.
Quibus Simarus unum ex famulis suis ductorem viae delegit, et ibi prout fait ordinatum, in
hospitio manentes Oliverum et Simarum secuturos , exspectabant ; sed heu ! longe aliter ipsis
evenit, nam mane facto mox quod captivi evasissent innotuit, statimque suspicio adversus Oli-
verum et Simarum exorta, ipsos in eamdem turrim ex qua alii evaserant, detrusit, firmaturque
turns fortius quam antea fuit , ne et isti similiter evadere possint.
Capittjlcm viGEsraiM octavum. — De hello inter Tartarorum, Turquiwet Georgia reges, etquomodo
Godefridus-cum-Barba , comes Lovaniensis , iterum captivatur.
Minniotus, rex Turquiae, tam ex eo, quod Turci pulsi ex regno Persarum ad ipsum con-
fugerunt quam ex affinitate regis Medorum, cujus Gliam, nomine Gorgoniam, pulchram valde
uxorem accepit, potentior factus , tributum solitum a Tartaris exegit. Quod dum Cangis-Can ,
rexTartarorum,negasset, Minniotus, rex Turquiae, cumMancredo gigante,regeGeorgiae, quern
Tom. II. 90
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714 APPENDICES.
ipse in suum auxilium advocavit, in validissima manu regnum Tartarorum invadunt. Quo-
contra Cangis-Can in omni sua potentia illis disponit occurrere. Ast interim Heinricus et Go-
defridus, qui ex Armenia evaserant et apud Lithiam Oliverum et Simarum exspectant, per
clientesCangis-Can, regis Tartarian, tamquamexploratores terra apprehensi, adcivitatemOrda
coram eodem rege qui jam exercitum contra hostes collegerat, adducuntur, et interrogati qui
sint et unde veniant, illico responderunt : « Nos sumus milites christiani et cum duce Gode-
» frido et fratre ipsius Balduino , aliisque innumeris , veniraus ut iremus in Jherusalem, sed
» apud castrum Ravenel l gentes Solimanni principis Turcorum nos ceperunt, sed per gra-
» tiam Dei manus ipsorum evasimus , et quia a ducibus et exercitu nostro sumus sequestrati
h et guerras hie vigerecognovimus, statuimus yestram majestatem accedere, vobis servituri si
» placuerit, ea conditione, ut si quid bene ac praemio dignum egerimus, nos patriae nostras
w reddere debeatis. » Quibus auditis , gavisus est Cangis-Can et annuit petitis ipsorum , praer
sertim ex eo quod iis diebus de victoria Godefridi ducis atque excercitus christianorum
contra Turcos , quam de aliqua re alia fama celebrior fuit. Plurimum ergo Cangis-Can in
his duobus militibus christianis confidens , arma ipsis apta procurat , et sic cum toto suo
exercitu debite partito hostibus occurrens, grave bellum a mane usque ad vesperam commisit ,
in quo Heinricus Minniotum, regem Turquiae, et duos admiraldos , ac Godefridus quinquead-
miraldos praeterquam plures alios, occiderunt. Unde ipsi nocte post bellum apud Cangis-
Can regem maximo honore sunt venerati, sciscitabaturque rex ab eis consilium, quid in
crastina luce esset aeturus. Qui responderunt, ab impugnatione hostium non esse cesaan-
dum donee illos a regno expulerit. Sane ex altera parte, gentes Minnioti regis Turquiae occisi,
mortem sui domini deplangunt. Mancredus vero, rex Georgia? , suis admiraldis collectis, quid
proximo mane acturus sit, sciscitatur. Qui respondentes dixerunt: « Mors regis Minnioti cau-
u sam nostram deteriorem fecit, turn quia ipse fuit hujus guerre origo principalis, turn
» etiam quia gentes sua?, jam amisso rege, simul et bellandi animum perdiderunt. » Quibus rex
Mancredus : « Fateor, inquit; attamen expedit quaerere viam , ut hoaeste bine abeamus. Con-
h oapi ergo Cangis-Can regi offerre duellum, ut sio inter nos duos, sine pluri damno
>» utriusque exercitua, causa sopiatur. Quod si ipse forsan senium suum allegans meeum
n congredi non audeat , habeat campionem , sub hac obligatione , ut quicumque nostrum
u suooubuerit, simul et causam amittit. » Quod verbum regis Mancredi dum a suis consiliariis
esset eonoorditer approbatum, duo admiraldi regi Cangis-Can attulerunt, qui cum suis deseper
dqliberans, seipsum a duello , praetextu aUatis , defendit , sed si quisquam ex suis id pro eo
facere vult, magnos se illi honores daturum promiuit. Ad quod omnes sui pro eo, quod Man-
credus gigas esset tacuerunt , unde Cangis-Can rex motus perdoluit. Quod notans Godefridus ,
duellum pro rege suscepit. Porro altero mane, Turquinis id ignorantibus, adstipulatum est
duellum, sub omni firmitate, ita ut Georgini et Tartari, hinc et hinc depositis armis, ad
locum convenirent duelli , quod et ita fecerunt. Mancredus autem et Godefridus , ab hora
primarum usque post meridiem , mutuis ictibus se nimium fatigarunt. Ast Turquini , horum
ignari, intentoriis suis a mane stantes armati exspectabant , ut a rege Mancredo ad bellum
1 Plot htut Hvfnul.
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APPENDICES. 715
vocarentur, et dum nihil perciperent , duos admiraldos miserunt , ut super agendis regem
Mancredum consulerent. Qui venientes ad locum duelli, videntesque Mancredum regem con-
tra christianum militem dimicare, omnes etiam, lam Tartaros quam Georginos , hinc inde
inermes existere , mirabantur valde , et quaerentes quaenam res esset , pactum ita hinc inde
firmatum esse didicerunt , quod et ipsi suis referebant. Quippe Turquini , his auditis , con-
siderantes quod ipsi hujus guerrae contra Tartaros pars essent principalis, quodque ipsis
maximum in bello damnum pertulissent, praetenderunt quod rex Mancredus, ipsis ignoran-
tibus , de guerra finienda cum Tartaris pactum validum facere non potuerit. Currunt ergo
ad locum duelli, sed antequam approximarent Godefridus Mancredo regi lethale vulnus inflixit.
Quo facto , mox Turquini campum duelli irrumpunt , et tarn Mancredum regem quam Gode-
fridum virapientes secum abducunt, occiduntque et vulnerant multos ex Georginiset Tartaris
inermibus , qui illos defendere voluissent. Itaque Turquini Minuiotum regem suum occisum ,
et Mancredum, regem Georgiae, lethaliter vulneratum, atque Godefridum-cum-Barba Gorgoniae
reginae suae dominae adduxerunt, quae, Minnioto regiae commendato sepulturae, Mancredum,
uttantum decuit regem, benigne suscepit, expertis cyrurgicis curam sui vulneris commen-
davit , sed quia vulnus lelhale fuit , Mancredus rex infra octo dies moriens exspiravit* Cujus
corpus omni cultu regio honoratum, Gorgonias regina Amistando, filio Mancredi, transmisit,
et Godefridum-cum-Barba in carcerem jussit recludi. Acta sunt haec anno a nativitate Domini
nostri Jesu Christi millesimo nonagesimo nono.
Capitclcm vigesimum non on. — Quotnodo Henricus , filius imperatoris Romanorum,
adpatriam reveraus est.
Cangis-ran, Cex Tartariae, etHeinricus, filius imperatoris Romanorum, pro captivitate Gode-
fridi-cum-Barba valde dolentes Grmiter tenent quod Gorgonias regina Turquiae , in vindictam
necis sui mariti , diversis ipsum pcenis affectum , tandem dira morte consumet. Dixitque rege
Heinricus : u In carissimo socio quern amisi magnum mini damnum allatum est, sed et
» alium habui qui nos duos a captivitate , quum in Rages tenebamur, Hberavit, dixitque
» quod ipse nos pereuntes in Lathiam sequeretur, et quoniam non venit vellem scire , an
n aliquid adversi sibi accident. » Quod audiens Cangis-Can misit in Rages nuntium, qui
inde rediens, reportavit Oliverum et Simarum in eadem turri esse reclusos , in qua Heinricus
et Godefridus jacuerunt. Haec audiens Heinricus , et de vita tarn Godefridi , quam Oliveri,
quibus nequit subvenire penitus desperans , petit a Cangis-Can rege consilium , quomodo
ipse trans manus hostium populi chrisliani ad patriam suam securus redibit. Cui rex ait :
« Si apud nos manere volueris , inter primates regni te honorabo , quod si repatriare
» mavis, quae pepigi tecum perficiam. » Et dans sibi multa donaria, usque in Constantinopolim
secure ipsum remisit. A Gonstantinopoli autem venit Heinricus Romam, et ibi audiens
palrem suum imperatorem esse Mediolani , ipsum equo veloci accessit , a quo magno mentis
tripudio , vivens qui mortuus putabatur susceptus est. Et dum imperator omnia quae Heinri-
co suo Glio et Godefrido contigerant et modum liberationis ipsoram audierit, gratias egit Deo
omnipotent , qui suos in tribulationibus non deserit, et brevi exhinc tempore , imperator
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716 APPENDICES.
cum Heinrico suo Olio Alemanniam petunt, ubi Heinricus Sophiam ', sororem suam, patri
reconciliat consolaturque earn super absentia comitis Godefridi , quern , ut dolorem sororis
mitigaret, contra mentem suam dixit cito rediturum.
Capitclom trigesimem. — Ouomodo Godefridus-cum-Barba Gorgoniam reginam Turquiw duxit
uxorem.
Amistandus, filius Mancredi, rex Georgia?, mortem sui patris Gorgoniae, reginae Turquiae, re-
lictae Minnioti regis occisi, injecit, volens earn propterea bello deprimere, nisi duos admiraldos,
qui patrem suum ceperunt, etiam mil item christianum, qui illiplagam mortis incussit, sibi trans-
mittal Quod cum reginae per nuntios Amistandi esset allatum, ipsa, coacto consilio suorum
fidelium , dixit quod ipsa regem Mancredum, non ut captivum sed ut vulneratum excepit,
fovitque ut fratrem , ac ipsum defunctum sub regio honore Clio remisit , et sic se ejus mortis
innoxiara esse praetendebat, petivitque finaliler a suis consilium, quid inhac re ipsa consultius
agat. Cumque desuper sui (3 deles aliquandiu disputassent, tandem unus in quo magna consilii
auctoritas pendebat, ait : » Durum esset, domina, ut vos fideles admiraldos vestros in manus
hostis traderetis, sed si Amistandus, cum milite christiano, qui patrem suum occidit possit
pacari, ilium sibi mittendum potius quam bellandum esse consulerem. Ad quern regina dixit :
u Quid, si sic Amistandus nolit esse contentus? Et etiam miror, inquit, ob quam causam, ut
» nocentior cbristianus miles , qui dominum suum duello provocatum defendit , potius quam
» nostri admiraldi , qui regem in stadio pugnantem violenter ceperunt , tradi debeat Amis-
it tando. » Haec illi audientes subticuerunt. Quod notans regina subjunxit : « Si dominus
)> meus rex adhuc viveret, non vererer Amistandum, quem jam vidua et omni solatio desti-
>» tuta vehementer pertimesco , unde vos Odeles meos rogo , ut rem ipsam matura delibera-
» tione pensantes , quid agere debeam unico contextu statuatis. » Itaque consilium usque in
alteram diem protrahitur , et interim hi duo admiraldi quos Amistandus sibi transmitti
postulavit cuidam secreto familiari regina? loquuntur, dicentes : «Scisnein quo reginam offen-
)» dimus aut cur in oculis suis par nobis est miles cbristianus, qui hie captivus detinetur? >»
Quibus ille respondit : « Non , sed scio quod regina frequenter ilium in carcere visitat , et inde
)» rediens solet nobis de virtutibus suis multa referre. » Cum autem haec amiraldi audissent ,
intelligunt reginam Godefridi captam amore, unde ut seipsos salvent omnibus viribus
statuunt obsistere, ut nee Godefridus Amistando tradatur. Statuta igitur die pro iterando
consilium , repetunt admiraldi quanta magnalia hie miles christianus in bello Tartario egit ,
afferentes quod ilium penitus laxare, potius quam hosti tradere, reginae esset magis honestum,
et si ille onus guerrae seu belli, nomine reginae contra Amistandum susctpere vellet, suadebant
1 La premiere femmedeGodefroid-le-Barbu, selon les chroniques, fut Sophie, fille ou scour de Pempereur
Henri V. Mais Butkent drt que ce fait est inexact puisqu'une charte de Tan 1150 donne expressdment le nom
d'Ide aladuchesse de Brabant. Bile e*tait fille d'Albert, comte de Namur, et dlde de Saxe. La seconde
femme du due Godefroid fut Cle*mence 9 fille de Guillaume Tite-Hardie, comte de Boorgogne, Teuve de
Robert de Jerusalem , comte de FJandre. Trophies de Brabant , I, 106. 107.
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APPENDICES. 717
ipsum absolvi. Quorum sententia cum ab omnibus probaretur, regina libenter sic fieri
decrevit. Quid moror ? Godefridus extractus a carcere coram regina et suis fidelibus produ-
citur, et an ad Amistandum mitti , vel onus belli , nomine regina? , contra ipsum intercipere
velit optio sibi datur. Qui illico , ut miles animosus, respondet : « Si liber essem et
» reginam quamcumque viduam injuste opprimi scirem, illam totis viribus conarer defen-
» dere, quanto magis ergo, tibi dominae regiriSe , fideliter assistant, si de tua gratia me
» liberum dones. » Cui regina ait : « Quam nobis cautionem praestabis quod , cum solutus
fteris > non effugies. » At illi respondit Godefridus : « Pignoraticiam aut fidejussoriam ego
» hie alienigena et ignotus praestare non valeo , sed ante finem guerrae non abire , juratorie
» et prout mihi possibile fuerit, libenter cavebo. » Et factum est ita. Hac igitur surapta con-
clusione , renuntiatum est Amistando quod regina neminem sibi tradet , quod si ipse prop-
terea earn injuste opprimere velit, ipsa in limitibus regni suae defensioni insistet.Quosiquidem
nuntio recepto, mox ulrimque parantur quaecumque ad expeditionem bellicam fuerint
requisite . Ast regina decorem moresque Godefridi notans , ac quanto ingenio quantoque
studio ipse singula circa rem bellicam opportuna procuret , de die in diem in ejus amorem
ferventius inardescit, adeo ut hoc praedictos admiraldos amplius non lateret, quos tan-
quam suos secretissimos regina ad se vocans , ait illis : « Video quam iste miles christianus in
» omni disciplina militari atque re belli ca ad plenum edoctus sit , unde ipsius patrocinio si
» nobis fidus permanserit , spero ab omni nobis imminenti discrimine liberari , sed valde
» timeo ne in medio guerrae fugiens nos desolatam relinquat. » Ast illi respondentes dixerunt :
u Si probus est , ut facies, mores, gestaque probant, sacramentum praestitum non violabit , nee
» scimus quo jure aut fortiori vinculo possit constringi. » — u Fateor , inquit regina , sed dubito
» anne beneficio strictius attrahi possit . » Quod audientes admiraldi , statim reginae men tern intel-
ligunt, dicuntque : « Equidem, domina, quod vires nequeunt, beneficium saepe quaesivit, et
» quanto ipse de gratia vestra majori potietur ben&ficio , tanto fortiori vinculo recognoscet se
» ligatum , et quoniam regnum istud post mortem regis Minnioti usurpatum tenetis , nos pri-
» dem desuper conferentes , arbitrabamur expedire , ut ipsum vobis maritum acciperetis , ut
» sic ipse honorem vestrum et regnum suum proprium non tan turn in hac guerra , sed sem-
» per strenue defensaret. » Quibus respondens ait regina : « Assentio quod melius esset cum
>» ipso regnum retinere , quam post fugam ejus a regno fugari, et ergo vestro consilio
>» utens , faciam quod suadetis. >» Vocato itaque Godefrido ad partem , dicunt ei amiraldi :
« Pro prudentia tua et sub pacto ut tibi semper in amicitia juncti maneamus , te , si vis ,
» magnum, et regem nostrum faciemus informabimusque dominam nostram reginam,
» ut te in maritum accipiat. » Quibus Godefridus respondit quod non nisi in patria sua uxo-
rem ducere velit. Quo audito, aiunt illi : « Ecce domina nostra regina, semper fugam tuam
» timens pro sua pace , decrevit te et nos tradere Amistando , precamur ergo ut ipsam ducens
>» uxorem salves te et nos. » Tunc Godefridus dixit illis : « Haec res ardua deliberatione eget ,
» ecce in carcere unde sum extractus duo sunt homines nostrae legis ; si placeat , educantur
» illi , ut consulam ipsos. » Allati sunt statim illi duo ex carcere , quorum unus fuit episcopus
Ben event amis et alter Reynerus, capellanus ipsius, qui ibi ultraduos annos captivi fuerant.
His Godefridus rem sui status ex ordine pandit, dicens : «Quamdam puellam nobilem despon-
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718 APPENDICES.
» savi in patria legitime per verba, de praesenti hinc promisi hie reginae, usque ad finem guerra-
» rum contra Amistandum regem Georgiorum assistere , quibus finitis , quam citius commode
u potuero , intendo repartriare. Nunc hi volunt ut Gorgonias regina uxor mihi fiat , aiioquin
» ipsa decrevit me tradere Amistando regi , qui in yindictam sui patris me statim occidet. Jam
" e g° perplexus, nescio quid agam ; si earn non duxero, mors corporis me exspectat , si duxero ,
» mortem animae pertimesco , turn quia ipsa aliens legis femina est , turn quia ego aliam quam
» adhuc spero vivere uxorem despondi. Turn etiam quia cum ista manere non intendo , et
» quia vos estis viri in lege nostra eruditi , peto doceri , quid in hac perplexitate , salva salute
» animae, facere possim. » Qui respondents dixerunt Godefrido : u Hie justissimus metus mor-
» tis, qui quemlibet etiam constantissimum virum perterret, haec omnia solvit ; nostra igitur
» auctoritate cum firmo proposito redeundi adpatriam cum potueris, facias totum quod regina
>» requirit , et ab iis angustiis quas patimur, liberes te et nos , et dum tibi bene fuerit , nostri
n memor esto. » His auditis , dixit Godefridus : « Quia vos estis viri rectae conscientiae ac in
n lege periti , vestro judicio me submittens , faciam quod suadetis. » Paratis itaque universis
ad id opportunis, inter Godefridum-cum-Barba et Gorgoniam, filiam regis Medorum, regi-
nam Turquiae , festa nuptialia in ambitione maxima celebrantur.
Gapitvlux TitGisniim htmtjm. — Quomodo Godefridus-cum-Barba Amistandum, regem Georgiw,
devicit, et de cenfc$deratione inter Godefridum et Cangie-Can , regem Tartarice.
Nuptiarum celebritate peracta , anno Domini nostri Jhesu Ghristi millesimo centesimo , Go-
defridus-cum-Barba, rex Turquiae, suos fideles ad expeditionem vocans, decern admiraldos et
triginta millia Turquinorum collegit, cum quibus contra Amistandum, regem Georgia? , usque
in fines regni sui in maximo apparatu perrexit. Ast fama loquax quod Gorgonias, regina Tur-
quiae , suo captivo militi christiano nupserit , quodque rex Godefridus in manu valida contra
praedictum Amistandum profectus est, cito ad regna vicina deduxit. Quod audiens Cangis-€an,
rex Tartariae , cum quadraginta millibus Tartarorum vadit ut Godefrido succurrat , sed ante
ipsius adventum Amistandus et Godefridus, adversus alterutrum, a mane usque ad vesperam,
grave bellum sub magno damno utriusque commiserunt. Nocte autem cum rex Godefridus
sequenti die praelium continuare putaret , adventus regis Tartarorum Amistando nuntiatur,
qui ilium Godefrido timens conjungi , ut adventum ejus prseveniat, offert Godefrido duellum ,
quod ille tertia sequenti luce agendum libens suscepit. Die autem praecedente duellum ,
rex Cangis-Can cum suis advenit, quern Godefridus ea qua potuit, et quam temporis angustia
patiebatur,affectionesuscipiens, die proxima contra Amistandum in stadio dimicaturus, con-
sedit. Quorum uterque dum a mane usque ad meridiem strenue pugn assent , cum tandem
Amistandus^ ut Godefridi caput secaret, gladium toto annisu in altum levasset, Godefridus
praeveniens ilium , in brachio tarn forti ictu , ut confringeretur, percussit. Tunc Amistandus
rex veniam petens , gratiam impetrat Godefridi , sub eo pacto , ut sibi et Gorgoniae reginae ,
juramentum praestet fidelitatis, quod Amistandus, vita sibi donata, laetissime fecit. Sane duello
peracto , Godefridus victor Cangis-Can , regem Tartarorum , sibi subvenientem , honorat , et
quod ipsi venienti, propter tunc instans duellum, debito minus impendit, id , nacto triumpho,
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APPENDICES. 719
perfecte supplevit ; suntque Cangis-Can et Godefridus reges sibi mutuo in stabili amicitia
confoederati. Narravit etiam Godefridus regi Cangis-Can per ordinem quidquid ei apud Gor-
goniam reginam accident , et non minus avide , de Heinrico socio , quo ille se divertit ,
sciscitatur, quern Cangis-Can dicit repatriasse, quodque ipse ilium redire volentem, juxta
pactum quod pepigerat , per suos usque in Constantinopolim salvum duxerit. Cui ait Go-
defridus : « Juste secum egisti , sed an ipse de quodam tertio milite christiano , qui nos duos
ex carcere liberavit, aliquid perceperit scire vellem.» Ad quod Cangis-Can respondens dicit:
u Utiquenam , et nuntii mei , quos ad preces ejus misi in Rages , reportarunt quod miles ille
una cum hospite suo et uxore illius ibidem in Turri ex qua vos liberavit detinetur. » Quod
audiens Godefridus ait : « Hoc durum mibi verbum est, nee unquam dulce erit mihi vivere ,
donee ille liberetur, ducens ergo bine totum exercitum, quern contra Amistandum collegi,
Rages obsidione cingam. » Cui Cangis-Can ait: «Non sic, frater, non sic, nam dum rex Arme-
nia? illius rei nuntia sciret , ad interiora regni sui ipsum mandaret transferri , feras igitur
patienter fortunam ad tempus, et ego temperabo, si qua arte, seu ingenio et via leviori,
ipsum valeam expedire, et casu quo non , ego tecum regi Armenia? guerram movebo , donee
militem ilium nobis libenter remittat. » Acquievit igitur consilio regis Cangis-Can Godefri-
dus. Porro post victoriam habitam contra Amistandum regem Georgia? , postque confoedera-
tionem lactam, cum Cangis-Can , rege Tartaria?, Godefridus-cum-Barba, rex Turquia?, reg-
num suum sub recta justitia regens,in firma pace constitnit, cbristianos, qui in regno suo sub
servitute Turquinorum degebant, ab omni oppressione exemit, et in singulis suis agendis
episcopi Beneventani , Reyneri capellani ipsius ac duorum admiraldorum , qui matrimonium
inter ipsum et reginam tractaverunt , consilio semper utebatur , et sic omnibus subditis suis
gratus existens, diligitur ab univerais, et praesertim Gorgonias regina ejus fervebat amore,
et tamen repatriare semper sua? menti ha?rebat, quod solum ad tempus distulit, donee
Cangis-Can , rex Tartaxorum , Oliverum ex carcere Rages liberasset.
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720 APPENDICES.
II.
ADDITION A LA CHRONIQUE DE BRUSTHEM,
INSEREE DANS LE PRECEDENT VOLUME.
Scripta sen annotate* quwdam quibus patet quomodo comitates Lossmsis pervenerit ad
ecclesiam Leodiensem l .
loos-is. Sub tempore Baldrici* qui fuit episcopus ab anno millesimo octavo usque ad annum mille*
simum decimum octavum , aegrotavit ad mortem Arnulphus ejus cognatus , comes Lossensis ,
a quo requisitus eidem sacramenta administravit , unde , in gratiarum actionem et etiam ob
consanguinitatem , eidem suum comitatum ac castrum obtulit , et uxorem superstitem ipsi
commendavit , insuper rogando , ut firma praesidia in toto comitatu collocaret adversus comi-
tem Flandriae, bellum gerentem contra dictum comitem et comitissam, qui praetendebat
hunc comitatum fuisse partem comitatus Flandriae , et abinde vi abstractum debere ad se
jure haereditario redire. Defuncto ergo dicto Arnulpho comite, ipsiusuxor Leutgardis super-
stes sterilis sine pignoribus , pro sui libertate oppidi et tutela , iter constituit ad Baldricum
episcopum. Interim comes Lovaniensis, qui diu bellum gesserat contra episcopum, perpen-
dens id esse impium, et volens in ejus gratiam redire , statuit hoc modo fortunam ten tare.
Nempe collecta equitum turma summa cum diligentia, comitissae Leodium tendentis iter
explorat. Inde facta velut hostium incursione , arcet transitum , captumque suum concludit
oppidum , ubi comes circa ejus obsequium liberalissimus exstitit , placide causas exponens,
quibus aperiebat se non odii causa id egisse , sed necessitati suae , quae maxima erat , hoc
pacto consuluisse. Rogabat enim comitissam ut apud episcopum pro sua pace componenda
intercederet , et sibi ad hunc effectum tanquam cognato aliquod allodium seu terram de suo
comitatu largiretur, et quod earn S to -Lamberto et episcopo pro sua pace et gratia recupe-
randa resignaret. Quod factum est , nam dicta Leutgardis Hornense allodium donavit , et
directis ad episcopum nobilibus pro ejus pace obtinenda , totum negotium componitur, et
comes ad hujus pacis commendationem , allodii quod a comitissa acceperat facit episcopo do-
nationem. Nihil autem hucusque aliud de comitatu Lossensi videtur a comitissa in favorem
episcopi dispositum.
Sub tempore Wasonis, qui fuit episcopus Leodiensis ab anno millesimo quadragesimo
primo usque ad annum MXLViil , dominus Hermannus , frater comitis de Los et archidiaconus
' Ex cod MS. qui exstat in bib. Burg. Brux. 685 F. quique preefert in fronte : Brusthemii opera historic a.
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APPENDICES. 721
Leodiensis , ampliavit ecclesiam de Los ad honorem apostolorum Petri et Pauli atque S. Odul-
phi confessoris , et in ea sex canonicos instituit , inque chori medio sepulturam accepit.
Arnulphus , comes Lossensis , valde favit Frederico , qui fuit episcopus Leodiensis ab anno
MCXVIII usque ad annum MGXXI, et hoc contra Alexandrum, qui vi et nobilium ope ac
Henrici imperatoris excommunicati donatione episcopatum occupabat, minori parte cleri
ipsi assentiente.
Sub Alexandro , qui fuit sex annis episcopus et depositus in concilio Pisa? anno MCXXXV,
fuit quaedam prodigiosa seu daemoniaca navis quae , innixa rotis ac magice agitata malign is
spiritibus , attractu funium fuit Tungris inducta Los-Castrum. Ad quam omnis sexus appro-
pinquans tripudiare et saltare cogebatur, etiam nudo cor pore. Ad earn feminae de mane stratis
exilientes accurrebant , dum dicta navis citbarae et aliorum instrumentorum sonitu resonaret.
Sub Rodulpho episcopo , qui fuit episcopus creatus circa annum MCLX , bellum inter Ge-
rardum , comitem Lossensem , et ipsum episcopum. Gerardus , armata manu , oppidum ejus ,
quod Tungris dicitur, ingressus , domum episcopi quae proxima erat ecclesiae , cum ipsa ec-
clesia succendit , hominesque praedatus est. Quo dolore stimulatus episcopus cum exercitu
peditum militumque terrain ejus ingressus, villas oppidaque ej us ferro et flamma pene delevit.
Sub Hugone de Pelraponte , qui fuit creatus episcopus anno MCC , cum Ludovicus , Los-
sensis comes , contenderet ad versus ducem Lovaniensem propter trecensum S. Trudonis , ad
episcopum Metensem pertinentem, suae quieti consulens, omnia castra sua videlicet Monte-
naecken, Brusthemium, Hanutum et omnem terram suam quam libere tenebat, S. Lamberto
tradidit, et super altare ipsius, vidente clero et populo, praesente episcopo Hugone, et duce
Ardennae Henrico , et comite Alberto de Muha , legitima reportavit donatione et de manu
episcopi in Dominium recepit. Episcopus autem Hugo praedicta castra et terram memoratam
in festo S. Johannis saisivit. Imminente igitur messe, dux Lovaniensis ad pugnam suos invi-
tavit , et obsidere oppidum S. Trudonis volens, in villa quae Landen vocatur suos papiliones
statuit. Gomes vero de Los ad episcopum veniens auxilium petit, et episcopus tarn de terra
sua quam aliena in auxilium comitis magnum congregat exercitum, quern in villa, quae
Waremia vocatur, collocat , ubi dum per octo dies in villa exspectat belli gerendi occasio-
nem , comes Namurcensis difficulter a partibus treugam impetrat , et sic uterque exercitus ad
propria revertitur. Paulo post episcopus Hugo et Ludovicus, comes de Los,pontem, trajectum
et aggerem , quern dux Lovaniensis exstruxerat , terrae adaequaverunt.
Anno MGCXIII sub eodem Hugone , post devastationem civitatis a duce Brabantino factam ,
venerunt episcopo in auxilium , et pro sumenda vindicta de dicto duce , comes Hannoniae
Ferrandus et comes Ludovicus de Los. Unde pacto fcedere episcopus et comes de Los ex uno
et Ferrandus ex altero latere terram Brabantini ducis invaserunt. Deinde etiam, pro obtinendo
triumpho B. Lamberti , apud Gustodiam de Steppes contra Brabantinum primus superadfuit
cum viribus suis Ludovicus, comes de Los, cum fratre suo Henrico et cognatis domino de
Heynsberch et domino Durachii. Die enim ante praelium, circa horam diei undecimam,
sciens episcopus comitem de Los suum apud Montegnies congregasse exercitum , misit ad
eum ut ei in crastinum hora prima cum suis occurrere festinaret. Quo facto profecti sunt
inde et super Jecoram fluvium , in villa quae Glaons dicitur , fixerunt ten tor ia. Exercitibus
Tom. II. 91
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722 APPENDICES.
congregatis , missisque exploratoribus , episcopo renuntiatum est quod in Custodia de Steppes
requiescerent Brabantini. Ideo in prima noctis vigilia praesul misit praecones per totum exer-
citum , ut universi surgerent et procedentes vexillum sequerentur beati martyris , ordinibus
congregatis. Unde per duo proficiscentes milliaria , rarescentibus tenebris, lucem imminere
conspiciunt; et ecce comes de Los et episcopus appropiantes amplexi suntinvicem, prae
gaudio lacry mantes. Die autem Dominica venit exercitus in Custodia de Steppes , ubi dux
cum suis nocte preterita fixerat tentoria. Qui super monticulum suas ordinavit acies, ut in
exercitum Hugonis episcopi ex descensu gravius possent infringere, praecepitque dux ex
suis militibus quinque pedites incedere , ut in comitem de Los repente irruerent et dejectum
interficerent improvise. Dicebat enim : «Si comes v ictus fuerit, reliqui nobis resistere non
valebunt. » Quod sic pene contigit, nam Brabantes videntes Leodienses paratos ad praelium ,
cum tanto impetu montis descenderunt crepidinem , ut eos procul retroque compellerent ,
prostrato quidem comite de Los ab iilis quinque militibus a duce ad id antea praeparatis.
Quern fraterejus Henricus tunc clericus, propositus Trajectensis , prostratum considerans,
in equum reposuit , aliquibus illorum interemptis , totumque pondus praelii versum est in
comitem. Et secundo et tertio sic prostratum quum quidam de Leodiensi exercitu intuens ,
de securi quam tenebat voluit percutere , ipsum aestimans Brabantinum , sed mox ut vocem
audivit clamantis : uEgo sum Ludovicus comes » , retraxit ille brachium et in equum comitem
relevavit. Tunc dux Ardennae stans pro Brabantinis , ut timorem Leodiensibus et Lossensibus,
qui in capite belli seu primo cornu stabant , incuteret : « Quid hie ultra moramini? inqult ,
praesul noster captus est et comes interemptus. » Quo audito , ipse comes : « Mentiris , ait ,
Deo, per fide, quia ego incolumis equo insideo et noster episcopus juxta nos est. » Verum
tamen Lossenses timore tanti rumoris perterriti, aliquantulum retro redierunt, perseveran-
tibus in praelio Leodiensibus et pro sua vita suorumque certantibus tarn acriter, invocato
S. Lamberti nomine, ut Brabantini fuerint coacti terga dare, et ex ipsorum numero sunt
tria et amplius millia interempti. Unde Lossenses iterum, audito rumore victoriae, velociter
ad pugnam reversi sunt, et quia jam Leodienses adversarios caedendo et interficiendo , per
milliare unum persecuti fuerant , dicti Lossenses mortuos invenerunt et spoliaverunt , et
quidquid in plaustris hostium repererunt , spoliaverunt* Itaque ilia fuga profuit subsequen-
tibus nocuitque praecedentibus. Sequenti vero die , cum Hugo episcopus vellet exercitum
versus Lovanium dirigere, comes Lossensis fortiter institit ut oppidum , quod Leeuwes di-
citur, primo dirueret. Gui rei annuens episcopus totam terram , quae ex hac parte attinet ad
ducem eundo succendit , et sic ad Leeuwes pervenit. Tunc primo Trudonenses exierunt et
villam Leeuwes spoliarunt , et quidquid in ea erat de lignorum materia , tarn aedificiis quam
munitionibus , in usus suos transtulerunt, et etiam Hanutum ac alia oppida diruerunt.
Deinde anno sequenti , inter episcopum et ducem Brabantiae , in purificatione B. Mariae
Virginia, solvuntur treugae , quae pro medio circiter anno per intercessionem comitis Ferrandi
fuerant concordats. Praedictus autem episcopus et comes Lossensis ad bellum iterum se prae*
parabant, sed non multo post, videlicet pridie kal. Martii, dux Brabantiae inductus per
comitem Flandrensem ad satisfaciendum episcopo , Leodium venit et tarn ipse quam tola
terra sua absolutionem obtinuit. Ecclesiam intravit, crucifixum de terra relevavit , ante cor-
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APPENDICES. 723
pus B. Lamberti humiliter procubuit, et clericis cantantibus antiphoniam magna voce, ipse
orationi incubuit. Inde surgens, praesentibus magnatibus qui ibi aderant, tain episcopum
quam comitem de Los osculo pacis suscepit , et sic unde venerat redivit.
Sub Adolpbo a Marcka , qui fuit factus episcopus anno MCCCX1I , per papam electi sunt
in discordia duo reges Alemanniae seu imperatores, videlicet Ludovicus, dux Bavariae, a Mo-
guntinensi et Treverensi archiepiscopis , rege Bohemia? et Volcomaro, marcbione Brande-
burgensi , et Fredericus , due Austria? , a Goloniensi archiepiscopo , Rudolpbo , duce Bavariae ,
palatino Rheni , et a Rudolpbo , duce Saxon iae. Unde anno MCCCXV in festo Epipbaniae, Ludo-
vicus fuit Aquisgrani coronatus ab archiepiscopis Moguntinensi et Treverensi , assistentibus
ipsi rege Bohemiae, Gelrensi, Juliacensi et Lossensi comitibus. Fredericus autem alter rex
Bohemiae ab archiepiscopo Goloniensi fuit coronatus , sed Ludovici potentia victus , regno
injuste potiri non potuit , sed postea idem propter crimina et haeresim a Benedicto papa fuit
excommunicatus et depositus.
Anno MCGGXXXV1, sub eodem Adolpho a Marcka episcopo , in vigilia SS. Fabiani et Sebas-
tiani , Ludovicus , comes de Los , obiit sine liberis. Gum vero , tempore Hugonis de Petra-
ponte, Leodiensis episcopi, anno MGGII orta fuisset contentio inter Henricum, ducem
Brabantiae , et Ludovicum , comitem Lossensem , propter trecensum S. Trudonis ad episco-
pum Metensem pertinentem, quern dictus dux levare et usurpare volebat, sed dictus comes
defendebat, quia advocatus S. Trudonis et mamburnus praefati episcopi appositus , jura dicti
oppidi et episcopi observabat. Unde a praedicto duce guerra oppressus et interceptus , ita ut
dux vellet ipsum ex suo comitatu fugare et exhaereditare ; quare praefatus Ludovicus, comes
Lossensis , angustia cordis tactus , se traxit Leodium ad Hugonem episcopum et capitulum ,
et omnia castra sua, Los, Montenaecken , Brusthemium, Goelmont, Hasselt, et demum
comitatum Lossensem atque terram , quam in partibus Hasbaniae libere tenebat , S. Lamberto
tradidit , et super altare ipsius , vidente clero et populo , praesentibus Hugone episcopo et
duce Ardennae atque Alberto , comite de Muha , legitima reportavit donatione. Deinceps con-
silio sui capituli usus , episcopus dictum comitatum in feudum seu hominium ipsi Ludovico
reddidit, conditione tali interjecta et observata , quod si eveniret ipsum comitem seu aliquem
alium ejus successorem aliquo tempore in futurum absque haerede legitimo decedere , quod
praefatus comitatus Lossensis devolveretur ad ecclesiam Leodiensem et ex tunc et inde fieret
propria haereditas S. Lamberti , ut Leodium vel Hoium. Quod homagium et conditiones prae-
dictas fecerunt episcopus et capitulum Leodiense post modum per imperatorem confirmari ,
quod patet per literas signatas sigillo auri quas capitulum habet penes se. Mortuo ergo isto
ultimo Ludovico, episcopus Adolphus et capitulum Leodiense , ejus mortem intelligentes, prae-
dictis rationibus dictum comitatum saisiverunt. Quod dominus de Heynsberch , primogenitus
filius ex primogenita sorore praefati Ludovici comitis Lossensis mortui, percipiens, cum
manu valida Hasselt intravit , et dixit quod dictum comitatum possideret post ejus avuncu-
Ium , ut propinquus. Quod capitulum intelligens , contradixit , sed episcopus magis in corde
suo favebat dicto domino de Heynsberch qui erat sororius suus et scriptus haeres a comite
mortuo ; et ejus uxori , sorori suae ac suo nepoti ex ea progenito. Unde dictus episcopus , re-
quisites a capitulo, ut possessionem comitatus caperet, respondebat pro sua excusatione se
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724 APPENDICES.
non esse viribus sufficientem ad sororium comitatu expellendum. Hanc ob causam , ne illam
excusationem posset amplius praetendere , et ne forte testamentum comitis in favorem ne-
potis confirmaret , capitulum nolens quod negotium propter defectum virium et pecuniae
frustraretur, majoris partis consensu , permisit episcopum recipere quatuor millia floreno-
rum de pecunia Mechliniae venditae comiti Flandriae anno MCCCXXXIII, mediante summa
centum millium regalium , ita tamen quod comes ipsam in feudum semper ab ecclesia rele-
varet. Quod sic etiam factum fuit. Patria etiam, habito super consilio, deer ev it petitionem
capituli et diet am summam quatuor millium florenorum oblatam esse justam ad juvandum
episcopum et ecclesiam, quanquam pauci de capitulo reclamarent, dicentes nihil ad eum
effectum debere tangi de pecunia Mechliniensi , cum antea jurassent quod earn pecuniam non
locarent in alios usus , nisi pro haereditate acquirenda , et ideo deberet aliunde desumi pe-
cunia pro comitatu Lossensi recuperando et conservando.
Nihilominus, expositis vexillis, cum hac pecunia exercitus proclamatur; homines vero comi-
tatus timentes comburi rogaverunt comitem Gelrensem ut partes suas interponeret, quod
possessio episcopo traderetur. Quo tractante, data est episcopo comitatus possessio, ea
conditione ut omnes officiati in suis officiis sicut prius permanerent, et quod episcopus loco
sui in comitatu superiorem poneret. El sic dominus Johannes de Landris ibi factus est epis-
copi locum-tenens, qui cum se transferretad locum, nullus sibi voluit obedire, et sic episcopus
possessionem perdidit sicut prius.
Interea capitulum habet recursum ad Benedictum pontificem , ut de hac causa seu lite pro
comitatu cognoscat, et ad eum effectum pro justitia obtinenda mittit Romam valentem virum
dominum Anthonium de Bugella, cathedralem canonicum. Nolebat enim capitulum aut
patriae paribus seu judicibus aut episcopis imperii hanc decidendam litem committere, quia
aperte contra capitulum sentiebant magis faventes domino de Heynsberch.
Papa ergo de causa informatus earn domino Petro Hispano cardinali tituli S. Praxedis ad
judicandum injungit , qui citavit quam primum dominum de Heynsberch et omnes interesse
habentes , ut per se vel responsales seu procurators ad litem seu judicium comparerent.
Unde per papam fuit excommunicatus dominus de Heynsberch propter contumaciam et vio-
lentiam factam ecclesiae Leodiensi de comitatu Lossensi , et dominus de Heynsberch quotidie
in ecclesia ad aquilam denuntiabatur excommunicatus.
Interim comes Hannonia? ad hoc intentissime laborabat quod processus papalis contra
dominum de Heynsberch in suis manibus poneretur, alioquin pax esse non poterat, ut
dicebat. Post verro multas disputationes habitas in capitulo, aliqua pars arnica domino de
Heynsberch volebat processum pro lite dirimenda tradi comiti Hannoniae ; sed sanior pars
hoc recusavit , contradicens ne processus facti super hujusmodi spolio per papam tradantur
alicui alteri , nisi de consensu omnium de capitulo et de scientia magistrorum seu consulum
villa? et consilii suae sedis. Quamobrem populus congregatus cum insignibus , decrevit comita-
tum tradi non debere comiti de Heynsberch.
Postea capitulum tradidit processus papales contra dominum de Heynsberch episcopo , ut
illos custodiret et faceret debitum suum de ipsis , et ipse illos incontinenti tradidit comiti
Hannoniae, in quern compromiserat , et in dominum Johannem, avunculum ipsius comitis,
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APPENDICES. 725
cui compromisso etiam multi de capitulo contradixerant. Hujus virtute compromissi pacem
pronuntiavit idem comes Hannoniae et comitatum praedictum adjudicavit ad versa rio. Exinde
major pars capituli assentiens decreto comitis, requisivit residuos, ut a denuntiatione
excommunication is solemni, quae contra dictum adversarium quotidiefiebat, cessaretur. Quibus
altera pars respondit : « si hoc fieret , viderentur comitis de dicto comitatu arbitrium con fir-
mare » et allatis sufficientibus rationibus , omnes tunc praesentes , scilicet XV canonici , una-
nimiter statuerunt quod praefata denuntiatio non cessaret.
Imperator etiam Ludovicus Bavarus tenebat partes domini de Heynsberch et omni modo
conabatur praesens in capitulo canonicos in favorem domini de Heynsberch attrahere , cum
ipse etiam episcopus in animo magis suo sororio domino de Heynsberch faveret , et idcirco
multi de capitulo corrupti cum Caesare stabant. Nihilominus , ne super comitatu praedicto
adversarii vigore decreti seu arbitrii comitis Hannoniae apud papam possent aliquid impe-
trare , nocivum capitulum induxit episcopus ad scribendum papae et ccetui cardinalium , ut
causam totam apud se retineret , et de ea ad flnem et sententiam definitivam usque cognos-
ceret. Papa igitur, causa cognita, scribit episcopo et capitulo, ut sequitur * :
n Benedictus episcopus , servus servorum Dei , dilectis filiis decano et capitulo ecclesiae
Leodiensis salutem et apostolicam benedictionem ad Leodiensem ecclesiam sinceram gerentes
in Domino charitatem circa recuperationem et defensionem jurium et bonorum ad eamdem
spectantium, libenter quantum cum Deo possumus favorem apostolicum impertimur.
» Ut igitur venerabilisfrater noster Adolphus, episcopus Leodiensis, super retentione plenae
custodiae comitatusLossensis per eumdem tenendae, ex definitione hominum ecclesiae praedictae,
donee controversia quae inter vos ex parte una et dilectum (ilium nobilem virum , Theodori-
cum, dominum de Heynsberch, affinem ejusdem, vertitur, fuerit terminata, se exhibeat
virum strenuum , verbo utilem et operibus efficacem , eidem episcopo post salutationis allo-
quium, scribimus in haec verba.
» Super speculo militantis ecclesiae divina providentia constituti , continuis vigiliis angimur
et continua meditatione pulsamur , ut per sollicitudinis nostrae studium et diligentiae inter-
ventum , ecclesiarum praesules illarum regimina laudabiliter gerant , earumque profectibus
diligenter intendant , ipsarumque jura ab invasorum manibus quae sua sunt quaerentium
nonque Dei , utiliter tueantur , ut eidem ecclesiae praesidentium tepiditate non langueant , et
damna gravia in eisdem juribus non incurrant. Sane processus per te habitos circa apprehen-
sionem custodiae , possessions et francisiarum aliorumque locorum comitatus Lossensis ad
ecclesiam Leodiensem per obitum quondam Ludovici, comitis Lossensis, qui dictum comitatum
a praedicta ecclesia tenebat in feudum, sine liberis decedentis , legitime devolutum, sicut
dilectorum filiorum capituli ejusdem ecclesiae fide digna relatio nostro apostolatui patefecit ,
super eo videlicet quod custodiam et possessionem comitatus singulasque francisias aliaque
loca ipsius ad manus tuas recepisti per te tenenda , ex definitione hominum ecclesiae tuae, quo
1 Chapeaville, t. II, p. 432, rapporte semblablement une lettre de Bdnoit XII a Adolphe de la Marck,
maU elle n'eat poor ainti dire qu'un abrtfge* de celle-ci j elle eat en outre d'une date diffgrente [Avenione
8 kal. ftovemb. pontif. nost, annosecundo).
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726 APPENDICES.
usque controversia quae supradicto comitatu inter dictos, capitulum ex parte una et dilectum
filiumnobilemvirumTheodoricum, dominum de Heynsberch , affinem tuum ex altera vertitur,
fuerit terminata , ac antiquis officiatis in dicto comitatu per dictum comitem defunctum con-
stitutis exinde remotis , in locum eorum alios officiates in dicto comitatu surrogasti , recogni-
tionem quoque et promissionem obediential a populis, militibus et armigeris dicti comitatus,
ratione hujusmodi possessionis seu custodiae recepisti , plurimum in domino commendamus.
Yerum quia praemissa per te realiter, non verbaliter tantum , ac pure et non ficte , omni ter-
giversatione et simulatione remotis , fieri affectamus , ut super his nee nobis , qui hujusmodi
negotium cordi gerimus , nee eidem ecclesiae, cujus proprium interesse versatur (quod absit)
illudatur , fraternitatem tuam requirimus et hortamur , attente tibi sub attestatione divini ju-
dicii districtius injungentes, quatenus prudenter intendens, quod ecclesiae tuae turn ratione
pontificalis officii, turn religione jurisjurandi per te praestiti obnoxius es astrictus, quod super
praemissis agere ut prima facie praesumatur laudabiliter incepisti , laudabilius cum affectus
efficacia absque aliqua fictione prosequens, et ad plenam et debitam executionem deducens ,
tanquam bonus praesul ostendas circa ejusdem ecclesiae commoda in verbo utilem et in opere
efficacem , non adhaerendo consiliis et persuasionibus quorumcumque in hac parte quaeren-
tium commoda propria cum ejusdem ecclesiae et etiam tui honoris detrimento. Sed hujus
modi persuasiones et consilia in offensam divinam tanquam reprehensionem et famae diminu-
lionem redundantia a te prorsus abjicias et repellas , ut omnia super praemissis adversus te
suspicionis cesset occasio. Quod si (quod absit) ex aliqua tepiditate vel claudicatione eorum,
quae super his agenda imminent contra te , occasione conjunct* affinitatis quam habes cum
nobili memorato , vel alias forsitan oriretur famae tuae celebri quam ex persecutione et
strenua defensione jurium ejusdem ecclesiae in pluribus per te hactenus magnifice et utiliter
gestis dignis laudibus acquisisti , non modicum derogaret ; nosque et sedes praedicta , si
tepiditatem et claudica tionem hujusmodi (quod Deus avertat) ex conjecturis verisimilibus
sentiremus , cum talia procul dubio nos latere requirent , non possemus salva conscientia nee
etiam ea-debemus sub dissimulatione transire, quin ilia anfmadversione debita punientes,
indemnitati ejusdem ecclesiae providere aliis remediis opportunis studeremus. Vos igitur in
praemissis et aliis respicientibus utilitatem ejusdem ecclesiae, ad quam, sicut habet multorum
proborum fide digna relatio , dictus comitatus per mortem comitis defuncti sine legitimis li-
beris decidentis est legitime devolutus , remotis quibuslibet partialitate et carnalitatis affectu,
et lucro quolibet alio temporali, ad solum Deum cujus obsequiis considerationem et
respectum habentes in defensione et retentione custodiae et possessionis comitatus ejusdem
impendatis, similiter prout expedire videritis utilitati ejusdem ecclesiae opportunae diligentiae
vestrae partes , eumdem episcopum ad manutenendum , prosequendum et conservandum ,
quod cepit , sollicitis instantiis inducentes nobis vestris literis absque adulatione vel tepi-
ditate cujuspiam veraciter rescripturi, qualiter praefatus episcopus circa praemissa non solum
ejusdem ecclesiae Leodiensis intuitu , sed etiam propter apostolicae requisitions et jussionis
instantiam laudabiliter et efficaciter studuerit , se habere ; pro firmo sciatur , quod si omnes
vel aliqui vestrum recte et sincere circa praemissa respicientia evidentem utilitatem et ho-
norem ecclesiae vestrae , pro ut tenemini , non studueritis , per omnia ambulare , sed in hac
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APPENDICES. 727
parte deferred* aliquibus contra Deum; negligentiam , imo verius nequitiam talia faciendum
animadversione debita curabimus castigare, quod hujusmodi perversitas sive dolus transibit
aliis in exemplum. Datum Avenione x Kal Junii, pontificates nostri anno tertio. »
His Uteris papalibus excitatus episcopus , possessionem comitatus praedicti iterum appre-
hendit , sibi nemine resistente , saisiendo castrum de Goelmont , omnes officiates qui reman-
serant amovendo, novos instituens, per quos fecit suo nomine judicari , ut tunc videbatur.
Sed totura adhuc flcte fuit factum , cum episcopi animus magis erga sororium quam bonum
patriae afficeretur. Processus interim in curia romana pro hoc comitatu diu ventilantur , in
quibus est etiam praecipue notandum quod praefatus dominus Theodoricus de Heynsberch
comitatum de Montegny, firancum allodium comitatus Lossensis, sibi alio majori jure et titulo
voluerit retinere , ex eo quod dum tempore Hugonis , anno MGCII , comes Lossensis de suo
comitatu homagium et relivium episcopo et capitulo fecisset , eum contractual adjecerat , ut '
semper in dominio de Montegny secundum legem feudalem sui proximiores haeredes succede-
rent. Quibus allegatis , capitulum respondit in lege feudali proximiores haeredes intelligi pro
masculis , exclusis feminis , et ob earn causam dictus dominus de Heynsberch non debere cen-
sere in hoc franco allodio haeredem, cum non a fratre , sed sorore comitis defuncti , proge-
nitus descenderet.
Inter has lites, anno MGGGXL1V , obiit in Novembri episcopus Adolphus a Marcka in castro
de Clermont, intestatus quia infinitis debitisobligatus , et in ejus locum est electus ejus ex fra-
tre nepos Engelbertusa Marcka, propositus Leodiensis , in vigiliabeatiMathiae annoMGCGXLV.
Sub hujus Engelberti tempore , etiam obiit anno MGGGLXI Theodoricus ab Heynsberch ,
Lossensis comitatus contra ecclesiam Leodiensem perpetuus assertor et inimicus , sepultus
non in sepulcro majorum , quod in celebri monasterio de Herkenrode situm erat, sed Hasleti
in monasterio Augustinensium , honesto quidem sed profano loco, eo quod excommunicatus
esset ob aes alienum , quod in asserendo comitatu Lossensi contraxerat nee dissolverat. Huic
cum unicus esset filius , ex sorore domini Adolphi a Marcka olim episcopi , ilium libenter
comitatus haeredem reliquisset ; verum cum eum Deus ex hac luce praematura morte evocasset
dominum de Daelembroeck et Heynsberch, propinquum suum , scripsit haeredem. Is igitur ad
vigilandum ratus et causam resumens in Stockhemiensem, primariam totius comitatus arcem ,
et alia vicina oppida, quantocius se ingerit , et ab incolis fidelitatis juramentum exigit. Quod
audiens Engelbertus conventum patriae ad diem XXV Aprilis anno MGGGLXI commovit nos-
traeque ecclesiae proposuit , ubi unanimi consensu bellum contra dominum de Daelembroeck
decretum et proclamatum fuit , quamvis non deessent qui clam partibus domini de Daelem-
broeck faverent, inter quoa Guilielmus de Corum, civium tunc temporis magister, qui , nescio
quibus tergiversationibus , civium animos a bello avertere studebat. Sed vicit Dei et ecclesiae
causa flagransque episcopi et populi stadium. Igitur Engelbertus copioso luculentoque
Leodiensium , Hoyensium , Dionantensium , Trudonensium , Fossensium , Tudinensium ,
Bulloniensium, Hougardiensium ad quinquaginta , ut ferebatur , hominum millia exercitu
coacto , primum Hasletum , Blisiam et vicina loca , nullo resistente , capit , eaque brevi tem-
pore milite caeterisque ad tuitionem necessariis munit. Mox XXVII Maii devenit (?) noctuque
profectus acies Stochemium dirigit.
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728 APPENDICES.
Hujus exercitus duces erant comes Cliviae , comes Marcanus , Everardus Marcanus , episcopi
frater , sancti Lamberti vexillum praeferens , dominus Johannes de Flemael et dominus Ludo-
vicus de Marotea , civium id temporis magistri.
Ex adverso guhernabant acies domini de Daelembroeck plurimi slrenui milites patriae Cli-
viensis, qui, magna celeritate capta Stochemiensi arce, ferro flammisque agrum Masecanum,
Breensem , Hornensem vicinaque loca , veluti sibi infesta et rebellia , depopulabantur , et
octoginta praecones , quos episcopus praemiserat, ut loca castris excipiendis opportuna explo-
rarent , indignis modis obtruncarunt.
Accensis igitur tarn atroci caede militum episcopi animis, Masecam properavit. Primo
diliculo appellunt vicina, in planitie castra metantur, nibilque quod ad deditionem acceleran-
dam posse facere videbatur, negligunt; itinera iutercludunt, murorum fossas magna arborum
undique congestarum vi replent , aciem magna fiducia adoriuntur , auget spem quod non-
nulli vicinis ex agris capti deditionem mox futuram argumentis minime vanis adstruebant.
Igitur XXVII die ab obsidione, exorta in arce inter milites dissentione, incolumitatem cor-
porum pacti , arcem episcopo reddiderunt. Mox sacrum S u -Lamberti vexillum arci infertur
et moenibus eminentiori loco spectandum explicatur , subsequitur cum reliquis principibus
episcopus. Ea nocte dicitur dominus de Daelembroeck episcopo omni juri, quod ad comitatum
Lossensem praetendebat , cessisse, fide jurejurando interposito data, se nunquam nomen co-
mitis usurpaturum, quod tamen minime fecit. Die altera praesidiariis aliisque ad defensionem
opportunis ibi relictis, episcopus versus Masecam, Bream et vicina loca procedit, cui omnes
laetis animis obviam procedunt , futurum sibi promittentes , ut ab episcopo ej usque capitulo
lenioribus deinceps vectigalibus quam nuper a secularibus dominis gravarentur.
Interea Arnoldus de Rumnis a domino de Daelembroeck , affine suo , seu de jure seu de
viribus suis desperante , quidquid ille juris ad comitatum praetendebat pecunia comparavit ,
anno salutis humanae MCCCLXIII. Existimabat nimirum hie opibus quibus abundabat , ope
quoque et auxiliis de Awans cognatorum suorum , posse episcopi patriaeque Lcodiensis po-
tentiae resistere , quod dominus de Daelembroeck , hujus modi praesidiis destitutus , baud
poterat.
Domino igitur de Rumnis offensus episcopus conventum patriae indicat. Iniquam indignam-
que comitatus emptionem proponit. Omnium suffragiis emptio damnatur et bellum domino
de Rumnis indicitur. Hoc primo a se amoliendum et jure non armis agendum censens, do-
minus de Rumnis Wilhelmumde Hamalia, suum ex sororenepotem, ad imperatorem Carolum
Pragam misit , qui de injustitia episcopi quaeratur eumque in jus vocari procuret. Episcopus
contra abbatem Novi-Monasterii Hoiensis , virum consultissimum ad Caesarem ablegat , sed
sero , jam enim dominus de Rumnis animos consiliariorum auro demulserat et non procura-
torem sed dominum ipsum debere se imperatori sistere decern i obtinuerat.
Itaque episcopus, splendide LX equitum comitatu ad Caesarem profectus, a Coloniensibus ,
Treverensibus , Moguntinensibus , tandemque ab ipso imperatore Pragae honorifice excipitur.
Auditis hinc inde partibus , censct imperator episcopum in possessione defendendum , donee
Rhenum descendens plenius de jure statuerit. Interea Adolphus a Marca, episcoporum
Adolphi et Engelberti nepos , comes Cliviensis factus, archiepiscopatum Coloniensem ad
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APPENDICES. 729
manus summi pontificis reposuit , qui Engelberlo , seni bene merito et multis bellorum mo-
lestiis laboribusque fracto , ilium con tu lit. Itaque Engelbertus , hac occasione Leodiensibus
maximo sui relicto desiderio , Coloniam profectus est.
Sede Leodiensi vacante , dorainus de Rumnis opportunum tempus nactus , comitatum Los-
sensem non amplius jure sed arrais lacessit. Quare oppidum de Herck non parva militum
manu ingressus,,ab incolis juramentum fidelitatis exigit, jura praescribit, et missis circum-
circa per vicos edictis, comitem se scribit. His forma confestim Leodium delatis , quatuor ec-
clesiae Leodiensis canonici, com muni capituli decreto , mil item in Hasbania cogunt, Hasletum
praesidio muniunt , oppidum Herkense a domino de Rumnis captum obsidione cingunt , omni-
que macbinarum genere adoriuntur. His dominus de Rumnis territus , clam sibi fuga consu-
luit, moxque ejus exemplo prasidiarii se dederunt, exquibus duces duo capite plectuntur,
reliqui numero octoginta carceribus mancipantur. Inde Leodienses castrum deHamal domini
de Rumnis nepotis concremant.
Vacante interim per depositionem Engelberti episcopatu , Johannes de Arckel , vir magnis
animi corporisque dotibus prastans , erat Avenione in curia Urban i quinti pontificis, ut con-
troversiam , quam cum capitulo suo Ultrajectensi habebat , componeret. Hujus virtu tes et
rerum, tarn pacis quam belli tempore, experientiam cum notasset Urbanus pontifex, dignum
duxit quern, ad episcopatum Leodiensem , multis jampridem bellorum motibus quassatum et
tantum non eversum , proveberet.
Igiturcum jam XXIII annis episcopatum Ultrajectensem sumraa prudentia administrasset ,
praediis auxisset , sere alieno liberasset , ornamentis ecclesiasticis ac privilegiis condecorasset,
illi valedicit; nee multo post tempore, splendido ducis Gelriae, comitisWarneburgii et domini
Ottonis de Arckel aliorumque sanguine conjunctorum et magnatum comitatu , Leodinam ur-
bemingressus est, penultima Junii ,'anno post Christum natumMCCGLXIV, moxque a capitulo
in sedem episcopalem collocatur, et magna omnium ordinum congratulatione , in episcopum
et principem Leodiensem inauguratur. Dum hoec communi omnium Isetitia peraguntur, do-
minus de Rumnis et dominus de Hamalia , quos comitatus Lossensis adhuc cura coquebat ,
non exiguam militum manum circa Gravenbroeck instruunt , oppidum Beringense obsident ,
frequentibus assultibus impetunt , sed omnia incassum , nam incolae eos et ab urbe fortiter
arcent , et magno robore inseculi fundunt fugantque.
Gonstituerant jam patriae ordines, ad comprimendam domini de Rumnis insolentiam, cas-
trum ejus demoliri, nisi dux Brabantiae, pro amicitia quae illi cum episcopo defuncto erat, per
legatos in Herck et Halen missos intervenisset institissetque ut controversia haec in eo statu
quo reliquerat earn imperator, aliquantisper depositis armis remaneret, vel pax aequis condi-
tionibus componeretur ; verum multis ea de re habitis tractatibus, res in annum sequentem
protracta fuit. Interea Trudonenses ordinibus patriae significant quemdam ministerii macella-
riorum, eorum civem, a praesidiariis de Rumnis letha liter vulneratum, quod Leodiensi um ani-
mos grav iter exarsisset ; quare omni pacis induciarumque spe deposita , episcopus et patriae
ordines castrum de Rumnis evertendum decernunt et sine mora omnia ad expeditionem ne-
cessaria comparant.
Lambertus de Upey, miles strenuus , sacrum B. Lamberti vexillum in medio ecclesiae Leo-
Tom. II. 92
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730 APPENDICES.
diensis cumbenedictioneemanu episcopi, more prisco , accipit ipsa vigiliaB. Laurentio dicata.
Prodeuntem sequuntur ordine Leodienses , jHoienses , Dionantenses, Tudinenses, Fossenses
et alii plurimi omni telorum gen ere armati. Igitur ipsa S. Laureotii die , castrum accensis
infestisque animis adoriuntur : praesidiarij , auxiliis Wenceslai Brabantiae ducis fisi , magno
animo se defenduat, sed cum ea totis novem hebdomadis frustra exspectassent , Leodienses-
que, fossis jam repletis, vicino ex loco variis arietibus muros castri priores concuterent,
turresque subverterent , terrore perculsi , nulla pactione facta , se castrumque voluntati nos-
trorum dediderunt. Unde praefecto capite plexo, reliqui numero octoginta in castro Mohano
custodian traditi, vitam pecunia redemerunt. Muris deinde turribusque solo requatis, Leo-
dienses redes spoliant creteraque omnia igne injecto concr.emant , ipso die S. Calixti. Uxor de
Rumnis , audita tanta castri et domus sure clade , triads contendit in Flandriam (erat enim filia
naturalis comitis Flandriae) ubi non multis post diebus mcerore contabuit , nee multo post
dominus de Rumnis in graves cum comite controversias incidit , eo quod dotem uxoris sibi ab
eo promissam consequi non posset. Quare cum difficultatibus implicitus nee jure nee armis
extricare se posset, deficientibus difficillimo illo tempore amicis facultatibusque , ad cle-
mentiam benignitatemque episcopi et capituli recurrere proponit. Quod et fecisset prius , nisi
uxor ejus magnanima plus justo, potential patris comitis Flandriae ducisque Brabantiae Gsa,
maritum, quo minus cum episcopo conveniret , vivens omni conatu impedivisset. Igitur anno
MCCCLXVII domini de Rumnis et Hamal , tot perpessis belli calamitatibus exhausti , orato-
ribus ad episcopum capitulumque missis , rem omnem jure cognoscendam tenninandamque
obtulerunt; quare habito in capitulo Leodiensi ea de re colloquio, cum dominus de Rumnis et
Hamal eorumque oratores et advocati ab episcopo et canonicis aliisque ecclesire Leodiensis
primoribus viris clementer benigneque saepius auditi fuissent , conventum est ut eis tria fio-
renorum millia , quoad viverent , per episcopum et capitulum quotannis penderentur ; ipis
vicissim omni juri et actioni sibi ad comitatum quomodolibet competenti renuntiarent , lite-
rasque et documenta qurecumque comitatum concernentia (ideliter restituerent ; et sic omni*
tandem de comitatu Lossensi controversia cessavit.
Ab eo autem tempore semper mansit sub episcopo comitatus ac si sub comite laico adbuc
regeretur, et independenter et distincte quasi separatus, non ut membrum patriae Leodiensis,
omnia jura sua, statuta, consuetudines et usus primaevos ac laicales, ut sub comitibus, sem-
per retinuit. Quod etiam ratum et confirmatum fuit in plena congregatione trium statuum
patriae Leodiensis anno MDXXil , unde tenor hie sequitur :
«Nos praepositus, decanus et capitulum, comites, barones, etmilitares, nee non burgi-
magistri, consul es et deputati civitatis et oppidorum Huyensis, Dionanti, Tudini, Covini,
Fossarum, S. Trudonis, Tungrorum, Los-Gastri, Hasselt, Maseyck, Stochem, Bilsen et reli-
quorum omnium patriae Leodiensis et comitatus Lossensis , tres status reprresentantes , in
bac publica dieta insimul in loco capitulari ecclesire Leodiensis , in quo dietre statuum ser-
vari consueverunt , dum hree fierent, solemniter congregati;notumfacimusuniversis prresen-
tium inspectoribus , quod cum ultra centum annos, et tempus hominum memoriam excedens,
comitatus Lossensis ex legitimo titulo ad ecclesiam Leodiensem devenisset , et bonre memoriae
dominus Johannes de Heynsberch , dum vixit , episcopus et princeps noster, juri sibi ex titulo «
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APPENDICES. 731
successions ad praetactum comitatum competent!, in favorem ejusdem ecclesia cessisset ;
idem comitatus tam in titulo quam juribus , statutis et usibus antiquis, a patria Leodiensi,
omnimodo distinctus remansit, omniaquejura, statu ta, consuetudines etusus, primaevos ac
laicales (quibus , dum a comitibus laicis teneretur, rectus et gubernatus fuit) interim reti-
nuit, illisque et secundum ilia per episcopos pro tempore , ut comites laicos , rectus et gu-
bernatus fuit : ita et taliter quod episcopi pro tempore existentes post eorum ad episcopates
assumptionem , ac in civitate et reliquis patriae Leodiensis oppidis factam intronisationem ,
necessario debent specialem intronisationem in capitali ipsius comitatus oppido Lossensi , ut
comites laici, facere et, ut tales, speciale ac distinctum juramentum coram summo ecclesiae
Lossensis altari deobservando et intertenendo ipsius comitatus jura, privilegia, libertates et
consuetudines antiquas , solemniter praestare ; iidemque episcopi se comites Lossenses , dis-
tincto et expresso titulo , interim semper et continue tam in privatis quam publicis scrip-
turis et actibus nominarunt et scripserunt, ac ab aliis scripti et nominati fuerunt, nee non
ad quaelibet beneficia juris patronatus comitis Lossensis, sub titulo comitis et ut patroni laici
praesentarunt, et tales praesentationes suum effectum sortiri consueyerunt ; quodque comi-
tatus ipse suos barones , militares et vasallos ac eorumdem locum tenentem et curiam feuda-
lem divisim et separatim a patria Leodiensi et curia episcopi babuit et obtinuit : qui quidem
vasalli in investitura feudorum suorum juramentum fideb'tatis comiti pro tempore existenti et
sub titulo comitis babent praestare; quodque idem comitatus suas semper interim justitias et
tribunalia alta ac bassa , nibil commune cum justitiis patriae Leodiensis aut episcopi haben-
tia, conservavit, adeo et tam stride , quod a dictis justitiis ad episcopos aut eorum consilium
et seu capitate judicium scabinorum civitatis Leodiensis (prout tamen a justitiis , quae de patria
Leodiensi existunt, fit et usitatur), aut ad metropolitanum seu alios superiores ecclesiasticos
non potuit nee consuevit appellari ; neque episcopi pro tempore in patria Leodiensi , aut
alibi , extra limites dicti comitatus illius incolis jus dicere; sed necessario semper habuerunt
et adbuc de praesenti babent dictum comitatum personaliter accedere, et ibidem ut comites
laici , et prout tales ante comitatus devolutionem ad ecclesiam consueyerunt in loco de Cu-
ringhen (qui aula comitis dicitur) una cum nobilibus et militaribus dicti comitatus , coram
tribunal! in propria persona sedere , et judicium capitale tenere , debuerintque et debent
necessario in eodem loco nocte praecedenti ante diem placitalem pernoctare ; ibidemque et in
juslitia immediate inferiori de Vliermael , suppresso titulo episcopi , et expresso titulo comitis,
propositions et responsiones fieri, ac actus judiciales concipi et expediri consueyerunt,
prout hodie adhuc remanet , retinet , regitur, gubernatur , nominat et nominatur , praesen-
tat, habet, obtinet, conseryat, appellarique et jus dici non potest, proponiturque , respon-
detur, concipiuntur et expediuntur ; quin imo idem comitatus , absque ulla tituli aut jurium
et institutionum laicalium antiquarum suppressione seu confusione integer , distinctus et illae-
sus permansit , neque primaeyam suam naturam mutayit. Quae omnia et singula , quoniam
vera sunt , et his in partibus publica , notoria et manifesta , praesentes literas in testimonium
veritatis fieri, sigillisque capituli Leodiensis, nee non nobilis et illustris viri Everardi de Marca ,
comitis de Arenburcb , ac civitatis Leodiensis nomine , et pro parte , ac ad requestam trium
statu urn praedictorum , jussimus communiri a spectabili viro magistro Willebrordo Mathaeide
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732 APPENDICES.
Eversal , legum doctore, praemissi dedarationem, reoordium ac attestationem , ad aeternam rei
memoriam , nomine et pro parte sacra Cassarese majestatis ac regiminis Romani imperii , et
pro eorum interesse , juriumque ac dominorum laicalium conservatione, instantius a nobis
petente ac requirente, sub anno a Domini nativitate millesimo quingentesimo vigesimo se-
cundo, mensis Julii die sexta. Sic signatum per reverendos, nobiles ac spectabiles dominos
meos dictorum trium statuum patriae Leodiensis et Lossensis. H. Knerinx. n
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LECONS DIVERSES
ET
OBSERVATIONS SUPPLEMENTAIRES.
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\\JVVVVVVWVfcWV\/\IVV\\%*M&WV\VVV^
LECONS DIVERSES
OBSERVATIONS SUPPllMENTAIRES.
P. ixfv. Quant paten* virent Gormund mort.
Suivant la regie il faudrait ^crire paten sans s, mais la regie nest pa*
obserr^e dans le manuscrit , comme dans le vers qui suit :
V. 1 2972. Entrirent cil puien Redoi*.
II vaut mieux lire , malgr£ Roquefort , paten redois; redois est une epitbele
plut6t qu'un nom de peuple.
P. glxxvi. Manuscrit* de Turpin.
Consul ter ce qu'en dit M. H. Piers, dans le catalogue des manuscrits de
S'-Omer, qu'il a ins&r£ au tome III des Memotres de la societd des antiquaires
de la Morinie (1836), pp. 146-148. M. Piers regarde Roland comme un
anoien gvuverneitr de la Morinie*
V. 21098. EtHuedeBove
L'orthographe du temps demande Hues > mais cette faute , si faute il y a ,
se retrouve encore ailleurs , par exemple au v. 21201 .
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736 LECONS DIVERSES.
V. 21851. Et li rois Othe, k la par soume.
Ou mieux par soume, comme au v. 22938 et autre part.
V. 20047. Dont trest li rois de France lors
Tout droit al castel de Gizors.
Ghilebiers de Gascuel i fu
La Notice historique de M. A, Deville , sur le chateau de Gisors y durant la
domination normande, m£moires de la soci£t£ des antiqu aires de horhandie,
ann& 1835, t. IX, pp. 328-356, rapporte cet £vlnement d'apr&s Roger de
Hoveden (pp. 352-53).
P. 70S. Lieu de naissance de Pierre PErmite.
Les incertitudes sur le lieu de naissance de ce promoteur de la premiere
croisade doivent cesser, si Ton sen rapporte a un dipldme que nous avons
trouy^ chez le libraire De Bruyn , a Malines. C'est une reconnaissance , con-
firmation et rehabilitation de noblesse , en tant que de besoin , accord& par
le roi Philippe IV, a Jacques Lhermite, receveur du conseil d'etat des pays
d'en bas et de Bourgogne , entretenu au chateau d'Anvers , et a son fr&re ,
Antoine Lhermite } licencte en droit, domicilii a Malines; grande feuille de
parchemin, comme tous les dipldmes de cette espece, portant au centre des
armoiries colori&s, mais qui ont souffert, et offrant tous les caract&res de
l'authenticit£. II enr&ulte que Pierre Lhermite £tait bien r&llement d'A miens ,
qu'il fyousa une fille de la noble maison de Roussy, et que sa post£rit£ s'est
continuee sans interruption jusqu'aux imp&rans , qui , depuis lui , ont form£
la seizieme generation. Voyez des details a ce sujet, dans le Bulletin de la
Commission royals d'histoire, t. II , n° 1 , et 4aqs celui de FAcad&nie, 4 no-
vembre 1837.
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ADDITIONS,
Tom. II. 93
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/WWVVWVWVWWWVMMMIVWVVV^
ADDITIONS.
TOME I«
Page i. — Bibliographic historique.
Notre Bibliotheque historique do la Belgique, qui est sous presse, contient des renseigne-
mens sur les travaux analogues entrepris avant nous.
Page nt. — Jacques Meyer.
Ilaun article dans Fouvrage de M. S. De Wind, intitule : Bibliotheek der Nederlandiche
geschiedschryvers, Middelburg, 1831 et suiv., I, D. 137-142, 537-38, et dans les Notices
biographiques , par M. Coomans aine , Gand, 1836, n° 1 , pp. 23-26.
Page xxvi n. — Bataille de fVoeringen.
La brochure sur l'anniversaire de la bataille de Woeringen , a &6 citle par M. Willems ,
dans Fintroduction de Van Heelu.
Page xxx. — Literature du XVII* stick.
Dans ce passage nous avons repr&ente" en peu de mots la decadence Ktte>aire de la Belgique
a la fin du XVII* si&cle. C'est un fait hors de contestation , dont tout le monde etait convenu
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740 ADDITIONS.
jusqu'ici et qui a 6te exprirae avec bien plus de force que par nous , dans le Discours prelimi-
naire des Ancient memoires de V Academic. Cela n'empeche point que l'auteur des Lectures
pour servir a Vhistoire des sciences, des lettres, des tnceurs et de la politique en Belgique, ne
nous ait donne* la-dessus un dementi. Permis a lui d'avoir une opinion contraire a celle de
tout le monde , mais ce qui passe la mesure , c'est qu*a propos d'un travail entierement
consacre* a signaler les moindres travaux des ecrivains beiges, il nous accuse de nous liguer
avec les Strangers qui calomnient et avilissent lepays ! L'auteur des Lectures nous a sans doute
tnallu ou il n'aura pas voulu nous com prendre. Fidele a notre coutume de ne jamais repondre
aux critiques malveillantes et personnelles , nous n'aurions pas reieve* celle de l'auteur des
Lectures , s'il ne l'avait fait peser sur la Commission royale d'histoire tout entiere , puisque
ce serait avec son approbation que nous aurions calomnie* un pays dont nous nous occupons
depuis vingt ans a recueillir les titres a l'estime de l'Europe ! Ce n'est pas tout, M. G., dans sa
libcValite' , nous delivre , ainsi qu'a bien d'autres , un brevet d 1 ignorance. Nous l'acceptons en
toute humilite , persuade que les etudes les plus opiniatres n'aboutissent en dernier resultat
qu'a fort peu de chose ; ce que nous croyons pourtant ne pas ignorer, c'est le respect de la
verite* et des convenances. Ces aminites littcraires sont peut-etre dans le gout des Scaliger et
des Gasaubon. Toutefois Ton n'est ni Gasaubon ni Scaliger, par cela seul qu'on manque de
politesse et d'dquite\ Au surplus nous avons merite* le traitement que nous inflige M. G.,
puisque c'est sur notre rapport et notre demande expresse que le gouvernement a accorde
un subside pour couvrir les frais de sa publication.
Page xxxi. — Le libraire Ermens.
La liste des publications de ce libraire , que nous avons inserce dans la Biographic univer-
sale, est completee dans notre Bibliotheque historique*
Page lxvii. — Charles Fan Hulthem.
M. A. Voisin a ecritsa biographie (Notice, etc., Gand, J. Poelman, 1887, in-8° de 70 pp.,
avec un portrait). La datede sa mort a ete mal marquee dans notre Introduction , au 16 de-
cembre 1883 ; il faut lire 1832.
Page lxxvi. — Henri Delmotte.
Get ecrivain a ete enlevd, dans la force de l'age, aux lettres et a ses amis. M. Hennebert, au
nom de la Sociiti des bibliophiles de Mens , lui a rendu un noble hommage , en ecrivaot sa
Notice biographique et litteraire; Mons , Hoyois , 1886 , 42 pp. in-8° et un portrait.
Page lxxxiv. — La hanse teutonique et M. J. J, Altmeyer.
Get ecrivain , auteur d'un livre remarquable sur la philosophic de l'histoire, a lu au congre*
scientifique de Liege , en 1836 , une Histoire de la hanse teutonique, dans ses relations avec la
Belgique, eevdebelge; Liege, 1837, pp. 155-179.
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ADDITIONS- 741
Page xc. — Anciennts langues des Beiges*
Le systeme de M. Raepsaet pour expliquer comment il s'est fait qu'une partie des Beiges ,
quoiqu'ils fussent de race germanique , ont , par la suite des temps , adopte la langue wallonne
ou francaise, tandis que leurs compatriotes conservaient leur idiome primitifou tudesque, a
paru le plus pausible a M. le chanoine De Smet , dans son Histoire de la Belgique, le meilleur
livre et le plus attachant, sans contredit, que nous possesions sur notre histoire generate;
Sedition, I, 173. — Quand au memoire ineditde Paquot, cite" t. II, p. cclxxxix, il est
actuellement a la bibliothdque royale , fonds Van Hulthem, MSS , n° 179.
Page cxi. — Chant tie triomphe sur ladifaite des Normands en 881 .
M. Willems, dans ses curieuses notes sur les Elnonensia de M. Hoffmann de Fallersleben
(Gand , 1837, 34 pp. gr. in-8° *), rectifie justement ce passage ou nous avons suivi avec trop
de con fiance l'abbe Le Beuf, Des Roches, J. B. Lesbroussart , les editeurs du Recueil des
historiens francais et notre confrere M. Raoux, savans sur les pas desquels il est bien
permis de s'cgarer. Voici le texte entier d'Hariulphe , dans le chrokicon cextxlexse : Post
mortem Hludogvici, filii ejus Hludogvicus et Karlomannus regnum inter se dispertiunt. His
ergo regnantibus , contigit Dei judicio innumerabilem barbarorum multitudinefn limites
Francim pervadere, agente id rege eorum Guaramundo qui multis, ut fertur, regnis suo
dirissimo imperio subactis , etiam Francim voluit dominari, persuadente id fieri quodam
Esimbardo , francigena nobili, qui regis Hlugdovici animos offenderat, quique genitalis soli
proditor, gentium barbariem nostros fines visere hortabatur. Sed quia quomodo sit factum non
solum historiisy sed etiam patriensium memoria quotidie recolitur et cantatur, nos pauca
memoranteSy ccetera omittamus ut qui cuncta nosse anhelat, non nostro scripto , sed priscorum
auctoritate doceatur. M. Willems a raison , il ne s'agit pas ici de YEpinikion de 881. Revenant
iterativement sur ce que nous avons ecrit a ce sujet, nous pensons qu'Hariulphe a voulu
parler des Chansons romanes concernant le roi Gormont et Isembart (voy. notre t. II , pp. vn ,
cccxxiu et 75) : la demarcation des langues, telle que nous l'avons tracee, recoit ainsi une
confirmation nouvelle.
Page cxix. Jongleurs chantant des vies de saints.
Au XV 4 aiecle, Pierre Des Gros, auteur du Jardin des nobles , disait : « Et les hystrions
ou jongleurs peut Vonpermettre qui chantent les fais des princes et les vies des samts, ou qui
font esbatement devant les malades ou les trisiespour les consoler, mats que Us ne fassent choses
deshonestes ou tournantd mal
Page cxxvi. — Langue romane parUe a Valenciennes au XI I 9 siecle.
M. Willems, dans les memes notes, p. 14, dit que M. Raoux et nous, a l'exemple de
1 Cette brochure a paru a» momtot ou Pimpretsion de ce volume allait 6tre terminle*
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742 ADDITIONS.
Fleury et de Roquefort, nous avons avance* que saint Norbert, prtchant & Valenciennes en
1 119 , s'est vu oblige de s'exprimer en langue romane, la teutonique y etantentidrement igno-
rde du peuple. Qu'il nous permette , pour notre part , de faire remarquer que nous n'avons pas
dit que saint Norbert ait pr£ch6 en langue romane, mais en tudesque. M. Willems, citant
le texte original, I'explique en affirmant que le peuple de Valenciennes entendait un peu le
tudesque. Or ce texte ne porte pas explicitement cela, et se contente d'exprimer qtfte saint
Norbert compta sur le S'-Esprit pour rendre intelligible & ceux de Valenciennes la barbaric de
la langue teutonique on ks difficult de Elocution la tine. I/important k nos yeux , c'&ait de
constater qiTau XII 4 sitele la langue vulgaire nationale & Valenciennes, dtait le roman , et ce
fait subsiste.
Page clviii. — A denes le Roi.
M. F. J. Fetis en dit quelques mots dans sa Biographic dee musiciens (I, 16); sans pre-
tendre rien apprendre & ce savant , & lVgard de qui nous reconnaissons , au contraire , notre
inferiorite , nous nous etions permis de reunir quelques notes sur son memoire relatif aux
progr&s de la musique en Belgique. En parlant de la Lettre publiee par nous & ce sujet,
M. Fetis affirme que nous nous sommes trompe presque sur tous let points. Nous n'en serions
nullement surpris , cependant jusqu'k present nous n'avons etd convaincu que d'avoir pris
un luth (cythara) pour une guitare , et nous en battons sinc&rement notre coulpe.
Page ex ci ii. — Marie de France.
Si la conjecture de M. A. Jubinal est fondee , cette femme auteur ne serait ni beige , ni
bretonne , elle serait de Compiggne. M. Jubinal , dans son recueil intitule : Jongleurs et
trouveresy pp. 26-33 , a inserc YEvangile as fames , de Jehan Durpain , moine de Vauxelles.
Cette ptece debute ainsi :
L'EtiTaogille det femme* Tout weiP cy recorder,
Moult grant prouffit y a qui le yeult etcouter.
Cent jort de hort pardon i'y porroit conquetter :
Marie de Compiigne, li conquitt oultre mer.
La stropbe suivante , dit M. Jubinal , prouve qu'il s'agit ici de Marie de France , dont tout
le monde connalt les fables et les lais. Or voici cette strophe :
L'Euvangille det f emmet »i est et bonne et digne ;
Femme ne pense mal ne nonne ne btfguine ,
lie que fait le renart qui happe la geline,
Si com le raconte Marie de Compiigne.
Cette allusion au Renart suffit-elle pour designer Marie ? Compiigne n'est presque jamais sorti
du domaine royal ; ce ne serait done pas , si M. Jubinal avait rencontre* juste, h raison de sa nais-
sance, que Marie aurait pu considerer Guillaume de Dampierre, fils et hentier pr&omptif du
comte de Flandre , comme son seigneur, mais & cause du patronage de ce prince. M. Raynouard ,
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ADDITIONS. . 743
rendant compte du recueil de M. Jubinal, n'a malheureusement pas examine cette question.
Journal des savans , mai , 1835 , pp. 273-276.
Page ccxxi. — Monnaie des eviques de Tournay.
Voy. dans le Recueil diplomatique de Mircsus et de Foppens, III, 421-22, un acte en
francais de Michel de Warenghien , date de juillet 1286 , et par lequel il declare que le droit
de battre monnaie appartient aux eveques. Cf. Ghesquiere , Mhnoire sur trots points intires-
$an$ de Vhistoire monttaire dee Paye-Bas, pp. 45-46 , 119-20-21.
Page ccxli. — Enseignemens pour le file d'une reine.
II est possible que Chastellain ait dit la veVitd sur sa decouverte ; il paralt , en tous cas ,
qu'il a voulu parler reeilement du Kongsskuggsjo ou Speculum regale.
Page cccxux. — Paquot, iditeur de Divams.
Une note de M. Van Hulthem, sur son exemplaire du Sanctus Theodulphue (Catal.,
n° 16271), contient cette indication : « H. M. F. De Vivario, nea Malines a aussi public
Tddition des (Euvres de Divaus, faite a Louvain , et qu'on attribue faussement a Paquot. » En
effet , au n° 27433 , ces oeuvres sont mises sous le nom de ce dernier. Voir notre Bibliotheque
hietorique de la Belgique, au mot divjsus et a l'article Histoire de Brabant, de la table
methodique.
Page 112, note sur le v. 2708.
Nous avions d'abord songe* a placer a la fin de notre Edition une dissertation sur Roland ;
les raisons qui nous ont fait changer de dessein , sont expliqu&s dans l'lntroduction du second
volume , p. Lxxxix.
Page 123. — Chants recueillis par ordre de Charlemagne.
M. De Marchangy s'est aussi trompd a cette occasion. « Les paroles d'Eginhard , a son avis ,
u ne peuvent evidemment s'appliquer qu'aux chants de l'ancienne langue celtique. Ge precieux
» ddpot fut perdu , dit-il , a moins qu'il ne repose en raanuscrit dans quelque bibliotheque
» d'Europe ; ce que le roi de Prusse a suppose en offrant une recompense a qui le decouvri-
» rait. » Tristan le voyageur, II , 385-86. Encore une fois la langue natale de Charlemagne et
d'Eginhard n'etait pas le celtique , mais le franc ou francique.
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744 ADDITIONS.
TOME II.
Page xxxix. — Le Chevalier au Cygne.
Les legendes espagnoles cdlebrent un autre Chevalier au Cygne que le bel Helie , c'est le
vaillant et redoute* dom Flores de Grece, surnomme* le Chevalier des Cygnes. Nicolas de
Herberay a traduit sa chronique. Paris, Claude Micard , 157S, petit in-16.
Page lviii. — Chronique sur Vetablissement des Normands en Italic.
Cette chronique a &e* composes en latin , dans la derniere partie du XI 4 siecle , par Amat
ou AimS, moinedu MontCassin. M. P. Paris a faitun examen de l'ddition de M. Champollion-
Figeac, dans le Moniteur du 25 nov. 188b* et dans le Bulletin du bibliophile du mois de nov.,
meme annle.
Page txn. — Le Brut d'Angleterre.
La seizieme livraison du Bulletin du bibliophile (Paris, Techener, 1837, pp. 495 — 501)
contient une notice de M. J. De Gaulle sur une version en vers latins du roman du Brut,
composee en Bretagne, au commencement du XIII 4 siecle. Elle est d&liee a Cadioc, eveque
de Vannes , mort en 1254.
Page lxxxtx. — Armes enchanters ou impenetrable*, chevaus merveilleus.
Ce chapitre a deja paru dans la Revue de Bruxelles, cahiers de novembre et de decern-
bre!887.
Page cxiii. — Le cheval Pacolet ou Pacollet.
CI. Marot, Vepitrei
Brief, nous Touldrions. ..
.. . qu'eustet or' le cheval Plgatut ,
Qui te portatt to 11 ant par let provinces :
Ou qu'a present a ton vouloir tu tintet
Par lelicol, ^>ar queue ou par collet
Lebon cheval du geotil Pacollet.
Toy. de plus Yipttre XLV.
Page cxxx.— Nains et esprit* servans.
La fable des wain* et des esprits servans se retrouve chez tous les peuples germains et
scandinaves. Voy. Bridel, Conservateur Suisse , IV, 264 et suivantes. J.-J. Scheuchzer,
Ovpsd ifstTw, Belveticus, sive itinera per Helvetia Alptnas regiones facta, annis 1702-11,
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ADDITIONS. 745
Lugd. Bat., 1728, 4 vol. in-4°; Wyss, Voyage dans VOberland, II, 8-10; De Marchangy ,
Tristan le voyageur, HI, 88. Ce dernier auteur parle en outre d'une espece de demons appeles
Huards en Normandie , a cause des huees funebres qu'ils poussent la nuit dans les airs.
Pages ex xxx. — Dames blanches.
Les journaux contenaient l'article suivant dat£de Berlin , le 21 octobre 18S7.
« La nouvelle de la mort de la reine des Pays-Bas a produit une grande sensation dans
les classes elevces et particulierement dans le public. Depuis quelque temps dcj& le bruit
courait parmi le peuple que la Dame-BIancbe (ffeisse Frau) avait paru dans la vieille tour
du palais du roi. Le peuple possede aussi chez nous cette ancienne tradition que la mort d'un
membre de la famille royale est toujours annoncee par l'apparition de la Dame-Blanche. On
comprend alors facilement que ces croyances superstitieuses se reveillent avec toute leur
force chaque fois qu'une mort illustre vient nous frapper. Depuis bien long-temps la Dame-
Blanche ne s'&ait plus montr^e et les voeux unanimes de la nation sont pour qu'elle ne repa-
raisse plus de sitot. »
Pages ccxxi. — Portrait de Charlemagne par le tnoine de S*-GaU.
Ce passage n*est pas sans analogie avec celui-ci tire d'une chronique de Flandre , Corpus
chron. Flandr.y I, $8. I r ste Balduinus semper loricam ferream portavit , ac tempore guerrarwn
semper in lorica dormivit , nee non et equus suus semper loricatus fuit. Ra propter Ferreu*
nuncupatus est.
Ton. [I. 94
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vvwvvww\jv\)w*vwwvvv vvvvvvvvvvvvvvvvvvvvvvvvwww v\^v\^Afv^^^^\^^(vvvvv^M^Alv^AAJVVvvv\\vv\\ \
TABLE DES MATURES.
Pages.
INTRODUCTION i
§ I. A* ALTS* IT IXAlIIf DC 8ICOJID VOLUME ib.
Regne de Loui*-le-D£bonnaire ib.
Llgendes d'Aimeri de Narbonne el de Guillaume d'Orange ib.
Rainouard-au-Tinel u
Branches ajoutees au roman de Turpin in
Charles-le-Chauve • . • ib.
Sermens de ce prince et de Louis-le-Germanique ib,
Baudouin-Bras-de-Fer iv
(Et aux additions) 7-45
Ravissement de Charles-le-Chauve au ciel ib.
Les Normands ou Danois en Flandre ib.
Auteurs anonyraes sur les expeditions des Normands v
R. Wace ib.
Guillaume de Jumieges ib.
Gervais de Tilbury ib.
Le milieu du monde vi
Magie de Virgile ib.
MM. G. B. Depping, Alex, et Th. Licquet, A. De Caumont, Aug. Le Prevost ,
Fr. Pluquet , La Fontenelle de Vaudore , Aug. Thierry vm
Roman de Raoul de Cambrai ib.
Isembart et Gormont ib.
La mort du roi Gormont x
Nem ib.
Gau tier, Erneis, le roi Gormont ib.
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748
TABLE DES MATURES.
Thiery ou Thierry de Termes
Le comte de Flandre
Eodon ou Eudes de Champagne
Le comte de Poitiers
Le comte de Norman die
Les chroniques de S'-Denis
Ernaut de Ponthieu
Louis d'Outremer
Huguelio , Hugues ou Hugon
Isemhart
Gontier • .
Chronique de S'-Riquier
Seguin
Miles
Le vieux Bernard
Arnoul ou Arnould-le- Vieux , comte de Flandre
Amours de Richard et de Gonnor
Communes
Hugues-Capet
Le pape Sylvestre II
La selle chevaliere , M. G. Peignot
Le Chevalier au Cygne
Ordre du cygne de Cleves
A. F. Le Paige
P. Desrey, J. Renax
M.F.Michel
Gandor
Manuscrit de Bruxelles •
Le geant Antigone
Extraits du roman du Chevalier au Cygne
Matabrune .
Romans du cycle de la table ronde
Cor merveilleux
L'empereur Otton (Othon) I er tient sa cour a Nimegue . . .
Le comte de Blanquebourc ou Branquebourg ......
La duchesse de Bouillon
Formes juridiques
Amours de Robert-le-Diable et d'Harlette
Le due de Beaufort-Spontin
Mariage de Guillaume-le-Conquerant etdeMathiide de Flandre
Pages.
XI
XII
XIII
xrv
XV
ib.
ib.
XVI
XVII
XX
XXI
ib.
XXVI
XXIX
ib.
XXXIII
ib.
ib.
ib.
ib.
ib.
XXXIV
ib.
XXXVIII
XLI
ib.
ib.
XLH
t'6.
XLIV
XLV
XXVIII
L
U
L1I
ib.
ib.
LVI
ib.
ib.
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TABLE DES MAT1ERES.
749
Pages.
Tapisserie dc Bayeux lvh
Robert Guiscart » . . lviii
Societc de l'histoire de France ib.
M. Champollion-Figeac ib.
Conquete de i'Angleterre par les Normands ib.
M.A.Thierry ib.
Le roi Artus ib.
Artus maltre de Tournay et de Tcrouane lxii
M. Le Roux de Lincy ib.
M. Abrahams ib.
Les Irlandais d'origine Basque lxiii
Amand de Zierickzee ib.
Geans - lxiy
Akin de Lille, commentateur des prophelies de Merlin. ... ... ib.
Charles-Ie-Bon , comte de Flandre lxvi
M. E. Grille de Beuzelin ib.
Adelaide de Brabant lxvii
Elle fait fleurir la poesie francaise ib*
Voyage dc saint Brandan au Paradis terrestre ib.
Bestiaire de Ph. De Than ib.
Eleonore d'Aquitaine issue d'un demon lxviii
Jean Brompton ib.
Henri-au-Court-Mantel , Bertrand de Born lxjx
Entrevue de Bertrand de Born et du roi d'Angleterre Henri II ib.
Hennuyers et Brabancons a la cour de Henri II lxx
Philippe- Auguste , roi de France ib.
Jacques d'Avesnes , Isabelle de Hainaut ib.
Croisades ib.
MM. Michaud, Frdd. Wilken, N. G. Van Kampen lxxi
Godefroid-le-Barbu ib.
Captivity de Richard-Coeur-de-Lion ib.
Roman de Blondeau ib.
G. Vinisauf ib.
Jacques d'Avesnes (voy. p. lxx) . ib.
L'empire cesse d'etre hereditaire ib.
Fernand ou F errand de Portugal ib.
Les Blavotins et les Isengrins ou lngrekins lxxii
Lambert d'Ardres lxxiv
Gilles de Leau , le Blanc-Gendarme ib.
Hugues de Boves lxxvii
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750
TABLE DES MATURES.
Nouveaux details biographiques sur Ph. Mouskes
Bataille de Bouvines
G. Le Breton , G. Guiart
MM. De Raumer, Capefigue et Lebon
Le roman de Baudouin
Hugues de Boves
Jean des Temps , Dinterus
Gaptivite de Fernand
M. Daunou
Croisade contre les Albigeois
M. C. Fauriel
Bouchard d'Avesnes
M. le marquis De Fortia
M. L. Warnkcenig »
Le faux Baudouin
LeJuif errant #
Goethe, C. F.Schubart, Bcranger, M. Quinet
Le Juif errant en Italie
Pieces de theatre
Le juif errant en Belgique
G. J. Gerard
Amours de Blanche et de Thibaud (Thibaut)
Empire latin de Constantinople
Indication des Appendices ...»
§ JI, DE8 CHANSONS DE GESTE ET DES HEROS DU CYCLE KAROLINGIEN,
mentionn£s par ph. mouskes, consid£r£s PRINCIPALBKENT DANS LEUR
/ RAPPORT AVEC LA BELGIQUE
1 . MOYE3S EPIQUE8
A. Armes enchanUes ou impSttitrables. — Chevaux merveilleux
Sources de fictions po&iques
Epee de Mars
L^gende de Charlemagne
Loi des Lombards
Goutume observee dans les tournois
Couteau de Bohemond
Lance qui perca le cote de Jesus-Christ
Croyances du Nord
Ptges*
LXXVIII
LXXX
ib.
ib.
ib.
LXXXI
ib.
LXXXH
ib.
LXXXIII
ib.
ib.
LXXX1V
ib.
ib.
LXXXV
LXXXVI
ib.
ib.
LXXXVII
ib.
ib.
ib.
LXXXVIII
LXXXIX
ib.
ib.
xc
xcin
ib.
xcnr
ib.
xcv
ib.
ib.
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TABLE DES MATURES.
751
Armuriers fameux , Veland
M. G. J. Thorkelin
Nains, Alfar, Dvergar
£pees celebres
Roman du Chevalier au Cygne (voy. p. xxxiv)
Autres armes renommees
Coursiers merveilleux
Autres aaimaux celebres
B. Gean$
Affaiblissement pretendu de la race humaine.
Geans de l*Edda
M. A. G. B. Schayes
Charlemagne , Eishere , S t -Christophe . . .
Le geant Antigon ou Antigone
Armoiries d'Anvers
Fetes de la cour de Bourgogne
Geans dans les fetes municipales en Belgique .
Explication de M. Dulaure
Autre origine presumee
Le geant Phinaert
C. Nains ♦
Le petit poucet
Nains en Belgique
Sotai
Nutton
D. Fees
Veleda .
Basine
£tymologiedu mot fie
Dames Blanches
KiUcrops
Dame blanche du chateau d'Egmond . . .
La fee d'Angeweiller
Le gobelet de Croy.
Le chateau de Lusignan (Luzignan) . . .
Melutine au chateau d'Enghien en Hainaut .
Pages.
XCVI
ib.
XCVII
XCVIII
cv
CVII
CXI
CXXI
ib.
ib.
CXXIII
ib.
CXXIV
exxv
ib.
CXXVI
CXXVI
CXXV1I
ib.
CXXVIII
ib.
CXXIX
exxx
CXXXI
ib.
exxxn
CXXXIII
ib.
cxxxiv
exxxv
ib.
ib.
CXXXVI
ib.
ib.
ib.
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752
TABLE DES MATIERES.
Nikkers
Fees de Cephalonie ,
La pucelle d'Orlcans
Morgan ou Morgane . . .
Oger-le-Danois
Roman de Guillaume-au-court-Nez (coy. p. 1)
Cleomades -
Partonopeus de Blois ,
Lcgende de Pharailde ou Hlrodias
Etymologic ,
Dame Habunde ou Abunde . .
Superstitions flamandes
Autres esprits , lutins , fees, sorcieres . f . .
CendrilJon
Indiculus superstitionum f . .
E. Dragons et autres Stres eurnaturels . .
l/Edda
Explication de Mallet -
Dragons , embleme des ravages des eaux
Saint Michel
Dragons de Metz , de Tarascon , de Poitiers , de Rouen , de Provins , etc
Gilles de Chin
Auteurs qui ont ccrit sur les traditions locales relatives aux Dragons. .
Formation des Dragons
Merowig ne d'un monstre. . • . .
Caractere des anciens poemes .
Ge'nie du Nord et de l'Orient , .
A quoi Ton reconnatt les fictions Orjentales
Elegast
Decadence des romans
2. HSROS DE8 CHUISOlfS DE GISTS
A. Charlemagne
Merveilleux attache a la person ne de Charlemagne
Son rdle dans les romans
Amalberge
Le'gende de Charles et d'Elegast (coy. p. cxlix)
MM. Van Wyn et J. Grimm
Pages.
CXXXVII
ib.
ib.
CXXXVII I
f».
CXXXIX
ib.
ib.
ib.
CXL
CXLt
CXLIV
CXLV
ib.
ib.
CXLV I
ib.
ib.
ib.
CXL VI I
ib.
ib.
CXLVI1I
ib.
CXLIX
ib.
ib.
ib.
ib.
CL
ib.
ib.
CLI
ib.
CLIII
ib.
ib.
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TABLE DES MATURES.
753
M. Hoffmann de Fallersleben , M. Serrure.
M. Mone ,
M. J. De SMJenois
B. Turpin, Tulpin, Tilpin
Histoire du vrai Turpin
M. DauDou
Opinions diverses sur l'epoque ou le roman de Turpin a i\.€ ecrit
Les douze pairs
Favin ,
Dom Brial
Eichorn ,
Examen de la chronique de Turpin en elle-m&ne
M. Sismondi
Chant sur quatre lignes
Le pape Calixte II .
Geoffroi , prieur du Vigeois
Oienhart
Michel de Harnes
M. P. Paris
Hugues de Champ-d'Av&nes , comte de S l -Pol , Yolande de Hainaut
Baudouin V , comte de Hainaut, son admiration pour Charlemagne ,
Resume* •
Quel est Fauteur de la chronique de Turpin ,
Le Beuf et Dom Rivet
M. Marchal
Gui Allard, MM. Ciampi, Daunou et Sismondi
Le faux Turpin n'a pas invent^ les legendes qu'il rapporte. . . ,
M. P. Paris
M. de Chateaubriand
Les Gesta Francorum
Les Gesta Dagoberti
Anciens ecrivains Frisons ,
Auteurs qui ont adopts les reveries de Turpin ,
Difference des manuscrits <
Editions et traductions de Turpin
M. Ciampi
M. Monmerque'
Robert Gaguin ,
Michel de Harnes (voy. p. dxvn)
Tom. II.
Pages.
CLIII
CUV
ib.
ib.
ib.
CLVI
CLYH
CLVIII
CLXI
CLXII
ib.
CLXIII
ib.
ctxv
ib.
CLXVI
CLXVII
ib.
CLXYIII
ib.
ib.
CLXIX
ib.
CLXX
ib.
CLXXI
GLXXII
CLXXIII
clxxiv
ib.
ib.
CLXXV
ib.
CLXXVI
CLXXVH
CLXXVIII
ib.
ib.
CLXXIX
95
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754
TABLE DES MAT1ERES.
Renaud de Montauban
Ganelon
M. Huet de Froberville
M. F. Michel
M.Th. Rodd
L'excellente chronique de Brabant ....
P. Durante
La Spagna Historiata
LePulci, le Bojardo, l'Arioste
C.Roland
Roland dans Fhistoire
Eginhard
Deux Roland
MM. Sismondi et Ferrario
M. Raynouard
Beuves d'Antone , Milon
Exemples de fausses genealogies
Lea Reali di Francia
Roman des VII sages
Roland celebre avant le romaa de Turpin. .
Gilie
M.F.Michel
Roland a Marseille, a Blaie et en Rouergue
Roland en Italie
Roland sur le Rhin
En Turquie
Son epee a Lie'ge et a S'-Denis
Apostrophe de ce heros mourant a son epde .
DuGuesclin
Dispute theologique de Roland et de Ferragus
Rapprochement tire de l'histoire des croisades
La grotte de Han
M. A. Quetelet
Roland dans la literature beige
La cloche Roland a Gand
Etymologies du mot Roland
Les statues de Roland
Ouvrage espagnol sur la bataille de Ronceyaux
Chanson ou plutot chansons de Roland. . .
Page*.
CLXXIX
ib.
ib.
ib.
CLXXX
ib.
ib.
ib.
CLXXXI
ib.
CLXXXII
ib.
ib.
CLXXXIH
ib.
ib.
CLXXXIV
ib.
CLXXXV
CLXXXTI
(XXXXV1I
ib,
clxxx vra
CLXXX EX
ib.
cxc
ib.
ib.
CXCI
ib.
ib.
CXCII
ib.
ib.
CXCIII
ib.
cxcnr
cxcv
cxcvi
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TABLE DES MATURES.
755
Mention de Roland dans les chansons de geste
Renaud de Montauban , le Si&ge d'Aspremont
Ogier-le-Danois , Jehan de Lanson , Gwiteclin de Saiseogne , Charlemagne . .
Gaydon
D. Gantlon
Maison de Mayence ; Loup , due de Gascogne
Elymologie bretonne
Guenelon , archev&jiie de Sens
Puissance de la poesie
Traditions relatives h. Ganelon
Alberic de Trois-Fontaines
Traditions locales
Severt , MM. Cochard et Pericaud
Aye d' Avignon , Gamier de Nanteuil, Hardre, Aloris, Thibaut d'Apremont,
Pinabel de Sorente , Gontaud de Lausanne
Samson , Berenger, Renaud de Boulogne et Hugues de Boves
Tentative de rehabilitation pour Ganelon
E. Les quatre file Aymon
Chateaux de Renastienne , de Poulseur, d'Amblgve , d'Aigremont et de Dhuy,
la roche Bayard
Le cheval Bayard .
Vivien
Tremogne ou Dortmund
Francs-juges
Anecdote feodale
Huon de Villeneuve
Fable provencale
Arnauld Daniel
Fable italienne , Guidon-le-Sauvage , Bradamante
Fable flamande ou hollandaise
Nic. Verbrechten , Bilderdyk , M. Hoffmann
M. Mone
Fable anglaise
M. Brunet
Bu£ves et Maugis d'Aigremont
M. VanPraet
Maugis en flamand, MM. Hoffmann, Ensched<§, Bilderdyk , J. H. Bormans,
F. J. Mone
exevn
ib.
CICVIII
CXCIX
ib.
ib.
cc
ib.
ib.
ib.
ib.
CCI
ib.
ecu
CCIII
ib.
ib.
CCIV
ib.
CCIX
ib.
ib.
ccx
CCXI
ccxn
ccxin
ib.
ib.
ib.
ccxnr
ib.
ib.
ib.
ccxv
CCXVI
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756
TABLE DES MATURES.
P«g»S.
Maugis en allemand ccxvi
M. Brunet, presses deLouvain . ib.
Le roman de Renaud de Montauban , en espagnol , traduit par L. Domingez . ib.
Asiolfo del Barbicone et Mabrian , issus de Renaud de Montauban ccxvn
Morgante tnaggiore ib.
F. Oger-le-Danois ib.
Donnees historiques sur Oger ib.
Siege de Pavie ccxviii
M. De Chateaubriand . ib.
Roman d'Antar ib.
M. Le Roux de Lincy ccxix
R&it epique ib.
Oger a S'-Faron de Meaux , Aude-la-Belle ccxx
M. Mone, observations onomastiques ccxxiu
Patrie d'Oger, Bartholin ib.
Roman d'Adenez et de Rembert ou Raimbert de Paris ccxxiv
Romans flamands ccxxyi
Mentions diverses ib.
Oger en Catalogne ccxxvu
Oger a Cologne et dans le pays de Lilge ccxxviii
Melart ib.
Basin ib.
Genealogies d'Oger, ses fondations ccxxx
G. Ferabras , Fierabras ou Fier-a-Brae ccxxxu
David Aubert ccxxxvi
Le sujet de Fierabras, represente dans un village des Basses - Pyrenees ;
M. Jomard ib.
Fierabras dans la poesie flamande ib.
H. Guillaume-au-court-Nez. — Garin de Montglave ccxxx vii
Anciennete de la tegende de Guillaume-au-Court-Nez ib.
Genealogie romanesque de Guillaume ccxxxviii
Gerard de Vienne , Garin de Montglave ~ ib.
Extrait du roman de Garin de Montglave ccxxx ix
HeVos divers du cycle karolingien , Hainfroiz et Heudris , Galafre ib.
Durendal , Aimeri , due d'Aquitaine , Garin de Montglave , Guerin , Anselme
de Blois ccxl
Roman de Philumena , roman de Guillaume d'Orange , en vers flamands et en
vers allemands ccxliv
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TABLE DES MATURES.
757
I. Gerard de Boussillon
Thierri d' Ardennes, Samson (Sanson) deBourgogne , ancienne legende , Auberi
le Bourguignon
Existence historique de Gerard
J. De Guyse :
Gerard de Roussillon en Belgique
Romans en langue d'oc et en langue d'oil
David Aubert (t?oy. ccxxxvi)
Garin-le-Lorrain , le comte Fromont de Lenz (Lens) , Bourguignons talis . .
K. Gerard de Vienne
Parente de Gerard de Vienne i • • •
Aude-Ia-Belle , Roncevaux , Renier de Genes , Renaud de Beaulande , Aimeri
de Narbonne
Arbre genealogique.
L. SybMe de Saxe , BSrard de Montdidier, Baudouin, frere de Roland . . .
Jean Bodiaux , Chanson des Saisnes
David Aubert (voy. ccxxxvi et ccxlix)
M. Jourdain de Blaye
Aimeri de Narbonne et ses sept Qls
Ganelon , Garin de Montglave , Doon de Mayence
Gerard , (lis d'Amis , Basin , Ermengart
La ville de Vantanus (Fautanus)
Kallefrin , Richier, Sandame
N. Garin-le-Loherenc
Mention de Garin dans Ph. Mouskes
Turpin
Begues de Be'lin
DomCalmet, Fr. De Rosieres, J. De Guyse
Hugues de Toul
Suppositions et alterations historiques
Saga des Lorrains
Ge'nealogte fabuleuse des comtes de Boulogne
Fromond-le-Poestis T Gane'lon , Isembart et Gormont , le chevalier au Cygne .
Caractere de Tepop^e des Lorrains
Le roman de Garin est une transformation des Nibelungen
Sources indiquees par le trouvere
M. Mone
Pages.
CCXLV
lb.
CCX1VI
CCXLVII
ih.
CCXLIX
ib.
CCL
ib.
ib.
CCLI
CCLII1
CCMV
ib.
ib.
ib.
CCL VI
CCLVII
CCLVIII
CCLX
CCLXI
CCLX1II
ib.
CCLXIV
CCLXV
ib.
CCLXVI
a.
CCLXVII
CCLXIX
ib.
CCLXX
CCLXXI
CCLXXfl
ib.
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758
TABLE DES MATURES.
Pages.
L'auteur primitif du roman de Garin etait austrasien ccxxxui
Ancienne vogue des Nibelungen en Belgique cclxxiv
Causes qui mi rent fin a cette cel^brite* cclxxvi
Rapports de la Saga de Garin avec d'aulres legendes cclxxvh
L'epee Floberge ou Flamberge ib.
Artus , Froberge , Gerard de Roussillon ccixxvni
Roncevaux , roman d'Amilles et d'Amis cclxxix
Inte>6t de la Saga des Lor rains pour la Belgique ib.
§ HI. DB LA GRAMMAIRE ET DE LA VERSIFICATION DE PHILIPPE MOUSKES.
ENCORE DE LA LANGUE FRAItgAISE EN BELGIQUE. TRAVAUX PH1LO-
LOGIQUES. QUELQUES MOTS SUR CETTE ^DITION ib*
Ph. Mouskes juge* comme ecrivain cclxxxi
Anciennete* de la langue romane cclxxxii
Qu'il n'y a pas eu dans le principe une langue romane unique et uniforme . ib.
MM. Raynouard et Conrad von Orell cclxxxiii
Quelques observations grammaticales ib.
Addition a ce qui a ete* dit de I'histoire de la langue francaise en Belgique . . cclxxxviii
VII 6 , Vni e ET IX e 8lfcCLE9 ib.
Colonies saxonnes ib.
Sueves cclxxxix
N. Paquot ib.
M. J. Jusseret, J. J. Raepsaet . . ib.
X e sifecLE ib.
Un des plus anciens monumens de la langue romane ib.
Anciennet^ du vers de douze syllabes ccxci
XII sitcLE ib.
Jean d'Alich ccxcu
Herman ib.
Le roman de Florimond ccxciv
XIII SlfcCLE CCXCV
Chartes en langue vulgaire ib.
Chants en 1'honneur de Jean d'Avesnes ib.
Chronique de l'Ostrevant ccxcvi
M. A. Van Hasselt • M. Barrois , les bibliophiles de Mons, M. R. Chalon. . . ib.
MM. E. A. T. Laspeyres, Medem , Societc de Phistoire de France, M e,le Dupont ,
M. La Cabanne , le general Pelet ccxcvi!
MM. Brun-Lavainne , Monin, De la Fontenelle de Vaudore , A. Le Glay,
£. Cartier, De la Saussaye , Buchon ccxcvin
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TABLE DES MATURES. 759
Pages.
MM. Willems, De Jongheet Delepierre ccxcix
Autres gens de lettres qui partagent ou secondent nos travaux ib.
MM. Emile Gachet et Hayez ccci
M. Raynouard ib.
L1R01 cccii
Lee Chambres , le Ministere ib.
REMARQUES cccm
A. PlBCES RELATIVES A PHILIPPE HOU8KES CCCV
B. Ocbb-le-danois dans le pats de liege CCCXVIII
C. Jean le bbl cccxix
POST-SCRIPTOH SUE 60EH0ND ET I8E1BABT CCCXXIII
Explication des fig d res dc second volume cccxxv
CHRONIQUE DE PHILIPPE MOUSKES cccxxvn
Regne de Louis , dit le Dibonnaire 1
Blanchefleur, fille d'Aimeri de Narbonne 2
Guillaume d'Orange , de Gellonne ou au Court-Nez ib.
Thtebaut , Thibaut ou Thibaud ib.
Orable, Guibors . 3
Siege de Barbastro 4
Foucon , Guicart (Guichard) et Biertran (Bertrand) ib.
Rainouard-au-Tinel ib.
Mort de Guillaume-au-court-Nez 5
Joie que la mort de Charlemagne cause aux Sarrasins 6
Profanation de l^glise de S l - Jacques de Compos telle 7
Punition des inGdeles ib.
Miracle de saint Romain * 8
Reliques 10
Louis-le-Debonnaire partage ses etats entre ses (ils 11
Lothaire 12
Pepin , Louis , Charles ib.
Dissensions et guerres entre Tempereur et ses fils 13
Mort de Louis-le-Debonnaire 15
Charles-le-Chauve ib.
Invasion des Normands dans Tile de Walcheren 16
Odoacre to.
Bataille de Fontenay ib.
Baudouin-Bras-de-Fer, comte de Flandre 17
Mort de Pepin et de Louis-le-Germanique ib.
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760 TABLE DES MATIERES.
Paget.
Lothaire entre en religion 17
Louis II , empereur 18
Lothaire , roi de Lorraine ib.
Sauterelles 10
L'esprit de Charles-le-Chauve est ravi dans Pautre monde 20
Famine et misere en France 28
Reliques 24
La famine cesse 25
Mort de Charles-le-Chauve 26
Hermentrude , Louis-le-B&gue ib.
Ayous ou Ayol , Elie ib,
Carloman, Eudes 27
Robert-le-Fort 28
Les Danois penetrent en Flandre et dans le Hainaut 29
Charles-le-Simple ib.
Antiaumes ou Adelstan , roi d'Angleterre • 30
Lothaire , Gisele , Aelis ou Adelaide , Herluis ou Herlinde , Ogive ib.
Digression retrospective sur les Norma nds t ib.
Details glographiques , Asie ,,.*.. ib.
Afrique, Europe, Alenie 31
Danemarck , Grece 32
Etymologie du mot Normandie • ib.
Origine des Danois , Danaus , . . ib.
Coutume des Danois , . , . . 33
Lodbrok , Bioern-cote*de-Fer, Hasting 34
Affaiblissement de la France 35
Ravages faits par les Danois , ils remontent la Seine 30
Saint Philibert ib.
Clotilde ' . . 37
La Belgique est devastee , 38
Meurtre de Foulques , archeveque de Rouen ib.
Baudouin-le-Chauve, comte de Flandre , 39
Les Danois ou Normands s'emparent de Luna en Toscane ib.
Stratageme d'Hasting ib.
Hasting revient en France 41
Thibaut , comte de Tours 4J
Origine de Rollon # #
Rollon et son frere 43
Harald, roideNorwege ft,
Le roi fait la paix avec les deux freres ib.
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TABLE DES MATURES. 761
P»gcs.
U leur dresse une embuscade 44
Mortdu frere de Rollon ib.
Rolloo passe en Ecosse ib.
II a une vision ib.
II arrive en Angleterre et bat les Anglais 45
II a une seconde vision ib.
Oiseaux merveilleux ib.
Explication du songe de Rollon 46
Rollon se reconcilie avec le roi d'Angleterre 48
Renier-au-Long-Cou , comte de Hainaut . 49
Radbod-le-Frison ib.
Renier prisonnier de Rollon ib.
GeneVosite* de Rollon 50
Rollon envahit la Neustrie ib.
L'archeveque Francon va le trouver 51
Les Francais ont recours a Hasting ib.
Le comte Renard ou Renaud est defait 52
Injure faite a Hasting 53
Hasting quitte la France ib.
Sa mort to.
Conqueles de Rollon ib.
Pope ouPopee,fillede Reranger, comte duRessin 54
Enfans qu'en eut Rollon ib.
Siege de Paris , an 885 , . . ib.
Prise d*£vreux , an 892 ib.
Le roi d'Angleterre implore le secours de Rollon ib,
Retour de Rollon a Rouen 55
Nouveau stege de Paris ib,
DdgaU des Normands ib.
Rollon assiege Chartres ib.
Les Normands sont vaincus 50
Charles-le-Simple accorde a Rollon sa fille Gisele ib.
On veut donner la Flandre a Rollon 57
Raptemede Rollon, 912 ib.
Rollon refuse de baiser le pied du roi de France 53
Liberality de Rollon envers l'cglise 59
Saint Penis , saint Clement ib.
Manage de Rollon qq
II distribue des terres a ses compagnons 61
Police severe qu'il dtablit #.
Tom. II. 96
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762 TABLE DES MATIERES.
A venture du paysan de Long-Paon et de sa femme 61
Exemple de la terreur que Rollon inspirait aux voleurs 63
Roumare ib.
Traits de S'-Clair-sur-Epte , Tan 911 ib.
Rollon fait trancher la tete a deux chevaliers francais qui eUient venus en secret voir
sa femme 64
Robert , fils de Robert-le-Fort et frere du roi Eudes , se fait couronner, Tan 922 . . . ib.
Mortde Robert, 15 juin 928 . . . 65
Hugues-le-Grand « ib.
Raoul ou Rodolphe est elu roi Fan 923 66
Mort de Charles-le-Simple ib.
Mort de Gisele 67
GuillaTime-Longue-Epee ib.
Mortde Rollon ib.
Guillaume-Longue-Epee lui succede to,
Rihous ou Riulfe, comte de Coutances, se reVolte contre son nouveau suzerain,
vers 933 •. 68
Riulfe est vaincu ih.
Naissance de Richard 1", surnomme* Sans-Peur ib.
Le comte de Poitiers demande a Guillaume sa sceur en manage 69
Mariage de Guillaume ib.
Anecdote merveilleuse ib.
Prediction relative a la posterite de Rollon . . . 71
Successeurs de Rollon . „ . 72
Mort du roi Raoul , 986 7*
Par le credit de Guillaume , Louis d'Outremer arrive au trone , 936 ib*
Son couronnement 74
Garin de Ponthieu , Taillefer de Cambresis ib*
Raoul de Cambrai 75
Biernecon ib.
Incendie de l'abbaye d'Origni ........... ib.
Isembart et Girardin . ib.
Guion de Danemarck t6,
Alardin , 76
Beatrix , sceur d'Isembart , . ib.
Ludemart 77
Evrart l'Englois (VAnglois), le roi Gormont ib.
Margot, fille de Gormont ib.
Le clerc Gautier , . 79
Huelin ib.
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TABLE DES MATIERES. 763
Page*.
Arnoul, dit le Vieux , comte de Flandre . devient maltre d' Arras , an 981 88
Incursions des Hongrois ib.
Conrad , roi de Bourgogne ib.
Entrevue d' Arnoul , comte de Flandre , et de Guillaume-Longue-Epee , due de Nor-
mandie 84
Baucelicourt , assassin du due de Normandie ib.
Intention qu'avait Guillaume de se faire moine 85
Richard-sans-Peur , due de Normandie, 948 87
Bernard-le-Danois ib.
Louis d'Outremer vient a Rouen ib.
II s'empare de la personne du jeune due ib.
Le peuple se souleve ib.
Louis effraye relache Richard 88
II promet de punir Arnoul , comte de Flandre 89
Louis emmene Richard sous prctexte de le faire mieux elever a sa cour ib.
Le comte Arnoul apaise le roi 90
Osmond, gouverneur de Richard, l'arrache au danger qui le menacait ib.
Evasion de Richard : 91
Hugues-le-Grand est mis dans ses intents ib.
Arnoul conseille au roi de partager la Normandie avec Hugues-le-Grand ib.
Reproches adresses a Uugues par Bernard , oncle de Richard 94
Louis vient a Rouen 98
Raoul-le-Tort (Ton ?) 94
Sa tyrannie ib.
Harald vient en Normandie ib.
Mort d'Herluin , comte de Ponthieu 95
Le roi Louis est pris par les Normands ib.
La reine tente envain de mettre 1'empereur, son pere, dans les interets de son mari . ib.
Richard rentre en possession de son duche 96
Hugues fait epouser a Richard sa fiile encore enfant 97
Arnoul , comte de Flandre , va trouver Tempereur Othon ib.
Les confederes cherchent a s'emparer de Rouen ib.
Regrets d'Othon ib.
II veut livrer Arnoul a Richard ib.
Arnoul s'enfuit 98
Gormont , Ysemhart (Isembart) ib.
Mort de Louis d'Outremer ib.
Lothaire , roi de France 99
Thibaut I , dit le Tricheur , comte de Chartres et de Blois ib.
Brunon , archeveque de Cologne ib.
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764 TABLE DES MATIERES.
P«gw.
Richard est instruit des embuches qui lui sont tendues 100
Entrevue sur les bords de l'Eaulne ib.
Guerre entre Lothaire et le due de Normandie 101
Prise d'Evreux ib.
Deroute de Thibaut ib,
Richard appelle de nouveau les Danois a son secours 102
Accommodement » . . ib.
Amours de Richard et de Gonnor 103
Leurs enfans , Richard , Mauger , Robert ib.
Robert se marie, quoique archeveque • 105
Sceurs et freres de Gonnor , leur descendance ib.
Ses nieces 106
Mariage de Hugues-le-Grand 107
Ses enfans ib.
Hugues-Capet 108
Mort de Giselbert , due de Bourgogne ib.
Othon , due de Bourgogne ib.
Henri-le-G rand , premier due sou verain de Bourgogne • ib.
Mort de Hugues-le-Grand , 956 ib.
Lothaire entre dans la Haute-Lorraine et surprend Othon a Aix-la-Chapelle .... 109
Irruption de Tempereur Othon en France ..110
Traite de Reims , 980 HI
Mort de Lothaire, 986 112
Louis V , dit le Faineant ib.
Richard, due de Normandie, fonde l'abbaye de Fecamp ib.
II se fait preparer un cercueil t6.
Re volte des vilains Ug
Maladie de Richard . . , # #
Sa mort m
Richard II, dit le Bon, lui succede ib.
Guillaume, comte d'Hyemes, fait la guerre a son frere naturel, il est pris, s'erade et
conclut la paix # #
Ethelred ou Alfred II , beau-frere de Richard II , roi d'Angleterre , 978 115
II fait la guerre aux Normands 1 16
Geoffroi I , due de Bretagne . ib.
Ethelred II , fait massacrer les Danois . . '. ib.
Suenon , roi de Danemarck , debarque en Angleterre ib.
11 en fait la conquete iff
Ethelred se sauve en Normandie #.
Mort de Suenon, 1015 #,
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TABLE DES MATURES. 765
Pages.
Ethelred retourae en Angleterre 117
Kanut (Knut) , roi de Danemarck ib.
MortdTthelredII,23avrill016 ib.
Hardi-Kanut, roi de Danemarck 118
Demeles avec Eudes II , comte de Chartres et de Blois 1 19
Mort de Louis V, roi de France ib.
Charles , due de Basse-Lorraine 120
II est exclu du trone de France ib.
Charles de France tombe entre les mains de Hugues-Capet ....121
Hugues est sacre* le 23 juillet 987 ib.
II associeson GlsRobertala royaute, 988 122
Mort de Charles de France ib.
Gerbert ou Sylvestre II ib.
Sa magie .* 123
Son aventure avec le diable 1 24
Mort d'Arnoul II , dit le jeune , comte de Flandre , le 2$ mars 988 128
Mort de Hugues-Capet le 24 octobre 996 ib.
Robert II 129
Eudes , comte de Chartres , assiege Tillieres ib.
Hugues, comte du Maine, sedeguise en berger 130
Richard appelle les Scandinaves a son secours 131
Le roi Robert reconcilie Richard II avec Eudes ib.
Olaf se fait baptiser 132
II est martyrise' ib.
Enfans de Richard II ib.
Richard aide le roi Robert a r&ablir le comte de Melun 13*3
Renaud, comte de Bourgogne, prisonnier de l'eveque d'Auxerre. 134
Richard sollicite en vain sa liberte* ib.
Mortde Richard II, 23 aout 1027 135
Richard III , son successeur ib.
Discorde entre Richard III et Robert son frere ib.
Mort de Richard III, 6 aoot 1027 ou 1028 136
Robert-le-Diable , due de Normandie ib.
Revolte et soumission de Guillaume de Belleme ib.
Nouvelle revoke de Guillaume ib.
Robert contraint son oncle a se retirer en France 1 37
Guerre contre l'eveque de Bayeux ib.
Le roi Robert donne sa fille en mariage au ills du comte de Flandre 138
Celui-ci se revoke contre son pere ib.
Baudouin V de Lille, ou le IMbonnaire, comte de Flandre 139
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766 TABLE DES MATIEKES.
Pages.
Henri , due de Bourgogne , meurt 139
Landri , comte de Nevers 140
Fromond II , comte de Sens , Renaud II lui succede ib.
La cite de Sens est rendueau roi de France, 1015 ib.
Robert , dit le vieux , due de Bourgogne 141
Hugues , 01s de Robert , roi de France ib.
Fondation de 1'abbaye du Bee ib.
Henri , roi du vivant de son pere 142
Le Chevalier au Cygne 143
Phenomene meteorologique ib.
Famine 144
Mort de Robert II , roi de France ib.
Robert , due de Normandie , allie" du roi Henri ib.
Mort de Baudouin IV, comte de Flandre , Baudouin V de Lille dit le De'bonnaire (p. 139). 145
Henri IV empereur tfr.
Incendie a Paris 146
Division entre Robert , due de Normandie , et Alain , comte de Bretagne ib.
Le due de Normandie veut r&ablir ses neveux en Angleterre 147
Reconciliation de Robert et d' Alain 149
Gene>osite^eKanutII 150
Amours de Robert-le-Diable et d'Harlette ib.
Harlette, originaire du Hainaut 151
Songe d'Harlette 152
Naissanee de Guillaume-le-Conquerant , 1027 153
Le due Robert va en pelerinage a Jerusalem 154
Sa mort , Guillaume-le-Conquerant lui succede 155
Desordre auquel fut livree la Normandie ib.
Le roi de France exige la destruction du chateau de Tillieres 158
Toustain , vicomte d'Hiemes , s'allie avec les francais 159
Harald I, roi d' Angleterre, vers 1037 ib.
Alfred debarque en Angleterre , il est accueilli et trahi par Godwin 160
Mortd'HaraldI,1041 161
Edouard IH , dit le Confesseur t&.
Toustain , vicomte d'Hiemes , se souleve contre le due de Normandie . . . . . . 164
Mauger , archeveque de Rouen ib.
Guillaume d'Arques , oncle du due , se declare aussi contre lui 165
Guillaume Talevas , ses cruautes 166
Ge>oie ib.
Ses enfans 167
Guillaume Talevas est chasse par son fils Arnoul ib.
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TABLE DES MATIERES. 767
Pages.
Mort de cet Arnoul 168
Odon , eveque de Bayeux 169
Revolte de Guy (Gui) de Bourgogne et de Neel de Gotentin ib.
Batailledu Val-des-Dunes, 1047 ib.
Thibaut III , comte de Blois, prisoonier de Geoffroi II , comte d'Anjou , 1044. . . . 170
Siege d'Alencon et de Domfront 171
Guillaume de Mortain ib.
BaUiliedeMortemer, Tan 1054 173
Le roi de France passe la Dive ib.
La paix est r&ablie entre le roi de France et le due de Normandie 17S
Demeles de Guillaume-le-Gonquerant et de Geoffroi-MarteJ ib.
Le due de Normandie epouse la fiUe du comte de Flandre 174
Robert Guiscart 178
Godefroid de Bouillon 179
Histoirede Robert Crespin ib.
Guerres soutenues par Robert Guiscart 181
Reflexions 185
Morality 186
L'auteur revient au due Guillaume de Normandie ib.
Robert, abbl de S'-ivrol ib.
Demeles de I'empereur Henri IV et du pape Gregoire VII 187
Gregoire VII accuse* de simonie ib.
Henri IV fait deposer Gregoire VII ib.
Mort d'Edouard III , roi d'Angleterre ib.
£douard designe pour son successeur Guillaume de Normandie 188
Harald passe en Normandie 189
II est arrets et recouvre sa liberte* , serment qu'il fait a Guillaume ib.
Harald II, roi d'Angleterre 190
Le comte de Flandre vient s'unir au due de Normandie ib.
Manage du due de Normandie 191
Le due Guillaume debarque en Angleterre 198
Presage, interpretation donnee par Guillaume 195
Le due brule ses vaisseaux 196
Bataille d'Hastings ib.
Harald est tu<§ , fondation de Batik-Abbey ib.
Guillaume donne la Normandie a son fils aine Robert 197
H punit des conspirateurs , . . ib.
Mort de Henri I, roi de France, Philippe I luisuccede. . . / ib.
Fondations pieuses de GuiUaume-le-Conquerant , de Mathilde et de quelques dames et
seigneurs Normands * . . . . 198
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768 TABLE DES MAT1ERES.
Paget.
Rollon 201
L'archeveque Mauger tombe en defence 202
Mort de Robert Guiscart ib.
Boemond I , prince d'Antioche 203
Boemond II , Raimond (Raymond) , Roger , surnomme* la Bourse , due de Pouille et de
Calabre ib.
Roger I, comte deSicile, Roger II prend le titre de roi 204
Eustache II , comte de Boulogne , surnomme* aux Grenorn ib,
Mort de Mauger , archeveque de Rouen ib.
Mort de Guillaume-le-Conquerant 205
Guillaume-le-Roux, roi d'Angleterre, Robert II, Courte-Heuse , due de Normandie. . ib.
Henri obtient le comte' de Cotentin, il en est ensuite dfyouille ib.
Robert va a la croisade ib.
Cupidite sacrilege de Guillaume-le-Roux 206
Souvenir du roi Artus (Artbus , Arthur) ib.
Mort de Richard , filsde Guillaume-le-Conquerant 207
Songe de Guillaume-le-Roux ib.
Explication de ce songe 208
Mort de Guillaume-le-Roux 210
Henri I *, dit Beau-Clerc , roi d'Angleterre ....... ib.
Mort de Guillaume , son fils unique f ... 211
Robert veut ressaisir le sceptre ib.
Le roi Henri envahit la Normandie 212
Bataille de Tinchebray ib,
Guillaume Cliton ib.
Assassinat de Charles-le-Bon , comte de Flandre 213
Guillaume Cliton lui succede . ib.
Baudouin VI et Robert-le-Frison , comtes de Flandre 214
Arnoul III , dit le Malheureux, comte de Flandre ib,
Baudouin II , dit de Jerusalem , comte de Hainaut ib.
Bataille de Cassel 215
Comte de Cambrai ib.
Robert II , comte de Flandre , Baudouin VII a la Hache ib.
Guillaume Cliton 216
Thierri d' Alsace , mort de Robert de Normandie ib.
Guillaume d'Osberne, comte d'Hereford, et sa famille 217
Contestation pour Ivry, Brionne et la succession de Guillaume , comte d'Hereford . . 218
Faux raonnayeurs . 228
Mort de l'empereur Henri V, 1'impeVatrice Mathilde epouse Geoffroi V, comte d'Anjou. ib.
Ses enfans 224
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TABLE DES MATIERES. 769
Fagc«.
Mort de Mathilde, reined' Angleterre , Adelaide de Brabant , seconde femme de Henri I w .
Enfans naturels de ce prince 224
MathieuP'de Montmorency, Hugues, archeveque de Rouen 227
Chateaux et monastdres bAtis par le roi Henri ti.
Passage dans les Alpes 228
£glise d'Evreux 229
Scaurs du roi Henri 10 -
Philippe l w , roi de France , mort d'Arnoul III, comte de Flandre (t?oy. p. 2U), hiver
rigoureux , restauration de I'abbaye de S'-Martin , h Tournay 230
Manage de Philippe I" *•
Mort de ce monarque 281
Louis VI , dit le Gros , son manage *6.
Guerre contrele comte deMeulan 232
Louis VII, dit leJeune, roi de France 284
Comtes d'Anjou et du Maine * «*•
Foulques , roi de Jerusalem 235
Godefroid de Bouillon **•
Suite desfillesdeGuillaume, roi d'Angleterre ib.
Henri I or , comte d'Eu 236
ThibautlV, comte de Blois , Eustache III, comte de Boulogne 237
Guillaume Talevas ou Talvas 238
Guy I er (Gui), comte de Ponthieu «*•
Roger, comte d'Alencon, Roger de Montgomeri 289
Mort de Henri l er , roi d' Angleterre 240
ftienne . . to.
David l w , roi d'Ecosse 241
Le roi de France secourt Fimpdratrice Mathilde ib.
Bataille de Lincoln *•
La paix est r&ablie entre Henri et £ tienne 242
Eustache, fils d'Etienne *•
Guillaume X, due d'Aquitaine, comte de Poitiers 243
Mort deLouis-le-Gros, roi de France ib.
Louis-le-Jeune (t?oy. p. 284) *0-
Divorce de Louis et d'fleonore 244
Histoire merveilleuse sur Forigine d'£leonore, duchesse d'Aquitaine 245
Mariage d'&eonore et de Henri II Plantagenet 249
Leurs enfans 250
Tournois en Flandre • • 251
Libe>alitede Henri 111 , origine du surnom au Court-Mantel id.
Hugues de Hamelincourt • • 252
Tom. II. 97
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770 .TABLE DES MAT1ERES.
P«gw.
Hennuyers et Brabancons a la coup de Henri Ii 158
Nouveau manage de Louis-le-Jeune t &.
Mort de la reine Constance . 256
Philippe d' Alsace , comtede Flandre ib.
Enfans ib.
Mort de Thomas Becket 257
Prophetie de Merlin , son explication 260
Louis-le-Jeune cesse de vivre 261
Philippe (II) Auguste * . . . ib.
Repentir de Henri II , roi d' Angleterre ib*
Louis VII va en pelerinage en Angleterre 262
Dissensions entre les rois de France et d'Angleterre t&.
Entrevue de ces monarques • ib.
Philippe d' Alsace , comte de Flandre (voy. p. 256), fait la guerre an roi de France • . 265
Mariage de Philippe-Auguste, Jacques d'Avesnes, les habitans de Tournai le favorisent,
Philippe- Auguste vient a Tournai , l'eveque Everard . . . . 266
L'eveque Etienne . * 267
Mort de Baudouin V, Baudouin VI , Isabelle de Hainaut r Louis VIII on le Lion, par 1ft
suite roi de France ib.
Mort dlsabelle , Isemburge , divorce, Isemburge se retire a Cisoing ...... 268
Isabelle de V ermandois , comtesse de Flandre 268
Mort dujeune Henri d'Angleterre . . . . to.
Regrets qu'elle inspire . . . . 270
Allusion au roman d' Alexandre ik*
Mort de Geoffroi , comte de Bretagne 271
Richard fait la guerre a son pere • • . . t*.
Nouvelle prophetie de Merlin 37 j
Origine des longs manteaux en Angleterre ib.
Mort de Henri 11 , Richard Coeur-de-Lion , Philippe d' Alsace . 271
Troisieme croisade 274
Messine 276
Rivalite entre les Francais et les Anglais . .- , ib*
Sieged" Acre . . . . . % 276
Louis d'Arseles , feu gregeois , famine , Alberic Clement 277
Saladin, Leopold d'Autriche 278
Jacques d'Avesnes (voy. p. 266) 279
Inimitie* de Philippe et de Richard ib*
Henri 11 , comte de Champagne ih.
Philippe , comte de Flandre , revele au roi de France les projets de Richard . . . • 280
Querelle entre le due d'Autriche et le roi Richard 282
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TABLE DES MAT1ERES. 771
P»ge».
Mort de Philippe d' Alsace, comtede Flandre 288
PhQippe-Auguste retourne en France to.
Depart de Leopold d'Autriche 284
Nicolas Doria et Rosso de Volta de Genes* to.
Retour de Richard , mort de Jacques d'Avesnes , prea de Cesaree 285
Brice de Bariou des Barres 288
Richard parvient en AUemagne, comment ilfiit arrete 287
L'empereur Henri VI se fait livrer Richard 292
Le roi de France apprend sa captivity to.
Propos amers de I'empereur et de Richard 293
Le roi de France porte la guerre en Normandie to.
Gilbert de Wascoil to.
Richard recouvre sa liberie* 294
Forteresse de Dangu to.
Othon, comte de Poitiers, mort de l'empereur Henri VI, Baudouin VI (IX), comte de
Hainaut et de Flandre, rempereur Otton (Othon) IV, Henri HI, due de Brabant,
Philippe de Souabe 295
Frederic II , roi de Sicile , depuis empereur 296
Pourquoi l'empire cessa d'etre hereditaire . 297
Frederic-Barbe-Rousse, sa mort, Henri IV 302
Frederic II, Otton IV, guerre de Baudouin IX, comte de Flandre, contre le roi de
France, Philippe I 6 *, marquis de Namur 304
Mort de Marie de Champagne, femme du comtede Flandre 305
Philippe I", marquis de Namur, prise de Zara par les croiSes ib.
Alexis III et Alexis IV, empereurs de Constantinople , histoire de ce dernier prince . . 306
Murzuphle, mort d' Alexis IV, prise de Constantinople , noms de plusieurs croises de
distinction 307
Conon ou Quesnes de Bethune , le trouvere 308
Baudouin empereur, il est mis & mort ib.
Henri de Valenciennes , empereur de Constantinople 309
Etienne et Gossuin , eveques de Tournai to.
Philippe-Auguste , roi de France to.
Mort de Philippe, comte de Namur, Henri 1", due de Brabant, guerre en Normandie. 310
Barbarie de Richard , sa mort 311
Propb&ie de Merlin 312
Jean-sans-Terre , roi d'Angleterre to.
Arthur deBretagne, Blanche de Castillo 313
Siege de Gournai en Normandie t'6.
Geoffroi de Lusignan (Luzignan) 314
Jean-sans-Terre fait mourir son neveu Arthur to.
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772 TABLE DES MATURES.
Pages.
Hugues de Lusignan 315
Frederic, fils de Fempereur Henri VI. 216
Otton de Wittelsbach ib.
OttonlV ib.
II est excommunie 317
Frederic II ib.
Pierre de Mauclerc , due de Bretagne ib.
Enfant nature! de Philippe- Auguste 318
Guerre contre Ie roi Jean d'Angleterre ib.
Paris sous Philippe- Auguste 319
Affaires de Flandre et de Hainaut » ib.
Enguerrand III de Couci veut Ipouser Jeanne de Flandre 320
Isengrins et Blavotins • ib.
Jeanne de Flandre epouse Fernand (Ferrand) de Portugal ib.
Ge prince passe pour le fils de la comtesse Mathilde ib.
Gautier d'Avesnes , Jean de Nesles et Gilbert de Bourghelles 321
Acre et S'-Oraer c6d€s au prince Louis , fils de Philippe- Auguste 322
Troubles en Flandre , Rasse de Gavre , guerre de Peveque de Liege et du due de Bra-
bant . . 323
Hugues de Boves, Renaud de Dammartin , comtede Boulogne ib.
II fortifie Mortain ib.
Renaud se retire en Angleterre , il va trouver l'empereur Otton 324
Indignation du roi de France, Philippe veut passer en Angleterre , Savari de Mauleon. 325
Marine du moyen age 328
Les Francais devant Bruges , conduite du comte Fernand , Philippe- Auguste se prepare
a s'emparer de la Flandre 327
La flotte francaise est battue a Dam 328
Gautier de Formiseles , Bouchard d'Avesnes 329
Philippe parcourt la Flandre 330
Chateau de Darnel ou d'lernau ib.
GeYard La Truie et Gerard de Marcke 331
Retour du roi de France a Paris , son fils Louis reste en Flandre 322
Prise de Courtrai , cette ville est pillee et incendiee 333
Gautier d'Avesnes , Mortagne , les Flamands a Tournai . 384
Les Pres-Porcins 335
Guillaume-Longue-Epee 336
Tournay (Tournai) est emporte* et saccage* par Fernand ib.
Hugues de la Woestine 337
Les bourgeois sont trahis , Rasse de Gavre accorde un saufconduit a Gerard La Truie. 338
Ph. Mouskes t£moin de la prise de Tournay ib.
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TABLE DES MATURES. 773
Pages
Les Francais a Lille, Gaucher de Chatillon, comte de S*-Pol, La Truie injustement
soupconne' de trahison 339
feat deplorable de la ville de Tournay 340
Robert de Rumes , prise du chateau de Mortagne*sur-l'Escaut , les habitans de Tournay
se reTugient a Lille et en France 341
Fernand se presente devant S l -Omer, Arnould (Arnoul) de Gavre 342
Prise de Tournehem ou plutot de Bonnengues (voy. la Table gfographique) .... 343
Fernand s'empare de Lille • ib.
Les Francais la prennent a leur tour et la saccagent 344
L'empereur Otton IV a Valenciennes 346
Ennemis des Francais 347
Robert de Dreux , . . . . 348
Jean de Lesdain 349
Le pont de Bouvines . ib.
Le roi de France vient a Tournay 350
Gonseil tenu par les Francais , discours de La Truie 351
Dispositions de l'armee francaise 352
Discours du roi Otton. 353
Bataille de Bouvines 354
Le vicomte de Melun 355
MicheLde Harnes , Gerard La Truie - 356
Guillaume des Barres , Pierre de Mauvoisin , Mathieu de Montmorency, roriflamme ,
Galle de Montigni « 357
Le comte de Flandre, le due de Limbourg , le due de Brabant, Guillaume-Longue-Epee. 358
Gautier de Raisse , Eustache de Machelen. . . . 359
Baudouin Buridan , Rasse de Gavre r Sohier de Wavre , le comte de Flandre est pris par
Hugues de Mareuil ♦ 360
Vaillance du comte de Boulogne , Jean de Nesles 361
Le comte de Boulogne est pris ib.
Cris de guerre 36&
Guillaume-Longue-£ p^e , le chateau de Maldeghem 364
L'armee flamande est decouragee , le due de Brabant se retire 365
Le due de Limbourg le suit 366
Sotteghem , Bourghelles ib*
Serment de Gautier de Quievrain et d' Arnoul d'Esne , exploits du due de Bourgogne ;
Oger-le-Danois 367
Les Hurepois d'Outre-Seine ib.
Rasse de Gavre, Sohier de Wavre, Thomas de Montgombert, Pierre Harpin, Robert
de Dici (?) , Eustache de Machelen, le chatelain de Raisse . . 36ft
Baudouin Buridan , intrepidity de Mathieu de Montmorency, le combat s* engage avec
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774 TABLE DES MATIERES.
Pages.
les AUemands, armes de Tempire 369
Philippe- Auguste attaque I'empereur 870
Guillaume des Barres , Pierre de Mauvoisin ib.
Bernard d'Horstmar et Hellio de Waurin delivrent I'empereur 871
* Guy d'Avesnes donne son cheval a Otton to.
Hugues de la Woestine, Gerard deGrimberghe 878
Bouchard d'Avesnes 874
La victoire est decisive en faveur des Francais 878
Fernand est enchaine* ib.
Sort des prisonniers ib.
Le roi Jean d'Angleterre deTait devant la Roche-aux-Moines (Roche-au-Moine) . . . 876
Mort du marechal Clement 879
Mort du due de Bourgogne , Eudes III ib.
Croisade contre les Albigeois , prise de Toulouse et de Narbonne , bataille de Muret. . 880
Mort de don Pedre II , roi d'Arragon 881
Les comtes de Foix , de Toulouse et de Comminges ib.
Gruautes commises pendant les guerres des Albigeois ib.
Le comte de Carcassonne , Amaury, fils de Simon , exces dont on accusait les Albigeois. 88S
Trait satirique contre les provencaux 888
Mort de Simon de Montfort ib,
11 est consider^ comme un martyr 884
Amaury VI de Montfort , sa mort ib.
Troubles en Angleterre ib.
Le fils aine* de Philippe* Auguste est appele* par les barons anglais 885
Raoul d'Audenarde , Gautier de Sotteghem , Thierri d'Irconwez , Jean Vieillard . . . 886
Mort de Hugues de Boves ib.
Le pape excoramunie les partisans de Louis en Angleterre 387
Le roi Jean s'enfait ib.
Sepulture de l'enchanteur Merlin 888
Les Flamands peu fideles au roi Jean ib.
Baudouin d'Aire ib.
Siege de Douvres, exploits de Gerard La Truie, Imbert du Bourg, Pierre de Graon,
Guicbard de Beaujeu 889
Le roi d'Ecosse vient au secours de Louis. ib.
Mort du roi Jean, Henri III (IV), son fils , est reoonnu 890
Le comte du Perche est pris et tue* a la bataille de Lincoln 391
Mort du vicomte de Melun ib.
Robert de Courtenai 893
Eustache-le-M oine est mis a mort ib.
Louis renonce a la couronne d'Angleterre 893
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TABLE DES MATIERES. 775
Pages.
Mort de 1'empereur Othon 394
Plasieurs des prisonniers fait* a Bouvines parviennent a s'echapper ib.
Frederic II, empereur 398
Jean de B&hune , eveque de Cambrai ib.
L'empereur se croise. Soulevement des Albigeois ib,
Raoul de la Tonrnelle 396
Mort du pape Innocent HI ib.
L'eveque de Cambrai meurt devant Toulouse ; Arnould d'Audenarde prend part a la
croisade contre les Albigeois. Godefroad de Cond£, eveque de Cambrai. Cinquieme
croisade ib.
Siege de Damiette 897
Jean de Brienne , roi de Jerusalem 398
Mort de Gossuin , <§veque de Tournai , Gautier de Marvis lui succ&de ib.
iioge du Soudan du caire Malek Kamel 400
Le legat est blame par les croises , l'auteur le ddfend ib.
Ovation du corps de S'-Thomas de Kantorbery 401
Les trois rois de Cologne ib.
Henri I , empereur de Constantinople ib.
Pierre de Courtenai , comte d'Auxerre, devient empereur 402
Philippe , marquis de Namur. Ses sceurs ib.
Theodore Lascaris. Captivite de l'empereur Pierre de Courtenai. Gauasouin d'Antoing.
Baudouin II de Courtenai. Mort de Pierre son pere 403
Conon de BeHhune , senechal de Romanie 404
Robert de Courtenai , empereur de Constantinople , Jean Azan , roi de Bulgarie . . . ib.
Gerard La Truie, chef de l'armee levee contre Lascaris 406
L'empereur et Theodore Lascares font la paix ib.
Ambassade de Ge>ard La Truie et de Thierri de Valaincourt 407
Mort de Theodore Lascaris ib.
La guerre recommence. Combat de P&nanin. Macaire de S te -Menehould. Bourgeau de
Trassin. Gobert de Marcke. Les deux Conon de B&hune ; Payen d'Orleans. Pierre
deBreteuil 408
Nkaolas de Mainwaut 409
Nouvelle negociation relativement a la fille de Theodore Lascaris. Elle est rompue une
aeconde fois. Bouchard d'Avesnes arrete* par ordre de la comtesse de Flandre. . . ib.
Robert de Courtenai tombe entre lea mains de Bouchard 410
Chateau d'Houffalise. Sohier de Wavre (Voy. p. 368) ib.
Guy d'Avesnes est assassin^. Bouchard sort de prison. Gautier II d'Avesnes. Bouchard
d'Avesnes excommunie' 411
Bouchard va a Rome , il rend par son courage des services au pape 412
U fait legitimer ses enfans. Guillaume de Dampierre, second man de Marguerite de
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776 TABLE DES MATIERES.
Pages.
Flandre + l $
Fr&Uric II , empereur • **•
Les Sarrasins de Sicile sont defaits -H**
Douleur que la perte de Damiette cause a l'empereur **•
Les Albigeois "***
Henri HI , roi d'Angleterre. Le roi de France arme chevaliers son fils Philippe et Thi-
baut de Champagne 416
Guy II , comte d'Auvergne *!'
Philippe-Auguste reprend la reine Ingeburge , ou Isemburge t&.
Philippe dit Hurepel, comte de Boulogne *•
Jean de Brienne , roi de Jerusalem, vient en Europe. Yolande de Brienne .... ib.
Mort de Raymond VI , comte de Toulouse 419
Guerre en Bretagne. Pierre Mauclerc, Savari de Mauleon 420
Invasions des Tartares en Russie *b.
Concile de Paris. Mort du roi Philippe-Auguste 421
Eloge de ce prince 422
Artus et Alexandre 424
Testament du roi 425
Louis VIII. — Philippe , son frere , obtient le comte de Clermont 426
Conseils du monarque mourant a son successeur ib.
Les douze pairs d'Alexandre-le-Grand 430
Funcrailles de Philippe-Auguste 431
Circonstance particuliere de ces obs&ques ib*
Frere Garin , Barthelemi de Roie , Pierre Tristan 434
Couronnement de Louis VIII ib.
Apparition de S'-Denis a un senateur romain 435
Sacrede Louis VIII a Reims 441
La sainte ampoule * 442
Defaite des Albigeois. Reclamation du roi d'Angleterre. Manages de Jean de Brienne et
de l'empereur Frederic II 444
Treve entre les rois de France et d'Angleterre 445
Apostasies 446
Traite de Paris. — Les Albigeois et les Anglais se rendent la cour de Rome favorable, ib.
Hugues X , comte de la Marche. Isabelle d'Angouleme 448
Mort de la duchesse de Brabant. Discussion du comte de Namur et de Gautier d'Avesnes. 449
Moralite 450
Baudouin IX de Constantinople 451
Histoire du faux Baudouin 452
Retour de Bouchard de Rome 453
Alexandre, Artus (voy. p. 424) 454
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TABLE DES MATURES. 777
Pages.
Exemple de Nabucbodonosor et du due Gisbiert (Gisbert) 455
Artus attendu par Ies Bretons 457
Le faux Baudouin se fait des partisans parmi le nobles 458
Arnould d'Audenarde est envoyepres delui par la eomtesse ib.
Gerard de Jauchc 459
La eomtesse elle-meme donne dans le pilge 460
EUe assemble son conseil au Quesnoy ib.
Ignorance du veritable Baudouin 461
Le faux Baudouin recherche Famine des petites gens 462
Matbieu II de Montmorency. Thomas de Lampernesse. Michel de Harnes. Gautier de
Courtrai ib.
Mesure de rigueur prise par la eomtesse Jeanne 464
Imprudence du faux Baudouin 465
Flobecq ravitaille* pour resister au faux Baudouin ib.
Celui-ci parvient a se rendre mattre de la personne de Baudouin et de Jean d'Avesnes. —
Gilbert de Sotteghem ib.
Bouchard d'Avesnes 466
Reception brillante faite en Flandre a l'imposteur ib.
Partisans de la eomtesse Jeanne ib.
Arnould d'Audenarde tres-utile a la eomtesse 468
Le roi de France lui prete secours ib.
La dame de Beaujeu , sceur de l'empereur Baudouin , est envoyee vers Termite de
Glancon 469
Elle ne le reconnalt pas ib.
Alors elle l'engage a se rendre aupres du roi de France ib.
Les dues de Brabant et de Limbourg viennent trouver le faux Baudouin. Le roi de
France lui fait subir un examen 470
L'ermite est reconnu a la cour de France 471
Valenciennes jure la commune 47$
Arnoul (Arnould) de Gavre, Bouchard de Gierre, Barras d'Estrepy, Arnoul d'Esne,
Nicolas et Gautier de Quicvrain, Baudri et Brognard de Denain , les seigneurs de
Vendegies et de S*-Aubert 474
Le prevot du comte a Valenciennes 475
Les habitans de Nivelles (Nevele ?) favorables au faux Boudouin ib.
11 se rend a Cologne ib.
L'imposteur s'esquive 476
Credulitc de ceux de l'abbaye de S'-Jean , a Valenciennes , et des habitans de Blnche. 477
Conferences au Quesnoy. Les habitans de Valenciennes cherchent a etendre leur fran-
chises et droits de commune 478
Reponse de la eomtesse et de son conseil 479
Tom. II. 98
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778 TABLE DES MATE&RES.
Pages.
L'assemblee dii Quesnoy n'a pas de resultat 479
Folie des habitans de Valenciennes 480
Allusion au roi Artus ib.
Les partisans de la comtesse en viennent aux mains avec ceux de Valenciennes. . . 481
Pierre de Lannoy , Gautier de Forest ib.
Paix accordee a Valenciennes 482
Le faux Baudouin est pris. — Erard de Cassenai. Qui &ait effectivement I'ermite de
Glancon ib.
Clerembaud de Chappes . 48S
Chatiment du faux Baudouin ib,
L'empereur Frederic II retarde son depart pour la croisade 485
Le cardinal Romain , legat en France 486
Troubles a Paris , concile de Bo urges. Le comte de Toulouse Raymond VII vient inuti-
lement y plaider sa cause 487
Nouvelle croisade contre les Albigeois 488
Assassinat de l'archeveque de Cologne 490
L'empereur fait la guerre en Italie ib.
Les Albigeois eux-memes veulent se croiser 491
Arrivee d'un archeveque de Nicee en Europe ib.
Legende du Juif errant 492
Delivrance du comte Fernand 494
Armce dirigee contre les Albigeois , les croises devant Avignon ib.
Ruse des Avignonais 495
Gautier d'Avesnes , comte de Blois 498
Martin d'Olive ; siege d'Avignon KOI
Ribauds 503
Amauris (Amaury) chef des inglnieurs et mineurs 504
Machines de guerre ib.
L'ingenieur Amaury est tue* 505
Machines de guerre 506
Avignon accepte les conditions les plus dures ; partage propose du butin 507
Louis VIII s'emporte contre le cardinal Romain , a l'occasion de ce partage .... 508
L'accord avec la ville est rompu , resolution desesperce des habitans , Pierre de la Tour-
nelle. Cleremhaud de Solesmes 509
Brabancons dans les rangs des Avignonais 510
Mort de Pierre de la Tournelle ib.
Extremite ou se trouvent reduits ceux d'Avignon 51 1
Brabancons et Flamands dans Avignon 512
Ambassade du roi de France a Fempereur. — L'eveque de Beauvais ib.
L'eveque de Cambrai 518
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TABLE DES MATlfiRES. 779
Pages.
Raoul, comte de Cambrai, et Adelaide sa mere. Suppression de la commune de
Cambrai 51$
L'abtx* de S'-Denis 514
L'empereur abandonne Avignon a la vengeance du roi de France ib.
Thibaut IV , comte de Champagne , favorise sous main ceux d'Avignon 515
11 quitte 1'armee de Louis VIII 516
Reflexions sur Instability de la fortune 517
Parallele entre la mort et la fortune 518
Mort du comte de S l -Pol 519
Qu'il fut un martyr 521
Gobert de Montsablon 528
Dernieres paroles du comte de S'-Pol ib.
Impicte* reprochees aux Avignonais 525
Aye d' Avignon ib.
Puissance des Avignonais 526
Guillaume IV et Guillaume V deBaux, princes d'Orange ib.
Discours du roi de France, Louis VIII, au clerge* 527
Traits satiriques 528
tloge de la France 529
Discours de l'archeveque de Reims 530
Discours des eveques d' Arras et de Noyon 531
Les comtes de Foix et de Comminges 532
Derniere volonte du comte de S l -Pol 533
Interpretation donnle par le roi Louis VIII du serment du comte 534
Pierre de la Tournelle (voy. p. 509) 536
Les soudans de Babylone et d'Iconium 537
Les Musulmans devant Acre 538
Affaiblissement des Latins a Constantinople; secours promis par Louis VUI. Le chate-
lain d' Arras. Continuation du siege d'Avignon 539
Cette ville ouvre ses portes aux croises 540
Le comte de Froix ne peut faire la paix. — Le corps du comte de S'-Pol est porte* a
S'-Denis 541
Raymond Berenger IV, comte de Provence 542
ReVolte de la Rochelle avortce 545
Reflexions sur la ruine d'Avignon 546
Difficultes que fait l'empereur pour aller a la croisade ib.
Nouveaux details sur Avignon 547
Humbert IV , sire de Beaujeu , Amauri VI (Amaury) de Montfort 548
Philippe II , comte de Namur 549
Mort de Tarcheveque de Reims et de Bouchard de Marli • ib.
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780 TABLE DES MATURES.
Pages.
Mortde Louis VIII 551
Mathieu II de Montmorency. — Executeurs des d emigres volontes du roi. Louis ordonne
en mourant de continuer la guerre centre les Albigeois 552
Soupcons d'empoisonnement 558
La reine Blanche vient au devant de son mari qu'elle croit vivant. — Philippe , comte
de Boulogne 554
Que le roi Louis etait de la lignee des comtes de F I and re et de Hainaut. Ce que Ton
perdit a sa mort 556
Louis IX , ou saint Louis , roi de France 560
Rancon du comte de Flandre Fernand 561
Louis IX est sacre a Reims 562
Le due de Bourgogne ib.
Le patriarche de Jerusalem assiste au sacre ; les comtes de Bretagne , de Cornouailles et
deDreux 563
Le comte de Champagne. Sa suite est chassee violemment de Reims 564
La sainte Ampoule 565
Les sires de Coucy (Couci), les comtes de Bar et de Blois, la comtesse de Beaujeu. . 566
Chroniques de S'-Denis de nouveau cilees 567
Hugues-Capet considerc comme un usurpateur ib.
Rivalite' entre les comtesses de Champagne et de Flandre 568
Le comte de Boulogne Philippe Hurepel , oncle du roi Louis IX ib.
On apprend a Paris la defaite des Albigeois ib.
Guerre contre I'Angleterre et les comtes de Bretagne , de Champagne et de la Marche.
— Savari de Mauleon. Delivrance du comte Fernand 559
Fernand ne tient pas ses promesses. — Guerre du due de Brabant contre le sire d'En-
ghien. — Jean de Bcthune 57J
La Rochelle. — Savari de Mauleon (t?oy. p. 569) # #
Mort de Renaud , comte de Boulogne 575
L'eveque d'Acre vient precher la croisade ib.
La paix est retablie entre l'empereur et Jean de Brienne ib.
Le comte de Champagne rentre en grace # #
Le fils de l'empereur est couronne a Aix 573
Le comte de Flandre assiste a cette ceremonie # #
Treve entre les Francais et les Anglais # #
Les comtes de la Marche et de Bretagne se soumettent #.
Mort du pape Honorius III , Grdgoire IX 574
Mort de Garin, eveque de Senlis 575
Prolongement des treves. — Humbert de Beaujeu. — Sucees obtenus contre les Albi-
geois &.
Gautier de Marvis , eveque de Tournay 576
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TABLE DES MATURES. 781
Pages.
M&ontentement des grands du royaume de France. La mere du roi disposee a abaisser
les grands. Accusation d'empoisonnement dirigee contre le comte de Champagne.
Le comte de Flandre reste Cdele au roi. Le comte de Bretagne appelle les Anglais. . 576
Haine des barons contre le comte de Champagne 577
Le comte de Flandre ravage le comte de Boulogne ib.
La paix est retablie 578
Plaintes de Grtfgoire IX contre l'empereur ib,
L'empereur fait la guerre au pape 570
L'empereur consent enfin a se rembarquer 580
Retour de l'empereur. Jean de Brienne invite* a se rendre a Constantinople. Bau-
douin II ib.
Conduite de l'empereur en Sicile. Henri 581
Mort deSanche VII, roi de Navarre, Thibaut, comte de Champagne, lui succede. —
Mort de Philippe, comte de Boulogne; Thibaut est soupcoime' de 1'avoir empoi-
sonne\ — Blame auquel est exposee la reine Blanche 582
Le comte de Champagne se croise 58$
Mort de Fernand , comte de Flandre ib.
Mort de Guillaume de Dampierre. Les fils de Bouchard d'Avesnes sont delivr^s de pri-
son. Archambaud de Bourbon ib.
Troubles dans le diocese de Breme. Heresie des Stadings 584
Croisade contre les Stadings ou Cutters . 586
Bataille des croises et des Stadings; Arnould (Arnoul) de Gavre, Arnould d'Audenarde,
Robert de Betbune .587
Les Stadings sont deiaits 588
La guerre recommence entre le roi de France et le comte (due) de Bretagne* . . . 589
Mort de Michel de Harnes , de Mathieu de Montmorency et de Bertrand de Roye. . . ib.
Jean de Nesles vend la chatellenie de Bruges a la comtesse de Flandre 590
L'empereur fait la guerre a son 01s Henri ib.
Henri designe* comme un enfant suppose 591
Suite de l'histoire de la supposition de Henri 596
Mort d'Yolande de Brienne 598
Frederic II Spouse Isabelle d'Angleterre ib.
Mort de Henri I , due de Brabant ib.
L'empereur FreVIe>ic II se fait garder par des Sarrasins 599
Henri est mis sous la garde du due de Brabant . . . ib.
Godefroid de Condi, eveque de Cambrai. Gautier et Fastre' de Ligne. Arnould d'Aude-
narde (p. 587), Sohier de B&hune. . . .' 600
Louis IX epouse la fille du comte de Provence 601
Mariage de Henri III , roi d'Angleterre 602
Guillaume I" , comte de Hollande 608
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782 TABLE DES MATIERES.
Pages.
FlorentlV , son fils , ses brillantes qualites 60S
Floreot IV , tue dans un tournoi 604
Robert deBoves, Anseau d'lle, Simon de Clennont ib.
L'inquisition a Cologne 60S
Exces du cardinal Otton 606
II est oblige de fuir a Tournai ib.
On preche de nouveau la croisade ib.
Trait satirique 607
Frere Guillaume, l'inquisiteur Robert ib.
Grand nombre d'individus mis a mort pour accusation d'hlresie 608
Catiers , Bougres 611
Vengeance personnelle de l'inquisiteur Robert 612
Regne de Jean de Brienne a Constantinople 613
Faiblesse de son armee, elle est cependant victorieuse ib.
Bravoure de Jean de Brienne 614
Jean de Bcthune 615
Les Latins s'em parent d'une partie de la flotte de leurs ennemis ib.
Le comte de Champagne s'allie avec le due de Bretagne 616
Mecontentement du roi de France. Le comte de Champagne rentre en grace. . • . 617
Affront que Robert , frere du roi , fait au comte de Champagne 618
Preventions populaires contre le comte de Champagne 610
Interdit. — Croisade des enfans ib.
Le cordelier frere Guillaume preche la croisade 620
Geoffroi de Villehardouin (Ville-Hardouin) va au secours de Constantinople .... ib.
Baudouin II se rend a Rome 621
II va a Paris 622
Les chateaux Sanson (Samson) et de Bovignes .... ib.
Mariage de Robert , frere du roi de France 623
Alphonse , son frere , investi du comte de Poitou 624
Le Vieux de la Montagne envoie des emissaires pour assassiner le roi de France. . . ib.
Les Templiers en relation avec le Vieux de la Montagne ib.
Le chef des Ismaeliens change de resolution ib.
Mort de Jean de Brienne. — Jean de Bethune 626
Siege de Milan ib.
Simon de Montfort ambitionne la main de la comtesse de Flandre 627
Cette princesse dpouse Thomas de Savoie ib.
Qualites et position de Thomas avant son mariage 628
Mort de Godefroid de Conde , eveque de Cambrai 629
Gui ou Guiart de Laon lui succede ib.
Danger ou se trouve Constantinople. — Le comte (due) de Bretagne prend la croix. . 630
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TABLE DES MAT IE RES. 783
Paget.
Les comtes de Bar et de Soissons 630
De7aite des Templiers en Orient 631
Garin Fallemand ib.
Les Milanais vaincus par l'empereur Fnkleric II ib.
Carroccio des Milanais ib.
Le comte de Guisnes 63d
Mort de Jean de Bethune ib.
Secours amenes aux Latins de Constantinople. Geoffroi de Yillehardouin 633
Meryeillense multitude dechiens, qui finissent par s'entre-d&ruire 634
Traits satiriques 635
L'eveque de Liege asstege le chateau de Poilvache. II meurt ib.
Le comte Thomas se joint aux Liegeois ib.
Waleran , seigneur de Fauquemont et de Poilvache , vient secourir cette forteresse . . 636
RassedeGavre 637
A qui appartenait tegitimement Poilvache 638 #
Ermessinde de Luxembourg et son fils Henri ib.
Arbitrage du comte d'Artois ib.
Le chateau de Poilvache appelljadis 6m&roude 639
Origine du nom de Poilvache ib.
Henri de Luxembourg 640
Difficulty pour l'&ection de l'eveque de Liege ib.
Guillaume de Savoie ib.
Otton , prevot d'Aix on de Maestricht 641
Le due de Brabant , le comte deGueldre et Tarcheveque de Cologne ib.
Affaires de Constantinople * . 642
Les schismatiques promettent faussement de se soumettre au stege de Rome .... ib.
L'empereur Frederic veut forcer Baudouin II a lui faire hommage 643
Jean de Bethune (p. 63d) ib.
Le comte de Guisnes (p. 632) 644
Le roi de France conseille a Baudouin d*aller a Rome 645
Guillaume , tuteur des enfans de Florent IV , comte de Hollande ib.
II est arme chevalier a Courtrai. — Tournoi a Neuss {voy. p. 671) 646
Guillaume , troisieme Gls de Florent IV , est tue dans un tournoi 647
L'empereur Frederic II veut reduire Milan 648
Anseau de Wismes t'6.
Combat entre les habitans de Plaisance , le comte de Guisnes et Te>eque de Valence. • ib,
L'eveque de Valence , le Dauphin de Viennois , le comte de Guisnes 649
Sentimens chevaleresques 650
Bravoure de l'eveque de Valence ib.
Jean de Ferlingehem 651
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784 TABLE DES MATURES.
Pages.
Anseau de Noheront. — Allusion a Oger-le-Danois 6521
L'honneur de la journee appartient au comte de Guisnes 653
Les Tartares ravagent la Russie 654
Fable rcpandue par l'ignorance et la peur 655
L'empereur devant Brescia ib.
Condamnalion de Jean de Cisoing 656
La comtesse Jeanoe et le comte Thomas sont ajournes dans la cause de ce baron . ib.
Jean de Nesles , les fibres de Coucy , les seigneurs de Boves et de Clermont .... 657
Devoirs d*un noble homme envers son seigneur et sa dame 658
P&lerinage a S'-Thomas-Becket , a S*-Quentin et a S*-Francois d' Assises 659
Origine des freres mineurs. Stigmates de S l -Francois ib.
Appel a la croisade ib.
Le roi de Navarre se croise ainsi que le due de Bourgogne , le comte de Bar et Richard
d'Angleterre , 660
Demarches de l'empereur Baudouin II pour obtenir du secours 661
Humbert de Beaujeu % ib.
Le comte (due) de Bretagne 662
Baudouin engage son comte de Namur au roi de France 663
Ce monarque en conGe la garde aux Templiers ib.
Baudouin va en Allemagne ib.
Thomas de Couci. Le chatelain de Baumes. Guillaume de Keu. Watins de la Haverie . 664
Successeurs de l'eveque de Liege ib.
Le pape se prononce en faveur de Guillaume de Savoie , cveque de Valence .... 665
Le due de Brabant au contraire , protege le prevot d'Aix • , , ib.
Executions d'Albigeois en Champagne ib.
Mariage d'Alphonse de Portugal et de Mahaut de Boulogne 666
L'embarquement des croises Gxe a Marseille, . ... , ....... . ib.
Leur depart * 667
La couronne du sauveur est mise en gage. Elle est donnee au roi de France .... 668
Fetes a ('occasion de la venue de la sainte couronne en France (t. I, p. 438 et 623) . . ib.
Exploits de Richard d'Angleterre en Syrie 669
La tour de David a Jerusalem est abattue ib.
La forteresse de Krak au pouvoir des Musulmans ..... P 670
Mort du comte de Montfort . . ib.
Le comte Richard d'Angleterre veut reconcilier l'empereur avec le pape ib.
Invasion des Tartares-Mongols ib.
Tournoi de Nuiss (Neuss), (voy. p. 646) r . . 671
Les Jacobins et les Cordeliers le defendent ib.
lis ne sont pas ecoutes. — Chevaliers et e*cuyers ddvor^s par des loups ib.
Cour pleniere de Saumur ; princes qui y assist&rent 672
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TABLE DES M ATI E RES. 785
Pages.
Le roi de France proclame son fr&re comte de Poitiers 672
Le pape veut deposer Charles, eVeque de Noyon , cousin du roi Louis. — Autre dissen-
sion a propos de Nveche' de Soissons et de l'archeveche' de Reims ib.
Mort de Gre'goire IX ; C&estin IV lui succdde 673
Mort d'Azan , roi des Bulgares ib*
Norjot de Toucy 674
Siege de Rome ib.
La Lombardie soulevee contre l'empereur 675
Guerre de I'archeveque de Cologne et de la ville d'Aix-la-Chapelle ib.
Le comte de Juliers fait ce prelat prisonnier ib.
Mort de l'imperatrice d'Allemagne. — Vacance du si£ge apostolique 676
Tartares en Russie et en Allemagne 677
Ligue contre le roi de France. Le comte (due) de Bretagne chef de l'armee royale . . ib.
Reliques envoye'es par l'empereur de Constantinople au roi de France ib.
Donation de Constantin 679
Fondation de l'empire d'Orient ib.
Guerre en Poitou 680
L'archev^que de Cologne recouvre sa liberte' 681
Defaites des Tartares ib.
Calomnie contre l'empereur Fre'de'ric ' . . . . ib.
Les comtes de Toulouse et de la Marche 682
Accusation contre FreMe>ic II ib.
Mort de I'archeveque de Rouen et d'autres prelats 688
Avantages obtenus par les chevaliers du Temple et les hospitallers de Saint-Jean de
Jerusalem ib.
Nouvelles accusations contre Frederic II • . ib.
Le roi de France soutient son fr&re , comte de Poitou 684
Soldats tournaisiens dans l'armee francaise ib.
Jean Des Barres ib.
Simon de Montfort 685
Le comte de la Marche qbtient son pardon ib.
Exploits de Geoffroi de Rancon 686
Thibaut Chabot 687
Mort d' Arnould d*Audenarde ; son e'loge ib.
Ses funerailles ib.
Mort d^Archambaud de Bourbon et du chatelain de Baumez et d' Arras ib.
Divisions parmi les croises de la Terre-Sainte 688
Le bruit se r^pand de la mort de l'empereur Baudouin. 689
Geoffroi de Villehardouin s'appr&e a prendre la rdgence ib.
Innocent IV , pape ib.
Tom. 11. 99
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786 TABLE DES MATIERES.
Page*.
Ses demeles avec Fempereur 690
Naissance d'un flls du corate d'Artois ib.
Retour de Thomas de Savoie en Flandre 691
Castel-Flamand ib.
* La comtesse de Provence vient en France voir sa fille ib.
Elle va de la en Angleterre ib.
Le comte de la March e vient egalement a la cour de Louis IX ; deux conditions qui loi
sont imposces * 192
APPENDICES 693
I. GOBEFROID DE BOUILLON ET LIS CROISABES 69K
A. Ext raits du roman du chevalier auCygne et de Godefroid de Bouillon ib.
Gerard , abbe de S l -Trond ib.
L'eveque de Liege 697
Frisons et Hollandais ib.
Les comtes de S l Pol et de Namur 698
Pierre l'Ermite 699
Baudouin et Arnould de Beauvais , Richard de Caumont et Harpin de Bourses ... ib.
Thomas de Marie 701
Un cygne apparait a Godefroid ib.
Hugues de France , le comte de Flandre, Robert-le-Frison , le comte de S'-Pol et son fils,
le comte de Toulouse , Etienne d' Albemarle , Robert de Namur, Baudouin Cauderon. ib.
Le roi des Ribauds ib.
Bohemond et Tancrede 702
Raoul , comte de Perche , Raimbaud Creton , Raymond , comte de S*-Gilles , Helie ,
comte de Toulouse , Rogier du Rosoy ib.
Exces des Chretiens dans Jerusalem ib.
Beiges qui se sont distingues dans les croisades ib.
B. Extraits de la chronique inedite de Pierre A Thy mo ou Fander Heyden .... 70S
II. Addition a la Chroiuqub de brusthek, inserbe daws le precedent volume .... 720
LiECOHS DIVERSE8 ET OBSERVATIONS 8UPPLBXBltTAIRE8 7SJ
ADDITIONS 7*7
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WWVVWVWlMWWtWVVWVVV^^
TABLES GMRALES.
If.B. Lea chiffres arabes, lonqu'ils sont seuls, designent les rers du texte ou les notes. Entre parentheses les chiffres
arabes precedes de chiffres romains en grandes capiules , qui indiquent les volumes , marquent la pagination du '
teste et des appendices. Les chtffires romains en petit es capiules renroient aux discours preliminaires.
HOTS DE LA BASSE LATHUTE.
Adjacentis (I, 555),
Admira1di(II,714,719).
Advocatia (1 , 558).
Advocatua (1,554; II, 723).
Allodium (1, 561; 11,720).
Altumajor (1 , 631).
Appartinentis (1 , 556).
Appendicie (I , 557).
Archicapellanut(I, 552, 554, 556, 557).
Archicuttot (1 , 529).
Balivatua (I, 544).
Blasium (1 , 549).
Blondut(I,539).
Bonuarium (I, 548).
Braiator (1, 544).
Brunus (1 , 506),
Bysanciam , Be$ant (II , 709).
CarraU(I,548).
Concanbium (I, 553).
Curtile (1,548).
Extractio (1 , 540).
Fircella (1 , 550).
Foragium (I, 554, 544).
Foreslum (I, 556).
Fraocisiie (II , 725).
Gallonea (1 , 534).
Goudalum ( I, 534).
Grossus (I, 571).
Haistredut (1 , 548).
Homagium (I, 534).
Lotum(I,544).
Mamburnus (II, 723).
Mansus (1 , 548).
Martellus moneta (I, 534).
Mayaria (I, 554).
Medietas (1 , 599).
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y
788
PROVERBES.
Multura (1 , 544).
Octavae (1,601).
Parlamentare (1 , 545).
Pertinentiae (1 , 555).
Pbntenagium (I, 536, II,cccv).
Praebenda (II, cccxn).
Recompensare (1 , 552).
Reditu* (I, 543).
Scabinatus(I,536).
Stallagia(I, 534; II, cccv).
Teloneum (II , cccth).
Theloneum (1 , 536).
Theoloneum (II , ccgt).
Theolonium (I, 554).
Thesauraria (1 , 541).
Transport! (I, 336).
Treuga (I, 497, 498).
Vinagium (I, 534 ; II , ccct).
Walrauy (1 , 579, hoc est fih'a JFalravii).
Winagium (II, cccth).
II.
PROVERBES.
3128
3442
4395
6505
6803
7548
7671
8728
8858
9284
.... Cil est perdus entresait
Ki set le bien et le mal fait.
.... Ei Dieu siert, Diex le sostient ,
El le gouveroe et le maintient.
.... De boin arbre on a boin fruit,
Et boioe ierbe et boine racine
Aporte boine medecine.
Ki se garist il fait savoir.
Fos est ki point se dlsespoire.
Tot ausement com li vilains
U li pestres loiaus et sains
Garden t lor biestes es boins leus,
Pour les goupius et pour les leus...
Bien est ki dit , s'il est ki fait.
A tel mescief
On piert le cors apries le cief.
Fos est li preudom ki s'amort
A trait our ne a felon.
Or n'i a plus , taire m'estuet ,
Si fait que mious faire ne puet.
Par cou disent nostre ancisour :
De male brance male flour,
De male racine , male ierbe ,
Et si dist-on en I provierbe
Que del fier sont mestre li fevre,
Et cil cunchie sa batilevre
Ki son nes trence et cors ausi.
9297 Teus quide cunciier autrui
Ki se cunchie et mait a fin.
9301 Et paradis si a tel loi : <
Qui plus I'acate mellor Pa.
9509 Cil est guaris ki bien se cuevre.
9557 Plus avient I jor k'en Mans.
12832 et 25802 Ne prendre ne fust ni eseoroe.
15436 .... Ja goupius sans faille
Ne seroit pris d'autre goupil ,
Ne leus par leu mis a escil.
17019 Mar vit li om s'aye prier.
17169-70 D'aire est li ciens , ki devient
Veneres sans aprendeour.
19913-17 Quel le fer&.... ja Paures.
23256 Les mors a mors, les vis a vis.
24427 Et dissoient (dissoit) que Breton estoient
Ki Artu encore attendoient.
( Toy. t. 26206 et II, lix).
24431 .... Fortune, ki sa roiele
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NOMS GfcOGRAPHIQUES.
789
Tourne , comme la plus isniele
Chose ki toit.
24448 Siecles empire catcun an ,
Li rosier devienent seut ,
Tant voi le monde desseut.
Li eskamiei vont sour kaiere ,
Tout cou devaot tome deriere , etc.
24607 Renounce c'on dist nouviele ,
Ki plus tot vole qu'arondiele.
24627*28 Et dissoient que Breton estoient
Qui Artu encore atendoient.
(Toy. v. 2*205.)
25096 Ki les gieraia avoit rostis.
25195 Li vilains en reprouver dist :
Tant grate cievre que mal gist.
25205 Valencenois sont devenu
Breton , ainsi est avenu.
Mais Breton atendent folie,
Quar Artus ne revenra mie.
On terait lapidrf, dit Alain de Lille, qui IcrWait
dana la premiere moitie* du XH« tiecle , ti Ton otait
prononcer en Bretagne qu'Artua est mort {ExplanaHo
inproph. Merlini, lib. I, p. 19; De la Rue, Essais
hist., I, 73-74) Bertrand de Born dit (Raynouard,
Choi* ds potties, etc., IV, 102) :
Car lor Artus demandon frerolmen.
et Gantier de Soignie* :
Amor m'occit et me tormente ,
Je fais , je crois , tela ateote
Come II Breton foot SArtur.
Sur cette crtfdule attente, voir De Marchangy,
Tristan le Foyageur, II, 196 , 423.
25196 et 25825 ... Se dist voir qui se dist:
Tant grate cievre que mal gist.
26235 Fortune
Ki partout le monde est coumune
Et sa roie jo'ians et mourne
Tourne adies et tourne et retourne ,
Ne voit goute, ainc estaveule ,
Si va partout et revient seule , etc.
26918 Ki contre aguillon escaucire
Tierce foies se blece et mort.
27153 .... Fortune qui ne voit goute.
27173 .... La mors qui nului n*espargne.
28412 Morir estuet qui mors asaut.
28928 Et faisoit Dieu barbe de fuerre.
Holinet , Faicts et diets., 1531 , fol. lvu :
On fait souvent a Dieu barbe de feurre.
29625 Ki pora vivre, 9*es vera.
On dit aujourd'hui : Qui vivra , verra.
50308-10 Qui contre aguillon escaucire
II fois se point; si se doit-on
Osier d'encontrer aguillon.
(Toy. ▼.26918).
50329-32 Qui trop enbrace et trop entoise ,
Gil se desbrace a plainne toise.
Moult se grieve ki trop s'avance ,
Ki s'umelie moult s'eslance.
III.
If OBIS G&OGRAPHIQUES.
A.
Aacains, 5634.
Aberrie, 30364.
Abevile, 12719, 16669.
Abotrites, 3219.
Acre , 19541 , 19643 , 22873, 23301 , 23681,
26461 , 26867, 27818.
Adame (Adavia), 12119.
Agaybe, 12033.
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790
NOMS GfcOGRAPHIQUES.
Agienes, SOI 4.
Aiengien, 24686, 27796.
Ais , 2461 , 2904, 6882, 22774, 29808, 50988.
Aisne, 21986, 24687.
Alains,177, 189.
Alcore, 12037.
Alemagne , 20758.
AlencoD , 16794.
Aleme, 12895.
Alerie (I, clxtiii).
Aleschans on Eliscamps, 8972 (1,622).
« Arlei, dit M. De Marchangy, Tristan le Voya-
geur, V I, 200 , voit, des provinces let plus eloigned*,
accoorir en foule des pelerins empresses de visiter
son cimetiere Eliscamps, ou Ton croit que Roland
et vingt mille preux morts a Roncevaux, sont ense-
velis. On regard© comma une faveur d'y etre inhume*,
et, dans l'espoir de l'obtenir, on s'arrange pour venir
trlpasser dant les roan d' Aries. Jusqu'au Xll e siecle,
les habitans des deux rives du Rhone, meitaient
leurs morts dans un tonneau enduit de poix, avec
une boite sceltee, ou £tait i'argent destine' aux fun6-
railles. Le tonneau abandonne* au courant, eHait
arrets sur le rivage d'Arles , par des commissaires
qui | moyennant la somme servant de passeport,
faisaient ensevelir les cadavres dans les Eli scamps.
P. 481. Une lettre fort curieuse de Michel de Moresio,
archeveque d'Arles, adressle en 1207, aux eccl£sias~
tiques et &mes pieuses de son diocese , les exhorte a
contribuer aux reparations de l'e*glise (de SMionorat,
hors Fenceinte de la ville) et des murailles du cime-
tiere ve*ne*re* j pour exciter plus vivement leur xele,
il entre dans les details merveilleux de la vie des
saints ensevelis a Eliscamps; et comme pour leur
donner, meme en ce monde , le presage certain de la
celeste beatitude qui environne ce repos des 41ns ,
il dit comment on a ou! plusieurs fois re*sonner sous
les voules de l'e*glise, les accords mllodieux de la
voix des anges , qui , dans leur divine harmonie ,
donnent a ceux qui sont encore ici-bas , un avant-
gout du bonheur dont jouissent deja les habitans
invisibles qui peuplent ce champ du silence et du
mystere. » Le cimetiere d'Aleschans jouissait ainsi
dans le midi, d'une plus grande renommle encore
que dans le nord celui de Sandkirche , ou s'assem-
blaient lesf rancs-Juges. Cf. Stat, dud4p.de* Bouches-
du-Rhone, II, 435, Jubinal, Mystires, I, 378, etc
Alier, 19408 (II , lxx).
Les MSS da roman cPAlexandre portent Alexandre
£ Alter. Ce surnom d'Alier, dit Le Grand d'Aussy,
Notices et extr. des MSS , 101 , eat un pre*tendu nom
de terre , que l'auteur donne a son he*ros , e?apres
1'usage qu'il voyait eHabli de son temps parmi lea
grands seigneurs. — On a done eu tori dans la note sur
le v. 19408 , d'expliquer d'alier par autrefois. II est
vrai qu'on y a ajoute* le signe (?) qui indique ledoute.
Aliscans 12199,26747.
Le meme qu* Aleschans.
Alixandre, 10957.
Almarie, 12057.
Amiens, 14782.
Aminoia , 21975.
Andaluf, 6288.
Le faux Turpin (1 , 401) : in terra A I andaluf.
Andane , 1669.
Andioce, 1698, 10048, 25489.
Andon (Chaatel) (II, xm).
Anglers, toy. Milon.
Ango,2525, 4051, 12579, 15789, 20466,
22985.
Appoline(II, xliv).
Aquitagne, 1402.
Arabiois, 7098.
Arces, 14967, 16646.
Ardane, 18112.
Description de la foret des Ardennes , an temps de
Clovis , Partonopeue de Blots, 1,18:
Ardane ert moult grans a eel jor
Et porprendoit moult en son tor,
Car plus duroit dont li convers
Sains la mervelle des desers ,
Que or ne dure tote Ardene;
Si le volt Dieu , ensi ordene.
Ele est ore molt escillie
Et par lius tote herbergie;
Mais a eel jor dont je vos cant
I par avoit de forest tant
Que cil qui erroieot par mer
N'i ossoient pas ariver,
Por elcfans, ne por lions ,
Ne por guivres , ne por dragons ,
Ne por autres menrelles grans
Dont la fores ert formians.
Ele estoit hydouse et faee :
La disme pars n'en ert antee.
Li palssant i missent mers
De tant c'on duroit li convers.
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NOMS GtiOGRAPHIQUES.
791
N'i pattoit gaires pas les taint
Qui la rerenitt dont mat ains.
Oltre let taint n'aroit convert ,
Chievrelt ne daint , bitce ne cert ,
Ne bette nnle fort m&ufes
Qui mangoient let etgartt.
Hariger., dans la vie de taint Remade (Chapea?.,
1 , 92), dlcrit ainsi la foret des Ardennes :
Reperit ibi manifesta satis indicia , quod leva ilia
idolatries quondam fuissent mancipata , lapides set-
licit Dianm etaliis porteniuosis nominibus sfligiatos,
fontes hominum quidsm usibus aptos, sed gentilium
superstitions pollutes ) ao per hoc, damonum udhuc
infestations obnoxios... Vidsns ergo locum ilium,
turn aquis piscosum, tumpascuis uberrimum, multis-
que admodum usibus hominum compstentem, copiosa
fontes orationis ausit benedictions, eio.
Argentom , 16488.
Argonne, 24987.
Arie, 20565,20829.
Arrabbi (I, clxyi).
Arrabe , 4999.
Arrabiteua , 4997.
Arragonne , 22355, 50847.
Arras, 12719, 21553, 26659.
Aadana, 15595.
Ask , Aschy dane le deparlement da Nord.
Aakalouoe, 12011.
Aaur, 10048.
(VoyeiSiir.)
Aubigoia, 22569, 25455.
Aucerroia, 19506.
Aucearoia , 50461 .
Aucoirre , 27169.
Aucuerre, 15954, 25065, 28927, 29295.
Audenarde, 22150, 24662, 27497, 28287.
Aufrique, 7596.
Aumetiera, 17557.
Aumosne (l'abbaye de 1'), 24984.
Auremie, 11979.
Auriloniel, 18154.
Ausai, 11405, 17985.
Auskale, 11986.
Auxe,6551.
Avalois, 21849, 28971 (11 , gclzxx).
Les habiians des Pays-Bat. Da Cange , ainsi qu'on
l'a tu, les place de pre7e*rence aux enrirona de Co-
logne, et le passage du pre*dicateur Berthold n'est
pas defavorable a son sentiment , sans restreindre
cependant 1'eHendue de ce terme : Finer von Zurich
unt einer von Saks en , der sprache ist gar ungelich
ein Swap unt ein Niderlkrdib tor Koln sind gar un-
gelich an der sprache unt an gewant. J. Mone,
Quellen und forschungen , etc., 1 , 97-98.
Avalliere, 12379, 21459 , 28971.
Avegnon, 10009.
Avenaa (II, cci).
Avea, 12719.
Aveanea, 12719, 19292, 19620, 20807, 21021 .
Avignon, 26487, 26925.
Aviiena, 27010.
Avrence , 15925.
Avrentin , 18298.
Aze, 4054.
Babilone, 2651, 22899.
Baience, 12016.
Baioea, 15457.
Baiwiere, 50965.
Baiwiers, 1788.
Bar, 27655, 29528, 50389.
Barbancon , 24875.
Barbastre (I , glxtiu), 12008.
Barbesfluet , 17854.
Barbiel, 19152.
Barflo, 17854.
Baske , 6272.
Basquevile, 14985.
Bataille (Abeie de la), 17481.
Baudas, 7555(11,697).
Baviere (Pour lout Tor de), 1 , 615.
S'il y avait des comparaisons propres a rabaisser
les choses dont on parh&it, telle* que la monte d'un
bouton, d'unpoi*, d'nn denier, d'unealie, etc., d'au-
tres s'eroployaient au contraire pour lea rehansser.
Vor de Baviere Itait de ce nombre. On disait anssi
Vor de Montpelier (P abuse la. Dochesse , 53), etc.
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792
NOMS GEOGRAPHIQUES.
Basin (II, 704).
Bediera, 22594.
Beiin,Belin,9033.
Belleem , 3509.
Beneoit (S«), 13305.
Beorges, 2613.
Bertaigne(II,701).
Biaumes , 50483.
Biauves , 20859.
Biec, 15987.
Bielesme, 13048, 15007, 16705.
Bielgiu , 22611 , 24914 , 27665, 30411.
Bieligrad(II,708).
Bielkaire , 26693.
Bielmont, 14961, 16422, 16689, 18257.
Bierlai, 17601.
Bierneval, 15644.
Bietune, 20451, 27798, 28289, 28659, 29078,
29403.
Bine, 25123.
Biscare,6210, 12060.
Blac, Blak, Bias, 20461, 23008,29041, 30961.
Blanc , 4197.
Blancquebourc (II, mi).
Blandeng, 1919.
Blaves, 1331, 5165, 8169, 9007, 31072.
Bleis (II , mi).
Blois , 23247, 24426, 24884 (II, cczxt).
Bocidante, 14139.
Bohaing, 21525.
Bolenbiec, 14963.
Bonehen, 21054, 21372, Bonnengues, platot
qne Bornhem, et surtout que Tournehem.
Bonivent, 1529.
Bordiele, 25257.
Born (II , cxv).
Bornevile, 15989.
Boucain, 25001.
Bougrie ou Bougre (I , ccl), 5107, 12052.
Boukelion, 10067.
Boulain-riu , 21515.
Boulenois , 50559.
Boulougne-le-Crase , 27110.
Bourbonne, 51147.
Bourges, Beourges , Beorges , 25382, 28704,
(11,699).
Bourgogne, 27547, 50588.
Boussart, 16655, 20977.
Bouterolde, 18149.
Bouvinea, 21519.
Bovea, 20848, 21098, 22557, 28780 (II,
LIIYIl).
Braibant, 18975 , 29855 , 50515 (II , comix).
Braka ire. 11981.
Brandis, 50580.
Breecuel, 20449, 25177.
Brebierval, 18081.
Brenvile, 16858.
Breske, 50024.
Bretagne , 18026, 25526 , 24411 , 27536.
Breton , 25202.
Bretuel, 16840*45, 18018, 18128.
Brias, 12756.
Bristou, 17992.
Broiselles, 12719.
Brunezvic, 22742.
Buillon (II , lvi).
Burriabroc, 5564.
Burs, 12000.
c.
Galogorie, 12000.
Cambrai, 20095,22777.
Campagne, 23421 , 27587, 27707.
Campaneis, (II,xin).
Canbrai, 26669.
Cans-S^Martin, 18292.
Capes , 25260.
Carite-sor-Loire, 28878.
Garroges, 16123.
Cartage, 12038.
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NOMS G60GRAPHIQUES.
793
Carton , 5657.
Cartrea, 13446, 13510, 14765, 15554, 30106,
89202.
Caaaenai, 25247.
Caatiaua-lffireors, 4667.
Caatiel-Croiaant , 4670.
Gastiele, 12056.
Caatiel-Saiw, 28526.
Castillon, 17577.
Caumont (II, 699).
Caune8, 5675.
Cexar-Auguste, Sarragoaae et non paa Tarra-
gooe, 6229, 6284, 6600 (1, 621).
Chartain, 18498.
Chaatel-Andon (II, sin).
Chaatele (II, xi).
Cieatre, 17561. *
Cinon, 22261.
Cirencestre (II, xxri).
Cirrai, 17508, 17606, 27802.
Cixoing, 22222, 5025.
Clatau, 12002.
Clemaua, 27535.
Clermont , 50289 (II, 705).
Cointin(S<), 12719.
Coleneis (II, xm).
Coulogne, Golougne, 28610, 29855, 50517,
30789.
Composite, 4855.
Concea, 3639.
Condet, 24420.
Cone (le) , 26822.
Corbie, 16088.
Corde, 6078.
Cordea, 12019. <
Corliu, 29851.
Cormellea, 17524.
Cornevalois, 6219.
Coumain, 29040.
Coumains, 20458.
Coumingea, 26685.
Courtenai, 22691.
Courterai, Courtrai, 12719, 24757.
Crak, 50642.
Creel , 16086.
Creon, 22607.
Damiaite, 22845.
Dampiere, 25290.
Danemarce, 23440, 30615.
Danfront, 16794,18591.
Dangot, 20075.
Dannoys (II, ccxxr).
Danoia, % 8780.
Dana {toy. Asdana), 15595.
Davile, 11991.
Dem, 21028.
Deneng, 24654.
Diepe, 18276-
Diergnau, 21047, 21406.
Dire, 16852.
Dogelent,5085.
Dolant-Mont , 1006.
Dolent-Mont, 1070 (I, 609;.
Dorouse , 5654.
Dorsin, 15356, 15644.
Douay, Douwai, 12719, 21065, 28154.
Dreua , 28329.
Drincourt, 18275.
Dubourc, 5552.
Dame, 11979.
Danee , 50489.
Darialme, Duriaume, 15511 , 15828.
Dure, 14655.
£broide, 5612.
Tom. II.
E.
tibron, 11050.
100
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794
NOMS GEOGRAPHIQUES.
£briu, 10125.
£feze,6380.
tfcluse (Y) , 27773.
£hem, 51155.
Emerite, 11994.
Engletiere , 16224, 20059, 50591.
Englois , 17675 , 18470.
Engoleame, 27815.
Enguien, 12719.
Ergnau , 21047.
Erinne, 11985.
Erkinghehen, 21055.
Erkinkehen, 21571.
Erre, 12719.
Esclavonnie , 10546.
Esclavons, 7525.
Eecler (I, clotyi).
Escoce, 22619.
Eacoa , 4658.
Eakance, 15221.
Esmon (S«-), 18642.
Eepagne, 18848, 18994, 20567.
Eatoile (L'), 12001.
Eatrepi, 25059.
Eu (II , GGXI).
Eufaliaee , 25229.
Eurewic, 15267, 16550.
Evreua, 18144.
Exmes, 15209.
F.
Faloiese, 15796.
F^rieres, 16590, 25055.
Ferlingehem, 50115.
Fernehem, 22575.
Fescans, 15015, 15158.
Flamens, 21942.
Flandrea, 24554, 29298.
Flece (La), 16887.
Fiera, 29004.
On a substitue* ce lieu a Lert, dans la note. 11 faat
laisser ce dernier, qui est au-dessus de Lannoy, dans
le departementdulford.
Florines, 16250.
Floabierc, 24857.
Foi's, 22579, 26679.
Fontaines, 24875 , 24880.
Fonteniele, 24645.
Fories (Nueve-), 17728.
Foriest, 25053.
Fortinel, 5596.
Fourmentine, 12056.
Fourmeaielea , 21017.
Fradillar, 5574.
Franc , 19529.
Franceia (II , x).
Friae.
Le troubadour Pierre Vidal dit qu'il preiere le
pays des joyeux Lombards a la Frise, ou Ton n'entend
tout le jour qu'un glapissement ennuyeux :
Par q' ieu no voill esser lenher de Frisa
C'ausis tot iorn lo glat dels enoios.
Les tissus de Frise ont une reputation tres-an-
cienne. Le moine de S'-Gall, marquant les diffe>entes
espdces de prisons que Louis-le-Dlbonnaire faisait a
ses aerri tears , dit : Inferioribus vero saga Frtsonica
omnimodi calorxs dareniur. Pertz, M onumsnta Gtrma*
hub historica, II, 702. Ailleurs il dit que Charlemagne
envoya au sophi de Perse Fresonica alba, cana,
vermiculata vel saphirtna, qua in iliis partibus rara
et multum cara comperil. Ibid., 762.
Ele vesti an drtp de Frise ,
Molt en fa biele U devise.
H. ▲. Keller , Li romans des Sept
sages, V,4456.
Frontevraut , 19475.
Gadres (II , ccix), 20586 , 24470.
Gaiile, Galles, 259, 546.
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NOMS G^OGRAPHIQUES.
795
Galelie, 10970.
Galiae, 6541.
Gallart, 20755.
Galonne, 5668.
Gant, 12719,24879.
Garanople, 4587.
Gaacuel, 20049.
Gaacun (II, xz.)
Gavre , 20855 , 24872 , 27498 , 28279.
Gaybe, 5106.
Geldefort, 22574.
Gelrea, 29854.
Genevois , 29245 , Geneis , ital. Gtnovest.
Un jour Us Genevois, desqnels II est rfcrit Vane Ltgur....
B. Ubs Pbkikrs, ConUM et nouveUes , II . 157.
Genue, Genve , 5174.
Genvile, 27185.
Gen, 25058.
Gernemue , 22525.
Gernezee, 16175.
Getzeman , 10726.
Gezir, 12041. Algeairaa.
Gilronde, 12010.
Gierre, 25058.
GilbaUire, 12058.
Gille(S 1 -), 18822,18850, 25585, 27025, 50697.
Com pelerin* quilt son atour
Aoul comalast a Saimt-Gilte.
Roman de la Violette* v. 303.
Let hospitaliers de St-Jean de Jerusalem eurent
leur premiere mauon a S l -Gilles , en Provence.
Le oomte de ProTence e*tait appele' sourent le
comts de S*-Gilles.
Gianee, 29575, 29927, 50109.
Gietiele, 24876.
Giua, 1515.
Glancon , 24545.
Glatinbergere, 18506.
Glociestre , 17995 , 18625.
Gloa, 16406,18128.
Godelfar, 11985.
Godea,468.
Gonneaae, 19157.
Gonneaae , 25577, 24144.
Grade, 5595.
Granadre , 12018-
Graut-Liu , 5644.
Grantmont, 12719.
Grente-Meanil, 16428.
Greatain, 17560.
Griffons, 11908.
Grifonnie, 11908.
Grifona, 29088.
Grigois, Grijoia, 74.
Grinbierghea , 24875.
Grios, 29056.
Gria-le~Vodainne , 16575.
Griaae, 51181.
Griu, 161,6285.
Guionfoaae , 14845.
Gumegea, 15017, 15577, 17591.
Haimon-Keanoit, 24705, 25147.
Hainnau, 17928.
Hairoo-Fontainne , 24820.
Hakeaina, 29544.
Hakeaia, 29590.
Hal, 12719.
Hamlaincourt , 18892.
Hanatone, 16512,22579.
Harduin (Vile-), Hardouin , 29241 , 29608.
Haroea, 21705,24755.
Haatile , Tournay, 1015.
Hastinges, 17598.
Haverie (La), 50487.
Helemes, 25175 n.
Heloincourt, 28894.
Hermine (II , xliv).
Da Cange , sur Villehardouin , p. 364.
Hermentreville, 14850.
Hiereebourg, 5299.
Hoiel, 18244.
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796
NOMS GEOGRAPHIQUES.
Hongea, 18485.
Hons , 3079.
Hore, 12012.
Hubiermont , 27797.
Hui, 12719, 29703,
Huimer (Mont-), 29630, 30521$.
Hungre, 14300.
Hungrie, 168,214,3278.
Hurepois , Hurepoix, 9862 , 20940 , 21971 ,
27656.
L'auteur da roman d'Alexandre, parlant des pea-
plea qui se re*pandirent sur la terre apres la confu-
sion des langaes , avenue pendant la construction de
la tour de Babel, dit :
L' autre fa Espeingnos, et s'autre fa Normans ,
Li autre Erupeis et parla bien romans ,
Li autre fu Francois
« Lesquels Erupeis ou Erupers, dit Faucbet (/?<?-
cueil de Forigine de la langue et poisie franpaise,
Paris, 1681, in-4°), je prens pour ceux du pais
» d'Hurepoix , qui n'a point de limite certain : sinon
» qu'a Paris nous disons que le quartier devers
» midi ou de l'universite' est en Hurepoix : et ne*an-
» moins pres de Meaux et Joerre, il y a un terroir
» appele* Hurepoix, comrac aussi quelque endroit
» voisin de Montereau-Fault-Yonne. Que si aucun
» veut dire que Simon (le clerc Simon) prend le mot
» Erupeis pour Europaeus , je responds qu'il parle-
» roit trop ge*ne>alement , ayant nomm(f tant de peu-
» pies particuliers. Je ne suis pas d'opinion que
>» Hurepoix ait pris son nom du Tent Eurus, puis-
w qu'il se trouve et a l'orient et au midi de Paris.
» Mais j'adjousterai bien qu'a Paris , quand Ton veut
» dire qu'une facon de faire n'est guere civile , on
» use de ces mots : e'est du pais ou quartier de
n Hurepoix ; ce que d'autres disent : cela sent son
» escolier latin. Comrae si nos roys demourans du
» coste* que nous appellons citd et ville (as£avoir:
» au Palais , a St-Hartin, au Louvre, pres SMvervais,
i> S*-Paul ct aux Tournelles, lieux habiter par nos
» roys), eussent plus fa^nne* les habitans de cest
» endroit de Paris , et que celuy de Puniversite' fust
» moins civil pour n'estre pas tant hante des courti-
» sans : ce qui luy auroit plus faict retenir le langage
» rustic romain. Que les Erupers Ervpeis, Hurepois
n ou Jferupois, fussent subjects des roys de France,
» il en apert au roman de Bertain , compote* par le
» roy Adenex, vivant da temps du Els de saint
» Louis : ou ils sont nommei avec ceux qui accom-
» pagnerent Cbarles-le-Grand contre les Saxons , car
» parlant de Saxe , il dit :
Apres Tot Guilekins qui ainc n'ima Francois ,
Car fu fils Justamont , roout fu de grand bufois.
Or bien cuida conquierre (et) France et Olcnois ,
Champaignois et Bourgongne et Flamans et Englois ,
Jusqu'a Cologne fu , 14 il fit maint desrois.
Longuement tint Sassoigne qu'ains nus n'i roit defois ,
Mes puis fu reconquise par Francs et par Thiois :
Au reconqucrre furent li baron Hentpois
Et Flaman li cuerage , Brabancon , Ardenois -.
)i Quant a l'ltymologie et signification de ce mot
it Hurepois, voici ci que j'en ay trouve* dans le
» roman de la Conqueste d'outre-mer. Parlant d'un
» Helias (qui fut le cbevalier au Cygne), nourri avec
» ses freres dans un bois, sans jamais avoir veu autre
» bomme qu'un hermite, qui les vestoit de feuilles
» et escorces cousues de til , il dit :
Li forestier s'en tourne qui ot nom Malaqurrec (Mauquaris),
A l'bermitage vint hideuz et hurepez.
Et du meme He*lias :
VeJus esloit com leus u ours enkalnea .
Les pngles grans ct Ions , les cevals meelea ,
La teste hurepie n'ert pas souvent laves.
«i Puis il en dit autant des pauvres gens , lesquela
n ayans perdu leurs cbevaux et biens , suivoient a
)> pied en ce voyage d'outremer les aultres chres-
» tiens , estans conduits par Pierre V Hermite :
, La peusies voir (veoir) tant vicz draps depanea,
Et tante grande barbe et tant ciex hurepez.
» De soite que le pays des Hurepoix pourroit avoir
it pris son nom de ce que les habitans portoient
» leurs cheveux droits et he*rissex comrae poil de
» sanglier, la teste duquel en vdnerie s'appelle hure.
» De Uurepk done vient par syncope hupe", qui est
» une toufle de plumes levies qu'une espece de
>• coqs porte bus la teste : et encores houpe, ce floe
» de soye ou de fil noue* , qui jadis se mettoit au
» sommet des chapeaux et bonnets des hommes plus
» bonorables, non-seulement roys , princes et gen-
» tilshommes, mais encore cardinaux, e*vesquea et
» docteurs. Dont possible vient le proverbe : abattre
» Vorgueil des plus houpez, quand c'eHoient clercs,
» ou hupez , quand c'&oient gens de guerre portans
» plumes. Tant y a que les anciens Sicambriens
1 Ces vers sont imp rimes avec quelques legers change*
mens , p. 87 de l'editioa de M, P. Paris , qui nc fait pas de
note sur Herupois.
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NOMS GfcOGRAPHIQUES.
797
» (desquels autre pari j'ay montre* que soni venus
» les Francois), portoient leura cheveus nouei tut la
» to»tc. La mot da Hurepi pour poil leva* at mal
» peigne*, dura encore an la bouchc d'aucunes fem-
» mas da Paris , en mesme signification que la latin
» arrecta coma, Mais tout ceci sera dit pour rlveiller
» l'esprit de quelcun, leqael possible rencontrera
»> d'autres endroits d'auteurs plus expres et clairs
j» que ceux-ci par moy all6guet. »
Manage {Diet. itymologique) adopta la sentiment
de Fauchet, et se contente da copier les ligoes qu'on
Tient de lire, en renvoyant aux mots kerper ou
heruper , sa he*risonner, mots qu'il tire & y horripilare.
Snfin , e'est dans ce sens qu'un comte da Boulogne a
€ti sur nomine* Hurepel.
Proprement autrefois la Harepoix , dont Eegnard ,
le poete, fut grand bailli (Pagus Maurissensis ,
Morivensis ou Huripensis) % sa trouTait enclave
dans Tile de France. Or pendant long-temps la monar-
chic francaise y fut aussi presque renfermCe : elle
Itendait bien son pouvoir nominal plus loin, mais
c'eHait la quelle vivait, qu'elle exercait l'autorite
re*elle. Aussi Ph. Mouskes appelle-t-il leroi de France
lui-meme Hurepiaus. Cependant le meme auteur
parle encore des Hurepoix d'outre-Seine , parce que
la France proprement dite , n'ltait pas bornee par
cette riviere.
II est question des ffurepois dans Partonopeus de
Blots , 1 , 72, ou on les distingue des Franc,ais :
Li rois de France a ses Francois ,
Ses Flamens et scs Hu repot*
En guerre iert , s' autre terre mise ,
Wen pooit avoir nul service , etc.
I.
Iugrekina (II , Lxxni).
Ingrina, 20785.
Ireia (II , mi ; ft , xx).
Irlande (II , xxxi).
Iaengrina (II, lxxv . lxxti).
lveri, 18011.
Jache, 12005.
Jadree (II, cclx), 24470.
Jauce, 24689.
Jehan-Ewangeliate (S l ), 18704.
Jermentru-Vile , 14830.
Jernemouth , 22525.
Jherusalem , 18567.
J u me pes, 13015.
Juane, Jvane , 3599.
Judeu, 25529.
Juif, 10481.
Juia , 5961 , 10529.
Julera, 30799.
Jumenc , 17587.
Jumiegea, 13015.
Sar les E nerve's de Jumiegcs (voy. Outre), con-
suiter Belleforcst , Hist de France , I , fol. 104, 105 ;
D. Ant. Yepex, Chron., 11,784 et suW.j Mabillon ,
Annal. Bened., II, 313; Du Chesne, Hist fr. y II,
214-15; Chron. Fontan. , CX1V, p. 226 ; Duplessis ,
Descript. de la Haute-Normandie, 11,^263 ; De Mar-
changy, Tristan le Voyageur, 111,68 , 365 ; E. H. Laii-
glois , Notice stir le tombeau des inervis de Jumidges,
Eouen, 1825. Les Iditeurs du Miracle de Nostre-
Dame , de Robert-le-Dyable , Rouen, 1836, p. xxx,
citcnt tin MS de la bibl. royale de Paris, contenant
une piece intitultfe : Cy commence vn miracle de
Nostre-Dame et de sainte Bautheuch , femme du roy
Ctodoveus, qui, pour la rebellion de ses deux enfans,
leurfist cuire les jambes, dont depute se revestirent
et devindrent religious.
M Fr. Michel a public, pour la magnifique collec-
tion imprimle par ordre du gouvernement francaia ,
le premier tome de la Chronique des dues de A r or-
mandie , par le trouvere Benoit , mal oppele* jnsqu'ici
Benoft de Sainte-More. On y troure ce passage ,
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798
NOMS GEOGRAPHIQUES.
p.565:
Des dous oils ros ferai desfaire ,
E lui qui en tot ce le mess
Ferai quire des dous j'aresz.
Ce qui donne an savant editeur l'occaaion de citer
un fragment d'un miracle da XIV e siecle , ou le roi
Clodoveus dit a un bourreau :
A ces ij si poor leur meffait
Vueil que d'tin fer chant te d&luises
Si que toos Jes jarrais leur cnises ,
Afia que la force des corps
f'erdent du tout , c'est mcs accors
Ifou* regrettons de n'avoir eu la chronique de
Benoit entre le* mains, qu'au moment ou s'achevait
l'impreasion de ce volume.
Jurzalem , 10250.
Kaam, 16247.
Kaldeu,6463.
Ralogne, 11560.
Kanelaia, 11987.
Kantorbire, 17247.
Karbonieres, 14316.
Karkaaonne, 26694.
Karrion , 11999.
Karroges, 16125.
Kartouse, 11997.
Kasie], Kasaiel (Mont de), 1055, 18528, 21054.
Rastiele, 6280.
Kesnoit, 24703, 25147.
Keu, 24989.
Kievraing, 21955, 24653, 25045.
Kolienbre, 11978.
Lambres , 949.
Landalia, PAndalis, 6458.
Lauaitz (II, xxy).
Lauanoi, 23225.
Leaus, 18266.
Leotoe (II, xxy).
Leeciestre, 18036, 18602.
Lenbourc, 21464.
Lengrea, 15032.
Leonnois (II, lzi, ccxxyi).
Lera, 29004. II ne faut pas y substituer Hers.
Lesdaing, 21498.
Leun, 11469, 14039, 14477.
Leuae , 19293.
Leulice , 13040.
Leutiz (II, xxy).
Lezegnon, 20614, 20937.
Liege, 29655.
Lille, 12719.
Lillebonne, 1802.
Limoges, 20537, 21840.
Lions, 11999.
Lions (S'-Denis-en-), 18272.
Lire, 17523, 18128.
Lisle, 21325.
Liutis (II , xxy).
Lizuie, 17541.
Lobes, 14317, 24667.
Loenois , 29498.
Loheragne, 10341.
Loherenc (II , vm , cxxy , cclyii).
Lohengrin (II, xxxyh, xlui, cxxy).
Loherain (II , cxm , ccxix, cclxxiii).
Loire, 28878.
Lombardie, 126, 11649.
Lombart, 17197.
Lonlai, 17371.
Loon, 14156,29500.
Lorgne, 915, 21475.
LouYain, 12719.
LouYaing, 20504.
LouYeng, 20843, 21465, 23897, 24947,28611 .
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NOBIS GfcOGRAPHIQUES.
799
Loz, 24667.
Lu, 16544.
Lucdum, 3608.
Lucerne, 11995, 12118.
Lane, 13078.
Las, 21466, 21737, 21883.
Maaline, 12719.
Maiait, 18025.
Maience, 20150.
Maiet, 16880.
Mainwaut, 23192.
Maissant (S»-), 3640.
Maleyille, app., 707.
Malpertruis, 14727.
Mandangien, 21897, 22756.
Mans, 15630 (II, z).
Marce (La), 24375, 29128, 30843.
Marie (S'S-en-Relune, 5675.
Marke, 21057.
Markeng , 918.
Markete, 28155.
Marli, 27185.
Marquilliea, 21785.
Martians, 19385.
Martin (Cans S<-), 18292.
Marnel, 21799.
Maskeline, 21785.
Maateng, 28962.
Maubeuge , 12719.
Manlion , 20938.
Mans (II , z).
Meians, 5594, 22976.
Meleun, 15737, 21659, 30447.
Meloe, 12036.
Menate, 5642.
Meullent, 13441, 15629, 18052, 18146,
18583.
Meung (II, czli).
Micalis, 29040.
Midoine, 11980.
Mies, 13061,25101.
Mikaine, 51.
Mikiel-outre-Port (S'-), 17544.
Mirabiel, 20600.
Mirmande, 15767.
Misselebourc, 29729.
Molleron-Val , 14284.
Moncornet, 12719.
Mongiu, Mongui, 602 , 18294.
Monpancier, 27230.
Montdestoles , 1321.
Mont de Tabor, 22833.
Montebourc, 17564.
Montegni, 21719.
Montereuil, 12719.
Montfort, 50649, 51065.
Montfort-sor-Risle , 16392.
Montgienne (II , cczxztiii).
Montgoumeri, 15005, 18211.
Mont-Huimer, 29630.
Montjardin, 3694.
Montmartre , 6540.
Montmorenci , 21715, 24749.
Monmorencin, 28543.
Mont-S'-Mikiel, 16203.
Mont-Wimer, 30525.
Moree, 29602.
Moriagne, 18377.
Mortagne, 21128.
Mortemer, 16837.
Mortuel, 17558, 18511 , 18580.
Moussat, 3646.
Monstruel, 14261, 14350.
Nadavre, 6258.
Nadrea, 3753,12000.
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800
NOMS GEOGRAPH1QUES.
Namur, ville, 8016, 20769, 24885.
Etymologie d'apres Adenez, to.
H. Crapelet a public*, en 1820, VHist. du Oiaste-
lain de Coucy et de la dame de Fayel , coroposee
dans la premiere mo'tie* du XIII e siecle.
Pendant un repas donne par le comte de Namur,
une dame chante ce refrain :
Toute vostre gent
Sont li plus joli da tournoiement ;
J'aime loiaument
Toute vostre gent.
Et pour ce le di qu'il out maintien gent
Toute vostre gent.
On sait que cette ▼ille est d^signCe pour la pre-
miere fois sous le nom de JVamon, dans l'anonyme de
Ravenne qui yivait vers le VU e siecle. Voy. l'ddition
de Paris, 1688, in-8°, p. 188.
Naple, 10754.
Nassou (II, txi).
Navare, 26180, 50386.
Naviers, 15932, 26205.
Neffroit(S«-), 5650.
Neuchatel-sur-Epte, 18272.
Neutrie, 13029.
Neverois, 19507.
Nicole, 22597.
Ni-d'aigle, 50953.
11 y a une porte a Cologne appelee Adlersthor,
porte de l'aigle j le premier Tillage que Ton trouve
quand on en sort est Niel, ou il existait ancicnne-
ment un burg ou chateau. Dans l'Eiffel, a 4 ou 5
lieues de Cologne , il y a un lieu appele* Niddegen.
Arensberg est plus loin, sur les frontieres de la West-
phalie.
Niiele, 20810, 21811, 27255.
Nier bonne, Nierboune , 1803, 12163, 26693.
Nierbounois, 4640.
Nimaie, 16028,30110.
Nimes, 12190.
Nimlea, 27021.
Ninivee , 25493.
Nior„ 20753, 21488.
Nique, 25491.
Noellin, 5649.
Noion, 12750.
Nonancourt, 18272.
Normendie , 12910*
Norois, 2419(1,615).
Li roil de Norvege la vint
Puis ont Noreis la terre prise,
F. Michel, Geqffroi Gaimar, 4, 5.
Sur les Norois ont la victoire.
/*., 6.
...A Gisors estoit uns rois
Qui avoit amcne* Norois
De Guenelande et d'Orcanie ,
U r'avoit grant cevalerie
Et d'Irlande et de Danemarcbe
Et guerroient en cete marche.
Partonopeus de Blois, I, 71,
Les Ters suivans prCsentent ce mot dans l'accep-
tioii de fier ;
Se contesse estics de Guines ,
Si fetes vos trop lou norrois.
MfoN , Nouv. recueil dcfabl., II, 47.
Norwia, 18027.
Nuae, 29982, 30675,
Oain (S*-), 14715, 14995.
Oainc (S«-), 17586, 17596.
Obiert (S*-), 25049.
Odihem, 22577.
Oedon, 28327.
Oiazi, 21114.
Le cbapitre ij de la Chronique du bon chevalier
Messire Gilles de Chin est intitule* : Comment le
grant seigneur d'Oisy vint voir le seigneur de Chin
et comment il emmena Gillion avoec luy. Ce seigneur
s'appelait Gaussoin.
Olave, 15700.
Olavie, 6241, 15671.
Olmoia, 18592.
Olne, 15810, 15544, 16774.
Omer (S*-), 12719.
Orion, 27070.
Oneton, 11999.
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NOMS GfcOGRAPHIQUES.
801
Orenges, 12190, 12214,15615, 25829, 26499.
Origny (II, cclitii).
Orliens, 524.
OrnU, 12279.
Orntz, 12279.
Orsin, 15356.
Osche, 12006.
Osme, 11990.
Osmois, 15209, 15755, 16594, 16481.
Ostemale, 21468, 21759.
Oatinges , 11996.
Osterike, 1256.
Otiniaus, 4029.
Otoegnin , 15347.
Ou, 15221, 18489.
H. Le Root de Lincy a confix & la Revue francaise
et Strangere une Notice sur le livre Rouge conserve"
aux archives de lamairie de la ville d'Eu; tire'e a
part clle forme une brochure de 22 pages in-8«\
Commence avec l'e*tablissement de la commune
en 1151 , le Livre rouge en contient une hutoire
complete et de'taillle; il finit aTec PannCe 1632.
Paci, 18124,25650.
Paienime, 12195.
Palerne, 20661.
Pannonne, 167.
Paris, 20762, 22206.
Passent (S*-), 5652.
Peitiers, 13512.
Peneveziel, 17395.
Perce, 22663.
Perrouse, 28029, 30349.
Phinepopolis (II , 708).
Pierce, 18237, 18535.
Pieres-Mona, 1335.
Pinkegni, 14327.
Pissant, 29242.
Plaisentin , 30128.
Poilevaque , 29654.
Poitau , 30940.
Poitiers, 50702.
Poito,2322, 15619.
Ponhier, 7072, 15057, 21969.
Pont-d'Arge, 5673.
Ponti, 14055, 16678.
Pontorson, 15697.
Popelines, 12719.
Porciestre , 22376.
Pors, 5120, 5233, 6957, 7829(1, 495, 519).
Tom. II.
Montagues, en general, passages, defiles :
Entre lcs pors de Panpelune.
Roman du conte de Poitiers, p. 2.
Les pors de CSsaire, disent lea chroniques de S»-
Denis. Le Paux Turpin appelle ces passages Portus
Acerri, Portus Cicera et Portus Cisereos (I, 509).
Voy., sur ces appellations la Chanson de Roland ,
•t. xlui, t. 3, st. lv, t. 3, le Glossaire, p. 186, et la
page 01, note 1 , des Invasions dee Sarrazins en
France , par M. Reinaud.
Le clerc de Guillaume de Tudele dans sa chroniqoe
de la croisade contre les Albigeois (e*d. de H. Fauriel,
p. 12) dit, en 6mime*rantles pre*lats qui accompagnent
Pabbe* de Citeaux :
E dotral Portz tCEspanha....
u Ayee lui partent et d'autres (encore) d'outre
les Ports d'Espagne. » C'est encore, en effet, le nom
populaire des Pyre'ne'es dans lespnmnces, soitfran-
Raises, soitespagnoles, voisines de cesmontagnes. On
dit pareillement pour les Alpes Portz de Lombardia.
Portemue, 22576.
Portingal, 19371.
Praiaus , 17527.
Prouvence, 51250.
Provence, 26983, 28691.
Provenciel, 6301.
Puellier , 5657.
Pulle, 16721, 22772, 25471.
101
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802
NOMS GEOGRAPHIQUES.
R.
Radagot, 11990.
Radinges, 18282, 18578.
Rainne, 14700.
Rains, 381, 26619.
Raia, 27781.
Raisse, 21783.
Ranscone, 31107.
Ravenel (II, 714).
Ravenne, 20149.
Redois, 12972, 13786.
C'est une epithete plutdt qu'un nom de peuple.
Regate, 22574.
Regniau , 21047.
Reumont, 24653.
Richier (S*-) (II, xxi).
Riea, 1147.
Rieanea, 13924.
Rille, 13875.
Rimers, 17563.
Rin , 8829.
Ehin ; cette forme est aussi allemande. Voyes le
passage des Nibelungen cite* au mot. Formats*. En
Toici un autre :
Chriemhiltdiu vil schone , von WORMES, uber Rim.
V. 2827.
Risle, 16392.
Rin (Boulain-), 21515.
Rohais (II, 701).
Rocieie (la), 20753, 21487.
Roie, 23955, 28347.
Roiiele (la), 20606.
Romagne, 28545.
Rougemons , 25249.
Rommenie, 128.
' Roses, 12008.
Roume,156, 185,29848.
Rousie , 23536.
Rouvecieslre, 19065, 22569.
Rnel , 16398.
Ruem, 2812, 3602, 3627, 13067, 15269,
17686.
Rufniel (II, 710).
Rume, 21312.
S.
Sainliz, 13785.
Sainne, 14328, 18403.
Sainteron (II, 695).
Saintes, 5086, 31059.
Sais, 16749, 17533.
Saisnes (II, xcix).
Saisogne, Saissogne, 1876, 2018.
Saiasougne, 20067.
Salesbieres, 18570.
Saleable, 21471.
Salesbourc , 5600.
Salenique, 17130.
Sanguis, Sangvis, 22554.
Sarragouce, 12005.
Sarrasins, 582, 485.
Sarrazin, 5300.
Sarte, 18547.
Sartenai, 10992, 11481.
Sanmur, 30694.
Saus (Castiel-), 28326.
Sanve (S*-), 25239.
Sanveor(S«-), 17567.
Senile, 12019.
Sebourg (II, lti).
Segontiane, 11992.
Segoybe, 11992.
Senlis, 14581.
Sens, 15502, 23559.
Seonois, 18547.
Slpulnege, 11991.
Sescons, 50721.
Sesnes , 3211.
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NOMS GfcOGRAPHIQUES.
803
Seaeonne, 22222.
Seasons, 522, 12352, 12765, 20529.
Sevoi*(S*-), 17562.
Sikambre, 173.
Sire, 16721.
Soave, 2730, 20667.
Soavie, 20008.
Solegni , 5656.
Soleamea, 26018.
IPest point Pendroit da Maine ou lesbenldictine ont
relabli leur ordre, mais un Tillage da Hainaut francais.
Sorant,5221.
Sotengien, 21950, 24846.
Soubrengien, 24878.
Sternia (II, 708).
Sur, voy. Asur.
Surie , 5022.
Ledit de mSnage, Edition da H. Trebutien :
II pert bien k tes joes que ne t*esmaiet mie
Comment le'roi peore la terre de Surie,
Tabarie, 10071.
Tabor (Mont de), 22833.
Tabour, 10958.
Tafart, 30210.
Taillou, 16648.
Talevert, 11080.
Tanet, 22557.
Tana-qu'ot-Vile, 14972.
Tarentaise , 3606.
Tarente , 51037.
Taraiien, 25554.
Taruf , 12041.
Tenercebrai, 17876.
Tenremonde , 12719.
Teride, 12010.
Termea (II , xi).
Theodonia , 3359.
Tieraacona , 27025.
Tiete, 17661.
Tiere (Aval-), 21459.
Tiermea, 26694.
Tierre Appoline (II , xut).
Le pays ou Ton adore Apolin, eelui dea Maho-
metans.
Tiron, 18581.
Toara, 17534.
Toegni , 16414.
Toivre,4706.
Toldrea, 29042.
ToUenburch (II, 706).
Torignia , 18215.
Tornai, 28838.
Touflera, 29005.
Toulaite, Toulete, 5088, 11904.
CetteTille passait pour avoir une dcole famenae de
magie. On to it dans VHistoire prodijieuse et lamen-
table de Jean Fauste que la villa de Gracovie jouis-
sait , au moyen age, de la meme reputation , ce qui
e*tablit un noureau rapport entre le polonais Samuel
Twardouski et le saxon Faust. Consulter nos Parti-
clariiie inidites sur Charles-Quint, p. 82, t. VIII des
Nouv. Mim. de Vacad, de Bruxelles , et notre article
Faust dans le Diet, de la Conversation.
Torniele (La) , 22811, 26014.
Tounebruge, 18075.
Touragne, 2325.
Touringe , Tourainne , Thuringe, 367, 373.
Tourenois, 30068.
Tournai , 530, 593, 12719.
Traci, 18233.
Trit, 24649.
Tremogne, Tremougne, 401, 9845, 9957,
21469,21740.
Dans oet endroit on a e"crit ce mot eomme on nom
commuD ; e'est Tremonia, Dortmund, ainsi qu'on
l'acorrigl, 1,607.
Troiea,102, 160.
Tude, 11979.
He peut etre Tudela, deja appeltfe TudiHe au
v. 12008.
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804
NOMS GtiOGRAPHIQUES.
Tudiele, 12005.
Tulierea, 18542, 15627.
Turc, Turs (I, clxxxti), 1801, 19820.
Tarsi, 30754.
u.
Ubede, 12016.
Ulme , 11987.
Uloe, 12009.
Urense, 12008.
Uzedre, 11986.
V.
Valcoulour, 20707.
Valence, 50497.
Valencenois, 25015.
Valencienes, 28896.
Valencienne, 12719.
Valerin (S*-) (II, xv).
Valie, 706%, 15056, 14815.
Valougne , 16782.
Val-parfunde (II, cclxti, cclxivij). A. Jubi-
nal , Mytteres , II , 568.
Valterne, 28971.
Valtiere, 28971.
Vaucieles, 28929, 29492.
Vaudoia (II, lxixih).
Vaudreoil(Le), 18272.
Vaua-de-Ruel, 16598.
Vavre, 21790.
Vendougiea , 25047.
Ven$,5662.
Verlengehem , 50115.
Vernon, 15001.
Verneuil, 18272.
Vernuel, 15217.
Vezonce, 5605.
Viane, 1795.
Vicongne, 2085, 25184.
Viellea, 16418.
Viermendoia , 12971.
Vigort(S«-), 17509.
Viler, 16085, 24821.
Vilide, 18298.
Vine, 29606.
Vodainne (Gria-le-), 16575.
w.
Waet, 18025.
Waiet, 18109, 18254.
Wacfreiz, 15554.
Waimoatier , 17828, 18902.
Walcrea, 12485, 15554.
Walecourt, 25154, 25191, 24648.
Waleri (S*-), 17590.
Wareame, 14985.
Warewic, 16441.
Waat (II, 704).
Waatine, 21201.
Waudripont (II, lxxtui), 20838.
Waurin, 22072.
Wendin (Pont-a-) (II, lxztiii).
Wimer (Mont-), 50525.
Winceatre, 17822.
Wiamea, 50029.
Wormaiae, 5296, 14504.
Cette forme se rapproche de la forme teuionique
anoienne det Nibelungen, WortneM ei Worwu*e.
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NOMS DE PERSONNES.
805
Dit Warm** dhi Til wite dar-nach lut erschd.
id. de Voaosa Hagek , v. S247,
Uod* ouch dta fUt to Wormez* too ir wcinen erschal.
lb. 4116.
Dana ce poeme Worm* ett la capiUle de Gunther,
roi det Bonrguignont.
Wormt ett autti appelee per let trouYerct Gor-
rnaue , Germaiee. M. P. Paris , t. II, p. 47 do Garin
le Loherenc, prononce qu'il faut reconnaitre dant ce
mot Germesheim. II est Evident que l'habile Iditeur
a commit une mlprite. M. F. Michel a 6t6 plot heu-
reux dant tet conjectoret : Roman de la violeUe ,
p. 140.
Wulferinghem (II, ixxiy).
Ypre, 12719.
Yre,6546.
Ytale,125, 126.
IV.
NOHS DE PERSONNES.
A.
Aaron, 5260.
Abbion , Albion , 5452, 5789.
Abrehan, 10801.
Adain, 18499.
Ade, 18474.
Adriiens, 4070.
Aelais, 14058.
A&ine, 18475.
A el is, 12851, 16454, 16716, 18196.
Agnes, 19022.
Agnien (S*),5666.
Agoulans, 4450, 9004.
Aie , Aye , Ayce d* Avignon , 8440.
Aielais , 26107.
Aiglentine, 10021.
Aigrout, 14650, 14802.
Aiien, 26487.
A i merit (II, cczl).
Aimmeri de Nierboune , 12165.
Alain, 15575, 15252, 18511.
Albroing, 11564.
Aldalinde, 2814.
Alebrans, 1861.
Alexandre, voy. Alier.
Cf. Liber Alexandra Magni, regis Macedonia de
preliii.
Sana indication de lieu ni d'imprimeur mait a
Utrecht , ches Nic. Ketelaer et Ge*r. de Leempt 7
Tcrt 1473.
Premiere Edition tret-rare et que Heerman croyait
aToir €i€ faite par let he*ritiers du fabuleux Laurent
De Rotter , ou du raoint avec eee caracteret vendut a
Hie. Ketelaer et Gdrardt de leempt. Orig. typo (jr.,
p. 144 , et aeconde partie p. 8.
Alfons, 24255, 29554, 50557.
Alienors, 20602.
Alixandre, 8840, 25061.
Alkin,2997.
Aloris, 8458.
Alottrus , 2799.
Amalris, 17677, 18502.
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806
NOMS DE PERSONNES.
Amans (S l ), 820.
Amaugia (II, ccxt).
Amaugris, 8459.
Amauguins, 16088.
Amaurri , 17620, 18144, 24303, 25866.
Ames(S t ), 527,821.
Amis, Amilles (II, cclvii, cclzzix).
Amonr (Soeur d*) (II, 11, ciz).
Analcide, 715.
Anciaaes, 149, 1468.
Andriu8,5883, 23004.
Anestases , Anestassies, Anastase, 470, 1862.
Anfimore, 5006.
Angesil, 1504.
Angia,2151.
Ansbiert, 2149.
Ansiau, 30029.
Ansiel, Anaelme, 1208, 17838.
Antenor, Anthenor, 96, 122, 170, 216.
Antiaumea, 12845, 13312.
Antigone (II, cxxy).
Apallas, 134.
Appollin, 5324, 6453, 11620.
M. F. Michel pense que ce mot designe non pat
Apollon maii Apol looms de Thyane*, sur lequel on
a fait dans le moyen age , un roman qui a fourni un
excellent me'moire a *ir Francis Douce. Roman de la
violette , p 332. Nous pr£sumons, quant a nous,
qy?Apollin ouApolin est VApolion de rEcriture.
Archinoaus, 1567.
Ardecenut, 15310, 15326, 16550.
Arealaina , 5184.
A res tars , 7566.
Arragis, 3117.
Artu, 20716, 24555 (II, txi, czxit).
Arlus, 8862.
Aaavarke, 19357.
Aubria, 3226.
Audain, 4518, 8636, 9010, 11690.
Audouere, Audowere, 721, 764.
Aunoi (D'), 25223.
Aurree, 15240, 16132, 16148, 1725*.
Auaena, 23057.
Aye, Ayen (II, cczltui).
Aymon (les quatre fila) (I, 570, II, ccit).
Baligana,6602.
Baras , 25039.
Bardous , 16670.
Bares (Des), 22064,31061.
Barmes , 21705.
Barracie , 10477.
Basin (II, ccltiii).
Baucelicoura , 14339.
Baudecon, 6660,8151.
Bauduin, 13070, 15602, 15726, 17563,
17922, 18466, 21787, 22587, 23071 , 24844,
28081.
Begge, 1505.
Beghe , 5228.
BegueadeBelin,2080.
Beneoia, Benoit (S«), 461, 3410.
Bernard (II, zziz, ccxxxix).
Bernier (II, cclxvii).
Bertain, Biertain, 2072, 2707, 2757.
Bertarie , Biertaire , 590, 1647.
Berte (I, ccxlix, II, clxxiii).
Au-grand-pU plutot qu'avs grans pies. — Berhte
tnit den fuoze'. — Baerte metten breden voeten, dans
Floris ende Blancefloer , v. 3066. Dans les Reah di
Francia, on explique ainsi ce sobriquet, 6, I :
Beeta del gram he, perche ella aveva «n pie un
poco maggior dell altro, e quelle ara il pie destro.
J. Grimm, Deutsche mythology 1836, p. l73;Ferd.
Wolf, Ueber die neuester Leistungen der Fransosen
fur die Herausgabe ihrer national Reldengedichte.
Wien, 1833, in-8°, pp. 6-7, 37-72; De L'Aulnaye,
Gloss, de Rabelais, III. 318.
Bertrand (I, cxxiv, II, cxt).
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NOMS DE PERSONNES.
807
Bierengier, 13460.
Biernars, 5230.
Biertin* (S l ), 823.
Biers, 12933.
Biertoulaut , 1264.
Biertran, 27781.
Bietremer , 23955.
Biertremius, 28347.
Bilas, 25070.
Bissin , Bisaine, 369, 587.
Blancain, 20569, 26848.
Blancandin , BlaDcbandin , Blancardin , Blan-
cbardin , 6688.
Blance, 24709.
Blancefloer (II, xci).
Blanceflors, 12164.
BlancheDcleo (II, ecu).
Bocara, 27185.
Boucars, 15736, 21021 , 25038.
Bourc , 22605.
Bourgiele , 20810, 20977, 21365, 21951.
Un MS du XIII« siecle do la bibl. de Tournay, con-
tient un tableau des rentes dues par les pre*v6ts de le
carite de Tournay. On y distingue les articles suivans :
A /Catherine de Bourghiele xxv lb au premier jour
de march.
A Kaihcrine de Bourghiele CS.dle vie dame Mar-
got , feme jadis Henri dou Caeteler , au premier jour
de march.
Boursard , 20977.
Brougnars, 24654.
Brunehaus, 480.
Brunof , 1330.
Brunolf, 1326.
Briasea, 19831, 21405.
Buiemont, 17037, 17628, 18352.
Buridans, 21787.
Cabos, 51121.
Cahu, 5325.
Carlemainne , 2239, 22429.
H. 1'abbe* Tb Nortnand, dans un meinoire cou-
ronne* et recueilli par la redaction de la Revue de
Brvxellee, dec 1837, 4-22, memoire intitule* Ber-
ceau de Charlemagne, adopte ct de*veloppe Fopinion
de M. Oewes qui , sur ces mots du moine de Si-Gall
in natalitolo, fait naitre le grand monarque a Aix-la-
Chapelle. Hist, gine'rale de la Belg., 1820, 11, 187.
Carles, 5056, 13149, 17896, 17972, 23895.
Carles M artiaus , 1666.
Carlon, 20728.
Celestin, 31201.
Celpria,656,824, 829.
Challemaine , Challea li ber (I, clii).
Charlea-li-Baube (II, it).
Chonus, 15298.
Cildebiers,524,657.
Cilderis , Cilderic , 555.
Ciperis (II, ccxi).
Clarembaul, 25259.
Clement (S«), 451.
Cleofe, 10844.
Climeus, 19588.
Clodea,284, 289.
Clodomers, 525.
Clotaires, 1260, 1675.
Clovis , 588.
Les journaux ont public* une note portant que les
mouleurs de la liste civile prenaient sous le porcbe
de Saint-Germain-rAuxerrois 1'empreinte des figures
de CloTis et de Saint e-Cloti Id© ; H. A. Vallet , de
Pe*cole des chartes , a e*crit a ce sujet la rectifica-
tion suivante :
« Clovis Itait raort depuis long-temps, lorsque,
vers le milieu du Vl« siecle, Cbildebert et Ultro-
gotbe firent, dit-on, conatruire la basilique de
S l -Gerraain- le-Rond qui fut nomme'e plus tard
St-Germain-1'Auxerrois. II ne reste plus rien aujour-
d'bui de ce premier Edifice, Le portail actuel date
tout au plus de la fin du XIII* siecle ou du commen-
cement du XIV* (1286-1314). Toutefois, comme Ton
attribuait a Cbildebert et a Ultrogotbe la fondation
de cette Iglise , selon Tusage on orna le portail de
leurs statues. A la fin du siecle dernier, on voyait en-
core aux pieds de ces deux personnages une table de
marbre fort ancienne portant cette inscription :
« Cost Cbildebert deuxiesme roy cbreatien et Ultro-
.« gotbe sa femme qui fonderent ceate eglise. »
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808
NOMS DE PERSONNES.
Coloman (II, 706).
Gommenios, 25019.
Comminges, 22581.
Conras, 14515,21469.
Constantins, 11521.
Constentin, 2865, 10055, 10822.
Corans , 28818.
Cornille (S l ), 12704.
Cornumarans (II, 695).
Gostantin , 5462.
Couci, 207741.
Gouchi, 27654, 50481.
Counimbre, 632.
Coustanae , 17646.
Gousteotins , 50904.
Crannes,628.
Cre>on , 14978.
Creton (II, 702).
Cuba. Ne Cuba, v. 86. Peut-dtre faut-H lire
n'Ecuba.
Cyproete, 15892,
Dagobiera, 1255, 24254.
Danious, 1725.
David, 50657.
Davis, Davit, 10128, 10577.
Denise (S«), 9, 540, 547, 406.
Desiier, Deziiers, 2172, 5186, 4152.
Deusdedit, 1516.
Doon, 1497, 1659.
E.
tfbar, 15471.
ibault , 15512.
^brains, 6074, 6118.
Ector, Etor, 76, 80, 6988, 7229, 7680.
Ecuba , voy. Cuba.
lfrainne , 82.
Eldnk, 16140, 16508.
fttfant , 5088.
ille, 16887.
&nain, time, 14865, 15258, 15508, 16757.
&i<$as,94, 112,122, 157,141.
Engeliers, 5188.
Engelrana, 4246.
Engheirans, 1651.
Englebert (II, lzi).
Engorrans , 16669.
£odon (II, xin).
4loi(S»), 1575.
fears, 25247.
Erkenbaus, 51147, 28175.
Ernaus de Biaulande , 5206.
Ernaut, 16451 (I, clxih, clxit). '
Ernol, Ernous, 1466, 14476, 16752, 17572,
20854, 21956, 22150.
Esmars, 1514.
Esnaus(II, lxi).
Estase, 16680, 17668, 18112, 18198, 18460,
18514, 21785, 22695.
Estieuenes, 2069.
Esttevene, 18475, 20471.
Esttevenon , 2160, 19522.
Estourmis, 5252.
Eurewins, 1570.
Eustache-le-Moine (II, ti).
Eustere , 1918.
tfvrarl , 18470, 19500.
tfvrol, tfvroui, tfvroulle, 17201, 17615.
tiwars, 15241, 16148, 16565.
Ezebii , 11844.
tizechie , 10490.
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NOMS DE PERSONNEL
809
Fanin (Saint) , 5648.
Faatadree, 2748.
Faatrea, 24875,24881.
Favarque (a), Afavarque, Aaavarque, 19557.
Oa disait itre & Jean nemmS poor hitt Jean
nommi.
Federia, Felderia, 20101 , 28106.
Felippea, 17957, 18524, 22998, 24254.
Felippree, 19016, 19172, 20568, 20495,
24249, 24878, 27511, 28551.
Felippron, 17960, 18561, 20098, 25415.
Ferabrat, 4705 (II, clzxxit).
Fernand, Ferrand (II, liii) , 20787, etc.
Ferrau , 21870.
Fiacle, 25112.
Filrebaua, 1871.
Fiernagua, 5755.
Fillebiert (Saint), 5655.
FUtferia, 20512, 22975.
Flolrent, 481.
Veritd fu provee , ce fu en la lecon ,
Que cil qui tint de France premers la region ,
Ot a non Cloe>is , que de voir le set-on ;
Peres fu Floovant , qui fist la meprison
De sa fille la belle qui Hflota ot non.
Guiteclin de Saittoigne , MS. de la bibl. roy. de
Paris, no 6086, fol. 121 recto.
FloeWent est nomine* egalement dans le roman
d'Aubri le Bourguignon (MS de la bibl. roy. de Paris,
7227, fol. 74 et Ach. Jubinal, Mystires inidtis f II,
383):
Or chanterai pour tos esbanoier :
Je sai de gesle les chansons commencier
Que nus jongleres ne m'enpuet engingnier.
Je sai asses dou bon roi Cloevier (Clou is),
De Floevent et dou vassal Aichier.
Floirea, Florea, 1971 , 12164.
Florcnt (Saint) , 5654.
Florentin , 29960.
Florie, 18561.
Foucon, 1855, 16714.
Fouqnea , 18445.
Foure, Fourres, 1941, 5695.
Francois , 18975.
Fresonde, Fr&legonde, 759.
Froiepaina, 25989, 25578.
Fromona, 8458, 8476 (II , cclxv).
G.
Gabriaua, 10505.
Gaifiera, 2294, 2582, 5190.
Galafre (II , ccxxxix).
Galerana, 15629, 16456, 18146, 18262.
Galien (II, ccxixix).
Garin, 25954, 25687, 27257, 27644 (II, it,
▼III, CCLIlIl).
Gamier de Nanteuil , 8458.
Ganciera, 21254.
Ganfroia (1, cxc), 4645.'
Gantiera, 15740, 20807.
Gaydon (II, ccxxm).
Genebant, 252.
Geneviere, 13042.
Gerbiera, 9807 (1,622.)
Gener, 1631.
TOM. II.
GeVia, 5258.
Gerloo, Gerlot, 15462, 15901, 14401.
Geraonde , 2796.
Ghilain , Ghillain , 2757.
Ghilebiera , 14024, 14824, 20049, 20810.
Giliea, 565.
Gillain, 13547, 15852, 14048, 16710.
Gille /Giliea, 12849, 24875.
Gillebiera, 16470, 18061, 24846.
Gillemara, 1641.
Girara de Viane , 9008.
Girart, 1775, 4502, 21057, 22155, 25097,
24689.
Giroaina, 16752.
Giroie, 16454, 16701.
Givart, 14965.
102
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810
NOMS DE PERSONNES.
Gobiert, 26408.
Godefroit, 18194, 24885, 26101.
Lieu de naissance de Godefroid de Bouillon, Jour-
nal des Savans, ddc. 1833, 768.
Gofroi, 17610.
Gois (Li), 16624.
Gomatru, 1541.
Gondebaut,402.
Gondelbues, Gondelbu&, Gondelbuet, 5200,
8579, 9451.
Gondomea, 16576.
Gondouiea, 16529, 16555.
Le memo nom que le precedent.
Gonnil , 15513.
Gonnor, 16405.
Gossiaus, 23023.
Gosauina, 20475,22870.
Gostains, 16481 , 16624, 16711.
Grehes, 24649.
Grife d'Autefuelle , 9549.
Grifon8,1903.
Grigories, 17222, 27894, 27935, 29272, 29526.
Grimaua, Grimoa, Grimot, 1490, 1659, 1696.
Groheua, Groheut, Clotilde, 399, 4051,
13021.
Guel, 18095.
GueD&on,;2719, 5195.
Guenea(I, clxtii).
Guenlea (II, cicix).
Guens (II, cxcix).
Guiaua, 18104.
Guibors , 12168.
Guicara, 22611.
Guiel, 18595.
Guillaume, 16402, 17694, 18000, 18042,
18090, 181*6, 18254, 18490, 21185, 22064,
26499.
Guillaume-au-Court-Nez (I, clxiv; II, i,
cqxxvii), 12165.
Dans la Chron. provencale de Guillaume defTu-
dele, Raynier de Chauderon, un des croises , dit a
ses compagnons d'armes :
Senhors , remcmbre to« Guilhelmet al cort oi$
Co «b soti d'Aurenca suffri tans deiturbiers....*
£d, de M. C. Favjuei. , p. 288.
Guimara, 5234.
GuioD, 23431.
Guion de Bourgogne , 4579.
II existe sous ton nom un roman an que I VMistoire
littiraire de la Franc* n'accorde que qoelques
lignes, XV , 484. II y eat parle* , tons Charlemagne,
de la mort d'un Richard , due de Normandie.
Guion de Nanteuil, 8437.
Guis, Gui, Guy, 16767, 17289, 18502, 26285.
Guitekina, 5779, 4555, 9854.
Gwioe, 16529.
Habonde (II, cxlii).
Haimon , 18217.
Harald, 15175.
Hardres, 8459.
Harnes, 21705, etc.
La dignite de Conn6tabie de Flandre fut be>e'-
ditaire dans la maison des seigneurs de Harnes,
chatelains de Cassel, jusqu'en Panned 1218, ou Michel
de Boulers et de Harnes ceda sa chatellenie a la com-
tesse Jeanne. Rote de H. Gheldolf sur VHist. de la
Flandre, par M. Warnkoeuig, II, 89. Du Cange sur
Villehardouin, p. 270. Ph. de L'Espinoy tombe, a ce
sujet , dans une veritable confusion en faisant du
seigneur de Waurin , tant6t le conne'table , tantot le
se'ne'chal de Flandre. Antiq. etnobl. de Fland,, p 72,
of. p. 104. Gilles, seigneur de Trasegmes, dont parle
Villehardouin (eM. de Du Cange, in-folio, XVIII et
p. 270), eut aussi la quality de connltable (et
point de comte comme on Pa im prime* par erreur au
second endroit cite'), non qu'elle lui eut appartenn
en propre, mais parce qu'il e*tait bail du fila de
Philippe de Harnes, conne'table de Flandre, dont il
avait dpouse* la veuve. De son mariage naquit Gilles
ou Gill ion surnomme' LeBrun, que saint Louis fit con-
ne'table de France aprea la mort d'lmbert deBeaujeu j
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NOMS DE PERSONNES.
811
c'est le he*ros d*un roman dontMM. Wolf, Voisin
et 8errure oot imprimtf Ics rubriques el dont
M. Baron a tire* uoe nouyelle intlressante.
Dans un fragment de gtfnlalogie de la maison de
Bette (in-fol., Yelin nautili ayec armoiries), on lit
que Mechtilde de Bette, fille de Gerolf VI de Bette et
de Hasaca de SM)mer, tfpousa (vers 1120) Michiel ,
sire de H antes, seigneur de laforteresse de la Mon-
taigne de Cassel, selon le rapport de Rennebourg ,
en la description qu'il faict de la ginSalogie de la
diets maison. Son pere Michel de Harass, arait
Ipouse* Cunlgonde , fille et htfritiere de Robert de
Cassel, conntftable de Flandre , tue* a la bataille
de Cassel en 1072. C'ett ainsi que la seigneurie
de Cassel et la connrftablie heXditaire de Flandre
passerent dant la maison de Harnes. Michel de
Barnes, troisieme du nom, mourut en 1151; Mi-
chel IV, Tan 1198. Cclui-ci fut pere de Philippe de
Harnes qui epousa Adelaide , htfritiere de Hioolas de
Boulers et d'Ida de RobuIx. De ce mariage naquit
Michel V, celui-la meme qui fend it sa ohsHellenie. —
Let armes de Harnas Itaient d'or , a l'eou de gueole.
Harpin (II, 699).
Hastens, 13087, 13403, 13451.
Hastoul, 3318.
Hauwit, 16455.
Havit ; 15250.
Hawis, 16717.
Hubert, 13785.
HeMrfe, 15836.
Hellins, 22072.
Heltru,2752.
Hendris, Heudris, 2003 (II, ccxxxit).
Henris , 16096, 16385, 16833, 17843, 17943,
18176, 18468, 18482, 18584, 18616, 18842,
18855, 18997, 20102, 20466, 20641, 20658,
21074, 22982, 27795, 29732.
Henri-au-courl-Mantel .
V. Dissertations sur deux Edifices historiques du
moyen dge appartenant au ddpartement da Lot (Pan
est une maison anglaise ou Ton suppose que mourut
Henri-au-Court-Mantel j dans la fille de Martel , ar-
rondissement de Gourdon) ; par M. Chaudruc De
Craiannes, corr. de l'lnstitut. Montauban , Forest ie",
1837, 28 pages in-8° ayec un pi.
Heracles, 1520.
He>alt, 17283.
He>aut , 14843, 16500, 18006.
Herbart, 2870.
Herbert, 13785.
Herbiert, 13902, 15375.
Heregaus , 4162.
Herluis, 12852, 14033.
Herman (II, ccxcn).
Hermenfrois, Hiermenfrois, 1635.
Heroult, 14630.
Hervin, 10019.
Heudebours , 16685.
Hoiaus, Hoiel, 5204, 5797, 6062.
Honories, 24328, 28051.
Holes, 15118.
Hrolf, 13175.
Huelins, 14164.
Hues,Hu<b, 14554, 14693, 14785, 15754,
16670, 18336, 18892, 20848, 21098, 21201.
D*ou le nom propre moderne Huet.
Hullepes, surnom, 19242.
Hullepiaus, surnom, 19239.
Hunfroi, 16418.
Huon , 15970, 17005, 18349, 21799.
Hurepel, surnom, 20483, 30339.
Hnrepiaus, surnom, 28351.
I.
Iaumont, 4469.
Ibiers, 30411.
Iehan , 10044.
Iernoul,2150.
Innocent, 20696, 22547.
Innoceaaes, 51207.
Iosep, loses, 10560.
Isembart, 13471 (II, vh, cccxxm, 741).
Ithe, 18034.
Iudas, 6806.
Ivories, 5236, 9029, 11285.
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812
NOMS DE PERSONNES.
Jakemon , 19292.
Jakes, 19620, 20447.
Jebles, 13512.
Jehane, 27456.
Jehannin , 23090.
Jehans, 18846, 20093, 20809, 21498, 21811,
22283 , 22864 , 24253, 24366 , 24844 , 25022,
25060, 26839, 27255, 27798, 29078, 29152,
29405, 50115, 51061.
Jerenbourc, 16717.
Jernous , 16724.
Jofrois, 14815, 16786, 18181, 18444, 18448,
18844, 20573 , 20614 , 20957 , 29241 , 29608,
51107,31191.
Jourdain (II, ztii, cciiv).
Judis, 16642, 17600.
Judith, 15711.
Kaam , 30663.
Kados, 21009.
Kalman (II, 706).
Kapet, 17005.
Karaheus, 19676.
Karle (II, ccltii).
Karlemant, 12772, 12814.
Kateline, 11485.
Kayfas, 10761.
Remain , 18245, 18314, 18520.
Konus, 16222.
Lai vine, 130, 138.
Laman, 15670.
Lambiers,1700, 5212.
Lancon , Lanson (Jehan de), 4657 (II, exevm).
M. P. Paris (Romancero, 78-79) cite un passage da
roman de Jehan de Langon, L'encbanteur Malaquin
•'eat introduit dans la tour ou dorment les douse
pairs ; il emporte les ep£es de ees fieri guerriers, et,
par malice, il coupe labarbe de Basin, due de Genes,
Tun d'entre eux (MS de la bibl. royale, no 8302).
Landoul, 17632.
Landre, 4108.
Lanfrac, 15992.
Lanuin , 28890.
Lascre , 23084.
Latin , le roi Latinua , 136.
Lazaron, 10895.
Lehires,534, 392.
Lendisse, Leudise, Leudese, 1611, 1627.
Leon, 10055.
Leus, 4083.
Libiert-le-Blont, 1204.
Liedris , 1066.
Lienars, 25175.
Lieweline, 15222, 17558.
Limestous , 19676.
Lions, 4955.
Liutgarde, 15035.
Loeys (I, clix), 13825, 15145, 15150, 18607,
18667, 19572.
Lohiers , 12521 , 12535 , 12848 , 14045 ,
14821.
Longis, 6786,9254, 10776.
Sa Tie a ete imprime'e avec les caracteres de P. Ko-
rean. Sainctes metamorphoses, Paris, 1643, in-4>.
Tecbener , Bulletin du Bibl., 1836, p. 367, n« 885.
Hues de Tabarie dans VOrdine de chevaUri*, re-
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NOMS DE PERSONNES.
813
a Seladin de jeuner le vendredi :
Por cette saincle renenbranche
Quo Jheiu fu de U lutche
Ferui pour no r&lempcion ,
Et que i Longis fist pardon.
Toutes 068 croyances appartiennent a l'histoire et
sont autsi detfaits qu'elle doit recueillir.
Quelquet g^nealogistcs affirmant grayement que
la maison de Dalberg deaoend da capitaine romein
Longinus, qui peroa data lance le flanc de Jeraa-
ChrUt crucifil.
Dans nos provinces nne locution popnlaire donne
taint Longin pour patron aux pertonnee qui man-
quent de prestetse et d'actmte*.
Lovel, 18090, n. 18154.
Lotrot, 12951.
Lowia (II, xix).
Lusignan, Luzignan,*. table dee noma geogr.
MabHain, 18242.
Mabile, 15889,18558.
Madien (II, lxxxit).
Mahaloa, 18235.
Mahiu, Mahiua, 6260, 18258, 81715, 24648,
24749.
Mahom, 5516, 5356.
Makairea, 22165.
Makonne, 17835.
Maid, 18181.
Marchomirea, 114, 256, 266, 311.
Marciel, 24889.
Margerie, 24515, 28175.
Marie, 5659.
Markaaio, 28895.
Mara (Saint), 463.
Marquee (II, clxxxy),
Marailea, 5223,6602.
Martadigaa (I, clxxyii).
Appall Afaradigas dans le roman flamand du Ee-
sard , e*d. de H. J.-F. Willems, p. 214 :
On lieften des Maradigas.
Toy. le Gloss, roman au mot Fust,
Martiaua, aurnom, 14824, 18444,
Martin (Saint), 15389.
Martin-Feraot (Saint), 475.
Maielaine, 23567.
Mazelainne, 10706.
Mehau., 14970,15333, 17840, 18520.
Meluaine (II, cxxxtii).
Voir Historia de la Linda Melosyna, En Tolosa ,
Juan Paris y Estevun Cleblat , 1480, in-fol., fig.
Le texte franca is a e"te* imprime* pour la premiere
ibis a Lyon , en 1500, in-fol .|
M^nelaua, 119.
Meroveua , 309, 314, 338, 548.
V. Les genealogies de soisante-sept ires-nobles et
tris-illustres maisons , partie de France , partis es-
trangeres , yssues de lUaovfe , file de Thtodoric II ,
roy cPAustr., Bourg., par E. P. E. De Gypre, Paris ,
1580, in-4°, et Freret sur le nom de He>ove*e , Acad,
des Inscript, XX,
Meachrel, 14824.
Meulaent, 480.
Meurvin (II, ccxxxu).
Micheua, 5273.
Micioua , 26443.
Mikiel, 21704.
Miles, 4887.
Mirabiaus, 23339.
Morcuf , 20433.
Morgan (II, cxxxtii).
Morin (Saint), 13389.
Mouskes (Ph.) (I, ccvu j II, lxviii, ccct et suiv.)
On trouye dans let archives de Tournay deux
pieces d'apres lesquelle* 1© l'accord entre POeque et
les consaux relativement aux orfevres (I, ccxxi) out
lieu le 19 tevrier 1269 j 2° Philippe de Gand on Phi-
lippe Mouskes fit son entrle a Tournay , au retour de
sen sacre , le samedi 27 Janvier 1274. Selon l'usage
il ramena par l } ass ens des proves, des juris, des es-
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814
NOMS DE PERSONNES.
wardeurs, do* maiouro ei do tout U conool do U ville,
tons banis a an* et d denier s, fort cheaus ki ostoiont
banitpour mourdre et autre* vilains cas.
Hous sommes redevables des renseignemens sui-
vans a M. F. Hennebert, archiviste de la ville de
Tournay.
« L'an de Fincarnation m. cc. lxxiiij, el mois de
Janvier, le samedi apres le jor de le conversion saint
Pol, entra premiers en Tornai li veskes Phelippes de
Ghant , quant il revint de sen sacre , si ramena por
1'assens des provos, des jur^s , des eswardeurs , des
maienrs et de tout le oonsel de le ville, tous banis a
ans et a deniers , fors cheaus ki estoient banit pour
mourdre, pour rat de femme efforchie u ravie u en-
raene*e a forche , pour arsin , pour reube en bos u en
kemin , u pour pais faite par prcudomes brisie* , u
pour trives u respit u seurtls brisie* , u pour mort
ti'ome u de femme faite puis le darraine lettre le roi
f n lequel il est contenus que jamais ne puist ravoir
Tournai, ki homme u femme ochie; et partant se
tiunrent les parties apaiiet. *
(Extrait da rcgistre dit de Cuir noir).
Janvier 1209 , samedi aprei les octaves de
l'Epiphanie.
Accord fait entre l'eveque de Tournay Jean et lee
consaux de la ville, sous la mediation de Pierre
Rigaud , chevalier , et Martin-le-Borgne , pre*vdt de
saint Quentin , sur ce que ledit eWeque prltendait
que nul orfevre ne pouvait Clever forge dans la ville,
sans son conge*. 11 y est dit que lorsqu'un orfevre
voudra dlever forge de nouvel, il devra en demander
le conge* de Pdveque , et lui payer un marc d'argent
pour son droit; apres quoi , s'il est prud' homme,
loyal et suffisant , il pourra forger et ouvrer ; que si
aucuns elevent forge sans le conge" de Pe*veque, lui
ou ses sergens pourront le prendre ainsi que les
marteaux, outils et tout ce qu'ils y trouveront; que
toutefois , Porfevre sera maitre de racbeter tons ces
objets pour 14 sols lonisiens, mais qu'il ne lui sera
pas perm is de forger sans le conge" de l'e*veque. —
Le chapitre donna son consentement a cet accord.
Moyaet, 10946.
Muriel (II, lvi).
w.
Namles, Namlon, Naymes (I, cxci), 4472.
Nateut,1548.
Neel, 15244, 16151.
Nem (II, i).
Nicaiae (Saint), 327.
Nicoforua , 3272.
Nieulea, 21335, 23188.
Nigel, 16771, 17566.
Norbiert, 1653.
Norjous , 50734.
O.
Odacrea,4248, 12486.
Oedon, 1769, 5178, 15252.
Ogiera-le-Danoia, 5410, 4472, 5212 (I , cxcn,
619 j II, ccxvii), etc.
Ogive, 12855.
Omers (Saint), 528, 822.
Onories, 27895.
Orable (II, ii), 12167.
Oabiera , 16596.
. Othes, 5240, 18853.
Othon, OUod , 14660, 15056, 15437, 20083,
20555,21460.
Ouedes, Ovedes, 15554.
Paep Thoen (I, 581).
Brusthem fait mourir ce bouffon a Lou vain , le 17
mars 1487. II est done a croire qu'il y eut pins d'un
plaisant de ce nom, pnisque sous Charles-Quint noiw
rencontrons encore a Louvain nn farcenr nomme*
Pape- Theun, qui avait exerce* les fonctions de mar-
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NOMS DE PERSONNES.
815
guillier ou de tacrUUin , et dont l'empereur t'lmu*
•ail beancoup , qtfoiqu'un joar il Fait exile* pour set
impertinences , exil que Pape-Theun sut eluder, par
un moyen qu'on attribue Igalement a Tuyl-Eulen-
spiegel, a Gonella et a Roquelaure. K. F. Floegel,
Geschichte der ffofnar en, 205-6; Le nouveau bovffbn
de la Cour, Paris , 1709 , in-12 , 36-7 ; La vie et lee
actions h&roiques et plaisantes de Vinvincible empe-
remr Charles-Quint, Bruxelles, 1699, II, 218-220.
Archiv. pour servir d I' hist, civile et litt. dee Pays-
Bos, IV, 101—2 Hist, des fous en Htre <T office, a la
suite du lusdi, 270 — 71. U y a eu probab lenient plu-
sieurs Pape-Theun , comme it y a eu plus d'un Jouan
et d'un Caillette. II est natural qu'on aime a perp£-
tuer la gloire.
Paiene, 23175.
Papie, 16644.
Paul , 8929.
Pepin, Pepins, 2158, 2860, 12515.
Pere (Saint), 25114.
Phelippon, 16755.
Piaa (Saint) , 529.
Pierea, 19506, 19750, 20449, 23177, 25223,
26014,27562.
Pieron, 6414, 21065, 23957, 27169.
Plectra , 1660.
Popain, 13577.
Priana, 84, 118, 211,306.
Quennes, 20451.
Qnennon, 23054.
Quesnea (II, cclxxzi).
Quonut, 16194.
Radebot, 13542.
Radoue, 24615,24871.
Raegont, 589.
Rainbaua, 8472(11, 702).
Raiofroi, 1735, 2003.
Rainnoart, 12190 (II, m).
Raoul, 14061.
Raoul Teaaon.
11 eHait seigneur 4u Tbuit , pres Falaite , dans le
Dtfpartement de l'Orne. Le premier possesseur de
eette terra considerable dut etre Raoul d'Anjou,
baron de Thury , qui avait recu de ses souverains
d'immenses donations pour prix des importans ser-
vices qu'il leur avait rend us. Son fils aloe*, que les
chroniqueurs ont dtfsigne* sous le nom de Raoul Tes-
son de Cinglais (Cingueleis), forma du Thuit une
baronnie particuliere , vers Tan 1030. Ce Raoul
Tesson eHait tres-puissant, et sa famille passaitpour
posslder le tiers-pied en Normandie (la tierce partie
des terres). A la bataille du Val-des-Dunes il avait eu
l'idle de se rtfunir aux barons du Cotentin , ligue*s
contre le jeune Guillaume j mais , a la vue de la ban*
niere ducale, sa vieille fide'lite" se ranima; il passa,
avec ses cent chevaliers, dans les rangs du due, et
il y amena la victoire : Guillaume reconnaissant le
combla de nouveaux biens. (Article de M. Fre*de>ic
Galeron dans la Revue Anglo- Francaise de M. de la
Fontenelle de Vaudore* , 17« liv., p. 00.)
Raous, 22811.
Raoua-la-Tourte, 14625.
Raaaus, 3184.
Raaaea, 20853.
Remia (Saint), 319, 380, 462.
V. Notice sur une feuille dediptyqued'ivoire, re-
prSsentant le baptime de Clovis, par M. S. R. (Rigol-
lot). Amiens, J. Goudon-Caron , 1832, 16pp. in-8»>
et 4 planches lithographies. Si le diptyque n'a etc"
ex^cutd qu'apres le regne de Charlemagne , le style
de la sculpture, les costumes et les ornemens qu'elle
prlsentc autorisent a supposer qu'elle a 6te* coptee
d'apres un monument plus ancien.
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816
NOMS DE PERSONNES.
Renaus (II, cix), 8444, 15423, 18948, 16715,
27815.
Renaus d'Aubespin , 5218.
Rene, 12475.
Renetreus, 1355.
Renier, 15541, 13355.
Renouart-au-Tinel (II, m), 12190.
H. Ach. Jubinal a mis nouyellement au jour Mys-
teres intdits du XV e siScle, prictdis d'une intro-
duction sur Vhistoire du thkdtre en France ; recueil
deja cite. Les notes rejetdes a la fin du volume com-
prennent une notice sur Renouard-au-Tjnel avec det
extraits des romans d'Aimeri de Narbonne et de
Guillaume-au-Court-lfei.
Ricardes, 14499.
Ricars, 13511, 13803, 15239, 16442, 18059,
18480, 18845, 19526, 19614, 20641, 27069,
27565, 27741, 30591, 50761, app. (II, 699).
Ricars de Nor men die, 4691.
Richaut, 20517.
Richiers, Ricier, 482 (II, cclxi).
Rihous, 15869.
Robiers,754, 12788, 15349 ,15789, 14910,
15612, 15714 , 16076, 16458, 17960, 18032,
18206, 18211 , 18550, 18557, 18548, 21495,
22525 , 22485 , 22691 , 25045 , 24252 , 27567 ,
28289, 28780, 29161, 50528.
Robnes, Robues , 21512,
Rodin , 4142.
Rogans, 5528.
Rogiera, 17525, 17550, 17547, 18555,
22595.
Rognevald, 15170.
Rollana, RoIIant, 4598, 7589, 9250 (II, clxxxi).
Dr. Wirth, Ueber dieWordfr. Ueldeng. des Karo-
lingischen Sagenkreises , 1836,in-4<>, p. 3.
Rome, Rone, 2800.
Romona, 17655, 18850, 51095.
Romua, 152.
II s'agit bien -/entablement en cet endroit de
Remus, frere de Romulus, et non de Romus, pre*-
tendu fils d'AUobrox et le dix-septieme roi celte ,
selon les romans d'Annius de Yiterbe. De Fortia,
Tableau hist, et giogr. du monde, III, 205 ; MSmotres
pour servir a Vhist. ancienne du globe terrestre,
1, 157.
Rotille , 2795.
Rotrot, 18256,18555.
Rou (II, lth), 15175, 15976.
Rousiaus,, 21815.
Ruesele, 25887.
Ruonde , 2754.
Ruot,2862.
Rython (II, cxxiv).
s,
Salemons, 15680.
Samoa, 1577.
Sanses, Sanson , Samson , 5214.
Savaris, 20958,24407.
Sebile, 18208.
Seguin (II, xxti).
Selviestres, 50888.
Senesbaus, 51205.
Severin (Saint), 1516.
Sichay , 11059.
Sigebiers, Sigefbert, Sijebiers, 670, 857.
Sigesmons, 554.
.Simons, 252, 22552, 29424, 51065.
Simons de Monlfort. s
Sur ce personnage et en ge*ne*ral sur la croisade con-
tre les Albigeois recourir a la chronique provencale
de Guillaume de Tudele, publico par M. C. Fauriel
dans la Collection de documents, inidits sur Vhistoire
de France, Paris 1837, in-4°. — Nous regrettons "vire-
ment de n'avoir pu profiler de cet ouvrage qui ne
nous est parrenu qu'au moment ou ces dernier es
feuilles eHaient mises sous presse.
Siparis (II, ccxi).
Socheus, 1297.
Sodagrezil, 1401.
Sohiers, 21790, 28639.
Soufie, 14876.
Sprole, 15892.
Suem, 15264, 16145.
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NOMS DE PERSONNES.
817
T.
Talevas, 16682.
Co nom Tenait peut-etre d'une espeoe de bonclier
on ttrge courbe*e en forme de toit. On lit dent le
Toumoiement de VA nte- Crist:
Li eicu
Qui resembloit on Talcvas.
Cf. A. Jubihal, Njstires, II, 891.
Tangr6, 1697.
Taaeons , 17572, voy. Raoul.
Tens, 529,18381.
Tens d'Ardane, 1668.
Teroldee, 16595.
Tervagan , 5324.
J*aporte d'enfer grant pardon ,
De Tervagan et de Mahom ,
De Belz&us , de Lucifer
Qui Tom puiit mener en enfer.
Le ealut d'enfer dans let Jongleurs et trouveres,
p. 46, et a la fin de* vingt-troie maniiree de vilaine.
Theoderalde, 2752.
Thloderic, Theoderie, 525, 1757.
Th<§ofilaa,5117.
Tbiene, 23134, 25193.
Tibiert, 27131.
Tirana, 1706, 12166, 15158, 15512, 14765,
20445,51121.
Ttebiere, Tbeobiere, 566.
Tieria, 17985, 18467.
Tiery (II, xi).
Tolemeu, 8850.
Torketil, 15223.
Torkis (Saint), li confils, 12020.
Tourpina, Turpins, 5150, 6834(11, clit).
Tristran, 23937 (II, ui).
Truie (La), 21056.
Tumaa, 19056, 22958, 29454, 50481.
Turnus,152, 155.
Uge, 24589.
Ugon, 20658.
Ulnot, 17299.
Valentiniiens, 177, 212.
Veland (II, xui).
II en est question dans le memoir© de M. Pr. Michel
sur la legende de Wade, Paris, 1837, in-8° maj.,
pp. 16, 17, 18, 19, etc.
Vile-Harduin, 29241, 29608. Ville-Hardouin,
Tillehardouin, Yillebarduin.
Virgile (I, clxixij II, ti).
Sur le roman qui lui est consacre* , voir Melanges
Hres d'une grand* WW., Y, 181*185.
On lit dans lee chroniqnes de Jean d'Auton , pu-
bliees par H. Paul Lacroix, I, 321 : « Et la (pres de
Naples) est la montagne percee que Virgile, par art
diabolique ou autrement, perca tout au travers, la-
quelle dure un mille de pays , ou enyiron , et est le
trou si grand , qu'un homme a cberal y peut aise*-
ment passer. Par la passa le rice-roy avec toute so
routte. »
Vivian t (II, ccmix).
w.
Waatt (Saint), 459.
Tom. II.
Waleran, 24948, 29674.
103
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818
GLOSSAIRE ROMAN.
Wales, 21719.
Walferaus, 1606.
Wassonte, 754.
Watiers, 21017, 21955, 23246, 24757, 24876,
24880, 24881, 25055, 28959, 50511.
Waukelins, 16390.
Wedes , 15628.
Werlenc, 16819.
Wedon, 12780.
Wetins, 30487.
Willaumes, 17948,
Willekins, 28737.
Willieres, 14985.
Wimare, 11983.
Wiakart, 17003, 17658.
WitoMe(II, t).
Wortigier, 19458.
Yaumont, 4876.
Yviera , 50477.
Yvories, 9146.
Yzabiaua, 19352.
Z.
Zacheua, 10903.
Ze^d«, 6597.
GLOSSAIRE ROMAN
'Aaisemens, 6515.
•AaUier, 14424.
Aaiwier, 2902, 9578. [i
'Aastie (I, clxviii).
•Aatie, 50818.
•Aatine, 25215, 29155.
* Astir f«V 18967. 1ft
ierj.
A.
Aatitswi, 17166. {Aattaoii}.
Abaie,2048.
Abaiacier, 8633, 27712. [Abtiaaier].
Abandon (en), 13430.
•Abaubis, 21905.
'Abtiir., Abieli, 585, 2769, 13714.
Aatir (0 , 18967 , 19665 , 21668 , 21919 , p 0U r abtilir on a dit antsi Mir. On lit dan* U dit
25595, 27751, 28375.
de manage } qui est da XI V c tieole, Edition de
I Cette table contient aussi qttelqaes mots en league tftrangere. L'asterisque indiqne que le not est dens Aoqnetort;
les mots entre crochets sftoi ceox donues par Aotfoefert, aais qui presentent avec les ndtres qudque* legeret Tajieiftss.
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GLOSSAIRE ROMAN.
819
H.G.S. Tr4batien,l8S6:
Car j'aitao par aaaonrs calk qui aaa J
•Abet, 25060.
'Abetere, 12748.
•Abevri, 5585.
• Abie ,5622, 12529.
Abitacle, 25461.
Ablegie, 4976.
* Abonnia , 25720.
•Aboamea, 8891 (I, cxcii).
•Abre, 7791.
•Abrupt, 21015,21653.
Abuaca (0, 17422.
Acainoe , 9391.
•Acaiost, 28052.
*Acesm£, 3669, 5187, 6478, 19198, etc.
Da Cange sur VillehmixUuin , p. 354.
Habelais appelle ackemmertss* , one femme de
chambre , one habilleuse. Prot., aceimar , aces-mar
Glctsaire de H. lanriel tor Guillaume de Tudele ,
pp. 663, 665.
Aceure (o*), 25934.
Aciel, 415.
Aciever , 11958, 26908 (1, 624).
•Acliner(a'), 4828, 12044.
•Acoiotes, 4543, 28955.
'Acointier (I, cici).
•Acole,9912.
Acomblea, 11575.
•Aconter, 2121, 50133.
•Acorager(a'), 24912.
Acorde , 19499.
'Acorder(a'), 20370.
Acorre, 3319.
'Acouardi, 7109.
Acouca (a'), 14740, 22263.
Acouciea, 11743.
•Acouter ($'), 26587.
Acriever (a 1 ), 9266.
Acriurent, 205.
Acter, 3002.
Acuevre, 5603.
Acunciier, Acoochier, 27206.
'Adamager, 5775.
'Adamer, mal ioterp. 1984, corrig,, 9813,
17097, 24478.
Ademiat (a'), 12298.
•Adeoa, 25890.
Aden* autrement admnt (ad ante).
Je tois oa adanf oa envers ,
Oa droit ; ce (se) je ne me repose.
A. Jubihal , Mjrstir**, II, 72.
•Adentea, 26975.
•Adea*, 18925.
Adeaet,5589.
Adeaez (I, cliii).
'Adeatrer,2887.
♦Adevaler, 23818.
Adevanci , 5160, 26790.
Adevener , 9777.
Adevio, 51113.
* A dies, Adies, Adea, 291.
Adieatrer, 4465, 28114. [Adrextrer].
*Adiez (II, xxm).
•Adober, 9202.
Adoiae, 29299.
•Adolea, 11765, 20260.
•Adon, 11048.
'Adont, 554, etc., alors.
« Car en oe temps d'adont » Chron. de Gilies
de Chin, publ. par M. Ch41on, pour la socieHe* dea
bibliophiles de Mom , p. 3.
•Adouber, 26504.
Adouciat, 30136.
•Adrecier, 10185 (I, cxci), 19729, 20352,
26657.
•Adreciere, 25815, 26654.
*Adoree (II, xiti).
Advocas (II, liii).
•Aemplie, 11449.
Aenger , 23488.
*Aeamer, 24535.
Du Cange , sur Villehardouin , p. 354.
Afaicie (II, ccxli).
Afait, 21893.
•Afaitie, 235, 241.
•Afebli, 15184.
•Afebloie, 7259.
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820
GLOSSAIRE ROMAN.
•Afferi, 21852.
Affiere (I, clixv).
•Afi, 3154.
Afices, 13729.
Aficier , 7555^ 22322. [Affichier].
'Afier, 13770, 16074, 26899.
•Afiert, 7799.
\Afis, 15644,17581, 19027, 29684, 50188.
"Afoler, 17615.
DeL'Aulnaye, Glossaire de Rabelais, 3d, de 1828,
IU, 130-40.
Afremer (11,699).
Afrenes , 20548.
Afronter, 25898.
•Afiistis, 25095.
•Agait, 6727.
Ageue, 24528.
♦Agu (II, xki).
*Aguillier, 3544.
Agulle, 17056. [Aguille].
*Ahait, 4713. [Ahatie].
*Ahan, Ahans, 10137.
De L'Aulnaye, Gloss, de RabelaU, 6d. de 1828,
HI, 141. La Monnoye , Les conies de B. Des Per-
riers , Amst. 1735, II, 43. Renier, Satire XI, a dit :
Et dedans un coffret qui s'ouvre avec ahan.
*Ahaner, 50259.
'Ahanier, 5518.
Abate, Ahatent, 7552, 21801.
Ahatis , 7525.
♦Ahierdre, 25782, 26051, 27209.
♦Ahiers, 22299, 26081, 27209.
Ahierae, 18788, 22299, 25782, 27214.
Aiiierat,9192.
•Ahonter,4268.
Ahounir, 50970.
*Aidier, 28576.
Aidieres, 8411.
* Aie, Aye, 1776, 10051, 12171 (I, clxxxv, cxc).
Aierse, 7095.
*Aigue, 451, 2425, 5195, 15100, 17454,
21544.
Aiie,5506.
Aim , pour aime (1, clxxit ).
Aimon , 9817.
•Ainc , 6826, 24562, 26451, 29068, etc.
•Ains, 15627, 15075, 17555, 19770.
•AinaiHte, 16890.
Aint, 25784.
•Aiole,705.
♦Air, 6896, 9967.
•Aire, 6995,11877,17169.
♦Aisciele, 10979. [Aisceau].
Aisse , 526.
•Aistre, 15949.
*Alue, 28751.
Ajugier , 12953.
•Ahn?e, 4816.
Aive,2475.
Ah?e , 28259.
Arweron (II, xix).
•Ale, 14040, 22421, 26644.
Alemandle,6008.
Alemiele , 22058.
Alevez (I, clx).
Alfe, Alfar (II, cxxxit).
•Aliege , 26590, 29652, 49795.
Almace (II, xcviii).
*Almaire, 11323.
♦Aloe, 7135, 26519.
Aloez (II, xt).
Aloitoie (I, cl).
*Alori , 25292.
'Aloses (I, cxcii).
•Alouer, alouwer, 6179.
Alouwes, 24680.
Alowez (I, xct).
Alqeton (II, xix).
Alue , 9086.
Aluec , 8886.
Aluel, 11441.
Alues, 14056, 17295.
*Alye (I, clxix), Toy. Bouton. [Alie].
•Amaladi, 1527, 6156.
Amasent,8962.
'Amati, 27047, 28485.
•Amaticle, 25864*
Amayle (I, xcti).
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GLOSSAIRE ROMAN.
821
'Ambedui, 171,1469.
*Ambts, 5567.
*Am&ment, 15098.
Amenbrer,5702*
•Amender, 1559, 2*77, 9647.
Amenles , 20890.
*Amenris, 16003. [Amendrir].
Amere, 23754, 27952 (II, ixnu). [Ameresse].
•Ameure, 19968.
* Amirant ( I, clxtii).
Amiraus, 6606, 29356.
•Amoier, 8008.
•Amoloiier, 5825.
•Amoot, 13501.
"Amordre , 8727.
•Amort (O, 14446.
Amortie, 24790.
•Amors, 7595, 50654.
Amot, 25716.
Amoulir, 5755.
Amours (m*), 26716.
Ample , 4408, 27089, 28870 ; ft tyrant d f am-
ple le pais, les tyrans de tout le pays.
•Ampoles, 10981, 11484.
Amposer (II, ui).
Anblant, 16599.
Ancie, aucie (I, clxtu).
Anciele, 1975.
Ancisour , Aocissour , 9284, 10969.
Aucisserie, Anciserie, Ancessere, 1018, 2460.
•Ancois, 12561, 19504 (II, xu). [Aincois].
Dans la note sur le v. 869 aa lieu d'austitdt Uses
plutot avantf c'est-a-dire avant tout lesautret. 1065.
*Andoi,1595. [Andui].
*Aoel(Il,xi.i).
•Aoemi, 5688, 15442, 28209, 28948.
Anes, Anes, 1584.
*Angarde , 5765.
• Angele (II, ccxli, cclxi).
'Angle*, 10504.
Angouser, 7262. [Aogousoer].
'Annoncier, 6557.
•Anoier, 410, 17282.
•Anoit, 24720.
Anontion , 24557.
•Aus, 21155.
• Aute, tante (I, czc), 20799, 24915.
Anter, 3722, 9815, 10550.
•Aoti, 5829. [An tie].
•Anuis, 13373.
Anuit, 24087.
•Aouitier, 16804.
*Aore\2095.
'Aoure (I, clx).
Apacie, 1432.
•Apaites, 29788.
Aparant, 9189.
Aparent, 14692, 17175, 50958.
*ApariUte,2967.
'Aparisans, 8297.
Aparrel , 10099.
Apartenant, 17515, 17521.
Apende (1, clix).
*Apenser(s'),9349.
Aperciut, 24682.
Apertes, 11570.
'Apetichier, 15495. [Apetiser].
Apiel,6011.
Apieler, 26760.
*Apiert,682. [Apert],
•Aplanoier , 14237, 19198.
Apocalise, 6432.
•Apostoles, 1278, 4253.
Apostolie, 20410, 23324.
Apostolite, 17227, 50958.
'Appareillies (I, clxxtii).
•Apresure , 50207. [Appressure].
Apries, 2474.
Apriesent, 7432.
Apriessoit, 17243, 19103, 25667, 28564 ,
51002.
• Aprisson , 24754.
Aprochier (a 1'), (II, 696).
'Aproismer, 19236, 22161, 25751. [Aprimer].
Aprouchier (I, clxxt).
Aquel, 20450, 21800.
•Aquellir, 2088, 2414, 19445, 20755, 25220.
Aquest, 17108.
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822
GLOSSAIRE ROMAN.
'Aqoisi&rentfs'), 19800.
* Arainnea, 21771.
* Araisner, 24961 (II, xxx).
* Aramie , 1642 , 2299, 20113, 29573.
Ararie, 20060.
Aray (I, icyii).
Arbre , 19493.
* Arbroie (I, clxx).
Arcains, 1211.
Arcangle , 8319.
'Arcedeclin 10661, 10936. [Arcedelio].
Arceveskie , 19042.
Arcies,6901.
'Arcoier, 3945.
Arescoure , 30163.
* Arestance , 21326. [Ariealance].
'Argent, 11740,21664.
* Argue , 23788.
Ariere (<T) , 24437.
Ariest, 7391.
Ariestement, 10323.
Ariester, arrreler, 1243.
Ariestes, 7303,
Arkal,2561.
Arkanceliers, 29486.
Annans, 30008.
'Armes, 1215, 1915, 1924, 2307, 3787,
4960, 5833 (I, 621), 21018.
Armes, 15565, 24169, 26351, 26432.
*Arouter(s , ) ) 24819.
*Aroute«,5067, 21320.
•Arrami, 20115,29573.
* Arree (I, clixtii).
"Am, 7599, 17167,23852.
* Art, verbe (I, clxt).
'Artimage, 6457.
Asaiier, 9462, 27392.
Asamblee, 18620.
Asanbler, 29063.
Aaart<ll,xxx).
Asaua, 14452.
Asansissent, 26777.
▲acorcier, 15377.
* Asenement ,9121. [Assennement].
•Asemb, Aaenee, 8763, 11117, 11588, 11609.
[Assene].
•Asens, 2642, 8737, 15946. [Asseu].
*Asentir (»'), 891, 14268. [Aseenlir].
Asir , Assir , 5470, 5376, 4595.
Asia, 15167, 51028.
Asisnes, 50658.
* Asist , 1860, 8617, 20557, 29525. [Assist].
Asnes, 9755.
Asopli , 6589, 10786 , noo pat tusoup* , mats
atsoupli , accable , attrist&
Asoplir, 15527, 22540.
'Asorbir, 20591,
'Asoter, 21508. [Assoter].
Asoume , 29842.
Asperir (»'), 7995.
'Asprifs'en), 18750.
Assai, 25248, 50218.
'Assegie, 10455.
* Asseir , 5608.
Assener, 659,10657.
•Aswhir, 9856,29419.
* Asseurer , 249, 16544, 19546.
*Astie (I, clxvii). [Aati].
* Astiele , 21815. [A» telle].
Astinence, 16570.
Atagnant, 7955.
Atagnoit, 18970.
Atainat , 6681.
•Atalente, 27144.
*Alant,atant, 1784.
' Atargier, 5412, 27572.
Atenebria, 11726.
*Atenrie(m*), 28042.
•Alenm, 19459,28042.
•Atiere, 7410.
Atiergant, 21872.
Atierminee, 12785.
•Atirement, 18055.
♦Atirer, 5049, 11605, 19244, 19474.
♦Atiser, 26566.
Atissie, 22220.
'Atorner, 19764, 50668.
'Atour, Ator, 10012, 10509, 13251, 20161,
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GLOSSAIRE ROMAN.
823
23761,50589.
•Atraire,2470.
Atrais, 25808.
Atraver, 6122, 17862, 21111, 50666.
A treat, 5846.
•Atrie, 21669.
• Atropieler , 924. [Atropeler].
•Aubaio,7l55.
*Aubour(I, clxx).
Aucuneeure, 20868.
* Auferant (II, i, xx, ccuu), 7619.
Auffires, 25852.
Augalie,7258.
Auge (II, xtii).
• Aukes, 70. [Auques].
•Aumacors, Aumacours, 5656, 12226, 14155.
Quant Dcx garist honune de boot*,
£t il la maintienl a hounour ,
Plus est riches que Yaumacour,
B. A. Keller , Li ronuuu des sept s*gts, p.JBl.
•Aumaire (I, ccixit). [Aulmare].
•Aumosnier, 8407.
•AiuBotiuere,8255.
•Auner, 15097.
Auqttans , 5957.
•Aliquant, 1849.
* Auques (I, cxuu).
•Aim (dO, 26590.
•Ausement, 1648, 2408.
Aut, 20488.
*AuteJ, 12304, 25452, 26447,
Auteus, 6455, 11000.
•Autisme, 10885, 50417.
•Autre*, 452, 26875, 27755.
•Autretel,5879.
Autreteus , 22057.
•Autrier (I, ccl).
Autrir (T) (H, xrm).
Autrui cateus, 26570.
•Aval, 50112.
•Avaler, 5415, 17402.
Avancirai, 8775.
Avancis, 15798, 19825, 22017.
Avanture, 26482.
Avarise, 10381.
•Ave, avie, 760, 1895.
Aveintre (II, ccxc), voy. vaintre. [Aveiodre].
* Avenamment (I, ccl).
♦Avenans, 8896, 17527.
•Aver, 5071.
Aver^, 19124.
•Avers. Garin , 1 , 259 :
Nuns avers princes ne puet mooter en pne.
Avesprir (a 1'), 15788, 16684.
Aveulisoient (s'), 12255.
•Aviaus, 29845.
Avie, 17025,24711.
Aviens, 11145.
Aviere,2254, 10805.
Avierse, 5261.
Avierti, 12989.
Avies, 5298, 17025,24711.
•Avis, 11180.
*Avision,2465.
Avissions, 23228,50555.
Aviunt, 9500.
•Avoec,7951.
AvOeS (II, XLTll).
*Avoi(II, xvn).
•Avoier, 20416, 25722, 26155, 29455.
Avoiie, avoiies, 14, 145, 26155.
•Avoir, 11111.
•Avote, 25315.
•Avomes,1589.
Avommes, 5522.
Avouer (II, uu).
'Bacelerie, Bacelera, 6665, 6820, 7005, 8766,18912.
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82*
GL0SSA1RE ROMAN.
'Bacons, 20950, 25183.
Baee (II, xxvi).
Bagner, 9896.
Baiart , 9818.
A cet endroit on renToie a 1'IaTBODUCTioir ; il faut
entendre celle du second volume.
* Bailie , 22601 , 22897, 25746.
•Bailies, 20157.
♦Baillie, 157,19860.
Du Cange fait un long article Mir ce mot dans le
Glossaire de son Villehardouin, p. 355.
La baiUie^ en matiere de fiefs, tenait plus aux
biens et la tutelle a la personne. Montesquieu, Esprit
des lots, I. XVIII, c. 27.
•Baillier(II,«).
Baing, 25124.
•Baissier, 13601, 15566, 17081, 21705.
♦Bal, Bail, 1555, 1575, 14622.
Balance, 31225.
♦Baleries, 9890.
Baler , 25800.
Balestre (II, 696).
Balisarde (II, ictiii).
Balle , 25854.
Balle-moi, 20181.
Balleroient, 25998.
Balliua, 27674, 51194.
Balmuog (II, xcvm).
*Bans, 24799.
•Bandon (a) (I, cliiii), 5085, 15071.
Baptisma (II, xcvm).
•Barat, 12850,18922, 29657.
*Barates, 24196.
Barbe, 4998, de prime barbe, 5466.
Le mot barbe est pris quelquefois pour rhomme
meme.
L'ancien poeme espagnol du Cid nous montre
Chimcne aux pieds de son mari et lui criant : « Merci,
oh! Cid, barbe accompli*!..., »
Barbe grifaigne, barbe florie, prime barbe , barbe
menlie ou merle 1 e , grant barbe , etc.
Fiere barbe (Molinet appelle ainsi le Sanglierdes
Ardennes). Dans 1' Atla-Quida , des vieillards sont
nomme*s gran-ver pir , barba honesti : Edda swmun-
dar, II, 873. Ovide n'a-t-il pas dit :
Barba viros hiriaque decent in corpore seta,
Et Holiere, en plaisantant :
Do c6t<5 de la barbe est la toule-puissanet ?
L'auteur facltieux du Moyen de parvenir fait un
conte du Moulin & barbes. Ed. de 1781, II, 87.
* Barbe deFuerre, 28928.
•Barbes, 15601, 17918.
*Barboires,6086.
Bare , 6257 ; il ne peut dire fait allusion en
cet endroit a la barre qui brise les armes des
batards. — 56179, 26808, 30279, 50585.
*Bareter, 18794.
"Baretere, 24461.
*Bargagne, 5838.
* Barges, 20945.
*Bargigner, 27433.
* Bargignier , 9293.
Barius, 4705,19855.
*Barnages, 4545.
* Barnes, 359, 5275,6667.
Barnesse , 2707.
* Baron, 2707, 9608, 10521, 12141.
H. De ParaTey, qui a 6nonc€ dans sea divers Merits
sur POrient plusieurs opinions neuTes, a trouvl que
le dragon dlsignait autrefois un bomme inTesti d'un
grand pouvoir et que ce mot s'exprimait en chinois
par /mofc, en armenien par furoun; ce qui Pa con-
duit a regarder Pharaon comme une forme peu dif-
fe*rente d'une m&me expression et a la reconnaitre
encore dans le mot baron. C'est lui aussi qui a expli-
que* pourquoi il y aTait des abeilles dans le tombeau
de Childeric, en disant que cet insecte e"tait un hie*ro-
glyphe antique signifiant seul dix mille , et avec un
signe additionnel et modificatif un monarque. Par
consequent Childeric et JJapol6on en prenant dee
abeilles pour insigne , ne faisaient que ce quVraient
fait les rois de l'ancienne fSgypte.
Une glose sur Jean de Garlande porte : « Babokbs
dicuntur a babib , quod est grate, quasi graves per-
sona. » (fcd. de M. Ge>aud , a la suite de la Taills
de Paris , en 12Q2, p. 695). Et ailleurs: « Heretic*
dicitur ab hehos, ois, gallice baboh. » (P. 005).
Baron S*-Jaque (I, clii).
Barones (I, xcvu).
Bas (de), mal expl., 1421,corrig. 1662, 2077,
11610(1, 609), 18202.
Basement, 18741.
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GLOSSAIRE ROMAN.
825
♦Baaet, 24035. [Baaaet].
Baatart, 16350.
Baatir , 20366.
♦Baatonciel, 13947. [Baatoncel].
Baatonciaua, 6091.
Bataine, 3303.
•Bataillea, 24309,29060.
Batalle campeua, 19281.
Batant, 1783, 17061.
Bateatire, 7625.
•Batillana, 3769. [Batailler].
•Batillfo, 20996.
•Baubee, 12745, 18091 (II, it).
Baubetere , 12747.
•Baucana, 7084,7154.
•Baude,8752.
•Baudorie, 24182. [Bauderie].
•Baulevre, 9289, 22386. [BaulieYre].
Voy. 1. de Martonne, Pari** la Duchesse, 138.
•Baua,715.
8cand. Baxlx (femin. Baull), validus, excellent,
vekemens; Sanscrit, Baxa, Balab, Bali, Balta, vis,
rotor, potsntia, virtus,
•Bant, 253.
♦Baut,verbe,8201.
♦Bautisier ( I , ccl). [Batiaier].
♦Bauzan (Sor-), Bauzan, Baucain, Baudot,
Bauceant, Bauchant (II, xit). [Bauaan].
Beaute, voy. Biax,
La RaYalliere cite deux portraits, Pun dTseult
en prose et l'autre en Tors d'une personne inconnue,
comme rlunissant tontes lei parties que Ton exigeait
dans une femme , pour lui donner le titre de belle.
LespoSsiss du roi de Navarre, II, 100—205. leon a
public* dans son Nouveau recueil de fabliaux et
con tea, I, 407 — 15, les divisions des sot x ante beautis
qui sont oux dames. On peut comparer ce morceau
aTec un passage de Brant ome qui Inumere en fran-
c. ais et en espagnol let trente beautls des femraes.
Dames gal ante s y Bisc. 11, oeuv. e"d. de Foucault,
VII , 220. Une note de Le Buchat fait remarquer que
les perfections sont prises d'un vieux lme francais
intitule* : De la louange et beauts' des Dames. Bile
ajoute que Francois Corniger les a mises en dix-huit
vers latins et que Vincentio Calmeta let a exprimles,
To«. II.
de son cote* , dans dea vera italiem qui eommencent
par Dolce Flaminia.
B^e (la), 25093.
•Beer, 20222.
Ccls qui ne bient s'&bien non
Truerent met plus qui les guerroie ,
Que li murtrier ne li Urron.
A. Jubihal, Jongleurs et trouveres, 181.
♦Begina, 28817. [Beguin].
•Behort, 27780. [Bebour].
•Bebourder,2777(I, 616).
Beiffror (II, ciy).
Belche (II, cxv).
Bendiaua, 7377.
*Ben&cona, 12722. [Ben&aon].
♦Beneoite (I, clx).
Benig (II, cxv).
♦Ber, 1571 (I, clxxtii, 610).
♦Berbyz (I, xct). [Berbia].
♦Beraer, 9370.
*Beaana,8583.
♦Bealoi, 3109, 9320.
♦Beaong, Beaoing, 23024, 50670. [Beaoigne].
♦Beaougnou8, 8668. [Beaoigoeu].
♦Beatenc, 20764.
Be8tiaire (II, lxxxit).
♦Bestial (II, lxxxit).
•Beatourner, 4281, 19965.
u L'e*glise Saint-Benoit, rue St- Jacques, a Paris,
fut surnomme*e Le Bestourni , parce que contre l'u-
sage universel , le maitre-autel e*tait tourne* vers
FOccident , au lieu de Tetre vers l'Orient. Ce ne fut
qu'au XIV e siecle que Ton corrigea cette irregularity,
et alors on la nomma Le bien tourne'. » Be L'Aulnaye,
Gloss, de Rabelais, HI, 165.
♦Beubanciera, 13897, 21572. [Bobancier].
•Bevere, 17008,
Bevoit, 11675.
Biau-rec£ua, 50770.
*Biax (I, clxi), voy. beautl. [Bias, Beax].
♦Bible (II, cclxxii).
Biel, 14179, 22657.
Bielemier,5579(I,619).
104
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826
GL0SSA1RE ROMAN.
Bienet sire, 24626.
Bienez (I, xcti).
Bierc, 15892.
Biercuel, 11440.
Bieraer, 14591.
L'auteur du Chevalier au Ct/gne deerit la pre-
miere Education d'Hllya* (MS de la bibl. de Bourg.
fol. 15).
Deschy jusqu'a XVI ans , si com j'oic conter ,
Oncquex n'avoit cauchiet ne cauche ne sorler (soller);
De fuelle se vestoit au temps renoureler ,
Et des dras de l'iermite quant al (//) devoit gieler.
U de pieces peust-on plus de Ho trouver.
Elias ne savoit tresquier ne karoler ,
Mais savoit (bien) dun arc la visseUe vierser. etc.
Bieser, 24812,26085.
* Bille , 25328.
*Bise ; 19713.
Bitterfer (II, xcyiii).
•Blancdiwes, 24654. [Le jour du blanc-Dieu] .
'Blandir, 3782,20819.
Blanger , 14606, 28436, 28516.
Blangier,2971.
*Blanke(H, cxt).
Blant, 5512.
Blastangier, 17012,26194. [Blaatangerl-
*Bliaus,89lO,
Et par deseure I bliaut d'orgasin.
Lifableldou Bieu (Tumours, p. 19.
Blodgang (II, xctiii).
Blodugbofi (II, cxt).
Bloua, 5057, 5277, 6519, 8656, 11088,
25575.
•Bobiera, 8752, 8784, 15585. [Bobencier.]
Boceus, 11579.
¥ Boiele,boiele, 12252. [Boaillea].
Boin-conduit , 22958.
Boina, 2187, 17191.
'Boisdie, 20.
'Boiaeour, 50842. [Boiaeor].
•Boiaier, 424, 6818 (1, clxtt).
'Boivre, 2979, 5508.
Boneure, 5562.
* Bora, 5156.
•Boac, 5946, 10986. [Boa.]
Boacal, 14216.
*Botea,5957.
'Boton, boutou, 2167, 5500 (H,ccxt), etc.
Le proTerbe estimer guelqu'un, quelque chose la
monie ou la valeur d'un bouton se retrouve dans la
langue flamande qui en a peut-etre fait remprant a
la francaite :
God hi moete mi verdoemen
Ofic gave omme uw roemen
Die quaeUte botte die nie wiet.
Hoffmann , Renout, r, 816.
a Grangoutier ditoit ne leur avoir fait bien , qui
» fust a l'ettimation d'un bouton, »
&ABELS.IS.
'Boufoit, 5745. [Boufoia.]
Boufu, 24190.
*Bougre , bougrin et quelquefois bogre ,
bolgre, borgre, 28978.
Je ne porroie croire , diit // borgres deTait ,
Co qu'escriturc dist, ne que clergie retrait.
H. Mont* , la Pleun-Chante, p. 12.
Bouniera,8l65.
Bourde, 25865.
*Bourdea,7828.
* Bourdon, 24585, 25074.
Bouroaitea, 21529.
*Brac, 25099.
•Brace (II, m).
Brace fiere (I, 615).
Brai (el), 26104.
Braidia, 27541.
Provencal braidis , hennissant , criard. C. Fauriel
aur Guil. de Tudele , p. 667.
•Braioel, 14569.
*Braire,7596.
•Bran, glaive, 5859, 7491. [Branc].
Scand. brandr, angl., loot*., brand , anglo-aax.
brond, italien, brando; d'ou brandir.
*Branc, 18412, 50106.
Braa (1, xcvn).
Brae, Brace, 24705, (1 , 615, II, in).
•Brehagne , 1544. /
Breteekee, 16797, 20996. [Breteche].
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GLOSSAIRE ROMAN.
827
•Brice,5909. [Briche].
•Bricun (II, m). [Bricon].
Bride-d'or (II, err),
•Briement, 30041. [Briefaent].
Brimir (II, icvm).
Brinnig (II, icvm).
•Brirerei (ai) (II, xm). [a brivez].
•Brocer, 7154. [Brocber].
•Brocier, 17151.
* Brogues, Brugnes, 6989, cuirasse [Broigne] j
e'est le sens qu'il faut donner a on mot de ce
vers : Bulletin de VAcademU da 7 oclobre 1857,
p. 421 :
Et U fort bromm* et la raaUiUe.
Brohons , 7924.
•Broi, 31933. [BroiUot].
Broiefort (II, cit).
Broiier, 25758.
Broine (II, xn).
*Brael(II, xiy). [Braioel].
•Bruelle (voy.Broi, Bruillez), 50043. [Broillot].
Braellet, 5055.
Brui, 15046.
Bruie,5570.
Bruillez (II, xxxu).
Brune, 6359.
* Brunette, 5495.
Bruns, 7115, 7154.
•Brut (I, xcyii).
•Bu (II, xxxi).
•Buen,3643, 5897, 38505.
Buene (I, cxliii).
Buens (li), 24981.
*Buer,3383.
Buer (biel), 17561.
Bues, bues, 1136.
•Bugles, 6717.
•Buisnart, 34858.
•Buisner, 33061. [Buisiner].
Buissineour, 8531. CI. Marot, Ballad* VI:
Je chanterai plus haut qu'une bucine.
•Busses, 30947.
C.
•Cacher (II, li).
•£uena, 17550, 9951.
Caignoit, 16506.
•Caille (ne m'en) , 30303. [Ghaille].
£ainne , 10733.
gainst (a), 38053, 39556.
•Caitif, 5364,33938.
•Caitirisson, 4870. [Gaitivaisoo].
Caiue,5697.
•ga-jus, 36625.
•Calans, 30956.
•Calenger, 16053, 18046.
•Caloir, 11089,30757.
•Camberlenc, 18959. [Cbamarier].
•Camboriere, 775. [Camberiere].
•Cambre(II, xii), 11603.
Cambrelenc , 1 4571 .
Campeus, 19381.
Canars, 14143.
• Ganonnes , 1115. [Cbanoinne] ,
•Cans, 9735, 15687.
•Canter, 15465,35105.
Cantiel, 7451, 16037.
•Caoir, 3096. [Cbaoir].
•Cap, 18718.
•Capelains, 4608 (I, 630). [Capelans].
•Capes, 9394, 15135.
•Capiele, 16001. [Capelle].
•Caple, 17155.
Capler, 7337, 35450.
♦Caploier, 5181. [Chaployer].
Capons, 19855.
•Car, Cars, 3917, 6434, 7141, 10989, 31841,
33398.
•Cardenaus, 37557. [Cardonal].
•Carger,3783.
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828
GL0SSA1RE ROMAN.
•Cargier, 14441.
* Cannes, 15205.
•Caroie, 26295.
•Carte, 18162. [Charte].
•Carleriers, 20175. [Charterier].
* Cartre, 5994, 10751, 22762, 29144.[Chartre].
Casaus , 25592.
•Cascuns, 26576.
* Case, 29787.
Cas^s, 1159, 19561.
•Casement, 27990.
•Castelains, 21785, 24879. [Castelan].
♦Caalelerie, 28555.
•Casti,2959.[Castoi].
'Castiaus, 18272, 25912.
•Castiel, 16661, 20557. [Castel].
•Castoi, 24115.
♦Castoier, 15715.
•Cateus, 26570. [Catels].
Catier, 28249,28972.
•Cauages, cavage , 9865.
•Caueemente , 2950. [Caussementel.
•Cauchtes, 17085.
Cauchin (II, cclix).
•Caucie, 11451, 51049.
Cauciet, 8255.
•Caudrelac, 25965.
•Caure, 50688.
•Caurre, 10195.
•gaus, 11151.
•Cause, cose, 209.
Caut , 15055.
Cauvaire , 10775.
(Javates, 26214.
•£avetier, 26212.
Celc (11, ccxxxix).
Celee(II, ccxliii), 15574.
•C&er, 19846.
Criers, 28755.
•Celiestre, 7899. [Celestre].
•Cembiaus, 22471. [Cembel].
Cemine, 14220.
•Cemise, 15519.
•Cendal, cendaus, 611, 17407.
♦Cenieles, 7405, 21814. [Cenele].
Cent, 18952.
•Cepiel, 20165. [Cep].
•Cerciele, 7700(1, xcti). [Cerciau].
•Cerkier, 7541 j cierkier, 7851. [Cerquer].
Cervez (I, xct).
•Cesti, 5721. [Cestui].
•C^ues, 10555. [CheV|.
Ceusir, 22066, 50065.
•Cevalerie, 8767,26515.
•Cevaliers, chivaliers , 4459, 12774, 19085
(I, cxcvn), 29975.
•Cevauchie, 1619. [Chevauchie].
•Cevaucure, 10514, 19847. [Chevauchure].
•Ceviaus, cevaus, 8056, 8145, 8911, 17406.
A la litte det courtiers ce*lebret on pent joindre
ceui-ci Homme's dans un poeme latin du X« ou XI e
siecle cite* au mot per (XU).
Sfadix, cheyal d'Ekiarid; Leo, choral do Wal-
thariut.
Cha (en), 21500.
•Cbalenge (II, xvi).
•Cbaloir, importer. Caille, 1061; caut, 895,
1610.
Ne me chaille, italien : non mi caglia,
Cbambon (II, xxix), voy. Champon.
Cbampon (II, xx, xxix).
Chanson (I, clvi , clix , clxti).
•Chant, verbe (I, clix).
Chapele (II, xi).
Chapelier (II, xxiu).
•Chescun (I, clxi). [Chescunne].
Cheviaus, 10711.
•Chiere (I, ctxviii), 2860. CI. Marot, tpistre II:
Un boa vieillard porUot chere joyeuse.
•Chisne, (11,701.) [Cine].
•Chitet, 69. [CM].
•Chunciier, 9504. [Chunchier].
Chus (II, mi).
•Cief, 10766, 12454, 12579, 14191 , 15771 ,
17722, 21294, 25559.
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GL0SSA1RE ROMAN.
829
Gertana, 16065, 26083.
•Gere, 8752, 9345, 16598, 19159 9 25816,
84351.
Gerf , 24867.
•Gert,666.
•Ciert, 3652,17523.
Gertet, 11187.
Gerviel, 22118.
Gervoise, 1130.
Gervoiwe, 31111.
•G&, 25*3, 5669, 18212.
Gesoient, cieaoient, 6099.
Get, 22089.
♦Cieua, 1385,2088.
Ge>er, 26903.
Gevre, 25196.
Glenn , 18386.
•Gmentere, 8971.
•Cincea, 5455,29169,
Goua, 10872.
Gpries, 50872.
*Gre,ciere, (11,697).
•Ga (I, clzi), 18014, 18694.
•Ganea, 16045.
•Gat, 11051.
Gt, 10130.
•Citet, 19851. [Gteit].
Gaciele, claciele, 14375.
Claimment , 9805.
* Gamer, 27178. [Gaimer].
•Clamor, 3277.
•Gare, 3480.
•Ger , 20535.
•Gere, 2242.
Gerckes (1, icth).
•Gercon, 28200.
♦Gergie, clergies, 2616, 11512.
♦Gera, 488, 6449, 7370.
•Cleua, 50352.
•Goficies, 10775. [GoEche].
•Cloies, 25910.
•Goketes , 19200. [Qooete].
•Clop, 2532.
•Clos, 11379, 25255.
•Got, 12862.
•Cobra (II, ra).
Cochent (11, zxiz).
•Coie , 14886.
•Coiler, 21943.
•Cointe, 4542, 19241, 26064 (I, cl).
•Cointement, 1237, 11663.
•Cointisae , 19217. [Contite].
•(Jois, 4436.
•Cois, 20333.
"Coisir, quoisir, 2593, 6891, 13082
Coite , 7440 (quatere).
•Col, 19643.
Colada (II, xctiii).
•Coler (II, en).
•Coliera, 21330.
•Colonbes, 10582. [Columbe].
Colpe, 6046.
Combateour , 8320.
Combler, 23924.
Commanc, verbe , 5548, 9407.
Commandere , 20184.
Com m ant, 847 (I, clxxt).
Commeniier, 15786.
Comments, 19255.
Comment, 29626.
Commugne, 26115.
Communal, 26348.
Communel (II, xiv).
•Compagne, 1545 , 1519, 3133, 7711, 9660,
14471. [Compaigne].
•Comparer, 12115.
•Compas, 2225.
♦Comparer, 15597, 21026, 27702 (1, cl).
Complote, 28851.
Comprer, 29001.
•Con, comme, 418, 29076.
•Con, 22584.
Cone, verbe, 27676, 27683.
Conciute , 10499.
•Conduit, 22938, 50472.
•Confanonnier, 10013 . [Confanier].
•Confies, 463, 2647. [ConfeV).
•Confi&ion, 11811. [Confesse].
Confieaae, 5687.
•Conger, 1614, 18829.
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830
GLOSSAIRE ROMAN.
Congie, congtfa, 21724, 26544, 55691.
Congiet, 13266, 116665.
Congoinlure8, 9705.
Congur, 11791.
* Conquerere , 4379. [Conquereur].
C'onques (II, lii).
Conqueaiat, 25418.
Conquestisz (II, xxx).
* Conrae, 4304.
¥ Conreer, 5217.
'Conroia, 22, 637, 3113, 3617, 3865, 3919,
21651.
*Conaaua, 19073.
*Conaaut, 9374.
Conael, 17673.
Conselle, 8346.
*Consen8e, 10615.
* Consent (II, xi).
♦Conseus, 22452.
Consienche, 17239.
Consilliers , 475.
Conaillour, 29269.
♦Conairer, 2889, 5500.
"Conaivi, 14314. [Consievi].
♦Conte, 20040, 29452.
*Contencon , 8150.
*Contena , 20764.
Conter, 9758.
Conteaae, 23107.
Contiunt, 28446.
'Con tors, 8455.
* Contour, 26496.
*Contraia, 11386. Contract(us), 26263.
Contravant , 24484.
Contredire , 12339, 16223.
Contre-foit, 5103.
Contregaita, 50793.
*Contremont, 9842.
' Convenant , 5616.
Convenent , 23519.
'Conviera, 25947. [Convera],
Convieraer , 24545.
'Convine, couvine, 24830.
Ce mot aignifie suite dans ce paaaage du Cheva-
lier au Cygne, MS de la bib I. de Boprg. fol. 31 *erao :
Ly boins rojs Qrians prist la franee royne
Et Helyas , son fil , qui si bicn se doctrine.
Tout II J s'en vont derant en la salle marbrine
Et li barons apries qui aont de leur couvine.
•Cop-a-cop, 26785.
* Coper, 22708.
Cople, 7382.
•Cor (II, xxi), 2117.
'Coragea, 10385, 18219, 24535.
♦Coraille, 26746.
Corboua, 15503.
Cordeloia, 30677.
•Cordielea, 28852. [Cordelea].
'Coree, 2113,7157,7243.
*Corine , 717, 9578, 19552, 24594.
•Corliu, 29851. [Corlicua],
•Corre, 19075, 21176.
*Cora, 18901, 20601, 28537, 29177, 29415.
Cora Dieu (I, clxix).
¥ Cora, galop, 7185.
Cortiua , 10730.
Voir le Memoire de 1. Guilmot , anr lea aociennea
meaurea agrairea dans lea Archives du Nord de la
France, II, 141-149.
Corueilles (II, xxnr).
Cot, 6980, 7577, 10746, 20522, 25118,
31286.
*Coae, 19764.
•Coaer, 23788,26726.
*Coatengea, 27026. [Coatege].
•Coatea, 50019 (II, xn).
•Coatierea, 7655.
Coation, 16122.
'Costume , 29709.
♦<Jou, 23895.
•Couara, 17507.
•Coulon, 24742, 25619. [Coulom].
'Coulombea, 12295.
*Coulonbea, 6554, 10762.
*Coulora,9795.
Coumander, 7882.
Coumana, 12.
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GLOSSAIRE ROMAN.
831
Coumugnea , 60.
•Counina, 17725. [Coddid].
•Coupes, 9846.
Couptez (I, xcvi).
•Courecte, 14659. [Courechier].
Couroche ( I, cxxxv ).
CourouDe, 5493, 50585.
Courouuer, 37841, 28070.
CourUin (II, xcvm), 7422, 8577.
Court, 22681 , 24250.
•Courloia, 28945.
Couaine , 17582. [Cusine].
•Couatenge, 24547. [Couatenghe].
Couatume , 12926.
Coutre, 29255.
Couvaitiae (I, clx).
Couvenir (al), 21582.
Couvenir , 50272.
•Convent, 98, 188, 9895. [Couvent].
Couviert , 18747.
•Couvin, 5650, 28902.
•Couvine, 51270.
Couvoit, 21888.
Couyoite, 27055.
Couzin , 9505, 19646, 24896.
Covert (II, xxix ).
Covey e, coueye (I, xcv).
•Craa, 6976, 19855.
Crase, 27110.
'Cra venter, 2455, 7012, 26976.
•Creanter, 5410.
Da Caoge tur Villehardouin , p. 868.
•Cr^i, 20820.
Crelrent, 25587.
Cr^mance, cremance, 505.
•Cremoir, 27010.
•Cr^mu, cremu, 955.
Creoient, 5536.
•Creoit, 17950.
Creomea, 5316.
•Crepe, 10602.
Creamiel, 13648.
Crespis, 9193.
Crestrai (II,xxni).
*Criee,9225.
Crieme, 6123, 17465.
Crient , 19895.
Cria d'armes. Voy. entagne, monjoie et Valie
a la table geogr.
L'ingtfnieux dditeur do joli roman de Gilles de
Chin remarque (p. xiv de ta preface) qu'au cha-
pitre XI le cri de guerre de ce chevalier est Ber-
laimont, ce qui contredit , ajoute-t-il, I'opinion que
nont avons avance*e p. 280 denotre premier volume,
tur l'origine du mot Chin-chin. Rous demanderons
a M. Chalon , la permission de nous en tenir a notre
premiere ide"e ; sans attacher cependant a ces expli-
cations plus d'importance qu'elles n'en meritent. La
philologie se nourrit souvent de petites choses. C'est
en quoi elle se rapproche peut-etre des sciences
conside*r6es comme les plus profondes.
*Cri8me8, 1565. [Criesme].
Croi, 25713.
Croia, 26102, 27904, 29026.
•Croiaier, 21606, 21889, 28234.
'Croiaate, 28985.
•Croiaair, 22015.
Cronique (II, cclxi).
Croter, 25282.
•Cruel, 19902. [Cruelx].
'Crueua, 26020.
•Crueu8e, 8478.
•Cruetet, 28599. [Crueltez}.
•Cruiz (II, xvi ).
•Crupe,7304.
Out, 20585.
Cubinena, 18711.
*Cuer, 17531, 24577, 24795, 26125.
'Cuevre (I, clxv), 9509.
Cuit, verbe (1, clix).
•Culpe(II, ran ).
Cumemiea, 11833, 22264.
•Cunchier, cunchiier, cunciier, 9289, 9297,
16964, 18944.
•Cure (II, xx).
•Cur&, 15605.
Cuaa (s'en), 18757.
•Cuviertiaae, 11806. [Cuvertage.]
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832
GLOSSAIRE ROMAN.
*Cuvert, cuviert, plutdt que cuuert , cuuiert,
719 (I, clxivj 609), Colbert {Collibertus) , 7507,
7827,9311,14061,27538.
H. de Hartonne dit que ce mot est le raeme que
ceux de Couard, angl., Coward, ital., Codardo qui
en tout deViyds. P arise la Duchesse, p. 226.
II y avait dans le pays d'Aunis une race meprisle
appel£e Coliberts. M. de Marchangy let regarde
comme des Arient vaincus et disperses par l'dple
des rois Me'rovingiens , et dit qu'on let designait
plus particulierement sous le nom de Taif aliens,
Tristan levoyageur, Paris, 1826, VI, 516. Cf. Court
de Ge*belin, Monde primitif, Arcere, Histoire
d'Aunis, etc. Une origine servile 6tait une tache in-
dlllbile , et le reproche le plus sanglant que les poe-
tes des XH« et XIII* siecles mettent dans la bouche
de leurs beret ou qu'ils adressent eux-memes aux
personnages qu'ils font agir, est celui de Cuveri, Le
moine Tbegan reprocbe a Louis, surnomme" le D6-
bonnaire, d'avoir conn 6* aux serfs les plus vils, les
dignitls du sacerdoce. De ce nombre, dit-il, fut
I'impudique et cruel Ebbon , arcbeveque de Reims ,
issu de serfs originates et qui fut un des juges de
Louis. « Quelle reconnaissance tu lui as t6moigne*e,
» sMcrie le moine, en apostropbant Pambitieux pre-
v lat ; il t'a fait libre et ne t'a pas fait noble , ce
)> qu'il est impossible de faire d'un affrancbi, ettoi
a tu le degrades. 11 t'a rev£tu de la pourpre et du
>» pallium, et toi tu Pas courert d'un cilice.... On
t» Toit bien que tes peres furent des chevriera et non
» pas les conseillers des princes. » Voir nos M6-
moires hSraldiques et historiques sur la Belyique ,
1. 1, introd., pp. VII et XII.
Dacant , 2416.
Daintie , daintier , 2966.
Ce mot n'a pas de rapport , an moms immldiat ,
avec le mot daim, gibier. Dain, dans Rabelais, signi-
fie dllicat , friand , appltissant , delicieux; daintier
veut done dire friandiie, mets delicat, etc. C'est
dans ce sens que les Anglais disent ddinty. I
Daite , 26860.
•Dales, deles, 2194, 2451, 16619.
Dalfin , 26982, 30067.
* Damage , 100.
* Dame, 17887, 18316, 26112, 27707, 30539.
Dame (danse) (I, xcr).
*Dam-el-De, 5583. [Dame-Ite].
* Dam-el-Dieu , 2201, 2462.
* Dames, 8067, 13043.
Damne-Deu (II, xxvm).
*Damoisiele, 15045.
Dampnes , 2528.
*Dan (II, xxix ).
* Dangier, 1143, 2882, 2970, 18253, 21966.
Danjon (I, clxtii).
* Dansel , Dansiaus, 2871.
* Danaelons, 20147.
* Dans , damp , 25565. Voye* Dan.
*Dant, 21050.
Danziau8, 20395.
* Darrains , 665.
* Dart, 29561.
Dasorre, 19074.
D'avoir (en), 30976.
•Debareter, 24785. [D^barrater].
Debout, de bout, 2516, 15415.
*Del>outer, 28282.
•D<§briser, 17780.
D^cais, 1434.
Deceue, 12985.
*Decolasse, 29907. [D&olace].
* Dedens , 19643.
'Dedikassion, 2582. [Dedicaise].
* Deduir (se), 21708, 22186.
Defaloit, 18769.
DeTauroit, 29282.
Deferant, 15514.
¥ Deflate (II, xir).
'Defiance, 30852. [Deffiaille].
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GLOSSAIRE ROMAN.
833
'D4fio£e,9675.
'Dtfois, defense, 5928, 7695, 19993, 95086,
95859. [Deffoit].
Ad ▼. 19043 on e"crit sour de fois et dans la note
on dit que Ton ne oomprend pat bien eette expres-
sion. En Cement sour Mfois, snr deiense, toute
difficult** cesse. Ainsi le tent le pint nainrel est sou-
vent celui qui se prtfsente le plus tard. An surplus
cette correction a deja 4U faite , ▼. 87506.
'Defore,Defors, 6985.
Defroiscie, 7405.
Defroisie, 50914.
DeTroisser, 17425.
'Degaster, 22449.
'Degieter,7943. [Degeter].
Degoutal, 15191.
Degraisent , 50810.
'Dehaiter (se), 997. [Dehaitil].
'Dekair, 1524.
Dekiece, 19564.
Dei (II, xvii ).
'Del, 19811.
'Delaier (I, cxci ). [Delayer].
'D&aiier,9465.
'Delez (I, clxhi). [Deleis].
'Delis, Delit, 1559, 8785, 10085.
•Double, 2519.
'De1iter(se),6755.
"Deliteuse, 23598. ,
* Delivre pour deliYrl.
Delues , 21885.
Delus , 21738 ; pour la rime an lieu de delis.
CI. larot , XXXIII* chanson :
La plus belle de trolt sera
Celle qui mouryr me fera ,
Ou qui me fera du tout vivre :
Car de mon mal seray delivre ,
Quant a sa puyssance plaira.
'Demagne, 12469. [Demaigne].
Demain , 10535, 17569.
'Demaine, demainne, 565, 2600, 5895, 6815,
21696.
*De maneis, demanois (II, xiv).
Demanier, 21557.
Dement (II, x).
Tom. II.
'Dementer, 7984, 19595.
'Dementiers, 426 ,21590.
l)ementres, 11569.
Dementrues , 25086.
Demesclez, mot corrompu (I, xcti).
'Demonstrance, 12564.
Demorrai , 8755.
*Dem>ier, 24516.
' Denonbrement , 7005.
Denoociet, 10656.
Dtaoumet, 29530.
Depart, 1109,25024.
♦Deplaiies, 10765. [Deplayer].
'Deport, 19781.
Reporter (I, ccl), 17540 (II, 702).
Depuplee , 29359.
"Derocher (II, xxx).
Derois, 18565.
'Deront (I, clxiv); du verbe de'rompre.
*Desafeutr&, 29754.
DeWre (II, xit).
Le contraire d' a f riant (afferent). « II avoit snr son
»> chief ung chapel d'or qui moult bien lui estoit
it affriant. » Gilles de Chin } roman public* par la
Socie*te des bibliophiles de Hons, p. 33.
Desairier, 21089, 26809.
Desatirer , 22242.
'Desaubage, 13609.
'Desaubes, 13609.
'Desbareter, 845, 18418. [Desbarater].
'Descauc, 25256. [Descaus].
Descave, 5549.
Descent (II, xu).
'Deschevacha (II, xxx).
Desci (I, clx).
'Desciples, 10962.
Descloit, 9786. [ticloi].
'Desclos, 7401.
Descommandls , 14556.
'Descomsillie, 8927. [Desconaeillie].
Desconcordes, 28185*
' Desconfire , 6761 , 20845.
Desconnut, 16195.
105
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834
GL0SSA1RE ROMAN.
•Deaconaillie, 10282.
Deacouviers, 21415.
Desdagne, 27956.
'Deadeng, 16496. [Desdaiog].
Deadie, 9496.
*Desdire, 15.
Deaepline, 16115.
*Deserte, 7764, 25544. Desierte, 9264.
¥ Deae>rer, deseurer, 1595, 7251, 27486.
*Desfaea, 14149. [Deffae].
Deafaire, 24455.
*Deafenderea,8401. [Deffenderea].
DeafieVea, 7411, 22204.
'Deafublar, 18706. [Deafuler].
Desgraisier , 25552.
Desiers, 12214, 15521.
Desiervie, 26948.
D«bire% 5121.
* Desist, 6950, 15945.
Desistes, 4817.
Desjointe , 19240.
'Deslooit, 15455. [Desloiier].
*De8maele (II, x).
♦Desmailler, 7052.
Desmenbrea , 50566.
* De8mesure ( I, clxii ).
DesDiieler, 21850 , flier, effacer lea nieles.
Deanuea, 21886.
¥ Desoivre, 17910.
Desordener, 28854.
'Desparelle, 24552.
Despendere , 28760.
*Despendre, 24680, depenser.
Touchant cette acception Toir Menage, t. I de ses
Observ. sur la lang. frangoise, ch. 107, et la decision
de Thomas Corneille sur Vaugelas. Du temps de
La Monnoye on ne disait plus despettdre pour de*pen«
ser que par maniere de proverbe , comme a fait
R6gnier en cet endroit de sa VIII e satire :
Biea qu'il m'cust a l'abord doucement fait entendre
Qu'il estoit mon valet a vendre et & despendre.
Dfoaturant le sens de ce mot on dit aujourd'hni
a pendro et a dSpendre.
Deapendua, 24680.
'Deapenaier, 18217.
Deapirement, 12575, n.
Despisans, 19905.
Deapisaana, 5075.
'Despit, 8506, 15485. [Deapitance].
♦Despite, 15814.
Despoint , 7299.
Despolise, 9472.
"Deapondre, 2645, 5517.
Desposer, 17255.
Desprovender, 28855.
*Deara«$e, 14462. [Desree].
♦Desroi, desroia , 12974, 15556, 19047,
50298.
*Dearout, 18805. [Dearoupt].
'Dessega, 19556. [Deaaegier].
*Desaeger, 4628.
* Deaseut , 24450. [Desa^ua] .
Deasierea, 8948, 10954, 50592.
* Desaoivre , 5509.
Deaaoule, 22295.
Destae,1948.
Deatasaa , 50980.
Deatire , 7424.
Destorbance , 20688.
*Deatorbiera, 2520.
Destragant (a), 777.
'Destragnoit, 20648.
♦Destraint, 7514,15105.
Destraver, 982, 7159, 15552, 21055.
•Destrois, destroit, 1959, 5026, 17756,
20510, 21698, 26217.
Destruire, 25599.
Destrutsieres , 8410.
Desvoi, 28504.
*Desvoiier, 15247, 20405.
*Deavolepee, 21744.
Detal,7921.
D&rencie, 19745.
"Detrenciet, 5581. [Detrencat].
Detres , 29969.
*Detrie,9752.
*D&riier (I, cxci).
Detria , detrif, 11560, 22157, 27558.
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GLOSSAIRE ROMAN.
835
Deuist, devist,1371.
* Deals , duel ( I , clxix).
leasee, 8711.
•Devant, 23215.
Devens, 25796.
Dever (1, xcvn).
Deverser, 9371.
Deveye (I, xcti).
•Devier, 228, 11663.
•Deviual, 5249, 20796. [Devignailie].
Deviner, 149.
Devinitet, 29502.
•Devis, 30616.
•Devise, 1683, 2202, 3257, 11248, 12383.
Du Cange sur Villehardouin , p. 300.
•Devisee, 19700.
•Deviser, 4458, 10558, 11536, 27233.
•Devised, 30554.
Division, devisson, 1429, 1817, 9095,
20403.
•Di, 19119, 26447.
Diables, 18762, 28925.
•Diablie, 24834. [Diablerie].
Diablois, 28263.
•Diakes, 23261. [Diaghe, diaque].
•Diemence, 5935, 21610. [Diemance].
•Diere (II, xlyiii). [Dier].
Diertiu, 17051.
Dierverie , 19395.
•Dierves, 11312, 11376, 16337.
•Dieslre, 15732. [Desire].
•Diex (I, clxxt).
Digat, 18709.
Diot, 28301.
Dious, 7665,14840.
Diriens, 10159.
•Dirues, 13537. [Dirruer].
•Dis, 12769, 16331 (I, ecu).
•Discrer, 18771. [Discrex].
♦Disme, 25442. [Dismex].
Disne, 11351.
Ditnet, 29704.
Dissaile , 26783.
Dissoit, dissoient, 18780, 24627.
DM, 20414.
•Diter, 10125 (I, clxxxvi).
Disl-il , 26408.
•Diva, 24033.
•Diviers, 18412. [Divers].
Divierseries , 24430.
Diwes, 19007,24634.
Dobie, 26292.
•Dognon, 25582, 27114. [Dongun].
•Doi, 255, 19409, 23874, 24873, 29170.
Doit-on , 26188.
*Doi, 7838, 25760.
*Don (11, ccli).
♦Dont,1436.
Don tan t, doutant, 9554.
Dontes, 11700.
Dormisons (en), 13227. [Dormicion].
•Dosne, 18712, 25804.
•Dosnois , 53. [Dosnoiement].
Dougne , 7347.
•Douler, 25872.
•Doulousant, 24640. [Douloir].
•Doulu(se), 29922.
Doune,283.
Douner, 22259, 24483, 30468, 50904.
Dounere, 28759.
Dounes, 15405.
•Douter, 1465, 7662, 20311 , 29632. [Doub-
ter].
•Dras, 4364; Geretes, 5464.
Drecie(II,698).
•Drois, droit, 20767, 25138, 27713, 29311,
29855, 30066.
•Droiture, traduit par aussitot, 818, 1366,
27706 j plutot ce qui est de droit.
• Dromons (I, clxxi), 20946.
•Drue, 53, 21928.
•Drugeman, 2990. [Druguement].
Dubler(H, xxiv).
•Due, 23897. [Dux].
Ducket, 15034. [Ducat].
•Ducoisse (II, in), 15009. [Duchoise],
•Duel, 5809, 7604, 28594.
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836
GL0SSA1RE ROMAN.
Duellana, 27121.
*Duite,1069.
"Durandal (II, xcix).
'Durement, 1085.
'Durendal, 4492.
Durissime (II, c).
*Dua, 20667, 27547, 29835, 50588, 50965.
[Dux].
*Dusque (I, cux), 25620. [Duskes]
*iage, 1408,15059.
Ecreer , 2975.
•Effondre, 21944.
*Efforcier, 26561.
Effora, esfors, 19615, 20294.
•igart, 21711.
Eipe (I, xcy).
Eir (II, xxrr).
Eia-lur (II, xt).
Eiasie (II, xr).
*E1, 10301, 21642.
Ellut (I, clii).
'Elme,6051.
Em (I, clx), 21148.
Embare , 7402.
* Embausemes , 26758. [Embasmer, Embauffu-
mer].
♦Emblea, 13555.
Embra$ans , 19581.
*Embriever, 5154.
♦Embuies, 8360. [Embu].
Emfermer, 11508.
Emfera, 24856.
Emferle, 11407.
Emfiers, 21987.
EmfUb, 28129.
Emperaire , 50257.
♦Empere, 1261.
*Empereis, 28401. [Empereria].
*Empereor, 28540. [Emperier].
*Empereres, emperierea (I, clxi,clxih), 10451,
11074, 14750, 17086, 17094.
♦Empire, 24571, 25097.
EmpoesUS, 24566.
'Empr&sae (I, clxxt) ; da verbe emprendre.
Emprisonner, 28640.
Emproie, 50160.
Empuisnierent , 19410.
Empuisniet, 27957.
Enacointa, 14180.
Enars, 22296.
Enbalancher, 15557.
*Enbattre (*'), 2006.
*Enbausemea, 11927. [Embasmer]. *
*Enbroncer, 19949.
*Enbroncier, 50112. [Embronchier].
Encari, 28742.
*Encaucer, 6109.
*Encaucier, 2105.
*Encaua, 21976.
*Encensier, 2220. [EnceDcier].
*Enchaucer (II, xxxi), 15636.
Encbauz (II, xxxi).
"Encliner (11,697), 9404.
Enclinot (II, xvm).
"Encloer, 7551. [Enclouer].
*Enclore, 3646. [Encloir].
'Encloa, 22896.
*Encloaissent, 26778 ; du verbe enclore.
*Encloalre, 4103.
Encoistre, 8610, 24769.
*Encombriers, 6895.
'Encontre, 24510, 24857, 27299, 50599.
'Encoste, 8949.
*Encontrer, 11327.
•Encouvent, 15965, 28909. [EacouvenantJ.
Encouvi, 3875, 4146.
Encouvit , 24950.
*Encre«, 7057.
*Encru£s, 25460. [Encroe].
End'est, 29651.
En d'iroit (a'), 29816.
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GLOSSAIRE ROMAN.
837
•Endite\ 30411, 91752.
Enee, 18164, 20735.
*Enee-le-Pae,1420.
Enfant (I, ccxlii), 22772, 23471, 29207.
'Enfecone, 20214, 24604. [Eofancon].
•Enfer»,5611.
Enferle, 11464.
'Enfee, enfancon, eofe^oo, 4487, 6661, 24604,
17798.
Ce terme ne t'appliquait pat settlement aux enfant
proprement ditt , mait aux jennet noblet , aux he>i-
tiert det touveraint. M. Fr. Miohel remarque que
The kind Horn tignifie le noble Horn, de meme que
de not jours Child- Harold a e"te* prit pour le noble
Harold. La chanson de Roland, 182.
Enficiet, 7261.
Enforcis, 2389, 12142, 19309, princes enfor-
ces au lien de force princes , plutdt princes puis-
Enfouis,647.
Enfuoit, 8961.
•Engagne, 23161, 29146.
Enge, 18071 j du verbe enger.
*Engenuy (I, clxyi).
♦Engien, 3075, 26172, 26232.
'Engign&mr, 5457, 25867.
•Engignier, 14210.
*Engigniex (I, clxiii).
Engignout, 26172.
•Engin, 21055.
Engie, 6787.
Engoint, 23962.
* En grand, engrand, engrande, 2961, 11445,
23654.
•Engres, 3517.
'Engrile, engries, engrease, inexactement
explique\ 2104. Corrige\ 8875, 10221 , 17411.
♦Engrieeer, 7433, 23668, 24012. [Engreaaer].
* Engute (II, xxtii). En forme degoule. [Engole].
•Enhait, 12343.
'Enherber, 19410.
"Enheudi (II, xti). [Enheude].
•Enierber, 30632.
•Enki, 10585, 11042, 14328.
Enkor, 25351.
* Enlaces, 22900. [Enlacer].
Enlaisier, 23765.
Enoche (II, in).
*Enoiant, en oiant,252. [Ennoier].
8ire, ce dist Bruiant, je dirai en oiant
Ce qui est destine* au gracieus enfant.
Extrait du roman de Brun de la lontagne dant le
Livre des Ugend. de M. Le Roux de Lincy , I, 275.
*Enoina, 13365. [Enoindre].
♦Enoliiee, 24014.
Enorter, 12695.
Enpagnent, 124.
Enpirete , 24939.
Enpoindre , 7305,
*Enprendre, 30975.
Enpuiseouner , 15809.
Enquarteree (II, xxtii).
Enqui, 26389.
* Enrages, 1838. [Enrager].
♦Enree, 4305.
•Enresdie, 18275, 18615, 20064.
*Enrievre, 7824.
Enroet, 17900.
Ensagne, 7076, 9576, 9866, 14243, 17116,
27982. [Enaeigne].
Entangle tee (II, ccxlii).
Ensaucier, 23832.
En8cient(U, xix).
Ensegnet, 21942, 23742, 24089, 29577.
En8ement ; 5566.
'Ensiantre, 51066. Mon ensiantre, selon ce
que je puis aavoir.
♦Ensierer, 19999. [Enaerrer].
Ensiea, 5899.
Entignier (I, cixyu, 621), 8012, 15459.
11 n't ot qu'ensigner. Le vrai tent parait etre : ou
il n'y arait que de bont enteignement. Cette expres-
sion t'explique, en effet , au moyen de ton analogue
dant le vert tuivant :
Et quant Gautiers l'entenl , ni ot qucslcecier.
Francisque Michel, Gauticr d'Jupais, p. 8.
Ensignies, 28964.
Ensirent,1172.
"EnUillie, 6480.
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838
GL0SSA1RE ROMAN.
' Entais, 4059, 7580, 21580, 31052.
Entaile, 5753, 28014.
*Ente, 24022,24044.
•Ent^cie, 14897, 19141.
Enteciet, 5975.
Entencendur (II, cxv).
*Ententius ; 579. [Ententif].
*Ententiuve, 15329. [Enlentivej.
Enterroit , pour entreroit, 12262.
♦Enteser, 2112, 17813, 26388.
♦Entiervent, 50631. [Enterver].
♦Entiercier, 8622. [Eutiercer].
Enlir, 1956,2647(1, cxc).
Entier8 (I, clxiii).
Entoise , 30329.
*Entor, 6597, 7019, 10393, 30576.
* Entour, 25094.
Entraseurer, 15802.
Entrecoisir, 4457.
Entredie, 15861.
*Entredire,22110.
Entredit, 17360.
'Entreferant, 5870. [Entreferir].
*Entremeller, 27383. [Entremelement].
Entrepris , 19528.
Entreruant, 5871.
*Entre«ains, 24669.
'Entreaait, 10925.
Entreseng, 28963.
Entreaet, 5069.
'Entretant, 17061.
Entrevinrent (s'), 17146.
*Entrue«,entrue8,2190. 4322, 14081, 20217.
Entyr , 6539.
•Envaie, 1777.
Envay,5905.
Envengon , 570.
Envie, 2807, 26521.
Envies , 24088. E vita sublaius ?
Enviroient , 26488.
♦Envis, 28469, 29712.
* Envoiier, 25684. [Envoer].
* En voisure, 24199. [Envoiserie].
Envolepe , 8007, 11425.
En welment , enwelment , 1 1 581 .
£pervier ; (II, lxxxiv).
Erbiere , 28958.
Erde (I, xcv).
* Ermine, voy. Hermine. [Ermin].
Du Cange sur Villehardouin, p. 304.
Errant , aussildt (I,cxci).
*Ert,58.
•&, 17176.
Esbaldie (II , xv).
♦Esbanoier, 5942.
'Esbatre, 11396.
*Esboele(II, xi).
*Esboveles, 7412. [Esboueler].
Esca (en), 24464.
*Escalibor (II, c).
Escandis, 30520.
'Escange, 29201.
*Escarcelle, 27174.
Escargne, 27174,28368.
'Escarnir, 5609,22841.
♦Escars, 295, 19651, 19840, 27174.
♦Escaucire, 26918.
♦Escefler, escleffer, 1247. [Esclafler].
Rabelais $e sert du yttbe esclaffler, s'ssclojfer de
rire, cre^er de rire.
'Eschanlele (II, xi). [Eschantelet].
Escieles, 26572.
Escies, tehees , 2844.
Le roi des jeux, le jeu des grands et des paladins,
an moyen age j l'ignorer e"tait presque one preuve de
rotare. Pierre Alphonse met ce jeu au nombre des
sept yertus cheyaleresques : u Probitates Tero bse
sunt :Equitare, natare, sagittare, cestihus ceriare,
aucupare, sgagis ludkrk, versificari. » Gette derniere
quality est aussitres-remarquable.
A l'hotel de Cluny , ou H. Bu Sommerard a con-
tinue* la pensee d'Alexandre Le Hoir et lemustfe des
Petits - Augustins , on Toit le jeu d'eehecs enyoye"
du fond de PArabie a St-Louis, par le prince des
Assassins ; on le Toit tel que Joinville Pa de*crit.
A la restauration , la ville d'Aix-la-Chapelle quipos-
se*dait ce jeu , Poffrit en hommage a Louis XV II I ,
et le roi en fit present a un de ses gentilsbommes
qui , en s'exilant en 1830 , a laisse* en France une
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GLOSSAIRE ROMAN.
839
curioaite' dont ce payt temble en effei devoir retter
dtfpotitaire. Hadame De Saint-Surin , VHdtel de
Cluny, Paris, 1885, in-12, pp. 27—28.
Rout avont parle" det <cbect d'ivoire et d'or que
Gauvain trouva dans le palait du roi prehear et dont
let derniert «e mouvaient d'eux-memet. (Roman dn
St-Greal , e*d. de Paris, 1623, fol. cxlv.)
La oomtette du Perche , Mahaut de Bloit , ayant
demande* a Adam, abbe* dePeraeigne qui vivait encore
en 1204, un reglement de vie pour te conduire chr<-
tiennement dans le monde, parmi let avi» qu'il lui
donne , il lui recommande de t'abttenir de perdre
son tempt an jeu det Ichect ou aux farcet det hit-
triont. Epist. HI, apudMartene, The$. anecd. /,
Hist, lift, de la France , XVI, 441.
Au contraire le reglement que fit Char! et-le Time*-
-raire , due de Bourgogne , pour I'univertite' de Lou-
vain, reglement qui ne fut point mit en vigueur,
malgre* la tagette de plutieurt de tet ditpotitiont ,
permettait aux e*coliert le jeu det tfchect : Permit-
Undo tamen diebus et horis opportuuis ludos virtue*)*
in domo vel locis privatis et non publicis et cum
scolaribus vel honestis pereonis , sicut ad scacos , ad
pilam aut consimiles, absque tamen excessito I a bore
aut immoderata frequentia. Notre e*dit. de l'Hitt. det
duet de Bourgogne, par JL Be Barante , VIII, 332.
On a dit que le comte de Flandre Feirand avait
eoncu de la jalousie coatreta femme, paree qu'elle
jouait mieux que lui aux e*checs. M. Lebon trouve
ce tentiment pu6ril et il Tett en effet , mait il n'en
ett peut-etre que plut nature! au commun det
hommet.
Sur Jacquet de Cettolet et Jean de Vignay , Pun
autenr et 1'autre traducteur d'un Traits' des tehees
moralise' , voir le curienx article de H. Leber , Bul-
letin du bill, de Techener (1837), no 17, pp. 527-534.
Le judieieuxbibliograpbe relAve let erreurt dont cet
deux ecrivaint ont tfte* l'objet et conelut que le vrai
nom du premier ett Jacques de Cessoles , originaire
de la Thierache.
Let Milanges tire's d*une grande bibl. IV, 101 ,
traitent det livret compotet tur let e*chect. Sur ce
jeu , voir Patquier , Recherche a de la France, Parit ,
1006, in-fol.; pp. 378-70. — La France litt. y publico
par 1. Cb. lalo, nov. 1835, p. 132. — Poeme tur le
jeu det e*cbect en vert allemandt. Schachxabel , Bibl.
Uffenbach., IS, II, 240—253. — SchachEabelbuch des
Konrat von Ammenhausen dant Mone , Quellen und
Ferschungen, etc., p. 178. — Th. Hyde , Bfandragorias
sen historia Skahiludii, Oxonii, 1004. — (Hultman,
ancien gouv. du Brab. teptentr.), Bibliogr, Zeld-
Maamheden y S'Hertoghenb. H. Palier en toon, 1818,
in-8<> d e 43 pages, 34—43. — Freret , Mdm. tur i'ori-
gine det tehees, Acad, des Inscript. V, 250—250.
— Hullroann , St&dtewesen des Mittelalters , IV,
253—56. — Hoffmann von Fallersleben tur Floris
ende Blancefioer , pp. 120—21. — Palamedeou Jour-
nal des joueurs d'ichecs, etc.
•Eaclairier, 26810.
Eacoherie, 162155.
'Eacohier, 16248.
Escoiter, 15105.
♦Eacondir, 4129, 17518, 17558.
Eaconcendre (II, xu).
•Escorce, 17089, 25802. [Eacorche].
Eacoa, 51286.
'Eacouflea, 8278, 17181. [Eacouble].
*Eacourcie, 25282. [Escourchiej.
*Eacoure, 2424.
*Eacou8e barbe. 5467 ; du verbe escousser.
Eacriut, 10472, 26959.
Escrutea, 10188.
*Eacrier(a), 15210.
'Eacrignet, 14376.
Eacris, 1549, 13779.
Escroiele, 11384.
♦Eacu, 26377.
*Escus (II, xxii, xxix ), 4236, 6949, 12438.
'Eagarder, 6111, 19867.
•Eagart, 19696.
Esiller, eaillier (I, clxvii), 19437. [Eaailler].
Eajunez (II, xxxi).
Eakacier, 4021, 16706.
Eakamiel, 24451.
•Eakeu, 29259. [Eakieu].
Eakiermir, 4480.
Eakiet (I, ccliii).
♦Eskiua, 10781,28636.
*Eslaiecer(a t ), 10678. [Eslaiaer].
*Eslaiser (a*) (II, ccxix).
'Ealaiaaerfa'), 21784.
*Ealan, 15128, 18157. [Eslai].
*Ealece (II, xu).
♦ Ealevee (II, 700).
EtlicoD, 3573, 14646, 17179, 25616.
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840
GLOSSAIRE ROMAN.
* Ealiger, 85583. [Ealigier].
*Ealire, 50855.
•Ealia,1475.
Eslitea , 10349.
Eeliua, 423, 20998, 22873, 29847, 30497.
Ealogne, 21638.
"Ealonge ($'), 21732. [Ealonger].
Ea-lor (II, x).
'Esmaier, 4118.
Gl. Marot , XIX Spitre :
Et de cela plus ne nous esmayons.
* Eamaia, 5475. [E#may].
"Esmankies, 11380. [Eamanchie].
'Esraaria, 13537,17221.
*Esme, 24535.
'Esmerent, 29655.
'Eamioldres, 15323. [Esmeudre].
* Esmouyoir, 25550.
* Esneques, 20946, 20995. [Eaneaque].
Eaonne, 29657. [Esaogne].
Espaciun (II, xix).
*Ed P aneir,4245,4792,7569,19141.[E$pandir].
'Esparde, 20576.
Espargnie, 28301.
'Eapara, 20872, 25176.
*Espautree (II, app. 700). [Espautier].
'Eap<fe, 21185.
♦Eaperdua, 24619.
'Eapcre, 12878.
'Eaperirfa'), 11758, 12575.
*Eaperite, 26354. [Eaperia].
*Espes (II, xxxi i).
'Espeua, 5725, 25597.
*Eapi, 25074. [Espic].
Espiautre, 31012.
* Eapie , 14211 , 21283 , 22250. Epee , epieu ,
espion :
Berte aus grans piis, p. 6.
Un espie i trouva , fiereroent le paumie.
H. P. Paris , sur ce passage , dit qu'espie est aoe
sorte de hallebarde.
* Espie (II, xxiii, gcxxtx).
* Espielir, 4001.
Espinea, 11256.
Espioua, 7413.
*Eapir(S 1 -), 5340.
*Eapirer, 5048,3797.
♦Esploitier, 8574, 21238.
*Espoentes (I, cicii).
Espoint, 15505.
Eaporler (a'), 23858.
Espouses, 29482.
Eapri (a'en), 18750.
Espriae, 5575.
'Espriat, 18807; da verbe esprendre.
Esprivier, 29000.
Esprohons, 7925, 14214.
*Esquielea,5622.
*Eaquierea,4480.
*Eaquiera, 6189(1, xctii).
'Earager, 18645, 27258. [Esracer].
'Earagies, 16200.
*Earamment, 945, 1290.
Esranment, 19865, 27259.
*Earant, 245. [Earent].
'Earer, 10315, 26217.
Earera, 28754.
'Eaaara, 16575.
*Eaaaacer (I, clxyi).
Eaaez(II, xxxi).
*Easogne, 16051.
'Essonne, 17612, 17854.
*Eaaoune, 16562.
* Eatable, 7105.
♦Eataciea, 9955. [Eatachier].
Eatampeiz (en) (II, xm).
*Eatancer, 15646. [Eatanchier].
*Eatancier, 21656.
*Eatandart, 6866, le caroccio ou Faknenwagen
(II, clxit), 29560.
Sur ces especes d'enseignes trainees dans des
chart , Toir inddpendamment des autorite's deja al-
Hgnles :
De carrociie es jure militari medii avi dieputa-
bunt Euchar. Gottlieb Rink et Franc. Von Sum.
Aldorfii , 1700, in-4°.
Antiquitotes Italia medii avi, auct. Lad. Ant.,
laratorio , Med., 1730, in-fol., II, 489—493.
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GLOSSAIRE ROMAN.
841
Becherches sur l'origine det ordres de chevalerie
da royaume de Danemarck, par Fridiric MunUr.
Copenh. 1822, in-8°, arec troit planches, dont deux
reprlsentent let Carroeci de Padoue et de Crlmone
d'apres Huratori et GrsBvius, pp. 07 — 104.
J. Ferrario, Storia ed analiri degli anticki romanzi
di cavalleria e dei poemi romanseschi <T Italia , etc.
lilano, 1828, II, 61-72.
Le Carroccio de Padoue est repre* sente* dans Mura-
iori. Script, rerum Italicar. Mediol., in-fol., t. XX
(1781), col. 667.
II est encore figure* dans Hietoria di Padova di
Serfrio Oreato, in Padova, 1678, in-fol. I, p. 254.
Le Carroccio de Crhnone est repre'sente' dans
J. &. Gr»Tii The s. antiquitatum et hit tor. Italia,
Logd. Bat., 1704, in-fol., 111,2, 1288, et dans£t«*.
Cavitellii anna I. Cremonense*.
Le Carroccio de Cr intone et celui de Partite sont
dtfcrits dans Mnratori, Script, rer. Ital., Mediol , in-f.
I, ix (1726), col. 760, 705. Consulter egalement :
Cremona fedelistima citta et nobilissima coloniado*
Romani, Cremona, 1585 , in-fol.
Sur le Carroccio de Bologne , Huratori, Script, rer.
Ital., t. XVIH (1731), col. 106.
Sur celui de Strasbourg, Anhange su Jac. F. Koe-
nigehoven Eleass und Strussb. chronik, herausgeg.,
von Jo. Sch ilter, Strasb., 1608, in-4°, p. 1103.
Cf. Chr . Th . Bernd, A llgemeine Schriftenkunde dor
gesammten Wapptnwieeeneckaft. Bonn , 1830, in-8°,
I, 74—75, etc.
Eetaruyx, mot oorrompu (I, xcvi).
•Eataye, 23512.
•Estavoir, 13477, 19517.
Eate (a 1'), 15815.
•Eater, 62, 2208,2221, 10972, 14105, 14179,
24039, 27615.
Eetfuat, 27458.
Eatevoit, 17751.
•Eatewia, ee-lea-voue, 8203, 10201. [Eetee-
tous].
'Eetevra, Eateura, 26451.
•Eatiere, 12222.
*Eatina, 30686.
•Eatole, 17519.
Eatonne (II, cxt).
•Eatordre, 14291.
•Eator , 11210, 12178, 12877, 14732, 22318.
Tom. II.
'Eatore, eatoire, armee navale.
Du Cange sur Villehardonin, p. 361.
*Eatorer, 2636.
Eatorie, 5, 13,43, 5596, 3690, 18360, 21003,
30137.
•Eatormia, 7345.
'Eatora, 4134, 19091,30994.
•Estouper, 6113.
•Eetour, 4486, 4654, 17116, 22465.
•Eatourmir, 27890. [Eatormir].
•Eatourmia, 26418.
•Eetoua, eatont, 4370, 7918, 24795.
•Eatraer (II, xx). [Estraier].
•Eatragne, 7099, 13502, 15248. [Eatraigne].
•Eatrange, 2931.
'Eatranler, 746, 29656.
♦Eatre, 10681.
•Eatr&a, 7388, 21164(11, xxn).
'Eatrelina, 20061, 21101, 27005. [Eatellina].
•Eatreper, 22582.
•Eatrief, 9324, 9402, 17426. [Eatrif].
•Eatrier, verbe , 2057.
•Eatrif, eatria, 1822.
•Eatrioe,9905.
Eatrivance, 27891.
Estrive, 17415.
•Eetruer(II, xxix). [Eatroerj.
• Eatuer, eatut(a'), 8700, 10845, 21515, v. Ester.
Eaviertue , 8805.
*Eavoua, ea-voua, evous, 452, 3944 , 22279
(I, cclit, II, 697).[Eavoa].
•Eawart, 16625.
Euc,5595.
Euc-jou, 17079.
•Eure, 20868.
•Eut, 26972, 27279, 27599.
£?eaquea , 24885.
Ewangeliate, 18704.
•Exaucier, 5483. [Exaulchier].
Exemplere (I, clxxt). [Exemploire].
•Exil, 4891, 11857.
Exillie, 103.
Exillier, 6228.
•Exploiter, 17455. [Exploicter].
106
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842
GL0SSA1RE ROMAN.
Facheor (II, en).
•Fade, 11263.
•Fa&j, 25105,28715.
Fagnoit, 7751.
•Faide, 5141, 14099, 16252, 25178.
*Faider, 20740.
*Faillance, 711. [Failhance].
'Faillir (II, xxyiii).
'Faim, 25181.
* Faim , foin.
Enprcs est rue de l'ecole,
La demeure dame Nicole ;
En cele rue, ce me samble ,
Vent-on el fain et fuerre ensamble.
Le dit des rues de Paris, Barbasan et Meon, II, 247.
*Faire (dans le sens de dire), 24057, 24647.
"Faire laid, 20778.
*Fais, fes, 4756. [Fes].
Faissier (II, xxix). '
Fait (a), 21895.
Fait (si), 19047.
Fait, faite, 6966.
"Fakement, 26524.
Fal , v. 2560, 14285 j du verbe falir.
Falie (II, 699).
*Falis, 11952.
*Fallis,failli, 512,2415.
CI. Marot , dpistre II :
F oihle ,/ailli t foule, faecal, forclus.
Falke(II, cxt).
* Fame, 2492.
*Famillous, 11695. [Fameilleus].
*Fas, v. 8115, 18527.
Fasoit,app. (11,696).
Fasselon , 14520.
'Faude, 15652.
Fauke, 22665.
Faura,8876.
Fauroit, 15976.
•Faus, 17181, 18169, 21749, 21889, 27552.
•Fauser, 9947. [Faucer].
Fausete\ 5055.
•Fausisent, 8141.
Fausoient , 25745.
*Faut,v. 26780.
♦Fautre (Lance-sur-),4659, 7225, 8858, 9525,
12065 , 14650 , 17457 , 50064 , vraie significa-
tion, 14650.
*fcauviel, 7086. [Fauvel].
*Favre , voy, Fevre. [Fenre].
On aTait le verbe favarker, travailler, que ne
donne pat Roquefort et qu'on lit dans une ordon-
nance dei dchevins de Tournay , du XHIe siecle,
c'est-&-dire de la ▼ille et du temps de Phi-
lippe Houskes. « Et que nus ferres ne orfevres ne
favarke dou darrain wigneron (son de la cloche)
de le viespr^e , jusques au wigneron de le matinee
sous x lb.» MS de la bibl. de Tournay dont nous pre-
senterons un extrait dans le Corpus monumentorum
ad HannonicB et Namurci historian spectantium, que
nous prlparons en ce moment.
♦Feel, 26902, 28698.
*Fel, 1858, 12526.
*Felenesse, 19159.
Feleneskes, 20997.
* Feme, 12544, 12751.
Fenestracion (II,xlti).
Fenestras, 12477.
Feng, v. 25898.
'Fenir, 461.
Feonciaus, 6995.
Feons,6991. [Faon].
•Fe>ains, 17725.
*Fe>ir, 14191.
*Fermaus, 11085. [Fermal].
•Fermer, 1056, 2584, 20861, 26517.
•FermeUb, 795, 2565, 21514.
Fernal , 2952.
Feroit, 17764,21964.
♦Ferrant, 7082, 9201, 21755.
•Fers , 1787, 5692, 5759, 6579.
•Fes, 28558.
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GLOSSAJRE ROMAN.
843
Fesauntex (I, ict).
•Feue (II, cclxxiu).
•Fevre,9288. [Fenre].
Fevrier, 16046.
• Fiances, 839.
•Fiancher, 19980.
Fianchier, 22321. [Fiancher].
•Ficer, 7546. [Ficher].
Ficiet, 13309.
•Fie, 5013, 7713.
•Fiers, 6936, 19392.
Fieres, 21870.
•Fierge, 19603, 23618.
Fienr, 7074.
•FieYonr, 3843, 24826.
Fi&, 199, 16963.
Fieste, 18930.
Fieu(I, cLxi).[Fie].
Fie>er, 20570.
•Fil, 12675, 17840.
* Fillai te, 17933, 23273. [Fillette].
•Fillastre,6643.
•Fin , fins, 373, 2786, 28943.
Fineguerre (II, ci).
•Finement, 3981.
♦Finer, 1451.
•Fis,666, 5166, 26475.
* Fit (fisus), 26930.
•Fit, fi (de), 772(1, clxyi).
•Fius, 17543, 17636, 17830, 18652, 18840,
19152,19325,20791.
Fius (bois), 30268.
•Flaiel, 26118. [Flael].
•Flair, 11228.
•Flati, 27048. [Flatir].
•Flecieres, 24601. [Flechieres].
Floberge (II, ci).
•Flor,8780.
•Florence (II, ci).
•Flori, floris, 1006 (1, cliviij II, cxti). Bar be
florie, barbe blanche.
•Flues (a), 18963. [Flue].
•Fluns, 10927, 22879. [Fluin].
Foi , 21705.
Foi (nus), 50536.
•Foies, 15945, 26292.
•Foille, 19075.
•Foilli(II, xxxn).
•Foil, 2695, 13515, 19767.
•Folage, 20609, 25565.
•Folic, 23120 (I, xcti). [Follie].
Folles, 10355. [Foille].
•Follies, 5099. Foilliea, 4925.
Folour, 2679.
•Fonde, 6425, 6808, 9717, 26309.
•Fonde, 26125.
•Fondet, 24419.
Fondi, 22167.
•Fondre, 21195.
Fondres, 7205.
•Fontenielle, 18730, 24643. [Font].
•Forfaire, 13507.
•Forfet, 1629.
♦Forjurer, 14106.
•Forment, 262.
•Fors, 9808, 12326, 22899, 25195.
Forsenement , 10646.
•Forsisent, 5556.
Fort-kacies, 5512.
Forteraice, 18028.
•Fortune, 26255.
Fos, 5254, 5296, 24592, 24927.
Fourconter, 14761, 29301.
Fourer (II, liii), Fourer la main, gagner a
prix d'argent, expression remarquable. [Four-
rer].
•Fourfet, 17004. [Forfaire, four fait].
•Fourjugier, 5559. [Forjugier].
Fourkes , 50244.
•Fourlougne , 18199. [Fourlongner].
•Fourme, 11019.
•Fourmener, 537.
Fourniga(U, li).
• Fournikassion , 6758. [Fornication] *
Four-Ostagier, 4649,
*Foursene\ 6829.
'Frains, 21781 (II,ccix).
•Fraint, 7459.
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844
GLOSSAIRE ROMAN.
•Frail, 25754, 25733. [Fret].
•France, 110,6534.
•Francis, 190. [Fransis].
♦Frans,5031.
Frap (I, xctu).
*Freint, v. (II, xi). [Freindre].
Freise (II, ci).
Fremer, 15345. [Fermer].
•Freour, 10085. [Freor].
Friege, 25878, 27046.
Est-ce quelquefois le mime tens que dans ces
Ten :
II n'ea osast lochier por /rise
Qu'4 Homme avoil tel jtutise
Que lions n'osoit autre touchier ,
Ains l'estavoit as pars jugier.
H . A. Keller , Li romans des sept sages, p. 85.
Prise semble signifier crainte, defrire , trembler,
frlniir , fri(ge)re.
*Froiier, 29716. [Froier].
'Frois, 9161,19417.
Fruem, 15027.
*Fu, feu, 2441, 19852,13699.
•Fuer, 799, 21197, 23050, 26457.
*Fuere, employe pour fourreau (II, en). [Fuer].
♦Fuerre, 29294.
*Fuez (I, xcti). [Fuee].
Fuians, 29108.
*Fuie,v. 21661.
*Fuies, 7932.
Fuioit, fuioite, 954 , 961 , 1608 , 7111 ,
29540.
Fuir, 20222.
•Fuison, 10942.
♦Fuiason, 22582, 25324.
Fume (I, xcti )•
•Fua, 6956,26490.
Fuse (fut-ce), 29265.
Fuson (I, xcti).
•Fust, 9771, 11202, 11272, 17109, 29515.
Fust (cheval de) ( II, cxih).
L'auteur du Renard flamand (e"d. Willems , p. SIS),
en parle ainsi ;
Het is geli/c Helenus hout ,
Daer wilen die coninc Crompaert
A/had gemaect dat HOUTEN PAERT ,
Om lie/ten des Maradiga*
Dochier , die scone was , etc.
Ce rappel an roman de Cleomades ne s'arrete pat
Ik et Ta beaueoup plus loin. Voy. Biartadigas.
6.
*Gaaiog (I, ccliii). [Gaain].
*Gab, voy. gas.
Let gabs det douxe pairt de Charlemagne tont un
Ipisode fort gai et tout francais du roman du Voyage
a Constantinople et d Jerusalem. La tituation ou le
pr&omptueux Olivier te trouve ett tres-plaiaante
et mlritait d'etre traite*e par La Fontaine plutot que
par La Cbaussle. La Monnoye connaittait cet episode
et en parle d'apres le Galien-le-Restaure* ou il a e"te*
reproduit. Ghdnier en a fait le joli conte des Miracles,
Menagiana, Parit, 1716, 1, 110— 115, — OEuvres
deM. J. De Chtnier, III, 239—286, IV, 160. — Hist.
litt.de la France, XVIII, 710—13.
♦Gaber, 10549,20408.
♦Gabois, 13434.
* Gages, 15409, 50589.
•Gagnart, 4503, 13896, 17212. [Gaignart].
•Gagnon, 9303.
Gaians, geants(II, cxxi).
C'ett une tradition du payt qu'il y avait autrefois
des ge*an§ aux environs du Mexique. Lionnel Waffer ,
dans son voyage , en 1667, p. 367, rapporte avoir tu,
sous le gouvernement du due d'Albuquerque , des
ossemens et des dents d'une prodigieuse grandeur
qui appartenaient peut-etre a quelque mastodonte.
Les plus habiles du pays qui les examinerent dirent
que par les proportions, la tete devait avoir une
aune de large ; et le due, sur leur ide*e , fit faire
deux portraits de cette enorme tete , dont il envoya
un au roi d'Espagne .
Gailart (II, xxix).
♦Gaires, 27540.
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GLOSSAIRE ROMAN.
845
"Gaiter, 19501,25986.
Gaitiet, 10364,95189.
Gali, v. 19808.
'Galie, 7259, 17593, 26025, 28990.
Gallars,2871.
•Galoa, 17021.
'Gantea, 5996, 6940 (II, 698).
'Garandeaiat, 22756. [Garandtr].
*Garandie, 5955.
'Garant (a), 7588. [Garand].
•Garbe, 10105.
*Garder, 20767 (II, ran).
* Gardere , 29966. [Gardeor].
Garge, 29675.
•Garir, 1828, 14152, 14515, 16521, 22528,
28110,29581,50142.
*GariaoD,871.
•Gariaaon, 27775,29472.
'Garizon, 15549.
'Garnimena, 20812.
•Garnir, 19697.
Garniasi&,8249.
* Gars (II, mi).
•Gart, 17721.
•Gas, 18410, 19497 (I, cliith ).
'Gascon (II, ixix). [Gaacara].
•Gaater, 14512.
'Gaatiel,5789.
•Gaudine, 1987, 17727.
•Gaudir, 50010.
Gauhiere , 2089.
•GauDe (II, 697).
<Gaua, gain, 7819, 21280.
Gauane, 50872.
•Gaute, 15115.
Gayir, 5541 , liaez garir (I, 618).
•Ge, 26475.
Gedefer (II, cxti).
♦Gehir, 252, 498, 10161. Voy. jekir all. ges-
tekcn.
Gelesnez (I, xcti).
'Celine, 19578.
•Gem me, 1821, 11455, 28550. [Geme].
'Genglois, 18899. [Genglerie].
•Gengleours, 14088.
•Genillona, 11770. [Genoillon].
*Genme, 18797. [Gemme].
*Gens (II, xrm , ccxxxix), 29420.
•Genteliae, 9057. [Gentileaae].
'Gentiua, 16447. [Gentieu].
'Geair, giair, jesir, 1979.
Geaquea (II, xi).
*Geate (II, xth, cclvii).
*G^u,v.2192.
Geule, 25568.
*GeuDera, 11675. [Geuneir].
*Geus, 11125.
•Ghille, 25069.
•Chillier, 17627. [Ghileur].
•Gibiea, 22214.
Gieraia, 14508, 25096.
•Giere, 8107, c'eat-a-dire G'iere.
•Giere, 15155.
Giermainne, 20568.
•Giernona, 19161. [Grenon].
Gierpie, 12271,17152.
Gierpir, 4612. [Guerpir].
•Gierre, 18281, 19445.
•Gieate, 5650 (11, 700 ). [Geate].
Giet, yerbe,9260.
•Gieter, 10581, 19587, 21198, 21254. [GeterJ.
•Gille, 1075, 2625, 12666, 12850, 24555,
28888. Voy. Guile.
•Gillier, 5115. [Gileor, guillon].
♦Girfaua, 17180. [Gerfault].
Giroit, t. 16266.
•Giaarme, 7571, 15086.
On tfcrivait Igalement visarme t juisarme ou gui-
sarme. De Martonne, Paris* la Duchesse, p. 146.
♦Giu, 14704.
•Giu(a), 18295,18411.
•Giu parti, 21022.
Giut (a'a), 16552.
•Glatir,7378.
•Glavie, 5486. [Glare].
Gleste (II, ci).
•Glise, 920, 11688. [Gleae].
•Glorie, 20919.
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846
GLOSSAIRE ROMAN.
*Glose,v. 27319.
•Glouton, 7507. [Glouz].
♦Glui, 30248. [Glu].
*Gois,3429.
*Goit, 12136.
Gone, 24406.
'Gonnelle (Grise), 14815.
Gorge, 13283.
•Goulouser , goulouzer, 6329, 9126, 18767,
24639, 27730.
'Gounes , 3494, 24988. [Gone].
*Goupis , goupil, 2926.
Goupius, 7351, 13436.
*Gourdines, 11596.
♦Goy, 14421.
*Graal (II, lxi).
Gracie, 4813, 25614, 31060.
Grae, 24638.
Graet,9665.
*Grailles, 2204. [Graile].
'Graindres, 20188, 30162. [Graigneur].
Grains, 786, 22114.
Gramanh (II, ci).
Gramier (I, clxix).
Gramimund ( II, cxti). '
* Grams (I, cilviii).
*Grandece, 9832. [Grande tee].
•Grant (II, xivn), 14432.
* Grant pieca, 50142. Grand* piece o.
Graouilly ( II, cxlviii).
*Graviele, 20754. [Gravage].
Gravier, erreur, 4554, 7703, eorrigee9987
(1,620).
'Grates, 9561.
♦Grenons, 5475, 25121.
♦Gres, 10217.
Grevainne, 8211.
Grevemenee, 21215.
* Greyer, greyer, 750, 10599, 16273.
Greyle (I, xc?i).
*Griement, 24986.
♦Gries, 17411. [Grie].
♦Griet, v. 17670. [Grie].
'Grifagne , 4767. [Grifaigne].
•Grignour, 1270, 2369. [Graigneur].
w *Gringolette (II, cxti).
♦Gris, 24198.
Grivet (II, cxti).
*Grivez (I, xct).
*Grogne (ne qui), 15133. [Grocer].
♦Gros, 18694, 1900G.
'Gruiers, 27332.
Gu , 27720.
'Guarisson , 21446, 22259, 26081. [Garison].
*Guarnison, 21150.
Guarra, v. (II, xtii).
Guarrantisun (II, xix).
*Guaste\ 15583. [Gast<*].
♦Gueuche, 51057.
'Guenchir (II, clxxix). [Guencher].
*Guerioit, 50516; du verbe guerier.
Guerir (I, clxtii).
•Guerre, 15798.
*Guerredon (II, xtiu).
* Guerredonner, 3570.
♦Guerroia, 19043.
'Guiars, 29497. [Guicour].
Guiaus, mal traduit par Chefs, 9045, corrige
11095 (1, 622), 20814.
*Guie,v. 30101.
•Gutea, 24108.
♦Guieur, 30084. [Guiere].
•Guile, voy. Gille et Ghille. [Guille].
L© recueil de M. A. Jabinal intitule* : Jongleurs et
trouveres , Paris , 1836, in-8°, contient, pp. 68—08,
une piece intitule De dame Guile.
En Artois, en Flandre, en France
A dame Guile grant poissance , etc.
•Guimples, 25676.
•Guioient, 12947.
Guise, 2918.
•Guivre(II, xr).
Gut, 9116, 20542.
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GLOSSAIRE ROMAN.
847
Haerea , 84015.
Haibiers, 1522.
'Halne, 41. [Hai'ogne].
* Hait (a), 4713.
CI. Marot, jipistre V;
Si lung son rit, si l'aoltre est t son hmit.
C'est-a-dire a son plaitir : do la souhait est I'an-
cienTerbe haiter, faire plaisir.
'Haities, 6045.
*Hanaa,7941. [Hanap].
'Hanepier, 416. [Hanapier].
'Hanate (II, in).
* Haor, 25469. [Haoirj.
Haraz (I, xcyi).
* Hardement , 9989.
Hardia, 12410.
* flarme, 15565. Voyez Arme.
* Hamas , 6165.
Harraa, v. (II, ccxui).
•Hara,7272.
' Haacie, 4305, 18173. [Haachie].
* Haater, 23675-
* Hauberc ( II, xxiy, ctii).
'Haubiera,3745, 18859.
•Haacier, 17251. [Haucher].
♦Haua, 12477.
Haus (de) , 2077, voy. Baa.
Haute, 12544.
'Hautece, 977. [Hautesce].
Hauteclaire , 7 198, 8576 ( II, ci ).
* Hayot, 21050, 25250. [Havon].
Heent,7707.
* Helme (II, xxit, xxxi).
Henea, 5189.
Heoneres (II, cclviiiJ.
* Herberge (II, x?m). [Herberage].
Dans les Nibelnn$en , t. 682, on lit :
Man suchte herberge , die besten , die man vant,
Sif rides chnehten
* Herbergerie , 9147.
•Herde(I, xct).
Hermioe, voy. ermine.
Cf. : Explication du mot tfhermine en armoiries.
Paris, in-4© (Biblioih. Thuana, 488, Bernd., Schriftk.
den Wappenw., 880).
Sur la cause de Introduction de rhermine dans
les armoiries, J. D. Kohlers Munzbelust. y XX,
880, etc.
Hes, 19592.
He ties (II, ccxli).
•Het,9377.
Heydroit (Hait-droit), (I, 600).
Hidoua,8515.
On a pa se convaincre que la langue en se per-
fectionnant a returned oux terminaisdns pleines et
sonores pour des terminaisons sourdes : hideux pour
kidoux, empereur pour empereour, etc.
* Hierbejer, hierbeger, hierbreger, 897, 2086,
5164. [Herberger].
Hiermie, 10547.
Hierst , 298. Voyez Ahierdre.
Hirecies, 23894.
*Hiade, 28257. [Hiapide].
•Hontage, 10034.
*Horloge,2561.
Gil les de Paris , dans son poeme de Carolinus ,
ddcrit Thorloge envoyde a Charlemagne par Haroun-
Al-Raschid. Gette description est asses obscure. En
voici la fin :
Ad totidem sub momenlo cujuslibet horte
Progrediens de materia fabricates eadem,
Parua fenestrates claudendo eque stria rimas ,
Cuspide pulsabat reserabat el ostia miles.
L'horloge de S^Lambert de Lirfge a 6t6 dlcrite
par Georges Braunius. Elle est representee dans les
ceuvres d'Angelus Rocca. Falconet , Dissertation sur
Jacques de Dondie , Acad, des Inscr. XX, 450.
On se souvient que dans les poeaies de Froissart
(id. de M. Buchon, m-8<>, pp. 143—188) on trouve un
poeme intitule* : Orloge amoureus ou la poe*sie tech-
nique , s'il est permis de parler ainsi, a pen de chose
a envier a Plcole de Delille.
Houbet,7137.
Houbieler, 7578.
Hoome, 51047.
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848
GLOSSAIRE ROMAN.
•Hourder, 25031,28757.
•Houset,3458.
'Huant,5955.
*Hucier, 2115. [Hucer].
Huciet , 18595.
'Hueses, 16962, 19224. [Houses].
Hoet, 29705.
•Hui, 7112,21615.
'Huiant, 15842.
*Huie, v. 30150.
•Huimais, 21625.
*Hu8tin,2651.
I.
* Ice, 13857.
*Icil(II, xxxu).
Mcist, 25533.
Merent, 19535. [lire].
♦lert (I, clxhi), 18646, 50784.
Mes, 14566.
♦Iestre, 3344, 17560, 24460, 28448.
Me , 16544.
*Iluec, 2223. [llec].
Modes, 13257.
Mnfiers, 5714, 21988. [Infer].
Let fragment de la corretpondance de Rubent
avec I'abbe* de Gembloux Cb. Reginald d'Ursellc ,
fragment a cote* detquelt on dltirerait Yoir le texte
original puitqu'on temble fonde* a y reconnaitre
plutieort anachronitmet de pente*et et de fait*,
nout tignalent (p. 100) Dante comme ayant em-
prunte* la conception fondamentale et plutieurt det
ide*et accettoiret de ton poeme a la Tition da jeane
Albe*ric , moine du Hont-Cattin. Hait ce qui fait le
mtfrite d'Alighieri, c'ett moint la fiction qui tert
de bate a ta menreilleute Ipople et qui appartenait
a tout le monde , que le talent sublime d'exlcution
qu'il y a developpe* , et ton incomparable puittance
de creation dant let dltailt. Autant vaudrait dire que
la Divine comidie ett une imitation de la Tition du
chevalier irlandait Ton da 1, dont M. Octave Delepierre
▼ient de traduire le texte latin, pour la tocie*te* det
Bibliophiles de Mont, ouvrage curieux cependant,
quoique dlnue* d'imagination et de po£tie.
Irage, 25591.
Mrascus, 22287.
*Ire, 7953, 18129.
Mrer, 24435, 27322. [Ireer].
Iretes , 844.
•Irte, iriez, 14885, 24005, 24437 (I, cxlyiii).
Mrour, 14547.
Iscampon (II, xix).
Mai, 12528, 13751,15698, 29066. [Issi].
Msir, 12254. [Issir].
Islet, 14328.
Isliel, 14335.
Msneax (II, ccxt). [Isnel],
Msniaux, 5806.
•Isniele, 7701, 24432.
• Issir, 17455, 18780.
♦lstera, v. 12542. [Istrai].
Mstroit, 10985.
Mtant, 1870, 15295, 15548, 14311.
•Itel, 11715.
•Iviers, 27335, 50255. [Iveir].
Ivraice, 11674.
Ivrecce, 7757.
♦Ja, 24956.
Jabois, 28264.
Jacobin, 28819.
* James, ja mes, 2692. [Jamais].
Jehir, 10161, voy. gehir.
* Jenellons, 11166, voy, Genillons. [Jenoilhon].
•Jengler, 7520.
•Jercast, 18927.
Jergoe, 15050, 23432.
•Joians, 5424,11079.
*Joie, 28868.
•Joies, 24767.
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GLOSSAIRE ROMAN.
849
* Jotouse , 6pee, 12155. [Joyeute].
La faux Turpin, I, 493.
•Joia, 50584.
•Jolive, 12854.
•Joncte, 7158. [Jonquier].
•Jor, 17555.
•Jornel, 50526. [Journel].
•Jorner, 11745.
•Joate, 17154.
•Jostle (II, xtyh). [Jouatee].
•Joatea, (II, x).
•Jou, 8642, 28176.
•Jouate,976.
• Jovene,plutot Jouene, 489, 1718, 2556, 2751,
2871, 4681, 6650, 7007,9511, 11018, 12194,
15891, 19579, 25174, 27547.
Dodd4 tn»yit un viel ferranl.
Et je «ui chi xuxtfouene enfant*
H. A. Kelleb , Li remans des sept Sages, p. 97.
* Joy ease (II, cm).
* Jueus (II, xti). [Juia].
•Jugierea,8409.
Juiaua, coy. Guiaua, 11078.
♦Juiae, 15699.
* Jule, 8296.
Julie, 11902.
Jumena, 21962.
•Juner, 25509. [June].
•Jung, 12855, 25955.
•Jur,y. 26655.
»Jur<§, 25026.
* Jua, 6494, 7794, 18411, 29710.
* Jus (<£), 26625.
Jii8ter(II, iit).
•Justea, 5479.
•Justicer, justicier, 10091, 26627. [Justiaer,
justiaier].
K.
•Race, 22176. [Kache].
•Racer, 24851,26827. [Racier].
•Raeate\4975. [Caeatf].
•Raiere,4715.
•Raine, 27154.
•Raillos, 17721. [Cailloa].
•Ralans,61. [Calans].
•Ralengoit, 20551. [Calanger].
Kallau,5896.
•Rameul, 1244. [Camel].
•Rameua, 6510.
•Rampion, 5355. [Champion].
•Ranboriere, 27101. [Chamarier].
•Ranciel, 6560. Kantiel , 7197. [Canchel,
chancel].
•Ranel, 22881. [Canel].
•Range, 28455. [Change, cange].
Ranivet , 20197.
•Ranonnea, 1100, 17505. [Ranoiane].
•Rape, 2197. [Cape].
Rapemonde , 27086.
•Rapiteles, 25481. [Capitele].
Tom. II.
•Raraitea, 1157, 21528.[Carrette].
Rarbonniera, 1828.
Raretil, 8968.
Raretiu8,8942.
Rariere , 19725.
Rarin,6765.
Rarougne, 29560.
•Rara, 1157, 17158,17159.
•Ras, 25912. [Caa].
•Raatiel, 2255. [Caateaa].
•Raatier, 10050. [Caatoier].
•Rat, 28215.
•Ratel, 26656. [Catel].
Ratier, 28250.
•Rauage, kavage, 9870. [Cavage].
Rauroia, 1155.
Ra?ie, 26528.
Kaweron (II, xix).
• Rewis , 11582 j du verbe Mr.
•Remugne, 25155. [Quemun].
Renon , 25840.
•Rerra, 14565, 20901.
107
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850
GLOSSAIRE ROMAN.
♦Kerroit, 28910, 29875.
*Kesne, 3445. [Quesne],
'Keudre, 2851. [Queudre].
♦Reus, 6305, 6964, 9964, 15540, 24202.
[Queux].
*Keusi,8192. [Coisir].
*Ki, 24214, 26822.
Ki que. 1710.
Kief, 29232.
'Kienaille, 10285. [Chienoaille].
*Kierue, 17047.
Kioutes, 21331.
Eius,25142.
Koges, 20947.
Koyes, 20947.
L.
*La(II, xix), .
•Lacie, 29215.
* Lagan, 7081, 17875, 24843,
Lagne , 13668, 24424.
Laiaiee, 3849.
Laidement, 27618.
♦Laidir, 17319.
Laiditesme, 17351.
*Laidures,7584.
4 Lain, 16139.
Lainsiel, 12651.
¥ Laira,8952.
*Lairis,7854.
Lais, 2461.
A cet endroit on a explique* le ters :
Asses i etkambres ot lais
par : II y eut assez de chambres et mSme de grandes.
Mais lais veut plutot dire ici liens cpfttendues
{lata), comme dans cc Yers cit£, II, en :
Lai ou l'ocist Maucoa de Yalfondee.
(I. 616 )-
*Lais, dans differentes signif., soit adj. soit
subst., 528, 934, 26108, 30766.
Laisor, 24668.
Laisour, 23212.
*Laist,y. 20323.
•Lait,adj. et verbe, 6039, 11785, 12092,
20190, 20778, 25928, 50768.
*Laitres, 1967, 26160. [Leittres].
'Lance, 14650, 17457.
* Lance sor fautre, 4659, 4875. (I, 620),
50064, voy. Fautre.
Lande (II, xu).
Landegrave , 20557.
*Lange,4685.
*Langoustes , 12558. [Langoste].
•Laniers, 7217, 25987.
*Lanniers, 17229.
'Laoustes. 12558. [Langoste].
'Largaice, 10851. [Largesce].
*Larnesse, 15709.
*Larriz (II, xxxii).
*Las, lasse , malheureux-se , 6807, 21299.
u lasse , dit-elle , dame Pernette , je suis dif-
famee.... » B. Des Perriers , Contes et nouvelles ,1,
204. Ital. Ohi me lasso/ He'las ! n'est qu'une syncope
de cette expression.
Lascie, 5881.
Lasqes, 10817.
Lasque, 6146, 6575.
♦Lasser, 25780, 50074.
*Laste, 20186.
•Latiniers (11,696).
* Latins, 529.
Latre, 12287.
'Leceours, 22455. [Licheor].
'Leceur, 5851.
Lecier, 55.
Voy. Nouveau recueil de fabl. et contes par leop ,
1,301-306.
La devise aus lecheors.
Dans un vocabulaire de Jean de Gar lande, auteur
du XI e siecle , Tocabulaire dont H. H. Gdraud a
donne* nne Edition a la suite de la Taille de Paris
en 1202, p. 611, on lit : In hoc loco agit actor de
instrumentis lkcatorum. Leoator se tradnit tout natu-
rellement par Uchtor.
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GLOSSAIRE ROMAN.
851
H. Gtfrand ne semble pa* avoir connu l'extrait tire*
par M. Mone du diet, de Jean de Garlande, An seiner,
18*6, 496—496. M. Mone s'est seryi d'un MS. de
Cambrai , n«* 867. Cet extra it appartient a an oovrage
compleHement distinct de celui qu'a imprime*
M. Glraud , quoiqu'il porte aussi le titre de Diction-
narius.
•Leciere, 25115.
•Lee(II, xxyii).
•Legaa, legat, 22935, 50453. [Legault].
Ugerie , 4977.
•Legiera, 715, 4473, 9905, 17164, 17165.
Lendemain (a), 9079.
♦Lendi, 12719, 12722. [Lendit].
Lerea, 6799, 8126, 12287.
* Lea , lea, 19234, 21760, 28516.
Leae (I, xcyi).
•Lea-lui, 14094. [Leali].
•Let, 15573.
Letre* (II, xiy).
•Letrin (I, clxi). [Lectrin].
•Leu, 520, 19049.
Leurera, Leurez, Levrez, levriers (I, xcyi,
zctii).
•Leua, 50685.
•Lev<§,248.
•Liart,7084.
Licenses, 51214.
•Licee, 21561, 26580.
•Lament, 26455.
•Liea,Li«5a, 1256, 5426.
Liet, 11119, 21052.
•Lige, 4012.
•Lig4e, 17697.
•Lignagea (II, ii).
•Lignie, 15976,26555.
Limoge, 7222, 20556.
•Linlignee, 1505, 6249.
Lin, vehement, 4685.
Linage, 405.
Linaghe, 9508.
•Linciel, 12579. [Liuceue].
Liaaona , 10488.
•Lite, 5995.
•Liu, 15169,24914.
•Liueee, 26208.
Liut, 4609, 27574.
•Liuwe, 19557. LLuwe].
LWerroit, 11646,25545.
•LWre, 5882,8305,17723.
♦Livr^ea, 19797.
'Livriaona, 26084. [Livroiaon].
'Livrieaona, 27058.
•Loement, 23448.
• Loeniaiena (II, cccxin). [Louiaiena].
Roquefort, dans son suppl., donne louisiens, mais
dans un ancien registre des jure** deTonrnay qui est
a la bibl. de cette ville et qui appartient aux XIII* et
XIV e siecles, on trouve souycntlonieiens, Exemple:
S'on ventj cent de piaus d'agniaus « de moutons
u de kievres , li v en dans doit IT loriziers ,' etc.
♦Loer; 359, 2670, 6622, 14035, 14543,23709.
Ou tantfutd loer, phrase frequemment employee
par )es trouveres; dans GSrardde Vienne on lit pour
la rime ou tant fu aloie ou d loke, II, cu.
Loet, 21323.
Loewe (II, cxvn).
C'est le nom du cheval du heros Germain Hilde-
brand. Bans le poeme latin de Ge>aud, lepalefroi de
Waltharius s'appelle aussi Lion , Leo.
Logea, 29685, 29705.
Logiea,7501.
Logne, 22298. [Loignea].
♦Loi,aloi d'iriet, etc., 5859, 6642, 6745,
12735, 14817.
•Loiaua, 23300.
•Loiiea, Loiiet, 7790, 10764, 12526.
Loise , 30524.
Lomble,5911.
•Longe, 15585, 21185.
•Loraina, 19200,21456.
•Lorea, 10600 (II, x).
•Loa, 19584,25957.
•Loaengier, 8426 (I, clxiy). [Loaanger].
• Lou , 18709.
• Louier (fauls) (I, clx).
• Louiera , 5568.
Loumer (II, lii, cclyji).
• Loupe , 22942.
•Lour, 25859.
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852
GLOSSAIRE ROMAN.
•Lues, lues, 358, 1785, 24635. Espagnol : Lupars,6715.
luego. Lur (II, xy).
* Luissel , 12579. [Luisel]. Lure (I, xcvi).
♦Luke, 196, 1011, 21794. [Luiste]. *Lyois (I, clxx).
•Mace (I, xcti), 7611, 10029.
Magres, 6976.
•Mahagner, 7330. [Mahaigner].
*Mahaing,97.
Maice , 9235.
•Maiere, 1122.
•Main, 10643, 15702, 21609, 26002.
•Mainer, 12190.
Mainniers, 22300.
•Mains, 27874, 31174.
Mains (a), 18281.
Mains (del), 26609.
'Mainsnes, 2556.
•Maint, v. 5455.
Maintendrois (I, clxi).
'Mairiens, 11812, 22450, 24424, e. Merrain.
Mais, messagers, 28077.
•Maisele (II, xvm).
Maisiel, 7497.
Maissons, 10761.
* Mailre , v. 9298, 15384, 28480.
Make, 7618.
•Malage, 15351.
Malague, 12015.
•Malbaillis,6186.
*Maldehait,6897, 17050.
•Maleicon, 28199.
•Maleie (I, clxviii).
♦Mateoit-e, 5594,13710.
Malevirous, 5072.
Malhaittes, 22262, 28483.
Malheur. Voy. maus.
Ge mot est tres-ancien et se retrouve dejfe dans
Gregoire de Tours. Lorsque la fille de Chilpenc te
disposait a partir pour le pays des Goths , des pri-
mages menac,ans se manifesterent : Jam vent vaU-
faciens puella, post lacrymas et oscula, cum de
porta egrederetur, uno carrucm effracto axe, omnes
Kaxa-hora. dixerunt , VI , 45. On reconnait en outre
dans ce passage l'origine de l'italien carroccio, d'ou
carrosse.
Malise, 360.
•Mallart,7215.
•Malle, 14282,50148.
•Malle, v. 22158.
* Mai mis, 29659. [Malmettre].
•Manaie, 5885.
f Manaient, 1082, 1795. [Maner].
•Manant, 19959.
Li rois les esgarda , Lion les a a talent ,
S'a Gautier done fief et fait rice manant.
US. delabibl. roy. de Paris, suppl. fr n^MO*,
fol. 18, recto.
Provencal : manentia, richesse , particulidrement
richesse territoriale, manens, riche, enrichi. C. Fau-
riel, sur Guill. deTudele (?), p. 677.
Mane, 8820.
•Mande, 18397.
•Manecer, 5860. [Manecher].
Maneis (de) (II, xir).
•Manestrel, 6298. [Menestrel].
•Manestreus, 22433, 23251.
Manevie (II, it).
• Mangonniaus , 19564. [Mangoneau].
¥ Manguea, 17780.
•Maniere, 29595.
Manners , 21816.
Mansiaus, 1789.
•Mansion, 5949. [Manse].
•Mant, 2166, 10515, 28375.
•Manlenra, 8823. [Mantenre].
Mantia , 9807.
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GLOSSAIRE ROMAN.
853
•Mantiaus, 25911. [Mantel].
•Mantiel, 18834, 19061.
•Mar(I,cixiY),20024.
•Marastre, 27445.
Ware, marche, 29404.
*Marce, 4643, 14080, 14629,14841. [Marche].
* Marceans, marceans, 805, 6585. [Marcheant].
•Marche, 10111.
•Marcies, 19858, 25639. [Marchies].
*Marcis, 2588. [Marchis].
•Marciser, 28289. [Marchier].
Marcist (II, xlv).
Mardi, 15477.
Margari (II, xxti, xxx), 14134.
* Margerie , 24516. [Marguerie].
Mari, 9271, 16355, 24475, 24577, 27499.
•Marine, 19804.
•Mariskal, 1526. [Marissal].
•Maronniers, 61.
* Maronniers , 17587.
Marques (II, ccl?iii).
* Marrublier, marguillier (I, cliiii). [Marillier].
Mars, 2485, 18869.
•Martians, 1666. [Martel].
Ce mot est ancien dans la langue francaise. Comme
surnom d'homme, il semble rlpondreau Tuditanus
des Romains. Attila se donnaita lui-memc le turnom
de MarUl.
•Mase, 22275, 29584.
'Maserins, 21102. [Madre].
Masi, 12901,25928,26344.
Masieres, 12294.
Masser, 8256.
•Mat, 4039.
•Mates, 878.
•Matis, 22114.
•Maofais, 19234.
'Maufes, 28537.
'Maugr6, 19648.
•Maus, 21563,26564.
•Mautalent , mautelent, 4601.
•Mauvis, 21451, 25428.
Mauvesses, 18839.
•Mechant (voy. Mesceant).
Vient de msschiir. On disait aussi meschlanL
•Mecine, 2229, 9788.
•Meciner, 7864, 19783. [Mechiner].
• Meesmement , 246.
•Meis (II, xiu, xyi).
Meisele , v. (II, xnu).
Meisme (il), 25482.
•Mellours, 20670. [Millour].
•Men (II, xi).
•Mena-il, 12244.
Mence, 11368.
•Mencogne ,16302. [Menchoingne].
•Mendis, 26262.
•Menes,7982.
•Meneur, 17172.
•Menlee, meslee (barbe), 15637. [Meslerj.
Dans le roman de Gilles de Chin on lit p. 80 :
a ail ! messire Gilles, quant ce venra que Tout avis
» l'eage de L ans et que tous aret les cheveulx mer-
9 lis, et le plus fort de vostre eage passe*, alor*
u sera temps que prendls la croix...» Ici merles reui-
place tnesU.M. Em. Gachet avait d'abord conjecture
que ce mot ▼cnait de merle ou marie, espece de terre
grisatre, et que cheveux merle's signifiait des cheveux
gris. En conservant la meme signification, U a depuis,
avec raison , renonce* a cette etymologic
•Menour, 109. [Menor].
•Menres, 20208.
•Menroit, 25368.
Ment, v. (II, xxi).
Mente , 21609.
•Menu, 25054.
Mer (outre-), 17831, 19839.
Mercez (II, xxm).
•Mercit,2186.[Merchi].
Mere-Dieu, 16375.
•Meriaus, 9109. [Mereau].
•Meridiane, 9009. [Meriane].
•Merir ; 4793.
•Merrain, voy, Mairiens.
AuXIII c siecle le quai de la Grove, a Paris, e*tait
ditrue aux Mer rains. M err inter , maironnier, oiar-
chanddeboisde charpente.De LAuInaye, Glossairv
de Rabelais ,111,292.
Merveilleuse (II, cm).
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854
GLOSSAIRE ROMAN.
•Mes,mes,34, 872, 5055, 5853, 9585, 13935,
18753, 21345 (I, clx ; II, xvi, xxn).
Mais, mon, messager, demeure.
Mes, v. 20018,28873.
'Mesage, 16238.
* Mescal, 26335. [Meschaoir].
•Mesceant, 8021, 27568, voy. Mechant. [Me#-
chans].
Mescies, 2322.
•Mescine, meschine, 738, 1973, 11684 (I,
cclui). [Meschine].
•Mescr&indise, 8825, 28231.
Mescrees , 15999.
•Mescrei, mescreist, mescrut, 10565, 11188
(I, cxin). [Mescroire].
•Mesdit, 17359.
'Meserre, 17017.
•Mesestance, 1280, 1523, 11325, 21024.
•Mesfet, 28396. [Mesfait].
•Mesiaus, 11377,30887.
•Mesist, 28307.
Meskei, 17101.
'Mesnie, 729, 7113,9123.
Mesplegies , 50264.
•Mespresure, 24675. [Mespranture] .
Mespriser, 24740.
•Mesprison,9921.
•Mesproison ,15183.
•Mesproisson, 6967.
Mest,v. 17011,29924.
•Meatier, 649, 14880, 17829(11, ccxliii).
♦Mestires, 9363, 25116.
•Mestres, 9797, 14059, 24757, 25354.
Mestre-abbaie (I, clxix).
MetroDt (se), 21582.
Meuble, 17693, 29971.
Meut, 30464.
•Meule , 10327, 25569, 28867.
Mi, 26667.
*Mices,9109.
*Mie, 18410.
*Miedi,2982.
•Mierc,7297.
*Miercit,5169. [Merchi].
MierviJler (s'ent) ? 13934.
*Mi&,9567. [Miels].
*Miez (II, xm).
Milaite, 10918.
Mile, 11058.
'Millour, voy. Miols.
Carpentier, citant une epitaphe ou ce mot est
employe*, le fait d&taer ridiculement de l'anglais
milord et l'explique par homme noble. C'est aller
chercher bien loin ce qu'il avait pres de lui, et
obscurcir les choses les plus simples. A. Le Glay ,
Becherches sur tee premiers acies publics re'diyis
en fran$a%8, 2 e e"d. p. 82, note.'
Mimore, 11822.
Mineours, 3456, 25868.
Mineurs , 26234.
•Miols, 3294. [Miels].
Dans l'hymne de sainte Eulalie (Elnonensia, p. 24)
il y a Melt.
•Mioudres, 316, 31011.
*Mious,2193.
•Miraillers, 18738.
•Mire, 17981, 50228 (II, xix).
•Mireor (faire), 9904.
•Mirer, 10370, 18758.
•Mis, 18708.
Mise>icorde, 25398.
Miserion (II, cxvii).
•Mist, v. 23624.
•Moiiens, 27646. [Moyen].
•Molin,9115. [Moliere].
•Mollier, 677. [Moiler].
•Monciel, 13948, 18431. [Monceau].
Monder, 1275, 5315.
. •Moneez (II, ccilii). [Moneer].
•Monjoie, 6950, 7047.
* Monniages, 2608, 14377. [Mongniage].
Monnie, 14574, 17504.
Monniiers, 18169.
•Mons, 17629, 23926.
•Mont, 137.
Mont (la moities de tot le), 10850 (II, vi).
Cette opinion du milieu du monde n'est pas si
ridicule qu'on pourrait le penser, eu egard a Fdpoque
ou elle a du prendre naissance, et n'appartient pas a
T ignorance du moyen Age. Chet les peuples de
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GLOSSAIRE ROMAN.
855
rOrieot let pointi cardinaux tont dtftigntft email -
matiquement par dei couleuri , le If ord par le noir
(let ttfnebret), le Midi par le rouge (la lumiere), PEtt
par le vert (la verdure, le printeropt , etc.) , TOuett
par le blanc (let frimat). Autti en Chine et dant
d'autret payt det qu'on voit une porte de ville peinte
de Tune ou l'autre de ces teintet , ou peut t'orienter.
Or placont-nout au centre de la Jude*e. Au Herd nout
avont la mer noire (o'ett-e-dire du Word), au Midi le
golfe Arabique ou mer rouge (o'ett-a-dire du Sud) ,
a POuett la mer Mtfditerrane*e appele*e mer blanche
ou d'Occident par let peuplet atiatiquet , et enfin a
l'Ett le golfe Pertique ou mer verte, e'ett-a-dire
Orientale. C'ett done It une tret-vieille croyance
ge'ographique qu'on retrouve e*galement en Chine ,
V Empire des quatre mere,
•Mont (a), 21500. [Amont].
•Monte (II, ccxt), 24950.
•Monteplii£, moutepliie 13166.
•Monter, 30855.
♦Monies, 30768.
•Mordere, 8127. [Mordreur].
•Mordris, 17896. [Murdrir).
Moreis (II, xiu).
Mores, 30006, 31244.
•Moriel, 7082 (II, cxvn). [Morel].
•Morir, tuer, 9431.
Morroit, 19363.
•Mora, 12058, 23368.
•Mort, 4826, 13223. Mort deservir, 5391.
•Morteus, 7165. [Mortiex].
Mortore, 27116.
Mortuore, 24142.
Morn ,12535, 17981, 18314.
Moa de la cace , 2099.
•Mostier, 18768. [Moustier, muster].
•Mostre,7838.
•Mote, 13397,13527.
•Moullier, 10543, 17626 (I, clxiii). [Moulier].
•Moult, 28162.
•Moune, 1494, 22695. [Mounjhe].
Mourne, 26237.
•Mours, 2820.
•Mout, 286.
•Movoir, 19516, 28864. [Mouvoir].
Mue (a la), 20944.
Le mot mue quand il entre en composition, repond
a Panglait mouth, au flamand mude ) muide, muthe,
monde, embouchure, et tuivant Gramaye , promon-
toire. Un diplome del'empereur Henri V de Fan 1 119
(Mirarot, I, 83) porte : Qua sita est in burgo qui
dici tur Antwerp f omnem dec imam, qua confine tur a
terminis Santfliten usque Ouhbehuthkn.
•Muet (1, clxxti).
•Muiel, 11273.
•Muir-je, 8655.
Murer, 20762.
Murglies (II, cm).
Murs, ne signifie jamais fourrure mais mulets
ou murailles, ou venus a malurite, 610, 2700,
6510, 6706, 8952, 11082 (I, 608).
Musagine (II, cm).
•Mus, 19624.
•Musart, 14207.
•Muser, 25120.
•Musike, 11728. [Musique].
•Musics (II, xviii).
•Nafre(II, xix).
Nains (II, cxxviu).
Dant le livre det he'rautt ou Heldenbuch le roi
Elberich ett un nain difforme et rute\ C'ett VAlbericH
du Gehornte Siegfried, he>ot qu'on retroute dant let
Nibelungen. Alberich veut, a la tete d'une arme*e de
naint , remitter a Siegfried qui , apret avoir tue" let
douse gtfant qui tervaient de gardet aux filt du roi
det Kibelungen , et avoir immold cet deux princes
eux-raemet , s'tftait empare* de leur trltor et de leur
royaume. Dant let Nibelungen Alberich ou Albrich
ett tf galement un nain , getwerch :
Do-ne chund, Un niht gestriten das starch* getwerch, etc.
V. 397.
•Nais, 12636.
•Naia,Nays, 2543, 6303.
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GLOSSAIRE ROMAN.
Nait, net, 27417.
* Naquaires (II, 700).
*Nassence, 28692. [Naissement , naissaunce].
'Naturaus, 842, 4412.
'Navie,5252.
Ne, sans que, 21026, etc.
Ne, 17176.
♦Nef (II, 698), 12190.
•Negun, 25314.
'Neir(II, xm).
Nerf (II, xiii).
•Nes, 61, 21030.
♦N&un, 30013(11,696).
Net (natus), 26046.
'N&i,v. 12428.
♦Nices, 17645.
•Niche, 26.
♦Niecains, niecains , 1210, 23035, 24912.
[Niechin].
•Nient, 959. [Neant, noiant, niant].
M. Ach. Jubinal (Li fable I dou Dieu &* Amour* ,
p. 20) dit que nient vient eWidemment de niant.
Nous croyons plutot que niant vient de nient.
*Ni<§s, 15061, 16766, 17972, 19640, 24559.
[Niez].
N'iotcelui, 19227.
* No, 22254.
•Noble, 23067.
•Noe,5999.
•Noelleus, 5887. [Noilleux].
•Noer, 2912.
•Noient, 356.
•Noient (pour), 14219. [Pour neant].
Noiiel , 6010.
•Noiies, 18228, 20035, 20333.
•Noisier, 6819. [Noiser].
•Noisses, 3008. [Noise].
•Nonne(a),21119. [None].
• Non pour quant, ou qant, 668. [Non porquant].
*Norecon, 24598. [Nourreoon].
•Noreture, 11439.
•Noris, 19467. [Norir].
Nosces, 13729.
Noumeement , 14020.
•Nourecon, 2741.
•Noureture, 17163.
•Nouveliers, 8094, 8798.
•Noviel, 31231. [Novel].
•Nu&, 21456.
Nuevembre, 18624.
Nuisans, 28569.
Nuituns (II, cxlv), 23127.
Le poeme du Eenard et son commentatcur M. Wil-
lems donnent encore d'autres nomi flamands de
lutint et d'intelligences surnaturelles, tela que Baku*
mijn, Meerkat, Osschaert , Shkkeman , Langewap-
per, etc. Reinart, pp. 243—44.
•Nului,5954.
*Nus hons (I, clxi).
♦Nut, 25107.
Nye (I, xct).
O (II, xix).
•Obeis, 24550.
•Obiers, 14280.
Obscurte , 24834.
•Ocesisent, 10257, 28207.
•Ocisent, 20464, 29109. [Occident].
•Od,o, 251,15952. *-
•Oel,3759.
•Oelles, 26827.
•Oes, usage, utilite, 6285, 14101,15070,
15169, 20121.
•Oes(oie), 19579.
Oes(undi), 29800.
•OEvre, 12647.
•Offendoit, 4054.
Offiers, 51142.
Offres, 25852.
*Oi (II, xxn, xxvi).
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GLOSSAIRE ROMAN.
857
•OH, 15711.
•Oil*, 10484, 10942, 15976.
'Oir, 9547, 12959, 15975, 15009, 15196,
18514, 18515, 90767, 97674.
Oir pour or, ore , 97448.
*Oire,9587, 9545, 97170.
•Ow, 95590.
•Oia, 99499.
•Oiaiel, 10586. [Oiaeax]-
•Oiaiele, 50092.
Oke, 10484, 10954, 10065.
•Olifcnt, 4494.
Una Camilla itflandaiteappelee Olifant, porte pour
armet parlantei, an tfltfphant dan* son Icutaon.
Smallegange, Nitvw* cronyk van Z$$land, pi. d'ar-
moiriei. Du rette c'eit encore olifant qu'on appelle
en flamand et en hollandait l'animal qui donne
l'ivoire.
• Olive, 95787.
•Om, 876, 1160,22754.
Omde ma teete, 91690.
•Ome, 17905.
Ondea, 15994, 19640.
•Oncquea (II, lii).
* Ongemena , 9559.
Oonieate, 94609.
Oratorie, 10506.
•Orde, 10985.
•Ordene, 14585.
•Ordenea, 99475.
•Ore, 1940. [Oreer].
•Oreo, 16197.
'Orendroit, 15449.
♦Orfenea, 1930.
•OrfroU,2485.[Orfraia].
Oriante (II, in).
'Oriflambe, 21717. [Oriflamine].
'Orioaua, 9786. [Orignal].
9 Orine, 1295,9405.
•Oriaaon,1919, [Oriaon].
•Ormer (II, xxi). [Ormier].
•Ormier, 12500.
Orreaz (II, xxti).
Orriblea, 10781.
•Ora, 10707.
•Ortaua, 24674.
Oa, v. 31138.
9 Oa, pour est, 25298, 24201 , 24522.
Oacuri,11723.
•Oapital, 18296, 19544.
*Oat, 971, 15097.
* Oat banie , 4171 (I, clxyiii).
•Oat, v. 30325.
•Oatagee, 9449, 21540.
•Oatee, 29367.
Ostegier, 5459.
•Oateler, 9061, 14878.
•Oatea, 10233, 18940, 27475 (I, xcvi).
•Oateua, 15072, 25009, 26057. [Oatex].
Oa-tu , oz-tu, 26429 (I, cxxxi).
•Ot(II, 697).
Olea, 29785.
•Otriier (a'), 26949. [Otreer].
•Otroiier, 697.
Ounieatre, 5361.
•Ounia, 23870, 26134, 26405. [Oni].
• Ounorance , 19627. [Ouneranoe].
•Ounour, 1084.
•Ourae, 24812.
Out , v. (II, ivii).
•Outragea, 6778, 25028.
•Outrageus (II, ccxl). [Outrageous].
•Outreement, 5719,20798.
Outremer, 25350.
•Outrer, 7678, 10419, 11528.
•Outr^a, 14200.
•Ouvragne, 3664. [Ouvraigue].
•Ouvrer, 2660, 20274. [Ouvreer].
•Ove (II, xxii). [Ovec].
P.
•Paienime, 10288. [Paiejiie].
To«. II.
* Paile (I, ccl).
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GLOSSAIRE ROMAN.
Pais, 28870.
Paisans, 18204.
Pa is i vie, 4378.
'Palasins, palazins, 571, 2258,4593, 4945.
♦Palefrois, 6716, 8715, 50088.
* Pales, 2557.
'Palestiaus, 29168. [Palesteau].
'Palezineus, 11578. [Palasjnem].
*Palic, 25924. [Palice].
♦Paons, 20535.
*Papelart, 30733. [Papelard].
Pappes, 24117, 25409, 9802H.
'Par, 7959.
* Parage, 8461 (I, ecu), 18551, 19349.
Par-ale, 26583.
*Parant, 247, 255905.
* Parcons, 6757. [Parchon].
'Parcounier, 18216. [Parcener].
'Pardon, 10299,22401, 25400^ 25432, 26345,
27903.
'Parent, 17913, 20123.
Parestoit , 14462.
*Paresy (II, xlvi). [Paresis].
*Parfaire (I, clx), 1994.
Parin, 19121, 19484.
'Parrni, 26605.
Par-nostree (II, cclxi).
*Paroler,4757, 18790.
*Parquoi, 13763.
¥ Parra, 875, 2713.
'Parrai, 16989.
'Parroit, v. 13939%
'Parroit (parleroR), 27802.
*Parsomme, 22938.
Parsoume , 19099..
Parsuirent, 14730.
*Part (je), je partage (I, coxit).. [Partir].
*Partere,5965<
* Parti (voyez giu), 21622.
a D'aultre part ceulx qui eitoient afec luy s'y es-
i> prouverent vaillamment, mail \e jeun'estoiipas
n party, de XX homines a Pcnc outre de V c .» Ckro-
nique de Messire Gilles de Chin, p. 130; e'est-a-
dire qu'il n'y avait point pariti, e*gal portage de
forces , pas de chances 6 gales.
Partir, (se), 5469, 11417, 1S5A4 i J3637,
19547, 21162, 22154, 23595.
Partout , par tout , 14692.
Parunt-il (II, xu).
Pas (tout le), 21601,.
Pasmes, 7268.
Passelande (II, citiii).
Passer, 23473.
•Past, v. 21027.
Patriacles, 10050, 10066, 26863, 27555.
•Paumea, 1602, 905T, 10570. [Paufene].
'Paumiers, pelerin, 24581. [Palmier],
On appelait paumters, ramxers\ dit M. Aon. Jubi-
nal (Lifablel dou Dieu d' Amours, p. 39), les pelerio*
qui venaient des saints lieux, a cause des rameaux
de palate qu'ils rapportaient de Jerusalem. On nom-
mait aussi romiers, romicux ceux qui venaient de
Rome , expression que les amateurs d'analogies
pourront encore retrouver dans les deux mots etpa-
gnols romero , romeria , pelerin,, p* lerioage. £n pro-
Tencd on dit aussi rotueo , peferia, J* patois bas-
que se sert 4galement de cette expression.
'Pautener (II, xxii). Poy. le mot suiv.
•Pautonier (I, clxiii),
tient du mot de la basse latinite' puM&rvs , pntta-
nieruM, suirant M. Hoffmann, Sorce belgica, V, 116.
En flamand puter, putertiere, Grimm, Grammiat.
I, 602, Mora belg. } III, 151, V, 77 :
Doe sprac Roelant die heelt vn
aAergher! PuterkintJ etc.
&ENOUT YAM MoHTiXBAWI , ▼. 110 J.
'Pautouniers, 22484.
Pecasent, 9318.
Pec&e, v. (II, x).
*P&eor, 5811. [Pecheor].
♦Peciere, 24546.
•Peciet , 1957, 2766, 14395. [Pechiet].
'Pelain, 13708.
Peler, 29707.
* Pelerin, 6389. [Pelegri].
Pelerinage, 12756.
'Pelicon, 16274.
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GLOSSAIRE ROMAN.
859
•Pellori, 25291. [Pileri].
*Pelu, 21466, n. [Pel la].
*Penant, 24988. [Pendant].
Peodu, 25310.
'Peneana, 25263. [Peoancier].
•Penenoea, 5982,50078. [Penances].
'Penee, 11215.
•Peneie, 15124.
Pent, y. (II, xtiii).
Perceua, 17110.
•Perde, 17105.
Pere , v. 15856, 21681, 22269.
•Perecce, 9882. [Pereche].
Pergent,v. 27574.
'Perciere, 12084. [Perciour].
Perir, 620, 14270, 17531,
Se prenait activement comma mourir pour faire
mourir, comma tombor pour faire tomber. Les arrest*
d' Amours, 1731, in-18, p. 46 : Une dams se com-
piainct do son amy qui I'avoit baisio si rudemont, en
la tombant , qu'on avoit bion pen voir i$ bout do sa
oksmiss.
♦Penus, 5504. [Pem].
•Pernez, y. (II, xzin).
'Perron, 4888.
•Pere (non), 24552.
•Pere (lea XII), 4750, 6682 (II, cltih), 23849.
II semble en etre queation on plutdt il eat pari**
d'une coutame a laquelle ila doitent leur origine,
dan» nn poeme du X siecle, qui lui-meme eat nne
transformation latine d'une fable ou Uganda teuto-
niqne plui ancienne. Voici le passage ;
Omnide plehe viros tecum duodenos
Vlribut insignct , animis pUrumt/us probasos
Legsrat (Guntharius).
Cotters sont extraits du Waltharius de Ge>aud,
public par F. C. J. Fischbr en 1780.
Ila ont un objet de comparison dans lea Nibe-
lungen ou Siegfried ( Sivrit ) se fait accompagner en
Bonrgogne par doumo chevaliers:
Do neich der chuneginne Sivrit derjunge man ;
Ersprach : « Ich wil ser verte niemen mere han,
Ntwan srreJf reeA#n , din sol man prUven wat ;
Ich wil da* tehsn gerne , wis* um Chriemhilde stat. «
v. 365-4168.
Et dans le Kutrun, autre redaction des Nibelun-
ysn, ne lit-on pas :
Derpilgerine twelve , etc.
V. 142.
M. Mono a indiqne* lea rapports du poena de
Geraud avec les Ni&elungen ou deex dee he*ros prin-
cipaux sont aussi Attiia et Hagen (Nagano), ou d'ail-
leurs il est fait plusieurs fois mention du Spauye
(Aquitanus) Walther. Cfr. Hist. litt. do la Fr., VI,
438, notice d'aprea le MS du roi 6368 (8488). Archie,
dor Gesellschaft fur altera douisoko Geschichthunde
Vobor Walter von A qui tan ten, par F. J. Hone at d'au-
tree, II, Oft— 116; /6., 30, 03, 138, 151 , 346, 371,
378 ; III, 373. loiter , Beitrage zur Gosohichte und
Literatur, £00-808, 804—810; lone, Anieigor,
1835,413; 1836, 415; J. und W. Grimm, Teutsche
Sagen, Bd. II, n° 407. W. Grimm, Deutsche Ifelden-
sage , n° 15. Le poeme de Waltharius est a la bibl.
royale, a Brux., section des manuscrits. II fait partie
d'un toI. in-4° petit format ▼dlin, lequel provient de
l'abbaye de Gembloux et qui renferme : 1° les poesies
dMra/or; 8° Claudion; 3<> Poesis Geraldide Guul-
tario] 4» Einardi vita Karoli Magni. 11 comprend
40 pages et se compose de 1476 vers, 11 porte le
n<> 6880 au nouveau catalogue. C'est fc un homme de
gout et de science oomme M. Ampere qu'll appar-
tiendrait de faire connaitre a la France cesricnesses
du moyen age.
Peraome, 2511.
•Pert, 9351, 9469, 14283, 24335.
*Pertuz (II, xxxi). [Pertuia].
•Peaance , 14254.
Pesant, 1934.
'Peser (em), 16510, 19069. [Eopeeer].
* Pesme , voy. Pieame.
Du Cange sur Yillehardouin , p. 387, cite a propos
de ce mot deux passages de Ph. Mouikes.
Peat, v. 20170.
* Pest res, 7549, 23652, 25353. [Preatre].
*Peticte (a), 1054, lisez plutdl apeticie. [Ape-
User].
•Petia, 24737. [Petit].
•Petitete, 14370. [Petitet].
'P«§u,4687.
'Pemst, 15039.
♦Peules,3429, 8679.
¥ Peua,7270.
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860
GLOSSAIRE ROMAN.
Pharaoh, 19141.
Nous avons rapporte* 1'opinion de Hallam qui rattle
EiUon d'avoir pris ce mot pour an nom propre , tan-
dit que lui n'y voit qu'une alteration du mot baron.
Mail Faro {le Pharaoh de Ritson) ne peut-il pas etre
Faro on Burgundo-Faro que nous appelons saint Fa-
ron, et qui apres avoir paiae* ses premieres anne*es a la
cour du roi The*odebert II, et ensuite du roi Thierri ,
frere et successeur de celui-ci, s'attacha en 613 a
Glotaire II ? Ritton n'eHait done pas si digne de risle et
e'est encore un utile avertissement pour les Irudits
de ne pas dlployer trop de se've'rite' pour de le*geres
me" prises ou ilstombent eux-memes) malgre* tont leor
•avoir et toutes leurs peines. Voy. Hist. lilt, do la
France,t AlL,p. 463, et Act. SS.ord. Ben., t. II, p. M.
•Piaus, 10237. [Piaut].
Piec, 15986, rime.
•Pieca (piece a), 30142, app. (II, 699).
Piece ot, 2248. Grans pieces, 2827.
Pierceus,6908.
•Piercevans, 5030. [Percevoir].
Pierciust , v. 28440.
•Pierieres, 19564. [Pierrier],
* Piers, 6860, 17407. [Pers].
* Pies (II, cclixii), 15431, 20179, 24865. [Piez].
•Piesme, 3597, 8479, 13321, voy. Pesme.
♦Pierses, 13257.
•Pietaille, 24693.
¥ Pifle, 22416. [Pifre].
* Pignonceaui , 2565. [Pignoociel].
*Piour,6021. [Pior].
Pipe (I, xevi).
•Pipon, 18097, 19902. [Pipeur].
•Pis, 2213, 9057,26102.
* Piles (I, cxcn).
•Phi, 25760. [Piue].
•Plaider, 27764.
•Plaidier, 7574.
♦Plaiies, 7942.
♦Plain, 22534.
Plainsent, 15812, 22926.
Plainsist (II, ux).
Plaiscie, 30042.
•Plait, 7851.
'Plancon, 24544. [Planchon].
Plane (se), 15113.
♦Plegerie,4185
♦Pleis(II, xin).
•Pleniers,7967
•Plentet,1876'
♦Plentive, 2393. [PlentieuxJ.
•Plentivose, 12057.
*Plet, 971, 1757, 27683.
Pleu, 16266, 16267.
•Plevie, 29572.
•Ptevir, 5874.
♦Plice, 16268. [Pelicon].
Plon (a) (I, clxx).
•Plorer, plorers, 8365, 19449, 21294.
'Plusiors, 29037. [Plusort].
•Po, 18183.
Toacre, 11314.
Poant (II, xi).
•Poestas , 25642. [Poeste].
Poeste, 15084,24366.
•Poestius, 24425.
♦Poi, 2164, 9752.
Poig (II, en).
Poignant (a), peut-6tre apoignatU, 7318 oor-
rige" (II, cclxiv).
♦Poignie, 17979. [Poigner].
•Poignis, 9697. [Poignais].
* Poiler, 18393.
•Poinant (II, xxiv).
•Poinne, 28542. [Poine].
'Point, ▼. (II, x), 6914, 19759, 21656.
*Pois, vaillant un pois, 2167, 5300.
* Pois (a), de balance, 7558.
* Poisance , 13222. [Poissance].
•Poisans, 256, 14313. [Poissant].
•Poise, 1157.
Poit, 12590.
•Poitraus, 17427, 29683. [Poitral].
Poleynez(I, xevi).
Pon, 20894.
•Pontenage, 1133. [Pontage].
•Pooie, v. 14574.
•Pooirs, 10432, 14170, 18814.
•Popelikans, 1283. [Pa pelican].
Pore, v. 24085.
•Porce , 10686, 11751, 15747, 18805.
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GLOSSAIRE ROMAN.
861
•Port, 99770, v. la table giographiqne. [Port].
•Porter, S5215.
• Poruec , porvec , 96675.
Pom (poUe), 19041.
Possession, 29794.
Pot (4 Taint qa^l), 15075.
*Pou,2580.
Poumona, 26214.
• Poun (II, m).
Pounrais , v. (II, xtiii).
*Poupee (cuer de), 99985.
•Pour, 19933, 14359, 17795.
•Pourciel, 18430. [Pourcel].
•Pourceiasion, 4993, 14595. [Procession].
Pourfurnir, 91458.
Pour ice (I, clxt).
Pour iUnt, pour i tant, 1769. Taycs Itant.
•Pourkaeer, 744. [Pourchacer].
Pourke, 13068.
•Pouroec, 94598. [Porvec].
•Pourpens, 90001.
*Pourpens&, 11599.
•Pourprendre, 15408.
•Pourpris, 11513. [Pourprea].
'Pourpriseot, 17414.
Pourquidiez, 98946.
•Pourre, 30688.
Pouraire, 19540.
Pourtraite , 97004.
•Pouruec, poonrec, 9808,14311, 30595. [Por-
vec].
•Povres, 11507.
•Poverte,4978.
•Praee,50914.
Praice, 17196.
Praiecer, 407.
*Praiecier, 407.
• Praiel, (II, 696). [Praiau].
Prague, v. 6696, 14689.
Pr&, 5868.
•Preer {prmdart) 4447 (1, 619), 16908, 16740,
18641. [Preher].
•Premeraina, 1168, 17545, 91579.
Prenc,v. 96667.
Prenge, 8918. 11119.
Present (en), 96511.
•Prewgnies, 13977. [Prewngner].
♦Presigniet, 18813.
Presist, 15696.
*Prester, 17706.
•Preu , preus ( I, cxuii) , 3097 , 4064 , 4655 ,
8077, 19645, 19646, 17585, 90005, 90485,
99566, 99965.
•Preudome, 6897. [Preudom].
Prtes, 9749, 17591, 18911, 19678, 19759,
91579, 91695, 97378.
Prteserent (s'i), 99163.
•Prieus, 18266.
♦Priii, 94181 (II, cclix).
•Pris, 15509, 18409, 96430, 98675.
•Prise, 30396.
Prisent , 69.
•Prisier (qui tant fist a) (I, cxc).
•Prisons, 19436, 13969, 13787,19981,30139.
Prisse, v. 91370, 94488.
Prisson, 536.
•Prives, 1590.
Probatica piscina, 10689.
Procain, 99671.
Prof (II, xviii, xxi).
Pro/Vaurait-il pas e*te* lu an lieu de pros, pro*?
En pro* voudrait alort dire en brave,
Profete.
Phil, Mouskes an 7.22579 dit :
Hansione et Malchierge prist
U Mierlios , la profete , gist.
H. Theodore de La Villemarque" a donne* dan* k
Revue de Paris du moil de mai 1837 (td. de Brux.
Wanton , 45—66), un article intitule* : Visite au
tombeau de Merlin. Cette pre*tendue sepulture est en
Bretagne, car on se disputait le tombeau de Merlin
comme le berceau d'Homere, dans le Kun-Korad ou
Valine des Druidesses, appele* dans les romans dn
moyen 4ge le vol des Fies, A Tune des extre*mites de
cette plaine on s'lleve en amphitheatre la foret de
Brtfcelien, coule nne fontaine, pres de laquelle on
▼oit deux pierres couvertes de mousse que domina
une vieille croix de bois termoulue : c'est la fon-
taine de Barandon et le tombeau de 1'epoux de
Viviban.
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862
GLOSSAIRE ROMAN.
*Proi, 21158. [Proier].
•Proie, 25220, 29771.
* Proier, 5823, 25219-
"Proiieres, 12.
'Proisser, 7285. [Proisier].
•Proisaiet, 25571.
•Prou,1281.
Prousens, 50985.
Prousenter, 19788.
•Prouvende, 1538. [Provande].
'Prouvendiers, 2026. [Provender].
'Prouver (se), 25084. [Prover].
*Prouves, 5401.
•Prouvos, 16257. [Provost].
•Provance, 24171.
'Provoire, 18771, 20235. [Provoir].
'Provost, 29803.
Pruns, 50053.
'Pruz(II, mi). [Proz].
♦Poc, 339, 26070. [Pooh].
•Puer, 5987, 21198.
•Pui(II, x).
♦Piling, 3862.
Puinnant (II, x).
•Puins, 17450. [Puing].
•Puira,6675.
•Puis, 12561, 13185, 17962.
•Puison, 19660.
•Puissedi,2007.
•Puisson , 9791 , 15809. [Poison].
Puiz (I, cix).
* Pulcele (II, xtih), pulcelts (II, ocxc).
•Pum, 12131. [Pung].
Pnmel (I, clxx).
♦Puors, 26905.
Pnr (en), 25931.
Pusnais (I, clx).
•Pute, 13702.
•Qens, 24761. [Quens].
♦Qois,6769.
Quains, 999.
Quaiou(II, xi).
♦Quanqu'il,201.
•Quans, 16792,28176.
•Quantes,9749. [Quans].
♦Quar, 1957, 7511, 8134, 17278, 20179.
Quarefoz (II, xxxii).
♦Quariaus, 7327. [Quarel].
•Quariel, 20538.
•Quart, 17335, 18380.
Quarteree (II, xxvn).
Quartres (II, xxn, xxiv).
* Que, 19084.
Que c'on die, 17320.
•Quens, 1093, 1571, 14581 , 14821 , 15719,
17922 , 18383, 18722 , 19507, 19734 , 20369 ,
20385, 20445, 20769, 21466, 21737, 21885,
22379, 22381 , 22663, 23247, 24884, 26679,
26683, 26983, 27337, 27387, 27655, 27815,
28529, 29528, 29529, 29575, 29927.
♦Querir, 19499, 24493. [Querer].
•Queus (les), 15615. [Quex].
Quic, 8665, 8816.
•Quidier, 9879, 15081. [Quider].
Quidiet (pour), 28246.
• Quignie , 17024.
•Quing, 12297.
•Quins (a), 22078.
Quinsainne , 20269.
•Quirs, 19757.
•Quisce, 3964. [Quisse].
♦Quia, quist, 621, 2189, 8236.
Quisant, 29952.
•Quise, 12751. [QuisJ.
*Quisent,v. 29681.
Quissine, 12191,19579. [Coisine].
•Quoiement, 21002. [Coiement].
•Quois, 10975.
•Quoisi, 18406. [Coisir].
•Quoisie,6917.
•Quoissi, 21113. [Coisi].
Quoite, 29541.
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Quoitier, 8575, 15105 (qnaUr*^
Qoor (II, xr»).
GLOSSAIRE ROMAN.
Qoorrie (II, xxiv).
863
Rabican (II, citiii).
Rabis, 7042.
Racat, 28209.
•Racater, 26643, 28512.
Racchez (I, xcvi).
Racesmer, 5017.
Racordees, 0982.
•Raemplir, 6588.
•Raenbrer, 18625. [Raembier].
•Raencon, 50054. [RaenchoD].
•Ragne, 15040. [Regne].
Rahaitie , 25006.
Rahatir, 17755.
Rabireter, 1074.
Rahis, 27784.
•Rai,5996.
•Raiembre, 28855.
•Raiiena, 25053. [Raiens].
Raiienst, v. 20364.
Raiimer (I, clzxi).
•Rains, 10699, 15610.
Rainaces, 10351.
Rainsiea , 2455.
* Rafonier , 6651. [RaianerJ.
•Raisniet, 24961.
* RaiaaoD , 90. [Raiaon].
•Rajovenir, 25540. [Rejouvenir].
•Ramembrer, 3118.
* Ramentevoir , 24565.
•Rainier, 1997.
•Ramproaner, 20027, poy. le glosaaire stir lea
po&iea du roi de Navarre (id. de La Ravaliere,
11,279). [Ramproner].
•Ramproanes, 20042.
•Randounee, 4075, 17151. [Randonnee].
•Ranproana, 20027.
•Rapais, 25814. [Rapaier].
Raplaida, 17217.
Raaist, 15852.
Raaos, 24521.
Raaaazer (I, clzxi).
•Ratorner, 4579.
Ratraire, 20118, 25158.
Ratrest , 5908.
•Ravaler(II, 701).
•Ravine, 21786.
Raviaer, 24923.
•Ravoier, 13778.
Rawardenc, 22416.
Rayretea, 15321.
Rebonbe, 22451.
Rebrocer, 30107.
Receant , 27246.
Reefer, 8000, 15816. Ilal. Recare?
•Recelee (a), 21002. [Recetement].
Rectus (biau), 30770.
Reciet, 27918, 29547.
•Reciute, 19661. [Recheu].
•Reclaim, 12691, 17751.
• Reclain , 1 4994, 22054, 27178.
•Reclamoient (se), 29996.
•Recloer,2567. [Recloore].
•Recoivre, 17910.
Reconnu (II, xzxi).
•Recora, 5505, 6981, 8813, 9361, 18817.
Reconrez (II, zm).
•Recouvrer, 17120.
•Recreana,5552.
Recuite (II, cm).
Redoia, 3773. Foy. la table geogr.
Redout, 50568.
Redouter, 18945.
•Refermer, 1042.
Refa,1040.
Regaegnie , reguaegnie, 8574, 10440.
•Regarde, 28656.
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864
GLOSSAIRE ROMAN.
♦Regardeure, 11698.
•Regehir, 8263.
•Regiber, 22291. [Regibeir].
Regnemens, 211.
•Regnes, regn&, 4383, 9544 (I, clix), 15502.
Cl.M&rot, Ballad* XII:
Deiireray-je ung regme on ung empire ?
Regueroierent , 19235.
*Rehaite(se), 27838.
•Reinsis (II, xxxii) , du verbe re'emre.
Rekiout , 3836.
•Relacies, 29683. [Relascber].
Relaisour, 4939.
•Relenqui, 877, 27596.
• Relenquisoient , 3927.
•Relies, 15181. [Relief].
•Religions, 9599.
Reliutes, 10189, 26960.
•Remaindre, remes , remese , 740 , 2870 ,
5271, 4586, 5034, 6390, 6424, 10420. [Re-
maigner].
Remaitre, 16661.
• Remanans , 7163, 28664.
•Remanoiier, 16276. [RemanerJ.
Remarcisent, 12888.
Remasu (II, xxzi).
Remest, 15645, 17010, 19092, 23206.
Remeue, 26010.
•Remirer, 27321.
Remort, 19637.
• Remue , v. 26780.
Renart, 23764.
Rene, v. 19312.
♦Rendi (se), 14253.
•Ren&e* (II, xx). [Renoier],
Renge, v. 12322.
•R'enluminer, 11375.
•Renoiie, 24797.
♦Renoiie, 6326.
•Renoiier, 14151.
•Renon, 26605.
•Renovieler, 30406. [Renouveller].
Renvier, 23994.
•Reonde, 2197. [Reont].
•Repaire,9S18.
•Repairer, repairier, 121, 584, 1995,
Repaironmes , v. 19872.
Repast, 27602.
Repenti (se), 12442.
•Reponnoient, 50017. [Repoinre].
•Repont, v. (II, xx).
•Repos,6846.
• Repost (I, clxt).
Repregnans (I, clxxxti).
Reproier, 16691.
•Reprover, 17018.
•Reprouver, 14641.
•Repus, 7966, 16745, 20619, 27072.
•Repuse, 16743.
•Requelli, 11243.
•Rere, res, 769, 1593, 4929.
•Res, 18709.
•Resambla, 13706.
Resanc, 12580.
Resaner, 5895, 6317.
'Resbaudir, 10325.
•Resceure, 28794. [Rescorre].
•Rescoure, 25769.
• Resgoir, 6953. [Resjoyr].
•Resne, 27685.
•Resnoit, 8342. [RaisnerJ.
•Resogner, 15938.
• Resoignie (II, ccxli).
Resoing, 12580.
•Resorl,8335, 17508.
Resoumouner, 11092.
Resoumonst, v. 29151.
Respeus, 27609.
'Respites, 8919, 20238. [Respite].
'Resplendisoit, 12580. [Resplandre].
Respondu, 13711.
Respont, 22854.
Respria , 28905.
Respundie, v. (II, xxh).
Restanc, 17442,26375.
"Restancies, 7260. [Restancberj.
Restiu (II, xxi).
•Restor, 9163, 23433.
•Restouper, 26061.
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GLOSSAIRE ROMAN.
865
'Reaurrexia, 10618. [Reaurrexi].
•Reter, 17145.
•Ret&, 14178, 21214, 81749.
Retort, 5888.
•Retourner, 7965.
Retrain, de retraire, 17178, 22465.
•Retrait,7670.
•Reuber, 25094.
•Reubea, 6715, 11595, 24921.
Reubeura, 27525. [Robeor].
Reuiaaeot, 15554.
♦R&iser, 7569.
•Reveler, 5294, 4052.
•Revertia, 6511.
Reveatia, 19087.
* Reviaua, reviaua, 25028.
•Reriel, 16465, 16674, 17988, 18529. [Revel].
A grant riviel, expression qui correspond tret-
bien a celle-ci qu'on lit dans A Tbymo et t. II, 718 :
rim MtrniLiA in ambitione maxima ckleiiawtoe.
Riviaus et rMel semblent etre de la mime famille.
•Reviele, 15401. [Reveler].
Revia, reuia pour reuiat? 7579.
Reviunt, 29857.
Revoiaae, 51112.
•Ribaut, Ribauz, 12190, 21051 (II, 701).
[Ribati].
it Lei progres da mal tont sensible* ; je n'en veux
m pour preuve que let variations qu'ont subies dans
» lenr acception coutumiere quelques-uns des
» termes de notre langue. II y a cent ans qu'on
» appelait ribaulds les chevaliers les plus distin-
» gue*s ; c'ltait un vrai titre d'honneur que Philippe-
» August© donnait auz barons qui me>itaient le
m mieuz sa confiance et qui approchaient de sa
» personne (Pasquier, Etch, de la Fr., 1. VIII,
» ch. 4j Houard, t. I, p. 222 de ses Lois Anglo-
m Aormandes), Aujourd'hui on appelle ribaulds les
» ivrogne* libertins , experts aux jeux de de"s et de
«• brelan. w De Marchangy, Tristan le Voyageur,
11,828.
Cette assertion est peu exacte. 11 y avail bien dans
l'armee de Philippe- A oguste des especes d'enfans
perdus, dont rintre*pidit«S e*tait connue et qu'on
appelait ribands, mais ce n'e'taient pas les plus dis-
Ungues des chevaliers, puisque Guillaume-le-Bre~
Tom. II.
ton , chapelain de Philippe*- Augusta , dit :
At per plana jacent Hibaldi cum Piquichinis,
Et qui res propter vanities castra sequuntur.
Voy. Du Cange an mot Ribaldi et Daniel , Hist, ds
la milics Francaise , 1721 , I, 137. — La charge du
Roi des Ribands existait en Bclgique au XV« siecle
et mdme encore a la fin du XVII e , ainsi que Pattes-
tent deux pieces publie*es dans le Polygraphs beige ,
sept. 1885, pp.50— 52.
En voici Tintitule* : Copie des lettres-patentes du
Roi sis Ruauss de la ville de Mons, donnies en 1420,
par Jean, due de Brabant, comte de Hainaut, a
Jehan Le Foytere. — Copie d'une requite pr&seutie
en Vannie 1609, au president et d la Chambre des
Comptes de Sa MajesU en Brabant par le nommi
Mathieu , bourgeois de Luxembourg , pourvu de la
charge de Rot ses Ribauds. Parmi les manuscrits de
G. J. Ge*rard , a La Haye , il y en a deux qui portent
pour titres : Mi moires pour servir a I'histoire des
Ribands et du Roi des Ribands. — Melanges histori-
ques concernant les Ribands et la charge des rois des
Ribauds tant en France qu'aux Pays-Bos (Compte-
rendu des stances de la Commission royale d'His-
toire, 1. 1, p. 380, n™ 490—01).
Jean Cousin , IV, 130 , rapporte qu'en 1338 le roi
des ribauds de Tournay e*tait un nomine* Baudart
Quaret , lequel avait cinquante compagnons sous
lui , tous vetus d'une parure. Cf. mad. Clement, ne'e
Hemery , Histoire des fites civiles et religieuses, des
usages anciens et mod. du Dip. du Word, 1. 1, 1836
(2«e*d.), pp. 395-398.
'Ricaise, ricoiae, riquoiae, 2551, 2675. [Ri-
ceace].
•Rice, 2419, 17905.
Ricet (II, xxv).
Riches (I, cliiii).
Riciea, 1571.
Ricour, 24279.
♦Rien, riens, 12200, 12541 , 15881 , 16289,
24969.
Riere, v. (II, xlvii).
Rieaent, 15603.
•Rihote,7l7. [Riot].
♦Rihoter, 21648. [Rioteir].
*Ris, 14704.
Ris couviert (a), 18747.
Riu,2420.
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866
GLOSSAIRE ROMAN.
♦Riule,2609.
♦Riulera, 18286.
•Rivaige (I, ecu).
•River (II, xxxi).
•Riveraitea, 21565. [Riverette].
Rivoiier, 8716.
•Roc, 26312.
•Roe, 5998.
La roue de Fortune.
II y a une piece sur ce aujet dans lea Jongleurs et
trouvercs, de M. A. Jubinal, 177 — 181.
•Roegnie, 28984. [Roeignier].
•Roges, 20947.
•Roie, roies, 15951, 17051, 31259.
•Roiiele , 23562, 24431. [Roele].
•Roigniea, 24644. [Roigner].
• Roine (II, xliv), 18838, 19371.
Lea Deux dialogues du nouveau langage franpois-
italianise" , d'Henri Estienne , mettent en scene
Celtophile, le partisan du francais et Philausone le
deTenseur de 1'italien. Le premier s'exprime ainsi :
« R'est-il pas beau, dites-moi, d'oulr prononcer
reine au lieu de royne , comrae s'il s'agissait d'une
grenouille , dautant qu'on nomrae , chez nous, la
grenouille reine, de rana ? Bicntdt on prononcera
rey au lieu de rot. » Ainsi Ton prononca d'abord
roine , en appuyant sur l'tj puis royne ou roine et
enfin reine, comme aujourd'hui.
•Roion, 140.
Rois (les trois).
David Ancillon, pasteur protestant fort xele\ af-
firme que leurs noms ont eHe* invented par le vdn£-
rable Bede. Mdlange critique, etc., Basle, 1698,
1,317.
Le recueil de My stores du XV e Steele , de M. Ach.
Jubinal , en pr^sente un intitule* : Le geu des trois
Roys (II, 79 — 138). Ses personnages sont les trois
rois, Jaspar, Balthasar et Melchior, Dieu le pere,
Notre-Danie , range Raphael , Joseph , Belgibus (Bel-
tebuth) , le messager Trotte-Menu , Hapelopin , Hu-
mebrouet, etc, etc.
•Roisin, 29766.
•Roit, 22659.
Roland's eck (II, clxxxix).
M. X. Harmier, dans des articles sur les traditions
allemandes qu'il a confils a la Revue de Paris (de*-
cembre 1830 et flvrier 1837) , offre a aea lecteara une
ballade en vers francais de aa composition ou il ra-
conte la llgende que nous avons rappele*e en deux
mots. II ne pouvait pas non plus n^gliger les ltfgen-
des brode*es par la poe*sie populaire sur la ^rande
renomine*e de Charlemagne.
Ron, 4597.
•Roncis, 16169. [Roncin].
* Rondel (II, cxvm). [Rondel e].
Ronks, 1136.
*Rooignier(I, clxiii).
•Roonde (II, lxi).
•Roque, 30456.
Rose , 26313.
Rosebrant (II, cit).
•Rosiel,7014. [Rosel].
♦Roslis, 25096.
•Roumans, 11. [Roman].
II doit etre superflu de rappeler que le mot roman
ne a'est pas applique" d'abord aux fictions , aux re*cits
fabuleux auxquels nous avons reserve* ce nom, et
qu'il de*signait tout ouvrage en langne vulgaire,
quelque grave qu'il fut. Brantome nomme Roman
de Bayard l'histoire du chevalier sana reproche et
sans peur. Mais ce qui est moina inotile e'eat de
montrer combien les le*gendes romanesquea 4taient
autrefois rdpandues en Belgique. Nous en avons
administre* dea preuvea nombreuses. Les edits de
censure le demontrent encore d'une maniere invin-
cible. Par exemple I'edit de Charles-Quint du 30 juin
1640 ddfend le Freydanc: Een bouk ghehcetcn seven
hondert ende vyftig duytsche sprue ken Freydanc tot
Worms.
La censure de PeWeque d'Anvera du lOavril 1681,
eontient un catalogue tres-curienx de livrea inter-
dita non-seulement dans les e*coles mais a la com-
munaute' des fide les , de livres prohibe*s jusqu'a plus
ample examen , de livrea de nouveau corrige** et par
consequent tole*res dans les classes , enfin de livres
qu'on ne pouvait lire aussi long-temps qu'ila n'au-
raient pas 4t6 corrige*s par Pautorite* compeHente.
Voici cette piece decisive :
1. Boeken die niet alleen voor descholen meter ook
verboden syn yeneralyk onder de ghemeynte :
Parthenoples. Halegys. Maryken van Nymegen. Bet
bagynken van Parya. Robrecht den Duy vel {Robert-
le-Diable). Richard-sans-Peur* Wl en-Spiegel His-
toric van Erasilien.
2. Boeken gheheelyck voor de sekelen verboden,
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GLOSSAIRE ROMAN.
867
ende oek onder de ghemeynte to verkoopen, too laughs
sy niet gheapprobeert en *y* :
Pyramus en Thisbl. Sandryn en Lancelot. Aure-
lius ende Isabella. Floris ende Blancefleur. Sack der
konsten (Fortuna tus?). Onse Lieve Vrouvce clachte,
oft Palmsondach.
S Dese mynde van nieuws ghccorrigeert ende
gheapprobeert , worden in de sckolen toeghelaeten ,
maerde oude onghecorrigeerde niet :
Frederik van Gennen. Destructie van Troyen. De
▼ier Heyms-Kinderen (Lee QuatrefUs-.4ymon). Jason
ende Herculei. Den Ridder met den Swane (Le Che-
vol ier au Cygne). Galien rhetor. Der tielen troost.
D'ure des doods. Destructie van Jerusalem. Jan
Mandevyl. Fabulen van Esopus. Hanierlyke seden.
De verduldighe Helena. Lee dialogues de Marchan-
diee.
4. Boeken die in de echolen niet en moghen ghe-
brvikt worden voor dot ey neerstichlyk ghccorrigeert
ende acktervolgende de ordonnantie van synen Eerw.
gheapprobeert sullen wesen :
Ghenoeghelyke exempelenoftKluchtboek. Tnrrias
ende Floretta. Valentin ende Ourson. De Vll blyd-
achappen unO L V. Peeter Tan Provence (Pierre
de Provence et la belle Maguelonne). Buevyn ende
Susiame. S. Anna leven. Alexander van lets. Den
ridder Galmi. Florent ende Leon. Pontus ende Si-
donie. De schoone Lionella. Milusine. Hugo van
Bordeaux. De VII vroeden van Rome (Lea sept sages
de Rome). De LXXI nieuwicheden. Trots corns' dies
francaisss. Los heuree do ricriation Doctrinal de
la Sapience. Los douse dialogues. Institution de la
femme chritienne.
Voila des livres dont on se servait journellement
dans les tfcoles, dont les fait*, les images, les idees
s'infiltraient dans l'imagination des 1'enfance et qui
tftaient dans tous les souvenirs comme dans toutes
les mains. Eat-il un peuple qui puisse se vanter d'un
fonds de poe*sie populaire plus riche que ces Beiges
auxqnels on refuse si volontiers le sentiment et l'ins-
piration poCtiques? Cf. F. Wolf, Ueber die altfr.
Eeldonyed^Wiea, 1833, iii-8°, 20, 37, etc. F.J Bone,
Vebersicht der Niederlandisch Volks-Literatur aelte-
tor meit. Tuebingen , L. F. Fues , 1838 , in-8°, pp. 15
—17, etc.
Ce dernier livre nous parvient quand notre tache
d'e*diteur est acheve*e, ce secours nous arrive quand
notre siige est fait. Hous le regrettons sincerement.
En effet M. Hone, si riche de dlcouvertes et de vues
nouvelles , touche un grand nombre de points que
nous avons aborde"s. Toutefois ce philologue, tou-
jour* pr^occupe* d'origines germaniques , constam-
ment dispose a tout expliquer par elles , n'avait pas
encore eu connaissance des publications romanes les
plus recentes. 11 attend specialement sur ces sortes
d'ouvrages que lesAllcmandsappellent Volksbuchem
et passe en revue line foule de redactions flaman-
des, de legendes romanesques connues, telle* que
celles d'Oger-lc-Danois, des Quatre fils Aymou , due
de Dordogne, Dordone ou plutot d' Ardennes, de
Roland, de Garin-lc-Lorrain , de Garin de Mon-
glave, du Chevalier au Cygne j il cite entre autres ,
ce passage trcs-remarquable e*crit par Bollandus , en
1643, Acta SS Jan, I, p. 386 : Miror tolerates hoc-
tenus sos libros, qui Madelgisi , Viviani filiorumque
II ay moms fictitia bella commemorant , ita ad oblec-
tationetn I e gentium, ut interim superstitiones varias
ac magics studium animis instillent ( Cf. notre
quatriime mem. sur les deux premiers siecles de
I* Univ. de Louvain, p. 06). Tous ces re*cits se rd-
petent encore dans nos campagoes flamandes qui
ont aussi leur bibliotheqve bleue a laquelle on n'a
pas jusqu'apre'sent accorde* assez d'attention.
En derniere analyse, au moyen Age les plaisirs de
l'esprit rfetaient pas le privildge exclusif des cha-
teaux, fflalgre* l'ignorance et la vie plnible des
classes infe*rieures , la polsic y pe*n£trait comme
pour les consoler et les anoblir. If. Granier de Cas-
sagnac, qui vient de mettre au jour VHistoire des
classes ouvrieres et des classes bourgeoises, ne
s'est pas arrele* a ce point de vue. Nous le recom-
maudons a M. A. Thierry , dans ses annales du Tiers-
fctat.
•Rous, 7445.
Rousais, 19161.
Rouses, 20580.
•Route (I, xcvn), 7368, 13026, 14452, 21484,
24819, 27154, 27600.
Voir sur ce mot la note de M. Chalon, Gilles de
Chin, p. 212.
♦Routiers, 18973.
*Rouveleote, 24043.
♦Rouver, 8187, 17807, 19663.
'Rouvisons, 12493.
Dans Thymne de S'e-Eulalie (Elnonensia, p. 6) :
Ad une specie li roueret lolir lo chief.
Et plus bas ruouet.
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868
GLOSSAIRE ROMAN.
*Royet(II, 697). [Rote].
•Rubeatea, 16198.
¥ Ruee, 3995,29992. [Rueez].
'Ruecea, 25909.
♦Rueve,7631.[Ruever].
*Ruia, 24102.
Ruiataice, 18355.
Ruiatement, 7130.
♦Ruit, 20674.
Rutea, 17505.
Runt (II, mix).
S.
'Sablea, 24197.
Sablon,7485. [Savelon].
'Sacana, 14288.
*Sachier (II, xxit). [Saker].
'Sacier, 7837, 22899. [Sacher].
♦Sacre, 27559.
'Sacrea, 12838.
Safira,1821.
*Safre , aafr<S , 2673. [Saffre].
Sur ce mot voir la conjecture de M. de ■artonne ,
Parise la Duchesse, p. 148.
♦Sagea, 18177.
Sages dca arta ,512.
Sai , 16792.
'Saieler, 6468.
♦Saiiel, 1105,2519.
Saim, 12590.
* Sain, 28481.
'Sainner, 16615, 24124, 28455.
'Sainnie, 1442,23571.
*Sainnier (II, xxi).
Saina, 2519, 4338, 7549, 28504, 29294,
29361, 30015, 30873.
♦Sainti, 8975, 16337.
'Saintuaire, 8007, 10826, 25122.
Du Cange tar Villehardouin, p. 860.
*Saiaine,9085.
Saiaaon, 27460.
Sait, 19874.
'Sale, 14039, 21467.
Sale (II, cci). Foy. aale, aalade.
Salt-perdut (II, cxix).
'Samblant (par), 25487.
Sanblance, 24552.
♦Sanblana, 8714.
* Saner, 2211.
Sanlavlea, 13256.
* Sana, 17432.
Sanarenart, 23764.
'Santuaire (II, clixii). [Saintuaire].
♦Saoler, 9100.
Sapinea, 22002.
Sapina, 17154.
Sarcler, fora aarcler (I, clxxxix). [Saucier].
'Sarqu, 11843, 15168. [SarqueuJ.
Mart le* ha pria ei mis en set smreus.
Ritmes et refrains toumesiens , p. 26.
Gf. Le Roman de Gxllet de Chin, p. 813.
*Sarraaine (II, ciy). [Sarracene].
Sartana, 14383.
*Saa, 25320. [Saaael].
*Satanaa,6773.
*Satenaa (II, xxvni).
*Saudeea(II, ccxlu), 10807.
*Saudra, 25193.
'Sauf(en), 12751.
♦Saumea,8731, 17509, 30786.
*Saumiera, 6701.
•Saua, 10886, 11853, 27713.
•Saut, 10226, 17075, 18801.
*Sauvaigine (II, civ). [Sauvechine].
•Sauvegine, 2402.
'Sauvement, 29383.
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GL0SSA1RE ROMAN.
869
•SauY«te\ 11559.
•Sauvine, 10595. [Striae].
♦Sauvoir, 28464.
Save, 3751 (I, 616).
•SaYelon , 17451, 22526.
Savie, mal icrit aa vie et a'avie (I, 610) , 761,
1488, 5487, 9124, 20097, 26507.
Savoir (par), 24964, 25720.
Savommea, 21229.
Se bien non (II, 696).
Secce, 10554. [Seiche].
Secona , 18988.
'Secrer, 18770. Rime. [Secret
•Secroi, 19892.
* Segurement , 4451.
'Segura, 9754.
Seiaaiat(II, in).
•Sejor, 21620.
'Sejour, 12492,50784.
♦Sel, 51076.
'Selonc, 26656. [Selon].
'Semonpe, 14102. [Semondre].
'Semont, 9845.
'Semprea, 10601 (I, cliit).
S&iaua, 2288, 24115.
*Sene (I, cxcvi), 5911.
♦Seneacal, 12791.
*Seneacaua, 15574.
* Senne, aeane, 5116, 5460.
'Sens, 8190, 12254, 15501.
*Sentea, 9755, 15519. [Sentaine].
Seriemea, 8190.
'Serorgea, 20528.
•Serors, 18504. [Serenr].
•Serour (I, ccl), 785, 12755, 19008, 20479,
20716,22989,25277.
♦Serourges, 15274.
* Sera (II, ccil).
Seailloia (II, 700).
•Seane, 1258.
'S«hi,v. 27066.
'S«hiia,5067.
•Seule, 17198.
*S«hir, 26950.
•Seure, 20867.
S&ira , 8719.
*Seuptance, et non paa seuretance , 3214
(I, 618).
SetiPtea et non paa seurete, 1021, 1510.
•Seua, 16665,
♦Seut, 24449.
*Sevree, ae?per, 7278 (II, clxxivi).
*Sevrer(au)(II, 696).
* Si, 18626.
•Sicamora, 10902.
*Sie\ 2250.
* Siege, 15490, 26655.
Sieghe, 20366.
Siele, 6047, 15771.
Sierc, v. 19306.
Siere, 9710, 29449.
Sierf , 7827, 9863, 19409.
*Siergana, 15518. [Siergeantj.
* Stone* , 14886. [Sierrant].
Sierre, 25626, 24788.
Siera, 936, 1266, 14085.
Siervip, 26921.
Stea, 24006.
Siet (aept), 27917 (I, clxh).
Sietme , 9772, 13643.
♦Sigler, 64,12967, 19840. [Sigle].
Signap, 18707.
*Signor, 14455. [Signopaige].
•Signorage, 29252. [Signerie].
*Signorie,2021.
Signoril, aignouril, 1287, 2743.
*Signora, 18822.
Signour, 222.
. Silla , 29758.
•Sillierent, 19457. [Silir].
Simplea, 13149, 13599.
•Simplete, 4974. [Simpleaae].
Sinatoura, 17250.
Siolt, v. 26367.
Siout, v. 20111, 22998.
* Sire, 2686, 7660, 9490 (I, clxiii, ccl), 20390,
22999, 25027.
La qualification de tire, jadit ti honorable et si re-
cherohe'e, pasta aux marchands et fat rdserv^c a eux
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870
GLOSSAIRE ROMAN.
seuls. Du Fail, dans ses contes d'Eutrapel, publics en
1620, a dit « que depuis trente-cinq ans s'ltoient
» perdue et retires ceu beaux et honestes mots de
» maitre , pour les gens de justice et de sire, a Pen-
it droit des marchanda , se faisant qualifier du mot
» de monsieur. »
La Ravaliere, sur Thibaud de Champagne, II, 291.
Sire (sur), 24626.
Siretet , 19315. [Sirerie].
Sis, 4588.
Sisent , 68.
♦Sist, 16288.
•Sistes, 456.
Siucent, 18397.
♦Sivre, 21571, 25063. [Siyir].
'Soeler,5061. [Soel, soler].
Soelez (II, ccxl).
Soentre, 1025, 3475.
Soffisce, 11063.
Sofraina, 27383.
•Sofrance, 17589. [Souffrance].
Sogire, 27945.
•Sogite, 15314. [Sougi].
'Sogne, 3408.
*Sognentage, 2761. [Soignatange].
"Sohaidier, 7427. [Souhaidier].
Sohais, 28710.
* Soie , 413, 1078, 24363, 30325.
Soit,*oif, 3058.
*Solau8,6851. [Sol].
'Solier, 21196.
*Solle,7633.
•Sollera, 11450.
Le St-Sabaton, Soulier de la Vierge, est honored a
Rhodes tous les samedis, par allusion a Sabaton ou
savate et a Sabbatum. Ducatiana , I, 120.
♦Soloie, 9354.
♦Soloit, 50622, 30782.
*Som, some, somme, sum, 2947, 5581, 3591,
6429, 15385, 25898, 26564, 29715.
•Sonje, 13269. [Songeir].
*Soptiua, 5983. [Soupliu].
*Sor, 24044,26667, 29490.
"Sor-bauzan (II, xiv). [Bauaant].
Sorbe, 24504.
"Sorber, 22415. [Sorbir].
Sordine, 22424.
Sorent , 25019.
SWnt, 12979.
•Sorre, 12263.
♦Sos, 24522.
♦Sole, 716, 25455.
♦Solie, 15876.
Soacorre,2518, 19672.
* Soudee , voy . Saudeea.
Du Cange sur Villehardonin , p. "370, invoque
Ph. Houskes.
Souferrai (m'en), 28045.
* Soufraite , 5522.
'Soufrance, 50864.
♦Soufrans, 10659.
Sougnant, 500, 776.
'Sougia, 15417,25765.
•Sougne, 25295.
* Sougrestainne , 4107. [Soogretain],
* Souhaidier, 22566.
'Soujor, 15912. [Sejor].
Soujour, 8602.
Soumiera, 17158. [Sommier].
•Soumonat, 29152. [Somondre].
Soundre (I, xc?i).
Sounes, 15564,21758.
•Soupea, 21671.
Souple, 21559.
♦Souploiier, 50512.
Soupoulia, 10795, 28454.
*Soupouture, 282. [Sepouturej.
•Sour, 201, 12256. [Sor].
•Sourcot, 2925. [Surcot].
Souronder, 15108.
Sour que tout (en), 15555.
Sourpuet, v. 17855.
Soua-diakea, 25261.
Souspena, 50505.
•Soutil, 575, 1675, 1906. [Sou tiex].
'Soutiua, 10455.
•Souvina, 7271, 14522,25890.
Souvraina , 8767. [Surerain.]
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GLOSSAIRE ROMAN.
871
S0UI (11, CCLTll).
Squiele (II, xriu).
•Suefrent , 7080. [Saeffrer].
•Suelent, v. 22423, 31264. [Suelt].
•Suen, 28306.
•Suens, 16109.
•Suer, 17089, 18262, 19369, 20721 , 23128 ,
23215, 24415.
Suleie , v. (II, xti).
'Summe (I, xcvi). [Sume].
•Sunt, v. (II, xxx).
Surdeis (en) (II, xm).
•Sure (aigre), 31013, 31165. [Surete].
*Suzcele(II, xix). [Surselle].
•Sua (II, xxiv),7794.
Suz (II, xm).
T.
*Tabor«, 6086. [Tabour].
CI. larot, XI ballade :
Fiffrei, U hours, ion net en htrmonie.
•Taboureurt (II, cclii). [Tabourdeor].
Tacbebrun (II , cxix).
•Tai, 16964.
•Taie, 20603.
Taillie, 22721.
•Taion, 14032.
•Taisant, 26986.
•Taisir, 11097, 16925, 26558.
♦Talens, 50758.
Talon, 25620.
Tamaint, 1815, 2811.
•Tans, 13104, 13909, 16065, 26053.
•Tapin, tapine, 955, 1636.
•Targa, v. 13607.
•Targer, targier (I, cxci), 13607.
•Tarjer (I, clxtiii).
•Tart, 13877.
•Tasque, 6375, 25443.
Tasson, 8280.
•Taster, 19842.
•Tece, teche, teke, teiche, teque, tesche,
500, 1957, 9253 (I, clxxtiii). [Tecbe].
•Telier, 24453. [TeiUier, teleron].
Temper, 6571.
•Temple, 19544.
Templiers, 5513,30459.
Une anoienne chanton latine du Xll« sieole sur la
conquete do la terra sainte par Saladin en 1 187 ,
chanson public par M. Von Aretin, Beitraegen sur
Geschichte und Literatur, Bd. VII, Munch, 1806,
fol. 297, ff. vgl. Bd. IX, s. 1300, et par M. Fr. L. Von
Soltau, Ein hundert deutsche historische Volks-
lieder, Leipx. 1836, s. 36, offre la strophe sui-
▼ante :
Salad i no igitur terram sic ingresso
Rex atque Templarii currunl ex adverso ,
Tolis obstant nisibus barbary) perverso,
Cupientes populo subvenire presso.
Voir sur lea Templiers Raynouard , Monument
hist, relatifs d la condam nation dea chevaliers du
Temple et a V abolition de leur ordre. Paris , 1813 ,
in- 8°, De Hammer, Mysterium Baphometi re vela-
turn , Max. Millauer , Boh mens Denkmale der Tern-
pelherrn , Prag., 1822, etc. — Le recueil de chants
historiques de M. Von Soltau dont on vient de trans*
crire un passage, contient plusieurs pieces relatives
aux Pays-Bas.
•Tempore, 20920.
•Tempre, 31202.
Tempre et tart , 24917.
•Tempres, 21594.
•Tenant, 27746 (II, 701).
Tenc, v. (II, xxu).
•Tejicer, 71, 26426, 30094, 30498.
Tencbe, v. (II, xxxi).
•Tencon, 4656.
•Tenement, 13180, 27233, 29722.
•Teneure, 1171.
Teniecle, 17745.
Tenies, 24560.
•Tenser, 8693, 21220, 23784.
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872
GLOSSAIRE ROMAN.
'Tenserie, 15595.
'Tenure, 9203. [Tenuere].
*Teqes, 18268.
*Terrestre(II, xvm). [Terrien].
*Tes (I, cxcm).
* Teste, 21690.
*Teus, 1475. [Tex, tieuls].
Teus, v. 20220.
'Tiere, 18231.
»Tierc,4912.
•Tierce, 17658, 18852.
Tiercious,7220.
Tieriien , 1477, 27328.
Tierme, 30464.
Tieroit, 30159.
'Tierres, 16000. [Tiere].
*Tiesmoins, 2548. [Tesmoing].
'Tieste, 22708. [Teste].
Tieve, 12614.
Ttevoiant, 12617.
*Tiex(I, clxxy). [Tieuls].
•Tille, 25386, voy. Boton.
* Timbres, 6100.
* Tinel, tynel (II, n), 12190 9 baton, trique,
massue. Renouart-au-Tinel {voy. Renoart).
Les Miracles de ^-Genevieve, mystere du XV«
siecle , public par M. A. Jubinal ( Mysteres inidits,
1837, I, 230) offrent cette allusion :
Qui a plchie* originel
' El fut Renouart-au-Tinel ,
Pose" qu'il n'ait autre malice ,
Est dampnc* s'il meurt en ce vioe,
G'est sentence diffinitive.
I/£diteur, comme nous Pavon* dit , trace ensuite
dans ses notes l'histoire de Renouart, a l'aide d'ex-
traits du roman d'Aimeri de Narbonne , que H. Tho-
massy, ancien e'leve de re*cole des chartres, se
propose, assure-t-on, de publier prochainement.
Renouart fut acheti sur mer par Louis-le-DeTjon-
naire et nourri en la cuisine de ce prince :
Dit Loeys : « Je l'acbetai sus raer
m De marcbeans , C mars en fis doner.
b Ensemble o moi le fis ci amcner,
» Et il me distrent fils iert a I escler;
» Assez souvent li ai fct demander
» Quel est son pare: Me* n'el veut nommer.
>» ...En ma cuisine 1'ai fet tous dis ester. »
Louis le cede a Guillaume d'Orange qui le traite
comme lui , mais Renouart , fatigue' de cette Tie ,
demande a suivre son maitre a la guerre , et jure de
ne porter d'autre armure qu'un tiuel ferri.
En I jardin vet I arbre coper :
Cil cui il fn ne li osa veer.
Gros fu et grant , ce vous veull afrenter.
.... I charpentier l'a fet mull bien doler,
A VII coslieres ouvrer et escbapler ,
Et puis le prist , n'i vout plus arrester.
Vint a I fevre , si le fist bien ferrer
Et de bon fer tout environ bender.
Et si li fist un grand anel souder ,
Par <juoi le pot et sachier et lever.
Ne le peussent VII yilains remuer.
Quant le tinel Renoart fu ferret ,
Mist s'a la voie , si s'en est relournei....
Et Renoart est el pales monies.
... Dist Tun a l'autre : « Ou ira cest mauffex?
» Voir bien doit estre Renouart apcles ,
n Gros tinel porte et pesant et quarrel, n
One puis cele beure que tous dire m'oes ,
Icclui nom ne lui fu remues :
Toute sa vie fu Renouart clamea.
•Tirant, 5819.
•Tire, 5426, 7437 (I, ecu).
Tirer (s'i), 20547.
•Tisson, 17167. [Tison].
Tiunt, 18449, 1 20494.
Tizon (II, cv). [Tison].
'Tocer, 2191. [Toicher].
Toel, 20699, 20979, 28520.
Toenart , voy. Tuenard.
•Tolir, 2297. [Toller].
'Tonniel, 24376. [Tonnel].
Tonniu, 1140.
•Tor, 23833.
•Torbe (I, xcti).
'Torbtes, 51.[Torbeir].
• Torment, 26899. [Tormente].
•Torneis, 25911.
*Torner,1483.
•Tornoi, 28769. [Torneement].
*Toroit,v. 29893, 30061.
•Torra,v. 30028.
♦Tors, 12382.
Tort (ains qu'ele en), 20818.
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GLOSSAIRE ROMAN.
873
* Tori (tourne), 98805, 50078.
* Tot, tout, 9656.
Tot, de tollir, 5297. [Toller, toudre].
•Tottant, tot tant, 2549, 12174.
•Tot, 15604,19840.
•Totea, 29784.
*Toacer, 9466.
•Toudit(a), 19136. [Tosdis].
•Toudrei (I, clii). [Toudre].
•Toueller, 27755. [Touiller].
Toulielet, 2852.
Tour, tour francois, 12454, 17251, 21894,
50657.
▲ torfrmcois etnmi 1« lit l'estent.
Rommncero frmncmis t p. 40
Bt Garias trait l'eip^e qui mout fait a loer,
Cil le ra par les flans a ses deus bras cobrer,
8i fait un torfrmneois , jus le cuide Terser,
Mais Garios fu si fori que n el put remuer....
Hemaus est recules vers un roeber creu....
Un tor francois li fait dont il est sorenu ,
Qu'en s'enfance ot appris d'un Eagles Cornabu ,
Rernaut leva de terre , come un rain de seu ,
Si le geta da rant , sor un perron cornu.
Roman ined. de Garin de Montglave.
Tour (en autre), 19558.
•Tourblea, 17985. [Trobler].
*Tourte\6047.
•Tourt (tourne), 28046. [Tort].
•Tourtefla), 14623. [Tourtai].
•Touae, 15895, 18545.
Tout le pas, 21601.
•Trader, 18725. [Tracer].
•Traians, 16062.
•Traices , 16956. [Treche].
•Traier, 7588. [Traire].
Trainer, 41, 27082.
Trainet, 17901.
Trair, 1818.
•Traire, 17805, 18173.
Trait, 16059.
•Traise, v. 20181. [Traire].
Traitime , 27046.
•Traisissent, 38309.
Traiton,6685.
Traitton, 22950.
Tom. II.
Trait (a), 18591,19252.
•Traitour, 50981. [Trahitor].
•Trameaist, 752.
•Trametre, 6218, 15668, 20577.
Transi, 11010, 25558.
•Trape, trapes, 4071, 15126, 50768.
"Traus, 26062.
Traval, 3815.
Travel! ie (I, clxiz).
•Treble, 5976, 9755.
•Tr&uket, 22640. [Tr^buchel].
Tr^bukiaus, 20952.
•Trecerie, 20517. [Tricherie].
Trecier, 54, 1142. [Tricher].
Le mot tricerie eat reste* en anglais. Shakfpeare
dam le Roi Jean :
Paying the Jin* of rated treachery
Even with a treacberous./fji* of all your live*.
Voici un joli exemple de l'emploi du mot tricher ;
II eat tire* de Partonopeus de Blots :
Si doit roourtr que {qui) s'amor triche;
Qui dame triche et qu'il li ment
Tres qu'ele l'aime loialment ,
Cil soit par tot le mont trabis
Et mal menea ct mal baillta.
•Tref, 14110, 17402, 22550, 26581.
•Tremelere, 17009.
•Tremerel, 17009.
• Trencier, 20179. [Trenchier].
•Tres, 13531.
• Tres 9ouqu% 12539.
Tres dont en avant , 16216.
•Tr&ailli, 29426. [Tressaillir).
•Trespat, 12648,17731.
•Tretpate, 29585.
•Trett, 6127, 6132, 20169; du verbe trere.
•Trettornei (II, ccxliii).
•Trestot, 17693. [Trestos].
Trettout , 2500, 50392.
•Treu , treuage , 187, 12980.
•Triboul, 14541. [Triboil].
•Trienteitme, 13807. [Trentitmet].
Triet (II, xi).
• Trittour, 20742. [Tritteur].
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874
GLOSSAIRE ROMAN.
*Tristre,8754.
*Triuwe, 16777, 19536, 25850. [Trive].
Trive (I, ccxxvi).
Au siecle de Gregoire de Tours , qui florissait en
573, les clemens d'une bonne Education Itaient Vir-
gile, le code The*odosien, le calcul. Tel fut Pobjet
des e*tudes d'Andarchius : De operibus Virgilii, legis
TheodosianoB libris, arteque calculi adplene eruditus
est. Hac igitur scientia tumens , despicero dominos
coepit. IV, 47. H. J. Guadet, Tun des derniers traduc-
teurs de Phistoire des Francs, remarque qu'on eHait
alors loin du trivium et du quadrivium des XII C et
XHIesiccles (II, 137). Cependant lartianus Capella
avait deja e*crit son traite* des Sept arte libe'ravx ,
Ifartianus cite* par Gre*goire lui-meme a la fin de son
dixieme livre. Les Sept arts, qui n'&aient que le
trivium et le quadrivium rlunis et que Gregoire de
Tours passe en revue , entraient done dans le plan
d'une Education parfaite, du temps de cet e*veque.
( Nous ferons observer a cette occasion que M. Weiss
qui, dans la Biogr. Univ , VII, 62, donne la liste des
Editions de Capella, a omis celle de sa Dialectique,
imprime*e avec les topiques de Cice>on a Leipiig,
en 1510 , cbei Melchior Lotter, in-fol. J. A. Fabricius
et J. A. Ernesti ont fait la meme omission. Bibl.
latina, Lipx., 1774, III, 817). Voir notre Troieiime
mimoire sur les deux premiers sticles de Vuniv. de
Louvain, pp. 2 — 7.
"Trives, 5266, 22320, 23474.
*Trompea, 21769.
•Trompeur, 9412.
•Troaque, 101,5038.
"Troveora, 12190. [Trouvere].
•Truandisse, 24944. [Truandie].
*Trueve(I,ci.xiv).
•Truies, 25912.
"Trim, 2813.
♦Truis, v. 14476, 14912.
•Trulle, 17206.
Tuenard (II, x).
Tuer, 14359.
♦Tuit, 13381.
Tume (tombe), 29710.
* Tumeriaua , 25884,
♦Tunikiel , 23864. [TuniceUe].
*Turc, 26461. [Turcois].
♦Turcoples , 29323.
Turquie\ 25015.
*Tyne, tine (II, m). [Tine].
Tyner (II, m).
*Uel, 16865.
'Uitme, 13647. [Uitieme].
Umlement , 9638.
♦Umles, 30337.
Un et el (et), 12189.
•Una, 17798.
Urinal , voy. Mire. [Orignal].
Gilles de Gorbeil , me* dec in et poete , qui florissait
vers la fin duXII* siecle, dans son traite* de Urinis :
Dicttur Vrina quia Jit in rent bus una,
Aut quia quod tan git , mordet, dessecat et urit.
Dans le roman de digis, les m£decins prononcent
sur P&at de Flnice, apres avoir examine* son urine.
Cette mauvaise pratique a dure* long-temps, aussi
dans la comldie des MathAmaticiens du hollandais
P. Langendyk , y a-t-il un personnage appele* le doc-
teur Urinal.
»U8lemena,6198. [Ualer].
CI. Mtrot I J* ballade :
Les grans poissons faisoient lauu et hullees.
•Uat,v. (II, xv).
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GLOSSAIRE ROMAN.
875
Vacet, 26827. [Vaqae].
Vaiche (I, ecu).
•Vaillan8,241, 587.
Vain t re, 4811,4819, 27018.
PourSarrasins vmintre el conquerre,
Et Sarrasins vaintre et lor gill©.
Roquefort ne donne pas vaintre, mait il fonrnit
aveintre et e'est ce mot que Ton a preTlre* en inter-
prltant l'hymne de sainte Bulalie (Hotrod, de notre
second vol., p. cexe, et Elnonensia % p. 24).
Foldrent tapsimtrs U Deo inimi.
Malt , comma on toit, veintre on vaintre peutent
egalement se soutenir-
•Vair,2926.
Une chanson anonyms, extraite d*nn MS. de labibl.
de Cambrai, par X. Le Glay, publico par K. H 6 cart
et rlimprimle par H. Arthur Dinanx , present e ce
passage :
Son dm bias fait a devi* ,
Si valr oel formiant ,
Laroo d'embler caer d'amaot.
fair o$l, mil bleu,dit X. A. Dinanx; « le vair,
ajonte-t-il , 6tait une riche fourrure blanche et bleue
dont usaient les rois de France (et d'autres person-
nages) au moyen age. Voir oel est une charmante
expression pour depeindre en un seul mot la douceur
dnbleu de la prunelle, se dltachant sur le blanc de
1'cdU. » Ce commentaire est ingenieux , mais n'y a-t-il
pas un peu de raffinement ? Lee trouviree Cambri-
«*#*#, Paris, Techener, 1837, gr. in-8*, p. 84.
•Vairon, 7083.
•Vaiv^e, 14868.
•Vake, 1136. [Vaquc].
•Val, 18297.
•Vallais, vallait, 1677, 7060, 29164. [Vallet].
•Valiant, vaillans, 241, 387.
Ce mot, comme on Pa remarque* , s'appliquait aussi
aux femmes, et n'impliquait pas n6eessairement
l'idee de cette vaillance dont les amaiones e*taient
fieres et que d'autres personnes dn sexe ont dtf-
ployec. 11 indiqnait plutdt la reunion de la plupart
des qualitls qui font aimer une femme : la beauts
derail sans doute y etre comprise. Sous ce mot
beauti nous atons parlc" des trente perfections c6\6-
bre*es par divers poetes. Hous pouvions ajouter qu'el-
les se trouvent paraphrases en vers francais dans
un re*cit, malheureusement tres- obscene , de I'^s-
pion anglais, X, 204—205, d'apres des Ters latins
de Jean Reviianus, auteur, dit ce lWre, d T un poime (/)
intitule : Sylva Nuptialis.
Valiant, en wallon, signifie actif. Les surnomsde
Valantin et de Valantine , donnls aux fiances dn
premier dimanche de careme , ne sont peut-elre pas
sans rapport avec cette signification.
"Valles, vallet, 17102, 25655,29321.
•Valour (I, clxxvii). [Valor].
•Valt(I, exem).
Valu, 17256.
Vant, v. (I, clix), 21646,24549.
* Vassal (II, xnx). [Vasal].
On s'est beaucoup tourmente* pour trouver F ety-
mologic de ce mot qu'on a cru sortir du moyen age ,
sans faire attention qu'il appartient a la legislation
romaine la plus recuse. Aulu-Gelle, dans un entre-
tien qui a lieu sur la place du marche* a Rome, sup-
pose qu'on demande a un jurisconsulte ce que signi-
fient quelques termes qui se trouvaicnt dans le
troisieme livre des Annales d'Ennius et meme dans
la loi dei Douse Tables. Le jurisconsulte s'excuse de
son ignorance en disant qu'il n'a pas (Hudie le droit
des aborigines et des Francs, et il fallut qu'un poete
pass&t par la pour tirer d'inquie*tude les curieux in-
terlocuteurs. Or, parmi ces termes se trouvaient ceux
de vae et de subvas, e'est a-dire de vassal et d'ar-
riire-vassal. Gell. lib. XVI, c. 10. Les Alem. tit.
LXXXIX, § 3 j Marculf. L. II, form. 17 ; Lex Bajoar.
Tit. Ill, Cambro-Brit. Gwas, compagnon, Du Cange,
VI, col. 1425; A. Granier de Cassagnac , Hist, dee
classes ouvrieres et dee classes bourgeoises, Paris,
1838, 247—249.
Vassal ber (le) (I, clxxxti).
♦Vaeaua, 217, 1716, 1743, 7001, 14292.
*Vassaux (I, clixtii).
Vasselemente , 19376. [Vassaument].
'Vavasors, 12142. [Vavasseur].
¥ V<fer (I, clx).
•Veisin (II, xti), 22675,23220.
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876
GLOSSAIRE ROMAN.
'Velle, 23984. [Vele].
Vendi, 13446.
•Vener, 17787.
* Veniance , venjance ,835.
•Venir, 13383.
Venisson, 14871.
* Venjance, 23845.
*Venjer (I, clxtiii).
'Venqueres, 6023. [Vainkierre].
•Venra, 24648.
Vens (de), derens, 19538.
Vent, v. (II, xxi).
'Ventaile, 15529,22898.
Ventalles, 6862. Lacies, ib.
* Venter, 1249.
*Veoumes, 21635. [Veomes].
*Vergoigniez (I, clxii). [Vergonder].
*Vermaus, 3342. [Vermail].
*Verte(lI, xly). [Vertez].
'Vesqes,3122. [Veske].
♦Vesques, 336, 3122, 16212, 16749, 20443,
22777, 24999, 26639, 26667, 26867, 27818,
29653. [Veske].
♦Vesqui, 18185.
Vesquies, 1199.
Vestie (I, clxtiii).
•Veules, 4370, 27478. Mot conserve.
•Viaire, 12330.
*Viautres, 6714.
Vielanti, cheval, 5829 (I, 621), voy. Viel-
lanlin. Dans le vieil auteur allemand Konrad ,
Velenthih.
Viellantin, 4493 (I, 621, II, cix).
Viellantu, cheval, 7885.
Vier, v. (II, lii).
Viers, 20917, 24663.
Viersant, 24827.
Vierti, 19541, 22436.
♦Vi&, 21063 (II, xxxi).
Vies-toi, 24103.
'Viesprir (aviesprir), 674. [Vespre].
♦Vigerous, 14014.
'Vignes, 22382. [Vignau].
♦Vignon, 26178, 27094.
•Viiele, v. 17066. [Vizier].
•Vilaites, 21564. [Villotte].
Vileynez (I, xcvi).
Villa, 24097.
♦Viltance, 783.
•Vin, 21671.
*Ving, 26544. [Vint].
•Violt, 11128, 19727. [Volt].
'Vios, 24198. [Vies].
Viosantis , cheval, 7953.
Vious, viout, 2235, 4472, 23496, 28611.
Viousantit , cheval , 8042.
•Vir, 24686.
*Viree (II, xxvi).
* Virgene, 3828, 10567, 12194, 15518. [Virge].
♦Virgne, 17211, 18472. [Virge].
♦Vis(vivant), 28925.
*Vis, visage, 5525, 19740, (I, cwiv).
Da Gange snr Villehardouin , p. 870.
Vises, 3121.
Viseus, 18999. [Wiseux].
Viseuses, 2854. [Voiseor].
* Visnage , 16099.
*Vis-quens, 14991, 21659. [Visqueux].
♦Viste, 253, 257.
Viste, 22461.
•Vitore, 1149. [Victoire].
Viunt, 14544.
*Viute, 16943.
*Voel, 6268, 20216, 27304.
Voellance, 25594.
Voellans , 27122.
¥ Voie, 31240.
Voilent, 30058.
♦Voir, 89, 8115, 24952.
♦Voir(de), 13847, 23538.
* Voire, 20236, 26468.
•Voirs, 25748.
♦Vois, v. 14477.
*Voisse (s'en), 15510. [Voiser].
'Volage, 25366.
♦Volentet, 18765. [Volente].
♦Volentiers, 28469.
*Vosist , 1255, 1499, 18727.
♦Vor&, 17324. [Volsir].
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GLOSSAIKE ROMAN.
877
'Vorrent, ▼. 21458. [Idem].
'Voaiat, 9461. ridem].
' Voatrea , 18941. [Voueatre].
Vouatre (I, cxc).
*Vroi, 19955.
•Vuit, 25085.
*Vut, veat (I, cxci). [Vout].
w.
* Waiter, 50805.
' Wea, 15954, 14565, 15070, 80121 .
* Wienage , 1152. [Wienaige].
•Wierea, 1181.
Winae, 51057.
Wiae, 18796, 28215.
* Wiaeua , 2006.
'Wiaaiera, 20947, 25545. [Vissierj.
•Witismea, 667.
Woes, woes, 9525.
Woltoirs, 15504.
Woutoira, 7127, 15578.
Y.
Ycoine , 10987.
' Yrecon, 50052. [Ire^oD].
Yretea,879. [Iretage]-
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WfcVVW\IVV\V\VVWW\!\\\\*V\\*VVV\V\VVW^
CORRIGENDA.
TOME I".
TOME If.
Page XXXVIII, ligne 20, la bibl. do Bourgogne possede
sous le n« 1 1968 Y His tori* compendiosa
de Henricus de Merica.
— LXXXII, ligne 18, Ketel ,' lises KeteU.
— LXXXV, — 20, moins redout e\ Us. plus redoute.
— XCIV , note , lig. 1 , nana , lises rana .
— CXL1X, ligne 16, Camelain, lises Camelin.
— CLXXXI, — 5, malheurement, lises malheu-
reusemeni.
— CLXXXIV, note marg., Cillebert, lises Guillebert.
— CXC1X, ligne 10, Bovine* , lises Bouvines.
— CCXXXVII, — 28, le renvoi de la note n'est pas 2
mais 1.
— 10, note, col. 2, ligne 2, 900, lises 209.
— 12, alafiudesv. 249, 251 et 252, une virgule, dnv.250
nn point el virgule
— 29, ligne 14, lises ainsi le vers :
Pris ot Sigebiers pour aide.
— 102, note da ▼. 2483, /ranches, lises /ranges.
— 127, ligne 16, cruelement , lises cruelment.
— 140, — 28, lies, \\w% lies.
— 192, note, col. 1, ligne I, ailes\\%e%ailles.
— 213, — — 2, ligne 13, e'est, Uses cest.
— 317, — — 2, — 2, marque Uses marquee.
— 842. — — 2, — 1, cctte note se rapporte au
vers 8729 et non pas an 8749.
— 348, ligne 5, sui, apres ce mot au lieu d'un point inci-
tes nne virgule.
— 479, Ugne S3, pracifi a, Uses pacifia.
— 480, — 19, Guennelon de Hardres , meltes une vir-
gule apres Guennelon.
— 520, ligne 35, alquot, lises aliquot.
— ib, — 36, vixisset, lises rexisset.
— 524, — 24, supultus, Uses sepultits.
— 525, — 18, suceessit, Uses successit.
Page II, note marg., Rainaud lises Rainouard.
— Ill, ligne 17, Nigellius, Uses Nigellus.
— XXV, not*, col. 2, lig. 6, Franc Use* France.
— XCVI1, — 10, Orange, effaces la virgule.
— XCIX, — 1, Raimbcrt ou Rembert comme ail-
leu rs.
— CVIII, — 24, vist, Use* vest.
— ib. — Macabre, lises Macabre.
— CX, — 23, dracon, Uses dragon.
— CXXIV, ligne 17, qui cite, lises que cite.
— GLIX, — 9, /elons, hscz felons.
— CLXIV, — 17 et 22 ct p. 840, col. 2, Ugne 36, c/r-
roccio, Uses carroccio.
— CCXLIV, — 1. principal* tes.lisez principaute.
— 10, Ugne 23, n'a t Uses n'd.
— 11, — 5, flus apres ce mot, une virgule doit rem -
placer le point.
— Ill, note, col., 1 1 1.3, plein, Use* plains.
— 113, — —2,1.5, dans Rob. Wace , lises dans
Philippe Mouskes.
— 158, — — 1,1. 7, Geroi, lises Geroie.
— 165, — sur le v. 16674, reveil , Uses reVi'e/.
— 167, — sur lev. 16710, Gisile, — Gisele.
— 172, — marginale, 1254, lises 1054.
— 189, — marg., Guillaume, lisea a Guillanme.
— 233, — col. 1, 1. 9, nel, lises n'e/.
— ib. Ugne 20, si prouerent, Uses s'i prouerent.
— 276, note, col. 1, 1. 5, Vilri, Uses Vitri ou Vitry.
— ib. A la marche, V. 18560, Uses 19560.
— 277, note, col. I, 1. 2, Peterborough, lises Peterbo-
rough.
— 309, ligne 20, Lallans, apres ce mot une virgule.
— ib. — 22, Boulogne, id.
— 311, — 12, odlui, an point.
— 321. note, col., 1,1. 13, Nesle,lise*Nesles.
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880
CORRIGENDA.
TOME I".
TOME II.
Pag. 544, ligne 5, pertinlentibus ,11ms pertinentibus .
— 556, — 27, eaducte, liset caducae.
— 568, — 29, domino, liset domini.
— 605, — 5,6, Philippres, Philippic, Uses Phelip-
pres, Phelipples.
— 609, — 26, Erasme, Uses Crasmar.
— 612, — 38, longuemat, lises longuement.
— 813, — dern., mes, lises mes.
— 625. — 15, au rest* Gentilotus, lises aw surplus
Gentilotus.
— 638, — 35, le due de Naymes, lises U due Nay mes.
P»g. 322, ligne rasrg. et 371, n.,col. 1, 1. 2, fiend res, lises
Flandre,
— 339, — 24. iscus, lises iscus.
— 341, — 9, Robues, lises Robues.
— 347, note sarle v. 21468, Hostmar, lises Horstmar.
— 376, ligne 17, tres f lises /ra.
— 703, — 25, siccario , lises sicario.
— 739, — 7, Nederlandtche, Uses Nederlandsche.
— 801, col. 2, ligne 24, /* clerc de Guillaume, effaces de.
— 828, — 2, — 18, EAiaHd, liset Ekiurid, MS., et
Fischer, p. 45, Ekewrid.
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CHROMQUE RIflD&E
DB
PHILIPPE MOUSKES Oil MOUSKES,
PUBLIEE, POUR LA PREMIERE POI8,
AVEC DES PRfiLIMINAIRES, UN COMMENTAIRE
ET DES APPENDICES.
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CHROMQUE RIWtE
DE
PHILIPPE MOUSKES 01 MOUSKES,
PUBLI&B POUR LA PREMISE FOIS
AVEC DES PRtUMlN AIRES, UN COMMENTAIRE ET DES APPENDICES.
SUPPLEMENT.
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CHROMQUE RDEfcE
DE
PHILIPPE MOUSKES OU MOUSRES,
PLBLIBE POUR LA PREMIERE POIS
AVEC DES PR^LIMIN AIRES , UN COMMENTA1RE ET DES APPENDICES;
PAR
■ EMME DE l'aCADEMIE EOT ALE DE IMJXELLES, DE L-'lNSTITUT DE FIUUCE, ETC.
SUPPLEMENT.
BRUXELLES,
M. HAYEZ, IMPRIMEUR DE LA COMMISSION ROYALE DHISTOIRE.
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V\ft\\Y\\\\&\\\\\\\fcWV\\W\\\\\\\\&\\\*^
SUPPLEMENT
A LA
CHRONIQUE RIMfiE DE PHILIPPE MOUSKES
OU MOUSKfcS.
Depuis qu'Andr6 Du Chesne et Du Cange, ces preux de Ferudition frangaise,
avaient fait connaitre, par extrait, Foeuvre immense de Philippe Mouskes ou
Mouskes, on desirait posseder en entier ce precieux monument d'histoire et de
literature. Mais F6tendue et les difficulty de Fentreprise oppos&rent, pendant
deux siecles , un obstacle invincible k la realisation d'un tel voeu. Seconde par
des circonstances plus propices , il nous a ete possible de faire , malgr6 notre fai-
blesse , ce qu avaient seulement congu des bommes auxquels nous n'avons nulle-
ment la pretention de nous comparer *.
On nous a tenu compte de notre bonne volonte, de nos efforts sincfcres, et,
1 Nous ne sarons pas si Lenain de TillemoDl se proposaitde tirer Ph. Mouskes de robscuritl, mais il en avail fait
faire une copie magoiGque, sur laquelle il avail jete* quelques gloses el dont nous possesions une partie , qui com-
mence au v. 23,563. M. Arthur Dinaux indique aussi , parmi les manuscrits de 1'Arsenal , une copie du XVII I e sie-
cle , colee 103 , in-fol. de 852 pages. Trouvires de la Flandreet du Tournaisis, p. 331 , note.
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6 SUPPLEMENT.
quelle que futl'imperfection de notre travail, nous avons re?u de toutes parts les
plus flatteurs encouragements. Obtenir Tapprobation d'ecrivains tels que MM. Ray-
nouard, Daunou, V. Le Clerc, J. Grimm, F. Wolf, J.-L. Ideler *, J. Bekker,
P. Paris, Le Roux de Lincy, F. Michel, Arth. Dinaux, etc., n'est-ce pas un
succes dont nous pouvons avouer que nous sommes fier?
Des censeurs neanmoins (nos compatriotes , comme il est juste), sans bla-
mer le livre meme , ont trouve qu'il n'appartient pas plus a Thistoire que les
chroniques metriques de Van Heelu et de De Klerk , declarant que ce genre
d'ouvrages etait exclusivement du ressort de la philologie 2 . En confirmant cette
sentence , nous semble-t-il , on se ferait de l'histoire une idee aussi 6lroite quin-
compl&e. L'histoire, en effet, ne se compose pas uniquement defaits mat6riels, de
faits proprement dits, qui ont un nom et une date , elle embrasse dans sa plenitude
Tactivite humaine , elle Tetudie et la represente sous toutes ses faces. La critique
que nous relevons ici provient peut-etre de ce que, dans le principe, la commis-
sion, sous les auspices de laquelle a ete publie Philippe Mouskes, etait chargee
officiellement de mettre au jour la collection des Chroniques beiges inedites. Le
mot chronique a retreci la route qui nous etait trac6e et afourni des armes a notre
contradicteur. Ce terme aurait du etre rem place par celui de documents, en latin
res ou fontes, en allemand qtiellen; car, par exemple, des chartes, des di-
plomes, des correspondances et d'autres pieces de cette nature, sont-ils moins
utiles , offrent-ils moins d'interet que des chroniques veritables? L'homme emi-
nent , auquel la France doit un magnifique ensemble de materiaux historiques ,
1 M. Ideler, qui veut bien nous citer a presque toutes les pages de son Hittoirede la literature f ran faiseau
moyendge, juge que notre edition est eine unentbehrliche Hiilfsquelle. M. le baron F. de Roisin Tappelle le
vade-mecum de tous ceux qui eludient la literature romane , etc.
* Qu'il nous soit permis de rappeler ce passage de Diveeus : Quibus non obtemperare inhumanum credens,
vela ventit commiti; non ignarus interim, quantis ealumniarum perversorumque judiciorum procellis sese
exponant } qui in latissimum hoc scribendi aequor temere procurrunt. Divaeus nous (burn it ainsi une max i me
d'une application malheureusement trop frequente , et l'occasion de mentionner une allegation d*un biographe dont
la bienveillance n'est pas le plus grand deTaut.
En ecrivant une notice sur Divaeus (Ph. Mouskes, 1. 1, p. cccxlyu — cccli), nous avons dit, d*apres Ermens,
p. cccxix , que Paquot avail 6ti 1'editeur des Opera varia imprimis en 1757 , in-fol. , puis au t. II , p. 743, nous
avons rep&e" quelqueslignes de feu M. Tan Hultbem , qui refuse a Paquot le litre d'editeur de Divaeus, pour I'accor-
der a De Yivario , et nous avons remove* , touchant cette assertion , a un ouvrage que nous pensions dtre pres de
publier alors sous le tilre de Bibliothdque historique de la Belgiqtte. Le biographe , qui s'en reTere a Foppens et a
J.-B. Slaes , selon lesquels Ndition des Opera varia est de Micbel Van Langendonck, part de la pour nous accuser
d'erreur (Lectures relatives d I'histoire des sciences, des arts , des lettres, des mcturs et de la politique en Bel-
gique, t. Ill, p. 70). Cet ouvrage est tout rempli d'allusions ameres, d*iroputationsbostilesel la plupart ioexactes,
pour ne pas dire davantage.
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SUPPLEMENT. 7
ne voulait pas meme qu'on repoussat les ouvrages qui, sous une forme purement
litteraire , nous revelent des mceurs oubliees , des usages ou des fails sociaux dont
on avait perdu la trace *. Cette autorite nous parait sans r6plique. Mais meme,
dans l'espfece , les Merits de Van Heelu , de De Klerk et de Philippe Mouskes ne
sortent pas de la classe des chroniques. lis cumulent le triple avantage de con-
sacrer des faits historiques de la nature de ceux qu exigent nos Aristarques , et
d'etre en meme temps un temoignage curieux et irrecusable de la condition in-
tellectuelle , ainsi que de la langue de leur siecle.
Voilk sans doute ce qui a seduit les doctes etrangers dont nous venons d'in-
voquer les noms, et ce qui nous a valu leurs 61oges. Pour les mieux meriter, nous
croyons que e'est un devoir, meme apres huit annees, de revenir sur notre pu-
blication , pour tenir les lecteurs au courant des decouvertes rtcentes qui s'y
rattachent. Nous n'avons jamais hesite k nous corriger et a signaler nous-meme,
le premier, les fautes que nous avions pu commettre : personne ne le niera ; cette
justice , nous la reclamons hautement.
Jusqu'ici Philippe Mouskes, ou mieux Mousrfs, passait pour un eveque de
Tournay, natif de Gand, et, malgre certains doutes, nous avions adopts l'opi-
nion commune , qui comptait en sa faveur les noms les plus imposants.
II est prouve aujourd'hui que Philippe Mouskes n'6tait ni Gantois, ni feveque,
mais un joyeux trouvere, portant la cape et l'6p£e, et auquel la ville de Tournay
donna le jour.
L'auteur de Ferreur qu'il nous 6tait impossible de rectifier, parait 6tre Andre
Du Chesne. Dans ses Annates de Flandre, p. 93, Meyer avait dit : Philippus co-
gnomento Mus, Gandavo oriundus 9 fit episcopus Tornacensis. Du Chesne ayant
eu connaissance du manuscrit de la Chronique des rois de France, ecrivit le 7
mai 1622 a De Winghe, chanoine de Tournay, pour lui faire part de cet te-
nement : « Ces jours passes j'ai eu communication d'une histoire de France es-
> crite en vieille rime , oil j'ai remarque beaucoup de choses de la ville et des
> eveques de Tournay, ce qui m'a faict estimer que Tauteur, nomme Philippe
» Mousque , en pouvoit estre originaire 2 . >
Du Chesne, on le voit, comprenait bien que l'auteur de la chronique devait
etre tournaisien, mais il n'avait point encore imagine qu'il fut le meme que
Teveque Philippe de Gand ; aussi, dans Y Histoire de la maison de Montmorency ,
1 Rapport de M. Guiiol au roi* Paris , 1835 , in-4" , p. 22.
1 Voir notre edition , JI , ccctiii.
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8 SUPPLEMENT.
qu'il publia en 1624, les extraits qu'il donne de notre 6crivain ne portent aucune
qualification episcopate *. Mais en 1639, lorsqu'il fit paraitre YHistoire de la
maison de Bethune, confondant Mouskes ou Mousk6s avec le Mus dont parle
Meyer, il ne fit qu'un seul individu du poete et de Feveque qui vivait un demi-
siecle apres lui *. Cette meprise du celebre genealogiste fran$ais fut admise des
lors comme une verite. Du Cange, en publiant, en 1657, a la suite de Ville-
Hardouin, un long extrait de Philippe Mouskes, le designe expressement comme
ayant ete evesque de Tournay depuis la composition de sa chronique , et les Fop-
pens, les Paquot, les auteurs de YHistoire litteraire de la France, ceux des Me-
langes tires d'une grande bibliotheque , etc., rep6tferent avec une confiance fort
excusable l'assertion de ces deux erudits.
La verite cependant se r6duit a ces deux points : que Philippe Mouskes etait
un trouvere tournaisien de la premiere moitie du XIII e sifecle , et l'eveque Phi-
lippus de Gandavo, surnomme Mus, Muus, ou Meuse, un gantois, issu sans doute
de Tillustre maison de Gand, ainsi que nous l'avions dejik soupgonne 3 , et qui
florissait un demi-sifecle aprfes le poete.
Cette verite a ete mise dans tout son jour par M. Du Mortier, dont on connait
Tardente et heureuse activite. 11 en a fait l'objet d'un lumineux m6moire , insere
dans les Bulletins de la Commission royale d'histoire 4 , et que nous reproduisons
ici presque en entier. M. Du Mortier, qui a fouille avec un soin au-dessus de tout
eloge, les archives de Tournay , y a retrouve, apres quatre ann6es de recherches,
des preuves manifestes de Terreur oil etait tombe Du Chesne, et il s'en est servi
avec beaucoup de sagacite.
M. Du Mortier s'attache a demontrer : 1° que Philippe Mouskes et T6veque Phi-
lippe de Gand sont deux personnages entierement differents; 2° que le trou-
vere etait un bourgeois de Tournay , qui florissait sous Philippe-Auguste , un
demi-sifecle avant Tevfeque Philippe de Gand; 3° que son nom doit se prononcer
Mouskes et non Mouskes; 4° que la famille Mouskes etait tournaisienne et non
gantoise; que, par consequent, il y a eu erreur et confusion lorsque Ton a at-
tribue a Feveque Philippe de Gand le poeme du trouvfere tournaisien.
Pour prouver la premiere partie de sa these , M. Du Mortier etablit d'abord
1 Preuves , pp. 39 et 66.
* Preuves, p. 371.
3 T.H,Lxx?in.
4 Tom. IX, pp. 112-145, et torn. X,pag. 46-48.
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SUPPLEMENT. 9
les faits, en ce qui concerne l'eveque Philippe de Gand. De l'examen de ces faits
on conclura que la chronique romane des rois de France n est et ne peut etre
son ouvrage.
L'eveque Philippe de Gand appartenait a la Flandre flamingante et etait natif
de la ville de Gand l , oil il resida, parait-il , durant de longues annees. Chance-
lier de l'eveche de Tournay en 1272, il fut, en 1274, promua Tepiscopat , fit son
entree a Tournay, le 23 Janvier 1275 (1274, v. St.), et mourut a la Noel de
Fannee 1283, epoque a laquelle Michel de Warenghien lui succeda comme
6veque. Aucune charte, aucun ouvrage anterieur a Andre Du Chesne ne le
designe sous le nom de Philippe Mouskes, mais tous les documents contem-
porains et authentiques lui donnent celui de Philippe de Gand, dit Mus ou
Muus.
La vieille chronique des eveques de Tournay, manuscrit conserve au chapitre
de la cathedrale, s'exprime en ces termes: « Apres ledict evesque, mestre Jehan
» Buchiel , succeda Phelippe de Gant, chanonne et chancellier en ladicte eglise,
d et fust sacre Tan mil deux cens soixante-quattorze. »
La chronique des 6vequesde Tournay, provenant de l'abbaye de Cysoing, etqui
parait etre une copie du texte primitif de la chronique de la cathedrale 2 , repro-
duit la meme version : Johanni Buchiel successit dominus Philippus de Gandavo ,
canonicus et cancellarius lornacensis, in episcopum consecratusanno MCCLXXIV.
Gilles li Muisis, abbe de S*-Martin a Tournay et contemporain de Teveque
Philippe de Gand, parle de lui, dans sa chronique, en ces termes : Anno 1274
fuit eleclus a decano et capilulo Magister Philippus de Gandavo oriundus, cano-
nicus et de gremio, vir lilteratus, prudens et discretus, et venit in Tornacum Mo
anno; praefuit annis circiter octo 3 .
La chronique de S l -Bavon h Gand , oil l'eveque Philippe etait ne , dit en par-
lant de ce prelat : Ordinatus est in episcopum Philippus, cognomine dictus Muus ,
circa annum domini 1275, natus de Gandavo, magister in artibus, dominus legum,
magister in decretis, homo mitis et suavis.
Dans toutes les chartes donnees par ce prelat , il prend le nom de Philippus
de Gandavo, ou tres-rarement celui de Philippus de Gandavo dictus Muus; ja-
mais il ne prend celui de Mouskes. Le necrologe de la cathedrale de Tournay,
« Chronique de S'-Bavon.
8 Voir 003 appeodices a Philippe Mouskes, vol. I . p. 542.
5 Li Muisis in Corp. chron. Flandr., I, p. 164.
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10 SUPPLEMENT.
en parlant de son oncle, porte : Eodem die (18 kal. Decembr.) obiit Georgiw
poenilentiarius , avunculus domini Philippi db Gandavo, episcopi tornacensis.
Enfin 7 le registre aux entrees, dit de cuir noir, manuscrit contemporain qui
repose aux archives de la ville et cit6 de Tournay, raconte la joyeuse entree de
Teveque Philippe de Gand en ces termes :
de le Venue le Vesque phelipon de gant.
« L'an del Incarnation M.CC.LXX1V el mois de jenuier le samedi apri6s le jor
» de le conuersion de saint Pol, entra premiers en Tornai li ueskes Phelippes de
]> Ghant, quant il reuint de sen sacre. Si ramena par Fassens des prouos, des
» jures, des eswardeurs, des maieurs et de tout le consel de le ville, tous banis et
* a ans et a denier, fors cheaus ki estoient bank pour mourdre, pour rat de femme
» efforchie u ravie u emmeneea forche, pour arcin, pour reube en bos u en
» kemin, u pour pais faite par preudomes brisie, u pour trives, u respit u su-
» retet brisie, u pour mort d'ome u de femme faite puis le daraine lettre le roi, en
h laquelle il est contenut que jamais ne puist rauoir Tornai ki home u feme ochie,
r> et partant se tiunrent les parties apaiiet. »
Ainsi, a Gand comme a Tournay, dans les actes de F6veche comme dans ceux
de la cite, Teveque Philippe est toujours nomme Philippe de Gand ou Muus, ja-
mais il ne prend le nom de Mouskes; les temoignages contemporains que nous
venons de citer, ne laissent aucun doute a cet egard. Quant au MS. n° 9455 nouv.,
de la bibliotheque de Bourgogne , que nous avons cite i , et qui donne le nom
de Mouskes a Teveque Philippe, c'est un manuscrit moderne du XVIIP siecle,
sans importance pour le sujet qui nous occupe.
De ce qui precede il resulte :
1° Que l'eveque Philippe de Gand etait flamand et ne a Gand ;
2° Qu'il ne se nommait pas Mouskes, mais bien Philippe de Gand, surnomme
Mus ou Muus;
3° Qu il florissait en 1280.
Or, aucune de ces circonstances n'est applicable a Tauteur du poeme.
M. Du Mortier etablit ensuite avec beaucoup de clarte que le trouvere etait non
pas un flamand, mais un wallon sujet de la France. En effet, dans tout Fouvrage
1 Chronique de Ph. Mouskes, vol. II, p. cccv. II est h remarqucr quece MS. y est cote* n° 9435, ancien;
mais c'est 9435 nouveau , qu'il faut lire.
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SUPPLEMENT. M
on trouve k peine un seul flandricisme, une seule tournure flamande; les expres-
sions et les phrases rappellent completement le vieux langage tournaisien, comme
il s'est presque entierement conserv6 dans les communes rurales des environs
de la vieille cite des Franks , que notre poete celfebre si souvent dans ses vers.
Qu'est-ce d'ailleurs que l'ouvrage de Philippe Mouskes? Un eloge des rois de
France. Or , un tel 61oge pouvait se placer naturellement sous la plume d'un ha-
bitant de Tournay , ville sujette aux rois de France; mais dans la bouche d'un fla-
mand, et surtout d'un gantois, c'eut 6t6, a cette 6poque, une manifestation peu
nationale et peuWtre dangereuse. Philippe Mousk6s ne cache pas d'ailleurs qu'il
appartenait& la France; les Frangais, pour lui , ce sont nos Francis; les Flamands
sont ses ennemis 1 . En racontant l'histoire de la bataille de Bou vines, livree de
son temps , Philippe Mouskes ne montre aucune sympathie pour les vaincus :
Maintes fois oissi& le jour
Crier monjoie sans s^jour;
Cis raos esmaia * les Flamens,
Cis raos lor fu paine et tor mens,
Cis raos les a tous abaubis s .
(V. 21, 901.)
Et quant on escrie monjoie,
N*i ot Flamenc qui n'asoploie.
(V. 21, 875.)
Souvent oissite a grant joie
NOS Francois escrier monjoie.
(V. 21, 833.)
C'est bien Ik le langage de celui qui aurait crie lui-meme monjoie dans le
combat, et non de ceux que ce mot mettait en deroute.
NosFrangois, langage d'un compatriote et non d'unennemi; il n'y a qu'un sujet
• Plusieurs des biros citls par Philippe Mouskes , daos son recit de la baUille de Bou vines, Gerard -la-Truie,
Hues des Wastines (et non de la Voestine), Guillaume des Barres , appartenaicnt , dit M. Du Mortier , a des families
tournaisiennes- II existedans les archives de Tournay des actes d'inte>£t prive" qui se rapportent a ces families,
lesquelles subsistent encore de nos jours. Quant a Guillaume des Barres , dont les historiens contemporains indi-
gent l'origine , il parait que M. Du Mortier s'est trompe\ (Philippe Mou$k4s 9 II, 370, note sur le v. 22,004 )
• D4roula,d6concerta.
• tibaubis, ebakis.
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12 SUPPLEMENT.
frangais qui ait pu s'exprimer de la sorte , a moins qu on ne soutienne qu'en oc-
cupant une dignite dans l'eglise de Tournay, le flamand se naturalisait francais.
En parlant des Champenois, le poete dit :
Des Campignois n'i ot celui
Qui ne fasse Flamens anui.
(V. 21, 892)
On voit que la sympathie de l'auteur n est pas pour les Flamands, et cela se
congoit chez celui qui avaitassiste au sac de Tournay, sous le comte Ferrand.
Maisquand ilparle des Fran<jais, il n'a pas d'eloges trop grands a leur prodiguer :
Mais li Francois , s'on dire lose ,
Sont de tous cevaliers la rose.
(V. 21, 091.)
A propos du roi Jean d* Angleterre , defait devant la Roche-aux-Moines , il
ajoute :
Et quant il sot la v£rite*
Comment Francois sont aroute ,
Desconfi s en alia fuiant
Et no Francois aprigs huant.
(V. 22, 251.)
Tous ces passages semblent prouver que la chronique n a pas ete ecrite par
un Flamand; un sujet des rois de France pouvait seul sexprimer comme le fait
notre poete. Meme l'esprit de clocher perce d'une maniere singulierement remar-
quable quand Philippe Mouskes raconte le traitement cruel que Philippe-Auguste
infligea au comte Ferrand, le meme qui, k la tete d'une armee flamande, avait
saccage et ruin6 Tournay Fannee qui preceda la bataille de Bouvines.
Sot Ferrand mis en double fier
Ausi com diable d'enfier ;
Pour cou k'il voloit regiber
Or le fait pestre et soujorner
Si comme ceval dessoulg ,
Pour §ou qu il ot Tornai foule\
(V. 22, 289.)
Un Flamand n'eut certes pas compare le comte Ferrand a un diable d'enfer.
Et pourquoi le roi de France met-il le chef des Flamands en double fier ? ecou-
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SUPPLEMENT. 13
tons le motif qu en donne Philippe Mouskes: Cest, dit-il, pour gou qu'il ot Tornai
foule. Ainsi le comte Ferrand, fait prisonnier a Bouvines , n est pas mis aux fers
pour avoir leve l'etendard de la revoke et avoir voulu detroner son suzerain; non,
le motif qui le fait condamner a cesupplice, c'est parce qu'il a foule et saccage
Tournay! L'esprit municipal du bourgeois de Tournay est ici trop Evident pour
avoir besoin de commentaires. Et cet esprit de localite se reproduit chez Philippe
Mousk6s chaque fois qu'il sagit de la ville de Tournay, ce qui fait que des l'epoque
oil le MS. fut d6couvert, Du Chesne reconnut qu'il devait avoir et6 ecrit par un
habitant de cette ville.
Que si nous rapprochons les dates relatives au poete roman et a l'eveque, nous
reconnaitrons bientot que ce rapprochement fournit une preuve nouvelle que
l'eveque Philippe de Gand ne peut avoir ete Tauteur du poeme sur les rois de
France, en demontrant que l'eveque et le poete florissaient a un demi-siecle l'un
de l'autre. En effet, toutes les chroniques s'accordent en ce point, que Philippe de
Gand fut elu en 1274, et les archives de l'6veche de Tournay nous apprennent
qu'il mourut vers le jour de Noel de l'an 1283 ! . Or, Philippe Mouskes, en parlant
de la prise de Tournay par le comte Ferrand , s appuie sur son propre temoignage
comme ayant ete present a ce desastreux 6v6nement , auquel la trahison eut une
grande part :
Bien lesavommes (dit-il), ki \h fames.
(V 21 , 229.)
La prise de Tournay par le comte Ferrand , eut lieu avant la bataille de Bou-
vines, en 1215; Philippe Mouskes etait done a Tournay a cette epoque, et,
d'apres ses expressions , il n'est pas douteux qu'il n'ait ete present a Taction ,
puisqu'il se porte garant des faits qui s'y passerent; par consequent, Philippe
Mouskes devait, en 1213, fetre age d'au moins 20 ans. Or, comme l'eveque Phi-
lippe fut elu en 1274, il aurait eu a cette epoque au moins 81 ans, ce qui est peu
vraisemblable. Comment d'ailleurs supposer un age aussi avance a l'6veque que
l'abbe Li Muisis indique comme chevauchant par la ville en brillant equipage de
16 a20chevaux?Est-ce la failure d'un vieillard octog6naire?evidemment la chose
1 Le jeudi apres la Noel 1285, le chapitre annonce au roi Philippe-Ie-Hardi le deces de Peveque Philippe de
Gand, et demande d'etre auloris^ a proc&ler a l^lection de son successeur. Le dimanche apres PEpiphanie , le roi
donne licence d^lire un autre ev^que. Enfin , le mardi apres la Purification 1284 (1283, v. St.), le roi ordonne aux
gardiens de la regale de d^livrer aux executeurs teslamentaircs du pr^lat deTunt , les biens mobiliers qu'il posse-
dait et de delivrer au chapitre les biens episcopaux qui, par coutume, ^taientdcla re*gale. Ces pieces m'ont el^
communiquees par M. le chanoine Voisin, archiviste de la cathedrale de Tournay.
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14 SUPPLEMENT.
est impossible. L'eveque Philippe de Gand, qui, en 1280, se signalait par ses
brillantes chevauchees, ne devait pas encore etre n6 en 1213. En reality Philippe
Mouskes , le poete roman de Philippe-Auguste , appartient a la premiere moitie
du XIIP siecle, Feveque Philippe de Gand , a la seconde; le premier florissait de
1213 a 1240, le second, de 1274 a 1283.
Aprfes avoir prouve que Feveque Philippe de Gand n etait point et ne pouvait
6tre Fecrivain de la grande chronique romane des rois de France, et que lb veri-
table auteur de ce poeme, Philippe Mouskes, devait etre wallon , sujet frangais et
tournaisien, M. Du Mortier nous apprend qu'il existait au XIIP sifecle a Tournay,
une famille consideree portant le meme nom que notre poete : Mouses. Ce nom
toutefois nes'ecrivait pas toujours de m£me , et il subissait les modifications ortho-
graphiques usitees a cette epoque pour tous les mots. Conformement aux regies
de la grammaire romane du XIIP siecle, il s'ecrivait Mouskes, ou Mousches, au
nominatif singulier, comme dans le premier vers du poeme; Mousket ou Mouchet,
k Faccusatif et au datif. Les dames feminisaient leur nom toutes les fois qu'il etait
declinable, et celles de la famille qui nous occupe prenaient le nom de Mouskete.
Cet usage , commun aux peuples du nord, de feminiser les noms de femmes sub-
siste dans plusieurs provinces de France; dans la Brie, par exemple, il est encore
usite de nos jours. C'est a la famille que nous venons d'indiquer et non a celle
de Feveque Philippe de Gand qu'appartient le celebre chroniqueur.
Le nom de Mouskes n est nullement flamand, il est roman , et se retrouve en-
core aujourd'hui dans le patois de Tournay. Ce mot signifie mouche (mouque) ,
quand Fe se prononce ferme, tandis que si Ye se prononce aigu, il designe un oi-
seau de proie, connu sous le nom de crecerelle (Falco tinnunculus), que nos
campagnards nomment commun6ment mouket ou emoucliet; dans le nord de la
France et la Picardie , cet oiseau porte encore le meme nom. On sait que Fortho-
graphedu moyen age n'admettait pas d'accents dans Fecriture; lalangue fran^aise
a cette epoque s'ecrivant sans accents et sans apostrophes , il serait impossible de
determiner quelle doit etre la prononciation du nom de la famille tournaisienne, si
une circonstance relat6e plus loin n'avait revele a M. Du Mortier que le nom des
Mouskes etait emblematique, qu'il designe Foiseau de proie, et que, par con-
sequent , il doit se prononcer Mouskes.
La famille Mouskes figure souvent dans la collection des chirographes de
Tournay, ainsi que dans les listes du magistrat de cette ville. Elle appartenait a
Taristocratie tournaisienne du XIIP siecle et habitait la rive droite de FEscaut ,
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SUPPLEMENT. 15
cest-a-dire, Tfohevinage de SMJrice. M. Du Mortier a rencontr6 dans les archives
de Tournay plus de cent actes qui en font mention. Les plus anciens sont des ann6es
1216 et 1223 1 ; le second est un accord entre dame Juliane Mouskete, veuve de
N. Mouskes, etsesenfants. Ceux-cin'y sont point nommes, excepte unseul,Thiery,
qui etait au loin a letranger, peut-etre en pelerinage a la Terre-Sainte ; mais comme,
en cas de retour, il lui est accorde une quatrieme part, on doit en conclure que les
enfants 6taient au nombre de quatre. La qualification de dame donnee a Juliane
Mouskete prouve la haute position dont elle jouissait , car au moyen age cette
qualification n etait accordee qu'aux femmes et aux filles de chevaliers.
Un acte de 1248 indique le nom d'un second fils de dame Juliane Mouskete;
il s'appelait Jehan Mouskes. Ce Jean fut, en 1228, pleige de Jean Wisse,
vis-4-vis du chapitre de Tournay, avec Aubert et Godefroy de Mortagne, Jac-
ques et Thomas Buciau, Jean de Rongies, Ferain Galait, etc., qui etaient vrai-
semblablement ses allies de famille 2 , et qui etaient au nombre des lignages les
plus puissants de lepoque. Jean Mouskes habitait la rue de Pont a Tournay 3 ;
il fut echevin du banc de Saint-Brice en 1238, mayeur de cet 6chevinage
en 1251 4 , et jur6 de Tournay en 1248. 11 6pousa dame Agnfes N., et etait mort
avant fan 1265; car, en cette ann6e, Colars et Gilles Mouskes, ses deux fils,
firent un accord au sujet de sa succession 5 . Dans cet acte Jean Mouskes est
d6sign6 tantot sous le nom de seigneur Jehan Mouskes, tan tot sous celui de sire
Jehan Mouskes , qualifications qui ne s'accordaient quaux propri6taires d'une
seigneurie , ou bien aux personnages qui avaient exerc6 les premiferes fonctions
publiques. Gilles Mouskes, fils de Jean, vivait encore en 1276 et en 1280 6 , c est-
a-dire pendant Tepiscopat de Philippe de Gand; il dut avoir un fils de son nom,
puisque, dans Tacte de 1280, il est d6sign6 sous le nom de le pere. Ce Gilles
ne doit done pas fetre confondu avec un autre Gilles Mouskes dont nous allons
parler et qui etait d6j& mort en 1261.
On ne possfede aucun acte de filiation des autres enfants de dame Juliane
Mouskete, mais on retrouve, & l'6poque de son partage, deux autres tournai-
siens de ce nom, Gilles Mouskes et Philippe Mouskes, le poete, qui vraisembla-
blement sont ces deux autres enfants.
< Voir aux preu?ct ,
, n" 1 et 2.
/*.,
D°3.
76.,
n» 4.
1 lb.,
n°6.
% lb..
n-SetO.
lb.,
D"9et 10
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16 SUPPLEMENT.
Le premier, Gilles, surnomme li Porchiers, acheta en 1225, un bonnier de
terre a Ferain Galet (Galait); il epousa Marie N , qui etait veuve en 1261.
D'eux sont nes plusieurs enfants, savoir : Gossuin, Alard et Marie, et une fille
Isabelle, qui epousa Jean Brabant, Braibant ou de Braibant 1 .
Enfin , Philippe Mousk£s , le poete , parait avoir 6te le quatrieme fils de dame
Juliane Mouskete. Apres quatre ann6es de recherches, M. Du Mortier a enfin eu
le bonheur de decouvrir dans un sac 6chapp6 a la devastation des archives de
Tournay en 1822, un titre qui constate son existence 2 . Ce chirographe est de
Fan 1236, ou peut-etre de 1237 5 , et renferme trois actes differents. Par le pre-
mier, les echevins du banc de Saint-Brice arrentent a Philippe Mouskes et a ses
hoirs , pour six deniers blancs ou flamands de cens a la S'-Remi et 5 sols de rente
a deux termes Tan , savoir , a la Chandeleur et a la fete de Saint-Pierre fcs-liens , la
sixieme partie d'une maison de pierre qui avait appartenu a Wibiert de Maude,
bourgeois de Tournay, et que celui-ci avait donnee pour Dieu aux pauvres,
quand il mourut. Par le second acte, Frfere Sohier de Marvis et les conseils de
sa maison arrentent a Philippe Mouskes et a ses hoirs, pour quatre deniers
blancs ou flamands de rente a la Saint - Rem i, et sols moins un denier,
aux deux termes devantdis, telle partie qui etait echue a maitre Jean de Maude,
chanoine de Tournay , en la maison de son pfere et qu'il avait donn6e a la maison
de Marvis pour le repos de leurs ames. Enfin , par le troisieme acte , maitre Jean
de Maude, chanoine de Tournay, arrente a Philippe Mousk6s et a ses hoirs,
pour 6 deniers blancs ou flamands de cens a la Saint-Remi, et 14 sols par
1 Voiraux preuvessubn 7. Cette famille Brabant, qui portait d'azur a la fasce d'argent accompagnee en cbef
de deux etoiles et en pointe d'une croisette de meme , 6tail considerable et a fourni plusieurs cbanoineset magistrals
de Tournay . On lui doit une prlcieuse fondation de bourses d'etudes , dont les principaux ayants droit habitent
aujourd'hui les bords de la Meuse. Un membre de cette famille se signala dans les arts a la fin du XIV e siecle, et il
devaitetre un dcs sculpteurs fames de Tournay, carlors de la restauration du beflVoi. en 1397,le magistrat lui confia
Pcx£cutiop des quatre gargouilles. M. Du Mortier a trouve* dans le compte de cette restauration le passage suivant :
A maistre Jaque de Braibant, tailleur, pour avoir par lui fait en ladite sepmaine (du 17 septembre 1397)
une couronne de pierre pour le roy qui estcontre la halle etmise sur ton chief, qui quant ledit belfroit fu art
par fortune la couronne que ledit Roy avoit fu rompue et despechid, paye d'icelle couronne etdela paine de
cefaire,60s.t.
A maistre Jacque de Braibant, tailleur de lames, pour avoir par lui fait taillie et ordonne les Hi) gar-
goules dudit belfroit, comme ce poet apparoir par icelles, paye a lui pour ladite fachon por marchandise d
lui faite en tasque xlv. I. t.
* Voir aux preuves , n° 5.
3 II est difficile de prlciser la date , car le second I du chiffre romain est si peu visible dans l'original , qu'il est
presumable que T^crivain lui-m6me Paura fait disparaitre. Remarquez que Pacte est du moisde mars, epoquedu
renouvellement de l'annee ou une erreur de date est facile.
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SUPPLEMENT. 17
an aux deux termes susmentionnfe, telle partie qui etait echue en Iadite maison
de pierre , a Fenfant que sa soeur N. de Maude avait eu de son mariage avec
Jean Bilehet, et dont il etait tuteur. Et comme cet enfant n avait pas Fage requis,
Iadite maison fut cerqueman6e par deux echevins ainsi que li cor derriere. Dans
ces trois actes le poete est nomm6 tour a tour Felipon Mousket, Felipon Mosket,
Phelipphon Mouschet et Felipon Mouschet ; au dos est ecrit : Felipres Mosres ,
comme dans le premier vers du poeme.
Philippe Mouskes habitait done, comme sa famille, Fechevinage de Saint-
Brice a Tournay; la maison de pierre des De Maulde, qu'il acheta en 1256, 6tait
situee a Saint-Brice, puisque les actes sont passes devant Fechevinage de ce
quartier. II est presumable qu'il resta celibataire , car nous ne lui trouvons au-
cune post6rite; dans Facte cite, toutes les rentes sont faites a lui et a ses hoirs,
mais le mot hoirs designaif aussi bien les heritiers indirects que les enfants. Lors
de Fachat de sa maison , Philippe Mouskes 6tait occupe a 6crire son poeme , dont
la chronique finit en 1242, 6poque qui correspond sans doute avec celle de sa
mort; en effet s'il eut v6cu davantage il n'eut pas manque de parler du concile de
Lyon et des ev6nements si remarquables qui signalferent le rfegne de saint Louis.
Cest Facte de 1256 qui neus apprend avec certitude la signification du nom
de Mouskes. L'ecrivain public charg6 de F6crire , prit soin de dessiner au dos
Femblfeme du nom et des armes de Philippe Mouskes, savoir : trois crecerelles ou
moukets poses herald iquement, deux en chef et une en pointe, qui sont les armes
parlantes de la famille 4 . Cette particularity que M. Du Mortier n'a remarquee
que sur ce seul acte, dans toute Fimmense collection des chirographes de
Tournay, ne laisse aucun doute sur Forigine de son nom ni sur la mani&re de
Faccentuer.
La position qu avait a Tournay la famille Mouskes, les qualifications qui lui
sont donnees dans les actes, les fonctions de maire et de jur6 exercees par
Jean Mouskes pendant la premiere moiti6 du XIIP siecle , prouvent le rang que
cette maison occupait alors. M. Du Mortier s'appuyant sur la charte des plei-
ges de Jean Wisse, donnfie par Feveque Walter de Marvis en 1228 9 , ainsi que
sur la jurisprudence locale du moyen age, regarde comme allies des Mouskes ceux
qui figurent avec eux dans cet acte : les De Mortagne, de la famille des chatelains ,
les Bucau, Buchel ou Buchiau, qui fournirent, au milieu du XIIP sifecle, un
1 Voyez le fac-simil6 de cet acte curieux .
1 Voir aux pieces justificativet, n" 3.
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18 SUPPLEMENT.
grand prevot et un 6veque de Tournay de triste c616brit6, puisqu'il excommunia
son pere; les Wisse et les Galait, families considerees, dont des membres ont ktk
qualifies du titre de monseigneur (donne quelquefois aux magistrate de la com-
mune) , toutes deux figurant au nombre des eswardeurs en 1198; les Galait, qui
produisirent en 1197, Tun des quatre souverains arbitres charges de la part
de la ville de regler les differends avec le comte Baudouin de Flandre ' ; les
DeRongies, dont lenom se retrouve si souvent avec celui des Wisse dans le regis-
tre des paix et treves, a propos des guerres de famille qu'ils soutinrent, de 1270
k 1280, contre les Du Mortier et les A-le-take; les Tiebegos, les Saikeboide,
les Le Flamenghe, les De Holai, toutes families partriciennes dans le XIIP sifecle.
De ces relations et de ces alliances on peut conclure que les Mousk6s apparte-
naient au patriciat de Tournay. On congoit main tenant, remarque M. Du Mor-
tier , le langage du poete lorsque , signalant la corruption des moeurs de la
noblesse de son epoque, il regrette le temps de courtoisie oil Ton aimait par
amour, langage qui n'est point d'un eveque, mais d'un trouvfcre. Que peut, ditril ,
faire le peuple quand les grands sont tombes si bas! Jadis les grands etalaient
dignement leur magnificence et depensaient leur fortune dans les fetes, au point
qu'on en parlait au dela des mers; alors on savait aimer par amour, faire joutes
et tournois, fetes et galanteries. Aujourd'hui les hommes nesavent plus que trom-
per. Us ne cherchent qu a s'enrichir et sont devenus cupides et sensuels; on n'en
voit plus d'occupes au noble amusement des conteurs d'histoires ou des trouvfc-
res, ils ne songent qu'a faire leur bourse, par les moyens les plus vils, car
l'avarice les entraine et Famour s'est change en haine.
Que pueent faire li menut
Quant li haul sont bas devenut !
On siout jadis tenir grant cours
Et despendre Fa voir a cours,
Con en parloit outre la mer ,
Et siout-on par amour amer
Et faire joustes et tornois
Et baleries et dosnois;
On ne siet roes fors que tr^cier
Et tout engloutir et lacier;
Ne de biel conte ne d'estore
• Voir Poutrain , Hist, de Tournay, pieces justificatives. p. 20.
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SUPPLEMENT. 19
Ne set nus mais faire m£more,
N'i a celui ne face bourse
Soil de cierf et de vace u d'ourse ,
Car avarisse les entraine
Et amours ki devient haine.
(Vers 24-41.)
Ces vers , qui peignent si bien l'6tat de la societe feodale 4 la suite des croisa-
des, lorsque les d6bris de l'ancienne noblesse, abandonnant les traditions de la
galanterie , 6taient occupes a refaire par l'usure leur fortune d61abree, n'indi-
quent ni le pr61at prechant sur les moeurs depravees, ni l'ennemi de la haute
classe de la soci6t6 : c est la pens6e aristocratique pure d6plorant la chute des
principes de noblesse et de chevalerie des anciens preux, qui avaient fait place h
l'avarice et & la cupidity des parvenus et des classes 61ev6es*.
La perte des listes du magistrat de Tournay, avant Tan 1313, ne permet pas
de suivre la famille Mouskes dans les fonctions publiques quelle occupa au
XIIP sifecle ; tout ce que nous savons , c'est que plusieurs de ses membres , vers
la fin de ce sifecle , se livrferent a des op6rations de pret et de commerce. On trouve
dans les archives de Tournay une grande quantity d'actes de la famille Mouskes
au sujet de prets d'argent, de vente ou d'achat de grains, de garance 2 , de bois et
autres produits du sol. C'est ainsi d'ailleurs que les choses se passaient meme chez
les families distingu6es. Les archives de Tournay, dit M. Du Mortier, contiennent des
milliers d'actes qui 6tablissent cette v6rite k l'6vidence. II y a plus , les Mouskes furent
revetus de la dignity de chatelains de Leuze. M. Du Mortier a rencontre dans le
cartulaire de cuir rouge de l'abbaye de Saint-Martin de Tournay, vol. 2, page 24,
une charte donn6e par Watier d'Avesnes, avou6 de Tournay et seigneur du Bur-
bant, r6digee en cette ville Tan 1216, laquelle porte, parmi les temoins, le nom
de Girard Mosches, chdtelain de Leuze en Burbant. Ce G6rard Moskes ( dont
le nom est orthographic comme dans Facte de 1230, numero 4) serait-il Fepoux
de dame Juliane Mouskete , qui fit en 1223 un partage entre ses enfants , ou bien
n'est-il qu'un de ses parents collat6raux? c'est ce qu'il est impossible de decider.
Mais ce qu on ne peut meconnaitre , c'est que notre poete a du appartenir a la fa-
4 II est bien digne de remarque que la plupart des testaments des families feodales de cette epoque , conserves a ax
archives de Tournay , ordonnent de nombreuses restitutions ; ce qui prouye combien Itaient fondles les plaintes de
Philippe Mouskls , lorsqu'il dit que les grands ne savaient plus que tromper (trecier , tricher ) et faire leur bourse.
* Voir un echantillon de ces actes dans le n° 9.
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20 SUPPLEMENT.
mille des chatelains de Leuze; ce qui explique mieux encore la pensee aristocra-
tique que Ton remarque dans son poeme, et les qualifications nobiliaires que
portaient les homines et les femmes de cette famille, au commencement du
XIIP sifecle *.
Au commencement du XIV e sifecle , la famille Mouskes occupait encore un
rang honorable a Tournay. Jakfemes Mouskes fut 6chevin du banc de Saint-Brice
en 1316, et jure de Tournay en 1318, 1319, 1321, etc. Les registrSs des re-
liefs de bourgeoisie nous apprennent qu'il etait fils de Jehan Mouskes , le procu-
reur de le Roke, et qu'il releva sa bourgeoisie le 12 juillet 1313. II racheta sa
commune en 1317, pour 75 sols. En 1320, trois membres de la famille Mouskes
releverent leur bourgeoisie, savoir : Jakemes Mouskes, dit li clers, qui racquit sa
commune le 15 de mars, pour 40 sols; Jakemart Mouskes, fils de dame Marie
Mouskete , qui racheta sa commune le 24 avril , pour 40 sols , et Theris Mousk6s ,
qui la racquit le 13 de ghieskerec (juillet), pour 35 sols. En 1339, Jean Mousket,
fils de Gontier Mousket, jura sa bourgeoisie le 27 fevrier et paya 50 sols; enfin ,
en 1347, Jean Mouskes, boucher, jura la bourgeoisie pour trois florins d'or k
l'ecu. Nous touchons ici du doigt la decadence de la famille qui nous occupe.
Seigneurs et trouveres au commencement du XIIP siecle , les Mouskfe etaient
devenus d'intrepides bouchers au siecle suivant. Ainsi va la roue de fortune.
La filiation de la famille Mouskes, pendant le XIIP stecle et jusqu'a T6poque
de l'eveque Philippe, parait pouvoir se deduire de la manifere suivante :
N. Mouskes, mort avant 1223 , epousa dame Juliane Mouskete, laquelle
fit, en 1223, son partage entre set qualre enfants.
ScJERAif Mouskes, 1228, etc., Thbris Mouskes, PHELI PES MOUSKES, Gilles Mouskes,
echevin de S*-Brice en 1238, jure mentionne dans l'acte le pofite. Achela en 1236 dit li Porchier, acheta
de Tournay en 1248, mayenr de l'e- de 1223, ainsi que son la niaisqn depierre, sise en 1225, un bonnier
chevinage de S»-Brice en 1251. II fils, epousa N... Mous- a* Tournay, paroisse de de terre d Ferrain Ga-
mourut a vant 1265, et avait epouse kete. 8*-Brice, et qui avait ap- lait. II etait mort en
dame Agnes Mouskete. partenu 4 la famille de 1261 ; epousa Marie
- ■ **-■ — ,,,. --_ 'i ■■ . Maulde. II termina son Mouskete.
Cola its Mous- Gilles Mouskes, Waflars Mouskes. poeme en 1242.
KES , 1265 , 1265, 1280, etc. _— ■ . _
etc. , epousa Gos.su ih Mous- Alars Mous- Marie Mous- Isabelle
dameMarijen kes, 1263, etc. kes , 1263 , kete , 1263. Mouskete, ep.
PeleIon «- etc. Jehan Braibant
ou de Braibant,
1263.
Voir aux preuves , n° 2.
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SUPPLEMENT. 21
Cette troisi&me generation 6tait contemporaine de l'ev&jue Philippe de Gand,
surnomm6 Muus y comme le prouvent les actes de 1276 et 1280 que nous don-
nons dans les preuves; or, remarquons-le bien, dans tous les documents authen-
tiques,soit du magistrat, soit du chapitre du Tournay, jamais on ne confond
l'6v6que Philippe de Gand avec la famille Mousk6s. Lorsqu'en 1274, Feveque
Philippe de Gand est 61ev6 a l'6piscopat de Tournay, le magistrat de cette ville,
dont tous les actes portent le nom de Mouskes quand il s'agit de la famille du
poete, ecrit dans son registre des entrees la venue le uesque Plielippon de Gand.
Lorsqu'au contraire , le chapitre de Tournay veut parler de la famille du poete ,
lui qui qualifie toujours son 6veque du nom de Philippus de Gandavo, ou bien de
dictus Muus, il nomme la famille tournaisienne sous le nom de Mouskes, comme
dans les actes de la ville; Facte de Feveque Walter de 1228 et celui de 1294 que
nous donnonsplus loin, en fournissent la preuve 1 . Ainsi, au moyen age, point
de confusion entre Feveque et la famille Mouskes.
Le vrai nom du trouvfere qui mit en vers les gestes des rois de France , etait
done Mouskes. Au XIIP sifecle et au XIV 6 , il r6gnait a Tournay une grande ar-
deur de rimer. Pendant Feffroyable hiver de 1363, beaucoup d'habitants, par
une habitude, sans doute invet6ree, faisoient ditiers etjeus de piersonnages pour
oublier leurs maux *. En 1368 est 61u le prince du puy Saint-Jacques 3 , et cent
douze ans aprfes le puy d'escole de rhetorique, auquel nous devons le recueil des
ritmes et refrains tournisiens, tient sa premifere congregation. Nous tirerons
peut-etre encore de Fobscurit6 d'autres monuments de Fhistoire litt6raire de la
ville de Tournay 4 ; ils nous feront connaitre une ecole de poetes et d'ecrivains dont
Philippe Mouskes est jusqu'ici le chef et le pfere.
1 Voir aux preuves n° 1 1 .
* a ... A ve>it6 dire, on ne vit onqaes si grant jryier de naiges et de giellees qu'il fu en 1'ivier Tan MCCC ct
LX1II , car il commencha a gieller entre le Toussains et le Saint-Martin , et giella tousdis sans dcsgieller jusques a
Tisue de march. Che fu xix semaines de lone. Et ne fasoient pluiseurs gens ne ceuvre ne sierviche nien plus que
le dimenche, et s'ocupoient de faire piersonnages de naige grascieussement ouvres, devant lesquelz il fasoient
plaiseurs esbatemens tant en ditiers comme en jeus de piersonnages pour eus oublver ....»( Chron. de Flandre,
MS. in-4° , XV« siecle , 376 feuilleU , a la bibl. rovale).
• • Le mierquedy aprils , xix* jour dudit mois {avril 1568) , fu asisse le premiere piere du fondement dou coer
de Tegl'isse Saint-Jacques en Tournay , et fu asisse par le main mestre Richart Coussin {Cousin?) , cur^ de ledite
eglisse, et le seconde piere fu asisse par le main Willamme le Marifiel (Marital?), gliseur (marguillier) de laditte
eglisse, lequel Willamme eubtun filz appel^s Ernoul, qui fule premier prinche du puy de leditte eglisse , lequel
puj commencha Pan MCCCLXXV, vij ans apries le fondasion dudit cuer ...» Meme chronique.
4 Ann. de la bibl. roy. pour 1846, pp. 75-82, Bull, del' A cad., t. XII, l r *part. , pp. 521 , 514 ; 2' part., p. 63.
Bulletin de la Commit*, royale d'hittoire, t. X, pp. 247-266. Extrait d'une Chronique de Flandre, la meme
qu'on Tient de ciler.
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22 SUPPLEMENT.
PREUVES.
N° 1.
Extrait du cartulaire de cuir rouge de Vabbaye de Saint-Martin , vol. 11 , p.' 24.
1216.
Ego Walterus dominus de Avesnis notum facio universis praesentes litteras inspecturis,
quod, sicut continebatur in autentico viri nobilis Alardi domini de Anthonio, quod vidi, et
etiam multorum veridica relatione didici , vir quidam Walterus cognomento Surdillus ( Watier
Sourdeau) duas partes decimae quae continetur intra terminos parrochiarum de Gaurain et de
Ramecrois, cum omni integritate qua earn possidebat etcommodis omnibus quae provenire pote-
runt de novalibus, coram multis paribus suis libere resignavit et ad opus sancti Martini Torna-
censis ecclesiae, in cujus personatu sita est, una cum uxore suaet filio suo primogenito, in manus
praedicti Alardi de Anthonioa quo earn tenebat, in feodo reportavit, fide et sacramento firmans
se in ea nichil amplius clamaturum , prius tamen pro commutatione decimae non modicam ab
eadem ecclesia recipiens hereditariam possessionem. Et quum heredes ipsius Walteri jure capi-
tali meo addicti erant servitio, rogatus ab abbate et monachis Tornacensis coenobii ut quod fac-
tum fuerat benigne concederem, intuitu divinae pietatis, eorum precibusannui et commutationem
de assensu partium factam approbavi, meque contra calumpniatores , si qui forte emergerent,
ecclesiae adjutorem et consiliatorem esse bona fide repromisi , hoc addito quod idem Walterus
coram hominibus meis annuit quod , si ipse vel quilibet suorum supra hoc de caetero ecclesiam
molestare praesumeret, ad possessionem pro commutatione decimae sibi traditam mihi manum
apponere liceret usque ad emendationem ecclesiae supradictae sufficientem. In hujus rei memo-
riam praedictas litteras inde conscriptas, sigilli mei impressione feci muniri et testium subscrip-
tione roborari. Testes : Walterus de Proisi , Walterus de Helmys, Gossellus de Kaisneto , milites ,
Gerardus Mosches, castellanus Lutosae, Wericus Ploniars, magister Robertus de Honecort,
Johannes cap nn \ Gossuinus, clericus, Evrardus de Condato. Actum Tornaci anno dominicae In-
carnationis M°CC°XVI , mense junio.
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SUPPLEMENT. 23
N° 2.
Extraitdes archives de Tournay, tchevinage de Saint-Brice.
1225.
Ce 8aoent tot cil ki cest escrit oront et veront que li dame Juliane Mouskete et si enfant si
sont concords entr'aus ensi que si enfant le doivent cascun an xxi lib. de Flamens de rente a paier
& quatre termenes Fan, a fieste Saint-Remi le premier, al Noelle secont, a Pasque le tierc, a
fieste Saint-Jeban le quart , et por ces xxj lib. quil doivent comme rente paier si qu'il est devisl
devoir, a dame Juliane clamet cuite et werpit en ceste justice et en alt re, quanqu'ele a en meule
et en iretage; et s'il ne li paioient ceste rente, si qu'il est avant dit, ele sen tient a $o qu'ele lor
avoit donne* et werpit, et se nus de ses enfant moroit, li leur enfant seroit oir de ceste warizon,
si que deviset est. Et se Teris ses fius revenoit, le quarte part doit ravoir et paier le quarte
part des cousteges, et parmi tot ce puet li dame Juliane doner xl lib. de flammens por s*arme,
mais lesdites. xl lib. doit auoir Waflars, le fius Teris; sen film lib. apres son decies, par tel que
si Waflars moroit sans oir ces xx lib. reviennent as oirs li dame Juliane, et se Waflars moroit
tins que li dame Juliane, tos les xl lib. puet-ele douner a son plaizir, et sil avenoit cose q ele par
ubli et par force de mal n'asenast ces xl lib. par le consel des eskievins et de ses en fans, doit-on
douner ces xl lib. por s'arme. Et ce fu fait pardevant les eskievins Huon le Fort, Brission
Mouton, Jeban Dalaing, Grigorie de Maude, Bauduin de le Porte, Nicolon le Borgne, Wibiert
al Piet, el mois de jun, aprte le mort le roi Pbelipe, en Tan de 1'incarnation dev (sic) M. CC.
et XXIII.
N° 3.
Extrait des archives de Tournay , cartulaire decuir rouge, fol. V recto.
1228.
LI CARTE DBS PLAICES JEHAN WISSET DES C. £.
Ego W. ( Walterus) episcopus * et magister N. scolasticus Torn, universis praesentes litteras
inspecturis salutem in Domino. Noverit universitas vestra quod nos mandatum domini Remen-
818 archiepiscopi recepimus sub hac forma : Henricus Dei gracia Remensis arcbiepiscopus,
venerabili fratri W., Dei gracia episcopo, et dilecto filio magistro N. Buchel, canonico Tornacensi,
salutem in Domino. Mandamus vobis quatinus a Johanne Wisset ex parte nostra recipiatis ple-
1 Walter de Marvis.
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24 SUPPLEMENT.
gios conpetentes de centum libris sub hac forma, quod si forte, quod absit, ipsum contigerit
facere forefactum quod de jure banniret eundem de civitate Tornacensi , nunquam de caetero
civitatem intraret donee civitati de dictis centum libris satisfactum esset ad plenum. Quod (si?)
dictus Johannes fecerit , vos ei auctoritate nostra civitatem Tornacensem intrandi et manendi
in ea concedatis liberam potestatem ; contradictores si qui fuerint vel rebelles , per censuram
ecclesiasticam compescendo, et si vos ambos hiis exequendis non contigerit interesse, altera-
trum ea nichilominus exaequatur. Datum apud Wattenes feria V'post Pentecost em, anno Domini
M°. CC°. vicesimo octavo , mense Maio. Nos igitur, auctoritate praescripti mandati, praepositis ,
juratiscoramuniaeTornacensis in nostra praesentia convocatis , plegios de dicto Johanne in prae-
sentia capituli Tornacensis recipimus secundum formam ipsius mandati, sicut nobis visum est
et ipsi capitulo competentes, usque adsummam centum et triginta librorum, quamvis de centum
tantum in plegios recipere tenemur ; hoc autem fecimus ad cumulum securitatis et eo intuitu quo
si aliquem plegiorum de partibus illis contigerit recedere vel et decedere, ita quod non posset re-
periri a praepositis et juratis unde posset solviportio quam supra seassumpserat, adsummam super
excrescentem posset recursus haberi. Nomina autem plegiorum quilibet in certa summa plegia-
vit Johannem memoratum, sunt haec : Aubertus de Mauritania de decern lib., Jacobus Buchiaus de
x ft, Johannes li Boris de x ft, Balduinus de le Mote de c. solidis, Jacobus de le Motede c. solidis,
Thomas Buchiaus dec. solidis, Godefridus de Maurithania de c. sol.,Nicholaus li Boulois dec. sol.,
Johannes Moskcs de c.sol., Rodulphus de Sancto Piato de c. solidis, Saikeboide de c. sol., Joannes
de Kongi de c. sol., Feranus Galais de c. sol., Johannes Tiebegos de c. sol., Cauweliers de c. sol.,
Gossuinus Buchiaus de c. sol., Ghero Flamengus de c. sol., Walter us Fhanate de c. sol., Colardus
Wisse de decern £, iEgidius de Holai de x. ft, Gonterus de le Cromberie de x ft, Gonterus de
Holay de x ft. Nos autem, plegiis istis receptis, auctoritate domini Remensis monuimus praeposi-
tos et juratos ut praenominato Johanni intrandi civitatem Tornacensem plenam et liberam con-
cederent potestatem. Ipsi autem super hoc habito diligenti consilio, concesserunt nobis quod
petebamus etde licentia eorum in civitatem Tornacensem saepedictus Johannes est reversus.Ut
autem praedicta firma permaneant etinconcussa litteras praesentes sigillorum nostrorum appen-
sione fecimus roborari. Actum anno Domini M°. CC°. XXVIII, mense Maio (sic).
N° 4.
Extrait des archives de Tournay , echevinage de Saint-Brice.
1230 (v. st.)
Sacent cil ki sunt et ki a venir sunt et cest escrit verunt, que Symons Baras et Ernols Waflars, ki
sunt warde de le warison des comuns povres de Tornaj, par le commendement del doien et des
canonies de Nostre-Dame et des eschevin , ont donet a cense vj boniers de tiere ki gist au Sau^oit
deck chain a Brition Mouton ki maint dedens le porte d'Aubegnj et a Johan Moschet ki maint
en le rue de Pont ; par xv rasieres de soile par an , de tel blet que li tiere porte. Por ceste acense
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SUPPLEMENT. 25
paier cascun an, si com il est deviset, done Brisses Moutons se maison en wages, ki siet dedens
le porte d'Aubegnj , et Johans Moschet le siue maison ki siet en le rue de Pont , en coste* le maison
Soimont le fevre, k lequele c on se prenge des maisons li autre le doit aquiter de le moitiet de
l'acense. Ceste acense doivent-il tenir xx ans et paier le doivent k cascune fieste de Tos Sains. Et
ce fu fait par le consel del doien et del capitle et des eschevins de Tornaj et des eschevins de
S'-Brisse, si cum Hues li Fors, Wibiers de Moriauporte, Jackemes Warisons, Ade Parlemens,
Grigories de Maude, Gillebers de Gelve, Johans li Borgnes : tot cist i furent cumme eskievin.
L'an de l'lncarnation Nostre Signor Jhesu-Crist. M. et CC. et xxx, el mois de genvier.
N° 5.
Extrait des archives de Tournay, ichevinage de Saint-Brice.
1236.
feien sacent tot cil ki sont et serontki cest escrit veront et oront que li eskievin de S*-Brisce ki
le....ois (les lots) et les rentes des povres ont a warde, arenterent a Filipon Mousket et k son oir,
porvj deniersblans u flamensde cens a le saint Remj,et v sols k deustierminesran,si comle Can-
deler et fieste saint Piere entrant aoust, li siste part devant et deriere de le maizon de piere ki fu
Wibiert de Maude, borjois de Tornaj , qu il dona as povres por Deu , quant il mom. Lk fu k cest
arentement com eskievins Nicoles Cardevake, Wibiers de Morel -Porte, Nicole li Borgnes,
Jakemes Warisons, Jehans Destates, Jakemes Devilers, Ades Parlemens; tot cist i furent com
eskievin. -+- Apries cierte cose soit que frere Sohier de Mam et lj consaus de se maison arente-
rent a Felipon Mosket et a son oir, par iiij deniers de cens blanc u flamens a le saint Remj et....
sols i denier mains k ces deus tiermines ki devant sont dit, tele partie, com mestre Jehans de
Maude estoit eskuwe en le maison sen pere , devant et deriere , qu il lor avoit dounee por les armes
d'aus, et par devant ces eskievins ki sont (dis) fu fes cis otroi de frere Sohier et son consel a
Phelipphon Mouschet. h- Encor soit ciertainement seu que mestre Jehans de Maude, canonies de
Tornaj , si arenta a Felipon Mouschet et a son oir, par vj deniers blans u flamens de cens a le
saint Remj , et xiiij sols par an a ces deus tiermines, ki dit sont, tele partie com a l'enfant se se-
reur qu'ele eut de Jehan Bilehet, estoit eskeuwe, dont il estoit bailies et warde de le maison de
piere ki nome*e est. Por 90 que il n'avoit son age et por le miols de Fenfant , se fist et fu cierke-
manle li maisons et li cors deriere par ces eskievins ki dit sont, et demora li cors en pais a le
maison de piere; et cou reconeut mestre Jehans devant deus eskievins, Nicholon Colemers et
Simon Devaus, et cist le recorderent devant lor compaignons Wibiert de Morel-Porte, Jake-
mon Devilers, Rogier de Maude, Huon le Fort, Mahiu Biecdanette; tot cist i furent com
eskievin. Et por 90 que ce soit ferme cose et estaule, si en fu fes cis escrit et livres en le
warde des eskievins Tan de l'lncarnation Nostre Seigneur Jesu-Crist M. CC. XXXVI, el mois
deMa
(Au dos est e'crit : Felipres Moskes.)
Voyei le fac-simile 1 de cetacte a la suite de ce supplement.
4
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26 SUPPLEMENT.
N» 6.
Extrait des archives de Tournay , (chevinage de Saint-Brice.
1251 (v. st. )
Ce sacent cil ki sunt et ki a venir sunt et cest escrit verunt et orunt, ke Jehans, |barons
Emmelot ki fu femroe Willaume Lescapet, et Jakerains, fius Willaume Lescapet li ainsn&, ont
werpit et clamet cuite absoluement a Jehan Paret une maison de pifcre ki siet entre le raaison
Juliane Mouton et le riuele, tout ensi come ele siet devant et derive, parmi iij loenisiens de cens
a le saint Remj, iij loenisiens, j capon de rente al Noel, c'on doit a Annies fille Foucon Dau-
begni lx s. d'artisiens de rente a v i j tiermines , xxx s. d'artisiens al Noel , xxx d'artisiens a le
saint Jehans Baptiste, ij loenisiens de cens a le saint Remj con doit a Jehan le Tiulier; se fu
ciste avant rente Nicolon le Grognut, et a tel cens et& tel rente, ki ci-deuant estnomm£e, l'ont
enconvent Jehans et Jakerains devantdit a acuiter tot cuite a Fassens des Eskievins et sen ont
assent a als et al leur et se Fa Jakomes de Fromont , p&res Emmelot devantdite , enconuent a
acuiter tout cuite a Fassens des Eskievins et s'en a assent a luj et al sien pour la cuitance, et
Jehans Mouskes , maires des Eskievins , la werpit pour tous les autres enfans ki n ont mie leur
aage, par Fassens des eskievins, et s'il avenoit ke Jehans li Par6s devantdis volsist racater u ses
oirs les lx s. d'artisiens de rente et les ij loenisiens de cens devantdis a Jehan le Tiullier et a
sen oir racater en puet le moitiet pour xxv lib. d'artisiens, et Fautre moiliet pour xxv lib. A
cest werp et a ceste devise furent li eskievin de saint Brisse tel come Jakemes de Vilers, Mon-
nars Trugos, Jehans Mouskes, Gillesli Noiriers, Jakemes Cos tars, Colars Miace et Golars Cole-
mers, tout vij comroe eskievins de Saint Brice. Et pour chou ke ciste chose demeurt ferme et
estaule, si en avommes-nous fait cirografe en ij pieces et Fune pi&ce d£livr£e et mise en le
warde des eskievins devantdis pour souvenance de cesti chose et Fautre detenu. Ge fu fait Fan
de Flncarnation Nostre-Segneur M. CC. et LI, el mois de jenvier.
( Au dos est dcrit : Jeuan le Paret. )
N° 7.
Extrait des archives de Tournay, echevinage des Cau fours.
1265 (v. st.)
Sacent tout cil ki cest escrit veront et oront ke Gossuins Mousket , Alars, ses frires, et Maroie,
leur sueur, ont achatet bien et loiaument a Jehan Braibant et a Ysabiel, se femme, toute Fes-
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SUPPLEMENT. 27
canse qui leur poroit ne deveroit esk&r en le justice des Caufors, k tousjours, de par dame
Marijen Mouskete, le mire Ysabiel le femme Jehande Braibant devantdit , et ce leur ont werpit
vendut et clamet quite Jehan de Braibant et Ysabiel, se femme, bien et loiaument et enconvent
k aquiter k Gossuin et Alart el Marijen, leur sereur, devant noum&, k l'assens des eskievins.
Et por ^ou que ce soit ferme chose et estaule si en est fais cyrografies et livres en le main des
eschievins des Cau fours, si come Thumas Daleng, Thumas le Forgeur, Watier le Blont, Watier
de Tourp, Willaume Lauwier, Jakemons des Pr& et Wicart Anete. Tout cisti furent com
eskievin. Ce fut fait Ian de ('Incarnation Jh&u-Crist. M. CC. et LXI1I, el mois de fevrier.
N° 8.
Exlrait des archives de Tournay , echevinage de Saint-Brice.
1265.
Sacent tout cil ki cest escrit veront et oront ke Colars Mouskes a vendut, werpit et clamet
quite bien et loiaument et de boine volenteta Gillions Mousket, sen fr&re, toutes les escances
ki eskeir li doivent ne eskeir li pueent designeur Jehan Mousket, sen pfere, nede dame Annies
Mouskette, se m&re, et toutes autres escances ki eskeir li pueent ne eskeir li doivent en quele
mani&re que ce soit et si est ausi k savoir ke sire Jehans Mouskes a graet et loet de boine
volentet ke s'il avenoit ensi que Colars ses fius ki dis est, morust , Gilles Mouskes doit tout plain-
nement partir dame Mariien Petelons, le feme celui Colars, ausi avant que sire Jehans ki dis
est devoit ne pooit faire et toutes ces escanches ki dites sont h Gilles Mouskes reciutes par
tel mani&re k'il i doit tot avant avoir et prendre xv lib. de tornois et s'il a remanant deseure
ces xv lib. Gilles Mouskes le doit sauver et warder k sen pooir k oes Colart sen fr6re s'il de-
meure en vie, et se cil Colare moroit ne estoit mors, Gilles Mouskes doit eel remanant ki dis
est donner Ik u il kerra et vera keboin soit, pour l'arme de celui Colart, loiaument en boine foit.
Et k cest werp et k ces devises faire furent comme eskievin de S l -Brisse , Mahiu Bi&lanette ,
Jeurarsfc leTake, Jehans Gerris, Gilles Colemers, G£rart de Bari, Nicoles li Kokus et Gilles
li Par&; et si fut fet l'an de Tlncarnation Jh&u-Christ M. et CC. et LXV, el mois de gieskeraic.
( Au dos est ecrit : Cis escris est Gillion Mousket. )
N° 9.
Extrait des archives de Tournay, Echevinage du Briulle.
1276.
Sacent tout cil ki cest escrit veront et oront que Jehans le Beghins a vendut a Gillon Mousket
xiij verghes de warance ki silent derifcre se maisson ki fut antan plantle sour le ti&re ki fu
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28 SUPPLEMENT.
Gerart le Quatit, et si puet Gilles Mouskes laisier le warance en le tifcre dusque apries le plan-
chon ; et encore est a savoir que Jehans li Beghins et Jehans de Haluin ont vendut a Gillon
Mousket xxiiij verghes de warance ki gist viers Gostentaing en le ti&re ki fu Gh6rart le Quatit;
et ces xxiiij verghes de warance doit Gilles Mouskes desfouir del mi-marc ki vient pro$aine-
ment en j an; et assenet en ont Jehans li Beghins et Jehans de Haluin celui Gillon Mousket
a aus et au leur, a quanqu'il ont et aront, partout del conduire et faire paisible; et des xiij ver-
ghes de warance devantdites , a cius Jehans li Beghins li devantnommes asenet Gillon Mousket
a lui et au sien a quanquil a et ara partout del conduire paisiblement. Et furent com eskievin
dou Bruille, Gilles de le Gourt, Estievenes Chokaite, Jehans Loeijs, Sohiers li Candillieres ,
Watiers de Monnes, Gherars Vingrelins, Mahieus li Fru tiers; et si furent les parties pre-
sentes a cest escrit livrer. Ge fu fait Tan de l'lncarnation M. CG. et LXXVI, el raois de sietembre.
( Au dos est e'crit : Cest Gillion Mousket. )
N° 10.
Extrait des archives de Tournay, tchevinage de S^Brice.
1280.
Sacent tout cil kil cest escrit veront et oront ke Evrars dou Mortier a vendut, werpit et
clamet a tous jours quite yretaulement a Gillion Mousket, le p&re, x cens et vij verghes et le
quart dune de tiere ki gist sor le pire de Saucoit tenant a le tiere Jehan Mouton dune part,
et a le tiere Jehan Platoul d'autre part , toute quite a disme Dieu. Geste tiere devantditte a cil
Evrars dou Mortier enconvent a conduire et a aquiter toute quite a Gillion Mousket, juskes al
assens des eskievins de S. Brisse, et assenet en a a lui et au sien partout pour la quitance; et se
tient Evrars dou Mortier bien apaijetde tous les deniers dou vendagedele tiere devantnoumee,
et si en a quitet Gillion Mousket de tout le paiement et seit a savoir que li tiere devantditte
Ait criee par trois diemences en plaines glises de$a Eskaut et de la et bien demenee par loij ,
si ne viunt nus avant par devant eskievins ki nient deinandast a le tiere devantnoumee, par
soi ele demeure toute quite a Gillion Mousket jusques a Fassens des eskievins de S. Brisse.
Or est a savoir que Jehans Moriaus dou Mortier ki avoit xvj sols d'artisiens vies de rente par
an sor le tiere devantnoumee, a werpit et clamet quite a Gillon devantdit les xvj sols de rente
devantnoumes et li a enconvent a conduire et a aquiter tous quites a tousjours yretaulement
sor le tiere devantdite, jusques a Fassens des eskievins de S. Brisse, et assenet en a cil Jehans a
lui et au sien a quanquil a et ara pour la quitance et si se tiunt cil Jehans bien apaijet de tous
les deniers dou vendage de le rente devantnoumee, et si en a quitet Gillion Mousket de tout
le paiement. A cest werp et a toutes ces convenences furent cum eskievin de S. Brisse , Jehans
Miace, Gossuins dou Mortier, Nicholes li Kokus, Piere d'Orke, Jakemes li Blons, Hellins de
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SUPPLEMENT. 29
Brujele, et Mahius li Naicres. Cist vij i furent cum eskievin et pour cou ke ce soit ferme cose
et estaule, si en est fais cijrographies par le gret et l'assentement des parties ki j furent pre*-
sentes au delivrer en le main et en le warde des eskievins. Ce fut fait el an de l'lncarnation ,
M. CC. et IIII", el mois de genvier.
( Au dos est icrit : C est Gillion Mousket le pere. )
N° 11.
Extrait des archives de la catMdrale de Tournay, cartulaire D, folio 3 verso.
1294.
Mgidius Mouskes vendidit iEgidio Quanette de Yalencenis septem dolia vini de Rupella ;
qui iEgidius solvit in pecunia domino can tori foragium de dictisdoliisad voluntatem domini can-
toris praedicti in praesentia domini Petri Dandrinnes, capellani Tornacensis, et domini Johannis
de Guisia, capellani Tornacensis, et Jacobi Colemer, civis Tornacensis, et Baudardi de S to -Quin-
tino, civis Tornacensis, et Johannis Lautel, civis Tornacensis, anno nonagesimo quarto.
N. B. Cette piece est transcrtte entre deux actes de 1294.
FIN.
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$. ' ' *
ERRATA.
T. II, page IV. Louis-le-Begue Itait onele pi a tot que neveu d'Ajous.
— L XVI II , lig. 20 , au lieu de Jeanne , lises : Mathilde.
— LXXVI, — 16, — JsenkrindyWttz: Jsenkruid.
CXXXVIII, — 9 el 10, au lieu de etait ... surlacdte. — Supprimet etait , et continues lu phrase
jusqu'au mot France.
— CXXXIX , — 17 , au lieu de Phcebus , lises : Phab*.
— CCLXX1I , — 3 , mettre le point et virgule apres Ehricmhilt.
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■li iJUili'UHtlJ
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G/3e%Ie
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